Note de l'auteur: je fais le choix assez risqué de me "débarrasser" en quelque sorte de pratiquement tout ce qui a trait à la relation Elinor/James dans ce chapitre, afin de pouvoir me concentrer plus tard sur du Jily. Donc, je ne suis pas certaine que vous apprécierez le contenu maintenant, surtout si vous détestez Ellie ^^ Bref, bon chapitre quand meme!
CHAPITRE 17 : Carte mère (1/2) – JAMES
TINA CROISA LES BRAS, l'air désapprobateur.
– Ce n'est pas ce que tu m'avais promis, maugréa-t-elle avec une déception non dissimulée.
James ne lui répondit pas immédiatement. Penché par-dessus la rambarde du stand de tir, le fusil calé sous son bras, il attendait le moment opportun pour abattre la plus petite des cibles défilantes, ce qui lui permettrait de choisir l'un des gros prix, parmi lesquels une énorme peluche que Tina avait désespérément tenté de gagner pendant les trois dernières parties. C'était pris de pitié que James avait pris le relais. Il avait déjà manqué sa cible deux fois, et concentrait toute son attention sur son dernier essai.
Un, deux, trois, quatre, cinq…
– Je sais, répondit-il enfin entre les dents serrées. Et je suis désolé. Mais Ellie est malade, je suis obligé de rester auprès d'elle, surtout dans sa condition.
Mrs Belange ayant choisi de prolonger son séjour à Shortbourne, James n'avait d'autre choix que d'y passer le plus clair de son temps pour s'assurer que la vieille femme ne s'en prenait pas à sa fiancée, si bien qu'il ne pouvait passer autant de temps qu'il l'aurait souhaité avec un Remus aussi soulagé de ne pas avoir à cohabiter avec Elinor que contrarié de voir James consacrer autant de temps à sa blonde.
Ce dernier disparaissait du Manoir Potter aux premières lueurs de l'aube pour ne réapparaître qu'après le coucher du soleil Mr Bell considérait impensable que James et sa fille partagent la même chambre sous son toit quand il n'y voyait autrefois aucun mal, ce qui accréditait malheureusement la théorie incestueuse aux yeux des Belange et rendait d'autant plus la position de sa fiancée délicate.
– J'arrive toujours pas à croire que tu l'aies réellement mise en cloque, commenta Tina en lâchant un soupir.
… dix-huit, dix-neuf, vingt,…
– Ouais, je sais, on aurait dû faire attention, dit James avec impatience.
– Je n'allais pas t'engueuler une fois de plus sur la nécessité de se protéger quand on fait des parties de jambes en l'air avec une nana qu'on vient à peine de rencontrer, se défendit Tina en baissant la voix. Mais je n'aurais jamais cru que tu serais le premier d'entre nous à avoir un enfant.
.. vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf…
– Et pourquoi pas ? J'adore les enfants. J'ai toujours voulu en avoir, et là je vais en avoir deux d'un coup. Que demande le peuple ?
– Je suis sûre que tu seras un formidable père.
– Bien sûr que j'en serai un. Maintenant, boucle-là, je n'arrive pas à me concentrer.
Tina lui fit un bras d'honneur avant de reporter son attention sur la partie.
…trente-sept, trente-huit, trente-neuf…
Les différents petits tapis roulant, disposés les uns derrière les autres, continuaient de faire défiler les cibles de droite à gauche à différentes vitesses, mais James avait mémorisé leur rythme. Ce n'était qu'une fois toutes les cinquante-trois secondes que les cibles étaient alignées de telle sorte que celle qu'il convoitait était atteignable. James comptait donc dans sa tête en attendant le bon moment.
.. cinquante-deux, cinquante-trois ! PAN !
Il tira, et abattit impeccablement le petit canard noir chuta du tapis. Il se redressa sous les applaudissements des badauds qui avaient suivi la partie le souffle court, et souffla fièrement sur le canon du fusil en plastique. Tina déposa un baiser sur sa joue avant de se tourner vers le propriétaire du stand, qui tentait de masquer sa contrariété sous des félicitations.
– Je veux le dragon gris ! s'écria-t-elle en pointant la peluche du doigt.
Tandis qu'on décrochait son prix, James remis la veste qu'il lui avait demandé de tenir. Il faisait toujours un peu frais dans le nord, même lorsque tout le reste du pays souffrait de températures caniculaires, et en particulier le soir, mais le temps restait agréable. La fête foraine battait son plein bien qu'il soit près de minuit, et avait attiré des sorciers et sorcières des quatre coins de la Grande-Bretagne.
Tina serra son énorme dragon contre elle, et la peluche animée remua la queue.
– Merci, James.
– De rien. Tu voulais quelque chose d'autre, peut-être ? Il me reste assez de jetons pour une autre partie, et une fois que t'as compris le truc, ce n'est pas très dur.
– Non, juste cette peluche, répondit-elle au grand soulagement de l'animateur du stand.
– OK ! Au fait, ne dis surtout pas à Remus que je l'ai gagnée pour toi, hein, il en serait jaloux. Il était très frustré de ne pas avoir réussi à le gagner pour toi.
Tina éclata de rire, et son visage se fendit en un petit sourire tendre.
– Oui, j'ai remarqué.
– D'ailleurs, ne t'en fais pas pour lui, poursuivit James. C'est vrai que je ne suis pas très disponible en ce moment, mais je rentre dès que je peux. Et puis, ce n'est pas comme s'il était seul : Sirius et Peter passent le voir tous les jours, je ne sais pas comment me débarrasser d'eux la plupart du temps. Et il mange chez Dorcas pratiquement tous les soirs.
Tina pinça les lèvres, visiblement peu ravie d'apprendre que son ex passait ses soirées chez le sien. Elle se tourna vers la foule bondée, et son regard trouva instantanément Remus qui, accompagné de Sirius, achetait des places pour la Grande Roue de Pré-au-lard. La discussion entre les deux hommes devait être désopilante car Remus éclata soudain de rire, et Tina ne put s'empêcher de ressentir un pincement au cœur.
– Il a l'air d'aller bien, commenta-t-elle en détournant les yeux.
– Tu as l'air d'aller bien aussi, contra James, qui avait remarqué son ton blessé.
– Ce n'est pas le cas, souffla Tina. Ça ne fait que dix jours qu'on est séparés. J'essaie juste de faire bonne figure.
– Et lui essaie la même chose, justement. Ne te fie pas aux apparences, tu lui manques.
– Il me manque aussi…
James passa le bras autour de ses épaules et la pressa doucement vers lui.
– Comment ça va, avec tes parents ?
– Bien. Mieux, évidemment.
– Et ta sœur ?
– Comme d'hab.
– Au travail ?
– J'ai craqué, admit-elle de son ton le plus indifférent, et j'ai donné un coup de pied dans les parties du nouvel interne, celui qui me harcèle depuis qu'il sait que c'est fini avec Remus.
James ne put s'empêcher de rire.
– Oh, Tiger Tina, plus violente que jamais...
– Je suis quelqu'un de très calme, sauf quand on me fait chier. Au fait…
Elle s'approcha de son ami et baissa la voix, comme si elle s'apprêtait à lui avouer quelque chose de terriblement honteux.
– Ne le dis jamais à Callender, mais j'adore ce surnom.
– Il te va comme un gant, j'en ai bien peur, chuchota James sur un ton faussement navré.
Ils traversèrent la marée humaine qui les séparait de leurs deux amis. Remus et Sirius riaient toujours à gorge déployée, ce qui attisa leur curiosité.
– Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? demanda Tina.
– Remus m'a raconté une histoire trop drôle, s'exclama Sirius en s'essuyant le coin des yeux. Vas-y, racontes, racontes !
– Tina la connait déjà, dit Remus.
– C'est laquelle ?
– Celle du Mexicain.
Tina lui jeta un regard consterné, avant de se tourner vers Sirius.
– T'es sérieux ? C'est la blague du Mexicain qui te fait rire comme ça ?
– Elle est drôle, protesta Remus.
– Oui, quand on est bourré.
– Hééé ! protesta James. Je la connais pas, moi, je sais pas de quoi vous parlez !
Tina roula des yeux.
– Tu ne rates rien pourtant, crois-moi.
– Tu vas voir, elle est hyper drôle, avertit Sirius. Vas-y, racontes, Lunard.
Ce dernier s'éclaircit la gorge et se redressa :
– OK, bon. Un Mexicain, un Américain et un Ecossais entrent dans un restaurant. Le serveur leur désigne une table, ils s'y installent tous, sauf le Mexicain. Pourquoi ?
James haussa les épaules.
– Parce qu'il s'appelle Sanchez !
Remus et Sirius éclatèrent de nouveau de rire, et Tina se frappa le front avec la main, l'air affligée.
– Tu m'expliques ? lui demanda James.
– Sanchez. Sans chaise.
C'était le genre de blague tellement peu drôle qu'on ne pouvait s'empêcher de rire, et James se roula également par terre.
– Ah purée, sans chaise !
– Au secours, gémit Tina.
– C'est trop con !
Tous trois s'esclaffaient comme s'il s'agissait de la blague de l'année, et la jeune femme ne put s'empêcher de rire à son tour, contaminée par leur bonne humeur.
– Au moins, on ne se demande pas pourquoi vous êtes amis, tous les trois, commenta-t-elle en secouant la tête. Vous avez le même humour foireux.
– Oh, l'hypocrite, dit Remus. Tu t'es roulée par terre, la première fois que je l'ai racontée.
– Parce que j'étais bourrée ! Rire à cette blague dans tout autre état devait être puni de la peine de mort.
– Toi aussi t'en raconte des pas marrantes du tout. Comme celle de la goule, du vampire et de l'elfe de maison.
– Mais arrêêêête, elle est trop marrante celle-là ! Pas comme ta blague de la Dame qui pique !
Le machiniste de la grande roue les héla à ce moment-là, et leur fit signe de s'approcher.
– Elle n'est pas terrible celle-là, concéda Remus en se dirigeant vers l'entrée de l'attraction, mais elle est toujours mieux que…
Tina lui emboîta le pas, et James s'apprêtait à en faire de même mais Sirius, qui n'avait pas bougé, le retint discrètement par le bras et désigna l'ancien couple du menton. Remus et Tina, à présent engagés dans un concours de Blagues-Pas-Drôles, ne remarquèrent pas leur jeu et entrèrent seuls dans la cabine de la grande roue.
– Qu'est-ce que tu fais ? demanda James tandis que le machiniste refermait la porte sans qu'ils ne se soient rendus comptes de rien.
– Ils ont besoin d'être un peu seuls, tu ne penses pas ? Ils n'arrêtaient pas de se dévorer des yeux de toute la soirée, et je pense qu'ils ont encore plein de choses à se dire. Je me suis renseigné, la cabine met environ trente minutes à faire un tour complet.
