CHAPITRE 9 : A l'insu de son plein gré – JAMES


LA TERRASSE DE l'appartement de Lily et Dorcas était sagement protégée par un sortilège anti-intrusion volontairement incomplet, qui permettait d'en partir, mais pas d'y venir, par mesure de sécurité. Ainsi, malgré le temps exécrable, James dut se contenter d'apparaître dans une ruelle déserte non loin de leur immeuble, où il avait pris l'habitude de transplaner lorsqu'il rendait visite à Marlène.

Lily apparut juste après, et James lui reprit machinalement la main avant de se remettre en marche. Il avançait vite, comme si sa seule hâte était de se débarrasser de Lily au plus vite, et elle trottinait presque derrière lui, peinant à suivre la cadence rapide de ses pas. James feignait d'ignorer qu'elle avait du mal à marcher aussi vite que lui, tout comme il feignait d'ignorer qu'elle pleurait silencieusement, tout comme il feignait d'ignorer qu'il tirait une inexplicable et puérile satisfaction dans le simple fait de lui tenir la main. Il aimait la douceur de sa peau, et l'entremêlement de leurs doigts, et la taille de sa main, qui était parfaite d'après lui. Jusque là, il ignorait avec des critères concernant les mains. Mais celle de Lily semblait être faite pour être nichée dans la sienne. Ni trop petite, ni trop longue, parfaite pour qu'il la serre sans faire d'efforts.

Il ne faisait pas très tard – ils avaient quitté ce stupide bal juste après le dîner, et avant même que la première danse ne soit inaugurée (James ne put d'ailleurs s'empêcher de ricaner intérieurement en imaginant Smith chercher désespéramment Lily partout dans ce but) –, mais, étant donné qu'il pleuvait toujours à verse, les rues étaient complètement désertes. James ensorcela le verre de ses lunettes afin qu'elles repoussent les gouttes de pluie. A vrai dire, ayant fait le court trajet en étant sobre et complètement ivre, il connaissait le chemin par cœur et n'avait pas vraiment besoin de réfléchir ni de voir correctement, mais la situation faisait qu'il se concentrait tout de même sur le trajet pour éviter de regarder Lily.

Celle-ci était perdue dans ses pensées, et cela l'arrangeait parfaitement. Car il était furieux. Furieux qu'elle l'ait embrassé, lui donnant ainsi un espoir quand il avait enfin décidé de renoncer à elle, quand il voulait passer à autre chose, quand il se décidait enfin à surmonter son attraction, à la laisser tranquille. Furieux qu'elle ne l'ait embrassé que parce qu'elle était contrariée, furieux que ce baiser ne l'ait pas troublée comme cela l'avait troublé lui, furieux que cela ait signifié beaucoup pour lui quand elle n'avait visiblement cherché que du confort. Et il était furieux de ne pas y avoir répondu.

Stupide James, stupide, stupide, stupide !

Bon sang, elle s'était jetée sur lui, l'avait enlacé, et il avait été trop stupide pour réagir à temps, quand il n'attendait que ça depuis des semaines. Mais le choc l'avait tétanisé – le choc qu'elle l'embrasse, bien entendu, mais aussi le choc d'avoir senti son cœur, qu'il croyait mort, s'emballer pendant quelques secondes, un affolement cardiaque qui ne s'était jusqu'alors produit qu'avec Emily, qui ne s'était plus jamais reproduit après Emily.

James ne comprenait pas la réaction de son propre corps. N'était-il pas censé être encore amoureux de son ex ? Était-il perturbé par la ressemblance physique entre les deux femmes ? Était-ce parce que Lily était une copie, certes imparfaite, d'Emily qu'il se retrouvait dans cet état ? A paniquer, à rougir, à anticiper, à espérer, à lorgner, désirer, vouloir, envier ? Ou... ressentait-il pour Lily ce qu'il ressentait pour Emily ?

À cette pensée, James secoua la tête. Non, c'était impossible. Son cœur, son corps, sa tête, ne réagissaient pas du tout de la même manière avec les deux jeunes femmes. Avec Emily, James avait la gorge serrée, les mains moites, des papillons dans le ventre, n'arrivait plus à parler, à penser, avait le cœur qui dansait la salsa. Avec Lily, oui, son cœur battait certes un peu vite, mais il n'avait rien ressenti d'autre de spécial. Il arrivait même à la taquiner, à être lui-même à côté d'elle, à coucher avec d'autres filles (même si, il fallait se l'avouer, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu envie d'une autre). James savait qu'il était attiré par Lily, et qu'il aurait pu, avec le temps, tomber pour elle, mais ce n'était pas le cas.

Du moins, il croyait. Tout s'était passé trop vite, à vrai dire, il n'avait rien compris, pas eu le temps d'analyser le tourbillon de sensations qui l'avaient envahi. Putain, elle l'avait embrassé ! Il avait l'impression d'avoir treize ans de nouveau : pourquoi un simple baiser le troublait tant ? Il avait pourtant embrassé plus de filles que personne ne pourrait jamais s'en vanter.

– Fais chier, marmonna-t-il dans sa barbe.

Et puis pourquoi même l'avait-elle embrassée ? Ne sortait-elle pas avec l'autre imbécile de Smith ? Elle semblait heureuse avec lui… enfin, si l'on faisait abstraction des larmes qu'elle avait versé, qu'elle versait encore, et dont James était prêt à parier sa main que Smith en était la cause – bien que, même s'il le détestait, James avait du mal à l'imaginer blesser Lily volontairement. Elle pleurait et avait semblé si fragile et si vulnérable, et James ne savait que faire de ce désarroi qu'il avait ressenti en la voyant si misérable. Ni de son trouble en la prenant dans ses bras. Ni de cette rage en la voyant pleurer.

James s'arrêta et se cogna la tête plusieurs fois contre un lampadaire, sous le regard médusé de Lily, avant de reprendre son chemin comme si de rien n'était.

Merde, merde, merde. Il fallait qu'il se débarrasse une bonne fois pour toutes de ses sentiments naissants pour Lily. Et pour cela, il avait besoin de se rassurer, de la traiter comme il traitait les autres. Hors de question d'adorer quelqu'un de nouveau. Il lui fallait briser, démystifier ce qui l'attirait tant chez elle. Il lui fallait vite se prouver que Lily n'était pas spéciale, qu'elle était normale, gentille, mais normale, belle, mais normale, sexy, mais normale, brillante, mais normale. Normale, normale, normale. Elle n'avait rien de spécial – il refusait d'imaginer qu'elle puisse avoir quoi que ce soit de spécial – et il avait juste besoin de se rassurer. Le plan était simple : la baiser, la jeter. S'il y parvenait sans remords, c'est qu'elle était normale. Normale, normale, nor...

– Potter, tu me fais mal, gémit soudain Lily.

James sursauta. Lily grimaçait, et il réalisa qu'il broyait presque la main de la jeune femme.

– Désolée, Evans, dit-il en desserrant sa poigne.

Lily en profita pour récupérer sa main.

– Pas grave, grommela-t-elle. De toutes façons, nous sommes arrivés.

Ils se trouvaient effectivement devant l'immeuble des jeunes femmes. James ne s'en était même pas rendu compte.

– Tu … tu peux me laisser ici, dit-elle d'une petite voix.

Elle n'osait toujours pas le regarder dans les yeux.

– En fait, je voulais vérifier que McKinnon va bien. Si ça ne te dérange pas.

Lily secoua la tête.

– Non, bien sûr que non...

Dans la minuscule cabine d'ascenseur, qui fonctionnait pour une fois, James et Lily firent de leur mieux pour ignorer qu'ils étaient tellement à l'étroit que leurs corps se touchaient presque, mais aussi et surtout que leurs habits mouillés leur collait à la peau. James se retenait de baisser les yeux, de regarder les seins de la jeune fille qui apparaissaient à travers le fin tissu de sa robe devenue transparente et moulante. Elle avait fait descendre ses cheveux sur le devant pour cacher ses tétons, mais la pluie les avait rendus si fins qu'ils ne masquaient pas grand-chose, et le caché-dévoilé attisait l'envie de James.

Finalement, au bout d'une interminable minute, ils arrivèrent au cinquième étage, et prirent les escaliers pour atteindre le dernier palier. Lily étant partie précipitamment du bal, elle y avait laissé toutes ses affaires, y compris ses clefs. Elle sonna donc plusieurs fois à la porte, mais personne ne répondit. Elle échangea un regard inquiet avec James, avant de chercher la clé de secours, qu'elles avaient caché dans le pot de l'une des plantes qui décoraient leur palier. Comme elle était penchée et de dos, James avait une exceptionnelle vue sur le postérieur de Lily, et il ne se retint pas cette fois de regarder. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'il pouvait profiter d'une telle vue.

Lily trouva finalement la clé, et ouvrit la porte de l'appartement, plongé dans l'obscurité et dans un silence religieux.

– Elle ne semble pas être là, constata Lily en allumant les lumières.

– Ses chaussures dans le placard, fit remarquer James en jetant un coup d'œil dans le rangement.

Lily fronça les sourcils. Marlène avait des centaines de chaussures, mais ne portait en été que ses espadrilles préférées, couleur lavande.

