CHAPITRE 15 : Au nom du père – James
JAMES AVAIT PASSE la soirée avec Elinor jusqu'à ce qu'elle se mette à bailler, et s'était endormi en pensant à Lily.
Et pourtant…
Inexplicablement, ce fut d'Emily dont il rêva cette nuit.
Il ne sut jamais pourquoi il rêva de ses cheveux d'un roux tirant vers le blond, et de ses yeux verts très clairs, et de son sourire, et de son rire, et donc inévitablement de ses adorables lèvres.
Il ne comprit jamais pourquoi il rêva du jour où il l'avait embrassée pour la première fois, du jour où elle s'était reculée avant de le gifler et de lui demander ce qui lui prenait.
Et même sous menace de mort, même longtemps après, il aurait été incapable d'expliquer pourquoi cette nuit-là, il rêva aussi précisément de la dispute qui s'était ensuivie et de la tension qui était montée entre Emily et lui et du second baiser qu'ils avaient partagé, et qu'il n'avait pas eu besoin de lui voler cette fois, parce qu'elle s'était jetée sur lui alors qu'il était en pleine tirade et qu'il ne s'y était pas attendu. Et il se rappela chaque détail, chaque mot échangé juste après leur échange passionné.
Mais j'ai un copain, Jamie.
Incertaine. Confuse.
Et il avait souri avec une insolente assurance.
Oui… Moi.
Déterminé. Confiant.
Et James rêva de sa main dans ses cheveux et de sa langue sur son cou et de son corps contre son corps et ses promesses dans son oreille et du début du commencement, et du commencement de la fin, et tout paraissait doux comme dans un rêve mais c'est avec soulagement qu'il se réveilla en sursaut de ce cauchemar.
Désorienté, confus, soulagé.
Et triste.
Le cœur battant, James resta de longues minutes assis au milieu de ses draps à tenter de se défaire du sentiment de mal-être, de mélancolie, d'abattement – il ne savait pas vraiment comment expliquer ce qu'il ressentait avec précision – qui le saisissait à chaque fois qu'il rêvait d'Emily. Il se sentait triste, et vide, et seul, et sale, et désespéré tout à coup, et ne comprenait pas pourquoi il avait rêvé de son ex. Ses mauvaises nuits avaient pourtant drastiquement diminué depuis qu'Elinor avait emménagé au manoir Potter, et complétement disparus depuis qu'il avait trouvé en Lily une nouvelle obsession. Et de jour, il ne pensait plus à Emily depuis des mois.
Alors pourquoi revenait-elle le hanter de nouveau après tout ce temps, tous ces progrès ?
Elle a quelque chose, c'est indéniable.
Je trouve aussi.
Quelque chose de cette fille là…
Il se passa la main dans les cheveux, la laissa retomber sur le lit, où elle se heurta à l'exemplaire du Petit Prince qu'il avait été en train de lire avant de tomber endormi. La photo de Lily et Marlène qu'il avait volé chez ces dernières, et dont il se servait toujours comme marque page, était délicatement posée sur sa table de chevet à côté de ses lunettes.
Ah oui. Emily.
Peut-être que Lily lui faisait inconsciemment penser à Emily finalement, comme l'avait dit Elinor, et qu'en pensant si fortement à Lily, ses pensées avaient inévitablement penché vers Emily. Elles avaient beau être différentes du point de vue du caractère, physiquement, elles étaient toutes deux de jolies rousses aux yeux verts comme il les aimait.
Il aimait beaucoup Lily. Il avait beaucoup aimé Emily. Et si… Lily n'était qu'un substitut pour ce qu'il n'avait plus ? Et s'il avait encore des relents d'amour pour Emily ?
Non… n'importe quoi. Il ne voulait plus d'Emily. Il était passé à autre chose, et elle aussi. Et même si elle revenait, il ne reviendrait pas à elle.
Mais était-ce bien vrai ?
Il se prit la tête dans les mains. Merde, il était complètement confus. Un seul rêve, et une partie de son esprit se mettait à suggérer les pires choses, à faire marche arrière… Non. Il faisait chaud, il n'arrivait pas à construire une pensée cohérente, et ne voulait plus penser à Emily. Un peu d'air frais lui ferait du bien.
Sentant qu'il ne pourrait de toute manière se rendormir sans la présence réconfortante d'Elinor à ses côtés, qu'il aimait serrer contre lui lorsqu'il se sentait submergé par des pensées maussades, James s'extirpa de son lit avec l'intention de faire un petit tour dans le parc pour se calmer. Camomille, qui jusqu'alors dormait en boule à l'extrémité du lit beaucoup trop grand pour une personne (et même pour deux), leva une tête endormie tandis qu'il enfilait un t-shirt, miaula, s'étira paresseusement, et choisit de lui emboiter le pas en laissant échapper des bâillements réguliers.
James descendit jusqu'au rez-de-chaussée, les bruits de ses pas étouffés par la riche moquette recouvrant l'escalier. En passant dans l'entrée, un bruit de ronflement attira son attention dans le salon : Remus, Peter et Sirius s'étaient endormis sur le somptueux tapis persan recouvrant le sol du salon, et Betsy avait dû passer par là car ils étaient chacun couverts d'un soyeux plaid.
En s'approchant de ses amis, James sentit une forte odeur d'alcool et de tabac, et il ramassa en effet un paquet de cigarettes à moitié plein au milieu de bouteilles de Firewhisky à moitié vides. Remus avait de tout évidence reprit ses mauvaises habitudes depuis sa rupture avec Tina.
James avait trouvé la maison vide en rentrant de Shortbourne et ne les avait pas entendus rentrer non plus. Ils avaient visiblement décidé de prolonger la soirée malgré le fait qu'ils travaillaient tous trois tôt le lendemain. Eux qui d'ordinaire se montraient frileux à l'idée de faire la fête en fin de weekend n'y étaient pourtant pas allés de main morte, remarqua James avec un froncement de sourcil. D'habitude, et ce depuis qu'il avait mis entre parenthèses sa formation de Médicomagie, c'était lui qui se montrait déraisonnable.
L'air désapprobateur, James agita sa baguette pour faire apparaitre un réveil réglé sur sept heures et des potions pour la gueule de bois à venir, avant de s'échapper par la porte donnant sur les extérieurs. C'était le monde à l'envers si c'était lui qui devait s'assurer qu'ils se réveillent à l'heure ! Mais ils ne pouvaient pas se permettre de se présenter au travail le lendemain froissés et fatigués : Remus avait un travail stable pour une fois, Peter avait été promu récemment, et Sirius passerait les concours d'Auror en septembre. Ses amis avaient des responsabilités à assumer, et des quatre, James était le seul assez riche pour pouvoir s'en dispenser sans en subir les conséquences.
Même si parfois – de plus en plus souvent ces derniers temps–, il se demandait s'il n'était pas un peu trop riche. La fortune de sa famille lui permettait d'être qui il voulait, de faire ce qu'il voulait, quand il le voulait, et, la plupart du temps, pouvait également obtenir des autres de faire ce qu'il voulait.
Cependant… il fallait admettre que la fortune de sa famille lui permettait également de faire ce qu'il ne devait pas. Le meilleur, comme le pire, le sensé comme le déraisonnable.
A l'aide du briquet qui le connectait à sa fiancée, James alluma une cigarette et se dirigea vers le terrain de Quidditch. Des petites lumières s'allumaient puis s'éteignaient sur son passage, comme une multitude de lucioles disséminées dans l'air, éclairant la nature endormie. Camomille miaulait et sautait dans l'espoir de les attraper, et son chat parvint à le distraire de ses pensées pendant quelques instants.
James atteignit le terrain de Quidditch, et se laissa tomber sur l'herbe le temps de finir sa cigarette. Voler lui permettait de se vider l'esprit et de regagner son calme, de fuir ses pensées lorsqu'elles devenaient trop sombres.
Non pas qu'il les fuyait systématiquement. Non, il devenait même de plus en plus courageux, de plus en plus capable de les affronter et de les analyser comme un homme mature et responsable. De temps en temps – et de plus en plus souvent depuis qu'il fréquentait Elinor et Lily – James prenait le temps de réfléchir aux décisions qu'il avait prises sur un coup de tête, qui lui avaient semblé une bonne idée à l'époque, et dont il payait le prix aujourd'hui. Il comprenait à présent que le fait de ne pas avoir de compte à rendre était différent du fait de pouvoir agir sans conséquences. Pire, il se rendait seulement compte que chacun de ses actes avait des conséquences. Parfois bonnes – il était fier de ce qu'il faisait pour Elinor. Majoritairement désastreuses. Lily et la soirée de Barnaby n'étaient qu'un exemple parmi beaucoup d'autres. Sainte-Mangouste lui manquait, et il avait encore la mort du petit Lee sur la conscience. Il était toujours visiblement hanté par Emily, même longtemps après la fin de la relation. La situation avec Elinor était bien plus compliquée qu'il ne l'avait pensé. Et… et…. et…
Il prit une grosse bouffée de tabac.
