Note de l'auteur :
Alors, en lisant ce chapitre, vous allez comprendre pourquoi je l'ai si "généreusement" posté si vite. Je m'en excuse d'avance, c'est également un chapitre (le dernier, promis) ou il n'y a pas de Jily. Car c'est la seconde partie d'un chapitre ou il n'y avait pas de Jily de prévu, vu que je voulais le concentrer sur les mystérieux Bell.
Bref, cf la note en bas de page.
Je suis désolée s'il y a de grosses coquilles, car je suis tellement fatiguée que j'ai bien peur de ne pas être capable de voir les erreurs.
Bonne lecture quand même!
CHAPITRE 19: Carte mère (2/2) – JAMES
ELINOR FERMA LES YEUX, et laissa échapper un petit gémissement de plaisir.
– J'ai l'impression d'être au Paradis, murmura-t-elle.
Son fiancé, las de l'entendre se plaindre de ses jambes enflées, la massait avec une délicatesse qui la détendait comme elle ne l'avait pas été depuis longtemps. James aimait la voir aussi paisible, surtout avec les récents événements.
En apprendre plus sur son passé n'avait fait qu'augmenter la compassion qu'il avait pour la jeune femme.
Elle était si jeune, et avait déjà tellement traversé, et tant d'obstacles l'attendaient encore. Et il ne souhaitait rien de mieux que de l'épauler, de la sauver.
– On t'a déjà dit que tu massais extraordinairement bien ? marmonna Elinor en entrouvrant un œil, l'arrachant ainsi de ses pensées.
James sourit.
– Oui… plusieurs fois…
Sa voix se fit lointaine, et elle sembla deviner qu'il pensait à Lily puisqu'elle feignit d'avoir de petites contractions, ce qui eut pour effet de distraire automatiquement James.
– C'est rien, le rassura-t-elle alors qu'il s'apprêtait à se lever.
James soupira.
– Tu espères avoir quoi, d'ailleurs ? Une fille, un garçon, ou les deux ?
Elle haussa les épaules, clairement désintéressée.
– Qu'importe. Les bébés se ressemblent tous de toute manière.
– Tu les trouves pas mignons ?
Elle esquissa une grimace.
– Franchement, non. Mais j'ai été une exception, bien entendu. Et Al aussi était pas mal.
– J'aimerai bien voir ça.
– Bien sûr ! Je crois que les albums sont dans le salon, en revanche.
James alla rapidement les chercher.
Même si en journée les Belange désertaient la maison, il n'était jamais rassuré de laisser Elinor seul. Lorsqu'il retourna dans la chambre, Elinor l'attendait avec une lueur excitée dans les yeux.
– Ah... passes-moi le grand noir, là, s'il te plait !
James lui tendit celui qui semblait être le plus ancien des albums, dont elle feuilleta rapidement les pages.
– Ça, c'est moi bébé.
Elle montra la photographie d'un poupin blond aux yeux trop grands pour son visage.
– C'est vrai que t'étais adorable, concéda James.
Elinor tourna quelques pages, et s'arrêta sur une photo d'elle adolescente tenant fièrement un bambin endormi dans ses bras.
– Et là, c'est Al. Il n'est pas juste super mignon ? Pas autant que moi, mais il se défend bien.
Le petit Al ressemblait énormément à Elinor bébé, ce qui rendit une nouvelle fois James confus. De plus…
– Tiens, il était blond à la naissance, remarqua-t-il en fronçant les sourcils.
– Oui, ses cheveux ont foncé un peu plus tard, expliqua Elinor.
James acquiesça et tourna son attention sur les photographies. Il poserait ses questions plus tard…
– La c'est encore Al...
Le petit garçon avait déjà quelques mois de plus, et semblait tout droit sorti d'une fresque de Michel-Ange.
– C'est quand même dingue comme il te ressemble, commenta James, l'air de rien.
– Bah, c'est mon frère après tout. C'est normal ?
– Si tu le dis, dit-il sur un ton peu convaincu.
Il ne s'expliquait toujours pas pourquoi Alioth et Elinor étaient si semblables alors qu'ils n'étaient que demi-frères…
L'album était principalement constitué de photos des premières années d'Elinor et d'Alioth, et James, bien que rapidement ennuyé, feignit de s'intéresser aux dizaines de photographies que sa fiancée désignait.
C'était dans l'espoir de percer le mystère du trou de mémoire de sa fiancée, que James encourageait subtilement ses accès de logorrhée verbale – bien qu'Elinor, qui n'aimait rien de mieux que de parler d'elle-même, n'en avait pas réellement besoin. Elle parlait, et parlait, et parlait encore plus que d'habitude du fait de l'oreille inhabituellement attentive de James
Il ne savait pas vraiment ce qu'il espérait de ces discussions, mais était persuadé qu'il lui était primordial de mieux connaître la vie d'Elinor. Il sentait que son passé oublié avait un lien avec la mort de Lee, et cherchait désespérément le moindre indice pouvant l'aider à résoudre le mystère.
Jusque-là, excepté des maux de tête et de sérieuses envies de bâillonner Elinor, sa technique ne semblait pas porter ses fruits.
– Olala, regarde cette photo ! s'exclama-t-elle en désignant une photo où Mrs Bell la serrait dans ses bras, sortant James de la douce torpeur dans laquelle il s'était réfugié.
– Gné ?
– C'était le jour où j'ai reçu les résultats des ASPICs, et on avait fait un grand repas. Comme je parais grosse à côté de Mère !
En effet, sans être grosse, Elinor était plus en chair qu'il ne l'avait jamais vue.
– Ah ouais, t'étais une petite patate toi !
Elinor lui donna un petit coup, et continua à feuilleter l'album.
– T'as des photos de tes grands parents ? demanda-t-il, frappé par une inspiration soudaine.
– Hmm. Sûrement...
Elle saisit un autre album, dont elle se mit à tourner les pages avant de s'arrêter devant la photographie d'un vieux couple ridé et souriant au milieu duquel une petite Elinor soufflait des bougies d'anniversaire.
– La c'est grand-père Piers et grand-mère Olive. Les parents de mon père. Je ne les ai pas connus très longtemps, ils sont morts peu de temps après que j'ai emménagé ici. En fait, le seul souvenir que je garde d'eux était qu'il pétait à table et qu'elle avait du poil au menton.
James pouffa de rire.
– Tu as des cousins ?
– Non… Ma famille du côté de père est assez restreinte, reprit Elinor en tournant les pages. Père a deux sœurs, mais le genre de ceux dont on ne parle pas, si tu vois ce que je veux dire. Elles sont décédées en mon absence, de toute manière, et ont été enterrées avant même que la lettre me parvienne au Danemark.
– Et du côté de ta mère ?
