Note: J'ai décidé de reprendre l'alternance J/L dans les POV.
CHAPITRE 18 : L'article de Marry Merrily – LILY
LE COLONEL FITZ INTERCEPTA Dorcas dès sa sortie de la cabine d'ascenseur afin de lui faire part de ses inquiétudes au sujet de « la petite poulette du sixième étage », qu'il avait croisé très bouleversée la veille. Il plaça un petit panier rempli de gâteaux dans les bras pourtant chargés de la jeune femme, la mit en face des escaliers, et la pressa de monter s'enquérir de l'état de Lily comme s'il s'agissait d'une question de vie ou de mort.
Dorcas, qui n'avait pas réussi à placer le moindre mot, gravit ainsi le dernier étage en se demandant ce qui avait bien pu mettre Lily dans l'état décrit par le Colonel. Son amie lui avait pourtant semblé loin d'être abattue la veille au petit-déjeuner, malgré sa grande et évidente déception. Peut-être qu'elle lui avait caché à quel point renoncer à James lui était difficile, et qu'elle avait craqué une fois seule ? Ou alors était-il arrivé autre chose la veille dont elle n'était pas au courant ? Caradoc lui avait dit que Lily comptait convaincre Katie qu'elle se montrait déraisonnable ; il se pouvait également que cela ait résulté en une dispute ?
Elle frappa longuement à la porte, sans obtenir de réponse, avant de se résoudre à utiliser sa propre clef, vestige de l'époque où elle habitait encore dans l'immeuble, afin de pénétrer dans l'appartement. Lily avait dû jeter un sortilège d'insonorisation, car à peine son pied toucha la moquette du sol qu'une musique inaudible dans le couloir faillit lui percer les tympans. Il n'était pas étonnant que Lily ne l'ait pas entendue frapper... Les sourcils froncés, elle traversa l'appartement en direction de la terrasse, où elle trouva les deux origines de ce vacarme assourdissant : un poste-radio réglé à plein volume, et Lily, occupée à remuer en même temps le contenu de deux grosses marmites encore fumantes.
Dorcas s'était attendue à trouver son amie ruisselante de larmes et de morve.
A son grand soulagement, Lily n'en était rien.
Elle n'était pas non plus fraîche et pimpante : ses cheveux en bataille se hérissaient sur son crane comme la crinière d'un lion déshydraté et son visage comportait de grosses cernes qui avaient peu à envier à celles des pandas. Cependant, rien ne coulait de son nez ou de ses yeux et cela constituait déjà une victoire, pensa Dorcas avec optimisme.
Lily chantait à tue-tête le refrain d'Eye of the Tiger, et semblait si plongée dans la musique qu'elle mit quelques secondes à réaliser que Dorcas avait éteint le poste de radio.
– And he's watching us all with the… Hey ! protesta-t-elle en sursautant.
– Est-ce que tu essaies de devenir sourde ? s'écria Dorcas en se grattant l'oreille avec le petit doigt.
– J'essaie juste de m'imprégner de l'énergie du tigre.
Dorcas leva un sourcil. Lily semblait inhabituellement très agitée. Ses gestes restaient précis mais étaient brusque, et son visage renfrogné trahissait une grande colère. Visiblement la bête sauvage hantait déjà chaque parcelle de son corps.
– Tout va bien ? demanda Dorcas d'une voix incertaine.
Lily, qui considérait sa passion pour les potions comme son ultime échappatoire, avait pour habitude d'en concocter d'extrêmement difficiles lorsqu'elle était extrêmement contrariée. Suite à la soirée de Barnaby lors de sa quatrième année par exemple, elle s'était introduite dans les cachots où se déroulaient les cours de Potion, et avait préparé une parfaite marmite de Felix Félicis, ce qui lui avait coûté le retrait de cinquante points à Gryffondor pour son intrusion nocturne par une McGonagall perplexe par le comportement inhabituel de son élève modèle, compensé par l'octroi de cinquante points pour Gryffondor pour son exploit de la part d'un Slughorn impressionné.
– Je suis d'humeur assassine, répondit Lily sans quitter ses potions des yeux.
Quelque chose disait à Dorcas qu'il ne s'agissait pas d'une métaphore. Elle se pencha pour renifler le contenu de l'une des marmites, dont les volutes de fumées noires ne présageaient rien de bon, avant de se redresser rapidement tant l'odeur était détestable.
– Beurk ! Qu'est-ce que c'est que ça ? s'enquit-elle, révoltée qu'une chose puisse sentir aussi mauvais.
Lily concoctait généralement des remèdes pour la gueule de bois, mais il était évident que cette potion n'était pas bienveillante. Elle n'osa pas sentir la deuxième.
– Du poison, l'informa Lily.
– Du poison ? répéta Dorcas sur un ton incrédule. Dans les deux marmites ?
Lily acquiesça. Les poisons étant difficiles à mijoter, le fait que la rousse en ait préparé deux en même temps en disait long sur sa colère.
– Mais pourquoi est-ce que tu en as fait deux ?
– Parce que je n'arrivais pas à me décider entre un Philtre de la trompette des anges, ou alors une potion d'actée en épi, expliqua-t-elle en ajoutant des pattes de scarabées réduites en poudre. J'ai un faible pour le philtre car il est incolore et a une action rapide, mais la potion d'actée en épi à l'avantage d'être inodore même s'il met dix minutes à agir.
Dorcas cligna des yeux.
– Tu veux te suicider ?
– Bien sûr que non, répliqua tranquillement Lily. C'est Elinor que je veux tuer, sans me faire prendre, de préférence. J'ai justement reçu ce matin une énorme boîte de pâtisseries danoises remplie de kanelsnegl et de romsnegl de la part de Vivienne Wasery, mais je compte bien les fourrer avec une petite potion avant de lui en offrir quelques-uns.
Elle éclata d'un petit rire mauvais, et Dorcas la regarda comme si un troisième bras lui avait poussé au milieu du front.
– Pourquoi est-ce que tu voudrais la tuer ? demanda-t-elle finalement.
– Je t'arrête tout de suite : ça n'a aucun rapport avec James, dit précipitamment Lily.
– Tant mieux. Mais alors ?
– J'ai reçu un courrier de cette salope ce matin dans lequel elle changeait soudain d'avis sur pratiquement tout ce qu'elle avait validé de mon travail jusque-là.
– Quoi ? s'exclama Dorcas, stupéfaite. Mais pourquoi ?
– Parce qu'elle le peut. Et parce que c'est une salope !
Lily saisit brusquement une racine d'asphodèle, qu'elle découpa avec la vitesse d'un chef étoilé.
Dorcas déglutit.
– Je suis désolée, Lily.
– Elle souhaite que je recommence tout depuis le début, continua Lily en ajoutant l'ingrédient dans la marmite à l'odeur assassine. Tu sais ce que ça veut dire ? J'ai passé un mois à travailler pour rien, je dois annuler toutes mes commandes, retourner toutes celles déjà reçues et chercher de nouvelles manières de mettre en œuvre ses nouvelles idées absurdes.
– Woaw ! Elle est bien plus difficile que je ne l'avais redouté, commenta Dorcas avec une grimace.
Lily éclata d'un rire sans joie.
– Je ne dirai pas qu'elle est difficile, dit-elle sur un ton amer. Si elle était difficile, j'aurais pu m'en sortir. Mais Madame est tout simplement… capricieuse, elle hait aujourd'hui ce qu'elle adorait la veille, et prend un malin plaisir à s'amuser à mes dépens.
– Je croyais qu'elle t'aimait bien ? dit Dorcas en fronçant les sourcils.
La dernière fois qu'elle avait bu un verre avec James, ce dernier lui avait assuré que l'entente entre les deux femmes était cordiale.
– Je ne sais pas si elle m'aime bien, admit Lily avec un soupir las. La seule personne avec qui elle se montre aimable en toute circonstances est James. C'est évident à quel point il compte pour elle, et son affection n'a pas l'air feinte. En ce qui me concerne, ça dépend de quel pied elle s'est levée. Parfois, elle se montre adorable et parfois elle est limite exécrable. Toujours polie, mais exécrable. Sa lettre est un parfait exemple : courtoise, mais inspire l'envie de lui enfoncer des cure-dents entre les ongles.
Dorcas grimaça une nouvelle fois.
– Ne t'inquiète pas, je suis sûre que tu t'en sortiras, dit-elle avec plus d'assurance qu'elle n'en ressentait réellement.
– Jette un œil à sa nouvelle liste avant de dire ça, contra Lily en extirpant de sa poche un long parchemin qui avait visiblement passé un sale quart d'heure.
Dorcas parcourut la lettre, et se mordit la lèvre inférieure avant même d'avoir fini le premier paragraphe.
– Ah ouais, quand même… Mais au moins, reprit-elle avec plus d'enthousiasme, elle ne veut plus d'une statue de glace.
– Non, corrigea Lily, visiblement au bord du suicide. Elle en veut deux.
– Hmm.
Dorcas lui rendit la lettre.
– Ne panique pas, intima-t-elle d'une voix qui se voulait rassurante. Si Elinor fait ces changements à ce stade des préparations, c'est probablement parce qu'elle te fait entièrement confiance et qu'elle sait que tu en es capable.
Lily aurait aimé croire son amie, car Elinor lui avait assuré ne pas vouloir saborder son propre mariage tout en mettant pourtant tout en œuvre afin de provoquer l'échec de Lily. Ses exigences étaient rocambolesques et muaient incessamment, et l'aide de James avait été précieuse pour l'aider à anticiper ses revirements. Cependant, elle n'avait définitivement pas prévu une telle remise en question du travail de tout un mois.
Et elle se retrouvait seule.
– Je n'en suis pas si sûre, dit-elle.
– Tu ne peux pas savoir sans avoir essayé, sans t'être donnée à cent pour cent. Aies confiance en toi. Je suis certaine que tu y parviendras.
– Et si ce n'est pas le cas ?
Dorcas eut un sourire en coin.
– Opte pour le Philtre de la trompette des anges. Rien que l'odeur peut tuer.
Lily eut un petit rire, redressa la chaise longue qu'elle avait malmenée et s'y installa. Ce fut à ce moment-là que la brune réalisa que son amie était encore en pyjama, preuve qu'elle n'était pas allée courir ce matin. Or, son jogging matinal était sacré, et Lily ne restait au lit uniquement lorsqu'une paire de bras l'y retenait et qu'une paire de lèvres la couvrait de baisers humides.
Dorcas fronça donc les sourcils, et se demanda si son amie était en charmante compagnie… mais elle n'avait pas prêté attention à la porte de la chambre de la jeune femme lorsqu'elle était entrée. Et si c'était le cas, avec qui avait-elle passé la nuit ? Lily n'était pas du genre à avoir des coups d'un soir, pourtant…
– Dorcas ? insista Lily, la sortant de sa torpeur.
Cette dernière sursauta.
– Désolée, dit-elle en se grattant la tête.
– A quoi pensais-tu ?
– Rien…
Elle afficha un petit sourire, puis prit place sur la seconde chaise avant de lui donner le cadeau du Colonel Fitz.
– Cadeau du Colonel, je l'ai croisé en montant, dit-elle d'une voix hésitante.
Si Elinor ne lui avait écrit que ce matin, c'est qu'il y avait autre chose qui l'avait contrariée la veille, et elle hésitait à lui demander ce que c'était. Elle préférait de loin une Lily furieuse qu'une Lily sanglotante.
– Oh… c'est gentil de sa part.
Elle agita sa baguette, et quelques secondes plus tard deux verres de lait frais apparurent sur la table entre elles afin d'accompagner leur dégustation. Une bouchée de biscuit seulement leur fit perdre toutes les couleurs de leurs visages, et les deux femmes déposèrent précipitamment les gâteaux sur la table.
– Woaw, dit Dorcas. C'est pas comestible, on est bien d'accord ?
