Note complètement inutile de l'auteur : autant je ne suis pas très branchée célébrités, autant : 1) je love Pierce Brosnan. Jeune ou vieux, il est magnifique ! 2) j'aime imaginer Doc en pensant à Joe Anglim de « Survivor », l'une de mes émissions préférées, et 3) le physique d'Elinor est basé sur celui Elsa Hosk, l'une des Anges de Victoria's Secret. Ok, on s'en fout, place au chapitre!
CHAPITRE 16 : Dix sur l'Echelle de Piercebrosnanité –LILY
LILY SE MORDIT l'intérieur des joues afin de ne pas éclater de rire devant l'air contrit de Mary. Cette dernière, qui avait pourtant répété à qui voulait l'entendre qu'elle mourrait de faim pendant les trente dernières minutes, considérait pourtant l'assiette que Lily venait de lui servir avec méfiance.
– Tu ne manges pas ? s'enquit-elle avec une innocence feinte. Je croyais que tu étais affamée...
Mary esquissa une petite grimace.
– Je suis juste… surprise que tu aies cuisiné, dit-elle. Je pensais qu'on allait commander de la pizza comme d'habitude.
– Je me suis dit que j'allais faire un petit effort, comme tu es enceinte, répliqua Lily en désignant le ventre rond de son amie d'un signe du menton.
– Oh, fallait pas, assura Mary. Fallait vraiment pas…
Elle se passa une main dans les cheveux. Le plat avait certainement l'air plus appétissant que tout ce que la rousse ne soit jamais parvenue à cuisiner, mais l'estomac de Mary gardait un souvenir très précis de toutes les fois où elle s'était risquée à goûter une préparation de son amie.
– Lily… tu te souviens pourquoi on commande systématiquement de la pizza quand on passe la soirée chez toi, que ton frigo soit plein ou non ?
– Parce que c'est bon ? proposa cette dernière d'un ton feignant la candeur.
– Oui, parce que c'est bon. Contrairement à ce que toi tu produis quand tu te mets derrière les fourneaux.
Lily afficha un air faussement outré.
– T'insinues que je cuisine mal ? s'indigna-t-elle.
– Je n'insinue rien du tout, je le dis concrètement, répliqua placidement Mary. La dernière fois, je suis retournée chez moi avec une sévère intoxication alimentaire que je ne t'ai toujours pas pardonné.
Cette fois, Lily ne put se retenir de rire, et Mary lui adressa un geste obscène du doigt.
– Connasse, maugréa-t-elle sur un ton également amusé. Je cauchemarde encore des toilettes de cette station-service, tu sais.
Lily tenta vainement d'avoir l'air compatissant.
– Désolée. Mais c'était il y a plusieurs années, je me suis améliorée. Goutes, tu verras.
– Oui, ça a l'air délicieux et ça sent bon, admit Mary en examinant les légumes dans son assiette, mais tu comprendras que je ne suis pas sûre de vouloir faire courir un risque à mon bébé. Je veux bien admettre que tu as changé depuis mon dernier séjour, mais ça m'étonnerait beaucoup que tes talents de cuisinière se soient améliorés.
– Ouch ! Si t'es pas contente, cuisines toi-même la prochaine fois.
– Lily, soyons sérieuses deux secondes, répondit Mary avec hauteur, comme si c'était l'idée la plus saugrenue qu'elle n'ait jamais entendue. Je suis pire que toi en cuisine. Je ne sais même pas cuire des pâtes.
Lily roula ostensiblement des yeux devant le culot de son amie.
– Ne t'inquiètes pas, Dorcas est passée cet après-midi me filer un coup de main.
Mary n'eut toujours pas l'air convaincue.
– Ma contribution se résume à lui avoir passé le sel et le poivre, précisa-t-elle d'un air faussement irrité.
– Ah, dans ce cas…
Lily roula de nouveau des yeux, et elles entamèrent enfin le repas avec appétit.
– Alors, reprit Mary en découpant son poisson. Tu ne m'as toujours pas dit qui c'était…
– Hmm ? s'étonna Lily en fronçant les sourcils.
– Je veux tout savoir de lui.
– De qui ?
– Bah… de lui, dit Mary comme s'il s'agissait d'une évidence. Le mystérieux homme dans ta vie. The mysterious man in your life ! El misterioso hombre ! L'uomo misterioso !
– Il me semble t'avoir dit au moins trois fois rien que la dernière heure que j'étais célibataire, dit Lily. Y'a pas d'homme dans ma vie, mystérieux ou non.
– Ouais, c'est ça, et mon cul c'est du poulet.
– « Toujours aussi élégante, Miss Macdonald » ? releva Lily en imitant la voix du professeur McGonagall, qui ne s'était jamais habituée au vocabulaire parfois coloré de son élève.
Mary lui adressa un clin d'œil.
– Toujours, mon amour. Allez, sérieux, je veux tout savoir ! Je sais que tu as quelqu'un, c'est certain ! Tu t'es trahie tout à l'heure.
– Mary, ce n'est pas parce que j'ai décliné les avances du mec du Salon du Chocolat…
– Du très beau mec du Salon du Chocolat, l'interrompit la brune.
Lily roula de nouveau des yeux.
– Oui, oui, si tu veux… Du très beau mec du Salon du Chocolat que ça veut dire que j'ai un amoureux mystérieux.
– Oh, vu comment tu en fais tout un secret, j'aurais plus dit un « plan cul » qu'un « amoureux » mais après tout l'un n'empêche pas l'autre.
Lily lui jeta un bout de pain.
– Pourquoi tu ne veux pas parler de lui ? insista Mary, qui se pencha à temps pour esquiver le projectile.
– Parce qu'il n'existe pas.
– Allez, t'en as honte, ou quoi ? Il est marié ? Il est moche ? Il a déjà des enfants ? Les trois ? Pire ?
– Ça, chérie, c'est ton genre d'homme, pas le mien, taquina Lily en tirant la langue.
– Owen n'était pas si moche que ça, protesta mollement Mary.
– Oui… mais seulement par rapport à Pierre, qui, je le rappelle, détient le triste record de 1/10 sur l'Echelle de Piercebrosnanité.
Il s'agissait d'une stupide unité de mesure que Lily et Mary avaient inventé lors de leurs premières années à Poudlard, et qu'elles utilisaient encore aujourd'hui entre elles pour parler du sujet qu'elles ne semblaient pas pouvoir éviter lorsqu'elles se trouvaient ensemble : les garçons.
Mary était une ancienne camarade de dortoir de Lily, avec qui elle avait gardé d'excellents rapports bien qu'elle se soit expatriée sur le continent, et qu'elle accueillait à chacun de ses séjours à Londres. Sans être aussi proche d'elle que de ses trois autres amis, Lily la considérait tout de même comme une grande amie et s'était octroyée malgré son emploi du temps chargé un week-end prolongé pour mieux profiter de sa présence. Elle aimait leurs discussions sans queue ni tête, et appréciait plus particulièrement la venue de Mary en l'absence de Marlène.
– Change pas de sujet ! s'exclama Mary en se servant un verre d'eau. Si tu n'as personne en vue, comment se fait-il que tu aies refusé de prendre le numéro du bel inconnu ? Comment il s'appelait, déjà ?
– Félix. Ça ne t'est jamais venu à l'esprit que je n'étais peut-être pas intéressée par lui, tout simplement ?
Mary fit semblant de réfléchir.
– Euh… non.
Lily poussa un soupir las.
– Il atteignait facilement un bon 8,25/10 sur notre Echelle de Piercebrosnanité, et c'est un excellent score, poursuivit Mary. Je ne sais pas si t'as remarqué à quel point il est difficile de trouver quelqu'un de plus de 8/10 en ce moment, j'ai l'impression que tous les beaux se cachent. Et pourtant, tu n'as même pas hésité à lui dire non.
Lily leva les yeux au ciel, cette fois réellement exaspérée.
– Il n'est écrit nulle part que les femmes sont obligées d'accepter les avances de tous les mecs qui leurs offrent des verres et qui ont une belle gueule.
– Oh, il avait un peu plus qu'une belle gueule, hein ! Son pantalon était assez serré pour deviner un…
– Mary !
– … qui devait surement être dû au fait que ton décolleté était scandaleux.
– C'est toi qui m'a dit de mettre cette robe !
– Oui, parce que c'est toujours très drôle de sortir avec toi quand t'es habillée un peu sexy. Les hommes sont comme des hyènes derrière toi et tu ne te rends jamais compte quand tu te fais draguer, à part s'ils y vont comme des taureaux.
Lily Evans était en effet l'une de ces femmes qui ne se faisaient que si rarement courtiser qu'elle ne s'en rendait pas compte la plupart du temps que cela lui arrivait. Ce n'était pas à défaut d'être jolie ; elle était même généralement considérée comme plutôt séduisante sans être une grande séductrice. Elle ne dégageait définitivement pas une intrigante aura de femme fatale comme Dorcas, ni ne possédait la plastique parfaite de Marlène, et n'avait certainement pas la tête bien faite d'Elinor, mais sa joliesse sans apprêt, ses longues et admirables jambes et sa contagieuse bonne humeur retenaient souvent à son insu l'attention de la gente masculine.
Le manque de perspicacité de la jeune femme décourageait généralement ces derniers, et rares étaient ceux qui ne perdaient pas de leur motivation et ne méprenaient pas cette décontraction pour de l'indifférence.
Felix était visiblement l'un d'eux, étant donné qu'il discuta plus d'une heure avec elle sans encouragements de sa part avant de tenter quand même de la revoir.
– Il était drôle, j'avais pas compris qu'il flirtait avec moi.
– Et t'es censée être l'intelligente du groupe, soupira Mary.
– De quoi tu te plains ? grogna Lily. Tu devrais être contente non ? Vu que tu as récupéré son numéro juste derrière…
– Je suis enceinte, tu penses vraiment que je suis du genre à shampouiner la tête de mon gosse avec le…
– Mary, sérieusement !
– …d'un autre homme ?
Lily poussa un grognement.
– Pour répondre à ta question, oui, parce que tu l'as déjà fait et pas plus tard que le weekend dernier, si ma mémoire est bonne.
– T'en sais un peu trop sur ma vie sexuelle, fit remarquer Mary en feignant l'irritation.
– Mais c'est toi qui m'en parle tout le temps ! s'exaspéra Lily. Je peux pas deviner ce genre de choses !
– C'est parce que c'est très drôle de te voir gênée quand on te parle de sexe.
– T'as un petit côté sadique, tu sais ?
– Littéralement, parfois. Attends que je te raconte tout ce que je peux faire avec un fouet et des menottes. Owen d'ailleurs…
– Je ne veux pas savoir !
Lily se couvrit précipitamment les oreilles, et Mary éclata de rire.
– OK, OK, j'arrête. Et pour répondre à ta question, j'ai pris le numéro de Felix pour toi, au cas où si tu changeais d'avis – ce qui ne semble malheureusement pas être le cas. Et je ne comprends pas pourquoi. Je te connais Lily, et je te rappelle qu'on avait fait toutes les deux un classeur de photos de beaux mecs...
– On était aussi stupides que ça ? soupira Lily avec désespoir.
– … et, par conséquent, je sais très bien quel est ton genre d'homme, et ce Felix était en plein dans le mille. Sans compter Nathan qui n'était qu'une erreur de parcours, ça fait un moment que tu n'as pas réellement donné sa chance à quelqu'un. Pourquoi pas lui ? Vous rigoliez comme si vous vous connaissiez depuis mille ans.
Mary avait raison, bien entendu. Elle n'était pas quelqu'un réputée pour être sociable, et pourtant, elle avait discuté avec Felix avec une facilité déconcertante. Elle ne savait même plus les différents sujets qu'ils avaient abordés, mais se souvenait avoir beaucoup ri et s'être immédiatement sentie à l'aise en sa compagnie.
Mais...
(James Potter)
Mais elle n'avait pas souhaité donner suite à ses avances.
– Je ne sais pas, Mary. J'ai juste… pas envie. Peut-être que je ne suis pas prête à passer à autre chose, ou alors que je suis passée de l'autre bord.
Mary ricana.
– J'aurais pu le croire si tu ne t'étais pas placée au premier rang pour le strip-tease de Mister Show-Klate et si tu n'avais pas glissé un billet dans son caleçon. Sérieusement, tu me surprendras toujours.
Lily rougit légèrement à l'évocation du spectacle privé pour lequel elles avaient déboursé une coquette somme de leur budget. Mary l'observa quelques secondes d'un air impassible avant de continuer :
– Tu me donnes l'impression d'être célibataire, mais pas exactement libre. Comme si… Dis-moi, il y a peut-être quelqu'un qui te plait, en ce moment ?
L'image de James s'imposa aussitôt à l'esprit de Lily, et le sang lui monta aux joues.
– Euh, non, pas du tout, nia-t-elle mollement.
– AHA ! Dans ce cas, pourquoi est-ce que tu rougis ?
– Je ne rougis pas !
– Tu vois cette tomate ? Ben vous avez la même couleur, là.
– T'es vraiment chiante. Rappelle-moi pourquoi on est amies, déjà ?
