Chapter 4: Firewhisky - MARLENE


LE HIBOU DUT frapper plusieurs fois aux carreaux de la porte-fenêtre avant de parvenir à attirer l'attention des treize personnes installées dans la véranda. Ces dernières levèrent toutes la tête vers l'origine du bruit, haussèrent les épaules, et continuèrent leurs conversations bruyantes en ignorant les cognements réguliers de l'animal. Le volatile, vexé de leur indifférence, se mit à décrire des cercles dans le jardin en attendant qu'on daigne le délivrer de sa lettre.

Dorcas se trouvant dans la cuisine à ce moment-là, ce fut Marlène qui se leva afin d'aller réceptionner le courrier tardif. Elle pénétra dans le jardin très fleuri et éclairé par des petits lampions flottants, et frissonna lorsque le vent frais nocturne lui lécha ses bras nus. Le hibou atterrit sur son épaule et tendit la patte où était liée la lettre.

À la surprise de Marlène, la missive lui était adressée. Une ombre s'attarda quelques instants sur son visage lorsqu'elle reconnut l'écriture de l'expéditeur. Elle resta glacée un moment, indécise, incapable du moindre mouvement, et ce fut le rire tonitruant de Sirius, provenant la maison, qui la tira de sa torpeur. La jeune femme se reprit alors, et s'efforça d'afficher l'air enjoué qu'elle avait feint toute la journée. Il était hors de question de déprimer en présence des autres invités, et encore moins de craquer devant eux. Elle congédia le messager, qui, patiemment, attendait pourtant une réponse, et glissa l'enveloppe dans sa poche.

Elle y jetterait un coup d'œil plus tard.

Une fois certaine d'avoir recouvré son calme, elle retourna dans la maison et se rassit entre James, qui plaça de nouveau le bras autour de ses épaules, et Dorcas, revenue entre temps. Celle-ci lui jeta un coup d'œil bref avant de murmurer:

– C'est encore lui je suppose?

Marlène lui fit un bref signe pour lui faire comprendre qu'elles en reparleraient plus tard lorsqu'elles seraient seules, et rejoignit le débat qui faisait rage entre James, Peter et Valentina, concernant qui était la meilleure équipe entre les Canons de Chudley et les Harpies de Holyhead.

– Les Harpies sont certes qualifiées pour les quarts de finale, disait Peter, dont l'argumentation était vivement soutenue par les hochement de tête approbateurs de James, mais les Canons restent sans aucun doute la meilleure équipe d'Angleterre. Sans la blessure de Harris, ils seraient à la tête du classement à l'heure qu'il est. Et tu le sais très bien!

– N'importe quoi ! s'indigna Valentina.

Il était plus de deux heures du matin, et la soirée battait encore son plein. Marlène se sentait à l'aise dans cette ambiance chaleureuse et vive, qui faisait remonter des souvenirs d'adolescence, lorsque les même personnes présentement réunies passaient des nuits à boire et discuter dans la salle commune de Gryffondor. Elle n'avait pas perdu contact avec les uns, et renouer avec les autres s'était révélé être quelque chose de très naturel.

James n'avait pas changé. Toujours aussi séduisant et séducteur, toujours aussi arrogant et prêt amuser la galerie par ses bêtises. Marlène ne se formalisait pas de sa désinvolture ni de ses goujateries : ayant compris depuis longtemps qu'il ne fallait jamais prendre James au premier degré, elle le trouvait extrêmement frais et amusant. Elle avait presque du mal à croire, vu la familiarité qui s'était installée entre eux deux secondes après leurs retrouvailles, qu'il s'était passé cinq longues années sans qu'ils ne se voient. La tendresse que James avait pour elle n'avait pas diminué avec le temps. Très tactile, il insistait pour l'avoir près d'elle et l'enlaçait affectueusement.

Sirius était également resté fidèle à lui-même : d'une beauté ravageuse et d'un panache qui ne faiblissait jamais. Tout comme pour James, le secret pour l'apprécier était d'avoir du recul sur ses faits et gestes, ce qui n'était pas bien difficile car le jeune homme parlait avec une telle légèreté et désinvolture qu'il était en fait compliqué de le prendre au sérieux.

Remus semblait lui avoir gagné en sérénité et en sociabilité, et Marlène avait vite compris que l'anneau de fiançailles qui étincelait à son annulaire n'était pas étranger à ce changement. Il souriait et s'exprimait beaucoup plus spontanément que dans ses souvenirs.

Quant à Peter, il était également moins effacé qu'elle ne l'avait connu. Il n'était toujours pas particulièrement éloquent, mais Marlène réalisa qu'il discutait bien plus facilement lorsqu'il était en présence de personnes dont il était familier, et qu'il lui arrivait d'avoir des remarques pertinentes.

En plus des Maraudeurs, Dorcas avait convié d'autres anciens camarades de Gryffondor, certains plus âgés, et d'autres plus jeunes. Ils étaient tous assis autour d'une table bien garnie, sous la véranda couverte qui donnait sur le jardin décoré avec soin par l'hôtesse de maison. Cette dernière était régulièrement secouée de fous rire en écoutant Franck Londubat narrer sa première rencontre avec les parents d'Alice qui, légèrement rougissante, ajoutait de temps en temps des détails à l'anecdote désopilante. À la droite d'Alice se trouvait Katie la coiffeuse, installée sur les genoux de Caradoc, lui même enfoncé dans un vieux fauteuil, qui lui murmurait des choses à l'oreille qui faisaient rire la jeune femme. À leur droite, Barty Croupton Jr, passablement ivre, chantait des chansons paillardes en chœur avec Amélia Bones et Sturgis Podmore, tous trois se balançant de droite à gauche en se tenant les épaules. Leurs voix pourtant portantes ne masquaient pas les rires tonitruants de Sirius, qui pleurait de rire alors que Remus, son voisin, lui racontait la blague du Sorcier, du nain et de la goule qui entrent dans un bar. Le bras de Remus enlaçait machinalement la taille de Valentina, qui affirmait à présent avoir un jour bu deux caisses de Firewhisky sans flancher devant un Peter et un James dubitatifs.