– Marlène ? appela Lily.

– Sur la terrasse, leur répondit une voix éraillée.

James et Lily y trouvèrent la jeune femme allongée sur l'un des transats, les yeux fermés, une bouteille à la main. Un autre, vide, était abandonnée sous le siège.

– Marlène ! s'exclama Lily avec surprise. Non, ma chérie, pas encore ! Pourquoi as-tu craqué ? Tu t'en sortais si bien !

Marlène ignora sa remarque. Son esprit était brumeux, mais un détail ne lui avait pas échappé.

– Qu'est-ce que tu fous avec James ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

Elle n'avait pas l'air très contente. Lily leva les sourcils, décontenancée par sa réaction, mais James ignora la question, furieux à la vue du spectacle qu'il découvrait.

– Qu'est-ce que tu fous, McKinnon ? s'exclama-il en lui arrachant la bouteille. Tu m'avais promis !

Marlène leva les yeux vers lui, et James vit qu'ils étaient remplis de larmes. Il ne put retenir une grimace. Pourquoi donc les filles passaient-elles leur temps à pleurer ?

– Je suis tellement fatiguée, James, murmura Marlène. J'y arrive plus. Finn, il… Il… C'est son anniversaire, aujourd'hui, et il… Je suis tellement stupide….

Sa voix se brisa, et des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Lily se précipita pour la prendre dans ses bras, et James resta debout à l'écouter se plaindre de comment Fox, en prétextant vouloir lui rendre de vieilles affaires, était venu lui rendre visite. Puis, à force de déclarations enflammées et d'excuses, il avait trouvé le moyen de la persuader de coucher avec lui, avant de la rejeter violemment et lui exprimer son dégoût et sa colère quant au fait qu'il l'ait vue embrasser James deux semaines plus tôt. Fox l'avait ensuite traitée de menteuse et d'autres noms colorés et humiliants avant de s'en aller, l'air satisfait. Marlène avait ensuite passé la soirée à pleurer et à boire devant sa propre bêtise.

Le récit ennuya très rapidement James, qui laissa à Lily le soin de consoler McKinnon et d'insulter copieusement Fox, et se dirigea dans la cuisine. Il se sentait déçu et trahi par la réaction de Marlène. Il la savait brillante, déterminée et forte, et ne comprenait pas comme elle pouvait se comporter en larve devant un tel énergumène. Et quant à Fox… James lui avait déjà écrit pour le menacer de ne pas s'approcher de Marlène, mais le message n'était visiblement pas passé. Il allait donc s'assurer que cette fois, Fox apprenne la leçon correctement, au point de ne même plus oser penser à Marlène. James n'était pas spécialement bagarreur, mais il ne doutait pas de l'efficacité d'un poing bien placé de temps en temps.

Une fois à l'abri du regard et des oreilles des filles, il sortit le miroir magique qui lui permettait de communiquer avec ses amis.

– Patmol ! appela-t-il plusieurs fois.

Au bout d'une longue minute, et à sa grande surprise, ce ne fut pas la face familière de Sirius qui se présenta de l'autre côté de la glace, mais une jolie femme brune aux yeux sombres qui, l'air apparemment perplexe, manipulait le miroir dans tous les sens dans l'espoir de comprendre son fonctionnement, si bien que James eut très vite un idée très claire de la beauté de son corps.

De son corps nu.

Mais ce n'était pas ce qui laissait bouche bée James. Ce qui le tétanisait, c'était qu'il connaissait parfaitement cette jeune femme, et qu'elle était probablement l'une des dernières personnes qu'il se serait attendu de voir nue dans le lit de son meilleur ami. Son cerveau refusait de croire ce qu'il voyait, mais il n'y avait pas de doutes : même après trois ans sans se voir, impossible de se tromper sur l'identité de la femme.

Cette dernière se lassa finalement d'essayer de comprendre d'où provenait les cris qu'elle avait entendu, et tourna la tête vers la gauche.

– Dis, lança-t-elle, qu'est ce que c'est que ce truc ?

La voix à moitié endormie de Sirius répondit :

– De quoi ?

Puis James entendit un raffut, un cri, puis le visage horrifié de son meilleur ami apparut enfin.

– Prongs ! s'exclama-t-il d'une voix aiguë. Merde !

Cela eut au moins pour effet de faire sortir James de sa torpeur.

– Sirius, dit-il lentement. Qu'est ce que Leoh fait chez toi ? Et nue ?

– Qu'est-ce qui se passe ? demanda la voix de la jeune femme d'un ton inquiet.

– Rien, chérie, dit précipitamment Sirius.

– « Chérie » ? s'étrangla James. Tu… je…

D'un coup, il comprit. Fille nue + Sirius + lit. l'équation était si simple qu'il se demanda un instant pourquoi il n'avait pas compris plus tôt. Mais il était vrai que dans sa tête, Leoh + Sirius + lit était égal à un message d'erreur.

– C'est elle, la fille ? s'écria-t-il d'une voix aiguë et peu virile.

– Hey, dit soudain la voix de Leoh. Ce ne serait pas la voix de Potter, par hasard ?

James patienta quelques secondes pendant que Sirius rassurait une Leoh apparemment bouleversée que leur secret ait été percé à jour. Sirius se réfugia ensuite dans la cuisine, et réapparut sur le miroir.

– Je ne veux pas en parler, dit-il aussitôt.

– Je n'arrive pas à croire que tu te tapes une Serpentard ! s'indigna James.

– La ferme, dit Sirius.

– Mais… c'est une Serpentard.

– On est plus à Poudlard, James. Grandis un peu. C'est parce que je savais que tu allais réagir comme ça que je ne t'ai rien dit.

– Mais…

– James ! s'impatienta Sirius.

James pinça les lèvres, mais capitula. Les questions attendraient.

– Bon, bon…

– Pourquoi tu appelles ? reprit Sirius plus calmement.

– J'ai besoin de toi, dit James. Je compte aller casser la gueule de Fox, j'ai besoin que tu me retiennes pour que je ne le tues pas.

– Quoi, là, tout de suite ? s'étonna Sirius.

– Il a encore fait pleurer Marlène. Je vais devoir lui apprendre à ne pas toucher à ce qui m'appartient. Il n'y a pas d'heure, pour éduquer les gens.

Sirius soupira.

– OK, j'arrive, dit-il. On se donne rendez-vous où ?

James se massa le menton, en faisant semblant de réfléchir

– Bonne question. Je ne sais pas où il habite.

– Demande à Marlène.

– Je ne veux pas qu'elle sache ce que je compte faire à Fox. Et puis, elle est en train de pleurer toutes les larmes de son corps, et j'ai conforté assez de filles pour aujourd'hui.

Sirius fronça les sourcils.

– Qu'est-ce que… non, oublie. Je ne veux pas savoir. Ne t'inquiète pas pour l'adresse, je passe rapidement chez Doc et je te recontacte ?

– Parfait, dit James.

Sirius parut soudain mal à l'aise.

– Dis, James… pour Téana, s'il te plaît, n'en parle à personne.

James parut ennuyé.

– Même pas à Remus ou Peter ?

– Je ne veux pas que quiconque le sache.

– Bon…

Ce n'était pas souvent que Sirius lui demandait un service, aussi James décida d'accéder à sa requête.

– Je peux parler à Leoh ? demanda-t-il néanmoins.

– Pour lui dire quoi? s'enquit Sirius d'un air soupçonneux.

– Pour lui dire qu'elle a les plus beaux seins que j'ai jamais vu, dit James comme si c'était parfaitement évident.

Sirius lui raccrocha au nez.

James sourit, puis retourna sur la terrasse, et fit signe à Lily de le rejoindre dans le salon pour un aparté.

– Écoutes, dit-il à voix basse. J'aurais besoin que tu prépares discrètement un sac avec des affaires de Marlène, pour environ quelques semaines.

– Pourquoi ? demanda Lily en fronçant les sourcils.

– Tu verras très bientôt. Ne lui prépare pas que des trucs chauds, car je ne sais pas quand-est-ce qu'elle reviendra.

– D'accord.

James sourit.

– J'ai quelque chose à faire, mais je reviens dans une ou deux heures. Ne lui dis rien, elle ne doit pas se douter de ce que je lui prépare.

Lily acquiesça de nouveau.

Il se dirigea vers la terrasse, mais Lily l'arrêta en lui prenant le bras.

– Où est-ce que tu vas ?

– Casser la gueule à Fox, dit-il d'une voix parfaitement neutre.

Il hésita, puis ajouta:

– Tu veux venir?

Elle secoua la tête, l'air déçue.

– Je ne peux pas laisser Marlène comme ça…

James haussa les épaules.

– Dommage. A tout à l'heure.


DEUX HEURES PLUS TARD, James était effectivement de retour, arborant un œil au beurre noir et portant une grande boite bleue sous le bras. Lily fronça les sourcils en le laissant entrer, mais James, le visage fermé, ne dit pas un mot tandis qu'il rejoignait Marlène dans le salon.