– Probablement dangereux pour la santé. Je pourrais les offrir à Elinor sans même les fourrer à quoi que ce soit.
– Crime parfait, approuva son amie.
Elle sortit de la poche de son pantalon un paquet dont elle extrait une cigarette, sous le regard désapprobateur de Dorcas, qui se fit violence pour ne pas commenter. La consommation de tabac de Lily avait été à l'origine de disputes à l'époque où cette dernière fumait. Dorcas était frustrée que Lily s'y remette à chaque fois qu'elle se sentait tracassée.
– Que me vaut l'honneur de ta présence, d'ailleurs ? demanda cette dernière.
Dorcas fut aussitôt distraite de la source son mécontentement.
– Je suis passée t'aider à choisir ta tenue pour aujourd'hui, dit-elle en désignant du menton les deux robes protégées par des housses qu'elle avait apportées avec elle.
Lily fronça les sourcils
– Ça fait de longues années que je m'habille toute seule, dit-elle avec un petit sourire amusé.
– Hmm. Quelque chose me dit que tu as oublié qu'aujourd'hui était un jour spécial.
– De quoi est-ce que tu… Oh ! réalisa soudain Lily. Merde, merde, merde !
Elle avait en effet complètement omis que son interview pour le magazine Marry Merrily devait avoir lieu le matin-même. James avait tenu sa promesse, et le magazine était le premier à consacrer un dossier spécial sur l'agence de Mrs Casino, incluant une interview de Lily ainsi que quelques exclusivités concernant le mariage de l'année. Sur le long terme et le plan personnel, une apparition dans Marry Merrily pourrait lui ouvrir beaucoup de portes et lui amener de la clientèle. Dorcas avait raison : Lily se devait d'être irréprochable jusqu'au bout des ongles.
Fort heureusement, Dorcas avait soigneusement préparé des robes de sa création, dans un style oscillant entre la mode sorcière et moldue des années 80. Elle profita du fait que Lily prenait une douche pour jeter un coup d'œil dans la chambre de cette dernière, et eut la satisfaction de constater qu'aucun homme ne finissait sa nuit dans son lit.
– Comment ça va, au fait, depuis hier ? demanda Dorcas en remontant la fermeture éclair de la robe qu'elles avaient choisie pour entamer les essayages.
Lily afficha l'air le plus neutre possible.
– Impec, répondit-t-elle en se regardant sous toutes les coutures.
Si son amie ne la connaissait pas parfaitement, elle aurait pu la croire. Le visage de Lily était parfaitement inexpressif, mais c'était justement cette absence d'émotion qui inquiétait Dorcas.
– James…
– Ne m'a pas contactée, compléta Lily.
Et elle était très reconnaissante qu'il n'ait pas cherché à lui donner des nouvelles. C'était bien plus facile de s'en tenir à ses résolutions s'il n'était pas dans les parages.
Dorcas soupira de soulagement.
– Tant mieux, alors. Ce n'est pas mal du tout, mais essaie celle-ci maintenant pour voir, ajouta-t-elle en lui tendant la deuxième robe.
Lily posa sa cigarette sur le cendrier avant de se changer.
– Tu as vu Doc hier ?
– Hm-mm, confirma Dorcas.
– Et… comment va-t-il ? demanda-t-elle avec appréhension.
– Encore très bouleversé. Il s'est coupé la main tellement de fois qu'il était incapable de travailler. Je ne l'ai jamais vu aussi malheureux.
Le cœur de Lily se serra.
– Arrête, intima Dorcas sur un ton impérieux.
– Quoi ?
– Je sais que tu penses que c'est entièrement de ta faute.
– Pas entièrement, mais je me sens très coupable, admit Lily. Katie a été très claire, et j'ai agis égoïstement.
– Votre histoire a pris des proportions ridicules, trancha Dorcas. Mais ce n'est pas entièrement de ta faute s'ils se sont séparés. Leur rupture est un peu plus complexe que ça. Doc a pris Katie pour acquise et n'était pas très à l'écoute, et Katie à ses propres peurs qui ne peuvent pas s'en aller du jour au lendemain. Il lui faudra un peu plus de temps pour admettre que vous n'êtes pas dans un triangle amoureux.
– Je suppose…
Combien de temps, Lily se le demandait. Elle voulait son meilleur ami, et elle le voulait heureux.
– Comment ça s'est passé avec Katie, d'ailleurs ? reprit Dorcas en l'aidant de nouveau à remonter la fermeture éclair. Doc m'a dit que tu comptais passer la voir hier pour tenter d'arranger les choses.
Le masque de Lily se fissura une fraction de secondes.
– Ça s'est pas bien passé. On s'est un peu disputées.
– Forcément, vu ses insinuations, dit Dorcas avec une pointe de colère. Doc et toi ? C'est pratiquement de l'inceste.
Oui, pratiquement. Et pour la millième fois, Lily se demanda pourquoi elle ne trouvait pas l'idée aussi repoussante qu'elle ne le voudrait. Elle était sincère lorsqu'elle disait considérer Doc comme son frère, mais alors pourquoi subsistait-il cette infime attirance physique qui ne rendait pas l'idée d'un contact nauséabond ?
– J'ai jamais vu Doc aussi triste qu'hier, continua Dorcas. C'était assez horrible. Je ne savais plus quoi dire, ou quoi faire...
– Il est vraiment amoureux d'elle, hein ?
– Oui… J'espère vraiment qu'ils vont se remettre ensemble. Ils forment un beau couple, ce serait du gâchis qu'ils se séparent. Katie est une chouette fille quand elle n'accuse pas ma meilleure amie de lui piquer son mec, je l'apprécie beaucoup. Ça me frustre d'être aussi impuissante. Je ferai n'importe quoi pour qu'ils se réconcilient.
Le cœur de Lily se serra. Contrairement à Dorcas, elle n'était pas tout à fait impuissante… Katie avait sous-entendu qu'elle pourrait se remettre avec Doc si Lily disparaissait du paysage. Mais le prix à payer était trop lourd. Rien que de penser à renoncer à son amitié avec Doc lui faisait monter les larmes aux yeux. Il était un élément capital de sa vie, et elle avait du mal à l'envisager sans lui, et elle se sentait si égoïste de ne pas parvenir à faire passer son bonheur en premier…
– Je préfère la première robe, commenta Dorcas, la tirant de ses pensées.
– Moi aussi, approuva Lily d'un air absent.
Elle retira la seconde robe, se glissa de nouveau dans la première, puis prit place devant sa coiffeuse tandis que son amie se munissait d'une brosse.
– Sois franche avec moi : est-ce que tu penses que je suis à l'origine de mes propres malheurs ? demanda-t-elle.
Dorcas leva un sourcil, surprise par sa question.
– C'est-à-dire ?
Elle haussa les épaules.
– Je sais pas… que je les provoque. Tu vois, je ne pense pas que Katie m'en veuille que Doc soit présent pour moi, mais elle ne supporte pas qu'il soit omniprésent. Je me suis toujours considérée comme un aimant à problèmes, mais je me demande si je fais vraiment ce qu'il faut pour les repousser.
Dorcas plissa les yeux.
– Est-ce que Katie t'a dit des choses qu'il ne fallait pas ?
Dorcas était généralement un mignon petit chat qui s'entendait avec tout le monde et redoutait les conflits, mais n'avait pas peur de se transformer en tigresse lorsqu'on s'en prenait à ses amis. Tout comme Doc, elle voyait Lily comme une personne délicate et naïve à protéger bec et ongles.
– Ça va, Dorcas, dit précipitamment Lily.
– Parce que j'ai toujours pas mis la main sur James et cette frustration me rend d'humeur violente.
Elle releva les manches de sa robe, banda ses deux bras maigres dépourvus de muscles, et Lily ne put s'empêcher d'éclater de rire.
– Tu ne peux pas mener mes propres combats à ma place, répondit-elle avec affection. Katie a peut-être brutalement honnête, et parfois honnêtement méchante, mais elle m'a ouvert les yeux sur mon attitude passive. J'en ai vraiment assez d'être une victime et de me victimiser.
Elle alluma une nouvelle cigarette. Dorcas se retroussa les lèvres mais se retint de nouveau de tout commentaire.
– Je pense pas que tu as tendance à te victimiser, contra-t-elle.
– C'est pourtant comme ça que je qualifierai quelqu'un qui passe plus de temps à se lamenter qu'à se remettre de ses échecs.
– Tu es dure avec toi-même, fit remarquer Dorcas sévèrement.
– Ou peut-être que je ne l'ai pas été assez jusque-là.
– Tu as besoin de temps, amenda Dorcas avec douceur. Après ce que tu as traversé, ce n'est pas étonnant.
– Tu ne penses pas qu'un an, c'est déjà trop de temps ?
– Je pense que plus la relation a été longue, plus il est difficile de s'en remettre.
Lily marqua une pause, avant de reprendre d'une voix lente :
– Tu sais, j'ai pleuré pendant un bon moment hier. J'ai juste complètement craqué, par rapport à James, puis Doc, et Katie… j'étais vraiment déçue par moi-même. Et puis… je sais pas, tout à coup, j'en ai juste eu assezde mes propres pleurs. On dit que pleurer aide à se sentir mieux après, mais je me sentais juste faible et inutile et c'est un sentiment que j'ai détesté. Je ne veux plus jamais me sentir minable. J'ai été malheureuse et insatisfaite pendant trop longtemps. Depuis ma rupture avec l'Autre… non, avant même ma rupture avec l'Autre, je ne me reconnaissais plus mais je n'ai pas fait grand-chose pour me sentir mieux dans ma peau. Mais hier… j'ai compris que même si je ne me sentirai pas mieux par magie du jour au lendemain, j'ai besoin d'en prendre la direction, de me reprendre en main. J'ai envie de devenir la fille que j'ai toujours voulu être. J'ai envie d'être forte, et indépendante, et déterminée.
– Mais tu l'es déjà, dit Dorcas d'une voix douce.
Lily eut un rire incrédule.
– C'est vrai, insista Dorcas, irritée de voir son amie aussi peu charitable avec elle-même. Tu as beaucoup enduré émotionnellement, et peut-être que tu en avais assez de te battre, même pour toi-même. Et tu n'étais pas toi-même ces derniers temps parce que tu as beaucoup souffert, mais tu n'as pas toujours été comme ça. Tu es forte, indépendante, déterminée, et plein d'autres choses. C'est juste… enfoui en toi.
– Sacrément enfoui, commenta Lily avec un sourire triste. Je doute même que ça ait jamais vu la lumière du jour.
– Tu n'as jamais vu ces aspects de ta personnalité en toi, mais c'est pourtant ce qui nous a attiré vers toi, Marlène, Doc et moi, insista Dorcas. Je ne nie pas que tu ne délaisses cette énergie qui te caractérise, mais je sais qu'elle est encore là. T'es quelqu'un de caractère, l'Autre a essayé d'éteindre ce feu en toi, mais je sais que c'est encore là. La Lily qu'on a toujours connue est si brillante qu'elle était major de sa promo, et corrigeait les devoirs de Marlène qui avait pourtant un an de plus. Elle est si déterminée qu'elle s'est battue pendant deux ans pour percer dans un secteur bouché malgré la pression de ses mentors pour qu'elle se lance dans des domaines plus dignes de ses compétences. Elle était une vraie tête de mule qui nous rendait chèvre. Elle est si digne qu'elle ne s'est pas vengée de l'Autre alors qu'il le méritait totalement, et qu'elle aurait pu lui rendre une part du mal subit. Et des exemples, j'en ai plein, et des qualités, j'en ai tellement d'autres à citer, mais rien que ceux que j'ai dit sont la preuve que tu es une incroyable personne.
– C'est très gentil, dit Lily, très touchée par son monologue.
Dorcas lui embrassa les cheveux.
– C'est très vrai.
