CHAPITRE 13 – La parenthèse inattendue - JAMES


L'ELFE DES POTTER, Betsy, apparut auprès de son maître dans un discret pop, et interrompant James, Elinor et Lily dans leur discussion animée.

– Mr Tom Egret, annonça-t-il humblement. Pour Miss Bell.

Elinor et James échangèrent un regard surpris. Il était rare que Tom vienne chercher Elinor en personne. D'ordinaire, c'était James qui la raccompagnait...

– Dis-lui de nous rejoindre, ordonna-t-il.

L'elfe disparut. Quelques secondes plus tard, un homme d'une cinquantaine d'années apparut sur le seuil de la maison, s'avança à grand pas dans leur direction, puis s'arrêta poliment à quelques mètres du salon de jardin où le trio s'était installé. Il salua Lily et James d'un bref signe de tête, et tourna son regard vers Elinor, qu'il regarda fixement, sans un mot. Cette dernière soupira, l'air résigné.

– Je reviens, annonça-t-elle en se levant.

Tandis qu'elle s'entretenait brièvement en privé avec Tom, James en profita pour s'enquérir de l'état de Lily, qui notait des choses au bout sur un parchemin si long qu'il roulait par terre.

– Tout va bien, Evans ?

Elle acquiesça sans lever la tête. James se renfrogna. Était-elle toujours énervée contre lui ? Le ton strictement professionnel qu'elle avait adopté tout le long de leur réunion ne lui avait pas permis de déterminer si elle lui avait pardonné d'avoir omis de l'informer sur la grossesse d'Elinor... Sa joue le brûlait encore.

Elinor revint vers eux, et annonça sur un ton ennuyé :

– Je suis vraiment désolée, mais je dois y aller. J'ai un imprévu.

James fronça les sourcils.

– Aller où ?

– Mon père rentre ce soir finalement. Je rentre à Shortbourne.

– Je vois…

Il hésita, puis demanda en aparté :

– Tu reviens dormir, n'est-ce pas ?

– Je ne pense pas.

James se renfrogna.

– Pourquoi ?

– La maison à de grandes chances d'être vide, demain matin. Je ferai attention, anticipa-t-elle en le voyant ouvrir la bouche pour protester. Et Tom sera présent.

James jeta un coup d'œil au massif homme immobile, qui attendait patiemment qu'Elinor prenne congé de leur compagnie. Tom avait été le précepteur d'Elinor lorsqu'elle était plus jeune, et était actuellement celui d'Alioth, ainsi que le factotum de Mr Bell. Bien que James ne l'appréciait que très peu, il ne pouvait nier que sa fiancée ne risquait absolument rien tant que l'homme était présent.

– Jacob sera là, ce soir ? s'enquit-il tout de même.

Elinor haussa les épaules.

– Je ne pense pas. Mais c'est une réunion de famille, il est de la famille, donc ce n'est pas impossible.

Son regard fuyant n'échappa pas à James.

– Tu ne peux pas revenir ce soir, et y retourner demain matin ?

– James…

– Je peux venir te chercher, même s'il fait tard. Ça ne me dérange pas. Tu sais quoi ? Je crois que je vais même venir, finalement, à ce dîner. Je…

Elle apposa l'un de ses longs index au milieu du front de James, et lui donna une pichenette.

– James… ça va aller.

Il voulut protester, mais se ravisa en voyant l'air déterminé d'Elinor.

– Quand est-ce que tu reviens ? demanda-t-il sur un ton résigné.

– Demain.

– Matin ?

– Je ne pense pas. Ça va dépendre. Je te tiendrais au courant. Probablement demain soir.

– Quand est-ce que tu reviendras habiter pour de bon ?

Elinor n'avait cessé de faire des allers et retours depuis leur réconciliation, et son immense lit lui paraissait bien froid sans la présence rassurante de la blonde.

– Je te manque ?

– Beaucoup.

Elle afficha un air surpris, puis sourit, visiblement attendrie.

– Bientôt.

Elle se pencha, et l'embrassa sur le coin des lèvres.

– Ne t'inquiète pas, pour Jacob, murmura-t-elle contre sa peau. Ni pour moi, d'ailleurs. Je ne vais rien tenter de stupide.

– Et si tu as le moindre problème….

– Je t'appelle. Promis.

Elle se tourna vers Lily, qui semblait perdue dans ses pensées, le regard fixé sur une espèce de pommier géant au feuilles blanches planté au milieu du parc. La wedding-planner tourna la tête en sentant le regard d'Elinor, et se redressa. Cette dernière s'adressa à elle sur un ton solennel :

– Miss Evans, ce fut un plaisir de faire votre connaissance. J'espère que vous serez une collaboratrice à la hauteur de mes espérances et des éloges de James.

Son ton semblait clairement vouloir dire « ou sinon… ».

– Vous pouvez compter sur moi, assura Lily.

James se leva, mais Elinor posa une main sur son épaule.

– Ne me raccompagnes pas, je pense que Miss Evans doit avoir d'autres questions à te poser.

Miss Evans n'avait aucune autre question, mais le regard intimidant d'Elinor la dissuada de démentir ses propos. Elle resta donc sagement assise.

Elinor se pencha, baisa la joue de James, adressa un petit sourire à Lily, puis se dirigea vers la maison, flanquée de Tom. Comme à chaque fois qu'il les voyait ensemble, James ne pouvait s'empêcher de se demander s'il s'était déjà passé quelque chose de romantique entre eux, malgré leurs vingt ans de différence d'âge. Son instinct lui disait que s'ils mettaient autant de prudence dans leurs manières lorsqu'ils se trouvaient près l'un de l'autre, c'était parce qu'il y avait quelque chose de plus, que ce n'était pas uniquement dû à la pudeur inspirée par leur position sociale respective.

Tom et Ellie semblaient mettre un soin tout particulier à ne jamais se toucher, ne jamais se regarder dans les yeux, ne se parlaient qu'en cas de nécessité, ce que James trouvait bien étrange pour des personnes se connaissant depuis toujours. En outre, Elinor n'était pas si réservée avec le reste du personnel. Elle se montrait, par exemple, beaucoup plus familière avec leur jardinier qui avait pourtant à peu près le même âge que Tom… C'était définitivement étrange, mais lorsque James l'avait un jour questionnée à ce sujet, la jeune femme avait élégamment, mais fermement, changé de sujet.

Il resta perdu dans ses pensées pendant un long moment, avant de se souvenir qu'il ne se trouvait pas seul. Ou plutôt, qu'il se trouvait seul avec Lily. Il se frotta les mains intérieurement, et lui adressa son sourire le plus avenant.

– Alors… tu as des questions, Miss Evans ? Des remarques? Des suggestions?

N'importe quoi du moment que tu me parles.

Lily finit de relire ses notes, avant de lever la tête. Son visage ne trahissait aucune émotion.

– Aucune, pour le moment, si ce n'est que je me demande encore si cette opportunité est un cadeau empoisonné ou non.

James fronça les sourcils.

– Pourquoi ça ?

Elle resta silencieuse une bonne minute, comme en proie à une intense réflexion, puis lui jeta un regard inquiet.

– Hum…. Je suis pas certaine que les trois dernières heures se soient passées. Tout parait tellement surréaliste... Est-ce que je… hum, je viens vraiment d'accepter de mettre en place des statues de glaces dansant la macaréna pour le mariage? Et des dragons ? Et des arcs-en-ciel ? Et un ballet de sirènes ? Je me suis entendue accepter, mais j'espère vraiment être en train de rêver.

James adopta un ton qui se voulait rassurant.

– Tu vas y arriver, ne t'inquiète pas. Je ne doute pas que tu y parviendras.

– Je ne suis pas aussi douée que tu le pense, marmonna-t-elle. Je ne sais pas si j'y arriverai.

– Je pense que tu l'es, au contraire. Tu es brillante. Tu es passionnée. Tu es douée pour les enchantements. Tu verras, aies un peu plus confiance en toi.

Elle soupira, et rassembla ses papiers, l'air un peu moins défaitiste.

– Tu as raison. Je n'ai pas vraiment le choix, de toute manière.

– Elinor est exigeante, mais juste, amenda James. Elle a promis de te laisser ta chance. Si tu l'épates, je ne pense pas qu'elle te mettra des bâtons dans les roues. Et puis, si ça peut te rassurer, je suis là.

– Je sais que ça va être difficile, et je ne compte pas venir me plaindre à chaque fois. Même si je n'arrive toujours pas à croire qu'elle ait exigé une statue de glace dansant la macaréna en plein été. Et des dragons.

– Et un ballet de sirènes.

Elle lui jeta un regard torve. Il eut un petit sourire narquois.

– Hey! T'as pourtant dit que ce n'était pas un problème.

– Je n'allais sûrement pas perdre la face devant elle. Mais ça encore, ça va. C'est plus les diamants flottant dans l'air qu'elle m'a réclamée qui m'inquiètent.

Elle rangea les documents dans son cartable, puis se leva et s'étira longuement afin de chasser trois heures de courbatures, faisant involontairement ressortir sa poitrine. James n'en rata évidemment pas une miette, mais détourna le regard au moment où elle baissait les bras. Il n'avait pas envie de se prendre un troisième coup. Lily jeta un coup d'œil à sa montre.

