CHAPITRE 3 Vieux, chauve, pauvre et moche - LILY
LILY SE LEVA d'humeur maussade le lendemain.
Après que son réveil l'eut tiré d'un sommeil agité, elle resta allongée dans son lit à cogiter au lieu de faire sa séance de course habituelle. Elle était bonne vivante, mais ne faisait malheureusement pas partie de ce genre d'individus qui semblaient avoir un élevage de vers solitaires dans l'estomac tant ils ne grossissaient jamais. Aussi, elle avait pris l'habitude de courir dans le parc en contrebas de son immeuble tous les matins pour garder la ligne. Qu'il neige, qu'il pleuve ou qu'il vente, elle ne commençait d'ordinaire sa journée jamais sans un bon footing, un casque de musique vissé sur les oreilles.
D'ordinaire.
Aujourd'hui, elle était de mauvais poil. Aujourd'hui, elle voulait rester sous sa magnifique couette et comater en regardant la télévision et en mangeant des sucreries. Beaucoup de sucreries. Le sucre était son ami. Le sucre la mettait de bonne humeur, et Dieu savait qu'elle en avait besoin. La journée précédente avait été particulièrement désagréable : entre Mrs Casino, qui l'avait lésée sur le dossier Brown dans lequel elle s'était pourtant beaucoup investie, et ses malencontreuses retrouvailles avec les Maraudeurs, elle avait collectionné les mauvais moments.
Sans compter Nathan.
La veille, le jeune homme avait été piqué vif d'avoir été superbement ignoré par les anciens camarades de Lily. Il s'était peut-être senti menacé par la présence des quatre hommes car, à peine sortis du pub, il était passé à l'offensive dans ses avances. Au grand dam de Lily, Nathan l'avait raccompagnée jusque chez elle et lui avait fait sur tout le trajet des avances ouvertes, ce qu'il faisait d'ordinaire de façon plus subtile. En grand gentleman, il n'avait évidemment rien dit ou fait de déplacé, mais Lily avait eu bien du mal à se débarrasser de lui sur le pas de sa porte, et seule l'intervention de Marlène, lassée des regards suppliants de son amie, l'avait débarrassée de son chanteur de sérénades.
Lily en frissonnait encore. Et dire qu'ils allaient travailler en étroite collaboration à partir d'aujourd'hui, passer toutes leurs matinées ensemble... elle appréhendait déjà la journée.
Nathan Smith… Non. Elle ne pouvait juste pas.
Elle sortit de son lit quelques heures plus tard, lorsqu'elle entendit du bruit provenant de la cuisine, dont l'un des murs était mitoyen à sa chambre, signe que sa colocataire était réveillée. Marlène faisait toujours beaucoup de bruit lorsqu'elle était dans la cuisine : elle s'agaçait de ne jamais se retrouver dans le rangement méticuleux et maniaque de Lily, et, de frustration, claquait dans ses recherches portes et tiroirs en poussant quelques jurons bien sentis.
Une délicieuse odeur sucrée frappa bientôt les narines de Lily. Son ventre lui intima aussitôt de le nourrir d'autre choses que de visions de pâtisseries françaises et de fontaines de chocolats. Elle enfila donc un bas de pyjama sous le vieux t-shirt qui lui servait de pyjama et rejoignit Marlène en traînant des pieds dans ses chaussons.
Son amie lui jeta un coup d'œil interrogateur en la regardant s'installer de l'autre côté de la table.
– Je me disais bien ne pas t'avoir entendue sortir ce matin, commenta-t-elle versant du lait dans son muesli. Pourquoi n'es-tu pas allée courir ? Tu n'es pas malade, j'espère ?
– J'avais pas très envie de sortir, éluda Lily en se servant du café. Il fait pas très beau.
Comme pour la contredire, un rayon de soleil radieux filtra exactement à ce moment là par la fenêtre, qui laissait par ailleurs entrer une agréable brise printanière, et tomba au milieu de la table comme un faisceau de lumière divine.
Marlène leva un sourcil, clairement dubitative.