Elle haussa les épaules.
– Je ne crois pas non plus. Elle ne parlait pas beaucoup de sa famille, en fait. On était souvent toutes les deux.
Ils continuèrent à regarder les photos, jusqu'à ce que James s'arrête sur celle d'une très belle femme en tenue d'écolière, bras dessus bras dessous avec une autre femme qui aurait pu être la copie d'Elinor.
– Là, je reconnais ta mère, mais là, c'est qui ?
Elinor sourit.
– Tu la connais, pourtant.
James plissa les yeux et se tortura les méninges, mais la jeune beauté méditerranéenne ne lui disait absolument rien.
– C'est Marion il y a trente ans environ, révéla Elinor avec un sourire, tu ne la reconnais pas ?
– Woaw, c'est Marion ? Elle est carrément canon ! s'exclama James en écarquillant les yeux.
Elinor lui donna une tape dans l'épaule.
– C'est ma mère ! Arrête de la reluquer !
– Je ne la reluque pas… j'admire.
Elle roula des yeux, un sourire aux lèvres.
– Donc tes deux mères se connaissaient ? dit James, qui trouvait cette information intéressante.
– Très bien, même. Elles étaient inséparables. Marion est aussi ma marraine, même si elle ne me souhaite pas tout le bien du monde en ce moment.
Elle se pinça les lèvres.
– Et tu avais un parrain ? poursuivit James.
– Oui, Dom, dit-elle avec un sourire triste. C'était aussi l'un des meilleurs amis de ma mère. Il ne venait nous rendre visite qu'à Noël, mais il a toujours été la figure paternelle de référence
Elle tourna les pages, et lui désigna la photo d'un homme d'une trentaine d'année très souriant et très séduisant. Il ressemblait de manière frappante à Marion, à l'exception du fait que ses cheveux n'étaient pas châtain mais noirs de jais.
– Dom Belange, je suppose ?
Il avait toujours pensé que la fratrie consistait uniquement en Marion et Jacob.
– Oui, l'aîné de la fratrie, expliqua Elinor avec un sourire triste.
– Tu ne m'as jamais dit qu'il y avait quelqu'un d'autre.
– Parce qu'il est mort, révéla-t-elle. Mais de toute manière, on ne parle pas beaucoup de lui. Même prononcer son nom est un peu tabou.
James fronça les sourcils.
– Pourquoi ?
Elle secoua la tête.
– Je ne sais pas… peut-être que sa mort est encore un sujet un peu sensible. C'était un peu brutal. Tout le monde l'aimait beaucoup.
– Tu sais de quoi il est mort ? demanda James.
De nouveau, elle secoua la tête.
– Pas précisément. Tout ce que je sais est que c'est arrivé pendant que j'étais malade – je suis restée alitée pendant plusieurs semaines juste après ma dernière année de Poudlard. Oncle Jacob, Dom et moi avons attrapé une maladie violente lors de nos vacances au Pérou, mais Dom a été le seul à en mourir. Quoi qu'il en soit, je n'ai appris son décès qu'une fois guérie…
Ils tombèrent dans un silence aux allures de recueillement, au bout duquel James commenta avec plus de légèreté :
– Il n'est pas mal non plus. Canon, même.
Elinor le frappa de nouveau.
– C'est mon oncle, arrête de le reluquer. Ou de l'admirer.
Elle regarda de nouveau la photo.
– Même si je dois avouer qu'il était canon. Toutes mes copines le trouvaient très beau, et je suis sûre que c'est dans l'espoir de le croiser qu'elles ont toutes voulu s'inscrire dans mon club de Bonnes Manières. Parfois, quand elles étaient sages, je m'arrangeais pour qu'elles s'attardent assez pour le croiser torse nu quand il jardinait.
James eut un petit rire.
– Tu animais un Club de Bonnes Manières ?
– Oui entre autres, pendant les grandes vacances principalement. Heidi était la seule à ne pas venir de son plein gré, et ses parents devaient toujours s'assurer qu'elle ne s'enfuie pas.
Elinor fronça les sourcils, et son regard devint légèrement vitreux.
– Il s'appelait Dominic, je suppose ? demanda précipitamment James, afin d'attirer son attention.
Elinor cligna des yeux.
– Excuses moi ? demanda-t-elle, visiblement confuse.
– Je te demandais si Dom était le diminutif de Dominic.
– Non… d'Adam, en fait. Je n'ai jamais su pourquoi on le surnommait comme ça.
James resta pensif.
– Il ressemble plus à Marion qu'à Jacob.
Dom et Jacob avaient un indéniable air de famille, mais quand l'un semblait incarner à lui seul la définition du mot « cool », l'autre faisait froid dans le dos.
– Oui, dit Elinor avec affection. Il s'entendait très bien avec ma mère, mais était diamétralement opposé avec Oncle Jacob sur pratiquement tous les points. En fait… ils se détestaient, et je n'ai jamais su pourquoi non plus…
ELINOR IGNORAIT L'ORIGINE de ce soudain intérêt chez James pour sa vie, mais en attribuait la cause au fait que Lily ne soit plus dans les parages pour le distraire. Après tout, avant qu'il ne tombe sur elle dans ce fichu bar, James et elle avaient l'habitude de discuter pendant des heures.
Leur relation avait beaucoup changé depuis ce temps-là, le tournant décisif ayant été le jour où elle l'avait quitté en pleine nuit et boudé pendant un mois. Leur séparation semblait avoir renforcé leur lien, l'avoir rendu plus authentique, et le fait qu'il la soutienne malgré le fait que tout le reste de la famille la soupçonne de la plus vile infamie avait décuplé la confiance et l'affection qu'elle avait pour lui. Autour de lui, elle pouvait être la vraie Elinor, celle que peu de personnes connaissaient.
Et depuis qu'il se montrait attentif quand elle parlait, elle ne pouvait s'empêcher de croire qu'elle était fiancée au meilleur homme de l'univers.
A son insu, James guidait son fil de parole par de subtiles questions posées avec l'air le plus innocent dont il était capable. Elinor avait une mémoire surprenante, se souvenait de discussions entières – au grand désespoir du jeune homme, parfois, surtout lorsqu'elle lui racontait ses disputes avec ses pseudo-amies de la bonne société.
Souvent, elle le faisait rire, comme le jour où elle lui raconta s'être cassée les deux dents de devant en essayant d'impressionner Amos Diggory par des pirouettes sur un lac pas si gelé que ça, ou quand elle lui avoua avoir laissé échapper un mortifiant et interminable rot lors de son premier rendez-vous amoureux.
D'autres fois, elle l'émouvait, comme lorsqu'elle lui raconta que sa meilleure amie étant enfant avait été feu son Elfe de Maison Hebbi, ou comment Mrs Bell l'avait toujours traitée comme sa propre fille.