Celle-ci souriait en fixant un grand tableau d'inspiration psychédélique peint par Lily et accroché au-dessus de la cheminée éteinte, où des lignes de couleurs vives tournoyaient et s'entremêlaient dans un confus mélange qui avait paradoxalement le pouvoir d'apaiser quiconque le fixait assez longuement. L'illusion visuelle donnait l'impression que les lignes se mouvaient alors qu'elles étaient parfaitement immobiles, et James, comme d'habitude, resta plusieurs secondes à fixer le tableau avant de pouvoir s'en défaire.

Marlène ne fit pas un geste signifiant qu'elle avait remarqué la présence de James, et celui-ci se tourna vers Lily, l'air inquisiteur. Celle-ci eut soudain l'air gêné.

– Je, euh, j'ai essayé de lui jeter un sortilège d'allégresse, expliqua-t-elle les joues rouges, mais je ne suis pas très bonne et elle plane depuis tout à l'heure...

James trouvait que Marlène avait plus l'air d'un légume que d'une personne qui plane, et se promit intérieurement de demander à Lily comment exactement elle parvenait à un tel résultat.

– Tant mieux, dit-il après quelques instants de réflexion. Ce sera plus facile.

– Plus facile pour ?

– Je ne peux plus rien pour Marlène, dit-il en sortant de la boite une vieille bottine sale, sous le regard curieux de Lily. Elle est complètement dépressive, et elle a besoin d'un professionnel. Ma mère est une ancienne Médicomage. Elle est à la retraite, mais a accepté de prendre Marlène en charge exceptionnellement.

– La prendre en charge ? répéta Lily.

– Elle a besoin de soin, dit James d'un ton las. Elle est malade, en quelque sorte, et elle a besoin d'aide pour s'en sortir. Je pense que Marlène a aussi besoin de s'éloigner de Londres. Elle n'est pas faite pour la ville. Mes parents passent l'été à Bath, et ils vont l'y soigner. Après ce qui s'est passé ce soir, Fox n'aura même plus envie de ne serait-ce qu'entendre parler de Marlène, mais rien ne me garantit qu'elle n'essaiera pas une fois de plus de le contacter.

Il murmura quelques formules en tapant la bottine, qu'il plaça sur les genoux de Marlène. La jeune fille ne réagit pas le moins du monde.

– Qu'est-ce que… ? commença Lily.

– Le sac, vite, coupa James. Le...

James fronça les sourcils car Lily lui avait tendu une valise.

– Quoi ? aboya-t-elle devant son regard exaspéré. Ses affaires urgentes ne tenaient pas dans un sac, alors oui, j'ai pris une valise.

James roula des yeux, vaguement amusé, avant de placer la main de Marlène sur la poignée du bagage. La jeune fille tourna enfin la tête vers eux, un grand sourire plaqué sur son visage.

Trois secondes plus tard, elle avait disparu.

Lily cligna plusieurs fois, avant de se placer devant James et de le forcer à la regarder.

– Est ce que… tu viens de fabriquer un portoloin sous mes yeux ?

Elle tentait de garder l'expression neutre, mais James voyait parfaitement qu'elle était impressionnée, et ne put s'empêcher de se sentir fier.

– Oui, dit-il simplement.

– C'est... illégal, fit-elle remarquer.

Ses yeux brillaient, mais James feignit d'ignorer sa mauvaise foi.

– Ah, oui, c'est vrai. Tu ne vas pas me dénoncer ?

Lily secoua la tête, et dit très sérieusement :

– Pas cette fois.

Elle tourna le regard vers l'endroit où se trouvait encore sa meilleure amie, quelques secondes plus tôt. Son visage s'assombrit, tandis qu'elle se laissa tomber sur le canapé.

– Elle est partie… ça va me faire bizarre.

– Elle est mieux là où elle est maintenant.

James vit avec horreur les yeux de Lily s'embuer.

– S'il te plaît, dit-il précipitamment. Ne chiale pas, j'ai eu ma dose de larmes pour aujourd'hui.

– Je chiale pas, protesta-t-elle en s'essuyant les yeux.

– Oui, bon… ne transpire pas des yeux.

Elle renifla, puis se redressa dignement.

– Je suis juste un peu à fleur de peau, ces derniers temps, dit-elle d'une voix lointaine.

– Crois-moi, c'est évident.

Il éternua plusieurs fois. Lily leva la tête et le fixa quelques instants en silence.

– Tu devrais aller prendre une douche avant de partir, dit-elle finalement. Tu vas attraper froid, sinon. Si ce n'est pas déjà fait, vu comment tu te promènes.

James portait encore les vêtements mouillés, dont il avait presque omis la désagréable sensation. Il réalisa seulement à ce moment là que Lily s'était changée, et portait à présent un vieux pyjama qui perdait de ses couleurs et un t-shirt lâche d'un groupe de rock qui lui était inconnu.

Il acquiesça à sa demande, et s'enferma dans la salle de bain, où il prit une longue douche brûlante. Dans le sèche linge, il trouva l'une de ses chemises et un bermuda, qu'il enfila avant de rejoindre le salon.

Lily avait allumé le gramophone, et était installée au même endroit que Marlène, fixait le mur sans cligner les yeux. Elle ne sembla reprendre vie que lorsque James fut à quelques mètres d'elle, projetant de prendre congé. Il remarqua cependant qu'elle avait les joues rouges, et le même air hagard que Marlène un peu plus tôt. James devina que Lily s'était jetée le sort d'allégresse, et le résultat n'avait pas été plus glorieux. Il remarqua également que Lily se chargeait de vider la bouteille de frewhisky que Marlène avait entamée.

– Assieds toi, dit-elle d'une voix faible. Pas envie d'être seule.

James pensa intérieurement que mixer les effets d'un sortilège d'allégresse raté avec de l'alcool aussi fort était loin d'être une bonne idée, mais il était épuisé moralement et physiquement et se laissa tomber sur le canapé. Un sourire béat peint sur le visage, Lily lui tendit la bouteille de Firewhisky.

– Autant ne pas gâcher le reste.

James but au goulot en fixant le tableau fixé au mur. Il se sentit presque aussitôt se réchauffer intérieurement, et rendit la bouteille à Lily. Celle-ci, les yeux également rivés sur le tableau, but de nouveau une gorgée de Firewhisky avant de lui en proposer de nouveau.

Dix allers-retours plus tard, la bouteille était quasiment vide, et si James était raisonnablement éméché, Lily, qui avait pris de l'avance sur lui et avait l'alcool joyeux, s'était transformée en un joyeux luron qu'il ne reconnaissait pas. Elle souriait de manière absente, sa tête dodelinant de droite à gauche sur le dossier du canapé, enveloppée par une aura de bonheur factice. Jamais James n'avait vu la jeune femme aussi joyeuse, aussi détendue, aussi tranquille – du moins, en sa présence. Il tourna la tête sur le côté et l'observa. Elle était vraiment jolie. Il avait terriblement envie de l'embrasser.

Ce qu'il fit lorsque la jeune femme, sentant un regard intense, se tourna vers lui et rencontra presque aussitôt les lèvres de James. Elle sentait l'alcool, mais il s'en fichait, car il n'était pas sobre non plus. Ce fut un simple contact, sans sensualité, sans bruit, juste la rencontre de deux paires de lèvres. James ne tenta pas d'approfondir le contact, et s 'éloigna aussi tranquillement qu'il s'était approché d'elle. Surprise, Lily resta quelques secondes à l'observer, avant de déclarer d'une voix indifférente :

– Je ne vais pas te cogner, Potter, car, comme je t'ai embrassé tout à l'heure sans ta permission, on peut considérer qu'on est quittes.

– Ah, OK, dit James. Merci.

Il réfléchit quelques secondes avant de poursuivre.

– S'il te plaît, ne me "cognes" pas non plus pour ce que je vais dire.

Lily leva un sourcil.

– Alors fais gaffe, dit-elle finalement. Je suis assez saoule pour supporter ta présence, pas assez pour supporter tes bêtises.

Il inspira profondément avant de se lancer :

– Je crois qu'on devrait coucher ensemble.

Lily en resta bouche bée, et mit plusieurs secondes à retrouver l'usage de sa voix.

– Je vais faire comme si tu n'avais rien dit, dit-elle en fermant les yeux.

– Je sais que ça à l'air complètement vulgaire et insensé…

– Ça n'a pas l'air complètement vulgaire et insensé, c'est vulgaire et insensé, marmonna Lily.

– Laisse moi t'expliquer…

Elle rouvrit les yeux et lui jeta un regard noir.

– T'es incroyable, quand même.

– Merci, dit James.

– Ce n'était pas un compliment. J'arrive pas à croire que tu aies même osé me proposer ça. Toi et moi, coucher ensemble ? Heuurk !

James fronça les sourcils.

– Arrête de faire comme si la simple pensée était répugnante, dit-il d'une voix irritée. Tu m'as roulé une sacrée pelle, tout à l'heure.

Lily eut la décence de rougir. Elle se redressa pour lui faire face.

– Je… Je suis vraiment désolée, pour ça.

James l'observa quelques instants.

– Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? demanda-t-il d'une voix douce.

Lily reporta les yeux sur le tableau, et poussa un long soupir.

– Je ne sais pas ce qui m'a pris. C'était comme une pulsion. J'étais… contrariée.

– Par ton copain.

Ce n'était pas une question, et elle acquiesça.