La tête de Marlène oscillait entre leur débat et les conseils que donnait à présent Dorcas aux Londubat concernant l'organisation de leur mariage à venir, mais en réalité elle ne suivait aucune des discussions. Son esprit était ailleurs, perdue dans une ambiance beaucoup moins gaie. Elle était préoccupée par la lettre qui sommeillait dans sa poche, non décachetée.

Son cœur battait la chamade. Elle savait que la meilleure solution serait de la brûler sans la lire, mais la curiosité était forte. Elle savait qu'elle serait déçue en la lisant, mais ne pouvait s'empêcher d'espérer des mots doux. Elle savait qu'elle serait déçue si elle y trouvait en effet des mots doux, mais ne pourrait s'empêcher d'y croire.

Quand est-ce que cela finirait donc ?

Dorcas dut sentir que son amie était ailleurs car elle se tourna soudain vers Marlène et la sonda de son regard chaud. Le visage rayonnant de cette dernière ne la dupa pas une seconde, et elle serra discrètement la main de son amie. Toutes deux ignoraient qu'une troisième personne avait suivi le changement d'humeur, cependant sans en comprendre la raison. James décida de ne pas intervenir, mais plutôt de réconforter Marlène de la manière dont il se réconfortait lui même un peu trop souvent : en buvant. Il attrapa une bouteille de Firewhisky et lu servit des verres plus que de raison. Très vite, Marlène reprit des couleurs et se mit à rire franchement avec les autres.

La soirée ne prit fin qu'à quatre heures du matin, lorsque des voisins excédés vinrent se plaindre du tapage nocturne. Aucune des personnes présentes n'était assez sobre pour lancer un sortilège d'insonorisation sans mettre le feu à la maison, aussi ils se séparèrent tous. Les deux couples officiels de la soirée, Franck et Alice et Remus et Valentina, n'habitaient pas très loin et décidèrent de rentrer à pied pour ne pas risquer de se désarticuler en transplanant. Sirius, Peter, James et Caradoc se partagèrent les deux seules potions de désenivrement en possession de Dorcas et entreprirent de raccompagner Sturgis, Amelia, Barty, et Katie, qui avaient eux tellement bus qu'ils s'étaient à moitié endormis les uns sur les autres.

– Enfin seules ! s'écria Marlène lorsque la porte se referma derrière Barty et Peter.

– J'en ai rêvé toute la soirée, approuva Dorcas.

Contrairement aux autres, elles avaient nullement l'air ivre ou fatiguées. Toutes deux tenaient extraordinairement bien l'alcool, et s'apprêtaient à entamer une troisième partie de soirée plus sobre ensemble. Après s'être débarassées de leurs vêtements, elles convertirent le canapé du salon en lit, et s'y installèrent en s'entourant de sucreries et de boissons chocolatées.

– Ça me rappelle lorsque tu vivais encore avec nous à l'appart, dit Marlène avec nostalgie.

À l'époque où Dorcas étaient encore célibataire, les trois amies finissaient souvent leurs samedi soirs couchées l'une à côté de l'autre sur le même lit à se raconter leurs histoires et leurs secrets. C'était leur moment privilégié entre filles, bien que parfois elles admettaient la présence de Caradoc dans leur cercle. Après tout, il avait les cheveux longs, une passion pour les potins, et se levait toujours avant elles le lendemain pour préparer le petit déjeuner. Pour Marlène, Lily et Dorcas, c'était assez de critères et de points communs pour accepter sa présence.

– Manque que Lily, fit remarquer Dorcas d'un ton triste.

L'absence de Lily se faisait d'autant plus sentir à ce moment là. D'ordinaire, elle s'installait à contre sens entre les deux filles et passait le clair de son temps à repousser leurs pieds qui s'aventuraient trop près de son nez à son goût. Ses grognements étaient comme la musique de fond manquante.

– Quelle tête de mule, grogna Marlène. Même si je suis contente qu'elle ait enfin accordé sa chance à Nathan. Il était temps, soit dit en passant.

– Oh, je ne sais pas, dit prudemment Dorcas.

Marlène tourna la tête vers la brune, incrédule.

– Comment ça, tu ne sais pas ?

– Oh, Nathan est très bien et tout, dit Dorcas de bonne grâce. Je ne dis pas le contraire...

– Il est plus que bien, insista la blonde. Il est… il est parfait ! Et puis qu'est ce qu'il est beau… T'as vu les fesses qu'il a ? Et il est tellement riche !

– Oui, il est pas mal, concéda de nouveau son amie. C'est un bon parti. Et oui, il a de belles fesses. Mais…

– Mais ?

Marlène paraissait scandalisée que Dorcas émette une objection à l'encontre de Nathan.

Dorcas hésita. Elle n'aimait pas contredire les autres en général, mais le bonheur de Lily lui était tout aussi important et contrairement à Marlène, elle n'était pas entièrement convaincue par Nathan. Elle estimait donc important de nuancer l'avis de son amie afin qu'elle ne pousse pas trop Lily vers un prince qu'elle trouvait un peu trop charmant.

– Je ne pense pas qu'il soit fait pour Lily, expliqua-t-elle. Tu connais Lily. Nathan est trop… trop de choses. Trop gentil, trop doux, trop riche...