– Parce que j'ai tiré juste à temps ta jupe qui était restée coincée dans ta culotte en sortant des toilettes, et t'ai ainsi évité de te ridiculiser devant toute l'école, répondit aussitôt Mary.
Lily esquissa une grimace.
– Ah. Oui, c'est vrai.
– Alors, dis-moi tout ! Je veux tout savoir ! Et mon train n'est que dans trois jours, je te harcèlerai jusqu'à ce que tu te mettes à parler s'il le faut, menaça-t-elle en voyant son amie ouvrir la bouche pour protester. Et ne fais pas semblant de me menacer de me mettre dehors non plis, je sais que tu ne ferais pas ça à une femme enceinte.
– Non, par contre, je peux toujours rendre service à l'humanité en te jetant un sort de mutisme.
– Lily… Allez, sérieusement, le suspens me tue ! T'as vraiment envie de fourrer ta langue dans la bouche de personne en particulier ?
– A part Pierce Brosnan ?
– Oui, à part lui ! Allez, moi je te dis bien tout !
– Oui, parce que tu adores parler de toi-même, ce qui n'est pas mon cas.
– Mais j'aime aussi de temps en temps entendre tes histoires ! Allez, Lils, je te promets de ne pas te poser plus de deux – non, trois questions sur lui si ça te gênes tant. S'il te plait !
Mary lui jeta un regard si implorant que Lily finit par céder.
– Oui, il y a quelqu'un qui me plait, admit-elle en rougissant d'avantage.
C'était quelque chose qu'elle n'avait commencé à s'avouer que depuis la veille, où James et elle se seraient certainement embrassés sans la venue de Tina. Lily avait à peine fermé l'œil de la nuit, profondément perturbée par ce qui avait failli se produire, et s'était tournée et retournée dans son lit pendant des heures avant de se réfugier dans le salon dans l'espoir d'y trouver le sommeil. Cependant, le fait de se trouver dans la pièce où James et elle s'étaient bécotés comme deux lapins en rut ne l'avait aucunement aidé à retrouver une quiétude d'esprit. Elle n'avait pu s'empêcher de revoir leur baiser comme une spectatrice extérieure, et bon Dieu, c'était passionné ! Jamais elle n'avait été embrassée comme cela, avec ardeur et légèreté, avec naturel mais expertise, et son cœur battait la chamade.
C'était si étrange qu'elle ressente encore la passion de leur baiser un mois plus tard, alors qu'elle n'avait jusqu'alors pensé que sporadiquement à ce fameux soir. L'étreinte avortée par l'arrivée de Tina semblait raviver ce souvenir avec moult précisions. Elle se remémorait les bras de James autour d'elle, et sa bouche contre la sienne, et d'autres détails stupides comme la douceur de sa tignasse mouillée ou le fait que ses cils incroyablement longs l'avaient chatouillée…
Elle en était plus troublée aujourd'hui qu'elle ne l'avait été au moment des faits, ressentait une envie maladroitement refoulée et vainement combattue de retenter l'expérience. La soirée de la veille en était la preuve. Elle avait ressenti autant de frustration que de soulagement d'être interrompue par Tina, quand elle était supposée se sentir catastrophée et honteuse. Une petite part d'elle l'était probablement, mais le sentiment qui dominait était une sensation de manque et d'incomplétude que son imagination, aidée de ses hormones traîtresses, tentaient de combler avec tous les souvenirs de ses interactions d'avec James.
Ce n'était pourtant censé n'avoir aucune signification. Ça n'avait eu aucune signification.
Jusqu'à ce que James se mette à lui plaire.
Elle l'avait toujours trouvé séduisant, et son obsession pour lui s'était considérablement ternie sans jamais complètement s'éteindre. En s'exposant de nouveau à son charme, elle avait pris conscience d'être une fois de plus aimantée par James, mais avait naïvement pensé être à présent bien trop intelligente et mature pour redévelopper des sentiments. Elle le trouvait beau et sexy, et puis basta. Il restait un abruti, bien que beaucoup moins cruel.
Et puis… et puis, elle avait commencé à travailler pour lui, et puis il avait commencé à la hanter quand elle travaillait au manoir, et puis ils avaient commencé à mieux se connaitre et à s'apprécier. Et elle s'était rendue compte que son corps et ses émotions n'en avaient cure de ce que son cerveau avait décidé et que non, ce n'était pas tout, et qu'elle était même plutôt sensible au charme de James – dont il abusait, soit dit en passant.
Mais sa vanité avait encore parlé. Oui, elle trouvait James attirant, et alors ? Elle se montrait juste objective et sincère avec elle-même. Connais-toi toi-même, avait dit quelqu'un un jour. Cela ne voulait pas dire qu'elle tombait dans le panneau. Elle était bien trop intelligente pour ça, savait d'où pouvait venir le danger et ne le craignait pas. Il était attirant (surtout quand il paraissait au bord du lac du manoir torse nu, ce qui arrivait suspicieusement régulièrement), elle était attirée (parce que bon, ces muscles finement tracés ne passaient pas inaperçus), mais cela ne voulait rien dire tant qu'aucune ligne n'était franchie. Et aucune ligne ne serait jamais franchie, elle en était décidée. Alors même si malgré ses résolutions et ses affirmations, elle ne pouvait s'empêcher de flirter en retour avec lui, cela ne présageait rien et ne voulait absolument rien dire.
D'ailleurs, au départ, elle flirtait par pur orgueil.
L'énergie que James mettait à attirer son attention était flatteuse, et représentait presque une douce vengeance d'une certaine manière. Lily s'amusait à expérimenter le pouvoir qu'elle avait sur lui. Elle le taquinait ouvertement sur les fausses excuses qu'il avançait afin de passer du temps auprès d'elle. Elle se récréait de la gêne qui se lisait dans ses yeux noisettes lorsqu'elle le surprenait à la dévorer du regard. Elle se distrayait de l'inventivité dont il faisait preuve pour la complimenter sur tout et n'importe quoi, et qui lui faisaient plaisir au fond même si elle n'en croyait pas un mot. Elle ricanait intérieurement du frisson qu'il ne parvenait à réprimer entièrement à chaque fois qu'elle le touchait, volontairement ou non. Et pour une fille souffrant d'un manque de confiance en soi, c'était quelque part rassurant et flatteur d'être parvenue à captiver un homme tel que James, qui lui avait semblé inaccessible une grande partie de sa vie.
Et maintenant, ironie du sort, c'était lui qui lui courrait après. Elle ne savait pas vraiment pourquoi, car il s'était toujours montré incohérent dans ses explications, mais il semblait sincèrement ressentir quelque chose pour elle, quelque chose qu'il avait cessé de combattre. Car si James ne laissait rien filtrer de sa relation avec Elinor, il se montrait en revanche totalement transparent quant à ce qu'il ressentait pour Lily. Il ne lui cachait jamais qu'il avait des sentiments pour elle, bien qu'à la fois très contrarié que ce soit le cas et résigné à les laisser grandir comme ils le voulaient. Et Lily, outre le fait qu'elle trouvait la situation satisfaisante et amusante, ne savait pas vraiment quoi en penser…
Alors, le plus souvent, elle n'y pensait pas. Que James ressente ce qu'il voulait, tant qu'elle ne se mettait pas à développer pour lui des sentiments, tant qu'elle avait un contrôle sur cet aspect de leur relation.
Sauf que depuis Le-Deuxième-Baiser-Manqué de la veille (le premier ayant failli avoir eu lieu lors de son premier dîner au manoir), elle n'était pas certaine d'avoir un contrôle total sur leur relation. Elle n'était plus simplement attirée par lui, il lui plaisait. Elle avait candidement cru que l'amitié qu'ils avaient développé en parallèle de ce jeu de séduction n'impacterait pas sur sa relation avec James, que la forte connexion émotionnelle qu'ils développaient avec un naturel surprenant ne changerait pas le fait qu'elle ne voulait rien d'autre qu'une amitié un peu folâtre avec lui. Et maintenant, oui, il y avait bien quelqu'un qu'elle avait envie d'embrasser sans retenue. Parfois, cet aveu la faisait paniquer, et elle se calmait en se répétant que tant que son cœur ne battait pas (trop) vite en présence de James, cela ne voulait pas forcément dire qu'elle développait des sentiments.
La preuve, son rythme cardiaque s'emballait aussi quand elle voyait une photo de Pierce Brosnan, et cela ne voulait pas dire qu'elle était amoureuse de lui.
Juste qu'elle voulait l'embrasser.
Ardemment.
– C'est qui ? demanda Mary sur un ton surexcité.
– Quelqu'un du travail, répondit évasivement Lily.
– Hmm, dit Mary, l'air à présent pensif. Je comprends que tu ne veuilles pas mêler travail et vie perso, c'est jamais un bon mélange, j'en suis la preuve.
Elle posa d'un air absent une main sur son ventre, avant de continuer.
– Et… tu penses que c'est réciproque ?
Lily se mordit la lèvre.
– Je pense, dit-elle d'une petite voix.
– Intéressant. Croustillant, même. Et sur l'Echelle de Piercebrosnanité ?
Lily eut un petit sourire presque timide.
– Dix.
– Dix ? s'étonna Mary en redressant. Wow, t'avais jamais attribué cette note à personne d'autre avant… mis à part à Potter, bien sûr. Il doit être à tomber par terre, alors…
Lily soupira.
– Oui, il l'est…
LILY EMIT UN GROGNEMENT de frustration, et regarda presque avec agacement les dizaines de petites assiettes disposées sur le buffet, comme si elle reprochait à leur contenu de lui compliquer la tâche en étant tout simplement délicieux.
– Je n'arrive pas à me décider, se plaignit-elle en se tournant vers Mr River. Ils sont tous absolument magnifiques. Je vais prendre dix kilos avant de parvenir à faire un choix. Au secours !
– Pourquoi ne pas faire une petite pause ? proposa ce dernier. Ça fait déjà plus de deux heures que nous travaillons.
Lily lui adressa un sourire.
– Croyez-moi, c'est loin d'être une corvée…
Depuis un mois maintenant qu'on l'avait chargée du mariage de James et Elinor, elle avait pris l'habitude de travailler même les dimanches pour satisfaire les exigences de cette dernière. Cependant, pour une fois, elle ne maudissait pas intérieurement Elinor pour son pointillisme : même si elle aurait définitivement préféré passer son weekend avec Caradoc à siroter des margaritas en bordure de terrasse ou avec Dorcas à dépenser en shopping la fortune de salaire que lui avait versé James pour son premier mois, effectuer une sélection d'onctueux et savoureux gâteaux de mariage ne pouvait être considéré comme une désagréable besogne, comme le lui avait jalousement fait remarquer Mary lorsqu'elle l'avait déposée à la gare en chemin.
C'était de toute évidence beaucoup plus intéressant que la tâche qui l'attendait demain, à savoir trouver la couleur de rond de serviettes que voulait exactement Elinor. Elle désirait quelque chose qui soit « bleu, mais pas trop non plus », et avait feint ignorer le nom de la nuance qu'elle désirait exactement malgré le fait qu'elle soit une peintre reconnue. Jusque-là, Lily lui avait présenté du bleu azur, acier, marine, turquin, safre, pétrole, nuit, ciel, cobalt, paon, givré électrique et saphir sans rencontrer l'ombre d'un succès. Malgré le fait que la fiancée ait affirmé ne pas vouloir saboter le travail de Lily, elle semblait pourtant redoubler d'inventivité pour lui faire comprendre que son travail était insatisfaisant.
La journée de travail de Lily devait d'ailleurs se terminer sur un bref passage au manoir Potter afin de régler quelques détails pour la semaine à venir, et la wedding-planner ne savait pas si elle redoutait plus de s'entretenir avec Elinor (qui s'empresserait comme à chaque fois de soulever une nouvelle difficulté) ou de confronter James. Depuis leur soirée du mercredi, elle avait tout fait pour éviter de le croiser, de peur que ses craintes ne se confirment et qu'elle se rende compte éprouver plus qu'elle ne l'aurait voulu pour lui.
Elle espérait qu'après avoir passé quelques jours loin de James (ce qui était un record depuis qu'elle avait commencé à travailler sur son mariage), elle aurait récupéré un peu de contrôle sur ses émotions. Elle ne voulait pas qu'il se rende compte de l'emprise qu'il commençait à avoir sur elle…
C'est donc le ventre noué qu'elle se rendit chez James via la cheminée. Betsy apparut devant elle quelques secondes seulement après qu'elle soit apparue dans l'âtre, et, après l'avoir chaleureusement accueillie, s'empressa d'aller chercher son maître. Nerveuse, Lily se mit à faire les cent pas. Son plan était exactement le même que suite au Premier-Baiser-Manqué : 1) faire comme s'il ne s'était rien passé, parce que 2) il ne s'était concrètement rien passé, 3) nier si jamais il tentait d'insinuer qu'il aurait pu se passer quoi que ce soit et 4) lui mettre un coup de pied dans les bijoux de familles s'il tentait quoi que ce soit. Bien que si elle était honnête avec elle-même, elle ne savait pas si elle serait réellement capable de respecter le dernier point.