– Bien sûr, je comprends, dit-elle d'un ton narquois. Je crois même qu'il va pleuvoir. Non, qu'il va y avoir un orage.
Lily décida d'ignorer son ironie.
– Dis, plaida-t-elle à la place, tu penses que tu pourrais appeler Casino pour lui dire que je suis malade, comme la dernière fois ? J'ai vraiment envie de rester au fond de mon lit.
– Ben je croyais que Nathan et toi deviez commencer à travailler sur les noces des Brown, s'étonna Marlène. Tu n'épateras pas la vieille en séchant le premier jour.
– Tant pis, dit Lily dans un soupir. Je commence même à me dire que je devrais chercher autre part, je ne vais nulle part dans cette entreprise. Et puis, Nathan va sûrement continuer sur sa lancée d'hier soir et ne pas me laisser le moindre instant de répit.
– Et alors ? répliqua son amie. Il est parfait pour toi.
Pour toute réponse, Lily laissa échapper un reniflement dédaigneux.
– Tu n'as rien à perdre, en lui donnant sa chance, insista Marlène.
– Mar, il ne m'intéresse pas. C'est comme si…. Si je te disais que le colonel Fitz était l'homme de ta vie.
Marlène lui lança un regard indigné.
– Le colonel Fitz a 70 ans, est chauve, pauvre et moche. Ce n'est absolument pas comparable !
Lily réfléchit un instant.
– Ben... imaginons que Nathan ait 70 ans aussi, et soit chauve, pauvre et moche. Tu me dirais encore qu'il est parfait pour moi ?
– Ce n'est pas le cas, répliqua Marlène en secouant la tête.
– Ça pourrait l'être ! rétorqua férocement Lily.
– Mais ce n'est pas le cas, répéta calmement Marlène. Et tu sais bien que je ne te pousserais jamais dans les bras de Nathan s'il était vieux, chauve, pauvre et moche. C'est justement parce qu'il n'est pas vieux, chauve, pauvre et moche que je te dis de foncer !
– Tu veux dire que c'est uniquement parce que Nathan n'est pas vieux, chauve, pauvre et moche que tu me dis d'accepter ses avances ?
– Oui ! Non, se reprit Marlène d'un ton exaspéré. Lily, tu es de mauvaise foi. Nathan a beaucoup d'autres qualités : il est aussi gentil, doux et attentionné. Et de toute façon, tu n'as pas ton mot à dire : tu m'as chargé de la gestion de ta vie amoureuse, je te le rappelle !
En effet, Lily se rappelait vaguement, lors d'une soirée entre filles un peu trop arrosée pour se remettre de sa dernière rupture, avoir fait promettre à Marlène de choisir pour elle son prochain copain. Et cette dernière prenait sa mission un peu trop au sérieux.
– J'étais saoule ! se défendit-elle mollement.
– Non, corrigea Marlène en agitant un doigt, tu étais lucide sur toi même, pour une fois. Lily, tu as le dons de choisir les hommes qui te feront souffrir, alors pourquoi ne pas te laisser tenter par un homme bien pour une fois ?
Devant le silence de Lily, elle soupira et ajouta d'un ton triste :
– Parfois, j'ai l'impression que tu n'es pas prête à passer à autre chose…
– Je suis prête à passer à autre chose, contra Lily sur un ton catégorique.
C'était plus ou moins vrai (car si Pierce Brosnan venait à croiser son chemin, elle ne dirait définitivement pas non), mais elle gardait ses incertitudes pour elle-même. Si elle lui confiait penser encore à l'autre, la blonde s'inquiéterait, la maternerait encore plus et lui démontrait encore par A + B toutes les raisons qui faisaient que Lily ne devait pas se sentir triste. Or, elle ne voulait pas que Marlène se lance de nouveau dans l'analyse de sa dernière relation.
– Je pense juste que Nathan n'est pas le bon, poursuivit Lily. Je ne peux pas me forcer à être attirée par lui…
– Tu es folle et aveugle, conclut comme toujours son amie en soupirant. Mais je te ferais entendre raison, je ne désespère pas. Tu sortiras avec Nathaniel Arthur Smith parce qu'il est parfait pour toi, jeune sotte.