Le mal-être qui ne l'avait pas quitté depuis son brusque réveil laissait une fenêtre de sortie à ses pensées les plus obscures, se muait en angoisse et en désarroi. Aussi, pendant le quart d'heure qui suivit, James enchaina les cigarettes, Fumer ne le détendait pas réellement – fumer ne l'avait jamais détendu. Il n'aimait pas fumer, ne se sentait pas réellement mieux après… mais, en l'absence d'Elinor, en l'absence de cette sublime poupée qui lui rappelait de par sa fragilité que sa vie n'était pas si dramatique qu'il ne le pensait, ça le calmait.
Et quand il y pensait, il avait par le passé eu recours à des moyens bien pires pour retrouver un moment de quiétude dans ses tourmentes. Elinor l'avait tiré d'une spirale d'autodestruction où il alternait crises alcoolisme et de nymphomanie. Elle lui avait donné un but et fourni un objectif et il avait là seulement commencé à reprendre sa vie en main.
En fait, à l'exception du fait qu'il n'avait toujours pas complété ses études de Médicomagie, il considérait avoir fait de beaux progrès. Mais là encore… Il risquait de penser à Lee et n'était pas certain d'être prêt. Médicomage étant une vocation, il ne s'imaginait pas exercer un autre métier, et se retrouvait coincé.
Fort heureusement, sa situation financière lui permettait de tergiverser aussi longtemps qu'il en ressentait le besoin.
Riche, il l'était, c'était un fait, et il aimait ça.
Emily aussi avait aimé ça.
Merde! James se redressa. Il n'était pas censé penser à elle, mais elle revenait sans cesse le tourmenter. Il se dirigea vers la malle en métal contenant les balles et les balais, et situé sur le côté du terrain. Emily n'avait désiré chez lui que l'argent. Même si à présent, avec un peu de maturité et beaucoup de recul, James commençait à comprendre qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Pour attirer l'attention d'Emily, qui, comme Lily, avait longtemps opposé une farouche résistance à ses avances, il lui avait jeté sa fortune à la figure, et elle n'avait fini par ne voir que cela. Ses restaurants, ses bijoux, ses voyages… James lui avait tout acheté, lui avait tout offert, lui avait tout construit inlassablement. Elle avait tout accepté, elle avait tout pris, elle avait tout détruit lorsqu'elle s'en était lassée.
Il saisit son balai préféré. Un jour, dans l'espoir de l'impressionner et de se rapprocher d'elle, il avait proposé à Lily de lui apprendre à voler. Elle lui avait jeté un regard hautain, lui avait arraché son balai qu'elle avait ensuite enfourché avant de s'envoler et d'effectuer d'impeccables loopings dans le ciel.
Il était resté bouche bée en la regardant exécuter d'incroyables acrobaties aériennes, mais avait littéralement pleuré de rire lorsqu'elle s'était heurté à un poteau et était redescendue vers lui en zigzaguant.
James ne put s'empêcher de sourire en repensant à ce jour.
Faire le joueur de Quidditch était un classique de la drague, mais il fallait décidément sortir des sentiers battus pour se rapprocher de la rousse.
Il aimait le fait de devoir s'y prendre autrement pour tout ce qui la concernait.
Il aimait le fait que, même si le manoir trahissait son niveau de fortune, ça n'ait rien changé entre eux.
Il aimait le fait qu'elle ne s'intéressât pas à lui pour des questions d'argent.
Et il savait que c'était autant dû au fait qu'elle était géniale qu'au fait qu'il s'y prenait différemment pour la séduire. D'abord parce que son expérience passée lui avait donné une bonne leçon et lui avait appris à se montrer plus mesuré dans sa générosité, mais aussi parce qu'il avait très, très vite senti que ce n'étaient ni de somptueux diners dans des restaurants gastronomiques, ni des voyages aux endroits les plus exotiques de la planète, ni les parures des plus grands créateurs, ni les robes des plus célèbres maisons, ni ses connections avec des personnalités influentes qui auraient suscité un intérêt chez Lily. Lorsque ses yeux verts brillaient, c'était parce qu'il lui proposait de manger une énorme glace, et le fait que les boules soient servies dans une vaisselle pouvant racheter son appartement lui importait peu.
James s'était promis de ne plus tomber amoureux, mais Dieu savait qu'il aimait lorsqu'elle riait à ses blagues, et lorsqu'elle le regardait et… il aimait tout ce qu'elle faisait.
Il l'aimait vraiment beaucoup, cette Lily Evans.
Et elle ne ressemblait pas à Emily, à la réflexion. Elle était plus belle, et pas qu'à l'extérieur.
Il jeta sa cigarette, et enfourcha son balai.
C'était peut-être pour cela que son cœur lui laissait une chance, quand il s'était promis de ne plus tomber sous le charme de qui que ce soit.
– « C'est une folie de haïr toutes les roses parce qu'une épine vous a piqué… », récita-t-il à demi voix.
Sa mémoire n'était pas aussi exceptionnelle que celle d'Elinor, mais, à force de lire Le Petit Prince, il avait fini par connaître le livre quasiment par cœur.
Camomille s'interrompit leva la tête, l'air interrogateur, tandis que James poursuivait : « … d'abandonner tous les rêves parce que l'un d'entre eux ne s'est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu'on a échoué. C'est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu'une vous a trahi, de ne croire plus en l'amour juste parce qu'un d'entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d'être heureux juste parce que quelque chose n'est pas allé dans la bonne direction. Il y aura toujours une autre occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ. »
– JE NE BOIRAI plus jamais la moindre goutte d'alcool, déclara solennellement Sirius.
James roula des yeux, car ils avaient fait exactement la même promesse au début du weekend et que le résultat n'était pas glorieux, mais Remus et Peter approuvèrent d'un faible hochement de tête.
La potion de désenivrement n'avait pas encore fait son effet et ne masquait pas la fatigue inévitablement causée par le fait d'avoir fait la fête jusqu'au milieu de la nuit, et les trois poivrots s'étaient trainés tant bien que mal jusque dans le jardin Betsy avait servi le petit déjeuner.
James, ayant mal dormi, se trouvait dans un état tout aussi désolant mais qu'une tasse de café corsée remédia efficacement. Un quart d'heure plus tard, nausées et maux de tête s'étaient apaisés, et la vue de la carafe de jus de pamplemousse rappela à Remus qu'il manquait quelqu'un à leur table.
– Au fait, comment va Elinor ? s'enquit-il.
James lui jeta un regard surpris.
– La réponse à l'air de sincèrement t'intéresser.
– Bien sûr ! s'offusqua Remus. Si elle est importante pour toi, elle l'est pour moi aussi. Et tu nous as dit qu'elle avait fait un malaise, je ne suis pas sans cœur. Alors ?
– Elle va bien, elle a juste besoin d'un peu de repos.
– Tant mieux...
– Son père a insisté pour qu'elle reste dormir à Shortbourne hier soir. Mais elle devrait revenir demain.
Remus afficha un sourire douloureux.
– Ah. Youpi.
James roula des yeux avant de se replonger dans la lecture du journal. Sirius et Peter s'éclipsèrent afin de rentrer se préparer avant de se rendre sur leurs lieux de travail respectifs.
– Merci, reprit une fois qu'il se retrouva seul avec Remus.
– Pour ?
– Essayer. Avec Elinor. Même si tu n'approuve pas mon choix. Ça me fait plaisir que tu demandes de ses nouvelles.
Remus haussa les épaules.
– Elinor porte les enfants de mon meilleur ami. Et elle va bientôt faire partie de la famille. Faut bien que je me fasse une raison.
Excepté Sirius, aucun des amis de James ne savait qu'il n'était pas réellement le père des enfants d'Elinor, ni qu'il s'agissait d'un mariage de convenance. Non pas parce qu'il ne leur faisait pas confiance, mais parce que tout ce qui entourait sa fiancée était si sensible qu'il préférait qu'il y ait le moins de personnes possibles dans la confidence.
Plus j'ai de gardiens, moins je suis gardé moins j'ai de gardiens, plus je suis gardé.
– Je suppose que tu sais ce que tu fais, reprit Remus. Et puis, les gens changent.
– Oui…
James se mit à parcourir le journal, tandis que Remus poursuivait son repas.
– En parlant de changement, reprit-il soudain. Je suis encore vachement étonné de celui du comportement d'Evans vis-à-vis de toi. Elle est clairement plus sympa.
James haussa les épaules.
– Elle a appris à me connaitre.
– Justement. C'est ce qui est étrange.
– Comment ça ?
– Ça aurait dû avoir l'effet inverse. Qu'est-ce que tu lui as fait pour qu'elle devienne super sympa avec toi ? ajouta-t-il en évitant la pomme que lui jeta au visage James. On n'aurait pas dit qu'il y a quelques semaines seulement ta simple vue lui inspirait la nausée.
James sourit.
– Juste mon charme en action.
Et par cette réponse, James ne plaisantait qu'à moitié.