Un grand cri la tira de ses pensées, et elle se dirigea avec curiosité vers la porte-fenêtre… avant de s'écarter précipitamment pour laisser entrer un James à bout de souffle qui s'empressa une fois à l'intérieur de verrouiller à double tour la porte pour ne pas laisser entrer ses poursuiveurs, sous le regard proprement médusé de Lily.
James se passa ensuite une main dans les cheveux, remit de l'ordre dans ses vêtements puis se tourna vers elle comme si son entrée n'avait rien de bizarre.
– Hmm. Salut, Evans, salua-t-il avec un sourire chaleureux, comme s'il était très content de la revoir.
Trois « boum » se firent entendre lorsque Sirius, Peter et Remus percutèrent la porte close.
– Euh… salut, répondit Lily d'une voix incertaine.
Bon Dieu, elle ne s'habituerait jamais à ses bizarreries… Le bon côté des choses était qu'il semblait plus préoccupé par ses assaillants, qui tambourinaient à la porte, que par le fait de se retrouver devant la jeune femme après ce long silence. Lily s'en félicita intérieurement : la distraction de James lui permettait d'appliquer son plan avec plus d'aisance.
– Je… euh, je ne vais pas rester longtemps, reprit-elle finalement. Je suis juste de passage. Je suis juste venue te faire signer ces devis. Je dois commencer les premiers achats demain.
Il fronça les sourcils.
– Je t'ai donné carte blanche sur le budget.
Boum ! Boum ! Boum !
– Je sais, je sais. Mais… ce sont de grosses sommes d'argent, et je pense qu'il vaut mieux que tu gardes un œil sur tes investissements.
Elle n'était définitivement pas habituée à gérer de tels montants, et ne pouvait s'empêcher de tout faire vérifier par James.
– Alohomora !
– Merde, ça marche pas !
– Venez, on va faire le tour et entrer par autre part.
James agita sa baguette et ferma toutes les entrées de la maison, sans même avoir recours à une incantation, et Lily ne put comme d'habitude s'empêcher d'admirer l'aisance avec laquelle il manipulait la magie. Quand elle avait travaillé très durement pour atteindre le niveau qu'elle avait, la dextérité de James relevait plus du pur génie.
– Je te fais confiance, déclara-t-il, toujours imperturbable.
– Je préfère vraiment que tu valides ces achats.
Le froncement de ses sourcils s'accentua. Légèrement contrarié par son insistance, il s'appuya sur une console parapha les documents qu'elle lui tendait sans même les lire.
– Je te fais confiance, répéta-t-il en les lui rendant.
Il la grondait, mais ses yeux abritaient la plus grande des douceurs, comme à chaque fois qu'il la regardait. Elle rougit légèrement et se mit à bafouiller.
– Hmm. Merci. Super. J'aurais aussi souhaité revoir deux ou trois choses avec Elinor, si elle est disponible…
– Elle n'est pas là. Mais tu peux l'attendre, elle ne devrait pas tarder à revenir.
– Oh. Non, non. Ce n'est pas pressé.
Lily remarqua que James l'observait intensément, et plaça nerveusement une mèche de cheveux derrière l'oreille.
– Bon, je vais y aller, alors, dit-elle en se tournant vers la cheminée.
Mais James lui prit la main pour l'arrêter, visiblement confus par son empressement à partir, et ce contact l'électrisa. Elle le regarda enfin en face pour la première fois depuis son arrivée.
– Evans, est-ce que tout…
Ils furent interrompus par un grand fracas de verre, et se précipitèrent dans le salon. A défaut de trouver une entrée, Sirius, une perruque blonde vissée sur la tête, avait cassé en grande partie la fenêtre du séjour et s'engouffrait tranquillement dans la maison, rapidement suivi par un Peter et un Remus tout aussi imperturbables. Lily resta de nouveau bouche bée tandis que ce dernier agitait sa baguette pour réparer leurs dégâts.
– Evans, salut beauté, s'exclama Sirius en s'avançant vers eux, l'air décontracté, comme s'il n'avait rien fait de spécial. Comment vas-tu ? Nous avons tellement de choses à nous raconter.
Il lui fit la bise sans prêter attention à l'inertie de la jeune femme, la saisit par les épaules et l'entraîna vers les sofas du salon. Lily, choquée par cette inhabituelle familiarité, le suivit sans protester.
– Maintenant que tu ne déteste plus James, on en conclut que tu nous déteste plus non plus, déclara Remus.
– Euh...
– De toute façon, on fonctionne par lot, tous les quatre, conclut-il. Si t'en apprécie un, tu dois tous nous apprécier.
– Euh...
– Mais n'empêche, on a été très surpris de la tournure des événements, continua Remus sans tenir compte de sa tentative de prise de parole.
– James nous a raconté tout ce qui s'est passé ces derniers temps, poursuivit Sirius.
Le cœur de Lily rata un battement, et ses yeux bifurquèrent un court instant vers James.
– Ah... ah bon ? s'alarma-t-elle en rougissant. Il vous a raconté quoi, exactement ?
– Tout, tout ce qui s'est passé entre vous, acquiesça Peter.
Lily devint blême.
– Oui. Comment votre étrange collaboration a commencé.
– Accepter d'être la wedding-planner d'un couple aussi bizarre... Il n'y a qu'une explication, de toute évidence.
– C'est clair que tu n'aurais jamais fait ce que tu as fait consciemment, approuva Sirius.
– On n'arrivait pas à y croire, lorsqu'il nous l'a annoncé.
– C'est évident qu'il t'a droguée, Evans. Mais on va te sortir de là.
Remus et Sirius s'assirent de part et d'autre d'une Lily dont la peau était à présent d'une jolie couleur cramoisie, et l'observèrent si attentivement qu'elle osa à peine cligner des yeux. Peter quant à lui feignit de l'ausculter d'un air préoccupé.
– Laissez-la tranquille, dit James avec un sourire exaspéré. Vous voyez bien qu'elle est mal à l'aise. Et non, pour la énième fois, je ne l'ai pas droguée. Elle est devenu notre organisatrice de son plein gré... enfin, presque, ajouta-t-il lorsqu'elle leva un sourcil.
Ce qui ne passa pas inaperçu aux yeux de Sirius.
– « Presque » ? Hmm... C'est peut-être un bon vieux sortilège de l'Imperium.
– C'est pas impossible, dit Remus en fronçant les sourcils. Elle le regardait comme une créature de l'enfer il n'y a pas si longtemps que ça, et tout à coup, ils travaillent ensemble ! Un tel changement, c'est suspect.
James leva les yeux au ciel.
– Vous êtes cons, les gars. Evans est ici de son plein gré.
– Mouais. Prends-nous pour du jambon.
– Clairement, y'a anguille sous roche.
– On n'est pas nés de la dernière pluie.
James roula des yeux.
– Raconte-nous le souvenir du dernier moment que tu as passé avec James, dit Sirius avec un sourire malicieux.
Il lui adressa un discret clin d'œil, et Lily comprit qu'il en savait probablement plus qu'elle ne l'aurait souhaité, et semblait prête à mourir sur le champ. Le sujet était bien trop vif et sensible pour qu'elle supporte d'être taquinée dessus. James, pris de pitié, s'approcha d'elle et l'extirpa du groupe.
– Viens Evans, je te délivre de ces malades.
– Avec plaisir, bégaya-t-elle.
– On attend ton récit pour la prochaine fois, lança Sirius.
Une fois seuls dans le hall, James se passa une main dans les cheveux et lui adressa un sourire d'excuses.
– Tu leur as dit quoi, au juste, sur nous deux ? demanda-t-elle anxieusement. Je n'arrivais pas à déterminer s'ils savaient... quelque chose... ou non.
– Non, je ne leur ai rien dit d'autre que le fait que tu prépares le mariage, assura James. Enfin, à part à Sirius, je suis incapable de lui cacher quoi que ce soit... Mais je lui ai fait promettre de n'en parler à personne.
Elle croisa les bras, et plissa les yeux dangereusement.
– Et je vais également lui faire promettre de ne plus te taquiner à ce sujet, ajouta-t-il précipitamment.
– T'as intérêt, siffla-t-elle d'un air menaçant.
James déglutit bruyamment, et Lily roula des yeux en saisissant de la poudre de cheminette. Elle se retenait de ne pas rire.
– T'inquiète pas ! assura James. Je m'en charge.
Elle se tourna brièvement vers lui, et lui adressa un sourire qu'il lui rendit encore plus éclatant.
– Super. Passe le bonsoir à Elinor.
Les flammes devinrent vertes et Lily se glissa dans l'âtre.
DORCAS LUI DONNA une tape sur la tête avec un torchon roulé.
– Ouch ! protesta Lily en sursautant. Dorcas !
Cette dernière esquissa l'un de ses sourires mystérieux, se hissa gracieusement sur la table installée en face de l'évier dans lequel Lily faisait la vaisselle, avant de répondre tranquillement :
– Tu recommences.
– Hmm ?
Lily leva un sourcil interrogateur.
– Tu recommences, répéta la brune. A sourire bêtement.
Lily ne put s'empêcher de rougir, comme si elle avait été prise en train de commettre un méfait.
– Oh. Désolée, marmonna-t-elle, penaude.
Sans se départir de son sourire, Dorcas se mit à l'observer sans un mot, clairement amusée par la gêne de sa cadette. Celle-ci décida de l'ignorer, et reprit la vaisselle, avant de perdre patience et de se retourner de nouveau, gênée que son amie la fixe.
– Quoi ?
– J'attends, répondit placidement Dorcas.
– T'attends quoi ?
– Que tu me racontes ce qui est à l'origine de ce petit sourire dont tu ne t'es pas départie de la journée.
Lily ne répondit pas, et continua sa vaisselle en silence.
– Alors ?
– Je vous raconte tout ce qui se passe dans ma vie, à Doc et toi.
– D'habitude. Mais là, je te parle de ce que tu ne nous racontes pas.
– Qu'est-ce qui te fait dire que je te cache quoi que ce soit ? répliqua Lily avec une mauvaise foi évidente.
– Intuition féminine. Et puis, je te connais comme si je t'avais fait, Lily Evans. Ce sourire vient de quelque part, et je veux savoir d'où. Qu'est-ce qui se passe ?
Lily cala nerveusement une mèche derrière l'oreille.
– Rien, s'obstina-t-elle. Je me sens juste… heureuse en ce moment. Pourquoi est-ce si suspect à tes yeux ?
– Tu sais que ça ne peut que me faire plaisir de te voir comme ça, se défendit Dorcas en balançant ses pieds. C'est juste que j'ai l'impression que ça a peut-être un rapport avec James. Je me trompe ?
Lily ne répondit pas, mais c'était inutile. A l'évocation du jeune homme, ses joues avaient adopté une couleur rose prononcée qui ne laissait place à aucun doute.
– Euh… je… non… enfin, je vois pas de quoi tu parles, bégaya-t-elle.
– Vous êtes devenus plutôt proches, d'après ce que je comprends, insista Dorcas avec un petit sourire sadique.
– On s'entend mieux, c'est vrai, admit Lily d'une voix faussement détachée.
Elle n'était pas décidée à en dire plus, mais Dorcas était déterminée à lui tirer les vers du nez.
– Donc… tu ne lui en veux plus du tout pour ce qu'il t'a fait à la soirée de Barnaby ?
– Il s'est sincèrement excusé. Je n'ai pas de raison de lui en vouloir, à présent. On a pris un nouveau départ, et oui, on s'est découvert des atomes crochus et on s'entend plutôt bien.
– Je n'aurais jamais pensé t'entendre dire ça un jour, dit Dorcas.
Ensuite, elle se tut quelques instants, comme si elle choisissait ses mots avec précaution.
– En fait…
– Hmm ?
– Maintenant que j'y pense, tu arbores ce stupide sourire régulièrement depuis le jour où tu es restée diner avec James après avoir rencontré Elinor Bell pour la première fois.
Lily tourna la tête si brusquement vers son amie qu'elle se fit mal au cou.
– Ouch ! s'exclama-t-elle en se massant la nuque.
– Pour tout te dire, continua celle-ci avec de la malice plein les yeux, j'ai toujours eu l'impression que tu ne m'as pas tout dit de cette journée… et surtout de cette soirée.
Lily se pinça la lèvre. Pourquoi fallait-il donc que Dorcas soit si perspicace ?! Bien qu'il était vrai qu'elle n'avait jamais été très douée pour mentir non plus. Il n'avait pas été facile de narrer à une Dorcas d'une curiosité pointilleuse cette éprouvante journée en omettant les moments sensibles. Ainsi, en cachant la grossesse d'Elinor, le mariage blanc de cette dernière avec James, la grosse somme d'argent qu'Elinor lui avait proposé afin qu'elle disparaisse à la fin du mariage, l'alchimie qu'elle avait ressentie avec James tout au long de la soirée, et le baiser qu'ils avaient presque échangé, son récit avait fini par ressembler à du gruyère et Dorcas n'était pas dupe. Lily était simplement étonnée qu'elle ait attendu trois longues semaines avant de la relancer sur le sujet.
