Chapitre 7 : Obsession
« Le visage clair de Daisy se levait lentement vers lui, et il sentait son cœur battre de plus en plus vite. Il savait qu'au moment où il embrasserait cette jeune fille, au moment où ses rêves sublimes épouseraient ce souffle fragile, son esprit perdrait à jamais l'agilité miraculeuse de l'esprit de Dieu. Il avait alors... »
La superbe créature avec qui James avait entamé la nuit, et dont il n'avait pas pris la peine de retenir le nom, choisit ce moment crucial de l'intrigue de son roman pour sortir de la salle de bain et revenir dans le salon, se glisser dans le canapé reconverti en lit, et se blottir contre lui. James resta parfaitement de marbre et continua sa lecture, comme si aucune jolie fille ne pressait ses courbes à la texture soyeuse contre lui pour attirer son attention.
« Il avait alors attendu, écouté encore un moment la vibration du diapason qui venait de heurter une étoile, puis il l'avait embrassée, et à l'instant précis où ses lèvres touchaient les siennes, il avait senti qu'elle s'épanouissait comme une fleur à son contact, et l'incarnation s'était achevée. »
– Qu'est-ce que tu lis ? demanda-elle finalement en passant une main sur son torse, lassée d'être ignorée.
Le manque d'intérêt du jeune homme la surprenait un petit peu. Elle qui pensait que la nuit ne faisait que commencer, qui s'était sentie fière de la fougue avec laquelle il lui avait longuement fait l'amour, ne comprenait pas comment, à présent, il pouvait ne serait-ce que songer à lire alors qu'elle se trouvait parfaitement nue à côté de lui, prête à être satisfaite de nouveau.
– Un livre, répondit James sans lever les yeux.
La jeune femme eut un petit rire amusé. James ne voyait pas vraiment ce qu'il y avait de drôle, son commentaire était au contraire plutôt désobligeant, et il avait secrètement espéré qu'elle prendrait sa froideur pour un indice de plus quant au fait qu'il voulait qu'elle s'en aille. Non pas qu'il rechignait de la mettre dehors en pleine nuit maintenant qu'il n'avait plus besoin d'elle, mais cela engendrait généralement des disputes houleuses et Peter, qui dormait dans la chambre, n'apprécierait probablement pas d'être réveillé par des cris hystériques. S'il avait été chez lui, elle aurait été remerciée depuis bien longtemps.
Au grand désespoir de James, cependant, la jeune femme prenait ses aises, désireuse de faire plus ample connaissance avec ce beau brun ténébreux qu'elle avait déniché dans un bar. Il était bien rare de tomber sur quelqu'un d'à la fois assez beau pour rendre ses copines jalouses, et d'assez performant pour la faire monter au rideaux. Quoi qu'il en était, elle ne regrettait pas d'avoir eu le courage de l'aborder quelques heures plus tôt, lors de la tournée des bars qu'elle faisait avec ses amies. Quand ces dernières, en repérant James et Peter, avaient été trop intimidées par l'assurance que dégageait le brun aux yeux noisettes, la jeune femme, désinhibée par l'alcool, avait pris les devant et lui avait fait comprendre sans détour qu'elle le trouvait parfaitement à son goût. James, lui, lui avait dit sans détour qu'il avait envie de coucher. Elle avait accepté – premièrement, parce qu'elle aussi préférait le dessert avant l'entrée, et deuxièmement, par ce qu'elle ne doutait pas de ses talents d'amantes qui faisait que les hommes ne pensaient qu'à la revoir. Et elle voulait que cet homme en particulier souhaite la revoir.
Elle se redressa légèrement afin de pouvoir suivre avec lui le roman, et fut très étonnée de voir que le roman parlait d'amour. Daisy… passion… diapason… Très vite, elle se lassa des aventures de Gatsby. Elle aussi avait envie de passion et de diapason – quoi que ce fusse. Ainsi, jugeant que son amant s'était assez reposé comme cela, elle se mit alors à déposer une ligne de courts baisers le long de son cou, jusqu'à l'oreille, dans lequel elle murmura très sensuellement :
– J'ai encore envie…
James soupira, las. Lui n'avait plus très envie, maintenant qu'il n'avait plus de frustration à faire évacuer. Elle était très jolie, mais pas assez divertissante pour le tenter une seconde fois. . Certaines personnes comprenaient le message moins vite que les autres, et James était très doué pour être grossier.
Il ferma son livre, la repoussa doucement et la regarda avec froideur.
– Tu t'appelles Adèle, c'est ça ?
– Non, Rachel, corrigea-t-elle en fronçant les sourcils.
– Ah pardon d'avoir confondu. Rachel ? appela-t-il poliment.
Elle battit des yeux. Ils allaient enfin passer aux choses sérieuses.
– Oui, John? susurra-elle d'un ton mielleux.
– Ferme la.
Rachel parut offusquée, mais déjà James ne lui accordait plus d'attention. Daisy était de nouveau en train de briser le cœur de Gatsby, le passage était décidément plein de rebondissements.
– Comment oses-tu me parler comme ça ? fulmina Rachel. Non mais, tu te prends pour qui ?
– Tut-Tut-Tut. Là, tu n'es pas en train de la fermer, fit remarquer James d'un ton aimable.
Indignée, elle ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois avant de réussir à formuler sa colère et sa rage.
– Non mais quel connard ! dit-elle d'un ton outré en bondissant hors du lit. Salaud !
– C'est ça, dit tranquillement James, en se replongeant dans sa lecture. Fermes bien la porte derrière toi, s'il te plaît.
Une fois rhabillée, et après un dernier regard venimeux, Rachel fit plus que bien fermer la porte : elle la fit claquer si violemment que le bruit fit trembler les murs. Réveillé en sursaut, Peter débarqua dans le salon en caleçon, la baguette à la main, alarmé.
– Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
– Rien. Danielle vient de partir.
– Danielle ?
– La nana qui m'a tenu compagnie.
– Tu veux dire Rachel ? corrigea Peter, les sourcils froncés.
– Peut-être. Je m'en fous, à vrai dire.
Peter soupira.
– Encore une qui va me prendre la tête demain. Tu pouvais pas la jeter plus gentiment ?
– Elle m'a presque supplié de la sauter en sachant que je suis fiancé, je l'ai fait, manquerait plus que je fasse semblant d'avoir envie de la revoir.
Avant que Peter n'ait pu répondre, la sonnette retentit.
– Elle a du oublier quelque chose, dit-il en allant ouvrir la porte.
Mais leur visiteur tardif n'était pas la jeune femme qu'ils attendaient, mais une Marlène très bouleversée.
Quelques minutes plus tard, Marlène et James étaient attablés devant une petite collation dans la cuisine de Peter, qui était allé se recoucher très vite à la vue des litres de larmes qui s'échappaient des yeux de la blonde. James attendit qu'elle ait retrouvé son sang-froid avant de l'interroger.
– Alors, reprend du début. Pourquoi vous vous êtes crêpées le chignon, Evans et toi ?
Marlène haussa les épaules et détourna la tête, feignant d'être fascinée par l'extérieur, qu'on apercevait à peine à travers l'obscurité profonde.
– McKinnon? insista James. J'attends.
Marlène baissa les yeux, visiblement gênée.
– Lily… m'a plus ou moins traitée d'alcoolique.
Elle lui raconta le bref mais intense échange qu'elle avait eu avec Lily quelques heures plus tôt. Potter n'eut pas l'air pour le moins surpris, et se contenta de commenter lorsqu'elle eut fini :
– C'est pas totalement faux non plus.
Devant le regard mauvais qu'elle lui adressa, il ajouta :
– Tu bois vraiment beaucoup. Je n'irai pas jusque dire que tu es une ivrogne, mais t'en es pas loin, honnêtement.