James leva un sourcil.
– Depuis quand tu es aussi délicat ?
– Oh, je suis un jeune homme plein de surprises… Y'a rien de plus romantique qu'un tour de roue.
– Tu sais très bien qu'ils ne vont pas se remettre ensemble.
– Non, mais ils vont surement coucher ensemble, prédit Sirius. Et crois-moi, vu comment ils sont tous les deux sur les nerfs en ce moment, ça leur fera du bien.
La cabine suivante arriva au niveau du sol. Un couple échevelé s'en extirpa précipitamment, et James et Sirius prirent leur place après avoir vérifié qu'ils ne s'asseyaient sur rien de suspect.
– Remus est beaucoup moins mal en point que je ne le redoutais, reprit Sirius.
– Oui. Rien à voir avec quand il a rompu avec Dorcas.
– C'est peut-être parce qu'elle l'aide à passer le cap qu'il le vit aussi bien. Après tout, ils se sont séparés pour la même raison. Elle est le soutien parfait pour lui.
– Hmm, dit James, l'air penseur.
– En parlant de soutien… Pourquoi est-ce que tu passes autant de temps chez ta nana ? Je ne t'ai pas croisé une seule fois chez toi.
– Longue histoire, mais tu dois me promettre de ne rien dire à personne.
James lui relata les derniers évènements survenus à Shortbourne, et la mystérieuse paternité des jumeaux d'Elinor. Sirius en resta bouche bée plusieurs secondes.
– C'est… dingue, commenta-t-il finalement. Bell et son père ? C'est carrément tordu d'imaginer quelque chose de ce genre. Je veux dire… c'est son père !
– Dégoûtant, résuma James avec lassitude.
– Et tu dis qu'il y en a pour croire à cette connerie ?
– La moitié de la maisonnée, je dirais. J'ai l'impression de vivre dans une maison de fous.
– Hmm.
Mr Bell refusait toujours catégoriquement de voir partir sa fille, inconscient du fait qu'il mettait justement cette grossesse en danger en coinçant Ellie à Shortbourne. Car deux clans se formaient nettement à Shortbourne, bien que chacun veillait à lisser son comportement en compagnie du patriarche ou du petit Alioth.
Outre la vieille folle de Mrs Belange, James devait à présent également garder un œil sur les enfants de cette dernière. Jacob, persuadé par la théorie de sa mère, en avait conclu que si l'inceste ne répugnait pas Elinor, il avait toutes ses chances. Il ne perdait jamais une occasion de la déshabiller du regard lors des repas communs, allant parfois jusqu'à se pourlécher les lèvres dans un accès d'excitation évident, et rôdait dans la maison malgré la chaleur estivale dans l'espoir de se retrouver seul avec elle. Quant à Mrs Bell, rongée par les soupçons, elle se montrait de plus en plus froide et distante avec celle qu'elle avait longtemps considérée comme sa propre fille, et on la surprenait régulièrement jeter un regard à faire froid dans le dos dans la direction de cette dernière. Bien que pour des raisons tout à fait différentes, elle était tout aussi déterminée que sa mère à protéger les intérêts d'Alioth – et donc, les siens. A quel prix, James l'ignorait, mais il redoublait de vigilance.
Avec autant de présences hostiles dans la maison, James ne se sentait pas tranquille de laisser Elinor seule sans surveillance au milieu de ces requins. Aussi, il se relayait avec Tom, qui partageait les inquiétudes du fiancé, au chevet d'Elinor sous couvert de la tirer de son ennui profond dû à son incapacité de quitter l'auguste demeure. Lorsque James rentrait chez lui, le factotum prenait le relai et passait la nuit au pied du lit de la jeune femme.
Sirius se gratta la barbe qu'il se laissait pousser malgré les protestations de ses amis.
– Et qu'est-ce que tu en penses, toi ? reprit-il.
James haussa les épaules.
– J'ai du mal à imaginer Ellie avec quiconque d'autre qu'Arthur, mais il y a tellement de zones d'ombres dans leur histoire que je me demande si ça ne pourrait pas être quelqu'un d'autre. Je ne crois pas une seconde qu'il s'agisse de son père ou de Jacob, Jon Callender me semble peu probable également, mais Tom me semble un candidat solide.
– Ça pourrait également être quelqu'un que tu ne connais pas aussi, non ? suggéra Sirius. Un coup d'un soir, par exemple.
– Ce n'est pas vraiment le style d'Ellie, mais on ne peut pas rayer la possibilité, admit James.
Il soupira de lassitude.
– Qu'est-ce que tu comptes faire ?
– Attendre le retour de Cartridge pour obtenir plus d'informations. Je me pose plein de questions que je n'ose pas poser à Ellie. Elle est très bouleversée lorsque quelqu'un amène le sujet sur le tapis, et je ne veux pas la contrarier dans son état.
Sirius secoua la tête.
– Je parlais d'en général. Tu restes malgré tout déterminé à l'épouser ?
James fronça les sourcils, décontenancé par la question.
– Bien sûr !
Sirius l'observa quelques secondes, avant de reprendre la parole :
– Je sais que tu veux l'aider, mais elle n'a pas été honnête avec toi et cette histoire sent de plus en plus mauvais. Personne ne t'en voudras si tu te retires de l'histoire.
– Ne t'inquiète pas, je sais ce que je fais.
– Je ne pense pas que Brutus Bell soit la seule personne dangereuse de cette famille, James.
– Brenitte n'est qu'une vieille folle, Mrs Bell est inoffensive, Jacob est un idiot et Tom est du côté d'Elinor.
– Mais je m'inquiète ! insista Sirius. Je sais que tu ne veux qu'aider cette fille en lui donnant la maison qu'elle n'a jamais eue, mais tu ne penses pas que tu sacrifies un peu trop pour elle ? Que tu t'impliques un peu trop dans une histoire qui ne te concerne pas ? Tu n'as aucune raison d'assumer tous ses problèmes à elle.
– Oui, mais elle a besoin de moi.
– Justement. C'est toi qui lui offre confort et sécurité, quand elle en échange ne peut t'apporter que ses lots de problèmes tous plus étranges les uns que les autres et mettre à tes trousses une bande de barbare fana de torture. Tu gagnes quoi, à te sacrifier comme ça ?
Des choses dont il ne pouvait parler avec son meilleur ami.
Sirius était persuadé que James protégeait Elinor par pur altruisme et totale inconscience.
– Je l'aide de mon plein gré, éluda-t-il.
Sirius soupira.
– Je sais, Prongs… mais, pour tout te dire, je n'ai jamais compris pourquoi tu vas dans de tels extrêmes pour l'aider. OK, elle t'a aidée dans le passé, mais ce n'est pas une raison pour te montrer aussi redevable. Barres-toi avant qu'il ne soit trop tard.
– Qu'est-ce que je suis censé faire ? maugréa James. La laisser tomber, alors qu'elle est sur le point d'accoucher ?
– Non. Bien sûr qu'elle a besoin d'aide. Les épisodes récents prouvent bien que sa famille est tarée. Je pense que tu prends des risques inconsidérés, et que tu devrais laisser les Aurors faire leur travail.
– J'ai très bien considéré tous les risques, Sirius, protesta James. Je ne suis pas suicidaire. Et je te rappelle que tu es celui qui m'a formé. Quel meilleur professeur de défense que toi ?
– La flatterie ne te mènera nulle part. Et ce n'est pas seulement pour ta sécurité que je m'inquiète. Plus le temps passe, et plus je trouve que tu t'investis un peu trop pour le bien être de Bell. J'ai pas l'impression que tu réalises que tu t'attaches vraiment à elle, et que ce que tu es en train de construire autour d'elle est concret.
– Je sais ce que je fais, répéta James, toujours sur la défensive.
– Ne te braques pas. Je dis juste que tu pourrais l'aider d'une autre manière, sans aller jusqu'à sacrifier ta propre vie sentimentale, l'épouser et adopter ses enfants.
James en était conscient. Sa famille était riche et influente. Cacher Elinor serait largement dans ses cordes.
Mais…
Il avait besoin d'Ellie à Shortbourne. Il avait besoin que sa fiancée puisse encore espionner son père tant qu'elle le voudrait, et tant qu'elle en serait physiquement capable. Il savait que c'était égoïste, et qu'elle se mettait en danger à chaque fois qu'elle s'aventurait dans le bureau de son père, et il savait qu'il devrait la mettre en sécurité au moins tant qu'elle était enceinte. Mais elle était la seule à pouvoir faire s'infiltrer dans le bureau de Mr Bell. Leur enquête avançait ainsi plus vite que les six premiers mois réunis, et James sentait qu'il était plus proche de son objectif que jamais.
L'immobilisation d'Elinor à Shortbourne présentait en effet l'éphémère mais grand avantage de permettre aux trois détectives en herbe d'avoir accès plus facilement aux archives de Mr Bell, et James était bien décidé à mettre ce temps à profit. Elinor effectuait à présent plusieurs excursions par jour, et emmagasinait les informations jusqu'à saturation de son cerveau. Une fois qu'elle les avait fidèlement retranscrits, James et Tom tentaient de trier les renseignements qui avaient un réel intérêt, et d'en déchiffrer le sens.
Les sortilèges anti-intrusion que James avait dressés par mesure de précaution dans la chambre d'Elinor avaient également pour vocation de leur assurer de la discrétion lorsqu'ils se rassemblaient pour déchiffrer les écrits. Si quelqu'un s'approchait à leur insu, toutes les peluches d'Ellie se mettaient à dandiner de la tête, et leurs voix ne pouvaient être entendues en dehors de la pièce.
– Je ne veux pas d'une vie sentimentale, de toute manière, éluda-t-il de nouveau.
Sirius leva un sourcil, l'air dubitatif.
– Quoi ? aboya James.
– Et tout ce cirque avec Evans, qu'est-ce que c'est ?
James haussa les épaules, affichant une indifférence feinte qui ne dupa pas son meilleur ami un instant.
– J'aime beaucoup de choses chez elle, admit-il sur un ton placide. Elle est belle, et sympa, et drôle et intelligente. Et oui, j'aimerai qu'elle fasse partie de ma vie. Mais je ne veux pas qu'elle devienne ma vie, qu'elle prenne la plus grande place dans ma vie, ni que mon monde tourne autour d'elle.
– C'est ce dont tu essaies de te convaincre ?
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
Sirius soupira.
– Rien. Et qu'est-ce qu'elle en pense, Evans, du fait que t'aimerai qu'elle reste dans les parages, mais pas trop ?
– Je ne lui ai jamais caché qu'Ellie était et resterait ma priorité, déclara James.
Sirius croisa les bras.