Etant une digne Lady, elle ne pleurait jamais, mais sa voix chevrotait quelque peu lorsque le nom de sa mère était évoqué. Elle se remémorait sa vie auprès de Jonathan avec une certaine nostalgie, parlait de ce dernier avec une douceur dont elle n'aurait pas été capable un an plus tôt, et parvenait même à parler de ses anciens beaux-parents sans les comparer à des bouses de vaches.
Elle ne pouvait s'empêcher de se vanter des succès de ses différentes expositions d'art et de ses ouvrages, de sa connexion avec de grandes personnalités Danoise dont le nom n'évoquait rien chez James, et des nombreuses demandes de mariage qu'elle avait reçues jusque là – et, au grand déplaisir de James, qu'elle semblait continuer à recevoir.
En revanche, elle ne parlait jamais ni de Brenitte, ni de Jacob, ni d'Arthur.
De ses plus tendres années aux saisons précédentes, sa mémoire se révéla infaillible, si bien que James commença à se demander si Mrs Robin ne s'était pas trompée.
Jusqu'au jour où il lui demanda une simple question, à laquelle elle se révéla incapable de répondre.
Comment as-tu rencontré Jon ?
Elinor subit sa plus longue absence, et James comprit qu'il avait trouvé son point de repère.
Il eut un récit de la rencontre par Heidi, et ce n'était pas un secret. Jonathan avait été chargé par Mr et Mrs Callender de veiller à ce que sa sœur se rende bel et bien aux cours de bonnes manières qu'Elinor dispensait pendant les grandes vacances, et il était inévitablement tombé amoureux de la sublime professeure, si bien que même lorsqu'Heidi tenta de le corrompre assez généreusement pour qu'il lui permette d'aller chez son petit-ami au lieu de perdre son temps à apprendre à marcher droit, il refusa.
Ce qui était étrange, cependant, c'est qu'Elinor n'avait jamais témoigné le moindre intérêt pour Jonathan. Ce dernier, tout comme sa sœur, n'était pas un Apollon quand la belle blonde avait l'embarras du choix. Et puis elle tomba malade, resta alitée pendant plusieurs semaines pendant lesquelles Jonathan la visita chaque jour, et réalisa à son rétablissement qu'il était l'homme de sa vie, avant même qu'il n'hérite du domaine familial par son grand-oncle Hugh, ce qui aurait pourtant pu expliquer le brusque revirement de la jeune femme. Ils s'étaient mariés peu après, s'étaient installés à l'étranger et avaient prévu d'avoir beaucoup d'enfants.
Et de ça, Elinor s'en souvenait très peu.
Et James réalisa que ses souvenirs devenaient brumeux autour de sa maladie. James parvint à délimiter tant bien que mal une année entière, entre ses seize et dix-sept ans, où elle se montrait incohérente et imprécise dans son discours.
Elle ne se souvenait même pas pourquoi elle était malade.
Ses migraines se faisaient si violentes lorsque James tentait de l'interroger qu'il dut se résoudre à retenir ses questions. Heidi se montrait inefficace pour une fois : elle détestait Elinor à l'époque, et ne lui prêtait aucune attention.
James était persuadé qu'Arthur aurait pu lui en dire plus sur le sujet, mais il n'était toujours pas de retour à Shortbourne. Le rideau de fer de son garage restait tristement baissé, malgré l'indignation des villageois. Elinor avait toujours l'air contrarié lorsqu'il leur arrivait de passer devant le magasin, bien qu'elle ne dit jamais un mot trahissant son désarroi.
Travailler chez les Bell était aussi angoissant que dangereux. Aussi, le personnel humain de la maison (qui consistait d'un jardinier, d'un cuisinier, d'un palefrenier et de la secrétaire personnelle de Mrs Bell) était régulièrement changé. Ceux qui étaient là depuis plusieurs années appliquaient la règle n°1 lorsqu'on voulait survivre autour de Mr Bell : ne jamais parler de ce dont on a été témoin. James cessa de les presser lorsque plusieurs d'entre eux se mirent à le supplier – certains, à genoux – de ne plus les interroger. Même Wiksy, l'elfe dévoué d'Elinor qui souriait d'une oreille à l'autre à chaque fois qu'il voyait James, refusait catégoriquement d'aborder le sujet. James dut la stupéfixer pour l'empêcher de s'éclater le crâne contre le mur lorsqu'il le questionna pour la première fois, et depuis, Wiksy s'enfuyait sans demander son reste dès qu'il apparaissait dans son champ de vision.
James obtint cependant quelques réponses à ses questions, et ce, de la part de la personne dont il s'attendait le moins : le taciturne Tom.
Travailler aussi étroitement avec Tom avait permis aux deux hommes de se connaître mieux, et même de commencer à s'apprécier. Bien que diamétralement opposés sur beaucoup de choses, il se découvrirent une passion commune pour les jeux de plateau, et James, qui excellait plus particulièrement aux échecs, gagna le respect et la considération du factotum qu'il ne manquait jamais de vaincre.
Une après-midi, saturés par les informations dont ils tentaient désespérément de percer le secret, James proposa à Tom de reprendre leur partie d'échec de la veille. Ils se trouvaient sur le balcon de la chambre
James posa la question qui le tiraillait, et Tom, soudain tendu, lui donna la plus étonnante des réponses.
– Miss Elinor n'est pas tombée malade.
James cligna des yeux.
– … Pardon ? demanda-t-il sur un ton incrédule.
Tom se recala dans son fauteuil, le regarda avec un air grave.
– Elle n'est jamais tombée malade. On a tenté de la tuer.
Il y eut un long silence.
– Que... Quoi ?
Tom alluma tranquillement un cigare, avant de continuer d'une voix neutre.
– Dix années plus tôt environ, un groupe de personnes ont profité du fait que Mr Bell et moi étions en mission afin de pénétrer dans la maison, visiblement avec l'intention de s'en prendre à Miss Bell et à Master Alioth. Dom Belange – le fils ainé de Mrs Belange – est mort en protégeant Miss Bell, et Jacob a été grièvement blessé.
James en resta bouche bée. Avec l'aide de Sirius, il avait pourtant écumé toutes les affaires ayant trait aux Bell sans jamais avoir entendu parler de cette affaire.
– Mais qui ? demanda-t-il enfin d'une voix confuse. Et… pourquoi ?
Le front du factotum se rida.
– J'ai beaucoup de théories et peu de faits avérés, admit-il. Qui, pour qu'elle raison, pourquoi s'attaquer à une jeune femme de dix-sept ans fraichement diplômée de Poudlard? Je n'ai jamais su.
– Qu'est ce qui s'est passé ? s'exclama James.