– Si tu veux continuer à me flatter, ne te gênes pas, dit Lily avec légèreté pour tenter de noyer sa gêne. J'ai l'impression d'être une sainte, et j'adore ça.
Dorcas roula des yeux.
– Je ne pense pas que tu sois une sainte. Tu as fait ton lot de bêtises, et soit dit en passant je n'ai pas intérêt à te retrouver dans le même lit qu'Andy, triste ou pas.
– Pourquoi est-ce que je ferai une chose pareille? s'indigna Lily.
Dorcas lui donna un coup derrière la tête.
–Ouch!
– Je pense seulement que tu es une fille extraordinaire, dont je suis contente d'être l'amie, poursuivit-elle en ignorant l"interruption. Je suis très contente que tu souhaites retrouver confiance en toi.
– Je suis motivée, dit Lily avec une lueur déterminée dans le regard. Mais pour ça, je dois me concentrer sur mes objectifs. Et pour me concentrer sur mes objectifs, il faut que j'accepte de me retrouver seule.
– Seule ? s'alarma Dorcas. Parce que j'ai déjà beaucoup de mal à supporter l'isolation de Marlène, et je te jure que si toi aussi tu t'amuses à disparaitre…
– Par seule, je veux dire, sans garçons, explicita Lily. Je ne ferai jamais une chose aussi radicale. J'ai besoin de mes amis. Et même si je n'avais pas besoin d'eux, j'ai envie qu'ils soient dans ma vie. J'aime vous avoir dans ma vie.
La brune esquissa un sourire rassuré.
– Mais les garçons sont provisoirement bannis de mon radar, reprit-elle d'une voix décidée. Sauf Pierce Brosnan, anticipa-t-elle en voyant son amie ouvrir la bouche.
Dorcas rit.
– Je pense que c'est une bonne idée, commenta-t-elle. Et je te soutiens à cent pour cent. En revanche…
– Hmm ?
Elle ne put s'empêcher d'arracher la nouvelle cigarette que Lily tentait d'allumer avec sa baguette.
– Arrête de fumer !
C'EST D'ASSEZ BONNE HUMEUR que Lily arriva à La Bonne Fée, où elle trouva l'équipe chargée de l'interview déjà au pied d'œuvre. Le photographe préparait sa séance photo en réglant son appareil, tandis qu'une maquilleuse finissait d'embellir Jane tout en donnant des astuces beauté à Shashi et Angie, très attentives à ses conseils. Nathan et Mrs Casino discutaient gaiement avec une sorcière aux cheveux couleur turquoise et au visage rond, qui se précipita vers la jeune femme à peine eut-elle fermé la porte.
– Vous êtes Miss Evans, je suppose ? dit-elle en lui tendant une main chaleureuse. Génial, vous êtes ravissante. Les lecteurs vont vous adorer avant même d'avoir lu l'article canon que je vais faire. Et votre robe ? Parfaite. On voit un peu de sein, on devine un peu de fesses, mais c'est sobre et élégant. J'a-dore. Très pro et définitivement moderne en même temps. Pas vrai, Charlie ?
– Absolument, approuva la maquilleuse.
– Je suis Hestia Jones, la journaliste qui va conduire l'interview., poursuivit-elle sans prendre garde à l'air ébahi de la wedding-planner. Vous pouvez m'appeler Hestia. Ravie de faire votre connaissance.
Lily lui rendit sa poignée de main. Hestia portait à chaque doigt des bagues d'inspiration gothique, mais portait une robe dorée très claire qui rappelait la couleur de ses yeux en amandes.
– Je suis vraiment désolée pour le retard, s'excusa Lily, que Mrs Casino foudroyait du regard.
– Pas de problème, nous avons toute la matinée, de toute manière, assura Hestia. Et puis, j'en ai profité pour faire connaissance avec votre charmante équipe.
Elle adressa un clin d'œil à Nathan, qui, à la surprise de Lily, rougit légèrement.
– Comme je l'expliquais à Mrs Casino, le dossier sera divisé en trois grandes parties : la première sera consacrée à la présentation de l'agence, la seconde sera une interview de la wedding-planner principale – c'est-à-dire vous –… » Elle lui adressa un sourire rayonnant. « …et la troisième comprendra des informations exclusives sur le mariage de James. Je ne vous demande rien de précis, juste de quoi nourrir la curiosité de nos lecteurs afin qu'ils se fassent une idée de votre style.
– Euh… d'accord, bafouilla Lily.
– J'ai cru comprendre que vous étiez débordée par le mariage, d'ailleurs, dit l'énergique Hestia. Peut-être qu'on pourrait commencer par votre interview ? Comme ça on vous libère le plus vite possible.
– Euh… d'accord, répéta Lily.
– On pourrait s'installer dans votre bureau, peut-être ? Comme ça Eliott prendrait des photos en même temps, ça fera très naturel. T'en penses quoi, Eliott ?
– Je finis les réglages, et je vous rejoins, répondit le photographe sans lever les yeux de son appareil.
– Génial. Parfait. Alors, votre bureau ?
Lily jeta un regard incertain à Casino, qui blêmit.
Elle avait en charge le plus gros contrat de l'agence, mais son espace de travail se résumait toujours à une petite table dans un coin du bureau de Mrs Casino. C'était d'ailleurs pour cette raison que Lily, sous prétextes de rendez-vous professionnels, choisissait de travailler chez elle quand les ronflements de Mrs Casino devenait déconcentrant.
Shashi, Jane, Angie et Nathan se tournèrent également vers la grosse femme qui semblait chercher désespéramment une solution à ce problème.
– Heu, bien sûr, répliqua précipitamment cette dernière. Le bureau de Lily Evans. Bonne idée que vous avez là, Miss Hestia Jones. Prendre des photos dans le bureau de Lily Evans. Excellente idée.
Hestia leva un sourcil.
– Il y a-t-il un problème ?
– Non, dit précipitamment Mrs Casino. Vous vouliez le bureau de Lily Evans… le voici, le bureau de Lily Evans.
Elle désigna la porte du bureau de Shashi, qui ouvrit la bouche vraisemblablement pour protester mais fut incapable d'émettre le moindre son.
Hestia fronça les sourcils.
– Pourquoi y a-t-il écrit « Shashi Nassim-Khan » sur la porte ? interrogea-t-elle, l'air suspicieux.
Casino pâlit.
– Je me suis trompée, je voulais dire ce bureau.
Ce fut au tour de Nathaniel d'avoir l'air scandalisé.
Le front de la journaliste se rida un peu plus.
– Mais il y a marqué « Nathaniel Smith » sur celui-ci.
– Vous êtes sûre ?
– Oui, on en est sûrs, dit Nathaniel entre les dents.
– Oh, où avais-je la tête, fit semblant de s'exclamer Mrs Casino. La pièce de Lily Evans est celle du fond. Celle où il n'y a rien sur la porte, précisa-t-elle en menaçant silencieusement une Jane dépitée du regard. Lily Evans a changé de bureau si soudainement que je m'y perds parfois.
Hestia sembla se contenter de l'explication, et Lily aurait juré qu'elle lui avait également adressé un clin d'œil avant de poursuivre :
– Après-vous, Miss Evans.
Lily lui jeta un regard incertain avant de l'entraîner dans son bureau provisoire. La pièce était décorée sobrement et élégamment, et la jeune femme nota avec soulagement que Jane n'avait pas personnalisé son bureau avec des photos.
– Est-ce que je peux vous proposer à boire ? demanda-t-elle.
– Un thé, s'il vous plait, répondit Hestia en refermant la porte derrière elle.
Lily activa la bouilloire puis s'installa en face d'Hestia, qui avait pris place devant le bureau et l'observait avec intérêt.
– Je ne suis pas simplement journaliste, je suis aussi une amie de James, l'informa-t-elle. Nos familles se connaissent depuis des lustres, il est trop idiot pour que je le considère comme un grand-frère, mais il a toujours été là pour moi. Je suis là pour lui aussi. Je protège ses arrières et ses intérêts, surtout quand il agit stupidement.
– D'accord, dit Lily d'une voix incertaine.
Elle ne comprenait pas où Hestia voulait en venir.
– Et vous, vous êtes aussi une amie de James ? demanda-t-elle.
Lily remarqua que son regard se posa une seconde sur la masse de cheveux roux qui cascadaient ses épaules.
Ah, maintenant elle comprenait.
– En quelque sorte, dit-elle prudemment.
– En quelque sorte ? répéta Hestia.
– Notre lien est plus… professionnel qu'amical.
Du moins, depuis la veille.
Hestia leva un sourcil.
– Et pourtant, il parle de vous avec beaucoup d'affection.
– Vraiment ?
– Oui. Il a définitivement beaucoup d'admiration pour vous. Il a vanté vos mérites avec beaucoup d'enthousiasme, et m'a demandé de me surpasser pour votre article. D'ailleurs, dit-elle en extirpant une lettre de la poche de sa chemise, ses instructions exactes sont : « Je veux un article aussi sexy qu'Evans. »
– Ah. Euh… C'est très gentil de sa part, dit Lily, qui ne savait que dire pour contrer les soupçons à peine voilés d'Hestia.
Cette dernière plissa les yeux.
– J'aime savoir où je mets les pieds. Est-ce qu'il y a quelque chose que je devrais savoir entre James et vous ?
Lily fronça les sourcils, et feignit d'être confuse.
– Qu'est-ce que vous voulez dire ?
Hestia l'observa pendant une minute qui sembla durer une heure, avant de livrer son verdict.
– Vous avez l'air honnête, donc peut-être que ce n'est pas réciproque…
– Que voulez-vous dire ? répéta calmement Lily.
– Je dois vous avouer que je ne comprenais pas pourquoi James avait subitement confié son mariage à votre agence. Et je dois vous prévenir que si votre photo sort dans les médias, d'autres se demanderont également si le fait que vous soyez rousse n'a pas quelque chose à voir dans l'histoire. C'est votre vraie couleur de cheveux ? ajouta-t-elle brusquement.
Lily acquiesça, et Hestia laissa échapper un soupir désespéré.
– Et mince…quel idiot !
Lily haussa un sourcil.
– Je n'ai pas de liaison avec James, si c'est ce que voulez savoir.
Hestia parut surprise, puis soupira de soulagement, et son sourire revint à la charge.
– Tant mieux. Je vous avoue que cet idiot est tellement un cœur d'artichaut que je me demandais s'il n'avait pas un faible pour vous. Bien sûr, c'est impossible, il va se marier…
Lily fit également semblant de rire.
– Ecoutez, reprit Hestia je suis sincèrement désolée pour cet interrogatoire, mais la presse n'a pas épargné James par le passé et je n'ai pas envie que mon article soit une nouvelle source de commérages. Pour tout vous dire, j'évite en général d'associer mon nom avec le sien. J'ai accepté de faire ces articles parce qu'il a beaucoup insisté.
– Pourquoi ? s'étonna Lily. Je croyais que vous étiez amis ?
– On est très bons amis même, renchérit Hestia avec chaleur. C'est juste que beaucoup de gens pensent qu'il y a plus d'entre nous dans le milieu de la presse. James m'a également aidée à faire décoller ma carrière, et encore aujourd'hui on m'accuse de m'être… disons vendue pour être là où je suis maintenant.
– Oh, je comprends.
– Je pense d'ailleurs que rien que parce que vous êtes rousse, les gens vont faire des parallèles avec son ex, Emily. Et croyez-moi, vous ne voulez pas qu'on vous compare à elle.
– Comment ça?
Le regard d'Hestia s'assombrit.
– Disons que c'était une sacrée croqueuse de diamant, et la presse s'est régalée de l'emprise qu'elle avait sur James.
– Hmm. Est-ce que vous trouvez que je lui ressemble ? demanda Lily avec curiosité. Physiquement, je veux dire.
– Pas vraiment. Mais nous ferions tout de même mieux d'anticiper ce genre de rumeurs.