Lily eut un petit sourire.
– Je croirais vraiment entendre ma mère…
– Et maman ne fournira aucune excuse aux petites filles méchantes, alors dépêche-toi de manger, ou tu seras en retard à l'école.
Lily feignit de bouder pour manifester son mécontentement, mais Marlène l'ignora complètement et décida plutôt de monter le volume du son de la radio, qui passait une chanson qu'elles aimaient beaucoup. Marlène fit quelques pas dans la cuisine, puis entraîna Lily sur la piste de danse improvisée. Les deux se chamaillaient beaucoup, mais partageaient une amitié très forte depuis leur rencontre à Poudlard.
Entre temps, deux hiboux s'étaient engouffrés par la fenêtre et attendaient patiemment qu'elles cessent de gigoter sur du Tom Jones. Le premier était l'habituel volatile qui délivrait fidèlement la Gazette du sorcier tous les matins. Lily détacha le journal et donna quelques morceaux de gâteau à l'oiseau, qui lui mordit affectueusement le doigt pour la remercier. Le second était le hibou grand-duc de Dorcas, et Marlène se chargea de récupérer la missive. Un sourire s'épanouit sur son visage à mesure qu'elle parcourait les lignes tracées par leur ancienne colocataire.
– Finalement, maman va te fournir une excuse pour l'école, dit-elle lorsqu'elle eut fini.
– Ah oui ? dit Lily avec espoir.
– Oui, confirma Marlène. Dorcas nous propose un après-midi entre filles.
– Je suis partante ! s'écria aussitôt Lily.
Voilà des semaines qu'elles n'avaient pas revu leur meilleure amie.
– Elle nous propose aussi de dîner chez elle, continua Marlène.
– Je m'y serai invitée de toute manière, assura Lily.
Voilà des semaines qu'elles n'avaient pas mangé un repas décent, cuisiné.
– Elle veut faire une petite soirée entre amis, reprit Marlène d'un ton excité. Il y aura aussi d'autres anciens de Poudlard. Tu ne devineras jamais qui.
Lily se montra soudain méfiante. Non, elle ne pouvait pas avoir autant de malchance, c'était physiquement, mathématiquement impossible…
– Ne me dis pas qu'il s'agit de Black, Potter et compagnie, supplia-t-elle.
Marlène eut l'air singulièrement surprise.
– Comment t'as deviné ?
Lily laissa échapper un cri de frustration. Quelle poisse ! Il fallait d'urgence qu'elle investisse dans un talisman. Entendre parler de Potter deux jours de suite ? On l'avait forcément maraboutée !
– Je ne te l'ai pas dit, expliqua-t-elle, mais je suis tombée sur eux hier soir.
– Quoi ? s'écria Marlène.
– Ça n'a duré que quelques minutes, c'est pour cela que j'ai oublié de t'en parler, mentit Lily.
En réalité, elle avait redouté que la nouvelle enthousiasme trop son amie et que cette dernière décide de renouer contact avec les garçons. Apparemment, elle ne pouvait aller contre son destin : les Maraudeurs allaient revenir dans sa vie. Peut-être qu'elle avait encore le temps d'immigrer dans un pays lointain? Genre en Alaska?
– C'est trop dingue ! s'exclama Marlène, les yeux brillants. Et alors ? Ils ont beaucoup changé ? Comment est devenu Sirius ? Il est toujours aussi beau, je parie !
– Je suppose, concéda Lily sans enthousiasme.
Elle était de nouveau de mauvaise foi : Sirius Black était tout simplement à tomber par terre. Mais Dieu merci pour Lily, des années de déconsidération qui avaient souvent engendré un sentiment d'humiliation l'avaient totalement immunisée contre ses sourires charmeurs.
– James aussi était super mignon, dit Marlène d'un ton rêveur. Et Remus ! Oh, je crois que j'étais amoureuse des trois…
– Tu oublies Pettigrow.
Marlène fronça les sourcils, sincèrement perplexe.
– Qui ça ?
– Pettigrow, insista Lily. Le petit gros qui les suivait partout, et qui m'avait demandé de sortir avec lui.