– Qu'est ce qu'il t'a fait pour te mettre dans un tel état ? demanda James avec une curiosité non dissimulée. Je croyais que tout allait super bien entre vous…

Lily eut un petit rire sans joie.

– C'est ce que tout le monde croit.

– Et ce n'est pas le cas ?

Elle hésita.

– J'arrive pas à croire que je parle de ça avec toi.

– T'es bourrée, lui rappela-t-il. Et je ne le répéterai à personne, si tu ne le veux pas.

Elle sourit, puis se tourna de nouveau vers le tableau.

– Nathan est vraiment un garçon gentil, murmura-t-elle d'une voix lointaine. Il prend soin de moi, il est à l'écoute, il m'offre plein de cadeaux. Il fait vraiment tout pour que je sois heureuse avec lui. Il m'offre le bonheur sur un plateau d'argent. C'est juste que...

Elle marqua une pause, et fixa James pendant quelques secondes, le visage dépourvu d'expression.

– Je ne l'aime pas, dit-elle brusquement.

Puis elle rougit fortement et lui jeta un regard à la fois inquiet et surpris, comme si elle n'en revenait pas de son propre aveu. James, qui s'était attendu à une autre conclusion, ne put s'empêcher de rire, à la fois soulagé et amusé.

– Je crois pas que j'aurais du dire ça, dit-elle en riant nerveusement. Trop bu. Ce sort me décomplexe et me fait dire n'importe quoi.

– Donc, tu l'aimes, en vrai ?

– Non, non, je le trouve vraiment insupportable.

James sourit, et reporta son regard sur le tableau.

– Je ne l'aime pas non plus, si ça peut te consoler, dit-il

– Oui, mais toi, tu ne sors pas avec lui, fit-elle remarquer.

– Dieu merci, marmonna-t-il. Il est pas vraiment mon type.

– Il n'est pas mon type non plus, soupira Lily.

– Alors, que fais-tu avec lui ?

Elle garda le silence pendant si longtemps que James crut qu'elle ne souhaitait pas lui répondre. Le silence entre eux était confortable, et il commença à légèrement somnoler, quand elle reprit soudainement la parole :

– Plus le temps passe, dit-elle d'une voix hésitante, comme si elle trahissait un secret, et plus tout ce qu'il fait m'agace, alors qu'il est vraiment très gentil avec moi. Tout le monde l'aime bien. N'importe quelle autre femme aurait été super heureuse à ma place. Mais je me rends compte que je ne veux pas qu'on m'apporte le bonheur sur un plateau d'argent, et je ne veux pas être gâtée et… je suis bizarre, je suppose. Pourquoi je suis une si horrible personne ? Je veux pas être une horrible personne.

– Quitte-le, lança James dans un bâillement.

Lily haussa les épaules.

– Je ne peux pas.

– Pourquoi ?

– C'est compliqué.

James reporta son regard sur elle. Elle avait l'air si triste, si abattue soudain, qu'il décida de nouveau de ne pas insister. Il lui tendit de nouveau la bouteille, frissonnant lorsque leurs doigts se touchèrent, bien que Lily parut totalement indifférente.

– Tu avais l'air plus bouleversée que contrariée, tout à l'heure, reprit-il finalement.

– C'est compliqué, répéta Lily. J'étais les deux, je suppose. Peut-être un peu plus contrariée.

Elle lui fit un sourire.

– Désolé de t'avoir embarquée dans tout cela… et de t'avoir embrassée. Ça ne voulait rien dire, bien sûr, mais quand même…

James se surprit à ressentir un petit pincement au cœur à ces mots. Il détourna le regard.

– Vraiment ? dit-il d'une voix faussement détachée.

– Vraiment quoi ?

– Ça ne voulait vraiment absolument rien dire du tout ? Je veux dire, ce devait être bizarre quand même de m'embrasser. Tu… tu n'as vraiment rien ressenti ?

– Rien de rien, dit tranquillement Lily en buvant une nouvelle gorgée.

– Même pas un petit peu ?

Surprise par son insistance, elle tourna de nouveau la tête vers lui, et fronça les sourcils en croisant le regard de James.

– Hééé… pourquoi t'a l'air aussi contrarié ? demanda-t-elle d'un ton soupçonneux.

James resta silencieux un long moment, avant de prudemment reprendre la parole :

– J'ai… euh, peut-être été légèrement, hmm, troublé par ce qui s'est passé tout ce qui s'est passé…

Devant le regard stupéfait de Lily, il jugea utile d'ajouter :

– Quand on s'est embrassés, je veux dire. Je me sentais un peu bizarre depuis que tu m'as embrassée au bal, d'où le fait que je t'ai embrassé à mon tour. Mais je ne comprends toujours pas...

– Oh mon Dieu, murmura-t-elle en secouant la tête. Ça a signifié quelque chose pour toi !

Son ton était presque accusateur, et James parut effectivement contrarié par sa conclusion.

– Bien sûr que non, maugréa-t-il en se levant, pour faire les cents pas.

Lily le suivit du regard, proprement ébahie par son constat.

– Tu rougis, fit-elle remarquer.

– Je ne rougis pas, nia James en détournant les yeux.

– Est-ce que je te plaît ? demanda-t-elle brusquement en se levant à son tour.

Elle semblait presque amusée, à la grande frustration de James.

– Non, tu ne me plais pas.

– Tu agis comme si je te plaisais...

– Tu racontes n'importe quoi, Evans.

Il paraissait à présent furieux, mais Lily était décidée à en avoir le cœur net.

– Dorcas et Andréa disent que je te plais, reprit-elle.

– Je n'ai jamais caché te trouver jolie, dit sèchement James.

– Et… c'est tout, n'est-ce pas ?

Comme il ne répondait pas, elle insista :

– Potter, par pitié, dis-moi que tu ne ressens rien pour moi.

Il lui tourna le dos, et refusa de répondre.

– Potter...

– Je ne sais pas ! s'écria James avec désespoir.

Il passa les deux mains sur le visage avant de faire face de nouveau à Lily.

– Je ne sais pas ce que j'ai, reprit-il d'une voix rauque. Je ne sais pas ce que je ressens pour toi. Je ne sais pas si tu me plais vraiment, ou si ce sont juste tes cheveux qui me font cet effet là…

Lily fronça les sourcils, confuse.

– Qu'est ce que…

– Je suis obsédé par les rousses, dit-il d'un ton sec, comme si elle aurait dû le savoir. J'ai toujours eu un faible pour les rousses. Mais toi…

Il soupira.

– J'ai tellement envie de toi que j'en dors pas, que ça me déstabilise. Tu m'obsèdes. Et le fait que tu m'aies embrassé n'a pas rendu les choses plus claires pour moi. Et c'est pour ça que j'ai besoin de coucher avec toi. Pour savoir ce qu'il en est. J'ai besoin de savoir que tu es comme toutes les autres. J'ai besoin de savoir que je peux coucher avec toi, et te jeter le lendemain sans aucun scrupule, comme je le fais avec toutes les autres.

Loin de paraître scandalisée par ses propos, Lily resta pensive un long moment, avant d'émettre l'hypothèse qui les glaça tous les deux, un demi-litre de Firewhisky dans le sang ou non :

– Et… si tu n'en es capable ?

Ils se regardèrent dans les yeux.

– Ça voudrait dire que j'ai des sentiments pour toi, murmura James.

Un ange passa, tandis qu'ils ne se quittaient pas des yeux. Puis, d'un coup, d'une manière totalement synchrone, ils brisèrent le contact et rougirent.

– Bien sûr, c'est totalement impossible, dit-il en se massant nerveusement la nuque.

– Bien entendu, renchérit Lily avec un petit rire sans joie.

– T'es carrément pas mon style de femme, de toute façon. Même si tu es jolie.

– Tant mieux, approuva Lily.

– Je ne peux pas être tombé amoureux de toi alors qu'on se parle jamais.

– Impossible, en effet.

– Et puis, t'es carrément pas mon style de femme. Même si tu es jolie.

– Tu radotes, Potter.

Il y eut un petit silence.

– Pas mon style, répéta-t-il pour lui même.

Lily inspira profondément, le força à se rasseoir, et le regarda droit dans les yeux.

– Potter, dit-elle d'une voix lente, comme si elle tentait de l'hypnotiser. On ne va pas coucher ensemble, et tu n'es pas amoureux de moi.

– Je n'ai jamais dit que j'étais amoureux de toi, grogna James en détournant le regard.

Lily roula des yeux.

– Quel que soit le nom que tu donnes à ce que tu as ressentis quand je t'ai embrassé. Potter, je pense que le fait que tu me trouves attirante t'a troublé, mais pas que tu es amoureux.

– C'est vrai ? demanda James avec espoir.

– N'as-tu jamais été amoureux avant ? s'enquit-elle.

– Si, dit James après une légère hésitation. Mais c'était différent. Totalement différent.

– Bien sûr, dit Lily. Et quand on s'est embrassés, je suis sure que tu n'as rien ressenti d'anormal. Si ça avait été le cas, tu n'aurais plus eu de doutes sinon, à l'heure qu'il est. Tu saurais si tu m'aimes ou non. Tu saurais.