– Elle a l'air de beaucoup t'apprécier, insista-t-il. Tu penses vraiment qu'elle acceptera de te partager si les choses vont plus loin entre vous ?
– Elle commence à se faire à l'idée sans même s'en rendre compte.
Sirius leva un sourcil.
– T'as l'air sûr de toi…
Leur cabine avait à présent effectué la moitié de son trajet, et leur offrait une vue imprenable sur Pré-au-Lard, ses montagnes environnantes, son ciel étoilé, et même Poudlard au loin. James s'appuya sur la rambarde, et admira avec une pointe de nostalgie les lumières du château qui étincelaient au loin.
– Je sais ce que je fais. Si elle tombe amoureuse de moi, elle ne pensera plus à certains… détails.
– Comme le fait que tu vas être père et marié dans quelques semaines ?
– Elle flirte avec moi, ça prouve que j'ai réussi à lui faire comprendre que ce que j'ai avec Ellie et ce que je ressens pour elle sont deux choses totalement distinctes. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle n'accepte toute la situation.
– Et t'es sûr de ça ?
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
Sirius secoua la tête, et admira la vue de son côté de la cabine.
– Emily t'a rendu bien cruel, dis donc, lâcha-t-il enfin.
La déception dans le ton de sa voix rendit James mal à l'aise.
– Je ne force Evans à rien, protesta-t-il en lui faisant toujours dos.
– Ça ne te rend pas moins coupable.
– Coupable de quoi ? Elle est libre de tomber amoureuse de moi ou non, je ne fais que l'encourager.
– Disons que ton plan marche, qu'elle tombe amoureuse de toi, s'impatienta Sirius. Qu'est-ce qui te dit qu'elle n'exigera pas que tu quittes Bell ? Qu'elle ne voudra pas une relation normale ?
– Parce que je ne lui ai jamais caché que je ne ferai jamais une chose pareille, et qu'elle n'aura pas envie de me perdre.
– Et si elle décidait que tu ne valais pas la peine qu'elle passe en seconde plan toute sa vie pour des instants volés ?
– Je suis James Potter, bien sûr que j'en vaut la peine.
– Je te parle sérieusement, James, s'agaça Sirius. Il y a des choses qui nous paraissent normales pour toi et moi car nous sommes des Sangs-Purs, mais Evans est d'origine Moldue, ça m'étonnerait que la polygamie soit sa tasse de thé, et tu as de grandes chances qu'elle fasse un bras d'honneur à tes conditions et qu'elle te laisse le cœur brisé.
– Ça n'arrivera pas, dit James avec assurance.
Sirius soupira à nouveau.
– Ce que tu as avec Evans me semble être naturel et sincère. Tu penses pas que ça vaut la peine de faire un réel essai ?
– Ellie…
– Ne te caches pas derrière Bell, interrompit froidement Sirius. Tu pourrais l'aider de mille manière sans sacrifier tes autres relations. Tu sais ce que je pense ? Que tu utilises la situation de Bell pour ne pas assumer le fait que t'es complètement amoureux d'Evans mais que tu as peur de prendre le risque.
James resta interdit quelques instants.
– Je ne suis pas amoureux d'Evans, nia-t-il avec une pointe de colère.
– Si tu le dis.
Silence.
– Je ne le suis pas.
– Si tu le dis. OK.
Silence.
– J'ai des sentiments pour elle, c'est vrai. Mais je ne suis pas amoureux d'elle.
– Hm-mm. Si tu le dis.
Silence.
– Je me souviens pas que mon meilleur ami était aussi lâche et égoïste.
– Va te faire foutre, Sirius.
– Toi, va te faire foutre.
– Non, toi, va te faire foutre.
– Non, toi. T'es en train de gâcher ta vie. Tu veux explorer le monde en restant tranquillement assis dans son fauteuil. Mais mec, y'a pas de sofa dans la savane. Si tu veux que ta vie en vaille la peine, il faut que tu prennes des risques, et par risques j'entends pas par-là ceux qui mettent ta vie en péril.
– Je sais ce que je fais.
– Oui, tu essaies d'avoir une vie sentimentale tranquille et sans remous. Et j'ai pas envie que tu te réveilles un jour en réalisant que tes choix sont idiots, que le monde a bougé sans toi et qu'Evans est mariée et a trois enfants avec un type tellement cool que tu pourras pas le détester. Tu ne voulais plus sortir avec qui que ce soit après Emily et ça se comprend. Mais Evans est là, maintenant. Ça fait très longtemps qu'une fille ne t'a pas intéressée comme elle. Est-ce que tu vas passer à côté de ce que vous pourriez être simplement parce qu'une connasse s'est joué de toi il y a quelques années ?
James serra les poings, puis tourna vers lui.
– Qu'est-ce que tu en sais, toi, d'abord ? éructa-t-il.
Sirius en fit de même.
– J'essaie de te mettre en garde contre le fait de prendre une fille sincèrement intéressée par toi comme Lily pour acquise, siffla-t-il.
– Parce que c'est pas ce que tu fais tout le temps ?
– Si, et regarde le résultat ! Tea s'est barrée et je reste là comme un con et impuissant !
Sirius passa rageusement la main dans les cheveux avant de tourner à nouveau son regard vers l'extérieur, et James sentit sa colère se dégonfler. Bien qu'il refusait toujours catégoriquement de parler de sa propre rupture amoureuse, il était évident que Sirius souffrait des circonstances dans lesquelles les choses s'étaient finies avec Leoh.
– Est-ce que tu vas essayer de la récupérer ? demanda finalement James.
Sirius eut un rire sans joie.
– Pour quoi faire ?
– Bah… parce que t'as envie d'être avec elle ?
Il secoua la tête.
– Je l'aime assez pour penser à elle avant moi, et pour faire passer ses besoins en premier. Tea a des envies qui diffèrent des miens, fin de l'histoire. Je ne compte pas l'épouser ni lui faire des enfants, et c'est ce qu'elle veut. Je ne veux pas l'obliger à renoncer à tout ça juste pour vivre avec moi.
James soupira, puis se tourna à son tour vers la fenêtre.
La vérité était qu'il était, à l'inverse de Sirius, beaucoup trop égoïste pour renoncer à Lily. Non pas qu'il n'y avait jamais pensé. Lorsqu'il avait été persuadé qu'elle était parfaitement heureuse avec Smith, il avait sincèrement été prêt à la laisser vivre sa romance. Et il abhorrait l'idée qu'elle soit malheureuse, depuis qu'il s'était habitué à ses sourires.
Elle était fantastique, lorsqu'elle souriait.
Mais maintenant ?
Il savait qu'il en serait tout à fait incapable. Pas après avoir goûté ces exquises lèvres, pas après avoir caressé sa douce peau, pas après avoir appris à faire sa connaissance, pas après s'être tant habitué à son agréable présence. Tout était facile et évident, et agréable, et doux avec Lily. Trop doux, pour qu'il y renonce volontairement.
Elle le faisait sourire. Elle le rendait insouciant. Elle lui faisait découvrir des tas de choses. Elle le rendait vivant – parfois, lorsqu'il se tenait très près d'elle, son cœur battait si vite qu'il craignait qu'elle ne l'entende. Elle avait le don de le rendre tellement heureux par sa simple présence, qu'il se demandait parfois s'il avait déjà été malheureux. Elle le faisait parler sans difficulté de ses blessures profondes. Elle lui donnait envie de l'embrasser, de lui faire l'amour, de lui offrir tout ce qu'elle méritait, et même ce qu'elle ne méritait pas.
Non, il ne pourrait pas renoncer à Evans.
Il ne voulait pas.
Il ne voulait même pas l'envisager.
Il ferma les yeux.
– C'est le tour de Grande Roue le moins romantique que je n'ai jamais eu, dit finalement Sirius.
C'EST EN CHANTONNANT à tue-tête qu'Heidi rejoignit James et Elinor dans le jardin le lendemain, où ils l'attendaient impatiemment depuis plus d'une heure. Comme à l'accoutumée, elle portait des couleurs criardes qui les fit plisser les yeux. Perchée sur des chaussures à hauts talons, c'est avec une aisance d'équilibriste qu'elle s'approcha du groupe.
– A-lo-ha ! salua-t-elle en agitant la main. Quelle belle journée, n'est-ce pas ?
– T'es de bonne humeur, fit remarquer James avec une pointe de curiosité.
– T'es en retard, commenta froidement Elinor.
Elle était d'une ponctualité si pointilleuse que l'idée d'attendre lui faisait horreur, surtout si cela signifiait que le plateau de sushi qu'elle avait supplié son amie d'apporter arriverait également en retard. La grossesse d'Elinor lui donnait toutes sortes d'envies à n'importe quel moment de la journée. Fort heureusement pour James, Heidi se dévouait généralement pour assouvir les désirs de son amie.
– Premièrement, princesse, je suis toujours en retard… et si tu n'arrêtes pas de me regarder comme ça je repars avec mes sushis, chantonna-t-elle.
Elinor se força à sourire, et Heidi, après avoir feint d'hésiter, lui tendit le plateau.
– Deuxièmement, poursuivit–elle en se tournant vers James, je ne suis pas de bonne humeur… je suis d'excellente humeur.
– Parce que ?
– Devine !
James se gratta le menton.
– Est-ce que ça a un rapport avec le sexe ?
– Non ! Mais c'est tout aussi jouissif.
– Est-ce que ça a un rapport avec les Bavboules ?
– Correct.
– Est-ce que ça a un rapport avec le championnat ?
– Oui !
– Tu vas pouvoir jouer ?
– Oui, oui, oui !
Heidi tournoya sur elle-même.
– Je suis de nouveau titularisée !
James et Elinor applaudirent tandis qu'elle sautillait d'excitation, son énorme poitrine se ballotant dans tous les sens.
– Bravo ! s'exclama Elinor, sincèrement ravie.
Heidi se laissa tomber sur la chaise libre.
– Je croyais que les sélections étaient déjà passés ? s'étonna James.
– Oui, depuis mai…
– Racontes ! Qu'est-ce qui s'est passé ? la pressa-t-il.
Elle esquissa un sourire mystérieux.
– J'ai eu de la chance… Ou alors…
Heidi saisit le verre de James, et gouta le sorbet au citron qu'il dégustait sans lui demander son avis.
– Hmm, délicieux. Tu permets que je finis, hein ?
– Ou alors ? répéta le jeune homme sans prendre garde à sa question.
Le regard d'Heidi devint malicieux, et elle reprit une cuillérée de glace.