Marlène aurait souhaité se sentir insultée, mais en réalité, le fait que même James, qui la défendait d'ordinaire bec et ongles même quand elle avait tort, confirme les dires de Lily lui ôta toute combativité. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux, bien qu'aucune ne coula. James lui serra la main pour la réconforter.
– Lily… elle ne s'est jamais réellement opposée à moi, reprit-elle lorsqu'elle fut certaine de contrôler l'émotion qui se bousculait dans sa gorge. Même quand elle n'est pas d'accord, d'ordinaire, elle cède toujours à mes volontés. C'est la première fois qu'on se dispute réellement.
– Et alors ? dit James d'un ton ennuyé. Ça arrive même aux meilleurs amis du monde, de se disputer. Sirius et moi on s'est battus un jour jusqu'au sang, et pas plus tard que l'année dernière, Remus m'a cassé la gueule si violemment que je suis resté allongé deux jours. Cela ne nous empêche pas de nous considérer comme des frères.
Marlène afficha un air clairement dubitatif.
– Nous les femmes sommes une espèce avancée, dit-elle avec hauteur. Nous ne réglons pas nos différents avec la violence physique.
– Je sais, répliqua James. Vous utilisez la violence verbale, et passez le reste de la nuit à pleurnicher et regretter ce qui a été dit. Je ne vois pas vraiment en quoi c'est mieux.
Elle croisa les bras.
– Es-tu en train de me dire que Lily et moi on aurait du se cogner dessus ?
Il hocha la tête, l'air très sérieux.
– Parfois, rien de mieux qu'un bon vieux coup de poing pour régler une affaire.
Marlène eut un sourire sans joie.
– Bah… je pense qu'elle m'aurait mis la raclée de ma vie, dit-elle. Poing contre poing, je n'ai aucune chance contre Lily, ajouta-t-elle devant l'air étonné de James.
– Ah bon ? J'aurais plutôt parié sur toi. Elle a l'air vachement faible, Evans.
– Crois moi, dit Marlène en secouant la tête, Lily est fragile, pas faible. Ni physiquement, ni moralement.
James ne voyait pas vraiment de nuance, mais il haussa les épaules et décida de revenir au sujet principal.
– Alors raconte, reprit-il sans aucune délicatesse. Pourquoi tu t'es mise à boire comme un trou ?
– Je ne suis pas une…
– D'accord, d'accord, céda aussitôt James devant l'air furieux de son amie. Je me suis mal exprimé. Dis moi plutôt quand est-ce qu'il t'arrive de boire seule.
Marlène mit plusieurs secondes à répondre.
– Quand je me sens triste, je suppose. Et je le suis souvent.
– Pourtant, tu souris beaucoup, fit remarquer son ami.
Marlène eut un rire sans joie.
– Je suis joyeuse, James, pas heureuse. Je n'aime pas que les gens aient pitié de moi.
– Je ne vois pas une grande différence. Dans tous les cas, tu es drôle, et tu ris avec tout le monde, non ?
– Méfie-toi des gens trop souriants, James, répliqua Marlène d'une voix douce. Généralement, ils essaient de convaincre les autres qu'ils sont heureux, quand ils ne le sont pas du tout. D'ailleurs, ajouta-t-elle en le regardant droit dans les yeux, toi, comme moi, excellons à cet art.
James cligna des yeux, mais préféra ne pas rebondir sur sa remarque. Il n'était pas question de lui, en l'occurrence.
– Pourquoi es-tu triste au point de te détruire?
Marlène eut un geste de la main évasif.
– Longue histoire, dit-elle d'un ton vague. Et puis, je n'aime pas en parler. Je peux me resservir du café, dis ?
– McKinnon, tu m'as réveillée à trois heures du matin, tu as intérêt à avoir envie de parler, maugréa James.
Marlène baissa les yeux, et chercha les mots. Par où commencer, dans cette histoire réellement longue ? Et si compliquée, et si douloureuse. Et surtout qu'elle avait fait tant d'erreur, avait tant à se reprocher. En parler à Lily ou Dorcas ne lui posait pas de problème : elles ne lui tourneraient jamais le dos, ne la ferait jamais se sentir encore plus honteuse qu'elle ne l'était déjà. Mais James… non, elle ne supporterait pas de le décevoir. Elle n'oublierait jamais l'expression de choc sur le visage de Doc quand elle lui avait dit son histoire.
– Tu vas peut être plus me regarder de la même manière, murmura-t-elle avec gêne. J'ai fait des choses horribles.
– Je ne te jugerai pas, je veux juste écouter l'histoire de ta vie, dit James avec douceur.
Comme elle hésitait encore, il lui prit de nouveau la main et la serra doucement. Et ce contact, cette douceur remplit le cœur de Marlène de chaleur. Avant qu'elle ne se rende compte, un flot de parole s'échappa de ses lèvres.
– Quand j'ai commencé à sortir avec Finn, j'étais si heureuse que j'étais persuadée qu'il était l'homme de ma vie, commença-t-elle. Je n'avais jamais rencontré un homme aussi parfait, ou plutôt, j'étais si folle de lui que je trouvais de la perfection dans ses imperfections. Et crois moi, des imperfections, il en avait beaucoup.
« Un jour, il m'a annoncé que c'était terminé entre nous, qu'il était bien trop jeune pour s'engager dans une relation aussi sérieuse. Dans la foulée, il s'est mis avec une autre filles aux mœurs bien légères. Moi, j'étais toujours folle de lui, j'étais prête à tout pour qu'il revienne. J'ai essayé de casser leur couple, mais elle se fichait éperdument qu'il aille voir ailleurs tant qu'elle restait la petite amie officielle. J'étais désespérée, je ne pouvais pas vivre sans lui, il le savait, et avant que je me rende compte de ce qui se passe, je suis devenue sa…. sa…., non, il n'y a pas d'autre mot. Je suis devenue sa maîtresse.
Elle marqua une pause dans son récit et rougit fortement. James ne prononça pas un mot, et patienta jusqu'à ce qu'elle se sente prête à reprendre. Sa voix tremblait lorsqu'elle se sentit capable de poursuivre.
– Je me sentais mal, et en même temps, j'avais l'impression que c'était l'autre fille, Calypso, la maîtresse. Je ne me sentais pas coupable parce que j'avais l'impression qu'elle me l'avait volé. Et Finn… dès que ça allait mal avec elle, il revenait vers moi. Et moi, je l'accueillais à bras ouverts. Malgré sa peur de s'engager, il ne pouvait rompre définitivement avec moi et ça me donnait de l'espoir. Il disait qu'il m'aimait, qu'il ne pourrait jamais cesser de m'aimer, qu'au fond, il savait qu'au final on se remettrait ensemble, que je devais être patiente, qu'il n'était pas prêt.
« Alors j'ai voulu le forcer à choisir, et pour cela… je lui ai dit que j'étais enceinte de son enfant.
Marlène jeta un regard craintif à James, qui, imperturbable, gardait toujours le silence.
– Finn a paniqué, et tout ce qu'on peut imaginer. Mais il m'a fait clairement comprendre qu'il avait des sentiments pour Calypso à présent, qu'il ne la ne quitterait jamais l'autre, ou plus exactement, qu'il ne retournerait jamais avec moi. Et que je devais me débrouiller, car il n'avait pas les moyens alors que ma famille est plutôt riche. J'étais tellement anéantie que j'ai eu une période de grosse dépression. Je voulais me venger. Alors, je… j'ai voulu le faire culpabiliser et je lui ai dit que j'avais avorté de l'enfant.