Elle grimaça. Probablement l'une des minutes les plus humiliantes de toute son existence. Heureusement que les quatre amis avaient quitté le château définitivement peu de temps après.
– Oh ! OOH ! s'écria la blonde en bondissant presque sur sa chaise. Peter ! Comment ai-je pu l'oublier ?
Lily avait quelques intéressantes théories à ce sujet, mais ce n'était pas le moment.
– Et du coup, vous avez fait quoi ? demanda Marlène. Vous avez discuté ?
– On a parlé quelques minutes, puis Nathan et moi sommes partis. Ils n'ont pas changé, ils sont toujours aussi insupportables. Surtout Potter.
Marlène lui jeta un regard désolé.
– Oh Lily ! Ne me dis pas que tu lui en veux encore pour ce truc ! C'était il y a un lustre !
– Certes, mais il n'a pas changé, grogna la rousse entre les dents. T'aurais dû voir comment il me reluquait ! Sans gêne, quoi !
– C'est parce qu'aujourd'hui tu es à tomber par terre, dit Marlène avec fierté. Il a pas dû en croire ses yeux en te voyant.
– Il ne m'a même pas reconnu, admit Lily avec une pointe d'amertume. Il a mis une bonne minute pour se rappeler qui j'étais, et encore, ses amis l'ont bien aidé. De toutes les façons, je me fiche bien de ce qu'il pense, ajouta-t-elle férocement. Je n'ai pas changé d'apparence pour lui.
Marlène leva un sourcil, clairement dubitative.
– J'ai changé à cause de lui, insista Lily, pas pour lui. Il aura au moins servi à quelque chose, cet imbécile.
Marlène ne répondit rien. Lily, qui était lasse de cette discussion, avala son bol de café d'une traite et se leva.
– Bref. Tu peux répondre à Dorcas que je suis désolée, mais que je ne pourrais pas venir.
– Pardon ?!
Elle était incrédule. Lily afficha un air déterminé.
– J'ai décidé d'aller travailler finalement. Je préfère encore me coltiner Nathan toute la journée.
– Oh, Lily ! s'écria Marlène, exaspérée. C'est ridicule ! Tu ne vas pas annuler à cause de James ?
– Oh que si ! répondit la rousse d'un ton féroce. Je ne veux pas le voir. Je préfère même encore aller travailler.
– Même si tu vas travailler, tu ne pourras pas l'éviter, fit remarquer Marlène. Tu finis à 18 heures. Tu auras largement le temps de nous rejoindre après le travail.
Lily croisa les bras.
– Je pourrais, mais je ne le ferais pas. Point final.
– Point-virgule, rétorqua Marlène. Lily, s'il faut que j'aille chercher ton gros cul jusqu'à ton travail, je le ferai, mais tu dîneras avec nous.
– C'est ça, dit-elle en quittant la cuisine.
– C'est une promesse ! insista son amie, mais Lily ne se retourna pas.
Après une douche, elle retourna dans sa chambre et entreprit de dompter sa masse de cheveux auburn qui se dressaient comme ceux d'une sorcière de conte sur son crâne. Tandis qu'elle examinait son armoire à la recherche d'une tenue légère mais pas trop décontractée pour le travail, la voix de Marlène lui parvint de nouveau, cette fois du salon :
– Et mets quelque chose de sexy ! cria-t-elle d'un ton sans réplique. Genre bien décolleté ! Je veux que Potter mouille son pantalon en te voyant, ce soir !
Lily roula des yeux, mais ne put s'empêcher de suivre le conseil. Après tout, si elle ne parvenait pas, comme elle l'envisageait, à trouver une solution pour échapper à la réunion de ce soir, elle se traînerait chez Dorcas superbement apprêtée. Question d'ego.