– Je devrais rentrer, dit-elle en retenant un bâillement.

– Quoi ? Mais pourquoi ?

Lui qui pensait avoir du temps devant lui. Du temps avec elle. Mais le fait qu'elle n'ait pas de questions contrecarrait ses plans.

– J'ai du boulot, et je ferai mieux de m'y mettre tout de suite si je veux avoir fini la maquette pour la semaine prochaine.

Ils prirent en silence la direction de la maison. James réfléchissait rapidement à une raison quelconque pour la faire rester.

– Et sinon, Evans ? demanda-t-il pour gagner du temps. Qu'est-ce que tu penses de ma chère et tendre ?

Lily haussa les épaules.

– Elle est très jolie.

– Mais encore ?

Lily resta songeuse quelques instants.

– Honnêtement ? demanda-t-elle

– J'espère que tu me répondras toujours avec honnêteté, répliqua James d'un ton inhabituellement grave.

Elle lui jeta un regard surpris, avant de passer la main dans les cheveux. Nerveusement.

– Eh bien... Disons que ce n'est pas la personne la plus gentille du monde, mais elle est paradoxalement attendrissante.

– C'est vrai, dit James après un instant de méditation.

Ils atteignirent la maison.

– Et... Elle m'a donné l'impression d'avoir une vie plus compliquée qu'il n'en parait.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– Je me suis renseignée sur elle avant de venir et elle m'a donné l'impression d'être Miss Parfaite. Mais finalement... C'est clairement une fille plus complexe qu'on pourrait le croire.

– De quoi avez-vous parlé, quand vous vous êtes retrouvées seules ?

Lily secoua la tête.

– Ça ne te concerne pas, c'était une discussion entre femmes.

– Quoi ? Mais…

– En tout cas, coupa Lily d'une voix forte pour changer de sujet, elle sait ce qu'elle veut. J'ai jamais eu une cliente aussi exigeante.

– Effrayée ?

Elle leva un sourcil, une lueur de défi dans les yeux.

Excitée. J'ai hâte de lui prouver ce dont je suis capable.

– Je sais que je ne regretterai pas de t'avoir embauchée...

– Non, tu ne le regretteras pas.

Ils pénétrèrent dans le hall d'entrée, et elle se dirigea vers la cheminée, sa main farfouillant déjà son sac à la recherche de la poudre de cheminette.

Réflechis, James, réfléchis. Réfléchis vite. Parle.

– Hey…Evans ?

Elle s'arrêta et se retourna. Il se passa la main dans les cheveux. Purée, son tic nerveux revenait à la charge.

– Tu pourrais rester manger. Avec moi.

Lily pinça les lèvres.

– Tous seuls ?

Il hocha la tête. Elle secoua la sienne.

– Je préfère rentrer. Il fait tard, en plus.

– Mais personne ne t'attends chez toi ! s 'exclama-t-il. Tu vas retrouver un maison vide. Reste avec moi.

Lily croisa les bras.

Sympa, Potter.

– Mais c'est vrai ! renchérit-il. Marlène n'est plus là.

– Grâce à toi.

– Tu n'as plus de petit ami...

– Grâce à toi aussi. Hey... Tu sembles prendre un malin plaisir à détruire ma vie sociale.

James émit un petit rire incrédule.

Quoi, tu vas me dire que tu m'en veux toujours d'avoir craché le morceau à Smith ?

Lily lui donna une tape à l'arrière de la tête.

Ouch ! Ça fait mal, protesta-t-il.

– J'espère bien ! siffla-t-elle. Je suis furieuse ! Ça ne fait qu'une semaine que l'on est séparés, Nathan et moi.

– Grâce à moi, dit-il sur un ton fier.

À cause de toi.

– Tu n'as pas l'air d'avoir le cœur brisé, fit remarquer James. Je suis sûr que tu n'as même pas pleuré.

Elle s'interrompit, et son visage s'assombrit.

– Ce n'est pas la question. Ce n'était pas à toi de décider la fin de notre relation. Et non, je n'ai pas pleuré, je ne déprime pas au fond de mon lit, mais il n'empêche que je suis triste.

– Pourquoi ?

– C'est jamais agréable de voir la fin d'une relation. Je... Bien sûr, je suis soulagée que ce soit fini, mais… C'est dur de se réhabituer à ne plus avoir quelqu'un qui pense à soi tout le temps. De ne plus recevoir de messages, de…

Elle poussa un soupir.

– C'est dur de ne pas se sentir seule.

James résista à l'envie de lui dire que lui pensait a elle tout le temps. Quelque chose lui disait que cela ne la consolerait pas vraiment. Psychopathe.

– D'où le fait que je veux que tu me tiennes compagnie ce soir, reprit-il sur un ton léger. Elinor est partie, mes parents sont à Bath... J'aime pas manger tout seul.

– Pourquoi t'appelles pas Black et compagnie ?

Il haussa les épaules.

– Euh... parce qu'ils ne sont pas libres, ce soir.

Elle sembla comprendre qu'il mentait, mais décida de ne pas en avoir la confirmation.

– Allez, Evans, je suis un pauvre bougre abandonné de tous. Aie pitié de mon infortune.

– Je suis donc un bouche-trou, dit-elle sur un ton sarcastique.

– Exactement. Faute de mieux, je me contenterai de ta présence.

Elle roula des yeux.

– Et qu'y a-t-il au menu ?

– Qu'est-ce qui te donne envie ? Je pense pouvoir te faire ce que tu veux.

Lily le regarda, surprise. James lui jeta un regard nerveux.

– Quoi ?

– James Potter sait cuisiner?

Il roula des yeux, comme si c'était la chose la plus insensée qu'il n'a

– Non, mais mon elfe de maison, oui. Au risque de te chagriner, c'est l'un des rares domaines où je suis pas bon du tout.

– Tu dois bien avoir d'autres défauts.

– Bien sûr que non! A part ça, je sais tout faire. Coudre, balayer, faire les courses.

Lily sourit.

– T'es bonne à marier en fait.

– Hé oui, Madame. Alors?

Elle hésita, pesant le pour et le contre.

– Je sais pas, Potter. Je crois qu'il vaut mieux qu'on s'en tienne à des relations strictement professionnelles. Je suis officiellement ton employée, à présent.

– OK. Alors ton boss t'ordonne de rester dîner avec lui.

– Ton employée, pas ton esclave, idiot.

– OK. Laisse-moi reformuler ma question, et te proposer un dîner professionnel ? On parlera de ces machins, là, dont tu as dit qu'il faut s'occuper vite sinon les gens ne vont pas venir.

– Les faire-parts.

– Oui. Et puis comme ça, je te ferai aussi faire le tour de la maison. Et on mangera vraiment ce que tu veux.

Elle eut une petite moue avec la bouche qu'il trouva adorable, avant de capituler.

– D'accord.


LE MANOIR DES POTTER était construit sur cinq niveaux, et comportait plus de pièces que de raison. Tandis que James la traînait d'une pièce à l'autre, Lily se demandait comment une petite famille de trois personnes seulement pouvait vivre dans un si grand espace. La maison de ses propres parents aurait pu tenir six fois dans la bâtisse, et ce, en comptant le jardin !

Tout était en belle pierre, en marbre, et bois noble et en argent, dorures d'or et tapis persans. Le cœur du rez-de-chaussée était sans conteste le gigantesque hall par la cheminée de laquelle elle était arrivée quelques heures plus tôt, et qui desservait le salon principal, la salle de réception, la salle à manger et la bibliothèque principale, si garnie que Lily crut qu'elle allait s'évanouir de bonheur. Un escalier menait aux cuisines et au dortoir des Elfes de Maison au sous-sol, où Betsy prit commande de leur dîner. De retour dans le hall, qui servait encore parfois de salle de bal, un imposant escalier de marbre, dont les marches s'activaient comme un escalier mécanique moldu, menait au palier du premier étage, par lequel on accédait à pas moins de quatre grandes chambres, chacune dotée de sa salle de bains, ainsi qu'à un salon de taille plus modeste qui offrait une belle vue sur le parc. Au second étage, on trouvait six nouvelles grandes chambres, dont celle de James, bien plus sobre que ce que Lily avait imaginé. Lorsqu'elle s'étonna de ne voir aucun article évoquant le Quidditch, il afficha aussitôt une moue boudeuse et lui expliqua qu'Elinor appréciait très peu les affiches suggestives de sa joueuse préférée

Lily ne put s'empêcher de pouffer de rire lorsqu'il lui montra l'autel secret qu'il avait installé dans son placard.

Au dernier étage, on trouvait une pièce vide, deux bureaux, et un atelier offrant une vue dégagée sur les environs et qui laissa Lily bouche bée pour la seconde fois. Elle eut une vision large des extérieurs très fleuris, et réalisa que la maison était entourée d'une dense forêt, elle-même surplombée par de hautes montagnes. Le cœur battant, elle resta de longues minutes à observer la splendide vue, avant de se tourner vers James, qui jouait avec un chaton.

– Exactement à quel point es-tu riche ? finit-elle par demander d'une voix laissant percevoir son incrédulité.