S'il n'avait pas déjà été absolument confiant quant à l'irrésistibilité de son sex-appeal, le fait d'être tombé aussi aisément dans les bonnes grâces de Lily aurait suffi à la rendre arrogant. Elle lui avait affirmé maintes fois ne rien ressentir pour lui, mais son corps et ses regards l'avaient trahie. Il l'avait séduite, sans relâche, et elle avait succombé bien plus vite qu'il ne l'avait prévu. Il vendait peut-être la peau de l'ours avant de l'avoir tuée, mais il sentait être si près du but que l'idée d'échouer était… ridicule. Lors de leur dernière soirée, sans l'intervention de Tina, ils se seraient surement embrassés.
Ce n'était que partie remise. Après tout, il n'avait jamais pensé échouer une seule seconde. Mais parvenir au niveau de complicité qu'ils partageaient aussi rapidement ? Non, il ne s'y était pas attendu.
Mais après tout, il était James Potter, était-ce vraiment si surprenant ?
– Elle ne t'a jamais expliqué pourquoi elle te déteste autant ? demanda Remus.
– Elle ne m'a jamais détesté, protesta James.
– Dans ce cas, c'est qui cette fille qui lui ressemblait vachement et qui s'enfuyait à chaque fois qu'elle te voyait en te lançant un sale regard ?
– C'est juste un malentendu, expliqua patiemment James avec la voix de quelqu'un qui tente de faire comprendre à un simple d'esprit qu'un plus un est égal à deux. Le genre qui te fait croire que tu détestes quelqu'un, alors qu'en fait, tu l'aimes bien.
Et c'était d'ailleurs peut-être parce que Lily était piégée dans ses filets depuis trop longtemps pour pouvoir lui résister pleinement, parce qu'elle l'avait aimé tellement fort qu'elle l'aimait encore. James ne s'était pas attendu à ce qu'il soit aussi facile de séduire Lily, mais il savait qu'il devait son succès autant à son charme qu'aux relents d'amour adolescents qui avaient survécus à la purge anti James Potter de la jeune femme. Cela expliquait la facilité déconcertante avec laquelle il avait fait tomber ses défenses. James savait et sentait qu'il n'était qu'une question de temps avant qu'elle n'accepte entièrement d'être attirée pour lui.
Les choses s'étaient déclenchées bien plus facilement qu'il ne l'avait espéré. Lily Evans avait été une proie facile, mais James était heureux que les choses ne se soient pas passées autrement. Ce n'était plus jeu depuis longtemps, plus une question d'orgueil depuis des lustres, plus un défi depuis des siècles. Il était heureux que son agonie ait été rapidement soulagée par les encourageantes réactions de Lily. Il était heureux d'avoir de bonnes raisons de croire que son attraction pourrait bien être réciproque.
Remus lui jeta un regard étrange, visiblement peu convaincu.
– Je n'ai jamais entendu parler de ce genre de malentendu, déclara-t-il. En revanche, je me souviens distinctement t'avoir un jour traité de veracrasse, de champignon vénéneux et de calamar géant. Dans la même phrase.
– Dans certaines cultures, le veracrasse est vénéré comme une créature noble, protesta mollement James.
Il n'avait pas très envie de raconter à Remus comment il avait humilié Lily dans le passé. Pour Remus, ce genre d'actes n'avaient pas de prescription, et James était persuadé que son le ferai se sentir encore plus coupable qu'il ne l'était déjà.
– Entre nous, James, reprit le loup-garou d'une voix de conspirateur, tu l'as droguée oui ou non?
LORSQUE JAMES ARRIVA à Shortbourne, non sans s'être au préalable paré de sa plus belle robe de sorcier, de ses bottes en peau de dragon, d'un chapeau en cuir assorti à sa tenue, et d'une démarche digne d'un petit lord anglais ponctuée par les claquements de son élégante canne sur le pavé de la petite rue dans laquelle il était apparu, un mauvais pressentiment le parcourut, ne le quitta plus, et s'accentua au fur et à mesure qu'il traversait le petit village.
Pourtant, tout semblait aussi paisible qu'à l'ordinaire. Les commères comméraient, et les vendeurs vendaient et les passants passaient en saluant le futur gendre de la Barbe Bleue d'un signe de tête poli. Tout semblait en fait si paisible qu'il se convainquait que son pressentiment n'était pas fondé, jusqu'à ce qu'il passe devant le garage fermé d'Arthur Cartridge.
L'obscène tag recouvrant le rideau de fer du commerce était déployé, et les mamans passaient en jetant un regard courroucé à la blonde en maillot de bain chevauchant une Harley Davidson en se courbant exagérément sur le volant.
James ne sut jamais pourquoi il interpréta cette fermeture comme un mauvais présage. Il ne pût s'empêcher de frapper à la porte d'Arthur afin de s'assurer que le jeune homme, avec qui il ne s'était jamais entendu, se portait bien, mais la porte resta obstinément fermée et les volets résolument clos.
Définitivement mal à l'aise, James s'empressa de parcourir la distance qui le séparait de Shortbourne Mansion. Il n'était pas superstitieux, mais Arthur ne fermait absolument jamais son garage en pleine journée.
Au portail entourant le Manoir, James tomba nez à nez avec Mrs Robin, le Soigneur ayant procédé à l'examen d'Elinor la veille.
– Mr Potter, salua-t-elle d'une voix chaleureuse.
– Mrs Robin, répliqua-t-il en retirant poliment son chapeau.
Il se retint de froncer les sourcils. Mrs Robin lui avait pourtant assuré que tout allait bien… Que faisait-elle ici aussi tôt ?
– Vous êtes bien matinale, poursuivit-il d'une voix qui ne parvint pas à masquer son inquiétude. Il me semble que vous ne deviez rendre visite à Elinor qu'en début d'après-midi...
Mrs Robin se pinça les lèvres.
– Miss Bell a apparemment de nouveau fait un malaise tôt ce matin, l'informa-t-elle après une courte pause. Mais elle va bien, rassurez-vous. Je l'ai examinée et n'ai repéré aucun… dommage… physique…
Mrs Robin se tut, et James eut l'étrange impression qu'elle ne trouvait pas sa propre déclaration rassurante, contrairement à ce qu'elle affirmait.
– Quel est l'origine du malaise ? s'enquit-il.
– Surement le terme qui approche…
De nouveau, un petit silence. De nouveau, cette sensation que le Soigneur voulait qu'il lise entre les lignes.
– Miss Bell va bien, reprit la vieille femme d'une voix plus assurée. Elle a simplement besoin de beaucoup de repos car l'accouchement est pour bientôt. Elle est très fatiguée, et, si vous voulez mon avis, je suis certaine que l'air du pays de Galles lui ferait beaucoup plus de bien que l'air du sud de l'Angleterre, qui semble l'incommoder tout particulièrement. N'avez-vous pas remarqué que son état de santé devient inquiétant à chaque fois qu'elle séjourne dans le pays ?
Ignorant l'air confus de James, et sans attendre de réponse, Mrs Robin se remit en marche. Le jeune homme la regarda quelques instants descendre le long du chemin qui menait au village, avant de remonter l'allée dallée menant à la porte principale du manoir.
Il trouva la famille Bell au grand complet assis dans le salon. Elinor se reposait sur un élégant divan, et semblait aussi tranquille et souriante qu'à l'ordinaire, mais James savait reconnaitre une mise en garde lorsqu'il en recevait une et il était bien décidé à suivre les conseils du Soigneur.
Malheureusement, plus d'une personne semblait déterminée à ne pas laisser la fragile Miss Bell retourner au manoir avec lui. Brutus Bell, qui se montrait étrangement concerné par l'état de santé de sa fille, se montra inhabituellement, mystérieusement, inexplicablement inflexible sur le sujet : il était hors de question qu'Elinor quitte Shortbourne. Étant donné son état de grossesse avancé, et ses deux malaises en moins de deux jours, tout déplacement était inimaginable.
Si Tom restait comme à l'accoutumée silencieux, Jacob se léchait littéralement les babines et suppléait avidement cette décision, également soutenue par Mrs Belange. Marion n'osait s'opposer ouvertement à cette alliance, et se contentait de s'aligner sur la décision de son mari.
L'obstination des Bell était si inhabituelle que James finit par se demander s'il n'avait pas raté quelque chose, si quelque chose ne s'était pas passé entre son départ hier et son arrivée. Il se passait quelque chose d'étrange, et il n'arrivait pas à deviner quoi.
D'habitude, Mr Bell ignorait royalement tout ce qui avait trait à Elinor, à sa santé, ou à sa grossesse.
D'habitude, Mrs Bell ne lançait pas de regards venimeux à celle qu'elle considérait comme sa propre fille.
D'habitude, Tom arborait un air parfaitement neutre, et ne serait pas rageusement la mâchoire et les poings.
D'habitude, Alioth jouait avec son grand circuit de train et ne prêtait pas attention à la discussion des adultes.
D'habitude, Jacob ne reluquait pas sa nièce devant son père avec un désir aussi vicieux et évident.
En fait, la seule personne se comportant comme d'habitude était Mrs Belange, dont le regard empli de dédain passait régulièrement de James à Brutus avant de s'attarder un peu plus longtemps sur Elinor. Ils avaient tous trois clairement toujours fait partie de la liste des personnes qu'elle haïssait, et semblaient avoir grimpé en haut du palmarès du jour au lendemain pour la mystérieuse raison qui poussait toute la maisonnée à se comporter aussi étrangement.