– Ou alors… peut-être que ma promotion soudaine à un rapport avec le fait que j'ai accidentellement laissé échapper à Moll que tu voyais quelqu'un, ce qu'elle s'est empressée de le répéter à Ems, qui s'est montrée exécrable avec Coach, qui est venu me demander ce qui se passait, que j'ai subtilement redirigé vers Moll, qui a répété ce qu'elle croit savoir, ce qui a déclenché une dispute entre Coach et Emily puis une bagarre entre Emily et Moll, qui se trouve actuellement à Sainte Mangouste et est incapable de jouer, ajouta-t-elle rapidement.
– Quoi ? s'indigna James.
– Rien de grave, les Medicomages ont dit qu'ils pourront replacer ses membres à leur bonne place. Mais il fallait bien la remplacer dans l'équipe vu que les matchs commencent bientôt et… Tadaa !
– Tu avais prévu tout ça ? s'étonna Elinor. Impressionnant.
– En fait, la fin de mon plan a foiré car je voulais qu'Emily se fasse virer, admit Heidi. Mais Coach a fini par étouffer l'affaire comme d'habitude quand elle l'a menacée de partir. Je ne sais pas s'il redoutait plus de se retrouver célibataire ou de la perdre. Mais bon, l'essentiel est que je sois titularisée, non ?
– Euh, non, dit James, toujours scandalisé.
Elle eut l'air contrariée.
– T'es pas content pour moi ?
– Comment t'as pu ne serait-ce qu'imaginer un truc pareil ? C'est dingue !
– Je sais, je suis un génie.
– Je ne suis pas en train de te féliciter, je suis indigné ! précisa-t-il.
– Pourquoi ?
– T'as pensé à la pauvre fille qui se retrouve à Sainte-Mangouste ?
– Moll ?
Elle eut un petit rire dédaigneux.
– Ça lui apprendra à répéter les secrets qu'elle a promis de garder dix secondes plus tôt.
– Ce n'est pas le putain de problème ! Elle est à l'hôpital !
– Il n'y a pas de putain de problème, répliqua Heidi sur un ton sans réplique. Elle jouait mal, en plus. Je suis à nouveau dans l'équipe, c'est tout ce qui importe.
– Tout à fait, approuva Elinor. En plus, si Moll rate les premiers matchs, il y a des chances qu'elle reste remplaçante au moins toute la première partie de la saison. Bien joué, Call !
James poussa un grognement de frustration. Elles étaient impossibles quand elles s'y mettaient toutes les deux, et il n'avait pas la force de combattre leur morale douteuse.
– D'ailleurs, James, j'espère que tu seras libre dans deux semaines pour venir voir le premier match.
– Je déteste les Bavboules, lui rappela James. Je ne vois pas pourquoi je m'infligerai ça.
– Je te demande pas de t'y intéresser, juste de faire acte de présence. J'ai obtenu des places au premier rang, et je compte plutôt sur ta présence pour déconcentrer Emily.
James poussa un soupir las, et se replongea dans son livre.
– Tu sais que t'es complètement tarée ?
– Et un tantinet obsédée par Emily, ajouta Elinor.
– Quoi ? s'agaça Heidi. C'est de sa faute si je suis parmi les remplaçantes, à la base. Je vous rappelle que c'est pour me punir d'avoir couché avec toi Jim-Jim – pardon, Ellie Bellie – qu'elle m'a fait reléguer dans l'équipe remplaçante. On a besoin de remplaçants une fois tous les dix ans aux Bavboules. C'est normal que je cherche à prendre ma revanche, et je sais appuyer sur les bons boutons pour la rendre chèvre.
– De toute évidence, commenta James sans lever les yeux de sa page.
Il savait inutile de tenter de dissuader Heidi de se venger d'Emily. Cette dernière l'avait blessée bien trop profondément, et Heidi ne serait satisfaite qu'en lui prenant les trois seules choses qui importaient réellement aux yeux d'Emily : James, les Bavboules, et son autographe d'Oscar de la Naranja. Heidi avait mis Elinor sur la piste de James, et s'était arrangée pour que l'autographe chéri brûle dans un stupide incendie; les Bavboules étaient la prochaine cible sur la liste.
– Et tu es le meilleur des boutons si on veut la décontenancer, Jimmy-chou, poursuivit-elle avec un sourire mauvais. Elle n'a jamais renoncé à toi, et pète un câble à chaque fois qu'elle entend dire que tu t'intéresses à quelqu'un d'autre qu'elle. Pour l'instant, elle essaie de calmer les choses avec son mec, mais je parie qu'elle va bientôt débarquer chez toi pour vérifier que tu es toujours à ses pieds.
– Je l'attends de pied ferme, assura froidement Elinor.
– Oh, tu sais bien qu'elle ne te considère pas comme une menace, Ellie, même en sachant que t'es en cloque, fit remarquer Heidi. Elle est persuadée que tu es une erreur de parcours, et que James reviendra à elle si elle claque des doigts. Mais elle pourrait bien prendre Evans un peu plus au sérieux, surtout si elle apprend qu'elle est rousse... Information que je lâcherai en temps et en heure. Ce serait stupide de ma part de ne pas jouer là-dessus. Elle se sent tellement invincible qu'elle ne verra pas sa chute venir, et cette fois-ci elle quittera l'équipe pour de bon.
– Tu es si… diabolique, dit Elinor avec un sourire amusé. Je ne sais pas comment tu comptes t'y prendre, mais je sens que ce sera très amusant.
– Oh, tu n'es pas en reste quand tu le veux, Ellie-Bellie, répliqua Heidi sur un ton faussement modeste. Certaines de tes combines me laissent sans voix.
– Oh, merci très chère. Au passage, je pense qu'il serait très drôle d'inviter toutes les rouquines que tu connais à ce match, à défaut d'avoir James.
– C'est une idée, approuva Heidi. J'aurais aimé inviter la vraie Lily, mais Emily risquerait de l'étriper, et tu as encore besoin d'une wedding-planner.
– Oui, je commence à m'habituer à elle, et son travail n'est pas si mauvais.
– L'idéal, bien sûr, serait d'avoir Jim-Jim et Lily Flower se rouler des pelles devant elle, renchérit Heidi après un instant de réflexion.
– Laisse Lily en dehors de tes plans, intima James d'une voix sans réplique. De toutes façon, nous ne sommes qu'amis.
– J'ai entendu dire que vous ne pouvez pas vous empêcher de roucouler quand vous êtes ensemble. Ça déstabiliserait Ems assez pour qu'elle soit définitivement chassée de l'équipe.
James jeta un regard mauvais à sa fiancée, qui attrapa rapidement l'un des magazines trainant sur la table et se cacha derrière.
– Evans et moi on ne roucoule pas. On s'entend bien, c'est tout.
– Oooooh, c'est tout ? insista Heidi avec une pointe de déception.
– Oui, c'est tout.
– Pas la moindre avancée dans le rayon mamouuuuur ?
– Rien que du platonique.
– Ce n'est qu'une question de temps si tu veux mon avis, intervint Elinor en tournant une page de son magazine. Si tu savais la quantité de phéromones qu'ils dégagent quand ils sont ensemble, c'est à vomir. Parfois, j'ai juste envie de les enfermer dans un placard pour qu'ils copulent une bonne fois pour tout et nous laissent tranquille, ajouta Elinor avec lassitude.
James jeta à nouveau un regard noir à sa fiancée, et Heidi éclata de son rire tonitruant.
– Des phéromones ? Ça veut dire qu'ils l'ont peut-être déjà fait alors ?
– C'est bien possible, mais je n'en ai pas la preuve.
– Hmm. C'est arrivé plus vite que je ne le pensais.
– Evans n'est pas ma maîtresse.
– C'est ça, oui.
– Je n'ai jamais couché avec elle !
– Même en pensée ?
James rougit. Difficile à nier qu'il avait des rêves vivaces, surtout qu'il ne l'avait pas revue depuis une bonne semaine.
– T'as de la chance que je ne te fasse pas une crise de jalousie pour ça, ajouta Elinor en tournant tranquillement une nouvelle page.
– Oh, comprends-le, Ellie. Elle est très jolie, Evans, surtout en vrai, et très sympathique. J'aimerai beaucoup faire sa connaissance.
– Tu l'as rencontrée ? s'étonnèrent James et Elinor à l'unisson, elle avec une pointe de jalousie et lui d'exaspération.
– Bien sûr que je l'ai rencontrée. J'étais très curieuse, je n'ai pas pu m'en empêcher. Pile poil ton genre, James. Je comprends que tu sois tombé amoureux.
– Je ne suis pas amoureux, répéta-t-il sur un ton consterné.
– C'est ça, oui.
– Ouch ! s'écria soudain Elinor en touchant son ventre.
C'était un moyen qu'elle avait découvert récemment pour empêcher son fiancé de s'épancher sur une autre femme qu'elle. Et immanquablement, James était à genoux à côté d'elle en moins d'une fraction de seconde.
– Ils ont bougé ? demanda-t-il d'une voix surexcitée.
– Oui, gémit exagérément Elinor. Attends deux secondes, ça devrait recommencer.
– Viens vite, Heidi ! dit James en collant sa tête.
– Ils ont vraiment bougé ? demanda Heidi, sceptique, qui avait compris la feinte de son amie. J'ai pas envie de me déplacer pour rien.
Elinor plissa les yeux en signe d'avertissement, mais leur manège échappa à James, dont la tête concentrée était posée sur le ventre tendu. Cependant, la fiancée eut de la chance, car quelques secondes plus tard l'un des bébés donna en effet un coup de pied.
– Oh, c'est génial ! s'écria James en relevant la tête. Heidi, viens voir ! Ils n'arrêtent pas de bouger.
Heidi se précipita également, et plaça sa main sur le ventre d'Elinor, les yeux brillants.
– Oh, ils ont encore bougé ! s'exclama-t-elle.
– Ils bougent de plus en plus, dit Elinor, ravie d'être, même indirectement, de nouveau au centre de l'attention générale.
– Ils ont hâte de sortir.
– J'ai hâte de les voir.
– Et moi, j'ai hâte de retrouver mon corps. J'en ai marre. Ils m'empêchent de dormir, en ce moment.
Son ton ennuyé inquiétait comme toujours James, qui avait remarqué depuis peu le manque d'entrain de la future mère pour sa progéniture. Elle prenait soin de ne pas mettre sa grossesse en danger, mais ne témoignait aucune excitation à l'idée de rencontrer ses enfants très prochainement.
C'était même Heidi qui s'occupait intégralement de leur arrivée. En effet, enthousiasmée par l'accouchement prochain, cette dernière passait le plus clair de son temps à feuilleter magazines et brochure afin de préparer au mieux leur naissance, et restait souvent dormir avec sa meilleure amie. Ni cette dernière, qui adoptait une position de plus en plus détachée et indifférente à mesure que l'échéance approchait, ni James, qui n'aurait de toute manière su où commencer, ne s'opposait à son implication perçue comme bienvenue. Cela leur faisait un souci de moins, détendait l'atmosphère, et Heidi semblait même retrouver de sa gaieté d'antan par cette grossesse de substitution
– Tu sais, s'exclama-t-elle soudain, j'ai lu faire du yoga et des étirements peuvent t'aider à gérer leurs mouvements. Tu veux qu'on essaie ?