James haussa les épaules.

– Assez pour ne pas avoir à me poser la question. Et puis techniquement, je ne le suis pas, ce sont mes parents qui le sont.

– Quand bien même, ils ne te privent de rien, que je sache. Et tout ça va t'appartenir un jour…

Lily sursauta en sentant soudain une caresse au niveau de ses chevilles. Elle baissa les yeux, et admira le magnifique chat gris qui se faufilait à présent entre ses jambes et frottait sa tête sur son pantalon. Elle s'accroupit pour prendre l'animal dans ses bras, mais celui-ci s'enfuit agilement et se réfugia dans ceux de James.

– Elle n'a pas l'air de m'aimer, comment Lily.

James s'indigna intérieurement. Son chat était un mâle, un vrai, un tatoué.

Même s'il s'appelait Camomille.

Il est réservé, corrigea-t-il.

Elle sourit, puis continua son exploration, cette fois de la pièce, remplie de statues et de poteries de toutes tailles. Elle passa un doigt sur une sculpture en pierre en cours de réalisation.

– Ma mère, dit-il lorsqu'elle lui jeta un regard interrogatif.

Lily hocha la tête, et son regard se posa avec curiosité sur les petits objets qui composaient la pièce, avant de se reporter sur la belle vue.

– Tu as une très belle maison, commenta-t-elle.

Son ton ne laissait trahir aucune émotion. James haussa de nouveau les épaules.

– Un peu trop grande, à mon goût. Surtout lorsque mes parents ne sont pas là.

Elle resta silencieuse, toujours admirative devant la vue. James la rejoignit.

– Tu aurais dû commencer par là, si tu voulais tant me séduire, plaisanta-t-elle.

– Vraiment ?

Il tentait de garder un ton léger, mais Lily avait remarqué que ses sourcils s'étaient légèrement rapprochés l'un de l'autre.

– Je plaisante, clarifia-t-elle. A vrai dire, je suis même plutôt impressionnée que tu n'ai jamais mis ta fortune en avant.

– Bah oui, je ne suis pas Smith. Et quelque chose me disait que ce n'était pas ce qu'il fallait faire pour te séduire.

Lily roula des yeux. James redouta un instant de l'avoir irrité, mais elle semblait à peine ennuyée.

– Et si on se mettait d'accord pour ne pas parler de mon ex ?

– D'accord…

Un petit silence s'installa.

– Tu me fais visiter le jardin ? demanda finalement Lily.

– Oui, bien sûr.

Ils redescendirent les trois étages en prenant leur temps. Lily s'arrêtait en effet régulièrement pour admirer sculptures, peintures et chandeliers qui décoraient cet espace. James marchait derrière elle, mais, pour une fois, son regard n'était pas rivé sur le postérieur de la jeune femme.

Une partie de lui regrettait de lui avoir fait visiter la maison. Elle semblait si impressionnée… Avec Emily, ça avait commencé de la même manière. Et si… ? Non, non. Il ne devait pas la comparer à Emily. Les deux femmes ne pouvaient pas être plus différentes… Lily plaisantait.

Ils traversèrent de nouveau le hall, et sortirent dans le parc.

En plus du salon d'extérieur, les extérieurs comprenaient une serre, un belvédère perché au sommet d'une petite butte et un petit terrain de sport. Mais l'élément qui laissa Lily sans voix était le gigantesque arbre qu'elle avait aperçu au loin. Elle réalisa que celui-ci se trouvait au milieu d'un lac sombre, teinté dans des gammes orangées par le soleil couchant. Son large tronc était accessible par un petit pont en bois qui rejoignait la berge, suspendu comme par magie au-dessus de l'eau. Ce qui était probablement le cas, se dit Lily en le traversant. De près, l'arbre n'en était pas moins magnifique. Elle se demanda qu'elle espèce cela pouvait être. L'arbre ressemblait à un pommier, mais un pommier de cette taille, et aux feuillage de cette couleur, elle n'en avait jamais vu.

Elle grimpa sur les racines pour l'observer de plus près.

– C'est vraiment magnifique, murmura-t-elle en touchant l'écorce. On se sent tout petit, à côté. Il me rappelle l'arbre de la maison de mes parents… il n'était pas aussi grand, bien entendu, mais j'adorais monter dessus. Avec ma sœur, on avait construit une cabane…

Sa voix s'éteignit. James pointa la cime des arbres.

– Regarde.

Elle plissa les yeux, et distingua à travers le feuillage d'un blanc immaculé une cabane en bois.

– Woaw, commenta-t-elle d'un air approbateur. Potter, tu m'impressionne.

Il sourit avec fierté, comme un écolier qu'on a complimenté sur son dessin, et elle ne put s'empêcher d'en être amusée.

– On continue?

– Après vous, Madame.

Ils empruntèrent le pont en sens inverse, regagnèrent la terre ferme, et continuèrent l'exploration du parc.

Il y avait un silence entre eux, mais un silence qu'il trouvait agréable. C'était comme s'ils n'avaient pas besoin de parler, de combler ce vide. James ne pouvait s'empêcher de fréquemment lui jeter des coups d'œil, ce qu'elle feignit de ne pas remarquer. Il réalisa qu'il aimait vraiment se trouver près d'elle, qu'il aurait pu marcher longtemps ainsi, à ses côtés, à décrire un cercle infini autour du lac.

Leurs mains se touchèrent par accident, et ils échangèrent des excuses, avant de retomber dans le silence.

La main de James semblait le brûler là où ils s'étaient touchés, et son rythme cardiaque s'accéléra un peu. Il détestait se sentir ainsi, si fébrile, si avide du moindre contact, et paradoxalement mourrait d'envie de lui prendre la main, seulement lui prendre la main, de la saisir dans la sienne et de ne plus la lâcher. Si seulement, si seulement elle le laissait s'approcher d'elle. Si seulement elle pouvait baisser la garde, juste un instant, le temps de voir qu'il n'était pas qu'un idiot… Lui donner une chance. Les filles se jetaient sous ses pieds, sauf celle qu'il voulait vraiment, qui, au contraire, fuyait dans la direction inverse. Que n'aurait-il pas donné pour qu'elle dirige vers lui l'admiration qu'elle avait pour sa maison ! Pour qu'elle le regarde autrement, autrement qu'avec de l'agacement, de l'exaspération, ou de l'indifférence. Elle semblait capable de voir le bien chez tout le monde, sauf chez lui. Elle était exceptionnellement dure avec lui, quand elle était encore capable de parler avec douceur d'un idiot comme Smith… De sortir avec un idiot comme Smith. James se sentait si jaloux de son rival.

Qu'avait donc le bellâtre, que lui n'avait pas ?

Lily ôta soudain les baguettes qui retenaient ses cheveux en un chignon compliqué, et ceux-ci se déployèrent comme une cascade de feu sur ses épaules, diffusant dans l'air une odeur boisée. Le plus discrètement possible, il ne put s'empêcher d'inspirer un grand bol d'air. L'odeur était enivrante. Son cœur accéléra la cadence de ses battements.

Elle était tellement belle. Il soupira intérieurement.

– Hey, Evans, dit-il soudain.

– Oui ?

– Je peux te poser une question, par rapport à Smith ?

Elle afficha un air agacé.

– Vas-y.

– Je ne comprends toujours pas ce que tu lui aie donné une chance à lui, et pas à moi. Je veux dire, objectivement… y'a quand même pas photo, entre nous deux.

Lily se retourna et le toisa pendant plusieurs secondes.

– T'es vraiment persuadé d'être meilleur que lui, n'est-ce pas ? répliqua-t-elle avec dédain.

– Au moins, je ne t'ai jamais fait pleurer, se défendit James, piqué qu'elle puisse le comparer à Smith.

– Je n'en serai pas si sûr, à ta place.

James fronça les sourcils.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– Rien. Oublie.

James lui prit le bras et la força à lui faire face.

– Qu'est-ce que tu veux dire ? répéta-t-il.

– Tu t'es déjà excusé, de toute manière ? À quoi bon revenir dessus ?

– J'aimerai m'excuser en sachant ce que j'ai fait exactement, Evans.

Elle secoua la tête.

– Ça n'a aucune importance, aujourd'hui.

– Evans…

Il soupira.

– J'ai vraiment envie qu'on reparte sur de bonnes bases, toi et moi. T'as bien du remarquer mes efforts. Je sais que j'ai merdé avec toi, et j'aimerai juste que tu me donnes l'occasion de m'excuser.

Elle détourna le regard.

– C'est du passé, Potter, dit-elle d'une voix impassible. Laisse tomber.

– C'est du passé qui t'as pesé longtemps. Depuis que l'on s'est rencontré dans ce bar, tu es froide, distante et parfois même carrément méchante avec moi. Et je sais que j'ai fait quelque chose pour mériter ça. Je sais que tu n'es pas comme ça, d'habitude. Quand Marlène me parle de toi, elle me parle d'une fille déterminée, chaleureuse et à l'écoute. Quand Doc me parle de toi, il me parle d'une fille vive, gaie, drôle. Et quand Dorcas me parle de toi, elle me parle d'une fille douce, sensible et avenante. Tu n'es rien de tout ça, quand je suis dans les parages. Alors, quoi que j'ai fait pour que tu aie autant de rancœur, j'aimerais vraiment que tu me le dises.