Seul contre tous, au bout d'une longue et éreintante discussion, James n'eut d'autre choix que de céder.
TOM SERRA RAGEUSEMENT les poings.
– Vous n'auriez jamais dû accepter qu'elle reste ici, siffla-t-il, l'air visiblement furieux.
Surpris par le ton de voix du factotum, qui s'efforçait visiblement pour ne pas lui tordre le coup, James fronça les sourcils.
– Je ne pense pas avoir eu le choix.
Les autres membres de la maisonnée avaient quitté la pièce à la fin de l'échange, laissant James, Elinor et Tom seuls.
– Vous n'auriez jamais dû accepter qu'elle reste ici, s'obstina Tom.
– J'aurais dû faire quoi ? s'agaça James. La kidnapper, peut-être ?
– Peut-être.
James plissa les yeux. Que se passait-il ?
– J'oubliais que le kidnapping c'est votre spécialité, répliqua James. Si vous êtes si mécontent que ça, pourquoi ne pas avoir agi vous-même ?
– Parce que je n'ai pas le pouvoir de la protéger ensuite, contrairement à vous, rétorqua Tom d'une voix glaciale. Sinon, oui, je l'aurais fait.
Il paraissait sérieux. James secoua la tête et se tourna vers Elinor, qui regardait obstinément par la fenêtre.
– Je ne comprends pas...
– Vous auriez dû tout faire pour l'empêcher de rester ici, éructa lentement le factotum. Littéralement tout faire. C'est votre rôle.
– Qu'est-ce que vous voulez dire, à la fin ? s'impatienta James.
– Je…
– Tom, intervint Elinor d'une voix forte pour l'empêcher de répliquer.
Ce dernier referma immédiatement la bouche, bien que sa fureur mit quelques secondes à disparaitre de son visage.
Le froncement de sourcil de James s'accentua.
– Qu'est-ce qui se passe ?
Elinor et Tom échangèrent un bref regard étrange, mais gardèrent tous deux le silence.
– Je vais finir par le savoir, d'une manière ou d'une autre, de toutes manières.
– Je ne veux pas en parler.
– Elinor, insista James d'une voix impérative.
Il n'avait pas haussé le ton, mais elle comprit qu'il ne lui laissait pas le choix. Elle tourna un visage effrayé vers lui.
– C'est Grand-mère, dit-elle simplement.
James pinça les lèvres, instantanément contrarié :
– Qu'est-ce qu'elle a encore fait, celle-là ?
Elle cala nerveusement une mèche derrière l'oreille.
– Promets-moi d'abord que tu ne me détesteras pas et que tu me croiras, exigea-t-elle.
James haussa un sourcil. Qu'est-ce qui lui prenait, tout à coup?
– Je ne te détesterai jamais, et je te croirai toujours, déclara-t-il sans hésitation.
Elinor ferma les yeux, soulagée qu'il ait renouvelé sa loyauté infaillible sans poser la moindre question, et laissa enfin échapper un souffle qu'elle retenait depuis plusieurs secondes.
– Et je t'aime, au cas où si tu en doutes encore, ajouta-t-il avec plus de douceur.
Elle rouvrit les yeux, et esquissa un timide sourire.
– Je sais.
– Super. Ne l'oublies pas, alors, gronda-t-il.
Elle hocha la tête, visiblement touchée par son soutien. James se laissa tomber sur un siège, et se mit à faire tourner son chapeau sur le bout de l'index.
– Allez, accouches, ordonna-t-il sans aucun tact. Je suis curieux de savoir ce qui t'effraie tellement. Qu'est-ce qu'elle a encore fait, la harpie ?
Elinor posa une main sur son ventre avant de répondre d'une voix mal assurée :
– Grand-mère pense que ces bébés vont empêcher Alioth d'hériter de mon père.
Il y eut un silence.
– … Gné ? s'étonna finalement James.
Elinor prit une grande inspiration.
– C'est à cause de ce qui s'est passé hier, quand j'ai fait semblant d'avoir un malaise. Tout le monde a remarqué l'exceptionnelle inquiétude de mon père, surtout lorsque le Soigneur m'a rendue visite. Grand-mère en particulier trouve cela suspect. Elle ne comprend pas son intérêt soudain, et elle est… hum, très contrariée que mon père s'intéresse autant à ma grossesse, surtout que ça coïncide avec le fait qu'en ce moment mes parents n'arrêtent pas de se disputer au sujet d'Alioth.
– Je ne comprends pas non plus l'attitude de ton père, admit James. Faut avouer que c'est super bizarre. Qu'est-ce que tu en penses ?
– Est-ce si extraordinaire que ça que mon père s'inquiète pour moi simplement parce que je suis sa fille ? s'impatienta Elinor.
– Disons qu'il n'a pas été très doué jusque-là pour montrer l'étendue de son affection paternelle, déclara froidement James. Il t'a ignorée toute ton enfance, à marchandé ta main sans prendre compte de ton avis, t'a étranglée quand tu as divorcé, a tenté de te jeter dehors pour finalement te séquestrer... Hm. Je me demande vraiment pourquoi tout le monde trouve son intérêt suspect.
Elinor lui jeta un regard noir.
– Sans compter ce pour quoi on le soupçonne, ajouta Tom.
– Exactement, approuva James.
Elinor eut un geste impatient.
– Trois mots : présomption d'innocence. Aucun fait n'est avéré.
– Question de temps.
– On le soupçonne, insista Elinor avec un agacement qui pointait dans la voix. Mon père n'est pas un nounours, mais ce n'est pas un monstre non plus. Je reste sa fille et peut être que ça compte plus pour lui que vous le pensez.
Tom haussa les épaules et se retrancha derrière son habituelle expression indifférente, mais James n'était pas décidé à battre en retraite.
– Tu sais très bien que si ton père s'est résigné à te pardonner, c'est surtout parce qu'il s'est admis que tu seras probablement la seule descendante possible, insista-t-il. Il faut se rendre à l'évidence, Alioth sera exactement comme les autres. Tu es la seule enfant normale parmi ses héritiers.
– Justement…
Elle hésita avant de poursuivre :
– Tu sais que mon père est obsédé par la transmission de la lignée. Grand-Mère pense que c'est là que se trouve la clef de tout ce mystère autour de ma grossesse. Elle pense que s'il y a au moins un garçon parmi ces enfants, Père voudra perpétuer le nom des Bell à travers eux.
James fronça les sourcils.
– Euh... elle semble oublier que si nous nous mariions, ils vont porter mon nom de famille. Garçon ou pas. Nos enfants seront des Potter.
Elinor ne répondit rien, mais se leva et se remit à regarder par la fenêtre, d'où elle pouvait apercevoir Alioth courir dans le jardin.
– Ellie ?
Elle se tourna lentement vers James, et leva un regard craintif.
– Je ne partirai pas tant que tu ne voudras pas que je parle, Ellie, assura-t-il. Je resterai près de toi tant que tu auras besoin de moi. Tu peux tout me dire...
– Je sais, répéta-t-elle.
– Alors que se passe-t-il ? Brenitte a essayé de te faire du mal? Et c'est quoi le rapport avec nos enfants ?
Le fait qu'il ait employé aussi naturellement le pronom possessif au pluriel sembla encourager la jeune femme :
– Grand-Mère a surpris une conversation entre Mère et moi, qu'elle a ensuite interprété à sa manière.
– De quoi parliez-vous ?
– C'était peu après ton départ. Mère me disait que j'avais beaucoup de chance de t'avoir, que tu devais vraiment beaucoup m'aimer pour m'épouser malgré que je sois plus âgée et déjà divorcée, et que tu étais quelqu'un d'extraordinaire pour accepter sans conditions ces enfants comme si c'étaient les tiens…
James devint blême.
– Elle… la Harpie sait ?
Elinor eut un rire sans joie.
– Tout le monde sait, maintenant. Elle s'est bien sûr empressée d'en faire un scandale et de me traiter de tous les noms.
– Même ton père ? Il... Il sait aussi?
Elle acquiesça.
– Et t'es encore vivante ? s'étonna-t-il, les yeux grands ouverts.
Elle roula des yeux.
– Oui, et pour ta gouverne, il n'a même pas tenté de me tuer, annonça-t-elle avec sarcasme. En fait… il n'a pas vraiment eu de réaction, ce qui me fait dire qu'il le savait déjà et n'a pas eu de problème avec cette information. Il a simplement décrété que j'avais fait le bon choix, et ordonné à tout le monde de ne pas laisser filtrer qu'Arthur est le père biologique.
James hocha la tête. Le comportement de Mr Bell était définitivement étrange...
– C'est plutôt positif, non ? Ça nous fera un poids en moins, que tout soit éclaté au grand jour.
– Oui… mais ce n'est pas tout.
Elinor prit une grande inspiration.
– Lorsque Grand-Mère a… disons, digéré le fait tu n'étais pas le père biologique, elle est restée silencieuse un long moment. Au début, on a cru que c'était parce que père l'avait menacée elle tout particulièrement, mais en réalité, elle …réfléchissait.
– Si on peut appeler ça réfléchir, maugréa Tom.