« Finn a été anéanti par la nouvelle, parce qu'il ne s'y attendait pas et qu'il avait déjà commencé à aimer cet enfant. Il essayait de m'aider dans cette « épreuve », tout en ne pouvant s'empêcher de me blâmer pour m'être débarrassée de l'enfant sans lui en parler. Je crois que c'est la seule période où il a vraiment tenté de rompre avec moi. Il m'en voulait et était très triste, et la situation m'avait échappée. Je n'osais plus lui dire la vérité parce que je savais qu'il ne me le pardonnerait jamais. Il ne me pardonnait déjà pas le mensonge…
« Peu de temps après, il m'a de nouveau dit qu'il m'aimait et m'aimerait toujours, mais qu'il ne me pardonnerait jamais ce que j'avais fait et par conséquent, ne pourrait jamais se remettre avec moi. Et depuis… depuis, on se voit quand il « craque » et que je lui manque trop, ou qu'il se dispute avec sa copine. Et moi – je sais que je suis stupide– mais je n'arrive pas à le repousser. J'essaie, j'essaie, je sais qu'il ment, mais je l'aime tellement ! Je ne suis même plus sa maîtresse… Je ne sais pas s'il y a une position plus dégradante.
Marlène baissa les yeux. James était toujours muet. Il lui lâcha la main pour boire une gorgée de son café.
– S'il te plaît, dit quelque chose, supplia-t-elle au bout d'une longue minute. Je sais que je suis une personne horrible mais… Ne me juge pas.
– Je ne te juge pas, dit James avec douceur. Ton histoire m'a juste rendu… triste.
Marlène leva la tête. Elle ne s'était pas attendue à une telle réaction.
– Triste ?
– Je sais exactement ce que tu ressens.
Marlène eut un regard dubitatif. Combien de fois avait-elle entendu cette fameuse phrase ?
– Quoi, tu as déjà été obsédé par une personne au point d'en perdre la raison ?
– Oui, dit simplement James.
Sa voix était très sobre. Il avait l'air si sérieux que Marlène le crut et se tut. Le visage de James ne dégageait plus de douceur, affichait une expression froide que la jeune femme ne lui connaissait pas.
– Est-ce que ça a quelque chose à voir avec cette fille dont tu me parlais tout à l'heure, quand on était sur la terrasse ? demanda-t-elle presque timidement.
– Oui. Elle s'appelle Emily, d'ailleurs. Et elle m'a brisé.
Une fois de plus, il s'exprimait très calmement, mais sa bonhomie et sa nonchalance habituelle avaient disparus. C'était étrange, Marlène ne s'était jamais sentie intimidée par James, mais à ce moment précis, elle osait à peine poser la question qui lui brûlait les lèvres. Cependant, la curiosité était forte, et elle ne put s'empêcher de le questionner.
– Que s'est-il passé entre vous ?
Ce fut au tour de James de détourner la tête et fixa pendant un long moment la ville endormie, qu'il ne voyait pas mais dont il devinait la silhouette. Marlène se demanda si elle avait bien fait de lui poser la question. Visiblement, il souffrait encore vivement de son passé sentimental. Cependant, à sa grande surprise, il finit par se confier, lui aussi :
– Pour faire court, elle a détruit et rafistolé mon cœur une trentaine de fois en quatre ans, avant de le brûler une dernière fois. Puis elle a pris les cendres qui restaient et les a détruites avant de s'en aller pour de bon. Et crois-moi, j'étais si fou d'elle que j'aurais fait pire que prétendre être enceinte si j'avais été une fille. J'étais tellement obsédé par elle que j'en perdais la raison, et elle s'est contenté de me tromper et de m'humilier pendant toute notre relation.
– Et… c'est à cause de cette histoire que tu ne crois plus en l'amour ?
– En partie… Disons que j'ai vécu pas mal de choses douloureuses, et que je n'ai pas vraiment de contre exemple pour me prouver que l'amour comme on l'entend existe bien. Pour être tout à fait exact, je sais que l'amour existe, mais je n'ai plus envie de retomber amoureux de quelqu'un. Je pense que ce sentiment ne fait que misérablement souffrir ceux qui le ressentent, et j'ai été assez malheureux pour le restant de ma vie.
– Pourtant, tu disais la dernière fois que tes parents étaient tombés amoureux au final, et ils semblent très heureux ensemble, fit remarquer Marlène.
– Mes parents ne sont pas amoureux, corrigea James. Ils s'estiment et s'entendent très bien, mais ce qu'ils ressentent dans leur cœur se rapproche plus de l'affection profonde et de l'amitié sincère.
– Tu ne peux pas, ne pas vouloir tomber amoureux, s'indigna-t-elle.
– J'aurais cru, après ce que tu m'as raconté, que tu comprendrais ma position. Je préfère me contenter d'amitié, d'affection et de passion. Je n'ai pas de contre-exemple qui me donne envie de réessayer.
Marlène fronça les sourcils : des contre-exemples autour de James, ce n'était pas ce qui manquait.
– Remus et Valentina….
– Sont sur le point de rompre définitivement, termina James.
Marlène haussa les sourcils, étonnée. Elle les avait vu pas plus tard que le week-end derniers, et ils semblaient alors très amoureux l'un de l'autre.
– Tu plaisantes, j'espère ? s'écria-t-elle. Je croyais qu'ils étaient fiancés….Que se passe-t-il ?
– Disons qu'ils sont arrivés à un point où Tina doit choisir entre sa famille et Remus… et crois moi, elle ne choisira pas Remus.
– C'est à cause de sa situation ? murmura-t-elle.
Elle était au courant depuis plusieurs années, ayant surpris malencontreusement une conversation entre Mrs Pomfresh et Remus un jour où elle était alitée à l'infirmerie de Poudlard. Elle avait ensuite promis à James de ne rien dire, mais n'en avait jamais parlé à Remus, qui, d'après ses amis, se sentait mortifié par une transformation sur laquelle il n'avait aucune emprise.
James hocha la tête d'un air sombre.
– Malheureusement.
– Oh… C'est vraiment dommage.
Le cœur de Marlène se remplit de tristesse. Elle trouvait pourtant les deux jeunes gens parfaitement assortis.
– Franck et Alice ? reprit-elle quelques temps plus tard.
Elle n'avait jamais vu un couple aussi fusionnel. Si leur exemple ne suffisait pas à convaincre James, c'était qu'il était de mauvaise foi ou totalement idiot.
James réfléchit quelques instants avant de répondre
– Ça a plus a voir avec de l'obsession, répondit-il finalement d'une voix lente. Mais je dois avouer qu'ils ont de la chance dans le sens où cette obsession est parfaitement réciproque.
– N'importe quoi ! s'exclama Marlène. C'est de l'amour pur ! Tu es de mauvaise foi.
– N'oublie pas qu'ils font des crises d'angoisse quand ils passent trop de temps sans se voir. Je ne sais pas toi, mais moi cela m'effraierait d'être dépendant de l'existence de quelqu'un à ce point.
Marlène ne put qu'admettre que les Londubat étaient un exemple un peu extrême.
– Bon… et Sirius et sa mystérieuse amoureuse, alors ? tenta-t-elle. Ça fait des années que ça dure, leur histoire. Sirius n'a plus jamais touché aucune fille depuis qu'il la voit.
Personne ne connaissait l'identité de cette femme que Sirius fréquentait, et les hypothèses les plus farfelues courraient sur son compte. James soutenait qu'elle était probablement super laide, Remus qu'elle était sûrement beaucoup plus vieille qu'eux, et Peter qu'il s'agissait d'un homme. Sirius ne s'en formalisait pas, riait lorsqu'ils lui exposaient leurs hypothèses et gardait le mystère entier.
– Je ne sais pas, dit sincèrement James. J'ai déjà vu Sirius amoureux, et il ne réagit pas comme ça. Il a du mal à cacher ses émotions quand il est heureux, et est possessif et jaloux. Or, c'est à peine s'il mentionne cette fille, et, d'après ce que j'ai compris, ils ne se voient pas beaucoup. J'ai plus l'impression qu'il s'agit de son plan cul. Je ne comprend pas tout ce mystère autour d'elle.
– Tu oublies le fait qu'il ne voit plus aucune fille. Et que ça fait trois ans.