Lily le regarda droit dans les yeux, mais garda obstinément le silence.

– S'il te plaît, insista James.

Les joues de la rousse se colorèrent légèrement. Le jeune homme soupira, et au moment où il s'apprêtait à se faire à l'idée qu'il n'aurait jamais de réponse, elle lui en apporta une.

– Tu m'as brisé le cœur, dit-elle simplement.

James leva les deux sourcils.

Il s'était attendu à tout, sauf à cela.

– …Hein ? parvint-il à dire, abasourdi.

Ses oreilles devaient lui jouer des tours…

– J'étais amoureuse de toi, murmura-t-elle.

Apparemment, non.

– A… à Poudlard ? bafouilla-t-il.

– Oui, où d'autre ? répliqua-t-elle sèchement.

– Je ne savais pas…

Elle eut un rire amer.

– Tu savais à peine qui j'étais, pour commencer. Alors que moi, j'étais complètement folle de toi. J'étais une fille parmi d'autres, et comme toutes, je m'étais fait voler mon cœur par le célèbre James Potter. Je rougissais quand tu me parlais, j'en perdais l'usage de la parole. Pendant quatre ans, je devenais idiote dès que tu étais dans les parages. Et un jour, ça a été la goutte d'eau qui fait débordé le vase, et je l'ai repris.

– Repris quoi ?

– Mon cœur.

– Comment ça ?

Elle marqua une hésitation.

– Tu te souviens de ce jour, vers la fin de l'année de ta septième année, ou toi et plusieurs de tes amis se sont réveillés de la soirée de Barnaby couverts de tentacules, et que personne n'a jamais compris ce qui s'était passé ?

– Oui, dit James avec méfiance.

Il avait déjà eu plusieurs lendemain de soirée curieux, mais celui-ci faisait indéniablement parti des plus étranges. James avait d'ailleurs été le plus sévèrement touché par le maléfice, dont ils n'avaient jamais su l'identité de l'auteur, et s'était promis de lui faire passer un sale quart d'heure si jamais il le retrouvait.

– C'était moi, dit simplement Lily.

Il en resta bouche bée plusieurs secondes.

Quoi ? Mais pourquoi ?

Elle soupira.

– J'étais furieuse.

– Pourquoi ?

– Tu te souviens qui est-ce que tu avais invité à cette soirée ?

Il secoua la tête. Elle le fixa sans un mot. Il comprit.

Toi ?

– Hé oui…

La vieille photo qu'il avait retrouvé dans ses affaires lui revint à l'esprit. La Lily d'alors n'était définitivement pas son type. Rien à voir avec la beauté qu'il avait sous les yeux. Cela faisait bien des années que cette soirée avait eu lieue… Il lui semblait invraisemblable de l'avoir invitée… Qu'est-ce qui pouvait bien l'avoir pris ?

– Je ne me souviens pas grand-chose de cette soirée, admit-il en se passant une main dans les cheveux

– Vu tout ce que tu avais bu, ça ne m'étonnes pas.

Elle marqua une pause. James se rendit compte qu'il lui tenait toujours le bras, et la relâcha. Il scruta le visage de Lily avec appréhension, mais, à sa propre surprise, elle ne paraissait pas en colère. Juste… ennuyée ? Il ne savait pas trop. Elle le regardait également, mais sans animosité aucune.

– Qu'est ce que j'ai fait ? demanda-t-il, sans parvenir à déterminer s'il souhaitait réellement entendre la réponse.

Ils se remirent en marche.

– Tu m'avais invitée à la fête, et je n'avais pas compris pourquoi tu t'intéressais soudain à moi, mais j'étais juste… heureuse de passer du temps avec toi. Et puis pour une fois qu'il m'arrivait un truc sympa à moi. Même Marlène n'avait pas été invitée... On a pris un passage secret, et on s'est retrouvés chez Barnaby à Pré-au-Lard. Et là, tu as rejoins tes amis, tu m'as laissée en plan et tu as disparu pendant trois heures.

– Et… c'est pour ça que tu m'en veux ?

– Non, non. J'étais énervée, mais j'ai retrouvé des camarades de mon âge, dont Aurore Week, qui était à Poufsouffle. Je suppose que tu te souviens d'elle ? Certains de tes amis la surnommaient la Grosse Horreur, ou la Grosse Erreur, lorsqu'ils étaient en forme, et je me souviens que ça te faisait rire.

– Err…

Il eut la décence de paraître gêné.

– Quoi qu'il en soit, quand tu es revenu, tu étais tellement ivre que tu m'as vomi sur les chaussures. J'ai dû te ramener à Poudlard toute seule et en te traînant à moitié, parce que tu t'es endormi en chemin.

– Ah. Désolé, Evans, je ne me souviens même pas de ça…

Il passa nerveusement la main dans les cheveux.

– C'est pour ça que tu m'en veux ?

– Non. Non, à ce stade, j'étais seulement déçue par ce que je croyais être un rencard.

Elle pinça ses lèvres.

– Sur le chemin du retour… quand je t'ai demandé pourquoi tu m'avais abandonnée aussi longtemps, tu m'as avoué avoir été occupé avec Caitleen, la sœur de Barnaby. Je n'avais pas besoin d'un dessin pour comprendre ce que ça impliquait, mais tu as insisté pour me donner tous les détails. Tous sans exception. Et apparemment, elle n'était pas farouche. Mes oreilles en sifflent encore.

– Ah.

Sa gêne et son malaise s'accentuèrent. Il commençait à regretter d'avoir tant insisté pour des explications.

Ils étaient arrivés à hauteur d'une balançoire, près d'un petit terrain surplombé de part et d'autre par six anneaux servant au Quidditch, et Lily prit place sur le siège.

– Désolé. Et… c'est pour ça que tu m'en veux?

– Non.

– Il y a pire ?

– Oh, oui...

Lily baissa les yeux.

– J'étais tellement déçue et blessée, par ce que tu m'as dit, que je t'ai demandé pourquoi tu m'avais invité, si c'était pour me laisser en plan pour une autre fille. Et tu sais ce que tu m'as dit ?

James secoua la tête, tendu.

– Tu m'as dit que c'était parce que tu avais fait un pari avec tes amis, sur qui ramènerait la fille la plus grosse, mais que tu n'as pas gagné. C'était celui qui avait invité Aurore qui avait gagné. Et tu m'as aussi dit que non, tu n'étais pas intéressé par les grosses. Et encore moins par les très grosses. Même si je n'étais pas la plus grosse vu que tu n'as pas gagné, et que tu étais dégoûté d'avoir perdu je ne sais plus combien de gallions, et que les nichons de Marlène te manquaient, et que tu savais plus où tu avais posé ta bouteille de Firewhisky. Je sais que tu étais bourré, mais… ça a longtemps été la pire soirée de la vie.

James en resta bouche bée.

– Euh… C'est pour ça, que j'étais en colère contre toi, précisa-t-elle à toute fins utiles, comme il ne répondait pas.

James resta pensif un long moment. Jamais il ne s'était senti aussi honteux de ses actions.

– J'étais… pas très gentil, à l'époque.

– Tu étais adorable avec ceux que tu aimais, et indifférent voire cruel avec tous les autres.

Son cœur se serra. Cruel! Oui... il supposait qu'on pouvait dire que ce qu'il considérait comme de légères blagues sans conséquences, avaient parfois étaient vécus comme de la cruauté.

– Ce n'est pas agréable, de ne pas pouvoir être fier de son passé.

C'était même une chose bien difficile d'assumer le James qu'il avait longtemps été. Égoïste, narcissique, cruel, dénoué de toute sincère empathie pour les autres. Et dire qu'à l'époque, il se pensait presque parfait. Mais pourquoi aurait-il pensé autrement? Ses parents l'adulaient, ses amis l'adoraient, ses copines l'idolâtraient. Seuls ses ennemis lui disaient des choses désagréables, et leurs attaques avaient toujours glissé sur lui comme une goutte de sueur sur un front dans le désert. A la réflexion, ce n'étaient pas seulement les commentaires de ses ennemis qu'il rejetait, mais tous les commentaires négatifs en général. Il avait longtemps été incapable de se remettre en question, longtemps été incapable de se soucier de la portée de ses actes. Longtemps été incapable d'admettre qu'il avait blessé beaucoup de personnes.

Et c'était dur, car cette réalisation contredisait la vision fantastique qu'il avait de lui-même. C'était dur d'admettre cela. C'était humiliant, sa conscience le torturait, le dégrisait, le refroidissait, le désillusionnait sur lui-même.

– Hey...

Lily lui donna un coup d'épaule pour le sortir de ses pensées.

– Ce qui importe, c'est que tu ne sois plus la même personne.

– Je suppose…

Il soupira.

– Je suis vraiment désolé. Pour tout.

Lily se leva. Ils longèrent en silence le terrain, puis remontèrent une petite butte au sommet duquel était perché un belvédère. De l'autre côté de la butte, se trouvait un petit lac dont la surface reflétait la voûte céleste.