– Et bah ? dit Marlène sur un ton de défi. Depuis quand ce sont des défauts ? C'est une bonne chose qu'un type aussi « trop » de bonnes qualités s'intéresse à elle ! Ça changera des abrutis avec lesquels elle sort d'habitude. Surtout du dernier, ajouta-t-elle d'un ton dédaigneux.

– Oh, Nathan est de loin beaucoup mieux que l'autre sur tous les points, concéda Dorcas avec une grimace. Ce n'est pas bien difficile de faire mieux, de toute manière. Mais pour Nathan, ce n'est pas encore ça.

– Il a tout pour lui, au contraire. Tu es trop exigeante, Dorcas.

– Je ne pense pas, se défendit cette dernière. C'est juste que Lily a besoin de quelqu'un de moins prévisible, et je trouve Nathan un peu... plat. Un peu trop classique. Et ce n'est pas le genre de Lily, elle va s'ennuyer avec lui.

– Personne ne peut s'ennuyer avec un mec au corps pareil, dit Marlène d'un ton rêveur. J'ai chaud rien que d'imaginer sa...

Je-ne-veux-rien-imaginer-je-suis-mariée ! répliqua précipitamment Dorcas.

– Raison de plus pour fantasmer, vu la bedaine d'Andrea, la taquina la blonde.

Dorcas lui donna un coup de pied sous la couette.

– Aie ! Salope !

– Connasse.

– Quoi qu'il en soit, reprit Marlène en se massant le mollet, je trouve au contraire que Nathan est absolument parfait pour Lily, et c'est même pour cela que je me garde de lui sauter dessus moi-même.

– C'est justement ça le problème, souligna Dorcas. Tu n'es pas objective. Nathan te conviendrait à toi sans aucun doute, mais à Lils, je n'en suis pas aussi sure.

– Qu'est-ce que tu lui reproches, au juste ?

– Je pense que le problème est qu'ils se ressemblent beaucoup, or, le type idéal pour elle serait un mec qui serait le contraire de ce qu'elle est. Quelqu'un de diamétralement opposé.

– Quoi, quelqu'un comme Potter ? proposa Marlène.

Elles tentèrent vainement de garder leur sérieux, avant d'exploser de rire. L'idée leur paraissait aussi ridicule qu'invraisemblable. Même en faisant l'impasse sur l'aversion profonde qu'éprouvait Lily pour James, même en imaginant un univers parallèle où elle aurait des sentiments neutres envers lui, ils étaient quand même le couple le plus improbable de se former. Il était difficile d'imaginer la douce, prévisible, fragilisée, casanière Lily avec le tumultueux, imprévisible, arrogant, hyperactif James !

Les deux femmes mirent une bonne minute à regagner leur souffle.

– Peut-être pas opposés à ce point, dit Dorcas en essuyant une larme.

– T'imagines, quand même ? Lily et James !

Elles rirent de nouveau.

– J'ai du mal, avoua Dorcas en buvant une gorgée d'eau pour calmer le rire. Ils sont trop... différents, et ils s'entretueraient au bout de dix secondes. Non, pas James, définitivement. Lily ne peut pas le saquer. Mais je l'imagine bien quand même avec quelqu'un qui lui ressemblerait moins que Nathan. Un type dynamique, drôle, impertinent… tu vois, quelqu'un qui lui fasse perdre le contrôle, qui la surprenne. Qui la fasse rire. Qui lui rende le sourire.

Marlène poussa un soupir.

– C'est clair que depuis l'autre, elle a du mal à se laisser aller, à faire confiance. Il l'a vraiment détruite, cet imbécile.

– Lily m'a d'ailleurs dit qu'il essayait toujours de revenir, dit Dorcas avec dégoût. J'espère qu'elle ne cédera pas.

– Oh, j'y veille bien, affirma Marlène d'un ton féroce. Et elle n'est pas bête : elle ne retournera jamais avec une telle crapule. Après tout ce qu'il lui a dit, je ne comprends même pas qu'il ose vouloir revenir. Y'a des mecs, comme ça, vraiment, qui ne veulent pas comprendre quand c'est fini !

– Y'a des nanas aussi, comme ça, dit Dorcas sur le ton de la conversation.

Marlène se redressa sur un bras et fronça les sourcils, piquée au vif.

– Je suppose que c'est de moi que tu parles ?

– Oui, tu supposes bien.

– Si tu insinues que…

– Je n'insinue rien du tout, je le dit concrètement, coupa tranquillement Dorcas. Marlène, tu admettras que tu cours derrière Finnegan de la même manière que l'autre court derrière Lily.

– Je ne cours pas derrière Finn, se défendit Marlène, agacée.

– Non, tu accoures quand il appelle. C'est encore pire. Et ça fait deux ans que ça dure.

– La ferme, Dorcas.

Elle se recoucha dans le lit et tourna le dos à son amie.

– Je t'aime aussi, ma chérie, dit doucement cette dernière.

Elle savait qu'il n'était pas bon d'insister sur ce sujet sensible, mais tenait absolument à régler un dernier détail avant de changer de sujet.

– Tu as ouvert la lettre qu'il t'a envoyé?

Marlène hésita. Elle avait secrètement espéré que son amie oublie au sujet du courrier.

– Pas encore, admit-elle finalement à contrecœur.

Elle tâta le sol, où elle avait balancé sa jupe lorsqu'elle s'était déshabillée, et extirpa la lettre en question de la poche. Dorcas se redressa et la lui prit des mains sans lui demander son avis.

– Hééé, protesta mollement Marlène.

Mais son amie l'ignora. Elle parcourut la missive avec attention, son visage s'assombrissant au fur et à mesure qu'elle lisait.