– Sirius ne trompe jamais la fille qu'il fréquente, aussi éphémère et superficielle que soit la relation. Quand au fait qu'il soit avec elle depuis si longtemps… j'avoue que je ne sais pas vraiment quoi en penser. Peut-être que c'est un bon coup, qui sait ? Quoi qu'il en soit, ce n'est pas un couple qui me fait rêver.
– Bon… Peter et Barty ? plaisanta Marlène.
James éclata de rire.
– Encore ta théorie comme quoi ils sortiraient ensemble ?
– Avoue qu'ils passent quand même énormément de temps ensemble, insista-t-elle. Tu ne trouves pas ça étrange ?
– Peter n'est pas gay.
– Il est obsédé par toi !
– Parce que je suis merveilleux.
Marlène roula des yeux.
– Je suis certaine qu'il y a autre chose. Il a un petit air bizarre, des fois, quand il vous regarde, Sirius et toi. Il y a de l'admiration, mais aussi autre chose… je ne sais pas vraiment comment le définir. Et puis il passe vraiment beaucoup de temps avec Bart.
– Il manque un peu de personnalité, mais n'est pas attiré par les hommes, j'en sais quelque chose. Je suis son meilleur ami.
– Peter est mystérieux, et je suis sure que tu ne le connais pas aussi bien que tu le prétend.
– Permets-moi d'en douter. Il me dit tout. Il me l'aurait dit.
– Je te le permets.
Marlène sourit but une gorgée de café, à la recherche d'un autre couple qu'elle pourrait citer en exemple.
– C'est marrant, dit soudain James sur un ton faussement nonchalant, tu as oublié de citer Evans et son bellâtre dans ta liste de couples parfaits.
Marlène leva les sourcils, surprise. Elle ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait légèrement rougi.
– J'essayais de citer des couples que tu connais personnellement. Tu as seulement croisé Lily une dizaine de fois, et tu déteste Nathaniel.
– Ah… Oui, mais comme Dorcas et toi n'arrêtez pas de parler d'eux comme le couple parfait, insista-t-il.
Devant l'air soupçonneux de Marlène, il ajouta précipitamment :
– J'ai dit ça comme ça… Disons que ça aurait été plus convaincant que de citer Peter et Barty.
Marlène avait à présent perdu le sourire.
– Arrête, intima-t-elle sans détour.
– Arrêter quoi ? dit James, perplexe.
– Cette fixation que tu fais sur Lily.
– Je ne fais pas de…
– Je te connais, coupa la jeune femme, tu n'arrêteras que lorsque tu l'auras mise dans ton lit, et je ne te laisserai pas faire. Je ne te laisserai même pas essayer.
– Je n'essaye rien du tout. T'es parano, c'est incroyable.
Elle croisa les bras, clairement dubitative.
– Donc tu peux me jurer ne pas penser à Lily régulièrement ?
– Tout à fait.
– Ne pas projeter de la voler à Nathan ?
– Bien entendu.
– Ni de la séduire?
– Jamais de la vie.
– Ne jamais avoir échafaudé l'un de tes plans pour arriver à tes fins?
Cette fois, James cligna des yeux, et sa négation intervint une seconde trop tard pour être sincère. Marlène soupira. C'était bien ce qu'elle redoutait.
– James, j'ai mis six longs mois à convaincre Lily de tourner la page de son passé, et de donner une nouvelle chance à quelqu'un. Je ne veux pas que tu interfères dans sa relation avec Nathan. Il y a plein d'autres filles avec qui tu pourrais jouer – j'en ai croisé une très contrariée dans les escaliers, et je parierai ma main à couper qu'elle vient d'ici. Des filles prêtes à tout, il y en a plein, mais s'il te plaît, ne joue pas avec Lily. Tu la trouves jolie, tu as un faible pour les rousses, elle est attirante, OK. Je peux le concevoir. Mais elle semble heureuse depuis qu'elle est avec Nathan, et il la traite bien. Alors, s'il te plaît, ne trouble pas sa vie si tu n'as pas d'intentions honorables envers elle.
– Très bien, grogna James, surpris par la dureté de son ton. Je ne m'approcherais plus d'Evans. Je l'ai jamais fait d'ailleurs, elle ne m'adresse jamais la parole.
– Merci, dit Marlène.
Elle jeta un coup d'œil à l'horloge fixée au-dessus de la porte.
– En parlant de Lily, je pense que je ferai mieux de rentrer, elle est peut-être déjà arrivée et j'ai des excuses à lui présenter.
– Très bien, dit James d'un ton boudeur.
Marlène se leva, et le serra fort contre elle. La vexation de James sembla s'évaporer devant ce geste de tendresse. Il l'enlaça à son tour, et ils restèrent longtemps collés l'un à l'autre.
– Merci pour tout, James, dit-elle doucement. Merci d'avoir été là, et d'être là. De toujours être là quand j'ai besoin de toi. James, sans toi, je ne sais pas ce que je serai devenue.
James se contenta de la serrer plus fort contre lui.
– Je ne veux plus que tu boive, murmura-t-il en lui baisant le front. Maintenant, quand tu te sentiras triste, je veux que tu viennes vers moi. De jour comme de nuit, je serai là.
– Et… Et si je suis vraiment tout le temps triste ? demanda Marlène d'une voix inquiète. Tu n'en auras pas marre ?
– Alors je serai tout le temps là, promit simplement James. Aussi longtemps qu'il le faudra.
CE N'EST QUE lorsqu'il pénétra dans sa chambre, peu après l'aube, que James se rappela pourquoi Marlène l'avait trouvée réfugié chez Peter, et non endormi chez lui. Elinor avait depuis quelques jours élu domicile chez les Potter, et une dispute animée avait éclatée entre les fiancés pendant la soirée, menant James à se réfugier chez son ami le temps que la tension retombe.
Il sut d'office que ce n'était pas encore le cas lorsqu'Elinor, en l'entendant entrer, alluma la lampe de chevet, se redressa sur le lit et, les bras croisés, lui jeta un regard mauvais.
– Toujours fâchée ? devina James, tout en se déshabillant.
Il n'avait aucune envie de se disputer, aspirait simplement à se glisser dans son lit et à dormir quelques heures. Il projetait déjà de se rendre chez Marlène pour voir si elle s'était réconciliée avec sa colocataire, et si elle allait mieux. Elle avait vraiment eut l'air fragile pour le coup. Elle avait besoin de lui, et lui de repos.
Elinor, d'un tempérament d'ordinaire assez conciliant, n'aspirait au contraire qu'à faire entendre sa voix sur le sujet de leur dispute, une certaine rousse aux yeux verts. Elle n'avait aucune intention de céder face aux caprices de James, et bien qu'il ait l'air complètement épuisé, n'était pas disposée à remettre leur confrontation à plus tard.
– Tant que tu n'auras pas abandonné cette idée ridicule, siffla-t-elle.
James ne répondit rien, et se laissa tomber sur un fauteuil. Tant pis pour le lit confortable. Les yeux fermés, il tenta de se vider l'esprit et de profiter du chant des oiseaux qu'on entendait depuis la chambre. Le soleil finissait de se lever au-dehors.
– Je n'arrive pas à croire que tu me fasses ça, insista Elinor, furieuse devant son silence et son indifférence. Tu m'avais promis un grand mariage.
– Ellie, pas maintenant, je suis crevé, grogna James. J'ai à peine dormi ces derniers jours.
– Moi non plus, je n'ai pas beaucoup dormi, depuis que tu m'a annoncé que tu voulais confier le plus beau jour de ma vie à une inconnue.
– Evans est très talentueuse.
– Peut-être, mais je ne la connais pas, et je préfère me fier à des entreprises connues. Pas à la dernière de tes maîtresses à qui tu veux rendre un service.
James soupira, infiniment las.
– Ellie, Evans assurera notre mariage, trancha-t-il d'un ton sans réplique. Cette discussion est close.