– Donc, reprit James sur un ton léger afin de briser le malaise s'étant installé. Je te dois un premier rendez-vous ? Je serai absolument ravi de t'obliger, tu sais….

– Non merci, répliqua Lily avec un sourire narquois. En revanche, une paire de chaussure et une robe, oui. D'ailleurs, espèce de pervers, comment t'as su, pour mes mensurations ?

Elle aussi essayait de toute évidence de réintroduire de la légèreté entre eux, et James se laissa emporter.

– J'ai des yeux, c'est fait pour voir.

– Tu as aussi été doté de paupières, tu sais.

– Oui, et alors ?

– Utilises-les.

James sourit faiblement. Ils marchèrent de nouveau en silence, redescendirent lentement la petite butte. James arborait toujours son air torturé, aussi Lily lui donna un léger coup de bassin pour le tirer de ses pensées. Il ouvrit de grand yeux, amusé, et la poussa son tour. Elle voulut le bousculer de nouveau, mais il se tenait prêt, l'esquiva avec aisance, et se mit à dévaler la pente en courant. Lily ôta ses chaussures et se mit à courir à toute vitesse derrière lui. Ses cheveux flottaient au vent, qui transportait son rire bon enfant. Ce qui avait commencé comme un jeu de chat et de souris se transforma en course, et ils coururent comme des enfants en poussant des cris.

James fut bientôt à bout de souffle, mais Lily, qui courait tous les matins, avait de l'endurance, et le rattrapa sans mal à hauteur de l'arbre géant.

Elle toucha l'arbre avant lui, mais, longtemps après, se demandait encore s'il l'avait laissée gagner.

Ils rirent de bon cœur pendant un bon moment.

– Hey, dit soudain James. Tu veux voir un dernier endroit ? C'est mon endroit préféré de tous les endroits préférés, surtout la nuit.

– Je te suis.

– Ferme les yeux.

Il agita sa baguette, et l'un des longs branchages s'anima soudain comme une liane, descendit vers eux, s'enroula autour de la jeune femme, qui poussa un cri de surprise, et se redressa pour la déposer sur une branche plus épaisse. Une seconde branche le saisit et le déposa également sur l'arbre.

James s'installa confortablement le dos contre le tronc, et Lily, plus à l'aise qu'il ne l'aurait cru, prit place en face de lui, genou contre genou. Le feuillage était si touffu qu'ils se trouvaient dans une semi-pénombre, mais James n'avait pas besoin de la voir. Il savait parfaitement comment était son nez, comment brillaient ses yeux, comment bougeaient ses lèvres. Passer des heures à regarder la photo qu'il avait "emprunté" à Marlène lui avait fait graver chaque détail de son visage dans la tête.

Purée, il devenait un vrai psychopathe.

Mais elle était si belle….

Il la sentait bouger, et se pencher pour observer la le ciel non pas à travers les feuilles, mais en regardant le lac paisible qui agissait comme un miroir. Depuis cette vue, les étoiles semblaient être des millions de petits diamants ornant un coussin de velours bleu nuit. Il adorait cette vue, et savait qu'elle adorerait également. Pendant de longues minutes, elle ne quitta pas le lac des yeux, et il ne la quitta pas elle du regard.

Elle était juste... tellement jolie. Il anticipait chacun de ses mouvements. C'était comme si chaque parcelle de son corps était alerte, concentré sur elle. Il crut à un moment qu'elle allait tomber et avança le bras, prêt à la rattraper, laissant tomber sa baguette qui se coinça dans les racines de l'arbre, mais elle se redressa agilement et il sentit plus qu'il ne vit son regard de défi.

– Je t'ai pourtant dit que j'avais l'habitude de monter aux arbres.

– Désolé... j'ai cru que t'allait tomber.

– Comment on fait pour redescendre, gros malin? Ma baguette est dans mon sac.

– T'inquiète, je vais trouver une solution.

Il fouilla dans ses poches. Ses doigts rencontrèrent des bonbons, des morceaux de parchemin, son miroir, ainsi qu'un briquet Dupont, qu'il alluma.

Lorsqu'il baissa la main, le briquet se mit à flotter à mi-hauteur. La flamme dansa entre eux, révélant le regard surpris de Lily.

– T'es sûr que c'est prudent ? On est sur un arbre. En bois. Avec des feuilles qui peuvent brûler.

– Ne t'inquiète pas, ce feu ne brûle pas.

Elle passa rapidement un doigt à travers la flamme.

– C'est froid, constata-t-elle avec surprise. Qu'est-ce qu'il fait ?

– Il réchauffe.

Elle fronça les sourcils, mais garda ses questions pour elle. Un ange passa entre eux.

– Dis ? lança-elle soudain

– Hmm ?

– Dorcas m'a dit que Marlène t'avait largué parce qu'elle connaissait mes sentiments envers toi. Est-ce que tu… tu l'aimais vraiment ?

James resta silencieux, méditant sur sa réponse. Lily prit place sur le rebord du belvédère, et l'observa avec appréhension. James et Marlène s'étaient toujours bien entendu, et oui, il avait été contrarié qu'elle le quitte. Sortir avec Marlène, c'était sortir avec une fille jolie, intelligente et prête à relever tous les défis. Une fille avec qui rire à tout instant. Et il avait d'excellents souvenirs de cette période. Mais jamais il ne s'était imaginé vivre une relation plus sérieuse, jamais il n'était parvenu à se projeter avec elle.

– C'était fun de sortir avec McKinnon. Et oui, j'étais frustré qu'elle rompe avec moi, surtout que j'étais persuadé qu'elle m'avait quitté pour un autre. Mais si ta question est de savoir si je pense que l'on serait resté longtemps ensemble, la réponse est non. Je me lasse vite, surtout des filles qui ne sont pas vraiment mon type.

Lily marqua une pause, avant de reprendre presque timidement :

– Es-tu déjà tombé amoureux ?

James afficha un air surpris, avant de froncer les sourcils.

– Oui, répondit-il simplement. Mais quelque chose me dit que tu ne t'es pas seulement renseignée sur Ellie.

– Emily Love? tenta-t-elle.

Il hocha la tête.

– Je vois que tu as fait tes devoirs.

Elle eut un sourire embarrassé.

– Dorcas m'a aidé.

– Je vois…

– Et… comment ça s'est terminé ?

Le regard de James s'assombrit. Pendant de longues secondes, il se mit à fixer un point dans le vide. Lily le regarda en silence. C'était la première fois qu'elle voyait ce côté grisâtre de James, qui paraissait décidément étrange sans son éternel air malicieux.

– Je ne sais pas vraiment si elle m'a quittée, ou alors si c'est moi qui l'ait quitté. Je ne saurais pas vraiment te dire ce qui a ruiné notre relation. Je pensais être heureux avec elle, malgré notre relation tumultueuse, et un jour, je me réveille, et je me rends compte que je ne parle plus à mes amis, ni a mes parents, que je ne fais plus rien de spécial, que ma vie tourne autour d'elle, et que celui que je considère comme mon frère l'accuse de me tromper. Et je me pose des questions, et elle est furieuse que je lui en pose, et... je ne sais pas, ça s'est fini.

Il eut un petit sourire faible.

– Elle m'a brisé le cœur. Et je n'ai pas eu la présence d'esprit, contrairement à toi, de le reprendre avant qu'il ne soit réduit en miette.

Lily décida qu'elle détestait ce James morose. James Potter était synonyme de rire, de chahut, de bazar et de dynamisme. Par de morosité. Elle détestait le voir comme ça, si… en dehors de son personnage. Elle ne sut jamais ce qui lui prit de lui prendre la main, mais même lorsque James lui jeta un regard surpris, elle ne brisa pas le lien.

Il ne commenta pas son inhabituel comportement, mais se mit à lui caresser le dos de la main avec le pouce. Définitivement, leurs mains semblaient faites pour se toucher.

– Et toi ? demanda-t-il finalement.

– Quoi, moi ?

– Il s'appelait comment, celui qui a osé te réduire le cœur en miette ?

Il y eut un silence, pendant lequel Lily se raidit perceptiblement. Elle tenta de retirer sa main, mais James la garda doucement mais fermement dans la sienne.

– Qu'est ce qui te fait dire que c'est ce qui m'est arrivé ? questionna-t-elle à demi-mot.

Il haussa les épaules.

– Le jour où tu as pleuré, au bal des Smith…

Il s'interrompit, et se passa nerveusement une main dans les cheveux.

– Je sais reconnaître une personne fragile d'une personne qui a été fragilisée.

Lily baissa les yeux.

– Je n'ai pas envie d'en parler, déclara-t-elle dans un souffle.

– Pourquoi ?

– Parce que ça relève de ma vie privée.

– Tu ne m'as pas exactement demandé mon avis avant de te renseigner sur mon passé.

Elle eut un petit sourire.

– Touché.

– Alors ? pressa James. Tu n'es pas obligée de tout me dire.

Lily se mordit la lèvre.

– Tu n'es pas obligée de me dire quoi que ce soit, si tu n'en as pas envie, dit-il.