– Hmm. Si tu penses que ça peut m'aider.
– Ok, je vais tout préparer. James, je veux que tu participes aussi.
Sans attendre de réponse, elle se précipita dans la maison, afin de préparer leur séance. James reprit sa place sur sa chaise, et jeta un regard inquiet à Elinor.
– Qu'est-ce qu'il y a ? finit-elle par demander en fronçant les sourcils.
– Rien.
Il lui adressa un sourire rassurant et elle se détendit.
– Est-ce que… tu voulais avoir des enfants, quand tu étais plus jeune ? demanda-t-il en lui prenant la main.
– Pas vraiment, répondit-elle.
James fronça les sourcils.
– Mais… je croyais qu'avec Jon…
– Je voulais des enfants car lui en voulait, et parce que notre contrat prénuptial exigeait au moins un héritier, mâle de préférence. Sinon, ce n'est pas vraiment ce dont je rêvais.
– Pourquoi est-ce que tu as choisi de les garder ?
Elle posa ses mains sur son ventre, et marqua une courte pause avant de répondre.
– Je ne pense pas avoir même pensé à me débarrasser d'eux, dit-elle d'une voix lointaine. Ce sont des accidents, mais… Ils sont le fruit de l'un des plus beaux moments de ma vie. Alors même si je sais que je serai une terrible mère, et même si je ne voulais pas en être une, je voulais qu'ils aient la chance d'exister.
James resta pensif quelques instants.
– Je pense que tu seras une mère formidable, dit-il finalement en lui caressant le dos de la main avec son pouce. Ne sois pas dure avec toi-même.
– Parce que j'embaucherai les meilleures nourrices et précepteurs ? demanda Elinor sur un ton narquois.
– Non… Parce que tu as beaucoup d'amour à donner, et que tu as cet instinct en toi, même si tu l'ignores. Il n'y a qu'à te voir avec Alioth.
Le visage d'Elinor se fendit immédiatement en un sourire tendre.
– Ce n'est pas pareil. Al… il est juste adorable. Et tellement intelligent pour son âge, et doux et… je ne peux pas ne pas l'aimer.
James sourit. Sa baguette émit des étincelles rouges en discontinu afin de lui indiquer que quelqu'un venait d'entrer dans la chambre d'Elinor, et il l'agita d'un air absent. Les sortilèges anti-intrusion l'informaient probablement de la présence de Heidi.
– Vous êtes tellement complices, on ne dirait pas que tu as été absente les neuf premières années de sa vie.
– Oui… J'étais très malade le jour où il est né, et il avait déjà quelques semaines quand j'ai enfin pu le voir. Et il était tellement… magnifique. Je ne suis pas à l'aise avec les enfants, mais je l'ai aimé dès le premier regard. Je me souviens l'avoir pris dans mes bras avec un mélange de peur et d'anticipation, et de m'être sentie moins seule… plus complète. C'est d'ailleurs moi qui ai choisi son prénom.
– Vraiment ?
– Oui… c'était comme si mère voulait vraiment qu'il y ait un lien entre lui et moi. Père aime les noms d'étoiles pour les garçons, comme tout Sang-Pur qui se respecte bien entendu, et je voulais également rendre hommage aux origines espagnoles de Mère. Alors je me suis dit qu'Alioth était parfait.
Elle s'interrompit, puis ajouta en désignant la maison du menton :
– Il est né dans le salon, je ne sais pas si tu le sais.
– Ah bon ?
– Oui, et ça a créé un de ces bazars… On a dû changer la moquette, parce qu'il parait que c'était un vrai carnage.
– Eurk, trop de détails ! s'exclama James en faisant une grimace, et Elinor pouffa de rire. Elle n'a pas eu le temps de se rendre à l'hôpital ?
– En fait… Personne ne savait que Mère était enceinte, y compris elle-même, donc il parait que ça a été un sacré choc quand elle a perdu les eaux. Il n'y a qu'à voir les photos de la fête de graduation de Poudlard. Mère y est encore plus mince que moi alors qu'elle s'apprêtait à donner naissance à un petit monstre.
– Elle a fait un déni de grossesse ?
– Oui. C'est dingue, non ? Alors que père et elle n'espéraient rien d'autre. Ils se disputaient si souvent sur le fait que Mère ne lui donne pas d'enfants que j'avais peur qu'ils divorcent. Et puis Al est arrivé est à tout sauvé...
Elle se tut à nouveau, puis reprit :
– J'ai toujours rêvé d'avoir un frère ou une sœur. Quand j'étais plus jeune et que je voyais une étoile filante, je…
Elle s'interrompit soudain, et son sourire s'effaça presque au ralenti. James fronça les sourcils.
– Ellie ? Tout va bien ? s'inquiéta-t-il.
– Je…
Son regard se troubla, sa respiration devint saccadée, et elle se mit à cligner les yeux très rapidement. Ses paupières étaient d'ailleurs la seule partie de son anatomie qui bougeait, et elle ne réagit pas quand James agita la main devant ses yeux.
– Je…
– Ellie ? appela-t-il de nouveau d'une voix à présent paniquée.
Elle ne réagit pas. Son regard était fixé dans un point dans le vide, et le battement de ses cils et de son cœur reprirent une cadence plus normale.
– Ellie ? répéta-t-il. Réponds-moi… est-ce que ça va ?
Il lui toucha le bras, et elle sembla revenir à la vie à son contact. Ses yeux cessèrent d'être vides, et elle tourna un visage confus vers lui.
– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle, surprise par l'inquiétude qui se lisait sur le visage de son fiancé.
– C'est plutôt à moi de poser cette question, s'exclama James d'une voix tremblante. T'as eu une espèce absence pendant quelques secondes… tu te sens bien ?
– Oui… j'ai juste un peu mal à la tête, mais ça va.
Elle se toucha la tête.
– J'ai eu une absence, tu dis ? demanda-t-elle d'une voix enrouée.
– Oui… c'était vachement inquiétant. Tu es certaine que tu te sens bien ? Tu veux que j'appelle Mrs Robin ?
– Non… ça m'arrive de temps en temps. J'en ai déjà parlé à Mrs Robin, elle m'a dit de ne pas m'inquiéter. Juste de me reposer un peu quand ça arrivait.
– Ah, OK, dit James, pas du tout rassuré. Viens, retournons dans ta chambre, alors.
LORSQUE JAMES RENTRA chez lui ce soir-là, il n'alla pas se coucher directement comme d'habitude, mais se rendit dans la bibliothèque ou, pour la première fois depuis un an, il ouvrit l'un de ses anciens manuels. Puis un second. Puis un troisième. Puis il se mit à chercher toutes les maladies dont l'absence pourrait-être un symptôme.
Il n'avait jamais été témoin d'une telle crise, et n'avait pas été tranquille de toute la journée. Elinor avait de plus souffert d'une soudaine migraine qui l'avait forcée à se coucher tôt. James avait à nouveau hésité à appeler Mrs Robin, le Guérisseur des environs de Shortbourne, mais Heidi avait tenté de le rassurer à son tour en déclarant que cela arrivait parfois à Elinor, que Mrs Robin était au courant, et qu'elle avait préconisé de simplement laisser la jeune femme se reposer en tel cas.
Sauf que…
Ce n'était pas rassurant du tout.
Et il éplucha la bibliothèque du Manoir Potter dans l'espoir d'en découvrir la raison.
Malheureusement, tous les livres médicaux de sa mère avaient trait au traitement des addictions, quand les siens avaient pour thème la Médicomagie générale et le traitement des poisons. Ni l'un ni l'autre n'étaient spécialisés dans le domaine neurologique. Frustré et contrarié, James recopia dans un carnet les maigres informations qu'il parvint à trouver sur le sujet.
DEFINITION
- Perte passagère de la mémoire et de la conscience. Trouble de la vigilance correspondant à une perte de conscience de courte durée.
- qualifiée de simple ou de complexe, suivant qu'elle est accompagnée ou non de signes neurologiques.
- peut être causée par une intoxication, un excès de fatigue, un trouble passager dû à une mauvaise irrigation du cerveau, choc brutal, suite d'une commotion cérébrale, etc.
MANIFESTATION
- S'accompagne de pâleur, fixité du regard, myoclonies (contractions musculaires brutales et involontaires) et parfois d'amnésie complète (diminution, voire perte totale de la mémoire).
– Dans tous les cas, et quelle qu'en soit la cause, la personne s'interrompt dans son activité, ses yeux semblent dans le vague, elle ne répond pas, ne réagit pas, ses yeux ouverts semblent rêver. Des activités de mâchonnement ou de gestes répétitifs peuvent survenir avec parfois un peu de bave.
- L'épisode dure quelques dizaines de secondes et la personne reprend son activité au point exact où elle l'avait laissé, sans avoir pour autant le moindre souvenir de ce qui vient de se passer.
– Dans certains cas, cette absence peut se compliquer d'une véritable crise d'épilepsie. Dans d'autres cas, l'absence se prolonge et peut être le prélude à un coma.
CONCLUSION
– Ben ça pue le cake.
Définitivement pas rassurant.
Mr BELL FAISAIT QUOTIDIENNEMENT surveiller l'état d'Elinor par le Guérisseur Mrs Robin, et James avait décidé de patienter jusqu'au lendemain pour lui poser ses questions. Mrs Robin examina la jeune femme sans relever le moindre problème, et prit congés en leur souhaitant une agréable journée. Aussi surpris que soulagé que sa fiancée soit en excellente santé, James souhaitait en savoir plus. Il laissa donc Elinor en compagnie de Tom, puis rattrapa Mrs Robin tandis qu'elle descendait la route vers Shortbourne.
– Mrs Robin !
Elle se retourna, et lui adressa un sourire chaleureux.
– Oui, Mr Potter ? Est-ce que je peux vous aider ?
Il s'arrêta devant elle et reprit son souffle avant de continuer.
– Oui… en fait, j'avais une question à vous poser.
– Bien sûr. Tout va bien ?
– Justement, je me pose la question, admit-il.
Elle adopta un air grave en voyant le jeune homme s'assurer que personne ne pourrait surprendre leur conversation.
- Est-ce qu'elle est en bonne santé ? demanda-t-il une fois certain qu'ils étaient seuls.
– Je n'ai rien noté d'inhabituel, répondit Mrs Robin en fronçant les sourcils. Pourquoi ? S'est-il passé quelque chose d'alarmant ?