– Je ne vois pas de quoi tu parles, mentit de nouveau Lily. Je t'ai déjà tout dit. James et toi, on a beaucoup mangé, beaucoup ri et… et puis voilà. Rien de particulier à signaler. Je te l'aurais dit, s'il était arrivé quelque chose de particulier.
Dorcas ne sembla pas convaincue, et le fait que son amie soit incapable de la regarder dans les yeux ne la rendait définitivement pas crédible.
– Il ne s'est rien passé ?
– Non, rien.
– Rien de rien ?
Lily déglutit. Elle craignait de laisser échapper quelque chose de compromettant si son amie continuait à insister, comme le fait qu'elle commençait à ressentir quelque chose pour James, aussi elle décida de lâcher le morceau le moins sensible pour la distraire.
– Il ne s'est rien passé, mais ça s'en est fallu de peu. On… on a juste failli s'embrasser à un moment, bafouilla-t-elle, à présent écarlate.
Dorcas émit un cri d'excitation.
– Je le SAVAIS ! s'écria-t-elle, un sourire radieux sur le visage.
Elle se mit à exécuter une hilarante petite danse de la victoire. Lily dut mettre toute son énergie à ne pas rire devant le manque de coordination de ses membres. Elle était moins ennuyée qu'elle ne l'aurait souhaité par le bonheur de Dorcas.
– J'ai dit failli ! râla-t-elle pour la forme.
– Quand même ! Et ce n'est arrivé qu'une fois ?
– Euh… ça a peut-être failli de nouveau failli se reproduire mercredi dernier, marmonna-t-elle.
– Oh, Lily !
Dorcas la serra brièvement dans ses bras.
– En plus d'être contente, tu n'as pas l'air très étonnée, remarqua Lily.
– Tu rigoles ? ricana Dorcas. Depuis que tu m'as confié être attirée par James, je savais qu'il ne s'agissait que d'une question de temps avant que vous ne vous sautiez dessus.
Le rougissement de Lily s'accentua, mais cela n'empêcha pas sa curieuse et enthousiaste amie de la presser de questions.
– Alors ? Qu'est-ce que tu veux dire par « failli » ? Et comment est-ce que vous pouvez vous rater deux fois ? Est-ce si difficile que ça de lui rouler une pelle ?
– Pourquoi es-tu si contente ? s'étonna Lily en fronçant les sourcils.
– Parce que ça fait des mois que j'attends un dénouement de ce genre. C'est encore plus palpitant qu'un épisode des Etincelles de l'Amour ! Je t'engueulerai pour avoir essayé de rouler par deux fois une pelle à ton patron demain, mais pour l'instant, je veux tout savoir.
Lily roula des yeux.
– Je n'ai rien essayé du tout. Ça s'est fait… naturellement...
Même s'il fallait avouer qu'elle s'était elle-même laissée allée à quelques coquetteries ce soir-là, qui avaient probablement encouragé James.
– « Naturellement » ? releva Dorcas avec surprise.
– Oui. Je veux dire… On… on flirtait un peu, comme d'habitude et…
– « Comme d'habitude ? » répéta Dorcas.
– Est-ce que tu comptes répéter toutes mes fins de phrases ? s'impatienta Lily.
– « Fin de phrase ? »
Lily roula de nouveau des yeux. C'était dans ces moments comme ceux-là qu'elle comprenait pourquoi son amie s'entendait si bien avec Marlène, James et les Maraudeurs en général. Dorcas n'était pas très bavarde, mais lorsqu'elle était d'humeur taquine, elle n'y allait pas de main morte.
– Je vois que mon anecdote ne t'intéresse pas plus que ça, répondit Lily en reprenant l'essuyage des derniers verres.
– Non, excuses-moi ! s'alarma Dorcas. J'ai juste pas pu m'empêcher de noter une certaine aisance dans votre relation…
Lily médita quelques secondes.
– Je ne saurai pas vraiment l'expliquer… On a appris à se connaitre depuis peu, et pourtant… j'ai l'impression qu'il a toujours été là. Je suis parfois moi-même très surprise que l'on s'entende aussi bien.
– La dernière fois qu'on en a parlé, tu m'avais dit être également attirée physiquement par lui…
Lily devint écarlate.
– Je ne suis pas en train de te blâmer, précisa précipitamment Dorcas. Je suis seulement curieuse de savoir comme ça a évolué…Comment vous en êtes arrivés à vous embrasser trois semaines plus tard. Enfin, à presque vous embrasser. Qu'est-ce qui s'est passé, d'ailleurs ? Tu as changé d'avis au dernier moment ?
– On a été interrompus par la copine de Remus.
– Hmm.
Dorcas resta pensive un moment, et Lily en profita pour terminer la vaisselle.
– Et donc… Pourquoi est-ce que tu n'es pas venue me parler de tout ça directement après que ce soit arrivé ?
– Ça n'a pas grande importance, murmura-t-elle.
– Tu rigoles ? Tu aurais dû venir m'en parler le soir même !
– Il était tard…
– Tu aurais dû me réveiller !
– Oui, ben… la dernière fois que je suis passée en pleine nuit chez toi, j'ai entendu des bruits qui me hantent encore parfois, se défendit Lily.
Dorcas devint rouge écrevisse.
– Oui. En effet. Hmm. Mais tu aurais pu réveiller Doc ! Lui, au moins n'aurait jamais oublié de me communiquer cette capitale information.
Elle y avait pensé, mais la dernière fois qu'elle avait eu le besoin de se confier à son ami en pleine nuit, Lily s'était faite reprendre par Katie. Et c'était parce qu'elle comprenait parfaitement que cette dernière n'apprécie pas qu'une fille tienne son petit ami éveillé toute la nuit dans son étroite garçonnière, qu'elle s'était retenue de lui en parler.
– Ce n'est pas une information capitale, éluda-t-elle en passant la main dans les cheveux. Et concrètement, il ne s'est rien passé.
– Bien sûr que si ! Pourquoi tu fais comme si ça n'avait aucune espèce d'importance ?
Parce que j'ai peur d'y donner une quelconque espèce d'importance.
– Parce qu'il ne s'est rien passé, que ça ne voulait rien dire, et que j'avais peur que tu sautes sur des conclusions après ce que je t'ai confié la dernière fois…
– Qu'est-ce qu'elle t'a confié la dernière fois ? intervint une voix masculine.
Caradoc, qui jusqu'alors était occupé à nettoyer les vestiges de leur barbecue, venait de les rejoindre dans la cuisine.
– Rien du tout, dit précipitamment Lily, qui virait au rouge pivoine.
– Oui, rien, répéta Dorcas sur un ton sarcastique. Juste qu'elle trouvait James diablement attirant…
– J'ai pas dit ça ! protesta-t-elle. Du moins… pas comme ça.
– … Et apparemment irrésistible, vu qu'elle me confiait…
Lily émit un grognement incrédule.
– Bon, d'accord, je lui ai extorqué la confidence qu'elle a failli embrasser James.
– Dorcas !
– Deux fois.
– La ferme !
– Ah oui ? dit Caradoc en fronçant les sourcils. Quand ça ?
– Le jour où elle a rencontré Elinor pour la première fois, et la semaine dernière.
– Ah oui ? répéta Caradoc.
Il croisa les bras, et ne paraissait pas impressionné le moins du monde.
– Il ne s'est rien passé ! assura Lily, les joues brulantes. Ni la semaine dernière, ni la première fois où je me suis rendue chez lui.
– Pourquoi, d'ailleurs ? s'étonna Dorcas. Je croyais que vous étiez seuls ce soir-là.
L'ombre qui passa brièvement sur le visage de Lily n'échappa pas à ses deux amis.
– Je… je sais pas. Il était visiblement sur le point de m'embrasser, puis il a reculé. Heureusement, évidemment, ça va sans dire. Il a dû se rappeler au dernier moment qu'il était fiancé, et il a jugé plus sage de ne pas aller plus loin.
– Donc, c'est lui qui s'est arrêté, et pas toi ? releva Dorcas en se frottant le menton. Intéressant.
– Je… je ne l'aurais pas laissé aller plus loin de toute manière, s'il avait vraiment tenté ! se défendit Lily. Pour l'amour de Dieu, j'organise son mariage !
– Détail.
– Détail ? s'indigna Lily. Il est fiancé !
– Ça ne t'a pas arrêté, avant, fit remarquer Caradoc. C'est toi qui t'es jetée sur lui le jour du Bal, et il était déjà engagé à Elinor.
Lily le foudroya du regard.
– J'avais bu.
– Et mercredi dernier ?
– Je ne sais pas ! s'écria Lily en se passant les mains dans les cheveux. C'était stupide, je le sais, et je ne sais pas ce qui m'a pris, OK ?
– Justement, j'essaie juste de comprendre ce qui se passe… ce qui a failli se passer, corrigea-t-il en la voyant rouvrir la bouche pour protester. Dorcas a raison, ce n'est pas comme si tu venais d'apprendre qu'il était fiancé. Et ça ne te ressemble pas, d'agir sans réfléchir.
– Non pas que ça me dérange, souffla cette dernière.
Doc leva un sourcil, et Dorcas soutint son regard.
– Ne l'encourage pas dans cette direction, gronda-t-il.
– Elle n'a pas l'air d'avoir besoin d'être encouragée, rétorqua-t-elle.
– Est-ce que vous pourriez éviter de parler de moi comme si je n'étais pas placée entre vous deux ? s'agaça Lily.
Doc soupira.
– Lily, t'as l'air d'oublier deux ou trois paramètres essentiels, quand tu flirte avec James.
– Je sais, s'exclama-t-elle. Et d'ailleurs, voir Elinor en chair et en os… Discuter du mariage… établir un projet… Ça m'a vraiment aidé à mettre les choses en perspective. Je m'en veux d'avoir cédé auparavant. Et je ferai de mon mieux pour que ça ne se reproduise plus.
Caradoc et Dorcas la regardèrent en silence.
– Hé, j'y peux rien, moi, s'il est séduisant, protesta Lily. Ne me regardez pas comme ça.
Devant leur silence qui s'éternisait, elle ajouta, sur la défensive :
– Et puis, ce n'est pas parce que mes hormones me jouent des tours que je ne peux pas me contrôler. Oui, on s'est approchés de la limite, on l'a observée d'assez près quelques fois, mais dans les faits il ne s'est rien passé.
Comme ils ne répondaient toujours rien, l'air à présent clairement amusé, elle renchérit :
– Et puis jamais je ne ferai quoi que ce soit avec le fiancé d'une nana enceinte.
Cette fois, ils réagirent, et pas à moitié.
– Quoi ? s'écrièrent-ils à l'unisson.
Lily fronça les sourcils.
– Comment ça, quoi ?
Elle se demandait pourquoi ils avaient tous deux l'air abasourdi. Caradoc était littéralement bouche bée, et Dorcas secouait la tête comme si elle refusait catégoriquement d'accepter ce qu'elle venait d'entendre.
– Qu'est-ce qui vous arrive ? s'inquiéta Lily.
– Qu'est-ce que tu veux dire, « enceinte » ? demanda Dorcas d'une voix tremblante.
Lily eut l'air surpris à son tour.
– Bah qu'Elinor attends un bébé…
Il y eut un long silence.
Dorcas cligna plusieurs fois des yeux, visiblement incapable d'esquisser le moindre geste, et Doc ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois sans parvenir à émettre le moindre son.
– Pourquoi vous avez l'air aussi surpris ? questionna nerveusement Lily. James m'a dit que tout le monde était au courant…
Elle évitait d'aborder le sujet de la grossesse d'Elinor, de peur qu'une information ne lui échappe, et n'avait par conséquent pas eu l'occasion d'en vérifier la véracité.
Au vu de l'étonnement général, James lui avait menti.
– Il n'a pas osé, murmura finalement Dorcas sur un ton incrédule. Oh non, il n'a pas osé… Oh non, il n'a pas osé…
– Dorcas ?
– Oh, le salaud, il n'a pas osé…
– Je pensais que tu le savais, bégaya Lily. Vu que tu le vois assez régulièrement…
Elle se tourna vers Caradoc, qui paraissait aussi stupéfait.
– Il m'a dit que ce n'était pas un secret.
– Il ne nous a jamais parlé de ça, dit-il finalement. Je n'arrive pas à croire qu'il nous ait caché ça. On se voit toutes les semaines…
Dorcas semblait incapable de dire le moindre mot. Elle se contenta de se lever, attrapa sa baguette et disparut dans la pièce suivante.
– Dorcas ! appela Lily.
Elle s'arrêta en entendant un pop lui signalant que l'interpellée avait déjà transplané, et se tourna vers Caradoc, qui semblait encore décontenancé par la nouvelle.
– Où est-ce qu'elle est allée, à ton avis ? demanda-t-elle d'une voix tremblante.
– Tuer James, dit-il calmement.
Les épaules de Lily s'affaissèrent. Se sentant soudain abattue, elle se laissa à son tour tomber sur une chaise et se passa le visage entre les mains. Un silence pesant tomba dans la cuisine. Caradoc alluma une cigarette, les mains légèrement tremblantes, et ne protesta même pas lorsque Lily se servit dans son paquet et mima ses gestes. Ni quand elle en enchaîna une deuxième.