Et c'est peut-être parce qu'il était prêt à faire demi-tour aussi facilement, malgré une curiosité évidente, que Lily décida contre tout attente de s'ouvrir un peu.

– Il a été mon premier copain. Avec du recul, je ne sais pas pourquoi j'ai accepté ses avances, alors que je ne le trouvais même pas beau. Je pense… je pense que voir Marlène et Dorcas en couple m'avait donné envie de sortir avec quelqu'un aussi, et que j'aurais donné sa chance au premier venu. Et c'est ce qui s'est passé. Je l'ai probablement aimé par la suite, mais je pense qu'au début, j'étais plus amoureuse de l'amour, de l'idée que je me faisais de l'amour, que de lui.

« Quoi qu'il en soit, quand j'ai commencé à sortir avec Lui, je lui ai annoncé qu'il y avait trois choses que je ne pourrais en aucun cas lui pardonner. Qu'il me mente, qu'il me trompe, ou qu'il se montre violent avec moi. J'adorais jouer les filles fortes, alors qu'en réalité ce n'était pas du tout le cas. J'étais influençable, naïve, jeune et surtout inexpérimentée. Et j'avais très peu confiance en moi. Et je me sentais seule, même si mes amis étaient là pour moi. Ce n'était pas une solitude qui pouvait être comblée par quelques sorties entre amis. J'avais besoin que quelqu'un soit focalisé sur moi. Et c'est ce qu'il a fait. Ça n'a pas toujours été horrible, j'ai même de bons souvenirs, et je mentirai en disant qu'il n'a pas toujours été là pour moi.

Elle se tut.

– Est-ce qu'il a fait l'une des trois choses ?

– Les trois. Même si je n'ai jamais eu de preuve formelle qui m'ait trompé, il y a des choses que l'on sent. Et je suis restée quand même. Tu parles d'une fille forte, ajouta-t-elle amèrement.

– Il s'est montré violent avec toi ?

– Jamais physiquement. Il n'était pas idiot. Il me connaissait assez pour savoir que je ne lui aurais pas pardonné s'il m'avait laissé des marques visibles. Des marques, ça choque, c'est visible, ça met du temps à partir, ça fait réfléchir, ce sont des preuves. Non, c'était mentalement qu'il abusait de moi, et c'est peut-être pour ça que j'ai mis longtemps à comprendre que c'était précisément de la violence. C'est très facile de troubler l'esprit de quelqu'un avec de la douceur, et le temps finit par convaincre que ce n'était finalement pas si terrible que ça. Il…

Sa voix se mit à trembler. James lui serra doucement la main, comme pour l'encourager, et Lily sursauta, ayant de nouveau oublié qu'il la lui tenait. La main de James était douce, et grande, et chaude, et elle se surprit à penser qu'elle était de la bonne taille.

– Un jour, on s'est disputés, et il m'a dit des choses horribles. Il…

Elle ferma les yeux. Sa respiration s'accéléra.

– Il m'a demandé dans quelle poubelle il m'avait trouvée, il m'a dit que je ne servais à rien, que…

Elle s'interrompit de nouveau, retenant visiblement des larmes, incapable de continuer.

James se dit qu'il était mieux qu'elle ne lui ait pas donné le nom de cet ex. Son sang semblait bouillir dans ses veines tandis qu'une grande colère le gagnait.

– Heureusement, ça m'a tellement choquée que je n'ai pas réussi à le cacher à Marlène et Dorcas. Marlène lui a cassé la figure, et je pense honnêtement que Doc serait en train de purger une peine à Azkaban si les filles ne l'avaient pas arrêté.

– Sacrée Marlène, dit James avec un petit sourire fier.

Ils restèrent silencieux un long moment, puis Lily soupira.

– James ?

Oh, elle l'avait appelée par son prénom. Un sourire s'épanouit sur son visage. L'avait-elle fait délibérément, ou cela lui avait-il échappé?

James...

Cela sonnait si bien sur ses lèvres. Il pourrait bien s'y habituer.

– Hmm ?

Il n'allait pas s'aventurer à prononcer quoi que ce soit, tant que sa voix n'aurait pas retrouvé son timbre normal.

– Comment va-t-on faire pour redescendre ?

Il y eut de nouveau un long silence. Un vent frais secoua les branchages.

– Je n'en ai strictement aucune idée.


LILY ÉTAIT REPUE pour la seconde fois en vingt-quatre heures, et un sourire béat flottait sur ses lèvres.

– Purée, qu'est-ce que c'était bon ! s'exclama-t-elle en caressant son ventre tendu.

– On devrait faire ça plus souvent, approuva James.

Certes, il mangeait quotidiennement des mets aussi goûteux, mais les partager avec Lily en avait décuplé les saveurs.

Ils étaient installés au bord du lac, après que Betsy les eut sauvé de leur funeste destin, où ils avaient finalement décidé de manger en profitant de la vue.

– C'est clair, renchérit-elle.

James saisit la bouteille presque vide qu'ils avaient dégusté au dîner. Il aimait voir Lily repue. Elle était gaie, et bavarde, et baissait complètement la garde.

– Un dernier verre?

– Oh, non, non, non, Potter, dit-elle joyeusement. Si je bois plus, je serai bourrée, et si je suis bourrée, je pourrais plus transplaner chez moi.

– T'es arrivée par poudre de cheminette.

– Ouais, c'est vrai... mais non, quand même. Soyons raisonnable. Apparemment, on a tous les deux la fâcheuse habitude d'embrasser des gens lorsqu'on a du vin dans le nez.

– Ça ne me dérangerait pas...

Il mentirait en disant que la pensée ne lui avait pas traversé l'esprit. Plusieurs fois. Ses yeux se posèrent brièvement sur les lèvres de Lily. Elle lui donna une chiquenaude sur le bras.

– Tu es fiancé.

– Oui... mais elle a dit que ça ne la dérangeait pas si on était discrets.

– Tant mieux que vous vous soyez mis d'accord entre vous, mais je ne pense pas vous avoir donné mon consentement.

– Ah...que tu es cruelle, Evans, gémit-il sur un ton théâtral.

Elle le regarda d'un air grave avant de continuer :

– Pourquoi ne m'as-tu pas dit qu'elle était enceinte ?

James haussa les épaules.

– Ça ne m'a pas paru pertinent.

Et il n'avait surtout pas voulu prendre le risque de la voir refuser immédiatement. Il lui servit tout de même un dernier verre. Lily lui jeta un regard torve, mais porta le verre à sa bouche.

– Est-ce que… Honnêtement, je ne comprends pas très bien ce qui se passe. Ça m'a l'air très compliqué entre vous. Est-ce que tu l'aimes, ou pas ?

Il réfléchit quelques secondes.

– Je ne suis pas amoureux d'elle, mais oui, je l'aime.

Elle marqua une pause.

– Tu es vraiment déterminé à l'épouser ?

– Oui, bien sûr.

– Pourquoi ? Tu n'es pas amoureux d'elle, pourtant…

– Ça semble si extraordinaire que ça, un mariage arrangé ? C'est pourtant une chose plus courante que tu ne le penses.

– C'est juste que… Je ne pourrais jamais épouser quelqu'un de qui je ne suis pas amoureuse.

– Pourquoi faudrait-il forcément que l'amour et le mariage soient liés ? Tu ne trouves pas plus prudent de séparer les deux ? L'amour, c'est la passion, c'est être irraisonnable. C'est une flamme, ça grossit, ça explose, et ça peut s'éteindre à tout moment. Ce n'est pas une chose constante. Le mariage, c'est stable, c'est solide, c'est rassurant, c'est une pierre qu'on taille et qu'on polie tout le long de sa vie.

– T'as l'air effrayé par l'amour.

Il haussa les épaules d'un air indifférent.

– C'est vrai, admit-il. Je pense que j'ai assez souffert pour une vie.

– Et tu ne penses pas que ça en valait la peine ? Tous ces bons souvenirs… l'amour n'est pas que synonyme de souffrance.

Il lui jeta un regard profondément étonné.

– J'aurais pensé que quelqu'un comme toi aurait compris ce que je ressens. Après ce que tu as traversé…

Elle médita quelques secondes.

– Je comprends. Mais je ne suis pas d'accord. Ton attitude est regrettable. J'ai quelques cicatrices, c'est vrai… mais dans l'ensemble, c'était « fun » d'être amoureuse. J'ai envie d'être amoureuse de nouveau. Je sais que ce ne sera pas facile, et que ce sera accompagné de souffrances, mais j'ai juste tellement hâte d'avoir de nouveau cette connexion avec quelqu'un. Je tomberai peut-être encore deux, cinq, dix fois, mais je sais qu'au bout, ça en vaut la peine.

James lui jeta un regard impressionne.

– C'est exactement pour ce genre de choses que je te trouve forte.

Il commençait à entrevoir ce que voulait dire Marlène, lorsqu'elle lui avait dit: « Lily est fragile, pas faible. Ni physiquement, ni moralement. » Physiquement, il s'en était bien rendu compte lorsqu'elle l'avait frappé. Moralement, il comprenait qu'elle était également plus solide qu'il l'avait pensé jusque-là. Elle avait traversé des choses dont il ne voyait que le sommet de l'iceberg, et restait pourtant cette belle personne, souriante, drôle, aimée et aimante, qui pardonnait, pardonnait encore, tombait pour mieux se relever, ne laissait jamais la frayeur la paralyser, et respirait l'espoir. Son optimisme était presque contagieux.