– En théorie, peut-être, mais en l'occurrence, on ne s'est pas vraiment embrassés, fit-il remarquer

La première fois, c'était Lily qui avait initié le geste et James qui était resté inerte. La seconde fois, James avait légèrement frôlé ses lèvres tandis que Lily était restée impassible.

Lily soupira.

– Je n'arrive pas à croire ce que je suis en train de faire…. Regarde.

Elle s'approcha de lui, lui prit le visage dans ses petites mains douces, et ferma ses yeux bordés de cils interminables, et se pinça la lèvre, et rougit légèrement alors que son visage s'avançait, s'avançait vers celui de James, qui avait également fermé les yeux et dont le cœur battit à tout rompre lorsque leurs lèvres se frôlèrent timidement, puis se touchèrent avec une infinie douceur, puis s'écrasèrent l'une sur l'autre avec gourmandise, se mordillèrent, se caressèrent. Timidement, passionnément, inlassablement, ils s'embrassèrent, chacun choqué, surpris, avide du plaisir qu'il tirait à embrasser l'autre. Leurs langues dansèrent et leurs lèvres se caressèrent et leurs dents mordillèrent, et ils s'embrassèrent pendant une interminable minute, parce que c'était très bon, parce que c'était trop bon, tellement bon que James ne réfléchissait plus, savait juste qu'il était censé vérifier quelque chose en l'embrassant, mais n'arrivait pas à se souvenir quoi, il savait juste qu'elle avait les bras autour de son cou et avait les mains dans ses cheveux, et qu'il fallait qu'il soutienne sa nuque parce qu'il l'embrassait avec ardeur et qu'il n'avait jamais goûté une bouche aussi délicieuse.

Finalement, cruellement, elle rompit le ballet de leurs langues et s'écarta légèrement de lui, pour signifier la fin de sa démonstration.

– Tu vois, murmura-t-elle contre ses lèvres, les yeux fermés. Ça ne veut rien dire, tu t'es inquiété pour rien.

Ses lèvres frôlèrent celles de James une dernière fois, puis elle s'écarta de lui définitivement et se dirigea dans la cuisine. James la regarda disparaître d'en l'encadrement de la porte d'un air tranquille, totalement impassible, complètement indifférente, comme si rien d'extraordinaire ne venait de se passer.

– Je me rends compte que je n'ai pas mangé grand-chose, lança-t-elle joyeusement. Tu veux un petit casse-croûte ?

James ne répondit pas. Comment pouvait-elle se comporter comme si la chose la plus merveilleuse de sa vie ne venait pas de se dérouler ? Comment pouvait-elle rester tranquille, indifférente après l'avoir embrassé comme elle l'avait fait ?

– Potter ? s'inquiéta Lily comme il ne lui répondait pas.

Intriguée, elle revint dans le salon.

– Potter ? appela-t-elle de nouveau. Tout va bien ?

James s'éclaircit la gorge, soudain gêné.

- Je… hum, je ne suis pas certain d'avoir démêlé mes sentiments correctement, dit-il, les joues rouges. Est-ce qu'on pourrait remettre ça ? Juste pour être sûr…

Lily roula des yeux, persuadée qu'il plaisantait, mais perdit ses couleurs en réalisant que d'une part, il était sérieux, et d'autre part, il avait l'air encore plus désespéré et confus de l'embrasser.

Sous le choc, elle laissa tomber ses ingrédients par terre.

– Oh non, non, non, non, non, non ! bafouilla-t-elle, l'air catastrophée.

– Quoi ? s'enquit James en fronçant les sourcils.

– Putain de merde de merde !

– De quoi..? Qu'est ce qu'il y a, Evans ?

– Tu es amoureux de moi.

James afficha un air scandalisé.

– Bien sur que non, je…

Puis il pensa à ses lèvres, à l'intense baiser qu'ils avaient partagé, à la douleur qu'il avait ressenti lorsqu'elle y avait mis fin.

– Je…

Puis il pensa au fait qu'il ne cessait de penser à elle, qu'elle avait colonisé ses pensées, qu'il ne se couchait sans regarder la photo qu'il avait volée, qu'il inspirait profondément sur ses passages pour s'enivrer de son parfum.

– Je…

L'air hagard, il prenait pour la première fois conscience du bruit assourdissant de son cœur. La force des battements le prit de court. Son cœur battait, réagissait, vivait à la simple pensée de Lily, et cela n'avait pas seulement à voir avec du désir.

Cela n'avait rien à voir avec ce qu'il ressentait pour Emily, où il avait perdu toute raison, mais c'était tout aussi fort et intense.

– Je…

– Potter ? appela Lily d'un ton menaçant.

James reporta le regard sur elle. Et comprit soudain.

Il comprit que, dans l'hypothèse où jusqu'alors il n'avait pas été amoureux de Lily, il venait cependant d'avoir le coup de foudre le plus foudroyant de sa vie.

– Oh, merde, murmura-t-il.

Lily se leva et s'approcha de lui.

– Toi… DEHORS ! TU SORS ! DÉGAGE DE MA VUE !

Elle le poussa jusque la sortie, ouvrit la porte, et le jeta dehors avant de lui balancer ses chaussures trompées et sa boîte. James était si choqué par sa propre réalisation qu'il ne réagit que lorsqu'elle fut sur le point de fermer la porte.

– Attends, Evans ! appela-t-il.

– QUOI ? aboya-t-elle.

Elle avait l'air démente, avec ses yeux qui lui sortaient de la tête, ses cheveux en pagaille, et sa moue furieuse.

Il sourit.

– Tu es certaine de ne pas vouloir coucher avec moi ? Ou au moins m'embrasser ? Techniquement, tu me dois un baiser… Pour qu'on soit quittes.

Elle lui ferma violemment la porte au nez.

James eut un petit rire sans joie, qui mourut dans sa gorge lorsque l'information principale de la soirée parvint à son cerveau. Il soupira. Tout à coup, la situation n'était plus drôle et il comprenait l'effarement de Lily.

– Dans quelle merde je me suis encore foutu, moi ? murmura-t-il.


APRÈS SIX JOURS passés à se forcer à faire la fête sans que le cœur n'y soit, un James las et malheureux avait dû admettre que le cas « Lily Evans était un cas de force majeure. Il décida donc qu'il était temps de recourir à sa botte secrète, qui se révéla être une jeune femme de vingt huit ans nommée Heidi Callender.

Après sa rupture avec Emily, James s'était promis de ne plus jamais retomber amoureux, et il avait rapidement conclu que le meilleur moyen de ne pas retomber amoureux était d'obtenir ce qu'il voulait des filles qui l'intéressaient assez rapidement pour qu'il puisse cesser de les voir avant de les connaître. Il considérait les femmes comme une source de problèmes, mais ne pouvait s'empêcher de se sentir attirées par elles. Deux ou trois expériences lui permirent de trouver un compromis satisfaisant : il les embrassait, couchait avec elles, les appréciait, et fuyait quand il soupçonnait son cœur de faillir à sa résolution. Étant humain, son plan ne fonctionnait pas toujours, et il avait bien entendu été charmé par plusieurs jeunes femmes au cours de ses tournées de bar. Généralement, il lui suffisait d'user d'assez de goujaterie pour qu'elles s'enfuient l'air scandalisé, et quelques jours seulement étaient nécessaires à James pour oublier ce penchant passager.

Heidi était la seule femme qu'il fréquentait régulièrement, car il savait pertinemment qu'il ne ressentirait jamais rien pour une femme pareille. Elle n'était absolument pas son genre : vulgaire, bruyante, narcissique, vénale, bavarde et égoïste. James et elle n'avaient pas grand-chose en commun, mis à part leur haine d'Emily (ce qui, ils avaient découvert, leur avait conféré une bonne entente sexuelle) et leur passion pour les bonbons. Cependant, James ne pouvait s'empêcher d'apprécier sa compagnie tout de même, car sous ses apparences un peu dures se cachait une personne au cœur doux.

Quand ils se voyaient, ils passaient leur temps à boire, jeter des fléchettes sur une affiche grandeur nature d'Emily, faire l'amour et s'empiffrer des bonbons. Lorsque James séjournait chez Heidi, il avait l'impression d'entrer dans un monde irréel ou il n'avait soudain plus de problèmes, de responsabilités, de soucis. Paradoxalement, c'était aussi la raison pour laquelle il ne s'y éternisait pas James avait l'impression qu'en se réfugiant chez Heidi, il fuyait et ses problèmes, et la réalité, et ce manque de courage ne lui ressemblait pas.

Heidi était le genre de femme qui, sans être particulièrement belle, ni particulièrement gentille, ni particulièrement intelligente, parvenait à tenter, séduire et faire dévier du droit chemin tout homme pour qui elle témoignait de l'intérêt. Les femmes cocufiées ne revenaient pas de sa banalité lorsqu'elles la rencontraient, les hommes infidèles d'avoir gâché une belle relation pour une fille aussi quelconque. Comment Heidi parvenait à détourner l'attention des hommes était un mystère, mais James s'en fichait. Tout ce qui l'intéressait, c'était qu'elle le détourne de Lily. Si l'amour était effectivement une maladie, Heidi s'était révélée être un excellent antidote jusque là. James ne doutait pas des compétences de Heidi : après tout, c'était elle qui l'avait aidé à se défaire de l'influence d'Emily.