– Comment ?
Hestia resta pensive quelques secondes.
– Vous êtes en couple, je suppose ?
– Non.
– Quoi, une belle fille comme vous ? s'étonna Hestia avec une surprise non feinte. Impossible ! Vous devez avoir des dizaines de garçons derrière vous.
Lily rougit sous le compliment.
– Je vous assure que non.
– Et votre collègue beau gosse, là ?
– Nathan ? Il est célibataire, ne vous inquiétez pas, assura précipitamment Lily.
– Mais non, nigaude, dit Hestia, visiblement amusée, en agitant la bague qui étincelait à son annuaire. Je me disais juste que vous iriez bien ensemble, vous ne trouvez pas ? En plus vous lui plaisez clairement. Il a pratiquement occulté ma présence, dès que vous êtes entrée dans l'agence, et pourtant il semblait apprécier mon décolleté quelques secondes auparavant.
Lily devint écarlate.
– Je vous taquine, rit Hestia. Enfin, mis à part sur le fait que je trouve dommage que vous soyez seule.
– J'essaie de me concentrer sur ma carrière.
– Sage décision. Travailler dur les premières années est la clef de la réussite.
Lily se leva quelques minutes pour préparer le thé.
– Par mesure de prudence, reprit Hestia une fois qu'elle se réinstalla devant elle, est-ce que vous m'en voudriez si je faisais courir la rumeur que vous aviez quelqu'un dans votre vie ? Ça dissuadera Skeeter et compagnie d'établir un lien qui n'a pas lieu d'être. Par rapport à James et à son penchant sur les rousses, je pense qu'il vaut mieux prévenir que guérir.
– Non, bien sûr, si ça peut me protéger de telles rumeurs.
Elle ne voulait définitivement pas que ce genre de rumeur ne vienne entacher sa carrière balbutiante.
– Super alors. Je vous avoue que je vous jalouse, depuis tout à l'heure. Vos cheveux sont absolument magnifiques.
Lily, qui les avait laissés lâchés pour une fois, parut surprise puis contente du compliment.
– Merci. Les vôtre ne sont pas mal non plus. Fallait oser ce bleu.
– Ma mère déteste, si vous saviez, soupira Hestia sur un ton théâtral. Presque autant que mes tatouages.
– Vous avez des tatouages ? s'enthousiasma Lily.
Hestia leva sa manche, dévoilant un bras entier recouvert de dessins.
– Woaw ! J'ai toujours voulu m'en faire un, mais je n'ai jamais osé. Par rapport à la douleur.
– Ça ne fait pas si mal que ça, dit Hestia. Le truc c'est surtout de choisir un bon tatoueur. Mon copain en est un, et ma mère le déteste encore plus que mes tatouages…
Elles discutèrent pendant une heure, et enchaînèrent naturellement sur une interview très fluide qui dura une seconde heure et fut ponctuée de rires. Lorsque les deux femmes retournèrent dans l'entrée une demi-heure plus tard pour retrouver les collègues anxieux, elles riaient et se tutoyaient comme de vieilles connaissances.
La séance photo fut amusante et décontractée. Le photographe, Eliott Bertram, était sympathique et rempli d'humour et contribua à mettre Lily à l'aise, notamment lorsqu'Hestia exigea une série de photo de Lily et Nathan.
– James m'a dit de te couper au montage, admit-elle d'une voix tranquille, mais t'es tellement sexy que ce serait du gâchis. Je pense que ta bouille pourrait même augmenter les tirages.
Elle ignora ostensiblement les regards noirs de Lily et indignés de Nathan tandis que Eliott leur donnait des directives afin qu'ils aient l'air naturels. C'était la première fois depuis leur dernière altercation que l'ancien couple se touchait, mais Lily comme Nathan se prêtèrent de bonne foi au jeu et au fur et à mesure de la séance photo, les sourires se firent moins forcés et les poses moins tendues.
A sa grande surprise, Lily fut par la suite autorisée à garder le bureau de Jane. Celle-ci n'ayant pas de contrat à gérer pour le moment, fut contrainte de récupérer la table de Lily et de s'installer dans la salle de réunion.
Lily se laissa choir dans son fauteuil, et tourna sur elle-même, un sourire radieux sur le visage.
MALGRÉ LE FAIT qu'elle se retrouvait de nouveau seule ce soir-là, son allégresse ne diminua pas d'un iota. Elle passa une agréable soirée en pyjama devant la télévision récemment acquise pour combler l'absence de Marlène. Cela faisait partie des millions de stupides raisons pour lesquelles elle était contente de vivre dans le côté moldu de Londres : le fait de pouvoir utiliser la bonne vieille électricité. Certes, les objets se détérioraient plus vite que la normale du fait que l'air était chargé d'ondes magiques, mais elle aimait avoir une télévision, écouter la radio, et définitivement commander des pizzas au téléphone.
Elle finit d'ailleurs celle de la veille devant un vieux western qui lui rappela son père, dut tomber endormie à un moment, car ce fut le bruit de la sonnette qui la réveilla en sursaut.
Groggy, elle vérifia l'identité de son visiteur tardif par le judas avant d'ouvrir la porte.
– Doc ? s'étonna-t-elle d'une voix rauque.
Il fronça les sourcils.
– Désolé, je te réveille ? C'est juste que tu dors beaucoup plus tard d'habitude.
– Non, je t'en prie, entre, le rassura Lily. Tout va bien ?
Il esquissa le sourire le plus radieux qu'elle n'ait jamais vu sur son visage, la souleva dans ses bras en la maintenant au niveau de la taille, et la fit tournoyer. Lily poussa un grand cri et s'accrocha à sa tête du mieux qu'elle put.
– Doc, protesta-t-elle en rougissant légèrement. Fais-moi redescendre.
Il s'arrêta, leva les yeux vers elle, et son sourire devint plus éclatant encore.
– T'es officiellement la meilleure amie qui existe au monde, dit-il.
Il l'embrassa sur la joue.
– Je sais, dit Lily en roulant ostensiblement des yeux. Mais pourquoi ?
Il la fit redescendre.
– Katie et moi on est de nouveau ensemble. Je ne sais pas ce que tu lui as dit, mais elle a accepté qu'on fasse un nouvel essai.
Lily resta interdite quelques instants.
– Félicitations, finit-elle par dire d'une voix faussement enjouée.
– Merci, Lils, dit solennellement Doc. Merci. Je ne sais pas comment te dire à quel point je suis heureux.
Lily parvint à esquisser un sourire, puis le prit dans ses bras et posa sa tête contre elle, comme pour sentir cette odeur qui lui manquait. Doc parut surpris qu'elle se montre aussi affective quand c'était lui qui initiait les câlins d'ordinaire, mais, persuadé qu'elle était simplement très heureuse pour lui, l'enlaça très vite à son tour.
Elle alla jusqu'à lui proposer de trinquer. C'était, après tout, une bonne nouvelle.
Après le départ de Caradoc, Lily retourna dans le salon le cœur lourd. Elle attrapa la bouteille de vin et se servit un verre qu'elle dégusta lentement. Elle s'était répété vouloir tout mettre en œuvre pour qu'il se réconcilie avec sa petite amie, qu'elle voulait qu'il soit heureux, et maintenant que c'était fait…
C'était elle qui n'était pas heureuse.
Hypocrite, pensa-t-elle en vidant son verre d'une traite.
Non pas qu'elle n'était pas ravie pour son meilleur ami, mais elle savait que leur réconciliation signifiait qu'elle devait faire profil bas. Faisait-elle le bon choix en acceptant de s'effacer de la vie de son meilleur ami ? Non pas qu'elle renonçait définitivement à son amitié avec lui : Doc était le frère qu'elle n'avait jamais eu, et il allait sans dire que leur amitié était éternelle.
Mais elle ne voulait pas que Doc et Katie se séparent de nouveau par sa faute, et la meilleure chose à faire en de telles circonstances était de se faire discrète quelque temps et de les laisser consolider leur couple. Katie avait été très claire à ce sujet : tant que Lily ne lui démontrerait pas qu'elle pouvait gérer sa vie comme une grande, elle serait considérée comme une menace.
Mais ce n'était pas uniquement aux yeux de Katie que Lily souhaitait faire ses preuves : elle voulait également se prouver qu'elle n'était pas la pathétique créature qu'on l'avait accusée d'être, qu'elle était capable de faire les bons choix pour sa vie.
Renoncer à James était définitivement le premier pas.
Renoncer, car Lily commençait seulement à s'avouer qu'elle le voulait. Elle voulait l'embrasser, et le toucher, et vivre une véritable romance avec lui. Mais elle n'était pas stupide : s'il lui avait fallu des heures et des heures pour admettre qu'elle était tombée amoureuse de James, il ne lui avait fallu que quelques secondes pour conclure que ses sentiments étaient vains.
Elle souleva le couvercle de la boîte de pizza commandée la veille, et se mit à manger la dernière part sans même la réchauffer.
James avait beau lui répéter qu'elle était belle, et qu'il ressentait des choses pour elle, il avait beau lui dire qu'il l'aimait sans parler, c'était Elinor Bell qu'il épousait. Et tout dans son comportement montrait qu'il était déterminé dans son projet. Pas une seule seconde James ne lui avait laissé penser douter ou regretter son choix ; bien au contraire. Lily pensait que c'était pour l'encourager qu'il s'assurait qu'elle avait tout ce qu'il lui fallait afin de réussir la cérémonie, mais peut-être qu'il voulait simplement être certain que le mariage serait parfait. Peut-être qu'elle s'était monté la tête et que s'il mettait tout en œuvre pour que le mariage soit réussi, c'était tout bêtement parce qu'il voulait que le mariage soit réussi.
Bien que réticent en apparence, toutes ses actions semblaient indiquer qu'il était prêt à se laisser voler son cœur par Lily. En revanche, tout le reste de sa vie était sagement, prudemment confié aux beaux soin d'Elinor. Or, Lily le voulait en entier ou… pas du tout. Même en sachant que le mariage de James et Elinor était de convenance, elle ne voulait pas se sentir coupable ou honteuse en le fréquentant. Elle ne voulait pas être sa maîtresse, et si elle bouleversait indéniablement la vie de James, Elinor restait tout aussi indéniablement dans l'équation.
Peut-être d'ailleurs que cette dernière faisait payer à Lily l'intérêt que le fiancé lui portait. Peut-être qu'à l'instar de Katie, elle était agacée par sa présence, par le fait qu'elle avait (certes, involontairement) un rôle principal dans son couple. Elinor n'avait jamais caché considérer Lily comme une nuisance qu'elle tolérait uniquement pour les beaux yeux de James, et la jeune rousse n'ignorait pas qu'elle avait tenté plusieurs fois de se débarrasser d'elle.
Peut-être d'ailleurs continuait-elle à essayer de se débarrasser d'elle ?
James et moi passerons le reste de l'été chez mes parents.
Vous devrez exclusivement vous référer à moi.
Il semblait clair qu'Elinor tentait de les isoler l'un de l'autre. Pourquoi agir maintenant, quand elle avait semblé jusque-là s'accommoder de la situation ? Et, d'après ses souvenirs, Elinor habitait à Shortbourne, qui se trouvait près de Londres. Ce n'était pas comme si James avait changé de pays, et pourtant, cela faisait déjà deux jours qu'il ne s'était pas manifesté, quand (elle le réalisait maintenant) il était devenu presque omniprésent dans sa vie. Etait-il réellement d'accord pour laisser Elinor tout superviser du jour au lendemain ? Et pour quelle raison ? Comment parvenait-elle à garder James éloigné ?
Que faisait James avec elle ?
Elinor avait sous-entendu qu'il l'épousait parce qu'elle était enceinte, mais Lily n'avait jamais compris pourquoi il avait décidé d'en prendre la responsabilité s'il n'était pas le père. Que gagnait-il à rester auprès d'elle ?