– A quoi ? demanda James.
– Elle a attendu qu'on soit de nouveau seules avec mère pour nous exposer la théorie totalement absurde et insultante qu'elle a développée suite à cette révélation. Au début, Mère n'y croyait pas du tout et s'est indignée contre de telles insinuations, et quand je suis allée me coucher il était clair pour elle que c'était la folie de sa mère qui s'exprimait dans toute sa splendeur. Mais ce matin, elle était différente…
Les yeux d'Elinor s'embuèrent.
– Je me suis réveillée en sursaut, et elle était en train de surplomber mon lit en silence. Je ne sais pas depuis combien de temps elle m'observait, mais elle avait sa baguette à la main et elle avait une expression très dure qui m'a effrayée.
– Est-ce qu'elle t'a fait du mal ?
– Non. Enfin, pas physiquement. Elle... elle m'a dit qu'elle ne savait pas si c'était vrai mais que ça pourrait expliquer beaucoup de choses, qu'elle était très déçue par moi, qu'elle ne se laisserai pas faire, et d'autres choses que je n'ai pas bien saisies... Grand-mère a dû passer la nuit à la convaincre parce ce je n'a jamais vu une telle haine dans ses yeux. Elle s'en est aussi prise à ma mère...
Elle s'interrompit, la douleur lui coupant le souffle. James prit place à côté d'elle et lui prit doucement la main.
– Et après?
– Et après... C'était horrible. Je n'arrivais pas à lui faire entendre raison. Plus je me défendais, plus elle s'énervait. Sans l'intervention de Tom... enfin... De toutes façon, tu as vu la manière dont Mère se comporte avec moi à présent. Je ne sais pas si elle est totalement convaincue, mais le doute est clairement semé dans sa tête.
– Je vois. Qu'est-ce que la Harpie lui a dit au juste?
De nouveau, Elinor hésita et le regardait avec une crainte qui faisait briller ses yeux.
– Elinor, à moins que tu m'annonces avoir tué mon chat, je ne vois pas ce que tu pourrais me dire qui me fasses te tourner le dos et tu devrais le savoir, s'agaça James. Je serai toujours de ton côté, alors parle-moi. Qu'est-ce que la Harpie a dit à Marion ?
– Qu'elle m'a fait suivre par son elfe pendant quelques jours, lorsqu'elle séjournait à Shortbourne l'hiver dernier, et qu'elle n'a arrêté la filature que lorsqu'on a annoncé nos fiançailles, et...
– Attends deux secondes. Pourquoi t'aurait-elle fait suivre ?
– Je ne sais pas vraiment ce qu'elle cherchait à savoir, et elle n'a pas voulu m'expliquer. Mais le fait est qu'elle savait en permanence où j'étais, et avec qui. Elle était au courant depuis le début de ce qui se passait entre Arthur et moi, et du coup… elle trouve ça suspect que je me sois séparée d'Arthur quand j'ai compris que j'étais enceinte.
Elinor s'interrompit de nouveau.
– Grand-mère est persuadée que je mens et qu'Arthur non plus n'est pas le vrai père.
De nouveau, il y eut un long silence.
– ... Gné? répéta James, visiblement incrédule.
– Elle pense que le fait que je sois enceinte de lui nous aurait rapprochés au lieu de nous séparer. Et que toutes les raisons d'argent, de statut que j'ai avancé sont fausses. Que si j'ai été jusqu'à laisser un vulgaire Cracmol me toucher, elle ne voyait pas pourquoi tout à coup tous ces paramètres me dérangeraient.
Elle ferma les yeux quelques instants. Tom se dirigea gracieusement vers la table basse, rempli un verre d'eau qu'il offrit ensuite à sa jeune maîtresse afin qu'elle se remette de ses émotions. Malgré son émoi évident, James remarqua qu'elle prenait un soin tout particulier à ne pas toucher Tom.
– Elle... elle pense que j'ai réellement quitté Arthur parce que j'étais enceinte de quelqu'un d'autre, poursuivit enfin Elinor, et que si ce n'est pas toi le vrai père, d'après mes déplacements... ce ne pourrait être que quelqu'un de la maisonnée.
James leva un sourcil.
– Quoi, elle pense que c'est Jacob ? s'indigna-t-il.
Elinor eut un frisson de dégout, et reprit inconsciemment sa main.
– Non, non, elle sait très bien que je ne laisserai jamais Oncle Jacob me toucher, et ne peut imaginer que son parfait petit garçon puisse…enfin…
Elle s'interrompit. James respecta un petit silence avant de poursuivre avec délicatesse.
– Et du coup, elle soupçonne qui ? Votre jardinier, là, celui qui ressemble à un lutin ? Comment s'appelle-t-il ?
– Grégoire. Et non, ce n'est pas lui qu'elle soupçonne. Pour l'amour de Dieu, James, il a une jambe de bois. Et un œil de verre.
– Certaines personnes trouvent ça sexy, tu sais.
Elle roula des yeux.
La porte du salon se rouvrit à ce moment-là, et Jacob passa la tête pour annoncer à Tom que Mr Bell les attendait dans son bureau. Le regard vicieux de l'oncle détailla sans gêne le corps d'Elinor, qu'il trouvait sublimé par sa grossesse. Elinor frissonna, mais fort heureusement Tom l'entraina rapidement à l'extérieur et James et Ellie se retrouvèrent seuls.
– Reste plus que Tom alors ? reprit James, l'air songeur. A mon sens, même Grégoire est plus crédible.
– Qu'est-ce que tu veux dire ? s'étonna la jeune femme.
– Euh… Il n'est pas gay, ton homme à tout faire ?
– Non, il n'est pas gay, assura-t-elle avec froideur.
James leva un sourcil.
– Comment tu le sais ? demanda-t-il avec curiosité.
– Je le sais, c'est tout. Et non, ce n'est pas lui qu'elle soupçonne.
Elle semblait agacée par ses insinuations, aussi décida-t-il de ne pas insister.
– Mais alors qui ? Ton elfe de maison ?
Elinor eut un rire sans joie.
– Ça aurait été moins pire que ce qu'elle insinue.
– OK... Je t'avoue que je suis perdu. Il n'y a que Jacob, Grégoire, Tom et ton père qui habitent ici…
MRS BELANGE ÉTAIT INSTALLÉE sur la terrasse, et observait d'un œil débordant d'amour Alioth courir derrière les papillons. Surveillait était peut-être le terme le plus exact : Mrs Belange était peut-être plus gaga d'Alioth que de Jacob, et semblait considérer tout moment passé à faire autre chose que le regarder comme un moment perdu.
Elle semblait si inoffensive, dans sa petite robe à fleur et ses souliers vernis, qu'on aurait pu la méprendre pour une gentille grand-mère aimante et affectueuse. C'était d'ailleurs la réputation qu'elle avait en général, et les seuls lucides sur sa vraie nature étaient ses propres enfants, les habitants de Shortbourne, et James, qui l'avait un jour surprise en train de bruler la peau du bras d'Elinor avec le bout de son cigare.
Mrs Belange leva les yeux en entendant James approcher et lui adressa un sourire chaleureux, qu'il ne lui rendit pas.
– Vous êtes probablement la personne la plus horrible que je connaisse, l'informa-t-il d'ailleurs sur le ton de la conversation en prenant place en face d'elle.
La vieille femme se réinstalla confortablement dans sa chaise, un sourire doucereux sur les lèvres.
– Je suppose que vous avez parlé à Elinor.
– Ce que vous insinuez est ignoble, honteux et dégoûtant, éructa James.
– Je suis bien d'accord avec vous. Et j'ai fait part de mon indignation à Elinor. Cette... séductrice sans vergogne ne connait aucune limite. D'abord, mon fils, et maintenant, son propre père...
James serra les poings.
– Je suis curieux de savoir comment cette imbécilité a germé dans votre pauvre cerveau malade.
– Oh, allons, Mr Potter, dit Mrs Belange sur un ton condescendant. Je suis certaine que vous avez fait vos devoirs. Vous savez quel genre de famille sont les Bell. Ils ont la fâcheuse tendance à se reproduire entre eux. Ma fille est le premier sang étranger depuis trois générations.
– Mr Bell ne ferait jamais ça à Elinor, s'obstina James.
– Les parents de mon gendre sont demi-frère et sœur, vous pensez vraiment que c'est ce qui répugne ces personnes ? Ça ne m'étonne pas de voir Brutus passer à un autre niveau de dégradation, et il faut dire que le fait qu'Elinor ressemble autant à sa mère a dû jouer dans le franchissement de cette limite.
– Ça ne va pas dans votre tête, ma parole, éructa James en secouant la tête de dégout Vous devriez vous faire soigner, vous avez un sérieux problème pour imaginer des horreurs pareilles. Je ne comprends même pas comment vous avez pu penser une seule seconde...
– Vous aussi, Mr Potter, vous avez dû remarquer le regard intense que Brutus lui lance parfois, coupa Mrs Belange avec impatience. Je suis certaine qu'il voit Tara en elle, Tara, la seule femme qu'il ait jamais aimée. Même Marion n'a jamais pu la remplacer dans ce creux puant qui lui sert de cœur.