Elle opta pour une petite robe noire, courte, sexy, efficace qu'elle avait acheté quelques mois plus tôt et qu'elle n'avait jamais osé mettre, attendant un événement spécial. Ce jour semblait être arrivé. Lily l'agrémenta d'une veste de tailleur pour atténuer la silhouette d'enfer qu'elle lui faisait : elle lui donnait un air de working girl qui ne lui déplaisait pas. La robe suggérait sans montrer les rondeurs qui avaient heureusement survécu au niveau de sa poitrine à son régime, ce qui était parfait. Dans un élan de coquetterie, poussée par un sex-appeal dont elle faisait rarement usage, elle alla même jusqu'à se maquiller et se lisser les cheveux. Le résultat fut si bluffant que Marlène resta bouche bée lorsqu'elle traversa le salon pour aller transplaner depuis la terrasse. Lily sourit, satisfaite.
Potter allait mourir d'envie.
Lily ne se rendit compte que Potter n'allait pas être le seul à mourir d'envie qu'un quart d'heure plus tard, à l'agence, lorsqu'elle frappa à la porte de Nathan afin qu'ils se mettent au travail. Le jeune homme l'attendait avec un sourire charmeur, et il fut impressionné par l'effort inhabituel qu'elle avait mis dans son apparence. Malheureusement pour elle, il le comprit comme un effort pour le séduire. Car il avait joué finement hier, l'avait complimentée et charmée de toutes les manières possible, et il était persuadé que sans l'intervention de Marlène, il aurait eut droit au baiser qu'il attendait depuis plusieurs mois. Mais bon. Il était patient. Et, à voir la tenue affolante qu'elle portait comme par hasard le jour où ils devaient bosser tous seuls tous les deux dans son bureau, ses avances avaient porté ses fruits.
Sur le seuil de la porte, Lily hésita franchement à rentrer chez elle se changer, mais Nathan l'invitait déjà à entrer avec empressement. Elle soupira, et referma la porte derrière elle.
L'HEURE DU DÉJEUNER n'arriva pas assez vite pour Lily, mais heureusement, Nathan finit par décréter qu'il était temps de prendre sa pause. Heureusement pour lui, car il était près de 14 heures et Lily mourrait littéralement de faim. Avant qu'il n'ait le temps de l'inviter à manger en sa compagnie, elle se précipita hors du bureau, récupéra ses affaires au sien et transplana sur une rue adjacente de Pré-au-lard.
S'y trouvait le restaurant préféré de Lily Il était tenu par le père du seul ami mâle de Lily, Caradoc Dearborn, qui y travaillait lui-même comme cuisinier. En entrant, Lily salua le personnel, qui rangeait la salle après le service du midi, et se dirigea d'un pas assuré dans les cuisines de l'établissement où elle déjeunait tous les midis avec son ami. Doc ouvrit de grands yeux ébahis en voyant Lily aussi apprêtée, mais avant qu'il n'ait pu faire la moindre remarque, Lily s'écria :
– Manger, maintenant ! Explications, plus tard ! J'ai trop faiiiim !
Et Si Caradoc savait une chose, c'est qu'il ne fallait jamais se mettre entre Lily et de la nourriture lorsqu'elle avait faim.
Une fois qu'elle fut rassasiée, elle lui raconta ses mésaventures, qui était très franchement amusé par la situation. Il éclata franchement de rire lorsqu'elle lui raconta ses manœuvres pour garder l'attention de Nathan sur leur projet, et pleura de rire quand elle lui raconta s'être résolue à lui jeter un maléfice pour qu'il ait envie d'aller au toilettes à chaque fois qu'il rodait d'un peu trop près d'elle à son goût.
– Heureusement, poursuivit-elle, je continue à travailler avec Casino les après-midi, donc je suis libre jusque demain matin. Lundi, il faudra que je trouve autre chose pour garder cette sangsue loin de moi.
– T'es complètement folle, conclut-il en essuyant une larme. Ça faisait longtemps que je n'avais pas autant ri.
Lily eut soudain une idée.
– Tu sais, on peut continuer à rire ce soir, si tu veux, proposa-t-elle d'une voix qui se voulait séductrice. Rien que toi et moi…
Mais Doc roula des yeux. Malheureusement pour Lily, il la considérait comme sa petite sœur et était parfaitement imperméable à ses charmes.
– Tu perds ton temps, dit-il avec un sourire amusé. Marlène et Dorcas sont passées tout à l'heure et m'ont interdit de te fournir un alibi pour ce soir.