– Non, elle ne l'est pas ! J'ai aussi mon mot à dire.
– Pas quand c'est moi qui paie tout, dit froidement James. C'est la seule chose pour laquelle je choisis, fais toi à l'idée et laisse-moi dormir.
Elinor pinça les lèvres, et se leva pour se rapprocher de lui.
– C'est tout ce que ça représente, pour toi? s'indigna-t-elle en se plantant devant lui.
– Le Guérisseur a dit que tu devais rester couchée, s'alarma James. Qu'est ce que tu fais ? Retournes au lit, ça pourrait être dangereux.
Elle l'ignora.
– Si ça t'embête tant de m'épouser, dit-elle d'une voix remplie de colère, tu n'as qu'à tout annuler. Je me débrouillerais autrement.
– Tu sais très bien que je ne ferai jamais ça, et tu sais encore mieux que tu ne peux pas te permettre une telle issue. Franchement, tu en fais tout un fromage pour un détail.
– Qui a toute son importance ! Je veux quelqu'un de qualifié.
– Je suis fatigué, Ellie. On en reparlera plus tard.
– Je ne suis pas l'un de tes domestiques, James. Je veux qu'on en parle maintenant.
– Pour ce que vaut ce mariage, qu'est ce que ça change ? s'agaça James. On pourrait tout aussi bien se marier demain dans une fête foraine que ce serait pareil.
C'était la première fois qu'il élevait la voix contre elle. C'était aussi la première fois que, même en privés, il faisait une allusion à a vraie nature de leur union. Ils avaient tacitement convenus de se comporter comme un vrai couple même en privé, comme pour mieux se plonger dans le rôle qu'ils jouaient.
Elinor resta interdite, comme si elle venait de recevoir une gifle. James soupira.
– Désolé, ce n'est pas ce que je voulais dire. Bien sûr que je veux t'offrir un beau mariage, ma puce. Et bien sûr que c'est important, pour moi. C'est juste que je suis un peu fatigué, on pourrait pas en reparler quand j'aurais dormi quelques heures.
Une fois de plus, Ellie l'ignora et se laissa tomber dans le fauteuil en face du sien.
– Tu es certain d'avoir toujours envie de le faire ? demanda-t-elle d'une voix anxieuse.
– Je ne te laisserai pas tomber, promis James sans ouvrir les yeux. On va se marier, être parents, et vivre ensemble pendant de très longues années.
– Alors ne fait plus référence à ce mariage comme si ce n'était rien. Dès le moment où j'ai accepté ta proposition, j'ai tout mis en œuvre pour être une bonne femme. Je connais tes sentiments envers moi, et tu connais les miens envers toi, mais je veux que ce mariage réussisse malgré tout.
Sa voix tremblait tellement d'émotion que James ne put s'empêcher de se sentir coupable. Il ouvrit les yeux, se redressa, et lui prit presque solennellement la main.
– Je suis désolé, Ellie, répéta-t-il. Je ne voulais pas te contrarier. Moi aussi, je veux qu'on réussisse et qu'on soit heureux ensemble. Je veux que tu ne manques de rien et que tu sois heureuse.
Soulagée, elle esquissa un faible sourire, et dit d'un ton plus léger.
– Alors vire cette Evans et je le serai.
– Nope, dit simplement le jeune homme. Je ferai des concessions sur tout ce que tu veux, sauf sur ce point.
Le sourire d'Elinor s'effaça.
– James, insista-t-elle. S'il te plaît.
– Non, répondit James. Je veux Evans.
Elinor plissa les yeux.
– Dans quel sens suis-je censée comprendre cette phrase ?
– Je ne sais pas, répondit-t-il avant de sombrer dans l'inconscience.
À son réveil quelques heures plus tard, Elinor lui avait laissé un mot, où elle expliquait avoir décidé de retourner vivre sous le toit de ses parents « le temps qu'il regagne la raison. »
PRENDRE SOIN DE MARLÈNE s'avéra être une tâche plus difficile que ce que James aurait pu imaginer. Très vite, il l'entraîna de force chez un Médicomage, qui confirma un état de dépression avancé et lui administra quelques potions. Le rôle de James consistait principalement à l'aider sur le plan émotionnel en lui procurant la compagnie qui lui manquait. Marlène était en effet à fleur de peau, pleurait souvent la nuit, angoissait parfois le jour, si bien que James passa les jours suivants presque entièrement en compagnie de la jeune femme pour la soutenir, élisant plus au moins domicile chez Marlène. Toute la dépendance et la tristesse qu'elle noyait d'ordinaire dans la boisson lui incombait, conformément à sa promesse, et c'est très consciencieusement qu'il lui servit d'appui.
Dans l'ensemble, la tâche était amusante. Le moral de Marlène s'améliorait considérablement, et, lorsqu'elle ne traversait pas des phases de déprime, ils s'entendaient si bien tous les deux qu'ils ne se lassaient pas de la compagnie constante de l'autre. Marlène avait également pris la résolution de ne plus boire. Ils ne sortaient plus dans les bars de peur qu'elle ne soit tentée, et occupaient leur temps d'une autre manière : le jour, elle l'aidait à administrer les biens et gérer les actions que Mr Potter senior déléguait progressivement à son fils; la nuit, il l'aidait à progresser sur le roman qu'elle écrivait.
Seules deux choses rendaient encore la jeune femme malheureuse.
Premièrement, les efforts perpétuels de Finnegan Fox pour reprendre contact avec son ex-petite-amie. A renfort de lettres enflammées et de présents romantiques, il faisait preuve d'imagination dans ses déclarations et tentait par tous les moyens de la convaincre de lui accorder un rendez-vous et jurait avoir compris de ses erreurs. En réalité, il n'avait pas digéré de voir James et Marlène s'embrasser dans le pub, et s'était comme donné pour objectif de « récupérer » ce qui, dans sa tête, lui revenait de droit, à savoir Marlène. James parvenait à intercepter une bonne partie de ses missives, mais, lorsque le prétendant parvenait à contacter Marlène par quelque ingéniosité, celle-ci était très tentée d'accepter et sombrait dans une tristesse sans fond quand James refusait de la laisser le voir. Si cela ne tenait qu'à lui, James serait allé « s'expliquer » avec Fox, mais Marlène le suppliait de ne pas en faire tant et il devait se contenter de serrer rageusement les poings.
Marlène était également très affectée par la tension qui régnait entre elle et Lily. Bien qu'elles se soient l'une et l'autre excusée, Lily se montrait si froide que Marlène se renfermait sur elle même lorsqu'elle était dans les parages. James tenta un jour de discuter avec elle de son attitude, mais Lily lui intima de se mêler de ses affaires et de ne plus lui adresser la parole avec tant de haine et de répulsion que James n'avait plus osé essayer.
Le jeune homme ne se formalisa pas de son rejet ferme. Au contraire, intérieurement, il lui en était reconnaissant. Il se savait sur une pente dangereuse, il savait que si Lily ne s'était pas montrée aussi implacable, si elle avait laissé la moindre ouverture, il serait tombé sous le charme de ses nombreuses qualités.
Car elle lui plaisait. Il le savait, à présent. Elle lui plaisait comme personne ne lui avait plu depuis bien longtemps. La croiser si souvent, si régulièrement, presque quotidiennement, avait transformé le simple attrait qu'il ressentait pour elle en véritable obsession. Marlène avait raison : obsession était le bon mot. James avait du se l'avouer le jour où, en rangeant la chambre de Marlène, il n'avait pu s'empêcher de discrètement glisser dans sa poche une photo où, bras dessus bras dessous, les deux meilleures amies riaient aux éclats. Officiellement, la photo lui servait de marque page. Officieusement, elle lui servait plus de talisman, de cocaïne. Il aimait l'avoir sur lui, pouvoir la regarder quand l'envie lui prenait. Lily y était époustouflante, ravissante, magnifique. Bien loin de l'air mélancolique qu'elle arborait actuellement. Il ne se couchait plus sans y jeter un coup d'œil, semblait vouloir graver dans son esprit chaque atome dont elle était constituée.