– Plusieurs personnes se sont introduits à Shortbourne la nuit avec la ferme intention de se débarrasser des deux enfants. Miss Bell s'est défendue comme elle pouvait, mais elle était seule contre au moins trois personnes. Les deux frères sont intervenus juste avant que les assaillants ne lui donnent le coup de grâce. Une grosse bagarre s'est ensuivie, avec les pertes que nous connaissons, et les attaquants ont pris la fuite lorsque Mrs Belange et sa mère sont venu prêter main forte.
James secoua la tête.
– C'est dingue !
– En effet. Cependant…
– Cependant ?
Tom sembla hésiter.
– Ceci est la version de Mrs Belange. Si Mrs Bell corrobore cette histoire aujourd'hui, elle a longtemps été trop choquée par ce qui s'est passé pour avoir un discours très incohérent. Elle était très proche de son frère, et sa mort lui a presque fait perdre la raison.
– Et Jacob ?
Tom haussa les épaules.
– Il a raconté la même chose que Mrs Belange.
James lui jeta un regard curieux.
– Qu'est-ce qui vous fait dire qu'il y a quelque chose d'étrange, alors ?
– Un pressentiment. Et puis, je me méfie toujours de tout ce que dit Mrs Belange. Sans compter qu'à l'exception de Grégoire et de moi-même, toutes les personnes travaillant ici ont disparu. Si vous voyez ce que je veux dire.
James fronça les sourcils.
– Je croyais que Dom Belange était la seule victime ? s'étonna-t-il.
– De l'attaque, oui. Mais les autres se sont soit volatilisés dans la nature, soit ont eu d'étranges accidents qui portent la marque de Jacob. Ça fait vingt ans que je travaille avec lui, je sais reconnaître sa signature. Même l'Elfe de maison a disparu.
James resta pensif. Pourquoi est-ce que Jacob se débarrasserait-il de tous ces témoins ? Et s'agissait-il d'une initiative personnelle, ou agissait-il sur ordre ? Et sur ordre de qui ?
Cette histoire était de plus en plus dingue…
– Miss Elinor non plus ne se souvient pas de ce qui s'est passé, poursuivit Tom. Elle a dû recevoir un mauvais coup, car elle a perdu beaucoup de souvenirs autour de cette période.
James hésita à lui dire que sa mémoire avait été altérée, mais quelque chose qu'il n'arrivait pas à déterminer le dissuada de partager cette information. Pourtant, il faisait entièrement confiance à Tom, et était encore plus certain de sa loyauté depuis qu'ils avaient commencé à développer cette timide amitié.
Cependant, sa langue resta obstinément gluée dans sa bouche.
– Elle était encore très faible lorsque je suis revenu de ma mission, continua le factotum, et se remettait d'un long combat. Comme vous le savez, Mr Bell refuse catégoriquement d'avoir le moindre contact avec les organismes officiels, donc se rendre à Sainte Mangouste était impensable. Le Ministère n'a même pas été mis au courant de l'affaire, et Elinor a dû se rétablir ici à Shortbourne. Si Mrs Bell n'avait pas été présente au moments des faits, ni après d'ailleurs... Elle lui a sauvé la vie.
– Mrs Bell ? s'étonna James. Elle a des connaissances en Médicomagie ?
Tom leva un sourcil.
– Mrs Bell était Guérisseur avant d'épouser Mr Bell.
James en resta bouche bée.
– Je ne savais pas.
Et c'était définitivement quelque chose d'intéressant.
– Dom, la mère de Miss Elinor Tara, Marion et moi avons fait nos études à peu près à la même période. Je n'ai jamais été proches des filles, mais Dom et Tara étaient les meilleurs amis du monde. Lorsque Tara est tombée malade, il a supplié Marion de s'occuper d'elle et d'Elinor, et elle les a suivis à Shortbourne lorsque Mr Bell les a fait emménager dans la maison. C'est d'ailleurs comme ça qu'elle a rencontré Mr Bell. Elle s'est occupée de Tara jusqu'à ses derniers instants.
– Je vois.
– C'était un très bon Guérisseur. Elle a maintenu Tara en vie plusieurs années au-delà de son espérance de vie. Elle a cessé toute activité depuis.
Son cerveau tentait d'analyser le flot d'information, d'établir des connections, de tirer des conclusions, de mettre à jour ses soupçons.
Mrs Bell était un Médicomage… Cela la mettait évidemment sur la liste des suspects qui avaient altéré la mémoire d'Elinor, sur le haut de la liste même. Mais pourquoi aurait-elle fait une chose pareille ? Pour lui épargner l'horreur du souvenir de l'attaque ?
Et Marion qui s'était occupée de Tara jusque son dernier souffle… de quoi était morte Tara ? Il n'avait jamais posé la question, mais Tom semblait suggérer une maladie. Se pouvait-il qu'il y ait autre chose à découvrir ? Marion avait-elle contribué à la survie de Tara, où l'avait-elle raccourcie ? Devenait-il paranoïaque ?
Il savait bien évidemment que Dom et Tom étaient amis, et, au vu de la chaleur avec laquelle le factotum en parlait, c'était une personne qui avait été très aimée. Tout comme Marion, il semblait aux antipodes de Jacob.
Jacob qui avait mis en danger sa vie pour défendre Elinor… James n'aurait jamais pensé ressentir pour ce pervers autre chose que du dégoût.
L'attaque, justement… Le fait qu'Elinor et Alioth en aient été la cible lui faisait sentir que ça avait un rapport avec son enquête. Si cela remettait certaines de ses théories en questions, cela en renforçait d'autres.
Et pourquoi Jacob se débarrasserait-il du personnel ? Les Bell ne recrutaient que d'inoffensifs et loyaux Cracmols qui observaient strictement la règle d'or pour ne pas sortir de Shortbourne les pieds en avant : ne jamais parler de ce qui se passait entre les murs de la maison. De plus, l'attaque avait eue lieu de nuit, et aucun d'entre eux ne restait jamais dormir à Shortbourne. Tom était le seul d'entre eux vivant à Shortbourne. Même l'Elfe de maison, qui était pourtant la plus loyale des créatures, n'avait pas été épargnée…
Les tuer ne présentait aucun intérêt aux yeux de James. A moins qu'ils aient été témoin de quelque chose d'antérieur ayant un rapport avec cette fatale nuit ?
Tout ceci était dingue.
Tom bougea une tour sur le plateau de jeu, avant de murmurer :
– J'ai fait une promesse à Tara avant sa mort. Celle de veiller sur sa fille. J'ai déjà failli une fois, ça ne se reproduira pas.
JAMES PASSA LE RESTE DE la journée (qu'Elinor, de plus en plus épuisée à mesure que sa grossesse arrivait à terme, avait passé à dormir) à ressasser les informations de Tom.