– Doc ! S'écria Lily d'un ton indigné. C'est moi qui te connaît depuis le plus longtemps, c'est à moi que tu devrais être loyale en premier !
– Dorcas et Marlène me sont tout aussi chères.
– S'il te plaiiiit ! insista Lily en faisant des yeux de chien battu. Oh je sais ! Si tu acceptes, je t'arrange un rendez-vous avec Katie. Ce week-end. Rien que toi et elle...
Mais Caradoc secoua la tête, sans se départir de son sourire.
– Désolé, Lily. J'ai promis. Et j'ai déjà un truc de prévu pour ce soir.
La jeune femme le regarda longuement. Quelque chose était bizarre… D'habitude, lorsqu'elle faisait les yeux de chien battu, Caradoc ne résistait pas et faisait tout ce qu'elle voulait.
– OK, dit-elle soudain d'un ton impérieux. Accouche. Qu'est-ce qu'elles t'ont donné en échange pour que tu ne m'aides pas ? Et ne nie pas, je connais par cœur.
Caradoc haussa les épaules. Il ne voyait pas de mal à dire la vérité. Elle l'aurait découvert d'une manière ou d'une autre, quoi qu'il en était.
– Marlène m'a déjà arrangé un rendez-vous avec Katie, admit-il avec un sourire ravi. J'ai pas pu refuser. Tu sais à quel point je l'ai toujours trouvée super mignonne…
Lily grogna. Elle n'y croyait pas : Marlène l'avait devancé et lui avait volé son plan ! Rien ne pourrait faire changer d'avis Doc, et il était le seul qui aurait pu la sortir de ce pétrin.
– Et ce rendez-vous est pour ce soir, je suppose ?
– A 18 heures précises, dit fièrement Doc.
Mince. Elle ne pourrait même pas compter sur son ami pour la sauver ne serait-ce qu'une minute après le travail. Marlène avait vraiment tout prévu.
– La salope, marmonna Lily dans sa barbe.
LILY RETOURNA AU BUREAU juste à temps pour préparer le thé de Mrs Casino. La grosse femme leva à peine la tête quand fut servie sa boisson, et Lily retourna comater à son bureau. Elle s'ennuyait, mais préférait de loin prendre racine sur son fauteuil plutôt que de retourner à moins de trente mètres de Nathan, aussi passionnant que fut la maquette qu'ils étaient en train de faire.
A la réunion de 16 heures, Mrs Casino fut agréablement surprise par le travail fourni en tandem, et se fendit même d'un petit compliment à l'adresse de Lily. Pour son neveu, en revanche, elle fut bien plus éloquente, et les cheveux de Nathan étaient complètement ébouriffés lorsque sa tante finit de le féliciter en passant sa grosse main dans ses cheveux parfaitement coiffés, d'ordinaire impeccables.
En sortant de la salle, Lily eut à peine le temps d'effectuer quelques pas qu'elle fut interpellée par Nathan. Ce dernier regarda anxieusement autour d'elle, pour s'assurer que Mrs Casino ne se trouvait nulle part aux alentours avant de reporter son attention sur sa jeune collègue.
– Dis Lily… tu es partie un peu vite, tout à l'heure. Je voulais t'inviter à déjeuner.
– Ah bon ? feignit de s'étonner Lily. Oh, je suis désolée. J'avais tellement faim que j'ai foncé. Une prochaine fois, peut-être ?
– Ben justement, je me disais… tu fais quelque chose, ce soir ?
Lily ouvrit la bouche, prête à décliner avant même qu'il n'ait finit sa phrase, mais soudain se tut. Nathan allait peut-être lui donner l'alibi dont elle avait désespéramment besoin pour fuir les Maraudeurs. Mais elle réfléchit un instant : était-elle prête à supporter Nathan et ses avances toute une soirée rien que pour éviter Potter ? Était-elle désespérée à ce point là ?
Comme on disait, entre la peste et le choléra… Elle ne savait pas quelle était la plus horrible des deux maladies.