La question l'obsédait…
Et ne devrait pas, pensa-t-elle en secouant la tête. Elle devait se concentrer sur sa vie professionnelle. Organiser le mariage, et éjecter James de sa vie était le plan le plus raisonnable qu'elle pourrait suivre.
Elle se leva avec plus d'énergie que nécessaire, rassembla les restes de son dîner se rendit dans la cuisine. L'emballage de pizza fut également pliée avec une force trahissant sa frustration, et elle ouvrit la poubelle d'un coup de pied afin de l'y jeter.
Avant de s'arrêter net.
Son regard accrocha la carte de visite qu'elle y avait laissé tomber la veille, et qui trônait, tentatrice, au sommet de la pile d'ordure.
Rien ne lui serait plus facile que de contacter Felix. Il avait semblé sincèrement intéressé par elle et, même si elle ne se souvenait pas de tous les sujets abordés, ce qui l'avait marquée était la facilité qu'elle avait eu à parler avec lui. Le fait qu'ils soient tous deux d'origine moldue et qu'ils se soient rencontré sur le lieu de rencontre des chocolatophiles leur avait certainement donné dès le départ beaucoup de points communs, mais c'était la gentillesse et le sens de l'humour de Felix qui l'avaient mise à l'aise et encline à se montrer plus sociable que d'ordinaire. Et si elle n'avait pas été occupée à « glousser avec un homme dont elle préparait le mariage », elle lui aurait donné une chance. Mary avait raison : les 8,25/10 de son genre ne courraient pas les rues.
Elle pourrait lui donne une chance…
Mais savait que ce serait bien trop tôt, qu'elle n'était pas prête.
Katie avait raison sur ce point : elle avait pris l'habitude de se faire rassurer par quelqu'un d'autre quand elle se prenait un coup, si possible un garçon qui ne se lasserait jamais de lui dire à quel point il la trouvait belle et intelligente et pleine de qualités.
Il était temps qu'elle commence à penser cela d'elle-même, elle-même.
Elle savait qu'elle était intelligente ; son parcours scolaire exemplaire en était la preuve. Elle était consciente de ses défauts, mais ne minimisait pas ses qualités non plus. Dorcas les avait définitivement ornés au petit déjeuner, mais Lily se disait qu'il se pourrait bien qu'elle soit réellement digne, et déterminée, et toutes les belles choses que son amie lui avait dites. Et, si elle ne l'était pas, elle comptait bien le devenir.
Elle ne s'était jamais trouvée spécialement belle, mais ces dernières semaines en compagnie de James – de Potter, l'avaient réconfortée à ce sujet. Dans son cœur, réussir à plaire à son véritable fantasme lui avait toujours paru encore plus irréaliste que d'attirer l'attention de Pierce Brosnan. Elle l'avait véritablement aimée pendant quatre ans, d'un amour qui n'avait rien à envier à ceux des adultes malgré son jeune âge, l'avait idéalisé et adoré comme le garçon parfait, et elle se rendait compte que ces sentiments n'étaient jamais complètement partis.
Ils avaient été enterrés sous une couche de colère et d'humiliation, mais James leur avait rendu leur liberté. Elle avait appris à le connaître, et à tomber de nouveau amoureuse de la personne qu'il était devenu, celle qu'elle avait naïvement pensé qu'il était déjà cinq ans plus tôt. Elle avait grandi à présent, et le considérait avec bien plus d'objectivité, admettait ses qualités et ses défauts.
Elle le savait fou. Fou d'elle, souvent fou tout court. Elle le savait narcissique. Elle le savait impétueux. Elle le savait sans gêne. Elle le savait capricieux, séducteur, pervers, parfois irresponsable. Tout cela l'agaçait chez lui.
Mais elle avait découvert au cours des semaines précédentes un côté chez lui qu'elle aimait beaucoup. Il était honnête, au mépris de son instinct de survie. Il était sûr de lui, jusqu'à frôler l'arrogance. Il était à l'écoute, parvenait sans efforts à la faire parler de tout et sur tout. Il était tactile, et la touchait une douceur qui lui donnait la chair de poule. Il était vraiment, sincèrement gentil parfois. Il avait un côté naïf plutôt attendrissant. Il était drôle, et la faisait rire sans effort.
Et il avait cette manie, cette manière de lui jeter des coups d'œil troublants, de la regarder avec admiration…
Elle aimait ses yeux. Ils étaient couleur noisette, très chauds, avec des éclats bleus lorsqu'on regardait de plus près. Et elle aimait la façon dont ils se plissaient lorsqu'il riait. Et elle aimait bien son rire aussi. Il était contagieux, clair, bruyant mais si sincère, si rafraîchissant qu'elle ne s'en lassait pas. Elle aimait bien, lorsqu'il souriait également. Une fossette apparaissait dans sa joue, quand il souriait. Il avait souvent un sourire en coin, parfois hautain, souvent moqueur, mais quand il souriait vraiment, juste parce qu'il était sincèrement amusé, elle avait l'impression que ce sourire valait de l'or. Elle aimait sa voix également, grave, chaleureuse. Elle trouvait qu'il avait un timbre particulier. Elle l'aurait reconnue entre mille. Et il fallait reconnaître qu'il était tout simplement beau. Et plutôt grand. Et bien bâti – bien que pas autant que Nathan.
Et...
Et…
Et il était avec Elinor, et elle devait cesser de se torturer les méninges. James était un cul de sac, elle devait aller de l'avant.
Seule, dans un premier temps.
Lily jeta donc l'emballage en carton, et le couvercle de la poubelle retomba avec un petit bruit.
LE SILENCE DE JAMES se poursuivit sans se défaire de son mystère, et Lily ne savait pas si elle devait se sentir soulagée ou inquiète. Pas le moindre volatile ne vint troubler ses journées à présent passées confinée à La Bonne Fée. Sous un prétexte quelconque, elle profita d'une pause déjeuner pour se rendre au manoir, mais trouva Remus sans compagnie.
– Je suis pas mal tout seul, en ce moment, dit-il en regardant derrière le sofa si le châle que Lily prétendait avoir égaré s'y trouvait. James ne rentre que pour dormir, il passe tout son temps libre avec Bell. Elinor, je veux dire. Je sais pas trop ce qu'ils font, mais il est crevé quand il rentre. Je crois qu'ils travaillent sur quelque chose parce qu'il a la même tête que lorsqu'on révisait les ASPICs.
– Ah oui, dit Lily, la mine déconfite.
Elle se rendit compte que Remus la regardait avec curiosité, et décida de changer de sujet.
– Mais tu ne t'ennuies pas trop, ici ?
Remus haussa les épaules.
– Je suis quelqu'un d'assez solitaire à la base, donc ça va. Je travaille toute la journée. La bibliothèque des Potter est assez garnie pour que je ne m'ennuie pas trop. Et puis, Sirius et Peter passent me rendre visite très régulièrement. Et Dorcas m'oblige à diner avec elle tous les soirs, et tu sais comment elle peut être terrifiante.
Lily acquiesça, un sourire aux lèvres, avant de regarder derrière un pot de fleurs si son pauvre châle n'y trainait pas.
Elle savait parfaitement à quel point Dorcas pouvait être terrifiante. C'était une personne douce, mais déterminée lorsqu'elle avait une idée en tête, et qu'il valait mieux ne pas contrarier. Lily en vint à se demander si Dorcas n'avait justement pas pu menacer James assez efficacement pour qu'il ne tente ni de la voir, ni de lui écrire.
– Je n'ai pas eu le temps de voir James, lui annonça pourtant son amie lorsqu'elle l'interrogea aussi subtilement que possible à ce sujet. Ni l'occasion, d'ailleurs, il n'est jamais chez lui lorsque je passe voir Remus. Et tant mieux, parce que si je le croise, je l'étripe.
Comme pour illustrer ses propos, Dorcas tordit brutalement la cuisse de la dinde qu'elle était en train de farcir, et Lily déglutit. Dorcas marqua une pause, avant d'ajouter :
– Je suis contente d'entendre qu'il a abandonné sa campagne insensée pour te séduire. Peut-être que, comme tu l'as dit, il a eu un accès de conscience et a décidé de laisser tomber pour enfin s'occuper de sa future femme et de son enfant à naître ?
Lily sentit son cœur se serrer mais ne laissa rien transparaître. C'était une bonne chose. C'était une excellente chose.
James l'ignorait volontairement.
Très vite, cependant, la peine que ce simple fait provoquait en elle laissa place à de la colère pure et simple. Il l'ignorait volontairement. Du jour au lendemain, il ne prenait plus la peine de lui parler ou de lui écrire. Et ce, sans explication, sans signe avant-coureur, sans raison ?
Il l'ignorait volontairement, et elle était furibonde.
Peut-être même que c'était lui qui avait demandé à Elinor de s'occuper seule du mariage pour ne plus avoir à parler à Lily. Parce que quand elle y pensait, Elinor avait été assez claire quant au fait que cela ne la dérangeait pas qu'ils soient attirés l'un par l'autre. Elle les laissait dîner en tête à tête, et flirter sous son nez dans le jardin du manoir, l'air parfaitement indifférent. Donc Monsieur s'était brusquement lassé de cette séduction, ou avait trouvé une nouvelle proie à chasser, ou encore avait autre chose à faire, et envoyait Lily au rebut aussi brutalement, comme s'ils n'avaient pas été très proches ces dernières semaines. Il la chassait de sa vie en un claquement de doigts.
Elle avait l'impression d'avoir été méchamment larguée, sachant qu'ils ne sortaient même pas ensemble…
Mais ça n'a pas d'importance ! hurla une autre partie de son cerveau. C'est ce que tu voulais depuis le début, de toute manière. Une situation strictement professionnelle. C'est ce qu'il y avait de mieux à faire. Il avait réagi et mit un terme à leur relation bizarre quand elle en avait été incapable. Il avait fait le bon choix.
Sa colère s'évanouit, et laissa le champ libre à sa tristesse.
FORT HEUREUSEMENT, la quantité de travail à laquelle elle devait faire face augmentait drastiquement à mesure que le mois d'août avançait. Lily enchainait rendez-vous sur rendez-vous, café sur café, et négociations sur négociations, mais tirait de cet infernal rythme une grande satisfaction.
Elle était heureuse de faire ce qu'elle aimait.
Elle était heureuse d'être beaucoup trop épuisée pour penser à James.
Et, bien que son travail restait au point mort, elle était heureuse que la date du mariage se rapproche car cela signifiait qu'elle serait débarrassée de lui, et surtout d'Elinor.
Les exigences d'Elinor étaient en effet si extravagantes que Lily n'avait du temps pour rien d'autres. Elle passait la moitié de son temps à chercher des moyens de mettre en œuvre requêtes de la fiancée, l'autre moitié à imaginer un crime parfait pour se débarrasser d'elle.
Car Miss Elinor semblait avoir une idée très précise de ce qu'elle voulait mais Miss Elinor ne prenait pas la peine de le décrire, et Miss Elinor commençait chacun de ses courriers comme suit :
Je ne suis pas convaincue par vos dernières propositions.
Elle prétextait ne pas se reconnaître dans les propositions de Lily, mais cette dernière trouvait difficile de proposer quoi que ce soit de réellement personnalisée à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas et qui se montrait si peu coopératif et de si mauvaise foi. C'est donc désespéramment qu'elle écumait le classeur que lui avait confectionné Dorcas, et qui rassemblait toutes les coupures de presse concernant Elinor.
Ses recherches la menèrent à Shortbourne, charmante et pittoresque bourgade entourée de prairies verdoyantes et comptant un millier d'âmes, dont une partie composait la plus grande population cracmol du Royaume-Uni. Le village vivait donc à la manière des Moldus, et c'est en prétextant d'en être une que Lily y débarqua. Elle redoutait (autant qu'elle espérait, pour être honnête) de croiser James et Elinor, et avait par conséquent caché ses cheveux si caractéristiques sous un chapeau.