James n'était cependant pas encore assez fou pour tomber amoureux de Lily, même s'il ne pouvait plus nier le pouvoir qu'elle avait sur lui. Jusqu'à ce qu'il passe tant de temps à l'appartement, il avait été persuadé qu'il la trouvait simplement très jolie. Maintenant, il savait que c'était bien plus que ça. Des nuits et des journées passées à méditer, à trouver un sens au fait qu'il était troublé quand il sentait son odeur, quand il la regardait, quand il l'écoutait se plaindre de sa présence au félétone, lui avaient fait parvenir à la conclusion que tout ceci s'expliquait par le fait qu'il était orgueilleux et avait l'instinct de compétition. James était convaincu, s'était convaincu, qu'il ne ressentait rien pour Lily si ce n'était qu'un désir physique, persuadé que son obsession pour elle était engendré par le fait qu'elle ne lui laissait pas une chance. C'était, après tout, la première fois qu'une femme ne lui laissait pas la moindre chance, première fois qu'une femme se refusait à lui, et James savait qu'il n'aurait de cesse que lorsqu'il se serait prouvé qu'elle n'était qu'une nana comme les autres, lorsqu'il l'aurait traité de la même manière qu'il traitait les autres nanas.
Lorsqu'il aurait couché avec elle.
Elle était le plus grand défi de sa courte vie, et, même s'il se sentait coupable de désobéir à Marlène, il voulait retrouver une tranquillité d'esprit. Il n'en pouvait plus de penser à elle, n'en pouvait plus de se surprendre à passer des heures à échafauder un plan afin qu'elle s'intéresse à lui. Il se répétait que s'il avait cessé de coucher avec toutes celles qui le lui demandaient, c'était parce que Marlène avait besoin de lui la nuit et qu'il n'avait plus le temps, et non pas parce qu'il se doutait qu'il ne se satisferait dorénavant que d'une seule femme.
LE RESSENTIMENT DE LILY ENVERS MARLÈNE dura une vingtaine de jours, et disparut du jour au lendemain, sans que ni Marlène ni James n'en surent vraiment le comment du pourquoi.
Lily retourna du travail plus tard que d'habitude, alors que James enseignait à Marlène comment danser la valse. Marlène s'était précipitée sur la gramophone pour arrêter la musique, car Lily était particulièrement irritable après une longue journée. Ils l'entendirent se déchausser dans l'entrée avant de passer le salon sans marquer de pause. Comme à chaque fois qu'elle était ignorée, Marlène afficha un air triste et James la prit dans ses bras. Cependant, à leur grande surprise, au moment où Lily atteignit la porte de sa chambre, elle se ravisa, fit demi-tour, s'arrêta dans l'encadrement de la porte, inspira profondément, se força a sourire, et dit:
– Salut.
Un simple mot, deux petites syllabes, un signe de paix qui mit fin à trois semaines de tensions. Marlène sursauta presque en voyant Lily s'adresser à elle directement. Mais très vite, son visage se fendit en un sourire, le soulagement et le bonheur s'y peignant de façon évidente.
– Salut, répondit-elle doucement.
Apparemment, Lily avait également eu peur d'être rejetée, car elle affichait un petit air soulagé.
– Salut, Evans, dit poliment James.
Lily l'ignora royalement.
Les deux jeunes femmes restèrent debout l'une en face de l'autre quelques secondes, toutes souriantes, mais n'osant pas encore se prendre dans les bras, se dire tout ce qu'il y avait à dire, s'embrasser. Au bout d'une minute passée à se regarder tendrement, les yeux de Marlène furent attirés par la robe protégée par une housse transparente que Lily tenait délicatement sur le bras.
– Du rose ? s'étonna Marlène en désignant la robe du menton.
Lily esquissa un sourire amusé.
– Du rose, confirma-t-elle. Cadeau de la mère de Nathan. Pour son fichu bal.
Marlène opina du chef.
– Chantage, je suppose ?
– Culpabilité. Presque quatre cent gallions. Elle a bien fait attention à laisser l'étiquette en évidence.
Marlène approuva d'un air impressionné.
– Ah, je vois. Elle est forte. Dommage que je n'y sois pas invitée, j'aurais aimé te voir dedans.
– J'y suis invité, moi, fit tranquillement remarquer Potter. J'y suis jamais allé parce que j'ai autre chose à faire que me traîner dans ces mondanités interminables, mais je ferai un effort si ça te dit d'y aller, McKinnon.
Ellie étant défendue de rester debout trop longtemps, il était vrai que c'était l'alternative la plus agréable qu'il puisse trouver. Marlène haussa les épaules.
– Ça pourrait être sympa, dit-elle avec enthousiasme.
Lily sourit de nouveau
– Dans ce cas, on se voit demain, lança-t-elle en s'éloignant.
– On se voit demain, répéta Marlène d'un air ravi.
James lui ébouriffa les cheveux, et sourit.
– Je t'avais dit, que ça s'arrangerait, dit-il sur un ton satisfait. Arrête de pleurer.
– Je pleure pas, d'abord, grogna Marlène en essuyant ses yeux qui devenaient humides.
TROIS CHOSES IRRITERENT profondément James pendant les trois heures qu'il passa au bal de l'Équinoxe, qui se tenait dans la salle de bal d'un vieux château moldu, loué comme chaque année par Mrs Smith à l'occasion du passage à l'été.
Premièrement, Marlène lui avait posé un lapin. Mr Potter Senior ayant réclamé la présence de son fils pour régler quelques affaires urgentes, James et Marlène avaient convenu de se retrouver devant les marches qui menaient à l'intérieur du château peu avant vingt-et-une heure. Cependant, après une demi-heure d'attente vaine sous une faible pluie désagréable, James s'était résigné à rejoindre seul ses parents à l'intérieur sous le crépitements des appareils photo des journalistes postés à l'entrée des lieux. James soupira. Les tabloïds allaient jaser le lendemain, déjà qu'ils montaient des histoires abracadabrantes pour tenter d'expliquer le fait qu'Elinor et lui n'étaient pas encore mariés. Lui, cela ne le gênait pas le moins du monde, mais la famille de sa fiancée se montrait affectée par les mensonges que diffusaient ces journaux.
Deuxièmement, le bal rassemblait les personnes les plus agaçantes qui lui ai été donné de rencontrer. Pompeux, vaniteux, prétentieux, luxueux, chacun faisait étalage de sa richesse et de ses connections du mieux qu'il le pouvait. James aurait pourtant dû y être habitué : ses propres parents, très mondains, s'adonnant eux-même très consciencieusement à la tâche. Pour James en revanche, c'était une corvée. Il était bien conscient qu'entretenir des relations professionnelles était très important, mais au bout du quatorzième ministre auquel il avait du, à son grand ennui, faire la conversation, il décida qu'il était temps de s'éclipser et se réfugia à l'autre bout de la pièce, où une ribambelles de filles célibataires et gloussantes convergèrent rapidement vers lui.
Troisièmement, Nathan Smith et Lily paradaient dans la pièce comme le prince et la princesse de la soirée. La jeune femme était majestueuse dans sa robe a volants, bien qu'il trouvait que la couleur ne la seyait pas vraiment. Cependant, ses yeux, sa silhouette, sa beauté rattrapaient ce bémol, et au final, elle était aussi parfaite que les poupées que collectionnait sa mère. Un sourire figé sur le visage, preuve qu'elle n'était pas tout à fait à l'aise, mais se laissait docilement présenter à tous les dignitaires présents, virevoltant à la suite de Nathan. Elle n'était pas la plus belle femme de la pièce, mais attirait tous les regards, et pas seulement parce qu'elle accompagnait le fils de l'hôtesse de l'événement, James en savait quelque chose. Quelque chose, dans son maintien, sa façon de se mouvoir, de rire aux éclats, le fascinait tant que, réfugié en hauteur sur l'un des balconnets vide pour échapper à quelques filles très insistantes, James ne la quitta pas une seconde des yeux pendant une longue demie-heure. Smith, qui avait remarqué l'espion depuis plusieurs minutes, lui jeta par deux fois un regard moqueur avant de serrer plus près contre lui. Toute personne objective devait admettre qu'ils étaient parfaitement assortis, qu'ils formaient un très beau couple. Et cela tuait James.