Tara, Marion, Elinor, Al, l'attaque dix ans plus tôt…
« Miss Bell était entièrement prise en charge par mon prédécesseur depuis sa plus tendre enfance… Elle est décédée dans un incendie une dizaine d'années plus tôt, et il ne reste plus rien de ses affaires personnelles ou de ses dossiers professionnels. »
Dix ans plus tôt.
« Il y a dix ans, quelqu'un a profité du fait que j'étais en mission pour Mr Bell pour tenter de se débarrasser de Miss Elinor. »
Cela semblait être la clé de beaucoup de mystères.
« Vous n'avez aucune idée de ce dont mon mari est capable pour s'assurer un héritier. Vous pouvez être certain que si ma mère a raison, qu'il y a au moins un garçon parmi ces enfants, et qu'Alioth se révèle être une déception, il ne reculera devant rien pour les récupérer. »
Il n'aurait jamais pensé avoir à remonter aussi loin pour percer le secret de la mort de Lee, mais avait senti qu'il y avait un lien depuis que Mrs Robin lui avait confié les manipulations de la mémoire d'Elinor.
Le fait que cette dernière et Alioth aient été visés semblaient confirmer ses doutes.
Son cerveau bouillonnait d'idées et de suppositions, et il avait hâte de rentrer chez lui afin de mettre de l'ordre dans ses idées.
Après le dîner, James prit congé de la famille. Il avait l'habitude de transplaner après avoir franchi la grille de la maison, qu'il s'apprêtait à franchir lorsque son regard fut attiré par le jeune Elfe des Bell, Wiksy. Cette dernière arrosait les plantes embellissant la devanture de la maison avec application.
Il eut soudain une idée.
Sous couvert d'admirer les fleurs bosquets colorés bordant les allées striant le jardin, il retourna en arrière avec l'air le plus innocent possible. Cette dernière s'immobilisa en le voyant s'approcher, et s'inclina devant lui quand il arriva à sa hauteur, l'air toutefois clairement méfiant. Elle redoutait un nouvel interrogatoire de toute évidence, aussi, James décida de feindre un réel intérêt pour le jardinage afin de lui faire baisser la garde.
– C'est vraiment magnifique, commenta-t-il avec une lueur appréciative. Très beau travail.
– Merci, Master James, répondit humblement l'elfe.
James s'accroupit comme pour mieux observer le parterre de fleurs, mais en réalité il cherchait à se mettre à hauteur de l'Elfe tout en cherchant à se soustraire du regard des autres habitants de la maisonnée au cas où s'ils jetaient un œil vers cette partie des
– Quelle espèce de fleur est-ce ? demanda-t-il.
– Des myosotis, Monsieur. Aussi connus sous le nom de ne-m'oubliez-pas.
Quelle ironie ! pensa James.
Wiksy hésita, puis ajouta avec tendresse :
– Ce sont les fleurs préférées de Miss Elinor.
James avait remarqué que l'Elfe était bien plus dévoué à Elinor, au service duquel il mettait un soin tout particulier, qu'au reste de la famille.
– Depuis combien de temps travailles-tu pour la famille Bell ?
– Oh, depuis ma naissance, Monsieur.
James tourna la tête vers elle si vite que son cou craqua.
Ça, c'était diablement intéressant, pensa-t-il en se massant la nuque. Au vu de la taille de ses oreilles, James estima que l'elfe devait avoir une vingtaine d'années. Même si elle était indéniablement très jeune au moment des faits – ce qui expliquait probablement pourquoi elle avait échappé à la purge de Jacob –, elle avait peut-être vu quelque chose qui pourrait lui être utile.
– Tu fais vraiment partie de la famille, alors, dit-il d'une voix mielleuse.
Wiksy sourit, visiblement flattée.
– Mes parents également travaillaient ici, Monsieur. Mon père est mort avant ma naissance – Mr Bell l'a décapité parce qu'il était trop lent –, et ma mère est morte il y a une dizaine d'années, ajouta-t-elle sur un ton placide, comme si elle parlait de la météo.
Dix ans encore ! C'était le même chiffre qui ne cessait de revenir, encore et encore…
Et James ne croyait pas aux coïncidences.
Il marqua une pause calculée, avant de reprendre solennellement :
– Je suis désolé de l'apprendre. Je suppose qu'elle était âgée ou malade ?
– Très malade, Monsieur, répondit Wiksy en trahissant cette fois une petite émotion. Elle a beaucoup souffert. Elle a été foudroyée en une après-midi. Mrs Bell a tout fait pour la soigner, mais Mr Bell n'a pas voulu faire déplacer un Guérisseur pour un Elfe de Maison.
– Je suis désolé, répéta James un peu plus sincèrement.
– Miss Bell a beaucoup pleuré, quand elle a appris la mort de ma mère.
– Vraiment ?
Il fronça les sourcils. Certes, Elinor n'était pas aussi cruelle que les Sang-Purs l'étaient d'ordinaire avec leur Elfe malgré ses convictions, mais il avait énormément de mal à l'imaginer affectée par la mort de son esclave. Quoique, elle lui avait bien dit s'être liée d'amitié avec le personnel lorsqu'elle était enfant…
– Oui, affirma Wiksy. Miss Bell aimait beaucoup ma mère, et ma mère m'a tout particulièrement demandé de prendre soin de Miss Bell. Mrs Bell a accepté que Wiksy suive Miss Ellie au Danemark quand elle s'est mariée à Master Jonathan. Et Wiksy est revenue vivre à Shortbourne quand Miss Ellie a récupéré son château. Miss Ellie a tout revendu à Master Jonathan sauf Wiksy.
– Je vois, dit lentement James en esquissant un sourire attendri. J'espère que tu la suivras également chez moi lorsqu'elle viendra y habiter définitivement.
– Oh, Wiksy en doute. Wiksy n'aimerait rien de mieux, mais un elfe appartient à la demeure plus qu'à la famille pour qui il travaille. C'était très exceptionnel que Mrs Bell me laisse voyager avec Miss Elinor.
– Je comprends. Je ferai de mon mieux pour convaincre Mrs Bell de te laisser venir avec Ellie, puisque tu l'aimes tant.
Wiksy écarquilla les yeux, surpris par l'engagement pris par James.
– Ce serait formidable, Monsieur, dit-il.
– J'ai le bonheur d'Ellie à cœur. Je veux qu'elle soit heureuse, et je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour lui donner le sourire.
– Je sais, Master James. Miss Ellie est beaucoup plus heureuse depuis que vous êtes son fiancé. Miss Ellie vous aime beaucoup.
– Je l'aime beaucoup aussi, assura James.