– Il manque vraiment pas de culot, siffla-t-elle rageusement quand elle arriva à la fin. Ce type m'étonnera toujours, il te pense vraiment bête et ça m'énerve. Et il se croit dans les Feux de la Passion ou quoi ? Écoutes ça : « Si tu m'aimes vraiment, rejoins moi. J'ai beaucoup réfléchi, j'ai compris beaucoup de choses. J'ai besoin de te parler, de te voir. Je t'attendrais toute la nuit s'il le faut. » Et blablabla, « je t'aime » par ci, « bébé » par là. Pfff, n'importe quoi ! Et genre il se met à réfléchir comme par hasard quand sa copine fait une pause ? Il croit vraiment que tu es à son service, c'est hallucinant.

Marlène ignora le pincement au cœur qu'elle ressentit en écoutant son amie lire une partie du courrier, et fit semblant d'être tout aussi scandalisée par l'aplomb de Finn. Le moyen le plus court pour changer de sujet était de ne pas argumenter, de ne pas exprimer ce que chaque signe de vie de Finn, aussi scandalisant soit-il, provoquait en elle. Dorcas ne comprendrait pas, et passerait des heures à lui faire admettre que Finn n'était qu'un salaud. C'était ironique, quand on savait qu'elle appliquait rigoureusement la même thérapie à Lily.

– Il me prend vraiment pour acquise, marmonna-t-elle pour la forme.

– Il a juste la quéquète en feu, approuva Dorcas d'une voix inhabituellement sèche. Sinon, il ne te ferait pas signe à trois heures du matin. Quel… quel porc !

Marlène n'était pas stupide : elle savait que son amie avait entièrement raison. Combien de fois l'avait-il eue en feignant avoir réfléchi et ne vouloir qu'elle, pour conclure que leur aventure était une erreur au petit matin. Elle n'était pas stupide.

Juste amoureuse.

Irrémédiablement, inexorablement amoureuse. Elle se savait stupide d'être encore amoureuse de Finn avec tout ce qu'il lui faisait subir, mais ne pouvait s'empêcher de revenir, encore et encore vers lui à chaque fois qu'il lui laissait une miette d'espoir. Elle se sentait pathétique. Mais tellement amoureuse.

Dorcas roula la lettre en boule et le jeta dans le feu de cheminée, où il se consuma rapidement.

– Ce type me débecte, conclut-elle sèchement. Les mecs sont tous des connards.

Marlène sourit, presque malgré elle.

– Tous ?

– Sauf Andrea, répliqua Dorcas comme si ça allait de soi.

Marlène leva les yeux au ciel.


MARLÈNE SE REVEILLA le lendemain avec un affreux mal de crâne, au son d'un irritant claquement sec, persistant et régulier sur le parquet, qu'elle finit par identifier comme une paire de talons particulièrement hauts. Elle n'était pas du matin, avait trop bu la veille, et ce son finissait de l'achever. De mauvaise grâce, elle ouvrit péniblement les yeux, et tomba nez à nez avec Lily qui s'était accroupie pour être à hauteur d'yeux.

– Dégage, Lily, grogna-t-elle d'une voix enrouée.

La rousse sortit un flacon de sa poche, qu'elle mit à hauteur d'yeux, sans un mot. La réaction de Marlène ne se fit pas attendre :

– Je t'aime, marmonna-t-elle en se jetant sur la potion qui annulait les effets de la gueule de bois.

Lily se redressa et retourna dans la cuisine, un sourire satisfait sur le visage.

La potion que Lily, prévoyante, avait apportée de leur appartement ne tarda pas à faire son effet : les effets désagréables de sa beuverie d'hier s'atténuèrent considérablement, et Marlène fut capable de se redresser. Une fois l'envie de dormir dissipée, une délicieuse odeur de pancakes et de pain frais frappa les narines de la jeune femme. Elle s'extirpa rapidement des couettes et rejoignit la cuisine, où se trouvait ses deux meilleures amies. Dorcas dévorait déjà avec avidité le repas préparé par Lily. Devant la férocité de son appétit, et de peur de n'avoir que des restes, Marlène se jeta elle aussi sur les pancakes comme un lion affamé.

– Che t'aime, répéta-t-elle en direction de Lily, la bouche pleine.

Celle-ci sourit sans lever les yeux du magazine qu'elle feuilletait. Elle était absorbée par une photo, prise à l'occasion d'un gala, qui faisait la double page du milieu de l'exemplaire et dans laquelle se trouvait James Potter au milieu d'autres personnalités. En tenue de soirée, il enlaçait galamment une sorcière blonde au sourire si éclatant qu'il semblait sortir tout droit d'une publicité de dentifrice spécial blancheur. Lily ne lisait que très rarement Sorcière Hebdo, mais savait grâce à la lecture assidue de Dorcas qu'il se passait rarement une semaine sans que James n'y figure. Il n'était pas exactement une célébrité, mais plutôt l'un des bon partis célibataires les plus en vogue de sa génération. Pas si célibataire que ça, se dit-elle en parcourant la colonne de droite, qui l'informa sur un ton peu journalistique que la femme blonde, Elinor Bell, était en réalité la fiancée de James. L'article émettait des hypothèses quant à la raison pour laquelle le mariage « n'avait toujours pas été célébré alors que les tourtereaux s'étaient fiancés rapidement et avaient exprimé l'envie de s'unir vite . Il y a-t-il du gaz dans l'air ? » concluait-on.

Lily reporta son attention sur le couple sur papier glacé. Tous deux beaux, grands et élégants, Elinor et James étaient particulièrement bien assortis et semblaient plutôt joyeux et complices sur la photo. Potter... Lily n'aurait jamais imaginé que James, vu la façon dont il l'avait reluquée sans retenue au Garage, puisse être fiancé. Dieu, qu'est-ce qu'il l'avait mise mal-à-l'aise ! Il n'avait vraiment pas changé.