– Peut-être…
Il se passa une main dans les cheveux, et reprit à voix basse :
– Hier, nous étions en train de discuter, et il lui est arrivé quelque chose de vraiment bizarre. Ses yeux sont devenus vide, sa respiration s'est accélérée, et… et quand elle est revenue à elle, elle ne se souvenait pas des dernières minutes qui venaient de se passer. Et elle avait une migraine qui l'a clouée au lit toute l'après-midi.
– Elle a eu une absence, compléta Mrs Robin.
– Oui, exactement, dit James en fronçant les sourcils. Heidi m'a dit que vous considérez qu'il s'agit d'événements bénins, mais je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter. C'était vraiment bizarre.
Mrs Robin soupira.
– J'accepte de vous en parler simplement parce que je sais que vous avez réellement les intérêts de Miss Elinor à cœur, mais ce que je vais vous dire doit strictement rester confidentiel, avertit-elle.
– Euh, OK, dit James, l'air penaud.
Mrs Robin soupira de nouveau.
– La mémoire de Miss Bell a été… manipulée.
James cligna des yeux.
– C'est à dire ? demanda-t-il sur un ton incertain.
– Je ne peux pas en être certaine sans faire des examens plus poussés, mais il est certain que la mémoire de Mrs Bell ait été manipulée magiquement.
– Vous voulez dire qu'on lui a effacé la mémoire ?
– Pas exactement. Pour faire court, on peut manipuler la mémoire de deux manière : en créant de faux souvenirs, ou en effaçant comme vous dites une période donnée. Enfin, le mot 'effacer' est un grand mot… je dirais plutôt que ces souvenirs sont profondément enfouis dans la mémoire, à l'insu de son propriétaire. Quoi qu'il en soit, dans les deux cas de figure, ils deviennent inaccessibles. Un peu comme s'ils étaient cachés dans un tiroirs et oubliés.
– Laquelle des deux manipulations a subi Ellie ?
Mrs Robin eut un sourire triste.
– Les deux.
James resta silencieux quelques secondes. Quelqu'un avait effacé des souvenirs, et les avait remplacés par d'autres ? Lesquels ?
Pourquoi est-ce que quelqu'un voudrait empêcher Ellie de se souvenir de quelque chose ?
Peut-être avait-elle été témoin d'un événement important… ? C'était forcément important, si quelqu'un s'amusait à modifier ses souvenirs. Et si c'était quelque chose d'important… Peut-être même quelque chose qui pourrait l'aider dans son enquête…
Quand-est-ce que ça avait pu être fait ?
– Je ne sais pas, dit Mrs Robin, et James réalisa qu'il avait réfléchi à haute voix. Tout ce que je peux vous dire, c'est que ça a été fait il y a plusieurs années déjà. Je n'ai pas pu pousser mon test bien loin, mais Miss Bell est parfaitement cohérente lorsqu'elle parle des récents événements. Je n'ai vérifié que les trois dernières années, et tout semble en ordre, mais je ne suis pas spécialiste de ces choses là.
James se mit à faire les cent pas.
– Et si quelqu'un manipulait Elinor contre son gré ?
– J'en doute, Mr Potter. Les sortilèges de manipulation de la mémoire requièrent la plus grande précision afin ne pas endommager le cerveau. La personne ayant ensorcelée Miss Bell est particulièrement habile, sans aucun doute un professionnel de santé expérimenté. Il est très possible que les souvenirs de Miss Bell aient été scellés à sa propre demande dans le cadre d'un traitement, à la suite d'un traumatisme, par exemple…
– Et si ce n'est pas le cas, et que qu'un l'empêchait de se souvenir ?
– Ce serait difficile à dire…
– Si ça a effectivement été fait pas un Médicomage ou un Guérisseur, il y a forcément des traces, murmura James en se lissant une barbe imaginaire. Ellie doit avoir un dossier médical…
– Les Bell sont une famille très renfermée, qui refusent de se rendre dans les grandes institutions publiques sauf en cas de nécessité absolue. Miss Bell était entièrement prise en charge par mon prédécesseur depuis sa plus tendre enfance.
– Où est-ce que je peux trouver cette personne ?
– Elle est décédée dans un incendie une dizaine d'années plus tôt, et il ne reste plus rien de ses affaires personnelles ou de ses dossiers professionnels.
– Mince… Est-il possible de renverser le sortilège ?
– Généralement, ces sortilèges ne peuvent être rompus qu'à l'aide de la torture la plus pénible. Ce qui entraine également généralement des dommages irréversibles dans le cerveau.
James resta à nouveau pensif.
– Quel est le rapport avec le fait qu'Ellie ait des absences, d'ailleurs ? Si le sortilège avait été mal lancé, et que ça a causé des dommages à son cerveau, comment se fait-il que ses absences soient récentes ? Je n'ai jamais remarqué d'absences avant hier, et on a vécu quelques mois ensemble pourtant.
Mrs Robin soupira.
– Comme je vous l'ai dit, les souvenirs de Miss Bell n'ont pas disparus. Ils sont simplement endormis, en quelque sorte. Miss Bell a été victime de tellement… d'accidents ces derniers mois qu'il est possible que les multiples chocs aient créé un dysfonctionnement. Celui de la semaine a été celui de trop, je suppose. Le sortilège a été affaibli, et à présent, n'importe quelle chose peut raviver ces souvenirs. Une odeur, un son, un mot…
– Attendez une seconde, intervint James en fronçant les sourcils. De quels accidents vous parlez ? Le seul qu'elle ait eu, c'est cette chute de cheval en mars dernier.
De nouveau, Mrs Robin eut un sourire triste.
– Comme je vous l'ai dit, il n'y a qu'un seul moyen de faire remonter des souvenirs à la surface.
Devant l'air horrifié de James, elle ajouta:
– Parfois, vous êtes celui qui protégez Miss Bell, et parfois, c'est elle qui vous protège.
TOM LEVA un sourcil surpris.
– Pourquoi avez-vous l'air si étonné ? demanda-t-il sur un ton acide.
– Si j'avais su que c'était aussi dangereux, jamais je ne l'aurais laissée ici.
– Je vous l'ai dit, que ce n'était pas une bonne idée de laisser Miss Bell à Shortbourne.
– Mais vous ne m'avez pas dit qu'elle avait été torturée !
Jamais il n'avait ressenti une telle rage. Il avait envie de pleurer, de crier, et par-dessus tout de tuer la personne qui avait osé s'en prendre à Elinor.
Il comprenait à présent bien mieux l'accès de colère du factotum, la semaine précédente. Ce dernier l'avait intercepté alors qu'il revenait de sa discussion avec Mrs Robin, et l'avait entraîné de force dans les bois jouxtant la maison afin que le jeune homme regagne son calme.
Un vieil autel et deux pauvres arbres saccagés plus tard, son souffle était toujours court mais il réfléchissait déjà plus rationnellement.
– Je ne peux pas trahir Miss Bell lorsqu'elle me donne un ordre spécifique, et elle m'a demandé ne pas porter à votre connaissance ce qui s'est passé cette nuit-là, expliqua Tom, qui réparait les dégâts de James d'un coup de baguette. Vous savez les conditions de ma servitude, je ne peux pas aller contre ses ordres. D'ailleurs, je vous saurai gré de ne pas lui dire que nous avons abordé le sujet, ou que vous savez ce qu'elle a subi la semaine dernière.
– Pourquoi est-ce qu'elle ne veut pas que je sois au courant ?
– Parce ce que vous vous seriez opposé au fait qu'elle reste à Shortbourne.
– Elle est putain d'enceinte ! Bien sûr que je n'allais pas la laisser dans ce merdier ! Et pourquoi même est-ce qu'elle voudrait rester ici ?
– Pour terminer les recherches, dit simplement Tom. Elle sait à quel point sa contribution est indispensable. Elle supporte tout ce qui lui arrive, parce qu'elle sait que personne ne pourra jamais faire ce qu'elle est capable de faire. Sans elle, cette affaire ne sera jamais résolue, et il pourrait y avoir encore plus de victimes si le tueur réalise que sa liste est incomplète.
James serra les poings, mais il savait que Tom n'avait dit que la vérité. Malgré tout, il se sentait impuissant, et c'était un sentiment qui l'emplissait de frustration.
– Je sais ce que vous ressentez, Mr Potter. J'étais aussi frustré que vous qu'elle ne veuille pas partir, surtout dans son état.
– Recherches ou pas, il est hors de question qu'elle reste dans cette maison une minute de plus.
– J'ai bien peur que vous n'ayez pas votre mot à dire, dit Tom. C'est une femme libre, elle fait ce qu'elle veut. A moins que vous reconsidériez mon idée de la kidnapper. Miss Bell a pris sa décision. Le mieux que l'on puisse faire est de l'épauler au maximum. De plus, Mr Bell m'a assigné la mission spéciale de garder un œil sur sa fille. Il ne lui arrivera plus rien tant que je serai là.
James se passa les mains dans les cheveux, se laissa tomber sur un tronc d'arbre et ferma les yeux.
– Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit-là ?
Tom haussa les épaules.
– Je ne sais pas vraiment… je ne suis revenu que dimanche matin à Shortbourne, mais je soupçonnais que Miss Bell avait subi quelque chose de ce genre au vu de sa pâleur le lendemain. Master Alioth était également pâle comme un linge. Il l'avait entendue crier, et en tremblait encore au petit-déjeuner.
James déglutit difficilement.
– Qui a osé faire ça ? Brenitte ? Jacob ? Mr Bell ?
– Je ne sais pas. Miss Elinor n'a rien voulu me dire. Mais, pour une fois, je ne pense pas qu'il s'agisse de Mr Bell.
James leva vers lui un regard surpris.
– Il a exprimé beaucoup d'intérêt pour la grossesse de Miss Bell. Je ne pense pas qu'il aurait fait quoi que ce soit pour la mettre en danger. Mrs Bell, Belange et Jacob en revanche semble considérer cette grossesse comme un danger.
– Donc vous pensez que c'est l'un des trois ?
Tom hocha la tête.
– Je les aurais tous tués un par un, si Miss Elinor ne m'avait dissuadé de faire un carnage, admit-il avec une lueur meurtrière dans le regard. Mais elle supporte tout ce qui lui arrive parce qu'elle sait qu'elle est indispensable pour résoudre le mystère de cette tuerie.
Il se passa de nouveau la main dans les cheveux.
– Qu'est-ce qu'on est censés faire ?
Tom soupira.
– Faire confiance à Miss Bell.