Il se tut quelques instants avant de poursuivre à voix basse :
– Mais il y a des gens qui ne l'aiment pas, des gens mauvais qui lui veulent du mal, qui lui ont déjà fait du mal, et qui veulent recommencer.
Le visage de Wiksy devint grave, mais il ne répondit rien.
– Wiksy... J'ai besoin de ton aide, insista James.
L'elfe leva vers lui des yeux inhabituellement sérieux. Elle sentait que James allait l'interroger sur cette nuit fatale, mais quelque chose l'empêcha de s'enfuir comme à son habitude. Pour une fois, elle ne ressentit pas la curiosité du jeune homme comme une intrusion. Elle décela un réel intérêt, une véritable inquiétude, un début de compréhension des choses en jeu.
– Qu'est-ce que vous voulez ? s'entendit-elle chuchoter.
– Je sais que quelqu'un a tenté de s'en prendre à Elinor il y a dix ans, murmura James. Mais je ne sais pas qui, je ne sais pas pourquoi. Tout ce que je sais, c'est qu'elle est à nouveau en danger. Je veux la protéger, mais je ne peux pas être efficace si je ne sais pas de quoi. S'il te plait, aide moi. J'ai besoin de ton aide. Elinor a besoin de ton aide.
Wiksy se retroussa les lèvres.
– Je ne sais pas ce qui s'est passé, Master James. J'étais trop jeune.
– Mais tu étais là, non ? fit remarquer James. Tu as probablement vu quelque chose que tu penses n'avoir aucune importance, ou entendu quelque chose, ou...
– Wiksy était trop jeune, répéta-t-elle.
James posa les mains sur ses épaules, et l'incita à la regarder.
– S'il te plait, Wiksy. S'il te plait. Pour Ellie...
Wiksy déglutit, et garda le silence une bonne minute, visiblement en proie à un conflit interne. Elle ne quitta pas James des yeux, et James ne cligna pas une seule fois des paupières.
– Wiksy n'a pas vu grand-chose, dit-elle finalement. Wiksy a seulement entendu.
James acquiesça.
– C'est bien. Le moindre indice peut m'être utile.
L'Elfe secoua la tête.
– Wiksy ne peut pas en parler, Wiksy ne peut pas l'écrire, Wiksy ne peut pas le faire deviner, Wiksy ne peut pas le chanter, Wiksy ne peut pas le mimer. Mrs Bell et ma mère me l'ont interdit.
James soupira, découragé.
– Mais Wiksy peut vous le montrer.
James leva vivement les yeux.
Elle écarquillait les yeux comme pour lui faire comprendre quelque chose.
Et il comprit.
MUNI DU SOUVENIR FRAIS de Wiksy, James s'enferma dans le bureau de son père, situé au dernier étage de la maison. Pour une fois, il ne fut pas triste de ne pas trouver Remus en rentrant, car il ne souhaitait pas être dérangé.
Il ouvrit un grand placard, y prit la pensine qu'il déposa ensuite sur le bureau afin d'être un peu plus confortable. La surface argentée brilla, et le dernier souvenir qu'on y avait versé remonta à la surface. James effaça d'un coup de baguette impatient l'image de l'ancienne Régulière de son père, mais le fait que cette image soit remplacée par celle d'Emily ne le fit qu'accentuer son irritation.
Les sourcils froncés, il versa le souvenir de Wiksy, avant de plonger la tête dans la bassine.
Il atterrit dans une pièce plongée dans une semi-pénombre, au plafond si bas que le haut de sa tête le touchait. La pâle lumière de la lune pénétrait par une fenêtre rectangulaire placée en hauteur, et les herbes nettement taillées indiquaient que la pièce se trouvait en grande partie en sous-sol.
Il jeta un regard autour de lui, à la recherche de Wiksy, et la trouva jeune et frêle et blottie contre une Elfe adulte profondément endormie. James devina qu'elle venait probablement de se réveiller d'un cauchemar, car elle tremblait en discontinu et cachait son visage dans le creux du bras de celle qui semblait être sa mère.
Pendant un interminable moment, il ne se passa rien.
James, alerte et aux aguets dans un premier temps, finit par sombrer dans un ennui profond. La pièce était largement moins misérable que les recoins sombres dans lesquels se tassaient les Elfes de Maison dans la plupart des maisons, mais elle restait étriquée et nue, à l'exception du lit dans lequel Wiksy et sa mère dormaient. Rien ne vint le distraire dans son attente, et il se surprit à compter le nombre de brin d'herbes visibles par la fenêtre.
Et ce, plusieurs fois.
Au moment où il commençait à se demander s'il ne ferait pas mieux de remonter, car visiblement Wiksy n'avait pas exagéré lorsqu'elle avait dit n'avoir été témoin de rien, il entendit un grand cri de douleur.
Puis des bruits de pas précipités.
Puis des cris, d'homme cette fois, comme si quelqu'un lançait des ordres inintelligibles à cette distance.
Hebbi ouvrit soudain les yeux, tandis que Wiksy semblait vouloir entrer dans le corps de sa mère tant elle se blottissait désespérément contre elle.
Quelqu'un semblait gémir, et de plus en plus fort. Une femme. Visiblement en train de souffrir.
Les cris recommencèrent. Des cris féminins, et plusieurs. James en distingua trois, mais ne parvint à en discerner aucune avec certitude.
D'autres hurlements masculins, mais furieux cette fois.
Des bruits de chocs, d'explosion, de verre brisé.
Hebbi se leva.
– Reste ici, et ne sort sous aucun prétexte, intima-t-elle avant de disparaitre dans un pop sourd.
Wiksy se terra sous les couvertures, proprement terrorisée, et se boucha les oreilles, ce qui empêcha également James d'entendre ce qui se passait.
Pendant de longues minutes, peut-être une demi-heure, elle resta dans cette position. Parfois, des bruits violents passaient quand même le barrage de ses doigts et Wiksy était alors secouée par une vague de tremblements.
Puis le silence.
Wiksy garda les oreilles bouchées longtemps après le dernier hurlement, et ne les retira qu'une fois certaine que le calme était revenu dans la maison.
Elle ne cessa pas de trembler comme une feuille pour autant.
Un long moment passa, sans qu'aucun bruit ne vienne perturber la nuit.
Au bout d'environ une heure, cependant, Hebbi n'était toujours pas revenue.
Alors que James hésitait une nouvelle fois à sortir du souvenir, Wiksy se leva, ouvrit timidement la porte, et remonta quelques marches avant de se retrouver dans le couloir desservant l'entrée, James sur les talons. La maison était silencieuse, excepté un bruit de frottement qui les attira tous les deux dans le salon.
Ils y trouvèrent Hebbi a quatre patte, en train de frotter la moquette imbibée d'une substance rouge qui ne pouvait être confondue avec autre chose que du sang. L'Elfe leva la tête en réalisant qu'elle était observée, et adopta un air sévère.