Presque.

Elle rosit légèrement.

– Tu n'es pas d'accord ?

– Disons que j'ai juste un instinct de survie un peu plus développé.

– Potter… ce n'est pas quelque chose que tu pourras fuir toute ta vie. Tu te crois préparé, tu penses avoir pris toutes les précautions et les dispositions, mais tu ne pourras pas t'en protéger. Comme tu l'as dit, c'est incontrôlable. Un jour, ça te frappera, tu ne t'y attendras pas, et tu seras complètement impuissant.

– T'es sacrément romantique, dis donc.

– Et toi, tu n'es pas romantique pour un sou.

Il marqua une pause.

– Je peux l'être. A ma manière. Parfois. Mais je ne suis définitivement pas du genre à offrir des fleurs et des chocolats, ni à déclamer des poèmes.

– C'est quoi, ton genre ?

– Je suis du genre démesuré.

– Je te crois sur parole.

Lily plaça une mèche derrière son oreille.

– Et donc… c'est pour ça que tu épouses Elinor ?

– En partie. Comme tu l'as dit, c'est compliqué.

– Tu es plus mystérieux qu'on pourrait le croire.

– Comment ça ?

– J'aurais jamais cru qu'un personne aussi bruyante que toi aurait autant de... couches sur lui. Tu as une vraie carapace, alors que tu parais si ouvert.

– J'aime développer mon côté brun mystérieux.

Elle eut un petit rire, puis son air soucieux refit surface.

– Qu'est-ce qu'il y a ?

Elle hésita avant de se lancer :

– Est-ce que tu pense que ce que tu ressens pour moi n'est que de l'attirance physique? Honnêtement?

– Non, répondit simplement James.

Il pouvait le nier autant qu'il le pouvait, la vérité était évidente.

Elle hocha la tête.

– Je sais pas quoi penser de tout ça, avoua-t-elle. J'ai l'impression que tu te moques de moi.

– Pas du tout.

– Pourtant, tu te moques de l'une des deux. De Miss Bell ou de moi. Tu veux l'épouser, et tu dis… enfin, tu voudrais qu'on ait une sorte de relation. De ce que j'en déduis, tu me proposes un peu d'être ta maîtresse ?

Les propos d'Elinor lui vinrent aussitôt à l'esprit.

Tu n'y as pas réfléchi, n'est-ce pas ?

Elle commençait à très bien le connaitre...

– Je ne suis pas intéressée, soit dit en passant.

– Je veux juste que tu tombes amoureuse de moi. Les choses seraient beaucoup plus simples pour tout le monde.

Elle le fixa pendant un long moment.

– Définitivement un brun ténébreux un brin mystérieux.

Elle semblait ennuyée.

– Tu veux un conseil, Evans ?

– Hmm ?

– Juste… quand tu en viens à Ellie et moi, enlève ton cerveau de ton crâne et dépose-le à côté de toi.

Elle pouffa de rire.

– Je crois que c'est le conseil le plus sensé que tu m'aies jamais donné.

Ils décidèrent de regagner la maison, lassés de se faire piquer par les moustiques, particulièrement virulents avec la tombée de la nuit.

Un silence agréable s'était installé entre eux. Lily fredonnait un air qu'il ne connaissait pas, et la petite bouteille qu'ils avaient fini ensemble l'empêchait de marcher droit. Son bras ne cessait de frôler innocemment celui de James, qui sentait ses poils se hérisser sous sa chemise et son cœur ronronner de contentement. Il était encore abasourdi du naturel avec lequel ils discutaient de tout, de la facilité qu'il avait à la faire rire. Et il se rendait compte que son rire était additif. Tout, chez elle, semblait additif. Surtout ses yeux. Et son odeur. Et sa voix. Et ses lèvres, sur lesquels il avait fantasmé une bonne partie de la soirée. Et…

– Tu sais, reprit soudain Lily, le tirant de ses pensées qui devenaient de plus en plus lubriques, c'est étonnant à quel point il est facile de te parler, en fait. Tu n'es pas aussi désagréable que je le pensais.

Il leva un sourcil amusé.

– Merci bien, chère Madame. Vous fûtes de charmante compagnie.

– Je pensasse la même chose de vous, sieur Potter.

– J'en suis fort aise, la gueuse.

Lily gloussa, et lui donna un coup de coude qu'il esquiva facilement.

– On devrait faire ça aussi, plus souvent.

– Quoi donc ? railla Lily. Te taper ? Je suis d'accord.

James roula des yeux.

– Je pensais plutôt à ça… tu sais, manger ensemble, parler, flirter…

Flirter ? répéta-t-elle avec un petit rire. Quand est-ce qu'on est censé avoir flirté ?

– Tout le long de la soirée.

– N'importe quoi !

– Ne sois pas de mauvaise foi… T'as pas arrêté de me faire du rentre-dedans. Quand t'as laissé échapper ce rot, qu'est-ce que c'était sexy ! Et quand tu as bruyamment aspiré ce spaghetti qui dégoulinait disgracieusement de ta bouche, je te jure que j'ai eu chaud d'un coup. Et quand...

Elle éclata de rire.

Aha ! s'exclama-t-il d'un air satisfait. Tu sais ce qu'on dit. Femme qui rit…

– Zizi riquiqui, termina Lily.

– Merde, comment tu sais ça, toi ?

Elle s'esclaffa de nouveau.

– Idiot.

– Quoi, je me suis fait des idées ?!

– Comme toujours.

– Mince alors, moi qui pensais avoir fait des progrès.

– Mais il n'y a pas de progrès à faire, vu que c'est une cause désespérée. Toi et moi, ça n'arrivera jamais.

Il leva de nouveau un sourcil.

– Je n'en suis pas si sûr.

Lily croisa les bras, un air de défi peint sur le visage.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– Je suis plus convaincu que jamais d'y arriver.

– Comment ça ?

– Ce que tu m'as dit tout à l'heure…. sur ta colère envers moi… ben ça me donne encore plus d'espoir.

Elle fronça les sourcils, visiblement confuse.

– De quoi tu parles ?

James soupira exagérément, comme si elle lui avait posé une question stupide.

– Evans. Moi qui croyait que tu étais intelligente. Je suis si déçu.

– Hey, protesta-t-elle.

– C'est pourtant évident.

– Pas pour moi.

James soupira de nouveau.

– Le fait que tu m'aies détesté très fort ne prouve qu'une chose.

– Quoi ? railla Lily. Que t'étais un imbécile doublé d'un goujat ?

– Oui… Non…

James sourit, et se passa une main dans les cheveux.

– Enfin, pas seulement. Ça prouve aussi et surtout que tu m'as aimé très fort.

Le visage de la jeune femme se décomposa.

– Qu'est-ce qui te fait dire ça ? murmura-t-elle.

James sourit tristement.

– Le contraire de l'amour, Evans, poursuivit-il dans un souffle, ce n'est pas la haine. C'est l'indifférence. Ton attitude ces derniers mois a donc été révélatrice.

Pendant quelques secondes, elle eut l'air complètement déstabilisée. Il s'avança vers elle. Elle fit un pas en arrière. Il s'avança de nouveau. Elle ne bougea pas. Ses yeux ne quittaient pas les siens. Ils étaient si proches qu'il avait l'impression d'inhaler l'air qu'elle rejetait. Et elle était plus belle que jamais. Et elle semblait décontenancée. Et elle le regardait presque avec crainte. Et il avait terriblement envie de l'embrasser, et savait qu'elle ne le repousserait pas. Ce regard, il l'avait déjà vu tant de fois dans des regards de femmes, ce regard envoûté, conquis, mais exigeant.

Le sentait-elle, elle aussi ? Ou l'imaginait-il tout seul ? Cette espèce d'électricité, de magnétisme entre eux ? Ce désir qui affluait dans ses veines, bouillant au simple souvenir de la dernière fois qu'ils s'étaient trouvés aussi proches, plein de promesses de douceur et de volupté ? Il pouvait l'embrasser. Il n'avait qu'à baisser la tête. Elle ne dirait pas non.

Mais il ne le fit pas.

L'air perdu, confus, incertain de Lily le força à combattre ses envies.

Il détourna la tête, recula un peu, et masqua sa grande frustration par un rire qui semblait faux à ses propres oreilles. Hop, noyer le poisson. Faire comme s'il ne se sentait pas comme un lapin en rut.

– Ne refais plus jamais ça, murmura-t-elle d'une voix calme.

Il leva un sourcil.

– Quoi ? Je ne te prends pas par surprise, non plus. Tu vas m'en vouloir d'essayer de te faire perdre les moyens ?

– Tu perds ton temps.

Il eut un geste impatient.

– Je ne suis pas pressé. Et j'y arriverai.

– Qu'est-ce qui te rend si sûr de toi ?

Il afficha un sourire goguenard.

– Je suis plutôt pas mal, je trouve. Je suis riche. Je suis drôle. J'embrasse bien. Il faut juste que je te fasse admettre tout ça.