Il gardait encore l'espoir de se débarrasser de ses sentiments pour Lily, et, en désespoir de cause, se rendit donc chez Heidi dans l'espoir qu'elle le désenvoûte.

A sa grande surprise, cependant, lorsqu'il se présenta chez la jeune femme, Heidi n'était pas disposée à lui rendre service, et sembla l'accueillir à contrecoeur. Elle ignora le bouquet de roses et le paquet de bonbon qu'il lui présentait, et l'observa de haut en bas d'un air parfaitement indifférent en mâchant énergiquement un chewing-gum.

– T'as pas été suivi, j'espère ? demanda-t-elle en regardant les alentours d'un air inquiet.

– Pourquoi est-ce que je serai...

– 'Pêche toi, dit-elle en le laissant rentrer. 'Faut pas qu'on t'voit. Ma porte est peut-être surveillée.

– Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit James. T'as des ennuis ?

– Ch't'expliquerai. Entre, chéri. Je savais que tu allais venir me voir, de toute façon, c'était inévitable depuis ce foutu article dans Sorcière Hebdo A vrai dire, je m'étonne même de ne pas t'avoir vu plus tôt.

Une main posée sur sa taille de guêpe, elle retourna à son canapé en roulant tant des fesses qu'on aurait pu la croire désarticulée. James afficha un air surpris devant son accueil, et la suivit dans le salon avant de demander :

– Vraiment ?

– Je commence à te connaître, Jimmy-chou, dit-elle en roulant un doigt autour de l'une de ses mèches brunes bouclées. Tu veux boire quelque chose ?

James acquiesça, et elle lui servit un verre.

– Ne te méprends pas, je suis contente que tu me rendes visite, dit-elle, mais je préfère ne pas te faire perdre ton temps : on ne couchera pas ensemble.

– Pourquoi ? demanda James.

– Emily, dit simplement Heidi.

Il fronça les sourcils.

– Depuis quand tu te soucies de ce qu'elle pense ? s'étonna James.

– Depuis qu'elle sort avec le manager, bien sûr.

La gorge de James s'assécha.

– Elle… elle sort avec votre manager ?

– Tu lis pas Sorcière Hebdo ? s'étonna Heidi.

Elle tira un magazine vieux de quelques semaines de la pile de journaux qui s'entassaient sur sa table basse, et ouvrit le magazine à la page des courts potins, où James vit une petite photo de son ex-petite amie bras-dessus-bras-dessous avec un homme qui semblait avoir le double de son âge. Une légende informait de la liaison entre la championne et le manager de l'équipe.

James s'attendit à être comme d'habitude anéanti par l'annonce d'une nouvelle conquête pour Emily, mais il se surprit à ne ressentir qu'une grande surprise face au choix de la jeune femme, et une parfaite indifférence quant à l'homme.

Heidi méprit son silence pour de la peine, et lui frotta doucement le bras.

– Désolée de te l'apprendre. Ça fait déjà quelques mois que ça dure, mais malgré ça, elle a été très énervée d'apprendre qu'on a couché ensemble, et s'est arrangée pour me faire reléguer au rang de simple remplaçante. Elle considère encore avoir des droits sur toi, et si elle apprend que ça s'est reproduit, je risque d'être carrément virée de l'équipe. Contrairement à elle, je ne suis pas indispensable, mais je veux participer aux championnats du monde quand même.

James ferma le magazine et le posa sur la table, pensif. La voix de Heidi était un bruit de fond, il écoutait à peine ce qu'il disait, et était concentré sur son manque de réaction face à la révélation du magazine. Sa propre indifférence le surprenait. Il ne s'était pas attendu à prendre la nouvelle aussi sereinement. Avait-il grandi ? Ou l'emprise d'Emily sur lui commençait-elle enfin à diminuer ? Quand est-ce que les choses avaient changé ?

Heidi lui jeta un regard plein de compassion.

– T'as une sale gueule, Jim-Jim, lança-t-elle pourtant.

James cligna des yeux et se tourna vers son amie.

– J'ai rencontré une fille qui me plaît bien, dit-il brusquement.

Heidi parut abasourdie. Elle s'attendait à le voir abattu, surtout après ce qu'elle lui avait dit, pas sur le point de passer à autre chose.

– Bah ça alors, murmura-t-elle, les yeux écarquillés. Félicitations. Il était temps.

– Je suppose, soupira James.

Elle fronça les sourcils.

– C'est pas une bonne nouvelle ?

James haussa les épaules.

– Je ne sais pas. Je suis un peu perdu. Je ne sais pas vraiment quoi faire pour me débarrasser d'elle.

Heidi eut l'air confus.

– Se débarrasser d'elle ? Pourquoi ferai-tu cela ? C'est quoi, son problème ?

James réfléchit quelques secondes.

– Elle n'a pas vraiment de problème, à proprement parler. J'ai juste… pas envie de sortir avec elle.

– Eh bien, ne sort pas avec elle, dit Heidi en levant les yeux au ciel.

– J'aimerai bien, mais elle me plaît, s'impatienta James. J'arrive pas à me la sortir de la tête, je pense à elle tout le temps. Je crois que je l'aime bien. Je l'ai embrassée, et c'était vraiment… génial.

– Pourquoi donc veux pas sortir avec elle ? C'est une Emily-Bis ?

– Pas du tout, loin de là, dit aussitôt James avec une grimace. C'est le jour et la nuit, entre les deux. Lily – elle s'appelle Lily – c'est vraiment une fille bien.

Surprise par la teneur des confidences de James, Heidi l'observa en mâchant son chewing-gum avec plus de bruit qu'il n'était nécessaire à la mastication.

– Les filles biens ne sont pas ton genre, reprit-elle finalement. Du coup, je suppose qu'elle doit être sacrément bonne pour que tu te retrouves dans cet état.

– Elle est splendide, en toute objectivité, approuva James.

– Une rouquine, je parie.

– Ça va de soi.

– Alors c'est quoi son problème ? Elle n'est intéressée que par ton pactole ?

– Jamais vu quelqu'un qui s'en fiche autant, à vrai dire.

– Alors c'est qu'elle est conne, hein ?

James trouvait un peu déplacé que Heidi se permette de juger qui que ce soit sur son intelligence, mais garda prudemment ses pensée pour lui.

– L'un des esprits les plus brillants que j'ai vu.

– Hmmm...

Heidi pencha la tête sur le côté, l'air pensif. Ses énormes yeux bleus semblaient sonder James comme un rayon X.

– Alors quel est le problème ? répéta-t-elle finalement, sincèrement perplexe. Vu comment tu la décris, elle a l'air sympa. Pourquoi ça te dérange tant que ça de tomber amoureux d'une fille cool ?

James ouvrit la bouche, et la referma sans parvenir à émettre un mot. Heidi avait le talent de pointer du doigt ce que personne n'osait mettre en évidence. Et une fois de plus, elle avait raison : Lily était une fille cool, et probablement la personne qu'il aurait choisi de tomber amoureux s'il avait été obligé de choisir, et s'il avait eu le choix. Elle était belle, brillante, forte, gentille, talentueuse, et surtout, surtout, c'était vraiment une bonne personne (même si elle se montrait exécrable avec lui). Il n'aurait pas pu rêver d'un meilleur choix.

Heidi se méprit de nouveau sur la raison de son silence :

– Tu devrais renoncer à Emily, lança-t-elle brusquement. Si cette Lily est une fille bien, fonce.

– Hein ?

– Emily, insista Heidi. C'est une pouffiasse. Passe à autre chose. Ne perds pas ton temps à espérer son retour.

– Je ne perds pas mon temps à espérer son retour, nia machinalement James. J'en ai plus rien à foutre, de cette fille.

Heidi lui jeta un regard torve, sans se douter que, pour la première fois de sa vie, James pensait réellement cette phrase, et cette révélation lui ôta un poids sur le cœur dont il ignorait l'existence. Il en resta stupéfait quelques secondes. Il ne voulait plus d'Emily… Il n'attendait plus son retour… Depuis quand avait-il renoncé à elle ?

– J'ai vraiment renoncé à elle, répéta-t-il d'un ton stupéfait.

Heidi fit une bulle avec son chewing-gum, avant d'afficher un large sourire narquois.

– Quand Emily va apprendre ça, dit-elle en se frottant les doigts.


« Je t'ai dit de dégager de ma vue, mais pourrais-tu quand même me donner des nouvelles de Marlène ? Ça fait quand même une semaine que je ne sais pas ce qu'elle devient. Elle ne répond pas à mes lettres et je suis inquiète.

Merci d'avance,

Lily Evans.»

Quarante-huit secondes après avoir reçu le courrier de Lily, James transplana jusque Londres, le cœur battant. Il se rendait seulement compte à quel point il avait désiré la voir, à quel point ces jours sans la voir avaient été difficiles.

En s'approchant de la porte de Lily et Marlène, des cris lui parvinrent distinctement.

Mais putain, Lily, t'es la seule qui ait jamais réagi comme ça. La seule !

– Je ne suis pas toutes les autres filles, je suis moi ! Arrête d'essayer de gommer ma personnalité !