– Retourne te coucher, siffla-t-elle.
– Wiksy a peur, gémit le jeune Elfe.
Hebbi s'approcha d'elle, saisit Wiksy par une oreille et la traina de force jusque la porte menant à leur pièce.
– Retournes te coucher, répéta-t-elle avec colère.
Et Wiksy obéit.
DE RETOUR DANS LE BUREAU, James passa quelques minutes à méditer sur ce qu'il venait de voir. Il saisit une plume, et se mit à retranscrire ce qu'il venait de voir le plus fidèlement possible, ce qui ne lui prit que quelques lignes. Excepté la confirmation que l'attaque avait été aussi soudaine que violente, il n'avait pas l'impression d'avoir appris quoi que ce soit et en était très déçu.
Et d'un autre côté…
Il avait cette vive impression dont il ne parvenait à se débarrasser que quelque chose lui avait échappé.
Il se passa les mains dans les cheveux, ferma les yeux, et se repassa les cris dans sa tête sans parvenir à y attribuer avec certitude un propriétaire. Il avait distingué deux ou trois cris de femmes, et autant d'hommes. La bagarre semblait avoir commencé dans le salon, car le premier cri avait été le plus audible et c'était la pièce la plus proche de la chambre des Elfes, puis s'être poursuite autre part dans la maison. Peut-être à l'étage.
Et puis ce sang que la mère de Wiksy nettoyait…
Que se passait-il dans cette maison ?
Qu'avait donc fait Mr Bell ?
« Trois mots : présomption d'innocence. Aucun fait n'est avéré. »
Elinor avait au moins raison sur ce point : s'il voulait avancer, il devait se montrer objectif et envisager toutes les possibilités. Peut être que certaines de ses certitudes n'en étaient pas…
James prit alors une décision radicale.
Tout reprendre du début.
D'un coup de baguette, il fit apparaître la grande malle où ils conservaient les épaisses copies des journaux de Brutus recopiées par Elinor.
C'était bien cela le problème, pensa-t-il en saisissant l'un des énormes rouleaux de parchemin noirci par une écriture fine et serrée. C'était épais. Trop épais pour voir clair. Ellie avait fait un travail remarquable que Tom avait admirablement documenté, mais il y avait beaucoup trop d'informations.
Il avait assez de preuves pour envoyer Mr Bell en prison, mais ce qui l'intéressait, c'était Lee. S'il faisait tomber Mr Bell maintenant, il ne connaîtrait probablement jamais la vérité.
Il fallait donc débroussailler.
La nuit serait longue.
BETSY APPARUT DEVANT James avec un pop inhabituellement bruyant, qui ne distraya pourtant pas son maître une seule seconde.
– Miss Teot, annonça-t-il d'une voix tendue.
James ne sembla pas l'avoir entendu dans un premier temps. Occupé à relier deux bulles parmi ce qui semblait être à première vue un énorme gribouillage, il ne réagit à l'annonce de Betsy qu'au bout de quelques secondes.
– Quelle heure est-il ?
– Dix heures du matin, monsieur.
– Déjà ?
Au moins, ça expliquait la colère de Tina, qui avait dû l'attendre toute la matinée pour leur session de révisions sans le voir venir. Le regard de James tomba sur le pan de mur qu'il avait recouvert de son écriture fine, faute d'avoir un tableau assez large, et il ne put se résoudre à se sentir coupable.
Les dernières heures avaient marqué un tournant dans son enquête. Il avait progressé, établi des relations qui ne lui avaient pas sauté aux yeux avant, et c'était la chose la plus importante qu'il ait fait depuis des mois.
– …en train de monter, poursuivait Betsy. Et Miss Teot est furieuse. Elle…
Pour la première fois depuis longtemps, il n'avait l'impression ni de tourner en rond, ni de perdre du temps.
– Master Potter !
James sursauta.
– Oui ?
– Est-ce que je dois l'intercepter ? insista Betsy. Miss Teot, ajouta-t-il devant l'air hagard de James.
Ce dernier jeta un coup d'œil nerveux au mur. James continuait d'écrire, et ne répondit qu'au bout d'une petite pause.
– Où est Remus ?
– Mr Remus est déjà allé travailler.
– Dans ce cas, laisse-la venir.
Betsy s'inclina avant de s'éclipser. Quelques secondes plus tard, Tina éclata la porte d'un énergique coup de pied, et débarqua dans le bureau avec une lueur meurtrière dans les yeux.
– James Potter, j'espère que tu as une excellente raison d'avoir raté notre rendez-vous.
James ne réagit pas à son éclat de voix. Il se sentait trop épuisé pour se disputer, et se contenta de calmement remettre ses lunettes sur son nez.
– C'est à toi que je parle ! s'agaça-t-elle. Pourquoi est-ce que tu m'as posé un lapin ?
– Désolé. J'ai… oublié.
– Oublié ? Comment peux-tu simplement oublier ? Le concours est dans treize jours, tu ne peux pas te permettre de louper toute une nuit de révisions ! Non mais c'est comme si…
Elle s'interrompit en voyant le mur.
– Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
James enfila son T-shirt.
– Ce sur quoi je travaillais, répliqua-t-il enfin.
Tina observa les lignes se croiser et se recroiser, reliant des noms, des dates et des lieux entre elle. Ses yeux s'écarquillèrent en voyant le nom de Lee, et d'un coup, le schéma fit sens. Du moins, elle comprenait le sujet des écrits de James sans en comprendre la clef pour la déchiffrer, et sa tête se mit à aller de droite à gauche tandis qu'elle prenait connaissance des connexions que le schéma de James avait mis en exergue.
– James… est-ce que ça va ? demanda soudain Tina.
– Oui. Oui. Parfaitement, répliqua-t-il d'une voix lointaine. Je vais parfaitement bien. Tout va bien. Je suis fatigué, mais je vais bien.
Ses pupilles étaient dilatées, sa voix rauque, et il dégageait une aura de folie douce qui rendit la jeune femme mal à l'aise.
– Tu as l'air bizarre.
– J'ai pas dormi de la nuit. J'ai réfléchi toute la nuit. Mais il y a quelque chose qui m'échappe… il y a un tout petit détail qui m'échappe et je ne sais pas ce que c'est.
Il saisit des poignées de cheveux, et les tira sans ménagement.
– Je sais que je suis tout près. Je sens que je suis tout près. Mais je ne comprends pas. Je ne comprends pas…
Tina se leva et lui saisit délicatement le bras.
– James… ça va aller. Calme-toi.