– Comment s'est passée ta soirée ? s'enquit Marlène une fois rassasiée, la tirant de ses pensées.

Lily haussa les épaules d'un air indifférent.

– C'était plutôt bien, pour être franche, admit-elle simplement. Je ne pensais pas m'amuser autant avec Nathan, mais je ne regrette pas d'avoir accepté son invitation. Moi qui m'attendais à passer une soirée horrible… J'ai beaucoup apprécié, vraiment. Et il est très gentleman.

Elle eut un petit sourire attendri, que Marlène méprit pour autre chose.

– Vous avez couché ensemble ? demanda-t-elle d'une voix surexcitée.

– Bien sûr que non, glapit Lily d'un ton scandalisé. Je viens de te dire qu'il était gentleman.

Marlène parut déçue.

– Tu aurais dû. Les gentlemen n'existent pas plus que les princes charmants, de nos jours, alors à quoi bon serrer les cuisses ?

– Je sais pas, pour des raisons de dignité et d'amour propre ?

– Au diable, la dignité !

– Tu sais ce que je pense de ta théorie, Mar.

– Quelle théorie ? demanda Dorcas avec intérêt.

Lily soupira, et expliqua d'une voix d'où pointait clairement de l'agacement, comme pour bien faire comprendre à quel point elle trouvait l'idée de Marlène grotesque et indigne d'intérêt.

– Marlène pense qu'il faut coucher dès le premier soir avec un mec quand il nous plaît.

Quoi ? s'exclama Dorcas. Mais pourquoi ?

– Comme ça, si tu lui plaît vraiment, il rappellera. Et s'il ne cherchait que du cul, il ne rappellera pas. Dans tous les cas, on est fixés dès le début et on ne risque pas d'espérer pendant des mois ou de tomber amoureuse d'un type qui, au final, ne voulait que coucher.

Dorcas resta sans voix, visiblement choquée.

– Oui, c'est débile, traduit Lily en se replongeant dans le magazine.

– Ça ne l'est pas, se défendit Marlène. Ça évite de s'attacher aux mecs qui ne veulent rien de sérieux.

– En leur donnant dès le début ce qu'ils veulent, même s'ils ne le méritent pas ? souligna-t-elle, incrédule.

– Donner… pas vraiment. C'est 50-50. Disons que s'il est vraiment intéressé par toi, il te rappelle. Sinon, s'il ne te considère que comme le coup d'un soir, tu as passé un bon moment, lui aussi, et tu passes au suivant. Ça t'évite de t'attacher inutilement.

– C'est débile, répéta Dorcas en secouant la tête. Je n'ai même jamais rien entendu d'aussi stupide.

– Fais pas ta prude, ce n'est que du sexe, Dorcas, s'impatienta Marlène. Pas de quoi en faire un foin. J'aurais pourtant cru qu'une fois que tu aurais connu la chose, tu te serais décoincée un petit peu.

– C'est justement parce que j'ai attendu le bon que je sais que ça vaut la peine de patienter, et que ce n'est pas un truc qu'on bazarde au premier venu comme si ça n'avait aucune valeur.

Marlène se contenta de lever les yeux au ciel.

– Ce n'est pas non plus comme si j'étais vierge…

– Non, mais tu devrais accorder plus d'importance à certaines choses. Ce n'est jamais que du sexe. Surtout pour nous, les femmes.

– Quoi qu'il en soit, coupa précipitamment Lily, je n'ai pas couché avec Nathan... mais on s'est embrassés.

Cela eut l'effet escompté : la blonde et la brune recentrèrent leur attention sur Lily, avides de détails.

– Il m'a raccompagnée à la maison hier soir, après le restaurant, continua-t-elle. On a bu un dernier verre, et c'est arrivé.

– C'était comment ?

Lily hésita.

– C'était bien, admit-elle finalement.

Son regard fuyant n'échappa à personne, mais ses amies le mirent sur le compte de la timidité. Elles décidèrent de ne pas insister pour ne pas l'embarrasser. Lily détestait parler de sa vie amoureuse.

– Et vous, votre soirée ? reprit-elle sur un ton enjoué.

– Géniale, dit aussitôt Dorcas. Tu aurais vraiment du venir, on s'est bien amusés. J'avais aussi invité Franck et Alice, Barty, Amelia, et Sturgis, et Caradoc et Katie nous ont rejoints à un moment. C'était vraiment super.

– Ça m'a rappelé les soirées qu'on passait à Poudlard, ajouta Marlène avec nostalgie. L'ambiance était magique !

– Dommage que je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler, fit remarquer Lily avec amertume. La plupart du temps, je n'étais même pas invitée.

– Euh… Raison de plus pour prendre ta revanche, Lily, dit Marlène pour dissiper le malaise qui menaçait de s'installer. Tu devrais venir la prochaine fois. Habillée comme hier. Où comme aujourd'hui, d'ailleurs, ajouta-t-elle en remarquant la robe de Lily qui n'avait rien à envier à celle de la veille.

– Peut-être, oui, je viendrai, répondit-elle sur un ton évasif.


MARLÈNE RÉALISA CEPENDANT très vite que Lily n'avait aucune espèce d'intention de se joindre à leurs fêtes un jour. Le « peut-être » se révéla assez rapidement être un « quand les poules auront des dents » sans équivoque. Pourtant, enthousiasmés par la soirée qu'ils avaient passés avec leurs anciens camarades perdus de vue chez Dorcas, les Maraudeurs organisèrent au cours des semaines suivantes deux soirées réunissant le même public. À chaque fois, Lily prétexta un rendez-vous avec Nathan pour se défiler.