– J'étais furieuse aussi, en l'apprenant, dit-elle finalement. J'arrivais pas à croire qu'il ait caché une telle chose.
– Je suis étonné que tu ne nous en aies pas parlé, admit ce dernier en la regardant intensément.
– C'est parce que…
Mariage arrangé. Grossesse compliquée. Sentiments confus. Secrets à garder.
Elle inspira profondément.
– C'est plus compliqué que ça en a l'air. James et Elinor m'ont confié des choses, et j'avais peur de me montrer indiscrète si l'on abordait le sujet. Mais je pensais que vous saviez quand même qu'elle était enceinte…
Le front de Caradoc se rida.
– Je ne vois même pas l'intérêt qu'i cacher un fait aussi énorme. Quand Elinor accouchera, ses parents ont beau avoir un contrôle sur les média, la nouvelle se saura forcément. Les Potter sont une trop grande famille pour que la naissance d'un enfant passe sous silence.
Lily se pinça la lèvre inférieure.
– Tu penses que Marlène est au courant ?
– James est quasiment aussi proche d'elle que de Dorcas. S'il a rien dit à l'une, il n'a surement rien dit à l'autre.
Il marqua une pause.
– Et… ce secret, il est vraiment sensible, j'imagine ? s'enquit-il.
– Vraiment sensible, affirma Lily d'une voix inhabituellement grave. Je suis d'accord que James gère mal cette situation, mais je comprends pourquoi il ne veut pas trop attirer l'attention sur Elinor et pourquoi il ne parle que rarement d'elle.
– OK, acquiesça Doc. Ça explique au moins pourquoi il ne l'amène jamais à nos soirées.
Il se leva, attrapa deux bières dans le frigidaire, et en tendit une à Lily.
– Puce ?
– Oui ?
– Où est-ce que tu te situes, dans tout ça ?
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
– Que je trouve…
Il s'interrompit, et reprit avec précaution.
– Je ne suis pas content que James et toi badiniez dans le dos de sa fiancée, mais je ne suis pas – enfin, je n'étais pas forcément mécontent que vous vous rapprochiez.
Lily lui jeta un regard étonné.
– Dorcas et moi on a toujours pensé que James et toi n'alliez pas si mal ensemble, et c'est pour ça qu'on était plutôt content de te voir revenir de chez lui avec ce petit air mystérieux. On sait que tu lui plais – il ne peut vraiment pas la boucler à ton sujet – et on se rendait bien compte qu'il commençait à bien te plaire, toi aussi. Ne le nie pas, ma puce, ajouta Caradoc sur un ton sans réplique en la voyant ouvrir la bouche pour protester. C'est un fait, et personne ne te blâme pour ça. Au contraire…
Il soupira.
– Dorcas et moi étions vraiment, vraiment ravis. On se disait que toi, tu étais célibataire, et que lui allait forcément se rendre compte d'à quel point tu es géniale, et quitter cette femme dont il ne parle jamais de toute manière. Je ne pensais pas qu'il y avait réellement quoi que ce soit de sérieux entre eux… Purée, elle est enceinte ! Quel con !
Lily sentit son cœur se serrer.
– Bien sûr, je me rends compte que c'est impossible, vu qu'il va se marier et que sa fiancée est enceinte, mais… j'ai pas l'impression que ce soit le cas pour toi, conclut-il en la regardant droit dans les yeux. J'ai pas l'impression que tu vois clairement le cul-de-sac qui devrait pourtant te sauter aux yeux.
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
– Je ne sais pas ce qu'est ce secret, et je ne tiens pas à le savoir, mais il semble assez particulier pour que le fait que la fiancée de James soit enceinte ne t'empêche pas de flirter avec lui, ou de le laisser flirter avec toi.
Lily ouvrit la bouche afin de réfuter ces accusations, mais elle ne parvint à n'émettre aucun son. Parce qu'il avait raison. Caradoc lui prit doucement la main et lui en caressa le dos.
– Toi et lui… Mon plus grand souhait s'est transformé en ma plus grande crainte. Lily, puce… j'ai très peur que tu tombes amoureuse de lui.
Lily ouvrit de grands yeux surpris.
– Je ne suis pas stupide, répliqua-t-elle froidement.
– Je sais, lui assura aussitôt Caradoc. Je sais, puce. Mais l'amour n'a rien à voir avec la stupidité et la raison… Et ça se sent que vous vous rapprochez, tous les deux, dans la manière dont il parle de toi, dans la manière dont tu parles de lui. Tu as cet air rêveur… celui qu'à Marlène lorsqu'elle vient de voir Finn et que ça s'est bien passé, celui qu'à Dorcas quand elle vient de quitter son mari. A chaque fois que tu reviens de chez James, tu agis comme quelqu'un qui vient d'avoir son premier rendez-vous. Tu rougis, tu souris béatement, tu as cet air rêveur...
Lily resta méditative quelques secondes. Caradoc avait mis le doigt sur quelque chose d'indéniable : les soirées qu'elle passait en compagnie de James avaient des relents de rendez-vous amoureux... De premier rendez-vous amoureux. Ils mangeaient, riaient, flirtaient, plusieurs fois s'étaient presque embrassés... Et elle savait qu'elle n'aurait été capable de le repousser aucune de ces fois. Malgré Elinor, malgré les enfants à naître, malgré le mariage, malgré la situation.
Tous ces éléments lui paraissaient secondaires et sans importance quand James la regardait, ou lui souriait, ou lui touchait le bras, ou la complimentait, ou flirtait avec elle ouvertement et sans honte. James vivait dans une bulle ou il se désavouait égoïstement de toute responsabilité, ou ne comptait que ce qu'il voulait qu'il compte, et cette bulle était contagieuse. Lorsqu'elle était avec lui, elle n'avait que des pensées égoïstes. Elle ne repoussait que mollement son envie qu'il l'embrasse, ne ressentait que très peu de honte en réalisant qu'elle était déçue qu'il ne le fasse pas. Elinor ne comptait pas, Elinor ne comptait plus, et Lily ne se reconnaissait plus.
Qu'est-ce qui lui arrivait ? Qu'est-ce qui lui prenait ?
Elle ne contrôlait rien depuis très longtemps. Avait-elle déjà contrôlé quoi que ce soit entre eux ? James avait juré de la faire sienne, et n'avait reculé devant rien pour parvenir à ses fins. Il avait saboté sa relation avec Nathan, l'obligeait à travailler pour lui…
Une vague de honte tardive la submergea, et elle se cacha le visage entre les mains. Elle ne repoussait James que pour la forme, que pour avoir la conscience tranquille, quand ses gestes et ses regards envoyaient des signaux contraires. Et la dernière fois qu'ils étaient restés ensemble, si l'arrivée de Tina ne les avait pas interrompus….
– Je suis tellement stupide, dit-elle finalement.
– Non, tu ne l'es pas, dit fermement Caradoc.
– Je suis qu'un putain de cœur d'artichaut…
– Lily…
– Et je me sens tellement hypocrite.
Doc l'attira contre lui, et elle nicha son visage dans le creux de sa nuque.
– Non, tu ne l'es pas, répéta-t-il avec douceur. Tu n'es pas stupide. Tu es juste une fille normale qui se sent attirée par un homme – comme tu l'as justement dit – séduisant, mais aussi séducteur. James est quelqu'un de très facile à aimer, et il peut être très difficile à résister lorsqu'il se met en tête de vous séduire. J'étais à Poudlard avec lui, je sais comment il est. Il a changé sur beaucoup de points, mais sur d'autres… Lily, tu n'es ni la première, ni la dernière à perdre la tête autour de lui.
A ces mots, une larme s'échappa de ses paupières. Elle se sentait plus stupide que jamais. Avant de se fiancer avec Elinor, James défrayait la chronique avec ses aventures. Il avait visiblement appris à se montrer plus discret, mais ça n'avait probablement rien à voir avec des sentiments qu'il pourrait avoir pour elle. Elle n'avait rien de plus que les autres, et n'était probablement pas la première qu'il pourchassait avec autant d'insistance. Elle était stupide d'avoir cru ne serait-ce qu'un instant qu'il était plus sincère avec elle… Une fois de plus, elle s'était crue plus maligne, et une fois de plus, sa vanité lui avait mis une leçon.
– Il m'a dit que ce n'était pas que physique, dit-elle d'une voix peinée.
– Et ça ne l'est peut-être pas, concéda Caradoc. Il m'a parut sincère quand il me parlait de toi, à vrai dire. James n'est pas du genre à dire que quelqu'un lui plait si ce n'était pas vraiment le cas. Mais si tu veux mon avis, ça n'a pas d'importance, ce qu'il ressent pour toi. C'est avec Miss Bell qu'il s'apprête à marier, et c'est avec elle qu'il construit sa famille. Il veut peut-être te faire croire le contraire, mais il n'y a pas de place pour toi dans l'équation.
Une seconde larme coula sur les joues de Lily, et Doc l'enlaça plus fort encore.
– Je sais…. Je n'attends rien de lui.
Du moins, à présent. Si elle se sentait si déçue, c'est la preuve que ça n'avait pas toujours été le cas.
CARADOC S'ENDORMIT DANS LE CANAPÉ dans lequel ils s'étaient installés en attendant le retour de Dorcas, et Lily se laissa bercer par le gramophone qui diffusait une agréable musique de fond, en s'efforçant de se vider l'esprit.
En vain.
Elle se sentait confus, et ressentait encore un grand besoin de parler même si c'était ce qu'elle avait passé à faire avec Doc suite au départ de Dorcas, mais n'avait pas le cœur à réveiller son ami. Il s'était endormi sans même s'en rendre compte, preuve qu'il était épuisé, et elle ressentait un peu de gêne à pleurnicher de la sorte. De plus, Doc la consolait assez maladroitement : involontairement, il la faisait culpabiliser de s'être laissée charmée par James, et si elle ne niait pas être quasiment autant coupable que le jeune homme de la situation, c'était plus sur la douleur à la poitrine qu'elle ressentait dont elle avait envie de s'épancher.
Elle avait l'impression de vivre une rupture amoureuse, alors qu'elle n'était même pas amoureuse, même s'il lui plaisait.
… n'est-ce pas ?
Elle renonçait à quelque chose qui n'avait jamais eu lieu, qui n'aurait jamais eu lieu, qu'elle ne voulait pas qu'il y ait lieu. Quelque chose qui n'était pas concret. Quelque chose qui n'existait pas.
Alors pourquoi avait-elle envie de pleurer ?
Où est-ce que l'attraction grandement physique qu'elle ressentait pour James n'était plus majoritairement physique, depuis qu'elle avait appris à le connaitre ?
Elle ne savait pas. Et cela lui donnait mal à la tête.
Et où pouvait bien se trouver Dorcas ? Elle avait grandement besoin de sa vision éclairée et en général objective des choses…Dorcas était doué pour mettre des mots sur ses émotions, pour l'aider à voir plus clair. Depuis le départ de Marlène, Lily se confiait beaucoup plus à elle. Elle appréciait ses analyses et ses conseils toujours bienveillants, sa douceur et sa fermeté, sa candeur et sa lucidité.
Quoique… Lily doutait que Dorcas se montre aussi bienveillante lors de son explication avec James. Il était presque deux heures du matin, elle n'était toujours pas revenue, et Lily se demanda pour la énième fois ce qui pouvait bien se passer au manoir. Un carnage, probablement. Si Dorcas détestait les conflits, c'était principalement parce qu'elle se contrôlait à peine quand elle était consumée par la colère.
James était probablement déjà mort, de toute manière. Découpé en petits morceaux.
Contrairement à Dorcas, Lily ne lui en voulait pas particulièrement. C'était contre elle qu'elle était furieuse. James l'avait séduite, comme il l'avait très clairement annoncé, et elle aurait dû se montrer plus ferme, comme elle l'avait affirmé. Doc pensait également injuste de demander des comptes au jeune homme. Sa bouche avait démontré une détermination qui avait manqué dans ses actions, et elle devait assumer son erreur.
Même si c'était dur.
Elle se sentait fatiguée, physiquement, émotionnellement, mais le marchand de sable la fuyait malheureusement avec obstination, contrairement à Caradoc qui remua à peine lorsque Lily l'allongea plus confortablement sur le canapé et le recouvrit d'un plaid.
Elle hésita, puis lui prit le paquet de cigarette qu'il gardait dans sa poche avant de se rendre dans le jardin.
Elle ne savait même pas pourquoi elle ressentait le besoin de fumer, quand elle avait eu tant de mal à s'en défaire.
Et Marlène ne lui avait jamais autant manqué qu'à cet instant.
(Est-ce que James pensait à elle aussi ? Enfin… s'il était encore vivant…)
Elle jeta sa cigarette. Ça ne l'aidait définitivement pas à regagner son calme.
Parler à Dorcas l'aiderait.
Parler à Marlène l'aiderait encore plus.
Marlène était la passionnée du groupe. Moins raisonnable que les deux autres certes, mais plus compréhensive de ces choses-là. Elle aurait probablement été le soutien dont elle avait besoin.