– Il n'empêche qu'il ne toucherait jamais sa propre fille, insista James, alors arrêtez de propager ces rumeurs.
Mrs Belange le sonda du regard et marqua une pause avant de reprendre.
– Vous pensez vraiment que Mr Cartridge est le père, alors ?
– Ils se fréquentaient avant que je la demande en mariage. Cette grossesse est un accident.
– Ils faisaient un peu plus que se fréquenter, à vrai dire, dit tranquillement Mrs Belange. Elinor s'était fiancée à Mr Cartridge, et ils projetaient de s'enfuir ensemble avant la fin de l'hiver. Malgré son statut social. Si vraiment il était à l'origine de cette grossesse, je ne vois pas pourquoi ils auraient annulé leurs plans.
Il y eut un silence.
– Vous mentez, dit finalement James d'une voix blanche.
Les lèvres de la vieille femme s'étirèrent en un sourire narquois.
– Elle vous a visiblement caché ce détail intéressant. Sachez que je ne suis pas folle, Mr Potter. J'ai des preuves. J'ai fouillé sa chambre hier soir, et je suis tombée sur des lettres où ils planifiaient leur fugue.
– Vous mentez, répéta James.
Mrs Belange plissa les yeux.
– J'ai analysé les faits avec objectivité, et ai recroisé des preuves tangibles et des évènements dont je ne suis pas le seul témoin pour parvenir à cette conclusion. Dès l'instant où j'ai appris que vous n'étiez pas le père, j'ai compris qu'il y avait anguille sous roche. Je voulais savoir la vérité. Alors j'ai cherché, réfléchis… et un étrange souvenir m'est revenu. Le souvenir d'une nuit de janvier, qui coïncide étrangement avec la période où Elinor est tombée enceinte.
James, toujours stupéfait par les révélations de Mrs Belange, resta silencieux.
– Cette nuit-là, poursuivit finalement la vieille femme à défaut d'encouragements, j'ai été réveillée par des bruits dans la chambre d'Elinor. Le temps que je me lève et m'habille, il s'est passé quelques minutes, mais j'ai ouvert la porte de ma chambre juste à temps pour voir celle de mon gendre se refermer. Intriguée, je me suis discrètement approchée de la chambre d'Elinor, j'ai entrouvert la porte, et elle était là, à pleurer à chaudes larmes dans les bras de Tom - visiblement choquée et un peu échevelée, si vous voyez ce que je veux dire. Je n'ai pas voulu me faire remarquer et suis retournée dans ma chambre tout aussi discrètement.
James perdit de ses couleurs.
– J'ai surveillé de près Elinor après cet incident, nuit et jour, et suis absolument certaine qu'elle ne s'est adonnée à aucun acte de débauche après cet évènement – surement le traumatisme, si vous voulez mon avis. Alors lorsque ma fille a laissé échapper que vous n'étiez pas le père de ces enfants, je n'ai pas pu m'empêcher de me demander qui, qui cela pouvait-il bien être ? Il n'y avait que trois hommes dans la maison cette nuit-là. Mon fils, Tom, et Brutus. Par élimination, je ne vois que Brutus, et cela explique certainement pourquoi il s'intéresse tant à cette grossesse.
– Mémé !
James et Mrs Belange furent interrompus par Alioth, qui revenait en courant vers eux afin de leur montrer le papillon qu'il avait capturé. C'était un petit garçon jovial et rêveur de dix ans, qui ressemblait de façon frappante à sa sœur. Mêmes yeux bleus extraordinaires (bien que leur forme en amande provenait indéniablement du côté Belange), mêmes chevelure légère et soyeuse (cependant, ceux d'Alioth étaient d'un joli châtain clair), même beauté féérique. Ce qui était bien étonnant, à l'humble avis de James. Mrs Bell était certes jolie, mais d'une beauté définitivement typée méditerranéenne. Quant à Mr Bell, il était tout simplement dépourvu de beauté.
– C'est magnifique, mon amour, s'exclama Mrs Belange.
James sourit mécaniquement tandis qu'Alioth leur racontait comme il était parvenu à capturer le petit insecte, mais son esprit était bien évidemment ailleurs. Jamais auparavant il n'avait douté de la parenté de la grossesse d'Elinor. Elle lui avait dit que c'était Arthur Cartridge, et il n'avait eu aucune raison d'en douter.
Jusqu'aux nouvelles informations révélées pas Mrs Belange.
Mais la vieille femme était-elle fiable ?
Elle avait probablement inventé toute cette histoire…
Mais cela pourrait bien en effet expliquer pourquoi Elinor refusait de se remettre avec Arthur. Elinor lui avait toujours dit qu'elle avait quitté Arthur car il n'aurait jamais été capable de subvenir à ses besoins. Cependant, s'ils s'étaient fiancés, c'est qu'à un moment ou à un autre, elle avait surmonté ses réticences.
SI ils s'étaient fiancés, et avaient réellement projeté de s'enfuir.
Une fois de plus, Mrs Belange pouvait bien avoir inventé toute cette histoire… La vieille femme était tarée, après tout.
James ne savait plus quoi penser.
Mrs Belange était malade, plus malade que son gendre, aussi malade que son fils (toutefois moins malade que feu son époux qui était connu pour torturer les animaux), et le jeune homme se demandait souvent comment une personne aussi censée que Marion ait pu naître dans une telle famille. Mais, se dit-il, cela revenait à se demander comment Sirius et Andromeda avaient pu naitre chez les Blacks, et Elinor être la fille de Brutus Bell. Marion avait été la seule personne à considérer Elinor comme une personne et à l'aider sans aucune hésitation quand cette dernière avait des ennuis. Brutus se souciait peu d'Elinor et l'aurait probablement jamais reconnue si elle n'avait pas été sa seule héritière potentielle. Il n'aimait pas sa fille comme on aime généralement son enfant, c'était un fait, mais de là à penser qu'il pourrait commettre une chose aussi terrible qu'un inceste il y avait un monde.
Et puis, Elinor n'aurait jamais gardé un tel enfant.
Tout comme elle n'aurait jamais gardé un enfant de Jacob Belange. Elle le haïssait, le redoutait. L'idée lui aurait été insupportable. Clairement, on pouvait sans risque le rayer de la liste des éventualités.
Les soupçons engendrés par les révélations de Mrs Belange accréditèrent toutefois un doute qui l'avait habité depuis sa rencontre avec Tom. Elinor se comportait de façon étrange lorsque le factotum était dans les parages, et refusait de s'étendre à son sujet. James avait toujours soupçonné quelque chose de romantique entre eux sans avoir aucune preuve sur lesquelles se baser autre que son instinct… Elinor et Tom… Tom, devenait une possibilité de plus en plus plausible aux yeux de James.
Et si Elinor n'avait pas tout dit ? Tom était toujours aux moindres soins autour d'Elinor, considérait ses désirs comme des ordres. Certains diront que c'était là son travail… Mais il était toujours si prudent autour d'elle que James se demandait si sa dévotion n'avait seulement à voir avec son statut d'employé et la culpabilité qu'il ressentait toujours cruellement d'avoir arraché Elinor de la vie pauvre mais tranquille, dépourvue de la présence et des exigences de Brutus Bell, qu'elle avait mené jusque ses sept ans.
Une chose était certaine : Tom l'aimait plus que tout, mais était-ce paternel ou romantique ? Difficile à dire… le bonhomme était indéchiffrable, Elinor muette à ce sujet, et le mystère demeurait entier. Sans compter que Tom semblait dépourvu de toute émotion. Aimer Elinor demandait du courage, de la passion, de la patience et beaucoup d'argent. Tom était censé, réaliste, et avait vingt longues années de plus qu'elle.
Son ex-mari Jon Callender, alors ?
Hm, non. Elinor semblait prête à vomir quand on prononçait son nom, et refusait d'avoir le moindre contact avec lui. Et ils ne s'étaient pas revus de l'année… Hautement improbable.
Arthur restait la possibilité la plus crédible. Arthur avait toujours adoré Elinor, et Elinor aimait encore Arthur, c'était évident. Et surtout, James ne voyait vraiment par pourquoi elle lui aurait menti à ce sujet… Elle lui avait assuré qu'Arthur était le père, alors James devait se défaire de tout soupçon. Il devait croire en elle.
Même si…
Non.
La question avait-elle réellement de l'importance ?
Elinor était avec lui, James Potter, et ils avaient déjà décidé qu'il serait le père de ces enfants. Lui. Les siens. Et il était d'ailleurs déterminé à les aimer comme les siens. Il était jeune, mais avait toujours voulu avoir des enfants, des petites filles qu'il hâterait comme des princesses, des petits garçons qui le rendraient aussi chèvre qu'il avait exaspéré ses parents.
Il était le père, c'était tout ce qu'il y avait à savoir, c'était tout ce qui ne se saurait jamais.
Alioth ouvrit les mains, et un charmant papillon prit son envol et se mit à tournoyer autour d'eux. Mrs Belange applaudit et prit un Alioth pas peu fier dans ses bras qui, s'estimant surement assez flatté comme cela, s'en retourna s'amuser dans le jardin. A peine fut-il hors de portée de voix que les deux adultes laissèrent tomber les masques affables qu'ils avaient adopté en la présence du petit garçon, et se remirent à se fusiller du regard.