Marlène était bien trop ravie de voir Lily enfin fréquenter celui qu'elle estimait être l'homme parfait pour elle pour lui en tenir rigueur, et Dorcas s'était de nouveau coconnée dans son nid d'amour avec son mari et ne se souciait guère de quoi que ce soit d'autre.

En réalité, les plaintes concernant les absences de Lily provenaient des Maraudeurs, et plus précisément de James. Au début, ce dernier s'était étonné que la jeune femme n'accompagne jamais son inséparable amie Marlène lors de leurs rencontres, et avait cru de bonne foi aux excuses fournies par cette dernière dans un premier temps. Mais très vite, Marlène avait admit que si Lily ne parvenait jamais à se libérer même en étant prévenue plusieurs jours à l'avance, c'était parce qu'elle ne les aimait tout simplement pas.

Ce fut un choc pour James. C'était une première pour lui. Incrédule, il n'y avait tout d'abord pas cru : tout le monde les aimait. Ou, du moins, tout le monde l'aimait lui. Il admettait qu'on puisse être agacé par Sirius, intimidé par Remus ou exaspéré par Peter, mais lui, James Potter, faisait toujours l'unanimité. Tout le monde l'appréciait. Ne le haïssaient que les personnes qu'il avait lui décidé de haïr en premier. C'était la règle ça avait toujours marché comme cela. Or, il n'avait pas décidé de haïr Lily Evans. Bien au contraire... il ne savait pas si c'était sa résistance qui l'émoustillait, ou le simple fait qu'elle soit une superbe rouquine, mais quelque chose l'attirait chez la jeune femme. Il l'appréciait. Alors l'idée qu'elle ne l'aime pas lui paraissait ridicule.

Était ridicule.

Il n'y crut pas. Il était James Potter, après tout.

Jusqu'au jour suivant où Marlène les invita chez elle à prendre l'apéritif sans prévenir Lily. À la vue des Maraudeurs, Lily, jusqu'alors affalée sur le canapé en pyjama, s'était douchée, habillée, coiffée en dix minutes et avait déguerpi en les saluant à peine.

Les trois autres garçons ne s'en étaient pas formalisés et étaient rapidement passé à autre chose, mais il n'avait pas échappé à Marlène que James, en plus d'être blessé dans son amour propre, avait presque inconsciemment levé la tête et suivi Lily des yeux à chaque fois qu'elle était passée dans le couloir. Et elle n'avait pu s'empêcher de ressentir une pointe aiguë de jalousie.

Marlène était belle, le savait, et avait l'habitude que l'attention de tous les hommes à plusieurs mètres à la ronde convergent vers elle. Or James, pourtant assis à côté d'elle et donc près de l'épicentre de son charme, s'était montré très distrait par Lily. La fierté de Marlène avait donc été piquée à vif en voyant James regarder une autre femme qu'elle, mais elle avait gardé pour elle ces sentiments honteux et puérils.

Cela ne l'empêcha pas cependant de remarquer et d'apprécier l'ironie de la situation : cinq ans plus tôt, Lily n'était qu'un morceau de tapisserie aux yeux de James. Aujourd'hui, il se donnait presque des torticolis en la regardant à chaque fois qu'il la voyait. C'était une douce vengeance, même si l'intérêt du jeune homme pour son amie l'intriguait. Elle avait du mal à définir l'expression de James quand il suivait Lily des yeux, et donc se demandait franchement si cela révélait une pure attirance physique où une attraction moins superficielle.

Aussi, un soir où elle était sortie seule prendre un verre avec James, elle lui posa la question de but en blanc.

– Dis James, c'est moi où Lily t'a tapé dans l'œil ?

Étonné par sa question, James resta interdit un moment avant de répondre :

– Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

Marlène sourit :

– Tu n'arrêtes pas de la regarder à chaque fois que tu passes à la maison. Tu peux à peine la quitter des yeux, à vrai dire.

À la grande surprise de Marlène, James parut un instant déstabilisé par sa remarque, comme si elle venait de lui apprendre un fait qu'il n'avait pas encore réalisé. Ses joues devinrent même un petit peu rouges. Mais très vite, sa panache habituelle le regagna. Il ne tenta même pas de nier.

– Eh bien, je dois admettre qu'elle est plutôt jolie, admit-il de bonne grâce. J'aime voir de jolies choses. C'est d'ailleurs pour ça que je passe autant de temps avec toi, Marlène : tu es très chiante comme nana, vraiment très chiante, mais qu'est-ce que t'es jolie !

Marlène lui donna une tape sur l'épaule.

– Ouch ! Ça fait mal, McKinnon !

Il se massa le bras, l'air scandalisé. Marlène leva les yeux au ciel.

– Chochotte !

– J'avais oublié que tu tapais aussi fort… Méchante, va.

– Donc elle te plaît ? insista-t-elle avec un grand sourire.

– Qui ça ? demanda-t-il d'un air évasif.

– Lily ! s'impatienta la jeune femme.

James haussa les épaules d'un air indifférent.

– J'ai toujours eu un faible pour les rouquines, répliqua-t-il sans émotion. Mais je suis fiancé, je te rappelle, donc ça ne veut rien dire au final.

– Ça n'embête pas ta copine que tu passes toutes tes soirées avec ton ex, d'ailleurs ? demanda-t-elle avant d'avoir pu se retenir

Marlène et James se voyaient en effet pratiquement tous les jours, étant les deux seules personnes du groupe à ne pas avoir d'activité professionnelle (au grand dam de Lily, qui récupérait une Marlène pompette trop fréquemment à son goût). Elle, parce qu'elle consacrait une année entière à la rédaction de son premier roman, et lui, tout simplement parce qu'il était riche.