Il la voulait. Elinor avait raison. Marlène avait raison. Il la voulait. Il ne savait pas exactement pourquoi, comment, dans quel sens, il savait juste qu'il la voulait. Combien de fois s'était-il réveillé gêné, après un rêve particulièrement réaliste où elle tenait le premier rôle ? Il voulait qu'elle lui sourît, qu'elle lui parle, qu'elle lui lance ce petit regard en coin dont elle avait le secret. Il la voulait.
Lorsque Smith saisit Lily et l'embrassa goulûment sous les applaudissements des convives, James décida qu'il en avait assez vu et descendit prendre l'air dans les jardins situés à l'arrière du château. La légère pluie qui tombait avait fait se réfugier tout le monde à l'intérieur et fuir les journalistes, mais James décida de se promener quand même. Quand bien même il serait trempé, il n'avait aucune intention de retourner à l'intérieur. Il ne pourrait pas supporter de voir Lily et Smith se bécoter.
Lily…
Il avait refusé de se l'avouer, mais il avait perdu dès le début face à Smith. Elle ne lui avait jamais laissé la moindre chance, le regardait comme s'il était un ver de vase, ne supportait pas de le croiser, ne lui adressait même pas la parole. Elle ne lui témoignait aucun intérêt, ne semblait pas le trouver attirant, ou intelligent. Elle se fichait même comme d'une guigne de sa fortune colossale. Elle ne lui avait laissé aucune ouverture pour la séduire.
James avait toujours son plan sous la main, mais il hésitait à le mettre en œuvre. Était-il prêt à tout pour l'obliger à rester près de lui, à lui parler, à se faire aimer d'elle ? Jusqu'à lui confier son propre mariage ? Mariage sur lequel reposaient tant d'enjeux et d'espoirs ? Dans le cadre de son travail, Lily n'aurait pas de choix que de passer énormément de temps avec lui, mais le jeune homme mettrait par la même occasion le secret d'Elinor en péril. Seul Sirius était au courant, les deux autres Maraudeurs et Marlène en avait deviné les grandes lignes, mais Lily ? James ne la connaissait pas tant que cela. Jusqu'à quel point irait-il pour lui plaire ?
Jusqu'à quel point irait-il pour arriver à ses fins ?
Et quelles étaient ses fins, à présent ? Était-ce le sexe ? Était-ce vraiment que le sexe ?
Il se sentait perdu…
Cette obsession était néfaste.
Lily le troublait, le déstabilisait, le laissait démuni, rempli d'incertitudes, et James détestait cela. Peut-être devrait-il tout simplement la laisser tranquille. Même s'il réussissait à l'avoir, qu'est-ce qu'il aurait à lui offrir ? Voulait-il même lui offrir quelque chose. Et que faire du fait que tout se passait bien entre elle et son petit ami ? Valait-il la peine de les séparer juste pour qu'il satisfasse un besoin, une frustration, un défi ? James était-il si égoïste que cela ?
La tête remplie de questions et d'incertitudes, James était au moins certain d'une chose : Il y avait des centaines d'autres femmes, des centaines d'autres rousses aux yeux verts, des centaines d'autres Lily. Des centaines d'autres Emily. Alors peut-être que… peut-être pouvait-il faire un effort pour une fois, et renoncer à Evans. Rien qu'à cette pensée, une grande frustration l'envahit, mais il parvint à adoucir ses instincts en se répétant que pour une fois, il faisait la bonne chose. Tant pour lui que pour Evans.
Il se mit à pleuvoir à verse.
James décida de faire demi-tour et s'avança vers le château à grands pas. Quelle horrible soirée... Cependant, alors qu'il passait devant le saule pleureur planté au milieu du parc, il remarqua une silhouette adossée contre le large tronc de l'arbre. Curieux quand à savoir qui d'autre que lui avait pensé raisonnable de sortir par ce temps, il s'approcha sans bruit. Arrivé à quelques pas du grand arbre, il réalisa qu'il s'agissait de personne d'autre que Lily Evans.
Les yeux fermés, entièrement trempée, les bras encerclant ses jambes repliées, le front pressé contre les genoux, ses longs cheveux lissés par l'eau tombant jusqu'au sol, masquant son visage comme un rideau de fils couleur auburn. Elle inspirait et expirait profondément, comme pour tenter de retrouver son calme. Sa robe détrempée épousait les courbes de son corps, devenait transparente par endroit. À ses pieds nus traînaient négligemment une paire de chaussures à talons.
James fut si surpris, si décontenancé de la trouver ici, et dans cet état – ne l'avait-il pas laissée toute souriante, en train de valser avec son prince quelques minutes plus tôt seulement ?– qu'il ne put s'empêcher de l'interpeller d'une voix presque énervée :
– Evans ? Qu'est-ce que tu fais là, bon sang ?
Lily sursauta, faillit se tordre le cou en tournant le visage vers lui. Elle rougit fortement en le reconnaissant, se leva d'un bond, eut un geste de recul, faillit trébucher mais se retint à l'arbre.
– Potter, bafouilla-t-elle d'une voix inhabituellement aiguë. Je… Qu'est-ce que tu fais là ?
James ignora sa question.
– Quelqu'un t'a fait du mal ? demanda-t-il d'un ton inquiet. Tu sembles secouée...
– Quoi ? Non, tout va bien, répliqua Lily. Ne t'inquiète pas… Je… J'avais juste besoin de m'isoler un peu.
Elle ramassa ses chaussures et s'éloigna de lui, en prenant toutefois soin de rester sous le maigre abri qu'offrait les branches du saule pleureur. James fronça les sourcils et s'approcha de nouveau d'elle.
– Pourquoi est-ce que tu pleures?
– Je ne pleure pas, nia-t-elle presque automatiquement.
– Ben voyons, tu transpires des yeux, peut-être ?
Elle fronça les sourcils et eut un geste impatient.
– Potter, tu m'ennuies, là, lança-t-elle d'une voix mal assurée. Va-t-en. J'ai besoin d'être seule.
James ignora également sa demande, et la fixa quelques instants, l'air soucieux. Visiblement, elle était bouleversée, et il n'était pas idiot : jamais elle ne lui confierait ce qui l'avait mise dans cet état. Il était impuissant devant sa détresse, et cela le frustrait. Il se savait pas doué pour réconforter les gens, et se sentait encore moins compétent devant quelqu'un comme Lily qui le déstabilisait tant, mais trouvait inimaginable de ne pas au moins tenter de lui remonter le moral.
– Tu ne devrais pas pleurer, Evans, ça… euh te rend moche. Mais vraiment très moche.
Pas doué du tout.
Lily leva un sourcil, stupéfaite que ce soit là la seule remarque qu'il puisse formuler en de pareilles circonstances, et ne prit même pas la peine de lui répondre.
– J'insiste sur le fait, tenta de nouveau James, qu'il y a certaines personnes qui sont très jolies quand elles pleurent, mais que tu ne fais pas partie de cette liste.
C'était faux. Marlène, Elinor, et toutes les autres femmes de sa connaissance étaient peut-être laides quand elles pleuraient, mais pas Lily. Lily, elle, ressemblait à un petit ange en cristal, si belle, si délicate, si précieuse, si prête de se briser. James était désemparé devant ce spectacle.
À sa grande surprise, cependant, cette fois, Lily eut un petit sourire.
– Essaies-tu de me réconforter ?