– Pensez-vous toujours que mes doutes sont infondés ? demanda finalement Mrs Belange, l'air triomphant.
– Je pense…
Il marqua une pause.
– Elinor va devenir ma femme, et ces enfants, les miens, murmura-t-il lentement en la regardant dans les yeux. Je me fiche totalement de savoir pourquoi Mr Bell agit comme tel, ce qui s'est passé entre Elinor et Arthur, ou encore qui est le géniteur, parce que ça n'a aucune espèce d'importance. Le père, ce sera moi. Et vous allez laisser ma fiancée tranquille. Vous n'allez plus l'embêter avec vos soupçons, et vous allez cesser de diffuser ces rumeurs.
– Ou sinon ? demanda Mrs Belange, l'air clairement amusée par sa tentative d'intimidation.
James lui exposa l'alternative, et le sourire de la vieille femme s'effaça.
ELINOR NE SE TROUVAIT PLUS dans le salon lorsqu'il retourna à l'intérieur, mais dans sa chambre, occupée à faire les cent pas. Elle le regarda avec une lueur craintive lorsqu'il entra dans la pièce, et se méprit sur la raison de la dureté exceptionnelle des traits du visage de son fiancé. Convaincue qu'il était venu rompre leurs fiançailles, elle prit la parole d'une voix tremblante :
– James…
– Chut, l'interrompit-il. Viens là.
Il ouvrit grand les bras, et Elinor se réfugia contre lui. Tous deux restèrent enlacés une minute, ou une heure, il ne savait pas vraiment. Il s'en fichait. Il avait juste besoin de la rassurer autant que de se rassurer.
Elinor finit par lever des yeux inquisiteurs vers lui, comme pour chercher confirmation que tout allait vraiment bien entre eux. Le regard de James ne faillit pas dans sa détermination. Sa main caressa la joue de la jeune femme, se perdit dans ses cheveux, attira son visage vers le sien. Et il l'embrassa. Ce n'était pas désagréable.
Ça ne l'était jamais.
Mais, pour une fois, c'était elle qui déversait son désespoir en lui. C'était elle qui cherchait à noyer ses problèmes sous un nuage de douceur.
Elle avait été là pour lui, d'une manière que personne ne soupçonnait, plus là qu''elle-même ne le savait. Elle l'avait sauvé de la folie, de la tristesse, de la dépression. Elle n'avait pas hésité une seule fois, ni une seule seconde à se mettre en danger afin de l'aider à lever le voile sur la disparition du petit Lee. Elle était là, pour lui.
Il serait là pour elle également.
ELINOR S'ENDORMIT DANS ses bras, et James dut également s'assoupir sans s'en rendre compte, car c'est en sursaut qu'il fut tiré de son inconscience par un bruit dans la pièce. Immédiatement alerte, il ne lui fallut qu'une fraction de seconde pour déterminer l'origine du bruit : Marion Bell, apprêtée en tenue de gala, était debout près du secrétaire d'Elinor et s'était de toute évidence interrompue dans ce qu'elle faisait en voyant que James était réveillé.
Ce dernier la regarda d'un air perplexe. Elle le regarda également. Il fronça les sourcils. Elle pinça les lèvres. Il réajusta ses lunettes sur son nez. Elle se décida à mettre fin à cette situation gênante.
– Excusez-moi, dit-elle finalement d'une voix froide, je ne voulais pas vous déranger.
Marion ne le quitta pas un instant des yeux. Ses mains remirent à leur place le lot de lettres privées qu'elle était en train de consulter puis, le plus naturellement du monde, comme si elle ne venait pas de se faire surprendre en train de fouiller la chambre d'Elinor, se dirigea vers la porte.
– Attendez, l'interpella James.
Marion lui jeta un regard inquisiteur.
– Qu'est-ce que vous faisiez ?
– Je cherche des preuves de ce que raconte ma mère, répliqua-t-elle sans sourciller. Je cherche une raison de ne pas la croire.
– Vous en avez plein. Vous devriez croire votre mari et votre fille.
Marion émit un rictus méprisant.
– Je ne suis pas assez stupide pour interroger mon mari sur ce sujet. Et Elinor n'est pas disposée à nous apporter des réponses plausibles. Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir insisté. Ma mère, en revanche, a toujours eu mes intérêts à cœur. Et un instinct infaillible.
– Oui, mais votre mère est cinglée, avec tout le respect que je vous dois. Elle n'a pas passé sept ans à Azkaban pour avoir sauvé des orphelins d'un immeuble en feu.
Marion eut un geste impatient.
– Mon père méritait ce qui lui est arrivé. Et ma mère est très lucide, lorsqu'il s'agit de protéger sa famille.
– Elle n'est pas en train de protéger la vôtre, en tout cas. Elle est en train de la détruire.
Elinor remua dans son sommeil. Marion et James s'interrompirent jusqu'à ce qu'elle se tranquillise.
– Marion… Mrs Bell… J'aimerai vous parler seul à seul, s'il vous plait.
Elle le sonda du regard quelques instants.
– Je vous attendrai dans ma chambre.
James se glissa lentement hors du lit pour ne pas réveiller Elinor, et quitta à son tour la pièce non sans avoir jeté une alarme sur la porte. Le couloir de l'étage desservait la chambre d'amis, actuellement occupée par Mrs Belange, celle d'Alioth, celle de jeune fille d'Elinor, celle de Mr et Mrs Bell. Jacob occupait une dépendance au fond du jardin, et Tom possédait ses quartiers sous les combles. Le rez-de-chaussée était occupé par le salon, le bureau de Mr Bell et la bibliothèque adjacente.
James trouva Mrs Bell en train de fixer une plume au turban lui entourant la tête. Elle lui jeta un coup d'œil à travers le miroir de la coiffeuse lorsqu'il entra, et l'invita à fermer la porte derrière lui.
– Mrs Bell, commença James d'un ton désespéré. Vous ne pouvez pas croire en ce que votre mère raconte.
– Je ne sais plus en quoi croire, admit Marion après une courte pause.
James secoua la tête, incrédule.
– Sérieusement… c'est juste… c'est insensé. Et vous le savez, que ça l'est.
– Vous pensez vraiment que ça me plait d'imaginer qu'il n'y ait ne serait-ce qu'une infime possibilité que mon mari et ma fille…
Elle s'interrompit, et une veine menaçante apparut sur sa tempe.
– Parce que je l'aime comme ma fille, Elinor, reprit-elle d'une voix furieuse. Je l'ai élevée comme la mienne. Mais si elle m'a trahie…
Elle s'interrompit de nouveau, l'air torturée.
– Je ne vois pas pourquoi ma mère irait inventer une telle histoire. Je ne comprends pas l'étrangeté du comportement de mon époux envers une fille qu'il avait toujours ignorée et méprisée jusque-là. Je ne m'explique pas le fait qu'Ellie ait toujours catégoriquement refusé de faire un test de paternité. Je n'ai aucune idée de la raison pour laquelle elle ne me révèle pas l'identité du père, alors qu'elle me dit tout d'ordinaire. Je sais juste que cette infime possibilité existe, qu'elle pourrait aisément dissiper tous ces doutes, et que si elle ne le fait pas, c'est qu'il doit y avoir une raison.
– Je… n'ai pas de réponse à vos questions, répondit James avec précaution. Mais je fais confiance à Elinor. Elle a besoin de votre soutien.
Marion se tourna pour lui faire face, visiblement impressionnée.
– Je vois qu'elle a toujours le vôtre, et qu'il est infaillible. Vous devez vraiment l'aimer pour accepter autant de choses.
– Vous avez raison, dit James sur un ton grave. Je l'aime beaucoup.
– Qu'est-ce que vous pensez de tout cela ? demanda-t-elle avec une curiosité évidente.
– Que c'est ridicule, répliqua-t-il aussitôt. Et Marion… même si c'était vraiment vrai, ça n'aurait aucune importance car j'épouse Elinor dans quelques semaines. Votre mari n'aura aucun droit sur eux. Ces enfants seront mes fils et mes filles.
Elle eut un rire sans joie.
– Vous n'avez aucune idée de ce dont mon mari est capable pour s'assurer un héritier, répliqua-t-elle. Vous pouvez être certain que si ma mère a raison, qu'il y a au moins un garçon parmi ces enfants, et qu'Alioth se révèle être une déception, il ne reculera devant rien pour les récupérer. Et je prendrai toutes les mesures qu'il faut pour empêcher cela, ajouta-t-elle d'une voix lugubre.
LORSQUE JAMES RETOURNA dans la chambre d'Elinor, légèrement abattu, il menait un combat interne pour ne pas se laisser affecter par le poison de Mrs Belange. Car si une partie de lui mourrait d'envie de réveiller sa fiancée pour lui poser toutes les questions qui le tiraillaient, une autre lui interdisait d'envisager la possibilité qu'une telle horreur soit vraie.
Et il était tiraillé entre ces deux options.