Mais voilà, Marlène ne répondait jamais à ses courriers.
Elle retourna dans le salon, soudain envahie par une grande lassitude.
Hésita.
Puis se réfugia dans les bras réconfortants de Doc, qui l'enlaça dans son sommeil.
LILY SE RÉVEILLA LE LENDEMAIN avec un cruel mal de tête qui semblait présager une mauvaise journée, mais une agréable odeur de saucisses fraîches vint bientôt lui narguer les narines et lui rendre sa bonne humeur. C'est donc avec enthousiasme qu'elle se laissa guider vers la cuisine où Dorcas s'affairait.
– J'aillais te réveiller, lança-t-elle en posant une tasse de café devant elle. Bientôt l'heure d'aller au travail.
– Où est Doc ? s'enquit Lily.
– Déjà parti. En retard, même.
– Ah bon ? Je ne l'ai pas entendu partir…
Pourtant, ils avaient passé la nuit l'un contre l'autre. Lily avait heureusement fini par trouver le sommeil malgré l'étroitesse du canapé.
– Tu devais être sacrément fatiguée si tu ne l'as pas entendu partir. Il a fait un de ces grabuges.
Lily croqua avec plaisir dans les toasts qu'elle lui tendait.
– Surement. Je t'ai pas entendu arriver non plus, après tout.
– Je suis rentrée à l'aube, en fait.
Lily lui jeta un regard surpris. Si Dorcas, dans l'état de colère dans lequel était partie, avait eu besoin de toute la nuit pour régler ses comptes avec James, c'est qu'il ne devait pas rester grand-chose du jeune homme
– Ça a pris autant de temps que ça, de nettoyer la scène de crime ?
Dorcas esquissa un faible sourire.
– Si tu savais à quel point c'est difficile de faire disparaître des tâches de sang, feignit-elle de se plaindre.
Lily sourit à son tour.
– Qu'est-ce qui s'est passé ?
– En fait je n'ai pas croisé James, il n'était pas chez lui. Je vais probablement retourner le tuer chez lui ce soir.
– Pourquoi as-tu mis autant de temps, alors ?
– Parce qu'à la place, je suis tombée sur Remus et Sirius. Ils n'étaient pas très en forme, pour ne pas dire sacrément misérables, alors je n'ai pas eu le cœur à les abandonner de la sorte et on est sortis boire un verre.
– Pourquoi n'étaient-ils pas en forme ?
Dorcas soupira.
– Ils viennent tous les deux de se faire larguer, d'après ce que j'ai compris. Remus vit chez James en ce moment.
– Oh…
Lily finit son café en silence. Dorcas prit enfin place en face d'elle, mais ne toucha pas au repas.
– Et toi, ça va ? Doc avait peur de t'avoir trop secouée hier soir…
– Il n'a fait que me dire la vérité, répondit la rousse sur un ton qui se voulait détaché.
– Mais tu as pleuré…
– Parce que je me sens stupide et coupable.
– Et qu'est-ce que tu comptes faire ?
– Prendre mes distances avec James, de toute évidence.
Dorcas hésita, avant de poursuivre :
– Et tu as pensé à… peut-être démissionner ?
Elle s'attendait à voir la rousse s'offusquer, mais celle-ci conserva son calme et marqua une petite pause.
– J'y ai réfléchi, admit enfin Lily. Je me suis longtemps demandé si ce n'était pas mieux de mettre fin à cette situation malsaine. Mais… Dorcas, je n'aurais pas d'autre occasion comme celle-ci. Ce job est une opportunité en or, je viens de recevoir mon salaire du mois de juillet et c'est juste tellement dingue tout l'argent qui me reste. C'est la première fois que je ne suis pas dans le rouge. Et, en dehors de l'intérêt pécuniaire, je vais dans des endroits incroyables, j'ai des réunions avec des personnes influentes, je me fais un carnet d'adresse non négligeable… Si tout se passe bien, je pourrais gagner assez d'argent et de popularité pour lancer ma propre affaire.
Les paroles de James lui revinrent à l'esprit : « Au final, tu es la gagnante de l'histoire. Que je parvienne ou non à te faire m'aimer, si tu fais quelque chose de génial de ce mariage, tu parviendras à tes fins et tu seras connue et reconnue. Moi, je n'ai mathématiquement qu'une chance de réussir… »
Il avait raison. Elle devait tirer son épingle du jeu, mais sans se faire avoir par James. C'était un peu comme aller chercher un trésor dans la gueule menaçante d'une plante carnivore, mais le jeu en valait la chandelle. Ses amis lui avait permis d'avoir de nouveau la tête sur les épaules, et de redéfinir ses objectifs.
« Si tu acceptes, tu fais avancer ta carrière, tu te barres de cette boîte miteuse, tu te fais pas mal de thunes au passage, et tu n'as qu'à me supporter que quelques mois. »
Embrasser James Potter ne faisait pas parti de ses objectifs, et dorénavant, elle s'en souviendrait. Il pouvait flirter avec elle autant qu'il le pouvait, elle serait sur ses gardes.
Un homme averti en valait deux, non ?
– Je… Je ne peux pas laisser tomber maintenant, conclut-elle.
Dorcas ne semblait pas convaincue que le risque en valait la peine.
– Mais…
– Je ferai super attention. Promis. J'ai beaucoup réfléchi, et nos relations seront strictement professionnelles à partir de maintenant. Priorité à ma carrière.
Dorcas acquiesça.
– Tant mieux, murmura-t-elle avec soulagement.
LILY RETOURNA TRAVAILLER à l'agence avec une détermination aussi nouvelle que ferme. Mrs Casino passa la journée à feuilleter des magazines de maison secondaires, anticipant déjà comment elle allait dépenser les recettes qui s'annonçaient abondantes. Shashi, Angie et Jane tentaient maladroitement de renouer un contact avec elle, mais, si Lily se montrait courtoise avec elles, le bizutage avait définitivement brisé leur bonne entente initiale. Nathan, quant à lui, l'ignora royalement.
Alors qu'elle sélectionnait des modèles de chaises dans la brochure que Chintz Chair lui avait adressée, un courrier d'Elinor lui parvint :
Miss Evans,
Vous trouverez ci-jointe une clef du manoir des Potter, afin que vous puissiez vous y rendre quand vous le souhaiterez dans le cadre de l'organisation de notre mariage. James et moi passerons le reste de l'été chez mes parents.
Je reste toutefois bien évidemment dans l'attente de superviser vos propositions. Après discussion avec mon fiancé, nous avons décidé que ces échanges se feront à présent par courrier uniquement et vous devrez exclusivement vous référer à moi.
Le reste du courrier détaillait les modifications souhaitées par la fiancée.
Lily était intriguée par ce soudain changement de paysage que rien n'avait laissé paraître. Et le ton d'Elinor était aussi froid que possessif, comme si elle souhaitait exclure Lily du paysage. Le message clair : bas les pattes.
Malgré sa grande curiosité, elle n'osa pas écrire à James pour lui demander ce qui se passait, de peur qu'Elinor n'intercepte son courrier.
Contrariée, elle profita du déjeuner pour rejoindre Caradoc, mais trouva ce dernier dans une humeur si assassine qu'elle n'osa pas lui faire part de ses propres problèmes.
– Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle avec inquiétude.
– Rien, grogna-t-il en tranchant férocement ses oignons et sans se retourner.
Lily échangea un regard avec ses deux commis, qui comprirent le message et les laissèrent seuls dans la cuisine. Elle s'approcha de lui et posa la tête contre son large dos avant de l'enlacer aussi fort qu'elle le pouvait. Il s'immobilisa, et ses mains se mirent à trembler.
– Qu'est-ce qui se passe ? répéta-t-elle d'une voix plus douce.
A sa grande surprise, le tremblement se répartit dans tout son corps, et elle comprit qu'il s'était mis à pleurer. Lily resta décontenancée quelques secondes, avant de le serrer d'autant plus contre elle.
Elle était horrifiée. Caradoc, l'homme qui n'exprimait quasiment jamais ses sentiments, qui semblait incarner la sérénité et la quiétude, qui était son rocher dans les moments difficiles, s'effondrait devant elle et Lily ne put retenir ses larmes devant un tel spectacle. Son cœur se brisait, encore et encore, et elle souffrait en écho à sa douleur. Entendre Doc pleurer était probablement l'une des pires choses dont elle n'ait jamais été témoin.
Elle voulait le couvrir de bisous et lui murmurer des paroles réconfortantes, comme il faisait lorsque c'était elle qui se trouvait dans un triste état, mais savait que Doc ne supporterait pas de lui faire face tant qu'il n'aurait pas repris contenance. L'entendre pleurer lui donner envie de pleurer, mais elle savait que c'était à elle de se montrer forte pour une fois. Elle ignorait comment le consoler, ne savait que faire, excepté rester près de lui jusqu'à ce qu'il retrouve son calme…
Finalement, les larmes se tarirent et les tremblements se calmèrent, mais Lily ne desserra pas son étreinte pour autant.
– Je suis désolé, dit-il au bout d'un moment d'une voix rauque.
– Ne sois pas stupide, trancha Lily d'un ton sans réplique.
Elle ne voulait pas le gêner, mais ne pouvait pas non plus le laisser seul après avoir été témoin d'un craquage aussi inhabituel qu'incontrôlable. Elle voulait lui demander s'il allait bien, mais la réponse était évidente. Physiquement, il ne semblait pas être blessé, mais émotionnellement, il était dévasté. Et elle se demandait bien pourquoi. Il allait parfaitement bien la veille… avait-il appris une triste nouvelle ? peut-être était-il arrivé quelque chose à Mr Dearborn – elle ne l'avait pas croisé en arrivant à l'auberge… mais, dans ce cas, Doc se trouverait à Sainte Mangouste, et non dans sa cuisine…
Que se passait-il ?
Pourquoi restait-il silencieux au lieu de s'expliquer sur sa crise ?
Pouvait-elle l'interroger ?
Devait-elle ?
– Si tu veux en parler, je suis là, lança-t-elle plus doucement. Et si tu ne veux pas, je suis là aussi…
Doc resta silencieux quelques instants avant de prendre la parole.
– Je me suis disputé avec Katie, dit-il d'une voix plus rauque que d'ordinaire. C'est surement terminé entre nous.
Ses yeux se remplirent de nouveau de larmes. Lily ouvrit de grands yeux surpris.
– Mais… mais pourquoi ?
La veille encore, pendant leur diner, il leur faisait timidement part du bonheur qu'il partageait avec elle depuis cinq mois que durait leur relation.
– Elle est furieuse que je ne lui ai pas dit que je dormais chez Dorcas hier soir, expliqua-t-il.
Lily fronça les sourcils, visiblement confuse.
– Et alors ? Ça lui pose un problème ?
Les épaules de Caradoc s'affaissèrent.
– Tout ce qui a trait à Dorcas ou à toi lui pose un problème.
– Depuis quand ? s'étonna Lily.
Elle s'était toujours extrêmement bien entendue avec Katie, même si une certaine gêne s'était installée entre elles depuis le jour où cette dernière lui avait reproché d'être passé la nuit chez Caradoc.
– Dernièrement, elle n'a pas arrêté de me faire des remarques comme quoi je passe plus de temps avec Dorcas et toi qu'avec elle, expliqua ce dernier avec une certaine lassitude dans le ton. Ce qui n'est pas vrai. Je veux dire, oui, je vous vois souvent, mais ça a toujours été comme ça et je passe quand même le plus clair de mon temps libre avec elle. Surtout qu'elle habite pratiquement chez moi. Et de toute manière, quand je lui propose de m'accompagner vous voir, elle refuse systématiquement.
– Pourquoi ? Est-ce qu'elle a quelque chose à nous reprocher ?
L'attitude de Katie était définitivement étrange, mais elle n'arrivait pas à se remémorer ce qui pouvait bien être à l'origine d'un tel changement.
Doc haussa les épaules.
– Je ne sais pas… Peut-être. Elle est bizarre en ce moment. J'ai l'impression qu'elle ne veut pas me dire ce qui la contrarie réellement.
Il se laissa tomber sur une chaise, et Lily prit place en face de lui. Ses yeux étaient rouges, et la jeune femme sentit son cœur se serrer en voyant son expression malheureuse. Elle voulait tordre le cou à Katie pour mettre son meilleur ami dans un tel émoi, mais Doc était sa priorité.
– Et… ce matin, elle a décidé que c'était fini simplement parce que tu as dormi chez Dorcas ? reprit-elle d'une croix incertaine, comme si elle essayait de trouver un sens à cette colère qui lui paraissait absurde.
– Non, pas vraiment. Parce qu'elle pense qu'on a couché ensemble.
– Quoi ? aboya Lily sur un ton indigné. Mais… c'est ridicule ! Dorcas et toi…
– En fait, elle pense que c'est avec toi que je l'ai trompée.
La rousse en resta bouche bée plusieurs secondes.