– Je… crois que je n'ai rien de prévu, dit-elle prudemment. Je devais sortir avec les filles, et je ne sais pas si je peux décaler, tu me préviens un peu tard. Je vais voir avec elles...
Autant garder une carte sous la main.
À dix-huit heures, désespérée, Lily n'avait toujours pas fait son choix. Nathan, Potter… Le choix n'était pas facile. En désespoir de cause, elle décida quand même de tenter de s'enfuir discrètement, avec l'espoir d'esquiver et Nathan et Marlène. Elle réussit la première partie de son plan en quittant le bureau sur la pointes des pieds. Elle échoua pour la seconde.
Comme prévu, Dorcas et Marlène l'attendaient de pied ferme, les bras chargés de sacs de shopping. Marlène avait même sorti sa baguette, prête à stupéfixer son amie si cette dernière refusait de coopérer. Lily soupira. Elle était cernée.
D'un pas traînant, elle rejoignit ses amies qui l'attendaient comme deux détraqueurs, bien en évidence devant l'agencel'agence. Le contraste entre les deux jeunes femmes n'était que plus évident lorsqu'elles se tenaient l'une à côté de l'autre.
Marlène était grande de taille, blonde, avec de grands yeux bleus et une bouche pulpeuse. Elle respirait l'énergie et le dynamisme, mais sous ses airs angéliques et innocents se cachait une femme de fort tempérament et très déterminée.
Dorcas au contraire était petite de taille, avait la peau très pâle et de longs cheveux qui encadraient un beau visage aux traits nobles et fins. Au premier abord, comme le noir était sa couleur fétiche, elle avait l'air austère et froide, mais quand on l'observait un peu plus longtemps on se rendait compte que son visage arborait en permanence un air doux et bienveillant, et que ses fines lèvres étaient souvent étirées en un sourire mystérieux, à la manière de Mona Lisa.
Quand Marlène était presque intimidante par son dynamisme, Dorcas mettait immédiatement en confiance. Elles partageaient, malgré leurs différences, une complicité totale et une amitié franche qui rendait parfois Lily jalouse. Même si elle s'entendait parfaitement avec les deux, elle savait les deux femmes plus proches l'une de l'autre que de Lily. Elle rêvait elle aussi de trouver quelqu'un qui la comprendrait sans même qu'elle n'ait besoin de parler.
– Lily, tu es magnifique ! s'exclama Dorcas, admirative. Je comprends mieux ce que voulait dire Marlène. Le maquillage, les cheveux, la robe ! Woaw !
– Je sais toujours pas où tu cachais cette robe, renchérit cette dernière d'un ton féroce, mais sache que je me retiens de te l'arracher et de te laisser te balader nue.
Dorcas et Lily lui jetèrent un regard étrange.
– Quoi ? aboya-t-elle sur un ton de défi.
– C'était très bizarre, comme commentaire, commenta Dorcas.
– Je te préférais muette, comme quand tu ne savais pas quoi dire, ce matin, confirma Lily en secouant la tête.
Marlène leva les yeux au ciel.
– Bon, tu es prête, Lily ? lança-t-elle en jetant un coup d'œil à sa montre. On doit encore faire quelques courses, les garçons arrivent vers 21 heures.
Lily croisa les bras, un air de défi sur le visage. Non, elle n'était pas prête.
– Je t'ai dit que je ne viendrais pas, ce matin, rappela-t-elle. Tu te souviens ?
– Je t'ai dit que je me fichais de ce que tu voulais ou pas, ce matin, mima Marlène sans cligner des yeux. Tu te souviens ?
– Je ne viens pas, et tu ne peux pas me forcer, répliqua Lily.
– Tu viens, et je peux te forcer, répondit Marlène d'un ton sans réplique.
– Elle a raison, fit remarque Dorcas d'un ton neutre. Si elle a pu te forcer à porter cette immonde robe rose à mon mariage, elle peut te forcer à tout. Et puis, ça me vexe que tu ne veuilles pas passer la soirée avec moi. Ça fait des lustres qu'on ne s'est pas toutes retrouvées.
– La faute à qui ? maugréa Lily, qui aurait bien voulu son soutien.