– Pour que j'admette une telle chose, il faudrait que je le pense.

– Ah, Evans, tu peux dire ce que tu veux, je sais que tu es loin d'être aveugle. Et puis, toutes les filles aiment les bruns ténébreux.

– Cause toujours. Et je ne suis pas comme toutes les filles.

Il sourit.

– C'est vrai, toi, tu es plutôt du genre intense, continua-t-il en se remettant à marcher, sans même vérifier qu'elle le suivait. J'ai jamais rien vu de tel. Tu aimes fort, et tu déteste fort aussi. Tu passes d'un sentiment à un autre en un claquement de doigts. J'ai renversé la tendance deux fois déjà, je n'ai aucun doute que j'y arriverai une troisième fois.

Lily eut un petit sourire, l'air défiant.

– Tu me sous estimes, Potter, c'est ce qui te perdras.

Lui eut un sourire goguenard.

– Et toi, tu sous estimes mon charme.

Lily ricana ouvertement.

– Quel charme ? J'ai rien remarqué.

Il marcha en silence pendant quelques secondes, avant de répondre très sérieusement :

– Celui qui est en train de faire tomber toutes tes réserves une à une.

Ce n'était pas exactement vrai, mais la nonchalance dont elle faisait preuve le poussait à la provoquer. C'était désespérant. Alors qu'il était de plus en plus troublé par leur proximité et sa présence, elle semblait de plus en plus tranquille et détendue.

Cédant à son envie de la toucher, il s'approcha d'elle et entrelaça leurs doigts. La surprise de Lily s'accentua, mais elle ne réagit pas.

– Viens, dit-il.

Ils montèrent les marches du perron, et James la fit de nouveau entrer dans la bibliothèque par laquelle on accédait depuis le hall. Lily pensa qu'il voulait simplement lui faire récupérer ses affaires, mais il fouilla dans ses poches et lui tendit une clef.

– Je me disais… étant donné que le mariage va se dérouler ici, et que tu n'as pas vraiment de bureau ou d'espace pour travailler à La Bonne Fée… peut-être que tu aimerais travailler ici ? Tu serais tranquille, Elinor et moi on sera a portée de main…

Et toi tu pourras être à portée de la mienne, et je pourrais te voir quasi tous les jours sans chercher des excuses, et sans passer pour un psychopathe, et tu tomberas folle amoureuse de moi, pensa-t-il.

Lily en resta muette quelques secondes.

– Sérieusement ?

– Euh... Oui?

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire timide.

– C'est vraiment gentil. Merci pour aujourd'hui, Potter

Et elle fit de nouveau quelque chose d'inattendu : elle posa une main sur sa joue, et se pencha pour embrasser brièvement l'autre. James déglutit, et la regarda avec des yeux ronds, le cœur battant la chamade.

Elle battit des paupières.

Il resta littéralement bouche bée.

Elle eut un petit sourire mystérieux.

Il sentit son cœur s'emballer encore plus.

– Merci pour ton offre aussi. Mais... non merci.

Hey, si ça ce n'était pas flirter...


Note de l'auteur:

Coucou !

Je parie que vous ne m'attendiez pas de si tôt, mais j'avais envie de poster un chapitre que je viens de finir de revoir, et que j'ai du réécrire avec le PDV de James. Cette partie a été écrite super rapidement et avec beaucoup de plasir, donc j'espère que vous avez aimé :)

Il n'y a pratiquement que du Jily, donc chapitre extrêmement sucré, le calme avant la tempête diront certains… et ils ont raison.

Je vous laisse méditer sur les révélations de ce chapitre !:)

Le chapitre prochain sera également de James, étant donné que j'en ai enchaîné deux de Lily (si l'on ne prend pas en compte le chapitre d'Elinor), et que j'essaie de garder une bonne alternance entre les deux.

Je suis agréablement étonnée de voir autant de gens aimer Elinor ! Comme je l'ai dit, qu'elle soit populaire ou non m'importait peu, mais je suis vraiment contente qu'elle devienne une petite star de l'histoire ! Merci en tout cas ! Au fait, avez-vous compris qui est son ex mari?

Merci aux reviewers du chapitre précédent :

Merci à feufollet ! : héhé, je suis tellement contente quand j'ai des retours comme ça^^ C'est en effet assez difficile de comprendre les liens entre tous les persos ^^ James et Ellie ont en effet enormement de respect et d'affection l'un pour l'autre, mais je ne peux pas encore expliquer pourquoi... Merci pour tout, en espérant que la suite te plaise autant!

Merci à Chevalier du Cat !: James ne sait pas vraiment comment réagir, et ce sera son combat pendant toute l'histoire. Il veut deux choses qui ne peuvent aller ensemble, et n'est pret a renoncer a aucune des deux! Courage, James ^^

Je vais essayer de MAJ plus régulierement, au moins une fois par mois, plus si j'ai le temps ^^

Pas de souci, je met le temps qu'il faut, mais je n'abandonne pas l'écriture! Merci de continuer à m'encourager

Merci pour ta review!

Merci à Red Old Typewriter !: mais ta review est parfaite, voyons! je n'en réclame pas forcément des longues :) Merci pour ces compliments, je suis super contente que tu accroches autant! Pour les prénoms, j'ai failli recracher mon café en lisant le premier de la liste: Donald. Eurk. c'est exactement le prénom de mon ex sur qui je base ce personnage ^^ Je suppose que le destin a parlé, alors va pour Donald ^^ Ellie charme de plus en plus de personnes, c'est dingue car je ne m'y attendais pas mais ça fait plaisir! Merci pour ta review!

Merci à Sheshe13 !: Une fois de plus, j'ai pas du tout mal pris tes remarques ! Le plaisir d'écrire réside aussi dans le fait de faire réagir ses lecteurs ! Tu fais bien d'être adepte du Mieux vaut être seule que mal accompagnée, mais j'essayais, à travers le personnage de Lily, de faire comprendre que ce n'est pas facile pour tout le monde. J'admire beaucoup celles qui ont le courage de s'y tenir, j'encourage les autres à essayer ! Mais ce n'est pas facile. L'amour, ça rend aveugle, et surtout très con ^^

Hé oui, Ellie est enceinte, mais je ne peux pas dire de qui ! D'Arthur ? Ptete bien qu'oui, ptete bien que non… *sifflote*… Elinor vient d'une famille de Sang-Pur, donc elle a des a priori, qui ne collent parfois pas avec ce qu'elle ressent au fond! Je dis qu'elle n'est pas gentille car elle l'est pas vraiment. C'est pas une "sorcière" non plus, elle n'est pas maléfique, mais elle est prête à tout pour parvenir à ses fins. Je pense que ce que j'aurais du faire, est de vous laisser vous faire votre propre opinion sur elle. Pour l'instant, pas assez d'opinion pour la juger... Et elle avait en réalité prévu d'être exécrable avec Lily, mais ne peut pas s'empêcher de l'apprécier, car elle l'a trouve vraiment trop mignonne ^^

Lily pardonne, car c'est une fille cool au fond, même si elle a été très froide avec James depuis le début. C'est vrai qu'elle en a beaucoup bavé dans sa vie amoureuse, mais hé, c'est ça, l'amour! Comme le dit Anne Brontë: "Celui qui craint les épines ne devrait pas désirer la rose"! La vie ne sera pas rose avec James, le chemin pas facile, mais non, il ne la fera pas souffrir volontairement, contrairement à ses ex ^^

Elle s'est excusée auprès de Nathan car elle estime l'avoir trompée... ce qui est vrai! Bien sur que nous on a de l'empathie pour elle, car on a sa version de l'histoire, mais si on regarde les faits, elle a embrassé James (de manière assez sexy) en étant en couple, donc... ^^

merci pour ta review, comme toujours

Merci à Misss ! : Ohh je suis tellement contente alors ^^ Le chapitre 11 laissera décidément tout le monde divisé ^^ Yeah Ellie est spéciale, en effet, un tourbillon d'émotion, difficile à suivre ^^ Et bizarrement, très facile à écrire ! Merci beaucoup !

& Merci à Math'L : Olala, je peux pas répondre à la plupart des questions ^^ Sirius et les Maraudeurs reviennent pour de bon dès le chapitre prochain ! Ils m'ont trop manqué, youhou ! Marlène va bien, si je ne redécoupe pas autrement, on aura de ses nouvelles chapitre 15 ! La suite est publiée un peu aléatoirement, c'est vraiment un gros problème que j'ai de ne pas écrire assez régulièrement, mais je vais essayer de poster au moins une fois par mois. Quant aux histoires de cœur d'Elinor, je ne peux rien dire… à part que je n'ai jamais dit qu'elle était déjà sortie avec Arthur ^^ Voilà, je jette le doute, c'est peut être le cas, peut être pas *sifflotte* Merci en tout cas pour ta rafraichissante review ! (au passage, je lis pas de Dramionne d'habitude, et puis… j'ai découvert Turncoat récemment. Oh. Mon. Dieu. Quelle merveille ! Je suis convertie, depuis!)


Prochain chapitre en septembre!


Wesh les autres lecteurs, lâchez des reviews !