– Elle m'attendait chez moi quand je suis rentré et on s'est engueulés, continua Doc. C'est la première fois qu'on s'engueule, on a dit des choses qu'on ne pensait pas tous les deux, et d'un coup… ça s'est juste… empiré quand elle a ramassé un cheveu sur ma chemise. L'un des tiens.
– Et alors ?
– Je lui ai expliqué qu'il avait probablement atterri sur moi quand j'essayais de te consoler. Elle m'a demandé si tu avais dormi chez Dorcas également et…
Lily devint blême
– Pitié, ne me dit pas que tu as fait la connerie de lui dire qu'on a dormi ensemble après que je t'ai dit qu'elle ne voulait plus qu'on le fasse, murmura-t-elle sur un ton horrifié.
– Elle m'a posé la question et je ne voulais pas lui mentir, se défendit Caradoc.
Lily émit un gémissement, et se laissa à son tour tomber sur une chaise.
– Doc…
– Je ne voulais pas lui mentir, quoi que la vérité ait l'air, répéta-t-il.
– Je sais, et je ne t'en veux pas. C'est à moi que j'en veux. C'est moi qui t'ai rejoint hier, alors que j'aurais pu dormir dans la chambre d'amis. Je suis tellement désolée…
Elle se sentait mortifiée, et prête à pleurer à son tour.
– Tu n'as rien fait de mal, protesta Doc. Elle a juste sauté aux conclusions qui lui plaisaient sans même m'écouter puis est partie en claquant la porte.
Lily gémit de nouveau, et se prit le visage entre les mains.
– On n'a rien fait de mal, ma puce, persista-t-il avec une pointe d'agacement dans la voix. Elle devrait me faire confiance au lieu de s'imaginer de telles choses, et elle devrait savoir qu'on est juste amis et que ce genre de choses est impossible entre nous.
– Ce n'est pas la question, Doc…
Lily se sentait aussi insultée que Doc par les insinuations de sa petite amie, mais se sentait également coupable d'être un élément de leur rupture.
– Je me sens tellement coupable. Et maintenant, vous avez rompu…
Sa voix n'était qu'un souffle horrifié. Doc était malheureux, et c'était grandement de sa faute. Elle avait agi égoïstement en toute connaissance de cause, et causé du tort à la seule personne qui ne lui en avait jamais fait.
Elle se sentait lamentable.
– Peut-être qu'elle ne le pense pas vraiment.
– Je ne sais pas, répondit Caradoc en baissant la tête. Même si elle m'a dit de l'oublier et qu'elle m'a interdit de l'approcher.
Il déglutit, avant d'ajouter d'une voix chevrotante et si peu caractéristique de son flegme habituel et typiquement britannique :
– Je l'aime, Lily. Je veux vraiment pas la perdre….
LE DERNIER RENDEZ-VOUS de la journée de Lily avait heureusement eu lieu à Londres, ce qui permettait à Lily de s'y rendre rapidement et lui donnait espoir de rentrer chez elle pas trop tard. Elle avait passé toute la journée à penser aux mots à employer pour ne pas envenimer la situation. Car si elle trouvait la réaction et les accusations de Katie dérisoires, elle était convaincue que ce n'était pas en s'indignant qu'elle arrangerait le problème.
Ni en lui bottant le cul, même si l'envie la tenaillait.
Doc, et elle, coucher ensemble ? Grotesque.
Mais pas si dégueulasse que ça, si elle était honnête.
Caradoc était loin d'être un vilain petit canard, sans pour autant être son genre d'homme, et si Lily voulait bien admettre que l'idée qu'ils fassent l'amour n'était pas aussi dégoûtante qu'elle ne l'aurait pensé (et des flashs les mettant en scène et dont elle se serait passée volontiers s'imposèrent à son esprit tout le long de l'après-midi), elle en restait révoltante. Ils étaient amis, et les amis ne couchaient pas ensemble.
Le salon de coiffure était presque vide au moment où Lily franchit la porte, en raison de la fermeture prochaine. Elle salua d'un signe de tête la collègue de Katie qui shampouinait une cliente, puis se dirigea vers la caisse où cette dernière faisait les comptes.
Katie avait les yeux rouges et l'air contrarié, et s'adressa à Lily d'une voix basse mais emplie de colère :
– T'es consciente d'être la dernière personne que j'ai envie de voir, là ?
– Oui… mais il faut qu'on parle.
– Désolée, mais j'ai rien à te dire.
Elle ferma le carnet des comptes d'un geste rageur avant de disparaître dans l'arrière-boutique. Lily ne put s'empêcher de ressentir un pincement au cœur, mais décida tout de même de lui emboîter le pas.
– Il faut qu'on parle, répéta-t-elle en fermant la porte derrière elle.
– Va-t-en.
Lily soupira.
– Katie… je pense qu'au fond de toi tu sais parfaitement qu'il ne s'est rien passé avec Doc.
– Et moi, je pense t'avoir déjà demandé de ne plus dormir avec mon copain ! s'écria cette dernière.
Lily poussa un soupir.
– Je suis désolée.
– Tu n'as pas l'air désolée.
– Je le suis. Mais je trouve quand même cette situation grotesque parce qu'il ne s'est rien passé, parce que Doc est mon meilleur ami, et parce que je sais que tu le sais, ne put-elle s'empêcher d'ajouter.
Katie eut un rictus méprisant, avant de s'asseoir derrière son bureau et de se replonger dans ses calculs. Elle avait visiblement décidé d'ignorer la présence de la rousse, qui n'était pas décidée à partir pour autant.
– Purée, Kate, tu vas sérieusement terminer les choses avec Doc juste parce qu'on a partagé la même couette ?
– Non, répliqua cette dernière sans lever les yeux. En revanche, je pense que le fait qu'il t'ait choisi et non moi constitue une bonne raison.
Lily cligna les yeux, stupéfaite.
– Ne me dis pas que tu lui as posé un ultimatum, s'il te plait, s'exaspéra-t-elle sur le même ton qu'elle avait employé avec Caradoc. Tu devrais connaître assez Doc pour savoir que c'était la dernière chose à faire.
– Je n'ai pas très envie de recevoir des conseils sur la relation de couple de ta part, merci bien, répliqua Katie d'un ton acide.
– Et pourtant, je suis sa meilleure amie, je le connais parfaitement, et si tu m'avais posé la question j'aurais pu te prévenir que ça allait te revenir tout droit dans les fesses. Doc ne m'a pas choisie parce qu'il me préfère à toi, il m'a choisie parce que tu as essayé de le manipuler !
– Attends… c'est toi qui dort avec mon mec dans un tout petit canapé et c'est moi qui me fais engueuler ? siffla Katie en se levant.
– Oui, parce que c'est tout simplement stupide de gâcher votre relation pour une raison aussi stupide ! Stupide et injustifié ! Si tu lui avais posé un ultimatum parce qu'il s'était passé quelque chose entre nous, je comprendrais, mais il ne s'est rien passé ! On est juste amis. Tu dois comprendre qu'il n'y a rien entre Doc et moi, et qu'il ne se passera jamais rien.
– Je ne « dois » rien du tout, répliqua rageusement Katie. Tu ne réussiras pas à me faire croire qu'il est normal que tu dormes à moitié à poil dans les bras de mon copain. Tu ne réussiras pas à me faire croire qu'une telle intimité est normale.
– Je ne dis pas que c'est normal ou non, je suis désolée d'avoir dépassé une limite sur laquelle tu as été très claire. Je n'ai pas réfléchi, j'étais triste et j'avais juste besoin de mon meilleur ami. Mais quitter Doc pour ça ? Tu ne penses pas que tu réagis de façon excessive ?
– JE réagis de façon excessive ?
– Oui !
– J'en ai assez qu'on me dise que je réagis de façon excessive lorsque je suis furieuse d'apprendre que mon copain a passé la nuit à consoler une fille au lieu de me rejoindre comme prévu. C'est vous qui avez dépassé les limites, et vous osez me faire passer pour la nana hyper jalouse ! Et j'en ai assez qu'on me dise que je réagis de façon excessive lorsque mon copain préfère passer une soirée avec ses deux amies plutôt qu'avec sa copine.
– Tu aurais pu venir. Doc m'a dit que c'est toi qui refuses de traîner avec nous.
– J'en ai assez de devoir composer avec la présence de Dorcas ou la tienne quand je veux passer du temps avec lui. Je sors avec Caradoc, pas avec Caradoc, Dorcas, Lily et Marlène. J'ai pas demandé un lot, moi !
– Dans ce cas, tu aurais dû lui en parler, lui dire ce qui te dérangeait et…
– Mais je lui en ai parlé, coupa Katie. Je lui ai dit ce que je pouvais tolérer ou non, mais apparemment « je ne pouvais pas l'empêcher d'être là pour vous si vous aviez besoin de lui. » Surtout toi, Lily, n'est-ce pas ? Parce que t'as personne à part lui, après tout. Il est ta seule famille, n'est-ce pas ? Quand tes parents sont décédés et que ta sœur t'a rejetée, il est devenu le grand-frère protecteur dont tu avais besoin. Tu étais si jeune, tu avais besoin de lui. Et cinq ans plus tard, surprise, t'es encore un poussin et t'as toujours besoin de lui.
Malgré la cruauté de ses mots, Katie semblait bien plus au bords des larmes que Lily, qui était partagée entre la colère et le chagrin.
– Tu as raison, reprit-elle plus calmement qu'elle ne s'en serait crue capable. Je fais de la peine à Doc et il est toujours là pour moi, parce que c'est un mec incroyable. Il me voit comme sa petite sœur, et c'est justement pour ça qu'il n'aurait jamais couché avec moi.
– Je sais qu'il n'a pas couché avec toi, s'impatienta Katie en roulant des yeux avec insolence. Mais ça aurait pu.
– Bien sûr que non ! Doc me considère comme sa sœur.
– Peut-être, mais je ne suis pas certaine que tu le considères uniquement comme ton frère.
Lily en resta abasourdie quelques secondes.
– Est-ce que… t'es sérieuse, là ?
– Je suis certaine que ça ne t'aurait pas déplu.
– Je considère Doc comme mon frère et rien d'autre, répliqua-t-elle, la colère pointant dans sa voix. Qu'est-ce que tu crois, que je suis secrètement amoureuse de lui ?
– Exactement. Enfin, pas si secrètement vu que je m'en suis rendue compte, et « amoureuse » est un grand mot. Je dirai que tu veilles surtout à le garder sous le coude au cas où.
Lily cligna des yeux, avant d'éclater d'un rire sans joie.
– Je ne sais même pas où tu vas chercher tout ça.
– Tu crois que je ne sais pas qu'il a déjà refusé tes avances ? éructa froidement Katie.
Lily pâlit aussitôt et se tut. Elle avait complètement oublié cette histoire... Merde, merde, merde!
– J'étais complètement torchée ce jour-là, se défendit-elle finalement. Je n'en pensais pas un mot.
– Peut-être qu'au contraire c'est l'alcool qui t'avait donné la force de te déclarer.
A son insu, Katie avait visé juste, et les joues de Lily virèrent au cramoisi. Caradoc avait éclaté de rire quand elle avait fait sa déclaration, et la jeune femme, qui avait en effet eu un béguin passager pour son ami, était très rapidement passée à autre chose.
– Et tu n'arrêtes pas de lui répéter qu'il te faudrait « un homme comme lui », à quel point il est « formidable », poursuivit la coiffeuse.
– Sur le ton de la plaisanterie ! s'exaspéra la rousse. Il n'est pas du tout mon genre d'homme. Je ne veux pas de Doc de cette façon.
– Ça, c'est ce que tu essaies de faire croire à tout le monde, mais je ne suis pas stupide.
– Tu sais très bien faire semblant, en tout cas.
– Tu crois que je ne te vois pas comment tu le regardes, parfois, quand tu nous voies tous les deux ? A quel point tu as du mal à masquer ta jalousie ?
Lily secoua la tête, visiblement exaspérée.
– Je ne suis pas jalouse, j'envie votre complicité, c'est tout ! se justifia-t-elle. Je trouve que vous êtes parfaits ensemble, vous êtes surement le couple le plus équilibré que je connaisse, et quand je vous regarde, j'espère juste un jour trouver moi aussi quelqu'un avec qui je partagerai une complicité aussi forte.
– Ah, donc tu avoues bien vouloir me piquer Doc ! s'écria Katie. Tu veux avoir ce qu'on a lui et moi.
– Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit !
– Je le savais ! Je le savais, que tu n'attendais que la parfaite occasion pour sauter sur lui. Ou plutôt, pour qu'il saute sur toi. Parce que toi, t'es pas du genre à aller vers les hommes. T'es du genre à les allumer et à attendre comme une damoiselle en détresse qu'ils mordent à l'hameçon pour mieux te faire passer pour la victime ensuite.
– T'es ridicule, répéta Lily, complètement désabusée par les accusations de la blonde.
– Avoues-le, Lily. C'est exactement ce que tu espères avec Doc, parce que tu sais qu'il a le syndrome du chevalier servant. Tu as besoin qu'un homme s'occupe de toi, et si ce n'est pas l'un de tes petits amis que tu sembles choisir à la foire aux monstres, c'est à Doc de s'atteler à la tâche. Et il excelle tellement dans cela que je suppose que tu adorerais qu'il soit aux petits soins pour toi pour toujours.