ELINOR LEVA LA TÊTE du courrier qu'elle était en train de rédiger, et se tourna vers James, qui baissa aussitôt le regard et feignit d'être captivé par son roman. Ce dernier l'avait rejointe presque une demi-heure plus tôt, et n'avait cessé de lui jeter des coups d'œil furtifs qui l'avaient un peu inquiétée. Elle sentait qu'il avait envie de lui parler de quelque chose, mais ne savait pas comment ou n'osait aborder le sujet.
– Quoi ? s'impatienta-t-elle.
Sa voix était sèche, son visage sévère, et seul son ventre noué traduisait son appréhension.
– Rien, répliqua James.
– Pourquoi est-ce que tu me fixes, alors ?
James eut un petit sourire, se pencha vers elle, puis captura ses lèvres avec une délicatesse et un élan qui laissèrent la jeune femme toute tremblante. Elle répondit à son baiser avec autant de douceur, quoique surprise par l'initiative de son fiancé. Non pas qu'elle s'en plaignait : James embrassait très, très bien. Ce n'était pas désagréable.
Ça ne l'était jamais.
Il s'éloigna d'elle pour reprendre son souffle, et lui caressa tendrement le visage, sans cesser de la regarder dans les yeux.
– Parce que tu es belle, répondit-il enfin.
Elle eut un petit sourire.
– Parfois, je me dis que j'aurais aimé être amoureux de toi, murmura-t-il.
– Rien ne t'en empêche, le taquina-t-elle.
– Pourquoi est-ce que tu n'as jamais tenté de me séduire ?
Elle haussa les épaules.
– J'en ai pas eu besoin. Tu es le seul homme qui m'ait donné tout ce que j'exigeais de lui de son plein gré. Je suis très contente de t'avoir rencontré, James Potter.
Il sourit, et effleura ses lèvres.
– Je suis très content de t'avoir rencontrée, Elinor Bell.
ELINOR EUT ENCORE deux ou trois absences pendant les jours suivants, et James se mit à acheter puis dévorer tous les livres ayant un rapport avec les sortilèges affectant les mémoires. Son regain d'intérêt pour la Médicomagie fut mal interprété par sa fiancée, qui, étonnée et ravie par ce revirement qu'elle n'espérait plus, décida de l'interroger à ce sujet.
– Ça te manque, tout ça, dit-elle avec douceur une fois qu'ils se retrouvèrent seuls.
– Hein ?
Il était tant absorbé par son épais exemplaire des Méandres de la Mémoire qu'il ne l'avait pas entendue approcher, et elle avait gardé sa fâcheuse habitude de lire par-dessus son épaule. Elinor l'embrassa tendrement sur le front, puis s'installa dans le fauteuil en face du sien.
– Ça te manque, répéta-t-elle. Ton métier te manque. L'hôpital te manque. Soigner les gens, prendre soin des autres…
James eut l'air singulièrement surpris, comme si elle lui faisait remarquer quelque chose dont il n'avait pas encore pris conscience, et il resta silencieux une minute entière. Même s'il n'avait pas ré-ouvert les manuels par nostalgie, il devait avouer que ses recherches réveillaient en lui une passion qu'il croyait éteinte avec la disparition de Lee. Devenir Médicomage avait toujours été une évidence pour lui, une vocation qu'il n'avait jamais questionnée, et pas seulement parce que sa mère en était une.
Il aimait ça. Il aimait ce métier. Et Elinor avait raison. L'hôpital lui manquait, soigner les autres lui manquait, prendre soin des autres lui manquait.
Et, pour la première fois, il regretta d'avoir abandonné son stage.
– Peut-être, admit-il finalement.
C'était suffisant pour Elinor, qui en parla à Heidi, qui en parla à Tina, qui s'engouffra dans la brèche et se mit à littéralement harceler James jusqu'à ce qu'il se décide à effectivement reprendre sa formation et préparer les concours de Médicomage.
– Ça fait un an que j'attends ça, déclara-t-elle avec excitation lorsqu'il lui annonça sa décision sur le ton le plus défaitiste possible. Je sais que les concours sont dans à peine un mois, mais je suis certaine que tu peux y arriver en bossant à fond et en ne dormant que trois heures par nuit.
Sans prendre garde au regard scandalisé de James, elle extirpa de son sac un long morceau de parchemin.
– Je t'ai déjà préparé un emploi du temps, ajouta-t-elle en le lui tendant. J'ai aussi envoyé un menu protéiné à ton elfe que tu devras suivre à la lettre. Il te mixera tes repas et te préparera des bouteilles, ce qui nous permettra de gagner du temps sur les pauses déjeuner et dîner.
– Il est hors de question que je mange de la nourriture mixée, protesta le jeune homme, l'air horrifié.
– Tu auras besoin de force et d'énergie, s'obstina Tina.
– Dans ce cas, laisse-moi dormir plus de trois heures par nuit et manger des choses consistantes, s'indigna James en parcourant le rouleau. Et… je rêve ou même mes pauses toilettes sont chronométrées ?!
Tina grommela quelque chose, et Elinor et Heidi ne purent s'empêcher de rire.
JUILLET S'ÉTEIGNIT, et août prit le relais dans ce rythme effréné qui ne laissait que peu de place au jeune homme pour s'échapper de ce cycle éreintant. Son esprit était focalisé sur Elinor et la menace qui pesait sur elle, sur Brutus et son secret, sur ses études nouvellement reprises, et James devait jongler entre ces trois sujets sans relâche.
Il ne se plaignait pas pour autant. Passer du temps avec Elinor était loin d'être désagréable, surtout depuis qu'il avait mis au point une espèce de chaise roulante afin de permettre à sa fiancée de pouvoir se promener autour du village sans se fatiguer. Et heureusement, car tous deux commençaient à se sentir comme des lapins en cage dans la lugubre maison. Elinor était ravie de pouvoir à nouveau quitter la maison, même si elle redoutait toujours le moment où ils franchissaient le portail : James s'amusait alors à se percher sur la chaise et à dévaler la pente menant à Shortbourne à toute vitesse, et les hurlements de terreur suivi par des insultes bien senties de la jeune femme ne semblait que l'amuser plus.
Les informations qu'elle collectait dans les écrits de son père étaient passionnants, bien qu'elles n'avaient souvent aucun rapport avec la mort de Lee. Mr Bell était un brillant businessman, un excellent chasseur de trésor, et un mastodonte sur le marché noir, et James l'aurait probablement admiré s'il ne lui arrivait pas de faire disparaitre des personnes afin de conclure les transactions les plus sensibles.
Quant à Tina, elle employait chaque minute de son temps libre à faire réviser James. Tous deux avaient l'esprit de compétition, et visaient le haut du tableau des admis. Tina rejoignait quotidiennement le couple de fiancés en début d'après-midi sur la place du marché, où ils s'approvisionnaient en rafraichissements (et, accessoirement, tentaient de satisfaire les étranges envies culinaires d'Elinor, telles que l'écœurante pizza aux anchois et aux fraises dont elle ne se passait plus, au grand désespoir des deux autres) avant d'aller s'asseoir sur les berges du fleuve qui traversait le village et de travailler les épreuves à venir.
De retour chez lui, James retrouvait souvent ses trois amis paressant au bord du lac et profitant des belles nuits d'été, et ils organisaient leur traditionnel concours de feux d'artifices en refaisant le monde. Lorsque Heidi ne dormait pas à Shortbourne, elle aimait flâner chez James et se joignait à eux pour leur plus grand déplaisir.
Tina, qui ne se sentait pas prête à voir son ex petit-ami aussi régulièrement, avait chargé Heidi, avec qui elle s'entendait de mieux en mieux, de veiller à ce que James respecte son programme de révision et lui avait tout particulièrement recommandé de lui lancer des bouts de gommes si jamais il se déconcentrait. James était convaincu que la rigueur démontrée par Heidi avait plus à voir avec son désir de rendre Remus furieux par sa simple présence au Manoir que par son envie de le voir réussir.
De plus, elle dissimulait vraiment très mal le plaisir sadique qu'elle ressentait au bruit que faisait sa gomme à chaque fois qu'elle heurtait le front de James.
Pour le grand malheur de ce dernier, à mesure que le mois défilait, son cerveau saturé s'épuisait de plus en plus fréquemment, et Heidi, réputée aux Bavboules pour ne jamais rater sa cible, ne se gênait jamais pour faire pleuvoir les projectiles.
Un soir où James s'était assoupi en pleines révisions, elle lança de toute sa force sa gomme dans sa direction. Cette dernière dernière atterrit très exactement entre les deux yeux du jeune homme, qui se réveilla en sursaut et tomba de sa chaise.
– Heidi ! protesta-t-il en se redressant.
– T'avais qu'à m'écouter, grommela-t-elle avec humeur. C'est la troisième fois que tu t'endors au milieu de mes explications. J'aime pas travailler, et encore moins travailler pour rien.
James laissa en effet échapper un bâillement, avant d'ôter ses lunettes et de se masser le nez. Il était tellement fatigué en ce moment qu'il s'endormait à peu près n'importe où, et se réveillait avec la page de son cahier imprimé sur le visage.
– Je t'ai déjà dit que tu avais carte blanche pour la décoration, maugréa-t-il. Mets les couleurs que tu veux.
– Je ne parlais pas des couleurs de la chambre, mais des prénoms, cette fois, s'impatienta la brune. Il serait peut-être temps d'y penser, non ? Ou il fait que ce soit moi qui les choisisse aussi ?
James haussa les épaules.
– Vois ça avec Ellie.
– Elle aussi à la fâcheuse manie de s'endormir dès que je lui parle des bébés, répliqua Heidi d'une voix furieuse. Elle a pris un peu trop au pied de la lettre ma proposition de m'occuper de leur arrivée. Non pas que ça me dérange, mais je pense que vous devriez vous impliquer un peu quand même, non ? Ce sont vos enfants.
– OK, désolé, capitula James en baillant de nouveau. C'est vrai qu'on se repose beaucoup sur toi, mais c'est parce que… parce que tu as tellement bon goût. Tu es si douée pour toutes ces choses, ma puce. Ce n'est pas du tout parce que j'ai pas le temps de m'en occuper et parce qu'Ellie en a rien à cirer, pas du tout. C'est parce qu'on fait confiance à ton talent. Merci de nous mâcher autant le travail.
Heidi afficha un sourire ravi, l'air visiblement flattée.
– Bon... C'est vrai que j'ai du talent, hein ?
– Tout à fait, ma puce, assura James, à présent amusé. Alors… euh, tu disais, pour les prénoms ?
– Que j'ai fait une pré-sélection de prénoms de filles et de garçons qui iraient bien avec ton patronyme, à mon humble avis. Commençons avec les prénoms féminins. Que penses-tu d'Alitza Potter ?
James ne put masquer une grimace. Il était hors de question que sa fille se nomme Alitza.