– Je n'essaie rien du tout, ce n'est pas de ma faute si tu n'es pas normale !

– Ce n'est pas parce que je suis supposée aimer quelque chose en tant que fille que je suis obligée d'aimer.

– Non mais… tu réagis de façon disproportionnée ! Qu'y a-t-il de mauvais dans ce que je te propose ?

– Ce n'est pas la question !

– Si, réponds !

– Non, bordel de merde, il est question de ce que je veux ! Si tu m'offrais Buckingham Palace, j'en voudrais pas, pourtant c'est super ! J'ai l'impression que tu ne me connais pas, et j'en ai assez que tu m'imposes des choses !

James en eut rapidement assez d'espionner, et sonna à la porte.

Une Lily furieuse et échevelée vint lui ouvrir la porte.

– Quoi ? aboya-t-elle en découvrant l'identité de son invité.

– Je peux te parler une minute ?

Elle hésita, puis sortit dans le couloir, et ferma la porte de l'appartement derrière elle.

– Qu'est-ce que tu veux ?

– Tout va bien ? s'enquit doucement James. Tu vas bien ?

– Je…

Elle replaça une mèche derrière l'oreille.

– Je suis en train de régler certaines choses avec Nathan.

– T'es encore avec lui ? s'indigna James.

Les yeux de Lily flamboyèrent

– Ça ne te regarde pas. Et j'ai pas vraiment envie d'en parler avec toi.

– Tu m'as dit que tu ne l'aimais pas, dit James d'un ton accusateur.

Elle rougit.

– J'étais bourrée.

– Tu étais franche, contra-t-il.

– J'étais... Écoute, maintenant, ce n'est pas vraiment le moment idéal, comme tu peux t'en douter. Pourquoi es-tu venu ?

James haussa les épaules.

– Tu m'as dit que tu voulais des nouvelles de Marlène.

Elle cligna les yeux.

– Tu aurais pu simplement m'écrire, tu sais, fit-elle remarquer.

– Je sais...

Il se massa nerveusement la nuque.

– Je… j'avais aussi besoin de te voir pour te dire que… Enfin, j'ai réfléchi à ce qui s'est passé la dernière fois, une fois sobre et… tu as peut-être raison, j'ai peut-être un tout petit faible pour toi.

Il essayait d'avoir une voix tranquille, nonchalante, mais ses joues avaient viré au rouge. Lily croisa les bras en geste de défi.

– Eh bien, débarrasses-en toi.

James lui jeta un regard incrédule.

– Ce n'est pas si simple, figures toi, siffla-t-il avec colère.

– Tu n'as pas l'air d'essayer, l'accusa Lily.

– Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda James, l'air confus.

– Tu ne veux pas être amoureux de moi, et je ne veux pas que tu sois amoureux de moi, et pourtant, tu es là, devant moi, à me raconter je ne sais quelle idiotie sur des sentiments que tu aurais pour moi. Je t'en prie.

– Mais…

– On n'a plus aucune raison de se voir, maintenant que Marlène n'est plus là, coupa-t-elle d'une voix sèche. Et je suppose qu'une fois qu'elle ne sera plus en colère, elle m'écrira de nouveau et je ne serai plus obligée de passer par toi pour avoir de ses nouvelles. Honnêtement, Potter, je suis certaine que tu réussiras à te débarrasser de ce « petit faible » en restant loin de moi. Sors avec tes amis, fais toi quelques filles, juste… oublie-moi.

James ne répondit rien, et se contenta de la fixer. Lily se retourna, prête à retourner chez elle, quand la main de James agrippa doucement la sienne pour l'arrêter.

– J'ai essayé, dit-il simplement. J'ai essayé tout ce qu'il y avait à essayer. Sortir avec d'autres filles, voir mes amis, voyager…. À ton avis, pourquoi n'ai-je pas essayé de te contacter tout ce temps ? J'ai vraiment essayé de t'oublier…

– Et ? dit Lily.

Elle retenait son souffle sans s'en rendre compte.

– J'ai échoué.

– Potter…

– Tout cela, tout aurait peut-être pu marcher avant qu'on s'embrasse. Je pense que si j'avais pris mes distances, avec quelques filles, j'aurais pu t'oublier. J'aurais pu oublier cette merde dans laquelle tu m'as plongé. Mais là… Là, je comprends pas grand-chose et je ne contrôle plus rien. Et c'est de ta faute. Je veux que tu prennes tes responsabilités pour ça.

Lily eut un rire incrédule.

– Prendre mes responsabilités pour quoi, exactement ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

James lui jeta un regard ennuyé, comme si elle avait posé une question vraiment stupide.

– Je veux que tu m'aimes, admit-il sans aucune gêne. J'ai étudié la question, j'ai lu plein de livres dessus : lorsque les sentiments ne sont pas réciproques, lorsqu'il n'y a pas d'équilibre, il y en a un qui finit par souffrir, et même parfois par mourir. Regarde Gatsby, Roméo, Mr Rochester, Rosette, Mr Darcy… Je te prêterai les livres, et tu verras que je n'invente rien. Il faut que tu m'aimes. J'ai pas envie de souffrir ou de mourir, alors je veux que tu tombes amoureuse de moi.

Lily cligna des yeux devant le surréalisme de son discours.

– C'est la pire argumentation que j'ai entendue de ma vie, dit-elle lentement.

– Hé, j'ai travaillé dur, se défendit James.

– Et qu'est-ce que je suis censée répondre à ça ?

– « Ah ouais, mais t'as trop raison», ça me semble bien, proposa aimablement James. Ou tu peux juste m'embrasser, ça devrait aller pour officialiser les choses.

Il avança la tête, mais Lily mit ses doigts libres sur ses lèvres et le repoussa.

– Potter, non. Je ne sais pas dans quel monde tu vis, mais dans la vraie vie, les choses ne sont pas si simples.

Il fronça les sourcils.

– Quel est le problème ?

– Pour commencer, s'agaça Lily, je n'ai absolument aucun sentiment pour toi.

James eut un rire dédaigneux.

– Vu la façon dont tu m'as roulé une pelle, j'en doute fortement.

Lily rougit.

– J'étais ivre, se défendit-elle. Et je m'étais auto-ensorcelée. Et j'étais énervée contre Nathan. Tout cela a contribué à me déboussoler.

– Je sais ce que j'ai vu.

Elle soupira, visiblement lasse.

– Crois ce que tu veux.

Elle tenta de récupérer sa main, mais il la serrait fort et il l'attira plus près de lui.

– Je sais ce que j'ai vu, s'agaça-t-il, et tu m'as embrassé avec fougue. Je ne te parles pas du fait que tu aies initié le geste – pour cela, je suis d'accord que tu ne l'aurais pas fait dans ton état normal – mais de quand on s'est embrassé. Tu étais aussi motivée que je l'étais.

– C'est parce que tu embrasses bien, dit-elle en devenant écarlate. Pas parce que j'ai des sentiments pour toi. Potter, je suis désolée de te décevoir, mais… je ne ressens absolument rien pour toi. Je ne t'apprécies même pas.

James sembla de nouveau faire fi de l'absence de sentiments amoureux de la part de Lily.

– Comment peux-tu dire que tu ne m'apprécies pas alors que tu ne me connais pas ?

– On a passé quatre ans ensemble à Poudlard.

– Et il s'est passé six ans depuis, pendant lesquelles j'ai changé. Tu le saurais, si tu essayais de me connaître mieux.

– Je... n'en ai aucune envie, admit Lily avec gêne. Écoute… Il va falloir que tu te fasses à l'idée que je ne ressens rien pour toi, et que ce ne sera pas possible entre nous deux. Je suis désolée de te décevoir, mais je ne ressens rien pour toi.

L'assurance de James sembla enfin craqueler.

– Rien du tout ? demanda-t-il.

– Du tout.

Devant son air profondément déçu, elle ajouta d'une voix douce :

– Je suis désolée.

James semblait à présent abattu. Mais soudain, à sa grande surprise, il sourit.

– Très bien, dit-il.

Lily leva un sourcil.

– Vraiment ?

– Oui. Les choses sont simples : j'ai un petit faible pour toi, tu ne m'aimes pas. J'ai compris.

– Enfin, dit Lily d'un ton soulagé. Merci de laisser tomber.

Elle lui fit un sourire, qu'il ne lui rendit pas. Au contraire, il semblait de nouveau irrité.

– J'ai jamais dit que je laissais tomber, s'indigna-t-il. Je ne peux pas me débarrasser de ce coup de cœur, alors tu vas m'accompagner dans ce périple.

– Qu'est-ce que…

Il lui adressa un grand sourire niais.

– Je vais te séduire. Je vais tout faire pour que tu tombes amoureuse de moi.

Lily le fixa une bonne minute, incrédule. Rien ne lui semblait difficile, insurmontable, impossible.

– Tu es complètement fou, murmura-t-elle enfin. Il n'y a aucune chance que je tombe amoureuse de toi un jour, je te déteste.

– Vraiment ?

Pour la première fois depuis le début de leur conversation, il montra des signes d'inquiétude, et, pour une raison qui lui échapperait même des années plus tard, Lily ne put s'empêcher de rectifier ses dires.