Pendant toute une matinée, elle longea les prés, contourna les étangs puis arpenta les rues en mitraillant le beau paysage avec un appareil photo. Elle avait lu dans une interview qu'Elinor s'inspirait principalement du village où elle avait grandi pour peindre la campagne, et espérait qu'en s'imprégnant de l'atmosphère de l'endroit elle parviendrait à mieux comprendre la fiancée.
Shortbourne était un endroit fleuri, isolé, et beaucoup plus accueillant que Lily l'aurait cru. Les villageois se montrèrent ravis qu'un touriste vienne se perdre dans leur petit village, bien que tous semblaient vouloir la dissuader le plus subtilement possible de ne pas approcher la grande maison sur la colline. Lily avait depuis longtemps compris que c'était là la demeure des Bell, et n'avait aucune intention de s'y rendre. Elle était certaine de ne pas y être la bienvenue, et ne doutait pas qu'Elinor ne serait pas la seule personne importunée par sa présence. Les Bell n'étaient pas réputés pour leur tolérance.
Elle déjeuna dans l'unique auberge du village, où, une fois n'était pas coutume, son hôte la mit en garde de s'approcher de la maison des Bell.
– La Barbe Bleue y vit, annonça-t-il quand Lily feignit d'hésiter à y aller tout de même.
– La Barbe Bleue ? répéta-t-elle.
– Eh oui. Et il ne s'y intéresse qu'aux jolies demoiselles comme vous. Croyez-moi, vous feriez mieux de vous tenir loin de cette maison. Ça fait soixante ans que j'habite ici, j'en ai vu des jeunes mariées y entrer, et très peu en sortir. B.B. aussi d'ailleurs quitte rarement sa maison, et tout le monde s'en porte très bien.
L'homme avait un air tout à fait sérieux, et la jeune femme fronça les sourcils. Dorcas lui avait confié que Mr Bell était accusé d'une quinzaine de meurtres… était-ce à cela qu'il faisait référence ?
– Mais je croyais qu'il était déjà marié, dit-elle sur un ton confus.
L'aubergiste émit un rictus méprisant.
– Ça ne l'a jamais empêché de badiner. Vous avez remarqué la grande maison condamnée au milieu du village ?
Lily acquiesça.
– C'était un orphelinat, et la majorité des gamins qui y vivaient avaient les mêmes yeux que B.B. Mettrait ma main à couper que c'étaient ses gosses.
– Qu'est-il arrivé ? demanda Lily, qui n'avait évidemment pas manqué de remarquer l'usage du passé.
– Tous déracinés par une fulgurante épidémie, deux ou trois ans plus tôt.
Après avoir terminé son assiette et promis de ne pas gravir la colline, Lily fit un dernier tout du village et s'arrêta devant l'ancien orphelinat. C'était une grande maison sur deux étages dont toutes les ouvertures étaient condamnées par des planches en bois, conférant à la bâtisse un air lugubre qui contrastait avec le charme du village.
Elle resta quelques minutes pensive.
Pourquoi est-ce que Mr Bell irait entasser ses enfants, certes bâtards, dans un orphelinat moldu ?
Et qu'elle était cette étrange maladie qui n'avait laissé aucun survivant ?
Et Mr Bell était surnommé la Barbe Bleue ? Le type qui s'amusait à tuer toutes les épouses qui se montraient trop curieuses ?
Ça faisait peur…
Des habitants inquiets vinrent lui demander si tout allait bien, et Lily les rassura avant de rentrer chez elle.
Lily passa les jours suivants à travailler d'arrache-pied afin de présenter de nouvelles idées à Elinor.
Qui, pour une fois, ne lui répondit pas qu'elle « n'était pas convaincue. »
Oh, non.
Lily avait en effet transcendé ses attentes.
Et pas dans le bon sens.
Elinor détesta chacune de ses propositions.
L'ARTICLE DE MARRY MERRILYparut au début de la seconde semaine d'août, et contribua à lui rendre un sourire qui l'avait désertée jusque là. Lily, étant abonnée au magazine, put découvrir avec ravissement l'enquête de qualité qu'on avait consacrée à son travail et à l'agence. On l'avait présentée sous une lumière des plus favorables tout en restant juste, et sa photo en couverture la mettait tant en valeur qu'elle se demanda si elle n'avait pas été retouchée. Potter n'y était pas allé de main morte.
Marry Merrily étant un magazine ciblé, essentiellement lu par les professionnels et les passionnés, elle savait que cette mise en valeur n'équivalait pas à une soudaine célébrité et qu'elle continuerait à passer inaperçue dans le monde sorcier. Ce qui était parfait. Elle souhaitait être reconnue à l'issue de ce projet, et non simplement connue parce qu'elle avait de bonnes relations.
Elle s'arrêta dans une presse de Pré-au-Lard et acheta deux autres exemplaires, qu'elle envoya à Marlène et Caradoc accompagnés d'une note écrite sur un ton surexcité ; Dorcas quant à elle était abonnée à tous les magazines possibles et inimaginables et avait déjà surement sa copie de Marry Merrily.
Son sourire béat ne la quitta pas avant d'arriver à La Bonne Fée, où Lily eut la surprise de voir que Mrs Casino avait agrandi chacune des pages de l'article consacré à Lily et à l'agence, et les avait ensuite suspendus aux murs de l'entrée. La jeune femme devint rouge écrevisse, et sa gêne s'accentua en se rendant compte que ses quatre autres collègues fixaient sans un mot la nouvelle décoration. L'envie n'était pas difficile à lire sur les visages de Jane, Angie et Shashi, qui se fendirent tout de même d'un sourire glacé et la félicitèrent le plus chaleureusement possible.
Il était cependant plus difficile de savoir ce que Nathan ressentait.
Tandis que les filles discutaient de la couverture, le regard du jeune homme resta figé une éternité sur la page où une photo de Lily et lui avait été insérée au milieu du texte. Ils étaient tous les deux à leur avantage, ayant posés sous les directives précises d'Hestia et Eliott, et le rendu était très réussi. Le papier glacé ne trahissait pas du tout le malaise qui avait subsisté tout au long de la séance entre Nathan et Lily : au contraire, ils paraissaient aussi complices que souriants, et la Lily de la photo posait parfois nonchalamment la main sur le bras de Nathan.
C'était vraiment une jolie photographie.
Nathan remarqua enfin qu'elle l'observait, se retourna, et la regarda à son tour sans un mot.
Lily fronça les sourcils.
Les beaux yeux verts du jeune homme questionnaient et fuyaient, questionnaient et niaient, questionnaient et espéraient.
Lily cligna des paupières.
Nathan se reprit, adressa poliment quelques félicitations à Lily qui les accueillit avec une légère gêne, et disparut dans son bureau.
Lily décida qu'il était temps d'en faire autant, et récupéra son courrier parmi ceux qui s'amoncelaient dans la boîte prévue à cet effet avant de s'isoler son bureau. Conséquence directe de la couverture de Marry Merrily, une montagne de courriers et propositions de contrat des plus grandes enseignes, désireuses d'être associées au mariage et à La Bonne Fée, l'attendait déjà, et continua d'affluer toute la matinée.
Le sourire radieux de Lily n'eut d'autre choix que de revenir la hanter.
Sa vie personnelle avait beau être un désastre, sa vie professionnelle était absolument fan-tas-tique depuis quelques semaines.
Elle n'avait toujours pas de nouvelles de James, et ressentait un étrange vide malgré sa ferme résolution de se tenir loin de lui. Lorsqu'elle travaillait à l'agence, le jeune homme lui écrivait d'habitude tous les jours, et généralement ça n'avait aucun rapport avec le mariage. Il lui envoyait des extraits d'articles, ou des blagues, ou souvent lui disait qu'il s'ennuyait ferme. Et ils passaient la journée à s'écrire des choses idiotes, comme des amis de longues dates.
Peut-être qu'Elinor avait également interdit à James de communiquer avec Lily… Oui, mais Lily imaginait mal James obéir à un tel ordre. Elle n'imaginait James obéir à aucun ordre d'ailleurs, quelle qu'en soit la provenance. Certes, Elinor avait un certain ascendant sur James, qui se pliait généralement à ses caprices, mais en cas de désaccord majeur il semblait détenir le dernier mot. Et si Elinor n'avait pas pu obtenir de lui qu'il n'engage pas Lily en tant que wedding-planner, cette dernière ne voyait pas comment elle aurait pu lui défendre de lui écrire.
Pourquoi l'ignorait-il aussi brusquement ? Etait-ce volontaire, ou pas? S'était-il tout simplement lassée d'elle, ou y avait-il une autre raison? Elle ne comprenait pas…
C'est pour le mieux, ma cocotte, pensa-t-elle férocement. C'est pour le mieux.
CARADOC LUI ENVOYA un magnifique bouquet de jacinthe.
« Magnifique, ma puce !
J'espère te voir ce midi pour arroser tout cela. Ta tête me manque.
Amitiés, DD »
Lily, qui s'arrangeait depuis leur dernier déjeuner pour placer ses rendez-vous à midi afin de ne plus avoir à le voir en tête à tête tant que sa situation avec Katie ne se serait pas calmée, lui répondit par la négative.
Dorcas lui envoya une boîte de chocolats.
« Champagne !
J'espère te voir ce soir afin de fêter dignement tout ça ! Je compte agrandir toutes les photos et les accrocher dans mon atelier.
Par ailleurs, qu'est-ce qui se passe avec Nathan ? Pourquoi est-ce que SH suggère que vous êtes ensemble ? T'as des choses à me raconter ou quoi ? »
Dorcas avait joint à sa lettre des coupures de Sorcière Hebdo et de la Gazette du Sorcier, qui sous-entendaient que Lily et Nathan se fréquentaient. Lily étant devenue un personnage public, la presse pouvait à présent s'emparer de son nom et de son image et mettre en lumière le fait que Lily était « la mystérieuse cavalière de Smith au bal de l'Equinoxe. » Elle ne savait pas si elle devait être exaspérée ou soulagée que les journaux spéculent sans retenue sur leur pseudo-relation, mais quoi qu'il en était, Hestia avait fait de l'excellent travail. Pas une seule ligne ne lui soupçonnait une liaison avec James.
Mary lui adressa une bouteille de sa boisson alcoolisée préférée, le rhum aux groseilles, accompagnée d'une petite carte où elle avait dessiné un loup (visiblement en fin de vie tant il était mal dessiné) en train de siffler ainsi que les mots :
« C'est lui le mec de ton boulot dont on avait parlé ? Dix sur l'Echelle de Piercebrosnanité ! »
Même Marlène réagit à la parution de l'interview. Lily reçut de sa part une très belle orchidée, ainsi que la note suivante :
« WOAW WOAW WOAW !
Je suis tellement contente que j'ai pas pu m'empêcher de crier, et vu que Mrs P. crie aussi (parce que quelqu'un a osé lui voler une de ses orchidées. Je sais, j'ai honte, mais j'espère qu'elle te plait) ça fait beaucoup de bruit dans la maison.
Je suis heureuse de tout ce qui t'arrive, et j'espère que tu me raconteras en détail tout ce qui se passe quand on se verra à l'anniversaire surprise que Mr et Mrs P. préparent en cachette depuis un mois et que j'ignore totalement d'ailleurs.
J'ai aussi beaucoup de choses à te raconter… Beaucoup de bonnes choses. A la lecture de l'article, c'est également le cas pour toi.
Je vois que ça roule avec Nathan… j'ai bien fait de vous caser ensemble, apparemment.
Tes seins ont grossis.
Bisous, je t'aime, et tu me manques.
Marlène.