Une fois encore, James haussa les épaules.

– Ellie n'est pas du genre jalouse, ne t'inquiète pas, dit-il d'un ton évasif.

– Oh, alors elle s'appelle Ellie ? s'exclama Marlène avec intérêt.

– Élinor, plus précisément.

– Et elle est rousse ? le taquina-t-elle.

– Blonde.

Ses réponses étant de plus en plus brèves, Marlène marqua une pause, et lui jeta un regard étrange.

– Tu ne parles jamais d'elle, fit-elle remarquer.

En fait, si elle n'avait pas eu vent des fiançailles de James par Dorcas, elle aurait presque pu le croire célibataire en se fiant à son comportement. Ni lui ni ses amis ne mentionnaient jamais la fiancée.

– Tu ne l'amènes jamais à nos soirées non plus.

– C'est parce qu'elle est tombée à cheval récemment, dit James. Elle a le bras et la jambe cassée, et ne peut pas se déplacer. Mais je te la présenterai, si tu insistes tant.

– Je n'y tiens pas particulièrement, se défendit Marlène. C'est juste que je ne comprends pas tout ce mystère autour d'elle.

– Il n'y a pas de mystère, McKinnon. Tu sais, si tu étais vraiment une fan, tu saurais déjà tout sur elle. Sorcière Hebdo écrit ma biographie depuis quelques années.

– Je déteste ce magazine. Et je n'ai jamais dit que j'étais fan de toi.

– Oh que si : Poudlard, 19XX, on venait de gagner la coupe de Quidditch et tu as dit m'admirer et être ma plus grande fan.

Marlène éclata de rire.

– Non mais tu es fou, de me rappeler les âneries de la veille ! s'exclama-t-elle, amusée. J'avais 14 ans et j'étais comme toutes les nanas à l'époque : je voulais t'embrasser parce que t'étais populaire. Je me fichais du Quidditch et je ne savais même pas à quel poste tu jouais.

– Quoi ? s'écria James d'un ton scandalisé. J'y crois pas ! Dire que je t'avais même signé un autographe sur un mouchoir !

– Ah oui, c'est vrai ! Mais je crois bien que je cirais mes chaussures avec.

– Tu me brises le cœur, conclut-il, l'air faussement blessé.

Marlène rit de nouveau. James regagna un ton plus sérieux et demanda :

– Qu'est ce que tu veux savoir de ma fiancée ?

– Je sais pas… Tout ! admit Marlène. Comment elle est ? Comment tu l'as rencontrée ? Et qu'est ce que tu as bien pu lui faire pour qu'elle accepte de t'épouser!

– C'est une longue histoire, dit simplement le jeune homme.

Marlène faillit insister, mais elle remarqua que malgré son air toujours gai, James s'était imperceptiblement tendu et que son sourire n'atteignait plus ses yeux. Il était évident qu'il ne voulait pas en parler, aussi elle décida de changer de sujet.

– Quoi qu'il en soit, bas les pattes avec Lily.

– Pardon ? s'étonna-t-il.

– Aussi intéressante soit-elle, je veux que tu restes loin d'elle, continua Marlène sur un ton menaçant. C'est compris ?

– Mais je…

– De toutes façon, je ne m'inquiète pas vraiment, mais je préfère te prévenir : tu n'aurais aucune chance avec elle.

James fronça les sourcils.

– Et pourquoi donc ? demanda-t-il sur un ton presque scandalisé.

Marlène lui exposa les raisons sans détour.

– Premièrement, elle te déteste. Deuxièmement, elle te déteste vraiment. Et troisièmement, elle t'est hors de portée.

Personne ne m'est hors de portée, dit James avec hauteur.

– Lily l'est, répliqua simplement Marlène.

– J'ai toujours toutes les filles que je veux.

– Même si tu essayais, tu ne l'aurais pas. Et je te défend d'essayer, d'ailleurs. Elle est bien trop bien pour toi, c'est ma meilleure amie et je te connais. Je sais comment tu es quand tu as les yeux sur quelqu'un, et je ne veux pas que tu fasses tes petits jeux avec elle.

James se renfrogna.

– T'es méchante, McKinnon, lorsque tu as bu, dit-il d'un ton boudeur.

– Je suis toujours méchante, fit-elle remarquer.

James sourit.

– C'est vrai. Je ne sais même pas pourquoi je traîne avec toi.

– Parce que je suis jolie, lui rappela Marlène.

Soudain, un frisson désagréable la parcourut. Elle se raidit, se retourna, et ses yeux trouvèrent presque aussitôt la source de son désagréable sentiment.

– Oh non, gémit-elle en baissant la tête et en ébouriffant ses cheveux, comme si elle voulait se cacher derrière ses boucles blondes.

– Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonna James.

Il jeta un coup d'œil autour de la pièce pour tenter d'identifier ce qui rendait son amie aussi mal à l'aise. Le bar était bondé en ce samedi soir, et il ne remarqua rien de spécial.

– Je viens de voir Finn, dit Marlène d'un ton plaintif.

James comprit aussitôt.

– Finn ? Ton ex, c'est ça ? Où est-il ?

– Près du bar, indiqua Marlène sans se retourner. Celui avec la robe verte.

James regarda de nouveau, et repéra en effet un jeune homme d'aspect plutôt séduisant qui fixait leur table intensément. Il lui jeta un regard mauvais avant de se tourner vers Marlène.

– Tu veux qu'on s'en aille ? s'enquit-il.

– S'il te plaît.

James jeta quelques pièces sur la table, puis aida Marlène à remettre sa veste. Elle était complètement retournée, et la simple vue de son ancien petit ami l'avait glacée.