Elinor s'agita dans son sommeil, et ses mains se posèrent instinctivement sur son ventre tendu. James la regarda dormir paisiblement pendant de longues minutes, sa poitrine se soulevant régulièrement tandis qu'un faible ronflement lui échappait.
Plus le temps passait, et plus la situation d'Elinor se compliquait. Elle l'avait pourtant mis en garde lorsqu'il l'avait demandée en mariage, lui avait dit qu'il ne savait dans quoi il mettait les pieds.
Et elle avait raison. Neuf mois après leur rencontre, il n'avait toujours aucune idée très claire de ce dans quoi il avait mis les pieds.
Elinor laissa échapper un soupir.
James l'observa.
Arthur… Tom… Jacob… Jon…
Un véritable harem, tout à coup.
Il n'avait pas toutes les informations, malgré le risque qu'il prenait pour elle, et cela pourrait se révéler dangereux voire fatal à l'avenir.
Et surtout, il était tout bêtement curieux.
Arthur… Tom… Jacob... Jon…
Quelqu'un d'autre ?
Pourquoi avait-elle si peur qu'il ne la croie pas?
Il était vraiment, vraiment curieux.
Finalement, n'y tenant plus, James la secoua délicatement pour la réveiller.
– Hmm ? marmonna-t-elle en découvrant ses superbes yeux.
– Désolé de te réveiller, dit James en s'asseyant sur le lit près d'elle.
Alertée par son air grave, Elinor se redressa et le regarda avec une appréhension évidente.
– Ellie, reprit James, j'ai beaucoup réfléchi et je me demandais…
Elle écarquilla les yeux. James s'interrompit, lui prit délicatement les mains entre les siennes.
– Je me demandais…
Ses yeux, qui arboraient à présent une appréhensive, commencèrent à s'embuer, et James sentit son cœur se serrer.
Il ne voulait surtout pas la faire pleurer. Il n'avait pas voulu la faire pleurer. La vue lui était insupportable. Tout sauf ça…
Tout, sauf ça.
Et il en revint à sa décision initiale. Visiblement, elle ne souhaitait pas être questionnée, et il se devait de respecter cela. Quelle que soit la vérité, cela n'avait aucune espèce d'importance. L'identité de l'homme à l'origine de cette grossesse. Arthur, Tom, Jacob, Jon, un inconnu dans un bar, le calamar géant… Ce qui importait, c'était Elinor. Ceux qui importaient, c'étaient ces enfants.
Cette fois, James était déterminé. Ellie lui avait demandé de l'aide, et il allait le lui apporter.
Il avança la main, et essuya délicatement les larmes qui avaient perlé le long de ses joues avec le pouce. Ellie entrouvrit la bouche, le regard toujours craintif, et James esquissa un sourire rassurant.
– Je me demandais, reprit-il avec douceur, si l'on ne ferait pas mieux de se marier plus tôt que prévu.
Elinor resta stupéfaite quelques secondes, bouche bée. James ne put s'empêcher de sourire. Ce n'était pas tous les jours qu'il parvenait à laisser sa bavarde fiancée coi.
– Je ne comprends pas, admit-elle finalement en fronçant les sourcils.
– Je veux qu'on se marie le plus vite possible. La semaine prochaine. Non, demain.
Elinor cligna des paupières, prise de court par sa proposition. L'incompréhension se lisait clairement sur son visage.
– Mais… Miss Evans n'aura jamais fini pour demain.
– On pourrait laisser tomber la grosse fête. Bazarder toute l'organisation, se trouver une chapelle dès ce soir et en finir avec ce cirque. L'essentiel, c'est qu'on soit mariés, non ?
La confusion de la jeune femme laissa place à une expression scandalisée.
– Hors de question, glapit-elle avec indignation. Je n'arrive même pas à croire que tu me proposes une telle chose !
Ce fut au tour de James de rester bouche bée.
– Mais… C'est la meilleure solution, au vu de la situation, ma puce, bégaya-t-il.
– Je m'en fiche.
– Ellie, réfléchis-y… Tu pourrais revenir à la maison dès immédiatement, et Brenitte pourrait inventer toutes les rumeurs qu'elle veut que ça n'aurait plus d'importance, et Marion ne se sentirait plus menacée. Ah, et Tom cesserait enfin de me regarder comme si j'étais un misérable ver de vase.
Mais Elinor secouait la tête avant même qu'il n'ait exposé tous ses arguments, et croisa les bras.
– James Potter, sais-tu pourquoi j'attache autant d'importance à cette cérémonie ? Pourquoi je mets autant d'efforts dans ce cirque ? Pourquoi je ne recule devant rien pour m'assurer que tout sera mémorable ?
L'interpellé haussa les épaules, l'air penaud.
– Parce que c'est pas toi qui paie les factures ?
Elle ne put retenir un petit sourire, qu'il ne put s'empêcher de lui rendre. Elle roula des yeux. Il haussa un sourcil en signe de défi. Elle sourit de nouveau. Il se glissa de nouveau dans le lit, prit place à côté d'elle et plaça un bras autour de sa taille. Elle posa la tête sur son épaule et ferma les yeux.
– Donc ? La raison pour laquelle tu dilapides mon héritage ?
Le sourire d'Elinor s'affaissa.
– Quand Jon et moi nous sommes séparés, j'étais littéralement plus rien. La veille, j'étais l'influente Madame Callender, j'étais admirée, enviée et respectée, et j'adorais ça. Et du jour au lendemain, j'apprenais mon divorce de la pire des manières, j'étais humiliée publiquement et je devenais la risée de la communauté. Et crois-moi, c'était horrible. Tout le monde se délectait du fait que je n'avais rien vu venir, que j'avais tout perdu si vite… La plupart des amies qui venaient me rendre visite s'empressaient de faire écho de mon malheur à qui voulaient l'entendre, détaillaient les confidences de mon désarroi dans les journaux.
Elle se tut, et son visage se durcit.
– J'étais seule, et isolée, et j'avais le cœur brisé, et c'est pour ça que j'ai décidé de revenir en Angleterre sans même attendre la fin de mon divorce. Grâce à la main mise de ma mère sur les journaux, j'ai pu gagner un peu de répit, et commencer à me reconstruire. J'ai quitté l'Angleterre il y a dix ans, donc on ne me connaissait que très peu ici. J'ai renoué d'anciennes connections, et je me suis fait des amies, et même de très bonnes amies comme ta mère…
James sourit tendrement.
– … Mais mon passé m'a rattrapé de nouveau. Et les rumeurs, les désignations du doigt, les moqueries ont recommencé. Les gens se sont montrés impitoyables et ont tenté de m'exclure de nouveau de la bonne société. Alors oui, ma situation est moins précaire depuis que nous sommes fiancés, mais je veux leur prouver à toutes, de Londres à Copenhague, qu'Elinor Marvella Bell n'est pas finie en faisant le mariage le plus extraordinaire de la décennie, que j'ai renait de mes cendres plus forte que jamais.
– Mais ma puce… tu leur a déjà démontré que tu es une femme forte, et sans m'épouser. T'étais déjà assez populaire lorsqu'on a commencé à se fréquenter, ton exposition d'art marchait plutôt bien, Callender t'avait enfin donné tout ce que tu avais réclamé pour le divorce… Ce grand mariage est inutile.
– Tu ne peux pas comprendre, James, s'impatienta-t-elle. Elles m'ont trahie et ridiculisée, et je veux les voir mourir de jalousie en paradant au bras de mon superbe fiancé.
Il soupira, et décida de changer de sujet devant son obstination.
– Pourquoi d'ailleurs est-ce que Jon a fini par céder à tes exigences ?
Elinor esquissa un sourire triste en coin. Son regard glissa rapidement sur les lettres mauves qui s'entassaient de nouveau sur son secrétaire, puis elle ferma de nouveau les paupières.
– Parce qu'il voulait se faire pardonner.
– Mouais… de là à te donner le château familial, dit James, qui n'avait pas remarqué son manège. Même Heidi n'en revenait pas. Elle m'a dit qu'il a suffi que tu lui parles seule à seul pour qu'il capitule. Tu lui as fait une danse de Vélane ?
Elle rit doucement.
– Je n'en ai pas eu besoin, même si ses parents sont persuadés que c'est ce que j'ai fait. Si Jon a capitulé, c'est simplement parce qu'il est amoureux de moi.
James resta méditatif.
– Tous les hommes de ton entourage sont amoureux de toi. Ou complètement sous ton charme.
– J'y peux rien si je suis très jolie. D'ailleurs, ajouta-t-elle sur un ton réprobateur, comme ça se fait que tu ne sois pas à mes pieds, toi aussi ?
James la regarda quelques secondes, pensif, avant de répondre.
– Peut-être que si tu fais l'effort de te teindre en rousse…
Bla Bla de l'auteur:
1)Je sais que c'est le 3e chapitre avec le POV de James à la suite, mais en fait ceci est la suite du chapitre 14, que j'ai coupé en deux car trop long.
POV Lily au prochain chapitre!
2) Oui, j'ai posté deux fois le même jour, mais c'est pour me faire pardonner mon absence
3) REVIEWEZ!