P.S : si ça ne te dérange pas, tu pourrais m'envoyer une dizaine d'exemplaires signées du magazine ? Je suis complètement fauchée en ce moment, promis je te rembourse. T'as des fans ici, et ils me harcèlent depuis que je leur ai dit te connaître. Je compte tirer un bénéfice de sept mornilles par exemplaire, qu'en penses-tu ? »
Pendant un instant, elle eut envie de répondre par une beuglante bien sentie afin de lui faire comprendre à quel point son silence l'avait blessée, à quel point elle l'aimait, et à quel point elle lui avait manqué.
Et puis cet instant passa.
Lily était simplement heureuse d'avoir des nouvelles de sa meilleure amie. Et elle comprenait au fond d'elle pourquoi Marlène lui écrivait comme si de rien n'était.
Elle tâtait le terrain, pour vérifier si tout était OK entre elles malgré le fait qu'elle n'ait jamais répondu à aucune de ses lettres.
Et c'était OK entre elles.
En revanche, si ça l'arrangeait que Mary et le reste du monde la pense en couple avec Nathan, Lily hésitait à mettre Marlène au courant de tout ce qui s'était passé depuis son départ. Finalement, elle décida qu'il serait beaucoup plus simple de lui en parler en face étant donné que son anniversaire n'était que dans deux semaines.
Elle lui envoya cependant les exemplaires dédicacés, mais négocia pour le double de bénéfices.
Sept mornilles de plus seulement l'exemplaire dédicacé ? Pas étonnant que Marlène soit en permanence fauchée.
LILY PASSAIT EN REVUE de nouveaux modèles de chaises afin d'en sélectionner quelques-unes à faire valider par Elinor, lorsque Nathan passa la tête dans son bureau et l'interrompit.
– Mrs Casino veut te parler, l'informa-t-il.
Puis il se retira tout aussi rapidement.
Dire que l'ambiance entre eux était chargée de gêne était un bel euphémisme. Lily ne savait pas comment réagir lorsqu'ils se retrouvaient en compagnie l'un de l'autre. Le souvenir de leur dernière confrontation restait bien vif dans sa mémoire mais, pour une raison qui lui échappait, Nathan semblait enclin à faire plus d'efforts de civilité depuis la séance photo.
Il ne lui avait toujours pas présenté d'excuses, mais ne l'ignorait plus ni ne la regardait de travers à chaque occasion. Au contraire, la jeune femme l'avait surpris une ou deux fois en train de la fixer pendant les réunions quotidiennes, et, si elle était incapable de deviner ce à quoi il pensait, il était évident qu'il n'y avait plus de traces d'animosité dans ses yeux. C'était un soulagement pour elle, et avait contribué à détendre l'atmosphère de travail.
Lily délaissa donc la brochure qu'elle était en train de parcourir, et rejoignit le bureau de Mrs Casino avec curiosité. Cette dernière, conformément à ce qui avait été convenu avec James, lui laissait le champ libre pour la préparation du mariage et s'intéressait plutôt à la villa qu'elle allait pouvoir s'offrir avec les recettes. Aussi, la jeune femme se demandait ce qu'elle pouvait bien lui vouloir.
A sa grande surprise, Mrs Casino fusillait du regard dans un silence polaire une femme tout aussi forte qu'elle et à l'air peu amène, que Lily reconnut immédiatement comme étant Claire Lukas, la célèbre organisatrice à la tête de la meilleure agence du pays, D'un Coup de Baguette Magique ! Elle s'interrompit net sur le seuil de la porte, et son cœur se mit à battre à tout rompre. Mrs Lukas était l'enchanteresse qui avait organisé le mariage de Dorcas et Andréa, et qui avait donné envie à Lily de se lancer dans ce domaine. Elle fixa donc son modèle avec admiration, jusqu'à ce que la voix cinglante de Mrs Casino la ramène à la réalité.
– Entrez, et fermez la porte, voulez-vous, Lily Evans ?
La jeune femme obtempéra, et s'avança vers les deux femmes.
– Lily Evans, je vous présente Claire Lukas, présenta Mrs Casino, et ce visiblement à contrecœur. Claire Lukas, voici Lily Evans.
Mrs Lukas l'observa de bas en haut sans un mot, avant de lui tendre une main sertie de bagues. Un peu intimidée, bien qu'elle tentait de ne rien laisser paraitre, Lily la lui serra poliment.
– Enchantée, dit-elle.
– Moi de même, Miss Evans. J'ai beaucoup entendu parler de vous.
Mrs Lukas lui adressa un sourire froid qui n'atteignit pas ses yeux. Miss Evans se raidit.
– Claire Lukas tenait à vous rencontrer, dit Mrs Casino sur un ton ennuyé.
– En quoi puis-je vous aider ? s'enquit Lily.
– Je suis la mère de Carla Lukas.
Devant l'air confus de Lily, elle précisa :
– Ma fille Carla était en charge du mariage dont vous avez à présent l'honneur d'organiser par je ne sais quel mystère que j'espère éclaircir aujourd'hui.
Lily rougit. Mrs Lukas ne semblait pas ravie, et ne s'en cachait pas.
– Que voulez-vous dire ? demanda-t-elle, la gorge sèche.
– Ma fille est une amie de longue date de Miss Bell, reprit la grosse femme de sa voix guindée. Elle a même organisé le premier mariage de cette dernière, avec Mr Callender, dix ans plus tôt. J'ai donc naturellement été étonnée que Carla soit remerciée sans aucune raison apparente. J'ai été d'autant plus étonnée que mon agence soit remerciée, et au profit de quoi !
Elle jeta un regard dédaigneux autour du bureau, avant de reporter son attention sur Lily.
– Ou plutôt, au profit de qui.
Lily déglutit.
– Quelle est votre connexion avec Mr Potter ?
– Nous sommes, err, amis.
Mrs Lukas plissa les yeux, l'air clairement dubitatif.
– Très bon amis, même, renchérit-elle d'une voix plus assurée.
– Vous me semblez étonnamment jeune. Quel âge avez-vous ?
– Bientôt vingt et un ans.
– Et depuis combien de temps êtes-vous wedding-planner ?
– Je… euh, je travaille ici depuis moins d'un an, éluda-t-elle en rougissant.
– Combien de mariages avez-vous organisé, jusque-là ? insista Mrs Lukas.
Lily déglutit de nouveau.
– Celui de Mr Potter et Miss Bell sera mon premier.
Mrs Lukas l'observa quelques instants en silence, l'air encore plus mécontente, si c'était possible.
– Expliquez-moi une chose, Miss Evans. Je détiens la meilleure agence d'organisation d'événements de toute l'Angleterre, on fait même appel à mes services pour des mariages étrangers. J'ai plus de dix ans d'expérience. Je suis célèbre, et mon enseigne est synonyme de qualité. Vous, en revanche, n'êtes qu'une sinistre inconnue sans expérience. Expliquez-moi donc pourquoi Elinor et Mr Potter m'ont soudain retiré l'un de mes plus gros contrats de l'année pour la confier à votre agence miteuse ?
Lily en resta bouche bée. Le ton était donné.
Mrs Casino leva un sourcil.
– Changez de ton dans mon bureau, Claire Lukas, aboya-t-elle. Mon agence n'est pas miteuse.
– Elle est en faillite, fit remarquer cette dernière avec dédain.
– Elle ne le sera plus lorsque James Potter m'aura payée, répliqua férocement Mrs Casino.
– Ça n'arrivera pas, si je récupère ce contrat avant, rétorqua Mrs Lukas.
– Je vous l'ai déjà dit, James Potter exige de travailler spécifiquement avec Lily Evans ici présente. Et Lily Evans ici présente travaille pour mon agence. La mienne. Et vous n'y pouvez rien !
– Ah oui ?
Mrs Lukas se tourna vers Lily, un sourire doucereux sur le visage.
– Miss Evans, que pensez-vous de venir travailler dans mon agence ?
Il y eut un silence.
Lily ouvrit la bouche, stupéfaite. Mrs Casino pâlit.
– Qu'est-ce que vous racontez, Claire Lukas ? aboya-t-elle en se levant, l'air paniqué.
– Je propose à Miss Evans un meilleur salaire, de meilleures conditions de travail, un accès à mon carnet d'adresse, ainsi qu'une formation complète que je m'engage à lui dispenser moi-même afin d'en faire une organisatrice polyvalente et compétente.
– Taisez-vous !
– Vous, taisez-vous, espèce de vieille folle, si vous n'êtes pas capable de vous aligner sur mon offre ! Miss Evans… je serai ravie de vous accueillir dans mon entreprise le plus tôt possible.
– Elle n'ira nulle part, vieille chouette !
Lily regarda les deux femmes se disputer, ravie que leur désaccord lui permette de réfléchir à cette alléchante proposition. On lui proposait d'intégrer la meilleure agence britannique, d'être formée par l'une des meilleurs enchanteresses… tout ce dont elle avait toujours rêvé. Comment pourrait-elle refuser ? C'était tout ce qu'elle avait toujours voulu. Tout ce qu'elle avait espéré depuis sa sortie de Poudlard.
– De toute façon, s'impatienta Mrs Lukas, la décision revient à Miss Evans.
Les deux femmes se tournèrent vers elle, Le regard indécis de Lily passa du visage clairement terrifié de Casino à celui conquérant de Mrs Lukas.
– J'ai postulé dans votre agence il y a quelques années, dit-elle finalement à l'adresse de cette dernière. Mais vous aviez refusé ma candidature. Tout le monde a refusé de me laisser une chance, si ce n'est Mrs Casino…
Mrs Lukas fronça légèrement les sourcils.
– Eh bien… Je souhaite plus que tout vous offrir une seconde chance.
Lily garda le silence quelques instants, réfléchissant à toute vitesse. Mrs Lukas avait l'air confiant, persuadée que tout ceci n'était que formalité. Que Lily ne pouvait qu'accepter. Qu'elle ne serait pas assez stupide pour décliner l'offre.
Le regard de Mrs Casino se fit suppliant.
Et Lily, bien que consciente que cela pourrait constituer l'une des pires erreurs de sa vie, et motivée moitié par une tenace rancune et moitié par une loyauté dont elle se serait volontiers passé, finit par se décider.
– Je vous remercie de votre offre, Mrs Lukas, reprit-elle d'une voix aimable. Mais la première qui m'a introduite dans ce domaine, la première à m'avoir donné une chance, c'est Mrs Casino. Le moins que je puisse faire, est de ne pas la trahir. Surtout pas, comme vous le dites si bien, quand son agence est en faillite.
Mrs Lukas et Casino en restèrent bouche bée. Aucune des deux n'en croyait ses oreilles. Comme pour confirmer sa décision, Lily fit le tour du bureau et vint se placer à côté de Mrs Casino.
– Vous… déclinez mon offre ? demanda une Mrs Lukas stupéfaite.
– Mais vous remercie chaleureusement de me l'avoir faite.
Il y eut à nouveau un silence incrédule.
Mrs Lukas éclata d'un petit rire.
– Vous ne pouvez pas faire ça.
– Et pourtant, je me permets de décliner votre aimable proposition.
– Ne soyez pas stupide, Miss Evans. Je ne laisse pas n'importe qui travailler pour moi. C'est là une offre qu'on ne refuse pas.
– Je suis honorée de votre proposition, mais comme je vous l'ai dit, je ne compte pas trahir la confiance de Mrs Casino. En revanche, ajouta-t-elle sans conviction, si après le mariage de Mr Potter et Miss Bell ma candidature vous intéresse toujours, je serai plus que ravie de rejoindre vos équipes.
Mrs Lukas était à présent outrée par le refus de Lily. Mrs Casino ne revenait toujours pas du fait que Lily l'ait choisie.
– Pour qui vous prenez vous ? Vous ne savez pas ce que vous faites, jeune sotte ! Je ne fais jamais deux fois la même proposition.
– Ma réponse reste la même. Je suis navrée que cela vous déplaise.