Dorcas rougit. Depuis son mariage, elle s'était tellement impliquée dans sa nouvelle vie de femme d'intérieur qu'elle ne voyait plus ses amies que rarement. Cela exaspérait Lily et Marlène, mais elles la savaient si heureuse en compagnie d'Andréa qu'elles tentaient de prendre sur elles.
Lily la savait très sensible, et ne voulait cependant pas la culpabiliser. Aussi, elle se tourna plutôt vers Marlène :
– Je ne viens pas, reprit-elle en posant les mains sur les hanches.
– Oh je t'en prie, Lily ! s'exclama Marlène, exaspérée. Arrête un peu de te comporter comme une gamine et ramène tes fesses ! On s'en fout de Potter, l'essentiel c'est qu'on passe la soirée tous ensemble, comme avant ! Tu ne seras pas obligée de lui parler s'il te débecte à ce point !
C'était sa manière d'être « douce » et d'amadouer son amie, mais son ton agressif annihilait toute délicatesse dans sa voix quand elle s'énervait.
Lily resta donc campée sur ses positions.
– C'est Potter, ou moi. Choisissez.
– Je vous choisis tous les deux, dit aussitôt Dorcas.
Elle détestait prendre parti.
– Moi je choisirais plutôt James, dit Marlène, également sans hésitation. Toi, Lily, je vois ta tête tous les jours.
– Héé ! s'indigna Lily.
– Mais étant donné qu'on a pas vraiment à choisir, trancha Marlène, on va vous avoir tous les deux et tout le monde sera content.
Elle regarda sa montre, puis soupira.
– Lily, on a assez perdu de temps comme ça. Tu sais très bien que tu n'as pas le choix. Je suis prête à te stupéfixer pour te traîner chez Dorcas, s'il le faut. Donc à moins que tu aies une excuse en béton à me fournir, il faut vraiment qu'on aille faire les courses avant que ça ne ferme.
Au même moment, la porte de l'agence s'ouvrit derrière Lily. Les trois femmes se retournèrent. Nathan s'approcha d'elles de sa démarche de mannequin. Instinctivement, Marlène afficha son sourire le plus aguicheur, mais avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, Lily agrippa le bras du jeune homme et dit fièrement:
– C'est lui, mon excuse en béton.
Va pour le choléra.
Bla Bla de l'auteur: Bonjour tout le monde !
Voilà donc pour le troisième chapitre de WP ! J'espère que cela vous a autant plus que les deux premier (vous m'avez mis la pression, avec tous ces compliments ^^). Je n'ai pas beaucoup de mal a écrire de chapitre sur cette fanfiction, les mots me viennent facilement et j'ai déjà le plan complet en tête. Et surtout, plusieurs personnages sont basés sur des personnes qui ont marqué ma vie (notamment Nathan, qui est basé sur mon dernier copain).
Si j'ai mis autant de temps à poster la suite, c'est surtout parce que j'ai été prise par les exams. Mais maintenant que les trois quarts sont passés, j'ai beaucoup plus de temps. Je posterai toutes les deux semaines à partir de maintenant!
Donc prochain chapitre : avant le 15 mai :)
Rien à voir, mais si vous vous posez la question, ou avez eu la flemme de calculer en vous basant sur les indices laissés par Sirius, Lily à 20 ans dans l'histoire et James 23 ans.
Merci à toutes les personnes qui continuent à lire ! J'ai vu aussi que plusieurs personnes avaient ajouté cette histoire à leurs favoris ou la suivent, et ça me fait hyper plaisir ! 3
Merci mille fois à Mamamiiiiaa (-oui, le livre que lit James existe réellement, c'est Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Je te le conseille si tu ne l'as jamais lu, et même si tu l'as lu ^^) et Chevalier du Catogan (-ah bah du coup j'ai vraiment posté vite ! Ton commentaire est tombé au moment où je finalisais les derniers paragraphes ! J'espère que tu as apprécié) pour avoir reviewé le chapitre précédent !
N'hésitez pas à en faire autant ci-dessous, ça ne prend que quelques secondes !