James haussa les épaules.
– Assez lamentablement, mais oui.
Le sourire de Lily s'élargit, avant de disparaître lorsqu'elle détourna la tête.
– Tu es vraiment maladroit, c'est exaspérant.
– Je veux juste que t'arrête de chialer. Ça me met mal à l'aise.
– Tu peux toujours aller voir ailleurs. Il me semble t'avoir déjà demandé de me laisser tranquille.
– Je serai parti si je n'avais pas peur que tu te suicides juste après, et qu'on vienne me reprocher ensuite de ne pas avoir tout tenté pour t'en empêcher.
– Pourquoi est-ce que je me suiciderai ? s'exaspéra-t-elle.
– T'as l'air sacrément déprimée, et il y a un lac assez profond à cinq minutes d'ici.
Lily se retenait visiblement de lever les yeux au ciel.
– Je vais bien, dit-elle d'un ton exaspéré.
Ben voyons, se dit James. Elle était trempée de la tête au pied, pieds nus, sous une pluie féroce, toute seule, avec un air troublée… elle avait clairement l'air de tout sauf d'aller bien.
– Alors qu'est-ce que tu fais là, toute seule ? insista-t-il.
– Je… Je prends l'air, dit-elle d'une voix toujours tremblante, et en détournant la tête pour qu'il ne voie pas la tristesse peinte sur son visage. Comme toi. Je ne vois pas ce qu'il y a d'extraordinaire. J'ai juste été surprise par la pluie.
Elle savait qu'il ne la croyait pas, et il savait qu'elle savait qu'il ne la croyait pas, et elle savait qu'il savait qu'elle savait qu'il savait qu'elle savait qu'il ne la croyait.
James marqua une pause avant de poursuivre.
– Je peux faire quelque chose pour t'aider ? Tu peux me demander ce que tu veux.
– Non merci. Va-t'en, s'il te plaît.
– Tu vas attraper froid.
– Cela ne te regarde pas.
Elle voulut s'en aller il se plaça devant elle pour lui barrer le chemin.
– Tu es sûre que tout va bien ?
– Oui, parfaitement, dit Lily d'une voix faussement agacée, pour couper court à la conversation. T'es lourd, là. Laisse-moi tranquille.
Elle fit un geste pour partir, mais James lui attrapa le bras et la força à le regarder. Il semblait sincèrement préoccupé par son état. Elle tremblait tant que son bras paraissait encore plus maigre dans la poigne de James. Celui-ci desserra les doigts de peu de la blesser, sans pourtant la laisser partir, sans cesser de sonder ses yeux. Elle avait bien du mal à soutenir son regard.
– Tu es sûre que tout va bien ? répéta-t-il avec douceur, la sortant de ses pensées.
Cette fois, Lily mit plus de temps à lui répondre. Elle semblait sur le point de craquer, ses yeux se troublaient. Et elle le regardait avec tant de désespoir que James se sentait désemparé.
– Oui, affirma de nouveau Lily en se dégageant sèchement.
Elle remit ses chaussures, et s'éloigna de lui une fois de plus, en direction du château.
– Alors pourquoi as-tu l'air si bouleversée ? murmura-t-il sans la quitter des yeux.
Lily voulut protester, aurait aimé protesté, mais avant qu'un mot aussi basique qu'il soit ne lui vienne à l'esprit, la boule d'émotion coincée dans sa gorge implosa.
Et elle éclata en sanglots.
Elle pleurait silencieusement, sans éclat, et pourtant James se sentait complètement désemparé. Il s'était attendu à tout sauf à cela, sauf à cette peine dont il ignorait l'origine, dont il imaginait à peine l'étendue, mais qui se répercutait en lui de manière décuplée. Elle était triste, lui le devenait, lui l'était.
Il avança maladroitement le bras pour lui tapoter le dos, mais elle méprit son geste et se réfugia dans ses bras. Décontenancé, James ne l'enlaça pas. Il la regarda longtemps. Réfugiée contre son torse, elle pleurait silencieusement, doucement, mais il avait l'impression que ces larmes étaient un raz-de-marée, qu'elle s'y noyait, et que s'il tendait la main, il la sauverait.
Mais il ne le fit pas. Il se rendit soudain compte qu'il avait littéralement peur d'elle, peur du pouvoir qu'elle avait sur lui, dont elle ne voulait pas, dont il ne voulait pas, et qui se renfonçait à chaque fois qu'il pensait à elle. Et il pensait à elle souvent.
Marlène avait tort : ce n'était pas lui qui était un danger pour elle, mais elle pour lui.
Note de l'auteur
Hum... Hello?
Désolée! Sorry! Lo siento! Scusi! Haketou! Sumimase! Anteeksi! Desculpa! Surfiyi! Samihni! 抱歉 ! ごめんなさい!
OUI, JE SUIS EN RETARD! OUI, JE SUIS DESOLEEEEEEEEE!
Avant que vous ne me jetiez des pierres, sachez que j'ai été malade, mais malade comme un chien, pendant plusieurs semaines :,( en plus d'avoir eu des soucis familiaux.
Mettre à jour ma fic n'était pas franchement dans mes priorités.
Et j'ai honte, car vous avez été super jusque là. Super encourageants, super motivants, super tout!
Mais je vois que vous souhaitez toujours me bruler vive, alors je souhaitais m'expliquer sur le fait que je n'ai pas posté le 11 août comme promis: j'ai reçu une critique très pertinente de LILLY (merci!) qui m'a forcé à repenser mon histoire.
Retenez-donc vos lances empoisonnées deux minutes, car je tenais donc à m'expliquer sur ce point! Même si le couple principal est celui de James et Lily, il est vrai que j'ai développé d'autres personnages tels que Marlène, et que je souhaitait en développer d'autres au fil de l'histoire, car j'ai vraiment imaginé chaque personnage avec sa personnalité et toute une histoire passée, et il est également vrai que je me laisse parfois emporter en racontant ces intrigues secondaires (exemple en l'occurrence, Marlène).
A vrai dire, dans l'intrigue telle que je l'avais imaginé, les personnages secondaires prennent plus ou moins d'importance au fil des chapitres et selon mes besoins. la plupart du temps pour garder un lien entre Lily et James quand il n'y avait aucune raison qu'ils se croisent. Mais il est vrai que, même si en tant qu'auteur je sais exactement où je vais et sais que je ne me suis pas éloignée de l'histoire telle qu'exposée dans le resumé, cela a du en destabliser plus d'un que je parle tant des amis de Lily et James. Mais n'ayez crainte, chers lecteurs et chères lectrices! Lily organisera bel et bien le mariage de James et Elinor! et James fera tout pour la séduire!
Dans mes brouillons (j'ai déjà tout le déroulement de l'histoire de pensée, d'organisé et de détaillé dans des cahiers ^^), l'histoire est divisée en trois parties, et le premier tiers (qui se finit au chapitre prochain) est consacré à la présentation des différents personnages, l'exposition des lieux et la mise en place des couples, des tensions et des mystères. Donc, après la remarque de LILLY , j'ai décidé d'aller à l'essentiel plus vite (et ait lamentablement échoué, étant donné que je n'ai coupé qu'un demi-chapitre). Et alors je me suis dit: j'y peux rien! Je ne peux m'empêcher de faire des digressions!
Qu'en pensez vous, du coup? Est-ce très gênant? Me pardonnez-vous de trop détailler la vies d'autres personnages? Donnez vos avis!
(Olala, en relisant mon blabla, je me rends compte que je suis pas très claire...)
Voila, du coup, sincèrement, je suis désolée! Mais de retour (*pour vous jouer un mauvais tour* #élevéeavecPokemondansles90s)
Je repasse dans quelques jours répondre aux reviews, je n'ai finalement pas le temps de le faire au moment du post! Reviewers du chapitre précédent, je vous aime, vous adore!
Merci à tous pour votre patience!