Lily eut de nouveau un rire incrédule.
– Tu délires. Complètement.
– Avoues-le. Tu fais exprès de te lancer dans des relations sans avenir parce que tu adores qu'il s'inquiète pour toi et qu'il te réconforte. Je suis persuadée que tu espères qu'un jour il en ait marre qu'ils soient incapables de te rendre heureuse et qu'il décide de prendre les choses en main lui-même.
Sentant qu'elle commençait à trembler de fureur, et qu'il ne lui faudrait que peu d'encouragements pour qu'elle cède à la tentation de gifler Katie afin qu'elle se réveille de son délire, Lily ferma les yeux, respira profondément plusieurs fois afin de regagner son calme, puis reprit la parole une fois certaine d'être de nouveau maîtresse de ses émotions.
– Doc et moi sommes amis, répéta-t-elle lentement. Il n'y a rien entre nous, car nous sommes amis.
Katie croisa les bras.
– Je ne crois pas à l'amitié fille-garçon. Je n'y ai jamais cru. J'ai voulu jouer à la fille mature, donner le bénéfice du doute à Doc, parce qu'il est si différent de tous les hommes que j'ai connus, mais j'aurais dû rester sur mes positions.
– Ce n'est pas parce que ton ex…
– Oh, si, c'est justement parce que mon ex m'a trompée avec sa meilleure amie que je n'y crois pas, coupa férocement Katie. A ton avis, pourquoi j'ai hésité aussi longtemps à sortir avec un homme qui n'avait pas une, mais trois amies proches ? Dont une avec qui il déjeune tous les jours, dîne trois fois par semaine, dont il parle absolument tout le temps ?
Lily secoua la tête.
– Je ne suis pas une menace. Doc ne t'aurait jamais trompée, ni avec moi, ni avec personne. Tu vires carrément à la paranoïa…
– Je sens que j'ai des raisons valables d'être paranoïaque en ce qui te concerne. Il se braque dès que je lui demande d'arrêter de te faire passer avant moi, alors qu'il accepte de faire des efforts quand il s'agit des autres. Et il me l'a dit lui-même que tu es spéciale, pour lui, ajouta-t-elle avec amertume.
– Il veut juste dire qu'il est là pour moi comme je suis là pour lui...
– Ah oui ? Parce que je ne crois pas qu'il vienne souvent pleurnicher dans tes bras… ou devrais-je dire dans tes draps ?
– Il a une vie sentimentale plus stable que la mienne, c'est vrai, mais…
– Exactement. Plus stable. Tout le monde à une vie sentimentale plus stable que la tienne. Tout le monde connait les malheurs de Lily la Malchance et tout le monde a tellement de la peine pour toi. Mais pas moi, car je considère que tu provoques volontairement ce qui t'arrive. La plupart du temps, tu provoques tes propres malheurs, en particulier en ce qui concerne les garçons.
– Excuses-moi ? s'indigna Lily.
– Hmm, voyons voir… Tes sentiments pour Potter, je les ai vus venir à des kilomètres. Comment tu peux être assez stupide pour glousser comme une dinde tous les jours avec un homme dont tu prépares le mariage ? Nathan, tu as sérieusement attendu qu'il te demande en mariage pour te rendre compte qu'il ne te correspondait pas ? Et je ne parle même pas de l'Autre tout le monde t'avait prévenu que c'était un connard mais tu es restée auprès de lui quand même ! T'as toujours pas compris que les garçons, ça ne te réussit pas, et que tu devrais peut-être essayer d'être célibataire au moins pour un moment ? Tu foutrais la paix à pas mal de personne, à commencer par toi-même.
Il y eut un silence.
Les deux femmes semblaient toutes les deux sur le point de pleurer, mais se continrent miraculeusement. Katie l'observait d'un air craintif, comme si elle sentait qu'elle avait été beaucoup trop virulente, et une lueur de regret traversa même ses yeux embués, mais elle ne parvenait pas à revenir sur ses mots.
Qui faisaient terriblement mal. Lily savait que Katie était simplement triste d'avoir fini les choses avec Doc, la tenait pour responsable, et ne cherchait probablement qu'à la blesser. Et elle y parvenait avec brio. Elle déterrait les craintes profondes de la jeune femme et les lui jetait cruellement au visage, et Lily n'avait pas assez confiance en elle pour s'en défendre.
Elle s'était toujours trouvé pathétique, inutile, et beaucoup trop dépendante de ses amis, et Katie venait de le lui rappeler.
Son cœur se serra. Elle ne souhaitait rien de mieux que de mettre de la distance entre la jeune coiffeuse et elle, mais les pleurs de Doc l'empêchèrent de s'en aller avant de remplir sa mission première.
Leurs problèmes semblaient plus complexes qu'elle ne le croyait, et elle doutait pouvoir convaincre Katie de sa bonne foi au vu de l'aveuglement dans laquelle elle se trouvait. Katie se montrait irraisonnable, et refusait de croire qu'ils n'étaient qu'amis.
Mais elle avait causé cette fatale dispute, et souhaitait au moins réparer ça.
– Je suis désolée, Katie. Mais je ne suis pas venue te parler de ce qu'il y a entre Doc et moi, mais entre ce qu'il y a entre toi et lui.
Cette dernière croisa les bras, l'air à la fois méfiant et défiant.
– Je connais Doc depuis dix ans, et je ne l'ai jamais vu amoureux de qui que ce soit avant qu'il ne te rencontre. Je ne l'ai jamais vu aussi heureux que depuis que tu es dans ta vie. Et je ne veux pas être la raison pour laquelle il n'a plus cette source de bonheur. Et je ne veux pas qu'il soit privé de bonheur pour une connerie que j'ai faite.
– S'il m'aimait vraiment, il m'aurait choisie.
Sa voix se brisa, et Lily, malgré tout, ne put s'empêcher de ressentir une pointe de compassion envers la jeune femme.
–Quand tu dis à Doc que tu ne veux pas qu'il dorme avec moi, tu dis : « je t'interdis de faire ça », et tu veux dire : « ne me blesses pas ». Et quand Doc te dit qu'il me choisit et non toi, il dit : « je vois les amis que je veux quand je veux », et veut dire : « n'essaie pas de contrôler mes fréquentations ou mon comportement ». Tu n'aurais pas dû le forcer à faire un choix qu'il ne voulait pas faire, et... il n'aurait pas dû me choisir, ajouta Lily avec un pincement au cœur.
– Mais il l'a fait, persista Katie. Et je ne veux pas me retrouver dans une situation où on me fera passer derrière qui que ce soit. Tant que tu seras dans les parages, je ne me sentirai pas rassurée. Et tant que tu seras dans les parages, lui et moi, ce sera impossible.
LILY S'ÉTAIT FAIT couler un bon bain remplies de bulles multicolores et parfumées, avait allumé des bougies aux senteurs exotiques et mis les musiques les plus relaxantes, et pourtant, ce fut sans aucun enthousiasme qu'elle se glissa dans la baignoire.
Elle se sentait triste, et elle pleurait sans discontinuer depuis qu'elle était revenue chez elle. Le pauvre Colonel Fitz, qu'elle avait croisé dans la cage d'escalier, avait longtemps frappé à la porte dans l'espoir de la réconforter, mais Lily n'avait envie de voir personne.
Elle voulait juste pleurer et évacuer son mal-être comme on évacue du mauvais sang.
D'abord ce bordel avec James et Elinor, maintenant Doc et Katie ?
Elle se sentait lamentable…
« Tout le monde à une vie plus stable que la tienne. Tout le monde connait les malheurs de Lily la Malchance et tout le monde a tellement de la peine pour toi. Mais pas moi, car je considère que tu provoques volontairement ce qui t'arrive. La plupart du temps, tu provoques tes propres malheurs, en particulier en ce qui concerne les garçons. »
Peut-être que Katie avait raison, et qu'elle était lamentable. Sa vie sentimentale était un échec de bout à bout. Elle ne s'entichait que de psychopathes manipulateurs. Et quand elle n'était pas plongée dans une relation malsaine, elle tentait de s'en remettre en léchant du mieux qu'elle pouvait ses cicatrices.
Elle avait eu beaucoup de mal à mettre derrière elle sa relation avec l'Autre, et Marlène et Dorcas avaient déjà perdu patience face à ses incessantes pleurnicheries. Doc était le seul qui l'avait patiemment écoutée. Et quand elle avait cessé de leur faire part de cette douleur qui pesait dans son cœur, et qu'ils avaient cru que cela signifiait qu'elle s'en remettait enfin, elle était certaine qu'il l'aurait écouté avec la même bienveillance si elle avait décidé de se rouvrir sur le sujet.
Elle savait qu'il était sincère lorsqu'il lui disait de venir lui parler si elle en avait besoin, et qu'il serait toujours là. La preuve, il l'avait réprimandée quand elle lui avait caché être malheureuse avec Nathan.
Mais le prenait-elle en otage émotionnellement en se confiant à lui ?
Il était son ami, c'était normal de se confier à lui.
Mais peut-être qu'elle se confiait trop à lui?
Il s'inquiétait pour elle constamment car elle ne faisait que des choix ridicules quand elle était malheureuse, angoissée, ou qu'elle se sentait abandonnée. Elle n'avait pas la force de se prendre une claque et d'aller pleurnicher au fond de son lit. Non, elle ne pouvait s'empêcher de chercher à se faire consoler. Et n'importe qui pouvait faire l'affaire. Elle avait couru chez Nathan lorsqu'elle s'était disputée avec Marlène, et s'était réfugiée chez James lorsque Nathan avait tenté de la piéger. Et maintenant qu'elle était déçue par James, elle cherchait confort chez Doc. Rien ne s'était passé entre eux car il n'était pas intéressé par elle, mais l'aurait-elle repoussé s'il avait tenté quelque chose.
Elle n'en était pas certaine.
Était-elle tellement désespérée de trouver l'amour qu'elle se laisserait séduire par celle qu'elle considérait comme son frère?
(Était-elle désespérée de trouver l'amour?)
Lily plongea la tête sous l'eau, et resta en apnée plusieurs instants dans l'espoir de se vider l'esprit.
Elle n'avait pas de sentiments pour Doc, elle en était certaine. Du moins, elle croyait… Car parfois, il lui était arrivé de se demander ce qu'aurait donné leur couple s'ils s'étaient donné une chance. Mais tous les meilleurs amis du sexe opposés ne se posaient-ils pas la même question ? Ne cherchaient-ils pas à savoir s'il était possible de devenir encore plus proche de cette merveilleuse personne avec qui ils avaient une complicité exceptionnelle ? Et Doc était plutôt mignon, elle ne s'était jamais gênée pour le reluquer lorsqu'il se changeait devant elle… Est-ce que ça voulait dire qu'elle avait envie de plus avec lui ?
Était-elle la seule à se poser des questions aussi étranges ?
Doc s'était-il déjà posé les mêmes questions ?
Pourquoi se demandait-elle ce qu'elle pouvait ressentir pour Doc quand ses yeux se remplissaient de larmes à chaque fois qu'elle pensait à James ?
Peut-être qu'elle était juste tellement fatiguée physiquement et émotionnellement qu'elle ne pensait plus clairement ?
Doc et elle ? Ridicule.
James et elle ?
« Comment tu peux être assez stupide pour glousser comme une dinde tous les jours avec un homme dont tu prépares le mariage ? »
Encore plus ridicule.
L'air vint à lui manquer, et elle remonta à la surface.
LILY SORTIT DE SON BAIN loin d'être aussi relaxée qu'elle ne l'aurait souhaité, enfila un peignoir, et traîna des pieds jusque dans la cuisine afin de chercher le numéro de la pizzeria du coin. Cependant, parmi toutes les coordonnées aimantées au frigidaire, ce fut une carte de visite qui attira son attention.
Celle de l'homme qui l'avait abordée au Salon du Chocolat.
Felix Fowl.
Lily hésita, puis décrocha la petite carte.
BLA BLA de l'auteur:
Hello!
(J'adore Doc, il me rappelle mon meilleur nami à moi que j'aime)
Désolée pour le retard, chers lecteurs! En plus de m'être cassé la jambe au ski (c'est cool d'avoir un plâtre, mais c'est hyper chiant quand même!), je suis malheureusement plongée dans la préparation de mes concours et je vous assure avoir à peine le temps de me brosser les dents le soir en ce moment... Bouhou! Je suis malheureuse...
Merci à tous de continuer à suivre cette histoire. Je n'ai pas beaucoup de temps pour moi en ce moment, c'est vrai, mais si vous me gatez de review, je posterai la suite en fin de semaine :)
Désolée également de ne pas avoir le temps de répondre aux reviews aujourd'hui! J'essaierai de le faire dès que j'aurais un peu plus de temps, mais je les lis tous quand même et ils m'ont fait énormément plaisir! Je vous aime Miisss , Sheshe13 et Nikki Micky!
& JOYEUX ANNIVERSAIRE SHESHE13! Purée je suis vraiment TOUJOURS en retard pour tout...