– Il n'arrête pas de vouloir reprendre contact avec moi, ces derniers temps, expliqua-t-elle tandis qu'ils traversaient la pièce à travers la foule de danseurs. Il n'est pas là par hasard, il sait que j'adore ce bar et est sans doute venu dans l'espoir de m'y trouver. Oh, James…

Finnegan venait dans leur direction, l'air plus assuré que jamais. La jeune femme pâlit et s'immobilisa.

Oh, non, oh non, oh non.

– Tu ne veux pas le voir ? devina James.

Marlène secoua la tête. Alors, sans prévenir, James la fit pivoter et plaqua les lèvres contre les siennes au milieu des danseurs. Trop choquée pour réagir, elle le laissa la prendre dans ses bras et James profita de son inertie pour approfondir le baiser. Il embrassait très bien, mais si le cœur de Marlène battait aussi vite, c'était surtout à cause du surréalisme de la situation. James la tenait enlacée trop fermement pour qu'elle puisse se retourner et voir la réaction de Finn. Finalement, au bout de ce qui semblait être une éternité, il rompit le baiser et lui murmura à l'oreille :

– C'est bon, il est parti. Ça devrait le calmer pour un moment.

Pas perturbé pour un sou, il lui prit le bras et l'entraîna à l'extérieur comme s'il n'avait rien fait de spécial. Marlène le suivit comme un automate sur quelques rues, puis soudain, sans signe avant-coureur, elle fut secouée d'un énorme fou rire nerveux. James la regarda se tordre de rire, perplexe, puis son visage tranquille se fendit en un sourire attendri. Lorsqu'elle parvint à reprendre son souffle, elle essuya ses larmes et lui dit très sérieusement :

– T'es incroyable, James. C'est bien pour ça que je t'aime. Mais j'ai besoin de me bourrer la gueule. Genre vraiment, cette fois.


MARLÈNE AVAIT RAREMENT été aussi ivre de sa vie, et, étant donné qu'elle tenait remarquablement bien l'alcool, cela en disait long sur la quantité ingurgitée pour arriver à cet état. Elle était à peine consciente de ce qui se passait autour d'elle.

James était dans un état moins grave : le serveur l'avait obligé à boire une potion pour atténuer les effets de l'alcool avant qu'il ne quittent le bar. Il n'était pas exactement sobre, mais juste assez conscient pour pouvoir les faire transplaner sans danger.

Ni l'un ni l'autre ne surent comment ils étaient parvenus à transplaner jusqu'au bon quartier de Londres. Ils n'avaient aucune idée non plus de comment ils avaient réussi à retrouver le chemin jusqu'à l'appartement que Marlène partageait avec Lily. Ils auraient été encore moins capable d'expliquer comme cette dernière, en ouvrant la porte d'entrée, attirée par le bruyant remue–ménage qui provenait du couloir, était tombée sur les deux en train de s'embrasser goulûment contre le mur opposé.


Bla Bla de l'auteur:

Salut tout le monde !

Je voulais commencer par m'excuser pour la langue absence et le manque de nouvelles : j'ai été très occupée ces derniers temps car je passais des concours. Quand j'ai enfin eu le temps d'écrire, mon ordi a planté alors que je finissais le chapitre, et j'ai du le réécrire entièrement. Un mal pour un bien, car je préfère de loin cette nouvelle version. (en plus, il est plus long!)

Ce chapitre suit le point de vue de Marlène. Avant de continuer l'histoire, je pense qu'il est important d'avoir un regard sur l'histoire plus objectif que celui de Lily ou de James. C'était un chapitre intermédiaire, en quelque sorte, mais il y a des informations à tirer. De plus, je voulais m'attarder sur quelques personnages secondaires qui influeront par la suite sur l'évolution de la relation entre James et Lily.

Le prochain chapitre est pratiquement terminé, et sera posté d'ici une à deux semaines, le temps que je corrige et que j'avance sur mon autre fic. On aura de nouveau le point de vue de James.

Merci de votre soutien, de vos lectures, de vos mises en favoris en ou follows! Ça m'encourage toujours autant!

Je souhaite également remercier plus particulièrement les reviewers du chapitre précédent :

Merci à Chevalier du Catogan : Oh, trop gentil ! Mais l'essentiel, c'est que tu aies pu lire le chapitre finalement ! Je suis contente que ça t'ait plu, et j'espère que ce nouveau chapitre ne t'a pas déçue ! Merci en tout cas d'avoir reviewé, c'est adorable !

Merci à Sybou : Merci beaucoup, je suis vraiment RAVIE que le début te plaise ! Et non, Lily s'est lâchement défilée ^^ mais il y aura effectivement des frictions comme tu l'as pressenti dans les chapitres à venir ! Quant au mystère de l'hostilité de Lily… il faudra revenir lire la suite !:)

et merci à Sheshe13 : Oh, non, ne te prend pas la tête, les reviews sont juste la cerise sur le gâteau ! Ce qui me fait d'abord plaisir c'est d'être lue !:) J'adore O&P également, j'ai du le lire sans déconner une trentaine de fois. Très belle histoire ! :) Et oui, Lily préfère Nathan à James pour une raison bien précise que je dévoilerai un peu plus tard dans l'histoire. Elle ne supporte même pas de le voir en fait, d'où son entêtement à ne pas passer la soirée chez Dorcas. Mais je n'en dis pas plus ! Et oui, mon ex (qui n'est donc plus mon copain) dont je m'inspire pour le personnage de Nathan était également très beau et très… mais je n'en dis pas plus ! Il avait également l'air d'un prince charmant… grrr ! J'espère en tout cas que la suite t'a plu, et te remercie vraiment de toujours prendre le temps de partager tes impressions ! Bisouuus !

N'hésitez pas à commenter ci dessous si vous avez apprécié le chapitre !