– Que ça ne va pas du tout ensemble, déclara-t-il sur un ton peu convaincu. Et que ça sonne vachement nordique, quand même, genre femme de viking ou… attends une minute, réalisa-t-il en fronçant les sourcils, ce ne serait pas le prénom de ta grand-mère, par hasard ? Celle qui porte des couettes et qui une moustache justement ?
Heidi l'ignora.
– Je trouve que ça va très bien ensemble, Alitza et Potter, commenta-t-elle. Sinon, j'avais pensé à Alvida.
– Le nom de ton autre grand-mère ? s'indigna James.
Heidi l'ignora de nouveau, et le jeune homme soupira, aussi las qu'exaspéré. Depuis qu'Heidi avait appris qu'Arthur n'était peut-être pas le géniteur des enfants d'Elinor, elle était persuadée que le père ne pouvait être personne d'autre que son propre frère Jonathan Callender et n'en démordait pas. James avait beau lui affirmer que la paternité des enfants lui importait peu, Heidi ne pouvait s'empêcher de les revendiquer d'une certaine manière en forçant un lien avec eux.
James vérifia que Peter, Remus et Sirius, qui bronzaient en maillot près du lac, étaient hors de portée de voix avant de poursuivre patiemment :
– Heidi, je ne vais pas donner à ma fille le nom de la grand-mère du type qui a jeté Ellie comme une vieille chaussette. Je ne veux pas qu'elle pense à ton frère à chaque fois qu'elle la regardera.
– Oui, bah, elle n'aura pas le choix, si Alitza ressemble à Jonny.
– Alitza ne ressemblera pas à Jon, car Jon n'est pas le père de ces enfants. Et Alitza ne portera pas le nom d'une femme qui porte des couettes et une moustache.
– Et pourquoi pas ? s'obstina Heidi en veillant également à ce que leur conversation n'atteigne pas les oreilles des autres Maraudeurs. Jonny a admis qu'ils ont couché ensemble le jour où le divorce a été prononcé. Si on compte, ça fait huit mois, et elle est enceinte de huit mois très exactement. C'est. Possible. Admets. Le, ajouta-t-elle en plantant un doigt manucuré dans le torse nu de James à chaque mot.
– Elle serait retournée avec lui, si ça avait été le cas, fit remarquer ce dernier. Réfléchis. Avoir un enfant, c'est ce qu'ils ont toujours voulu. Et de toute façon, elle n'aurait menti ni à toi, ni à moi, ni à Marion. Si elle dit qu'Arthur est le père, c'est que c'est la vérité.
– Si c'était la vérité, Arty et elle seraient ensemble à l'heure qu'il est. La vieille Brenitte à au moins raison sur ce point, et tu le sais. Non, je suis sûre que c'est Jonny, et qu'Ellie le tient éloigné pour se venger de ce qu'il lui a fait subir.
– Elle s'est déjà vengée ! s'exaspéra James. Et tu le sais mieux que quiconque.
Pris de remords, Jonathan Callender avait à la surprise générale mis fin à la bataille féroce pour la séparation des biens qui l'opposait à Ellie, et lui avait dit de prendre tout ce qu'elle voulait.
Elinor ne s'était pas gênée pour réclamer plus de la moitié des biens des Callender sous le regard impuissant et horrifié des parents, qui n'avaient réussi à persuader leur fils de revenir sur leur décision. Parmi sa saisie, le magnifique château ancestral de la famille.
Mais Elinor n'ayant aucune envie de retourner vivre au Danemark, elle avait ensuite immédiatement remis en vente la bâtisse à un prix exorbitant. Les Callender n'avaient eu d'autre choix que de racheter leur propre demeure avec le reste de leur fortune de peur qu'il ne tombe dans les mains de familles moins nobles. Elle avait ensuite reversé l'intégralité de la somme obtenue à Heidi, son soutien infaillible durant cette difficile année, afin de la dédommager du fait qu'elle ait été injustement déshéritée dix ans plus tôt.
– Elle s'est vengée de mes parents, pas de Jon, nuança cette dernière. Et tu ne trouves pas que ce serait une punition ironique ?
– J'aurais plutôt dit cruelle, même pour quelqu'un comme ton frère, mais bon…
– C'est pas faux, approuva Heidi. Tu sais que j'hésite souvent à le mettre au courant ?
– Tu n'as pas de preuves ! siffla James pour la énième fois. Tu ne sais pas si c'est vraiment lui le père !
– Mais il y a de grandes chances que ce soit le cas, et Jon mérite de savoir la vérité.
– Et si ce n'est pas lui, tu lui donnes de faux espoirs pour rien ! Et de toutes façon, je pensais qu'il s'était déjà fiancée à je ne sais qu'elle duchesse allemande.
– Détail. Ellie-Bellie est l'amour de sa vie, elle n'a qu'à claquer des doigts pour qu'il revienne en courant vers elle. Crois-moi, s'il apprend qu'il reste quelque chose de leur relation, il accourra et fera tout pour l'obtenir.
James eut un rictus méprisant.
– L'amour de sa vie, l'amour de sa vie… Il n'a pas hésité longtemps avant de la larguer, et après neuf ans de vie commune, l'amour de sa vie.
– Ça, mon cher, c'est l'œuvre de mes adorables parents. Je ne dis pas que Jon n'est pas à blâmer, loin de là, mais Père et Mère ont le don de gâcher tout ce qu'ils touchent. Si je me suis enfuie, ce n'est pas par hasard…
– Non, c'est juste parce que tu es tarée, sourit James.
– C'est ce que tu aimes chez moi, Jimmy-chou.
– C'est ce que j'adore chez toi, corrigea-t-il.
– Oh, arrête, tu vas me faire rougir.
– Loin de moi cette idée…
Des cris indignés les distrairent quelques instants. L'un des Maraudeurs venait d'arroser généreusement ses deux amis en sautant dans le lac, et James et Heidi reçurent même quelques gouttes malgré la distance.
– Pour en revenir à Jon, reprit Heidi, je ne veux pas lui donner de faux espoirs car avoir des enfants et son vœu le plus cher.
– Tant mieux.
– C'est pour ça que j'essaie de faire faire un test de paternité. Mais apparemment, c'est illégal sans le consentement de l'un des parents, ajouta-t-elle d'une voix plaintive.
– Tu essaies quoi ? aboya James en se redressant.
– J'ai déjà récupéré des échantillons provenant de Jacob, de Mr Bell, de mon frère et de Tom.
– Des échantillons ? répéta-t-il, incrédule. Qu'est-ce que tu veux dire ?
– Des cheveux principalement, rassures-toi, dit tranquillement Heidi.
Elle hésita, puis ajouta d'un ton grave :
– Et ne demande pas comment.
James retint un haut-le-cœur.
– Crois moi, j'en ai aucune intention.
– Tant mieux. Quoi qu'il en soit, il me faudrait quelque chose des jumeaux pour comparer… Et c'est là que je suis coincée, et que j'ai besoin de ton aide.
– Il en est hors de question, déclara James sur un ton sans réplique.
– Mais pourquoi ? gémit-elle, l'air déçue. Tu ne veux pas savoir la vérité ?
– Ellie me la dira quand elle se sentira prête.
– Mais j'en ai marre d'attendre ! Ces jumeaux sont peut-être mes neveux et nièces ! Je veux savoir, ça me ronge ! Je t'en prie, James ! Sans toi, je pourrais pas les faire, ces tests.
James secoua la tête.
– Heidi, tu ne feras aucun test d'aucune sorte sans le consentement d'Ellie.
– Et elle ne me le donnera jamais ! se plaignit-elle. C'est pour ça que je compte sur ton aide. Je suis certaine qu'il est possible de faire un prélèvement ou quelque chose comme ça, où de se servir d'anciens examens.
– Heidi…
– J'ai accompagné Ellie plusieurs fois à l'hôpital, et ils ont fait des tests pour vérifier que les jumeaux se développaient bien. On peut surement réutiliser les prises de sang qui ont été faites à ce moment-là, non ? Ça se jette ce genre de truc ?
James soupira.
– Est-ce que tu écoutes un mot de ce que je dis depuis tout à l'heure ?
– Oh, Jim-Jim, t'as vraiment pas envie de savoir ?
James croisa les bras en signe de défi.
– Non, mentit-il sans sourciller.
– Sérieusement ?
– Sérieusement.
– Allez, je sais que ça t'intrigues aussi. Si tu m'aides, je suis certaine qu'on peut faire ça en deux temps trois mouvements. J'ai fait le plus gros du travail. Aide-moi, je t'en prie.
– Je suis tenté de céder rien que pour que tu te taises, mais c'est non, trancha James. La vérité n'a aucune importance, de toute manière.
Heidi se préparait à répliquer, mais son attention fut attirée vers les garçons qui chahutaient à présent tous dans l'eau. James remarqua qu'elle suivait l'un de ses amis du regard un peu plus que les autres. Ce dernier se redressa un moment et, comme un mannequin dans une publicité de shampoing, rejeta ses cheveux en arrière dans un geste fluide transpirant de virilité tandis que l'eau ruisselait sur son torse musclé.
Complètement distraite à présent, Heidi en oublia jusqu'à la présence de James, qui avait bien remarqué que l'intérêt de son pour ce dernier grandissait à chaque fois qu'elle le croisait, et ce, visiblement malgré elle. D'habitude, elle se montrait plus discrète, mais le fait qu'il soit simplement vêtu d'un maillot de bain semblait lui rendre difficile le fait de détourner le regard.
– On aime ce qu'on voit ? la taquina-t-il.
Heidi sursauta, et sembla revenir à elle.
James lui jeta un sourire entendu.
– Oh, ta gueule, répliqua-t-elle en détournant le regard, les joues rouges et visiblement mortifiée.
Bla bla de l'auteur:
Yep, partie 1/2. Ce chapitre était vraiment très long, environ 40 000 mots, et j'en suis plutôt contente. Mais… j'avais peur qu'il soit trop lourd parce qu'il y a beaucoup d'infos, surtout dans la seconde partie où je lève enfin le voile sur les choses mystérieuses qui vous intriguent depuis le début de l'histoire. Donc, ouais, je l'ai coupé en deux…
Je poste la deuxième partie courant cette semaine en tout cas ! Je pense que vous allez aimer, et suis certaine que vous serez en tous cas CHOQUES ! Et j'en ris d'avance !
J'espère que vous serez aussi gentils et généreux en reviews que cette semaine, j'ai beaucoup ri et beaucoup apprécié vos retours ! Merci à toutes et tous, désolée encore une fois de ne pas avoir le temps de répondre, mais je promets d'apporter une réponse à chaque personne qui m'a écrit ! Merci notamment à Chevalier du cat, Elilisa, Sheshe13, Echco, Miisss, Sybou & Nikki Micky !
& Reviewez, canailloux!