– Je n'ai pas l'habitude qu'on me dise non, Miss Evans.
– Il n'est jamais trop tard pour changer.
– Je veux récupérer le mariage de Mr Potter et Miss Bell, et vous allez venir travailler avec moi, dit-elle sur un ton impérieux.
Lily leva un sourcil.
– Il me semble vous avoir dit non, dit-elle froidement.
Mrs Lukas plissa les yeux, et son ton devint doucereux.
– Miss Evans, je considère que tous ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi. Je veux, et je vaisrécupérer l'organisation de ce mariage, soyez en certaine. J'ai voulu y aller de la manière douce, avec vous, vous ne pourrez pas dire le contraire.
– Est-ce que vous me menacez ? demanda Lily en croisant les bras.
Elles se défièrent du regard.
– Je vais vous demander vous en aller, à présent, dit Lily d'une voix douce.
Mrs Lukas se leva.
– Vous allez regretter votre obstination, jeune fille.
– Allez-vous-en.
Blême d'avoir été congédiée de la sorte pour la première fois de sa vie, Mrs Lukas tourna les talons et quitta la pièce.
Une fois que celle de l'entrée de l'agence claqua, la tension à couper au couteau s'estompa dans la pièce. Lily respira profondément, avant de se diriger à son tour vers la sortie, mais Mrs Casino l'interpella avant qu'elle n'atteigne la sortie.
– Je suis très touchée par ce que vous venez de faire, Lily Evans.
Sa voix tremblait légèrement. Mal à l'aise, la jeune femme feignit de ne pas voir que Mrs Casino s'essuyait les yeux avec le manche de sa robe de sorcière.
– Oh… Je suis très touchée par ce que vous avez fait pour moi jusque-là.
Ce n'était pas beaucoup, mais c'était toujours beaucoup plus que tout ce que les autres lui avaient offert. Mrs Casino renifla, et Lily décida qu'il était temps de larguer les amarres.
– Euh, je vais retourner travailler, si vous le permettez, bafouilla-t-elle en s'éloignant précipitamment.
Elle passa devant ses collègues, qui la regardaient avec un air admiratif assez flatteur, et regagna son bureau dans l'idée de se remettre de ses émotions et de réfléchir à sa décision. Mais à peine s'eut-elle laissé choir dans son fauteuil qu'on frappa à la porte.
– Oui ? dit-elle d'une voix craintive.
La porte s'ouvrit, et Nathan s'engouffra dans la pièce. Lily se redressa aussitôt, sur la défensive, mais ce dernier lui adressa un petit sourire amical.
– Euh… oui ? demanda-t-elle, à la fois méfiante et surprise par son attitude avenante.
– Je ne te dérange pas, j'espère ? J'aurais voulu te parler une minute, si tu veux bien.
– OK, agréa-t-elle après une courte hésitation.
Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui vouloir ? Elle se retenait de froncer les sourcils, tandis qu'il s'installait dans le fauteuil en face d'elle.
– Je voulais te remercier, pour ce que tu as fait pour Mrs Casino, et pour son agence, débuta-t-il d'une voix solennelle.
– Oh…
C'était donc ça.
– Elle m'a déjà remerciée, répliqua-t-elle d'une voix plus sèche qu'elle ne l'avait souhaité.
– Je sais, mais je tenais à le faire aussi. Merci, vraiment, du fond du cœur. Si tu avais accepté, ç'aurait la fin de La Bonne Fée. Tu nous as probablement sauvé nos emplois à tous. Et tu ne nous devais rien. Au contraire. Je… Tu es vraiment une personne extraordinaire, Lily. Merci pour tout.
– Heu, merci alors, dit-elle d'une voix quelque peu gênée.
– Tu me remercies de te remercier ? demanda-t-il sur un ton amusé.
– Non… Oui… De rien, conclut-elle maladroitement.
Il y eut une petite pause.
– Mrs Casino a pleuré, lorsque j'ai annoncé que j'allais rester, dit-elle avant d'avoir pu se retenir. Je ne la pensais pas attachée à l'agence. Je veux dire… elle ne m'a jamais parue très investie dans l'affaire, ni passionnée.
– C'était l'agence de mon oncle, expliqua Nathaniel. Ma tante n'était pas du tout intéressée par ce domaine, elle n'avait jamais travaillé avant, n'a jamais rien géré. Mais lorsque mon oncle a eu son accident et est tombé dans le coma il y a quelques années, elle n'a pas voulu vendre ce qu'il avait bâti toute sa vie et a pris la relève.
Lily ne put s'empêcher d'être touchée.
– Oh… J'ignorais tout ça. Mais je suis d'autant plus contente de l'avoir aidée.
Nathan sourit, puis se massa nerveusement la nuque.
– Je… Ecoute, Lily, j'y pense depuis quelques jours… Je sais que ça a été difficile entre nous ces derniers temps, et je sais que j'ai été très con, mais si tu le veux bien, j'aimerais qu'on reparte sur de bonnes bases.
Il lui tendit la main en signe de paix, mais la jeune femme ne put s'empêcher de lui jeter son regard le plus méfiant.
– C'est-à-dire ?
– Comment ça, « c'est-à-dire » ? s'étonna-t-il.
– La dernière fois que je t'ai proposé d'aller de l'avant, tu m'as avoué ressentir le besoin de me… quel est le terme que tu as utilisé, déjà ? Ah oui : de me « punir », pour ce qui s'est passé entre James et moi.
– C'était une façon de parler, s'impatienta-t-il.
– Je ne crois pas, admit froidement Lily. Tu es rancunier. Je ne sais pas où est-ce que la colère que tu ressens pour moi est supposée s'être envolée, mais je ne te crois pas capable de faire table rase de ce qui s'est passé gratuitement.
– Et pourtant, c'est ce que j'ai fait.
– Du jour au lendemain ? Tu m'excuses si je ne me sens pas vraiment rassurée.
Il se pinça les lèvres.
– Tu ne me facilites pas les choses... Je veux dire ce que je veux dire par « repartir sur de bonnes bases. » Je suis sincère. Qu'est-ce que je peux faire, pour que tu me croies ?
Lily croisa les bras.
– Simplement me présenter des excuses sincères. C'est tout ce que je demande.
– Des excuses ? s'indigna-t-il.
– Si tu es réellement sincère, ça ne devrait pas te poser de problème.
Il serra les poings.
– Tu es celle qui m'a trompée avec Potter. Et trois fois !
– Et je t'ai présentée des excuses pour cela, siffla Lily. Plus de trois fois, pendant des semaines. En revanche, toi, tu ne t'es pas excusé une seule fois pour m'avoir traitée de tous les noms et pour avoir tout fait pour me rendre la vie difficile à l'agence. Et j'estime que tu m'en dois. Tu m'as causé du tort, et j'aimerai que tu le reconnaisses
Le visage de Nathan se ferma. Lily eut un petit sourire triste.
– T'as toujours rien compris, n'est-ce pas ? dit-elle lentement.
Elle le regardait avec un air si désolé, qu'il se sentit décontenancé. Ses poings se desserrèrent, ses épaules s'affaissèrent.
– Nathan… si tu veux vraiment qu'on passe à autre chose, il te faudra comprendre que tu as également des torts. Ni toi ni moi ne sommes blanc ou noir dans cette histoire. Reviens me voir quand ce sera le cas, le congédia-t-elle d'un ton sans réplique. Quand tu auras accepté de me pardonner, et que tu voudras que j'en fasse de même.
Le visage indéchiffrable, il se leva et se dirigea vers la porte. Lily se replongea dans ses brochures, mais releva la tête en n'entendant pas la porte s'ouvrir. Nathaniel se trouvait toujours dans la, figé devant le panneau, la main sur la poignée, visiblement en proie à une intense réflexion.
Il finit par se retourner, et revint lentement s'asseoir devant la rousse, qui le regarda le visage fermé.
– Tu as raison, concéda-t-il au bout d'une pause. J'ai agis comme un imbécile ces derniers temps, c'est vrai. J'étais tellement aveuglé par la colère que j'ai dit des choses que je regrette, même si tu ne le vois pas… et que j'ai fait des choses que je n'aurais jamais faites si te perdre ne m'avait pas été insupportable. Si je n'avais pas été si amoureux de toi, si je n'avais pas cru si fort en notre avenir.
Il s'interrompit, passa nerveusement une main dans les mèches châtaines qui retombait gracieusement de part et d'autre de son visage, avant de plonger ses yeux dans ceux de Lily.
– Ma démarche est sincère, même si je suis maladroit, reprit-il. Lily… j'aimerai juste qu'on tourne la page. J'ai mis plus de temps que toi, mais je suis prêt maintenant. Tu as raison de dire qu'on a tous deux une part de responsabilités dans ce qui s'est passé. Et c'est pour ça que je t'accorde mon pardon… et que je te demande le tien. Une fois de plus.
Il tendit à nouveau la main, et attendit, mais Lily n'esquissa pas le moindre geste. Au contraire, elle le regardait toujours avec incertitude et suspicion, comme si elle s'attendait à ce qu'il se montre agressif une fois de plus.
Nathan sembla comprendre qu'elle attendait plus de lui.
– Je suis désolé pour tout ce que j'ai bien pu te dire ou faire et qui ait pu te blesser, dit-il enfin. Je comprends que j'ai mal réagis, mais je ne souhaite rien de plus que de regagner ta confiance et ton estime. Tu restes très importante à mes yeux. Et on est collègues. Et on était amis avant de sortir ensemble et… j'aimerai juste retrouver un peu de ce qu'on avait avant. Ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais je suis certain qu'on y arrivera.
Il semblait sincère, assez pour que le tendre cœur de Lily soit touché, et qu'elle accepte de lui serrer la main.
Il sourit, largement, et elle ne put s'empêcher de le lui rendre.
Note de l'auteur :
Je tiens à vous rassurer que cette fic EST une JILY. Parce que je n'aime que les happy endings, James et Lily finiront ensemble et heureux. Il y en aura beaucoup beaucoup beaucoup plus d'interaction entre les deux dès qu'ils seront réunis, plein d'amûûûûûr (et d'autres trucs, mais principalement de l'amûûûûûr) que j'ai hâte que vous lisiez ! *clin d'œil complice*
Ce chapitre (18) comme le précédent est l'un des rares de toute l'histoire où James et Lily ne se croisent pas. Désolée pour ce vide, mais Lily ne réfléchit pas quand James se trouve dans le coin, et James est moins concentré sur l'enquête. Et je sais que c'est pas évident mais tout ce qui vous parait comme un détour ne fait que les rapprocher ! *clin d'œil complice*
Donc voilà, certains m'ont fait part de leurs inquiétudes, mais rassurez-vous, j'ai l'air cinglée mais je sais ce que je fais, et je suis certaine que vous aimerez ! *clin d'œil complice* Simplement, je voulais une histoire d'amour bien compliquée, pleins de mystères, et je souhaitais développer les personnages de manière crédibles. Je suis désolée pour ceux et celles qui s'impatientent, et je vous assure avoir fait toutes les ellipses possibles (par exemple, j'ai renoncé à raconter la rencontre Felix/Lily).
James va-t-il réagir à l'article ? Nathan est-il sincère ? Que veulent dire les menaces de Mrs Lukas ? Que projette Elinor ? Lily fait-elle bien de rester à LBF ? Mrs Potter saura-t-elle un jour qui lui a piqué son orchidée ?
Et surtout…
ET QU'EST-CE QUE TOUT ÇA A PUTAIN D'AVOIR AVEC LE JILY QUE VOUS ATTENDEZ TOUS ?!
Reviewez ! *clin d'œil complice*
Merci à Malilite, Sheshe13 & Chevalier du cat! *clin d'œil complice*
Edit: Promis, pour me faire pardonner l'absence de JILY, je mettrai à jour mardi ET dimanche, cette semaine!