– Non, je ne te déteste pas, murmura-t-elle. Je t'ai détesté, mais ce n'est plus le cas. Plus après ce que tu as fait pour Marlène.

– Alors j'ai encore une chance, dit James, reprenant du même coup du poil de la bête.

Ils se regardèrent. Lily se rendit compte qu'il lui tenait toujours la main, et la récupéra doucement.

– Tu devrais t'en aller, dit-elle à voix basse, sans le quitter des yeux.

– Je reviendrai, dit-il.

– Je t'interdis de revenir ici. Je t'interdis de t'approcher de moi de nouveau.

Il sourit.

– Je ferai en sorte que ce soit toi, qui soit obligée de t'approcher de moi.

La porte s'ouvrit derrière Lily. James fronça les sourcils. Il en avait oublié Smith.

– Qu'est ce qui te prends si long… Potter ? s'étrangla-t-il. Qu'est-ce que tu fais là ?

James fixa quelques secondes Lily, qui lui jetait un regard implorant, avant de répondre.

– Je... suis juste passé dire bonjour à Evans, et lui apporter des nouvelles de McKinnon, mentit-il finalement.

– Il était sur le point de partir, ajouta Lily, l'air soulagée.

James la regarda de nouveau.

– J'étais sur le point de partir, sans aucun doute…

Puis il se tourna vers Smith :

– Vous êtes en train de rompre ? demanda-t-il sans aucune gêne.

– Ça ne te regarde pas, siffla rageusement Smith.

Il s'avança d'un air menaçant vers James, qui ne recula pas d'un pouce. Lily retint son petit ami par le bras.

– Nathan… retournons à l'intérieur. On avait fini de discuter, Potter et moi. Potter, merci d'être passé.

– Mais de rien, Lily, petite fleur, dit James. Ce fut un plaisir. A bientôt.

Il esquissa un geste pour s'en aller. La voix de son rival l'interpella encore plus vite qu'il ne l'avait prévu.

– Depuis quand tu l'appelles Lily, toi ? aboya Smith.

James lui jeta un regard hautain.

– Oh, ça…

Il afficha un sourire machiavélique. Lily lui jeta des avertissements par le biais de regards noirs, que James ignora ostensiblement.

– Depuis qu'on s'est embrassés, dit-il.

Devant l'air ahuri de Smith, il ne put s'empêcher d'ajouter :

– Et c'est arrivé trois fois.


LA RÉVÉLATION DE JAMES sur ses échanges avec Lily lui valut son second œil au beurre noir du mois (bien qu'il tint à préciser à qui veuille l'entendre qu'il avait malgré tout infligé une sacrée raclée à Smith), et il eut sa revanche totale sur le jeune homme le mercredi suivant, soit quatre jours plus tard.

Vêtu d'une robe de sorcière en soie dont la coupe ne laissait aucun doute sur ses origines sociale, il apparut avec un faible 'pop' devant La Bonne Fée et fut, sans surprise, aussitôt interpellée par Lily, qui semblait l'avoir attendu devant la boutique exprès pour avoir l'occasion de lui parler.

– Potter, siffla-t-elle en l'entrainant dans une ruelle en face de la boutique, qu'est-ce que tu fais là, bordel de merde ?

James ne prit pas ombrage de ses manières brutes, et lui jeta un regard hautain.

– J'ai un rendez-vous avec ton patron.

– Je sais, s'impatienta Lily en tapant du pied. Elle m'a dit d'annuler toutes ses réunions de l'après-midi. Qu'est-ce que tu projettes de faire ?

James lui jeta un regard sincèrement surpris.

– Je te l'ai déjà dit, pourtant. Te séduire.

– Tu ne peux pas faire ça ici, s'écria Lily avec colère. Je travaille ici ! Et tu m'as déjà attiré pas mal de problèmes ! A cause de ce que tu as fait samedi dernier, Nathan est allé dire à sa tante que je suis incompétente et elle m'a retiré tous les projets qu'elle m'avait confié. Je ne suis de nouveau qu'une assistante, merci beaucoup !

– C'est un travail tout à fait respectable, dit James d'un ton indifférent.

Elle le saisit par le col de sa robe et le tira vers elle.

– Je suis sur-qualifiée pour ce travail, et c'était ma seule chance de m'en sortir ! Éructa-t-elle. T'as tout gâché ! Mrs Casino me déteste, mes collègues me détestent – ils croient que je suis sortie avec Nathan par intérêt, et qu'il m'a larguée en apprenant la vérité !

James ne put masquer son air enchanté :

– Vous avez rompu ? demanda-t-il joyeusement.

Elle éclata d'un rire sans joie.

– Après ce que tu lui a dit ? Bien sûr, qu'on a rompu !

Le sourire de James s'élargit, mais il ne fit aucune autre commentaire. Il défit sans douceur la poigne de Lily et se redressa.

– Désolé de l'entendre, dit-il, mais Lily voyait qu'il n'avait pas l'air désolé du tout. Maintenant, si tu le permets, je suis attendu et par ta faute je suis en retard. Aurais-tu l'amabilité de faire ton travail, et de me guider jusqu'au bureau de ton employeur ?

.


Hello !

Voilà la fin de ce long chapitre riche en rebondissements. Je ne sais pas vraiment quoi en penser, même si j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire ! Ça fait cinq jours que je le reprend, sans en être totalement satisfaite…. Hmmm…. Qu'en avez-vous pensé ?

Merci de continuer à lire cette fiction !

Je me désespère, car j'avais prévu à la base de fairedes chapitre plus courts de 3000 à 4000 mots, mais je peux pas m'empêcher d'écrire trop, ce qui ne me permet pas de poster aussi réguièrement que je se souhaiterai! Qu'en pensez-vous? Pour ce chapitre 9 par exemple, j'avais hésité à le couper en deux pour poster plus vite, mais ça ne me plaisait pas trop d'avoir deux chapitre avec le PDV de James à la suite.

Merci à Dreams of Dramione ! J'ai jamais autant rougi en lisant une review ! Woaw ! Merci beaucoup, vraiment ! Je suis ravie que ça te plaise ! Du coup, tu m'apprends que les Sirius/ Bellatrix existaient, je ne savais pas ! Je ne sais pas vraiment qu'en penser, ni ça me plairait, mais je lirai probablement un OS pour me faire une idée prochainement ! Merci pour tout en tout cas !

Merci à Barnabe ! Merci beaucoup pour ta review, qui m'a vraiment beaucoup touché ! J'espère du coup que cette suite ne sera pas une déception, hein, parce qu'après une telle review j'avoue que c'est une grande crainte ! Comme je l'ai dit un peu plus tôt, les personnages sont presque tous inspirés de personnes que je connais ou ai connu, du coup c'est peut être pour cela que tu les trouves réaliste ! J'attends tes retours avec impatience en tout cas ! Merci !

Merci à Chevalier du Catogan ! Je suis toujours contente quand je vois que tu as lu l'un de mes chapitres ! Merci de toujours m'encourager, et de me rappeler quand je poste en retard ! Qui sait, peut-être que tu es l'une de mes muses aussi haha, parce que j'ai pas super envie de te décevoir ! Merci en tout cas de continuer à suivre cette histoire !

Merci à Mélane ! Olala, heureusement que tu as été attentive ! En réalité, j'avais écris trois version différente du chapitre précédent, et j'ai recoupé les parties que j'aimais, d'où ce doublon qui m'a échappé ! Merci en tout cas de lire, et j'espère que la suite te plaira autant !

Merci à Sheshe13 ! Qui suit cette histoire depuis le début, et dont les reviews me font toujours sauter de joie ! J'espère que la suite t'a plus, y'a plein de Jily pour le coup haha ^^ ! Et oui, même moi j'avais hâte qu'elle se débarrasse de Nathan ! On en saura plus sur leur rupture au chap précédent ! Merci pour tout !

Merci à Saeh ! qui avait reviewé le chapitre 7 ! J'avais, à ma grande honte, eu une flemme monstre de mettre le chapitre à jour en répondant aux merveilleuses reviews, dont la tienne ! Merci en tout cas de suivre cette histoire, en espérant que la suite ne te décevra pas !

Merci à Malilite ! qui avait reviewé le chapitre 6 ! Mea culpa de ne pas avoir répondu ! Concernant Nathan (je vois que tu fais partie de son fan-club), disons que quand ça en vient au sexe, il est presque trop insistant, et c'est cette indifférence quant aux réticences de Lily que j'ai voulu signalé ! Bien sur que tous les mecs adorent ça haha, mais j'ose espérer que la plupart ne partent pas dans un délire quand ils ne peuvent plus se retenir ! Quant à Dorcas, on a tous une amie comme elle je suppose, adorable, mais qui ne respire que pour son homme ! Son mariage avec Andréa l'a un peu éloignée de Lily et Marlène, même si ces dernières l'adorent, et je pense qu'elles ont perdu le réflexe de se réfugier dans ses bras parce qu'elles savent qu'il y a déjà quelqu'un ! Enfin… Merci en tout cas pour ta review ! J'espère que la suite te plaît !

Voili Voilà ! N'hésitez pas a reviewer ci-dessous !

(Prochain MAJ de PTL ce soir, et prochain chapitre de WP aux alentours du 20 !)