– Il y a encore trop de choses. J'ai été distrait. Au moins quatre-vingt pourcent du mur ne sert a rien, ajouta-t-il en traçant de grands cercles au milieu de son nuage de réflexions, puis en les gribouillant pour les rendre illisible. Tout ça ne sert à rien. Tout ça ne m'aide pas à…
– James ?
Il cligna des yeux.
– Calme-toi, intima-t-elle d'une voix plus ferme.
Elle le tira vers le canapé et le força à s'asseoir.
– T'as besoin de dormir.
– J'ai pas sommeil, s'écria-t-il avec colère. J'ai juste envie de comprendre ce qu'il…
– Chuut.
Tina prit place à côté de lui, plaça sa tête sur ses cuisses, puis lui caressa tendrement les cheveux.
– Ça va aller, James.
– Je sais que je suis si près du but, murmura-t-il d'une voix tremblante.
Tina eut l'air soucieuse.
– Ferme les yeux. Tu as besoin de te reposer.
– Je ne suis pas fatigué.
– Je n'hésiterai pas à t'assommer s'il le faut, s'impatienta Tina. Ferme les yeux.
Il obéit enfin, et sombra dans l'inconscience quelques secondes plus tard.
LORSQU'IL REPRIT CONNAISSANCE, il se trouvait toujours dans le canapé installé sur Tina, qui s'était également assoupie. Du moins, c'est ce qu'il crut jusqu'à ce qu'elle ouvre également les paupières.
– Enfin réveillé ? demanda-t-elle en s'étirant.
– J'ai dormi combien de temps ?
– Au moins quatre heures. T'étais vraiment épuisé.
James se redressa, et remit ses lunettes.
– Pourquoi es-tu restée ?
– J'essayais de déchiffrer ce que tu as écris sur le mur.
– Je suppose que tu y es parvenue ?
Si James admirait tant Tina, c'était parce qu'elle était probablement l'une des personnes les plus brillantes qu'il connaissait.
– Tu es toujours en train de travailler sur le cas de Lee ?
Il acquiesça.
– L'enquête est fermée, James, lui rappela-t-elle d'une voix douce.
– Pas pour moi.
Tina secoua la tête.
– James… on a fait ce qu'on a pu. Tout ce qu'on a pu. Il faut que tu laisses les Aurors faire leur travail, maintenant.
–Ils sont sur le point de fermer l'enquête, maugréa-t-il avec aigreur.
– Et qu'est-ce que tu crois pouvoir faire de plus ? s'exaspéra la jeune femme.
Il la regarda droit dans les yeux.
– Détruire l'ennemi, mais de l'intérieur.
– C'est-à-dire ?
– Bell est trop malin pour eux. Et même pour moi. Mais j'ai des moyens dont ne disposent pas les Aurors. Je peux faire des choses qu'ils ne pourront jamais faire. Je peux savoir des choses qu'ils ne pourront jamais découvrir.
Tina resta interdite quelques instants.
– Tu utilises Elinor pour ça ? devina-t-elle avec une déception non dissimulée.
– Oui, dit simplement James.
– C'est pour ça que tu t'es fiancé avec elle, pour mieux approcher son père ? Elle n'est qu'un pion dans ton jeu.
– Elle m'aide de son plein gré, réfuta James.
Les traits de Tina se durcirent.
– Réponds à ma question.
Ils se défièrent du regard.
– Oui, je suppose que tu as raison quand tu dis que je l'utilise, admit finalement James. Elle est la pelle qui m'aide à creuser dans la vie de son père. Sans son aide, j'en serai au même point que l'année dernière.
Le front de Tina se rida.
– Je savais que tu n'avais pas rencontré Elinor par hasard, marmonna-t-elle. Je l'ai senti dès l'instant où j'ai vu ses yeux. La coïncidence était trop grande.
James haussa les épaules, l'air indifférent.
– J'étais curieux à son sujet, et j'ai senti assez rapidement qu'elle serait capable de m'aider à achever mes plans.
– Comment est-ce arrivé ?
Il soupira.
– Longue histoire.
Tina eut un rire incrédule.
– J'ai toujours cru que c'était elle qui te manipulait. Elle te faisait chanter à un moment, non ?
– Disons plutôt que je la laissais me faire chanter, car j'avais besoin de gagner sa confiance.
– Pourquoi ? Tu avais déjà deviné qu'elle allait être une véritable mine d'or ?
– Pas à ce point, non. Mais… quand je lui ai dit ce qui arrivait à ses frères et sœurs, qu'elle n'a pourtant jamais rencontré, et sans même savoir si ce que je disais était vrai ou non… tu sais ce qu'elle a fait ?
Tina secoua la tête.
– Elle a pleuré. Et c'était l'une des choses les plus belles et les plus terribles que je n'aie jamais vus.
Il soupira.
– Mon objectif principal a toujours été Lee, mais Elinor compte vraiment pour moi. Elle est mon amie, ma partenaire, ma complice, et ma future femme. C'est grâce à elle que je suis parvenu à obtenir toutes les informations que j'ai en ma possession. Je lui ai promis de l'épouser et rester près d'elle, jusqu'au jour où elle n'aura pas besoin de moi, et je compte tenir ma promesse à tout prix.
Tina croisa les bras, et se tourna à nouveau vers le mur.
– Et qu'est-ce que tu as découvert ? demanda-t-elle, visiblement à contrecœur.
– J'en conclus que tu es avec moi ?
– Non, James. Mais je suis curieuse.
James acquiesça.
– Elinor est enceinte, mais pas de moi, annonça-t-il contre toute attente.
Tina resta bouche bée quelques secondes.
– Mais… de qui, alors ?
Il eut un rire sans joie.
– C'est une excellente question.
Il lui résuma les récents événements survenus à Shortbourne.
Tina eut besoin d'une longue minute pour ingurgiter cette salve de révélations.
– C'est dingue.
– Je sais.
Elle resta de nouveau silencieuse, avant de reprendre sur un ton intrigué :
– Qu'est-ce que ça a à voir avec ce qui est arrivé à Lee ?
– Tout. Ou rien. Je ne sais pas encore.
Tina se rassit face au mur et croisa les jambes.
– Je suis toute ouïe.
– T'es avec moi, alors ? répéta-t-il.
Elle leva un sourcil.
– Tu as besoin de mon aide ?
Il acquiesça, et elle soupira.
– Commence par m'expliquer ce gribouillis, et on verra, dit-elle finalement.
James sourit. Tina était intéressée, c'était déjà un excellent début.
– Est-ce que tu peux déchiffrer ce que j'ai écrit ? Ne prête pas attention à la partie que j'ai gribouillé, je suis certain que ces informations n'ont rien à voir avec mon enquête.
Tina se tourna de nouveau vers le mur.
– Commence avec la bulle de Lee, conseilla James.
James avait encerclé le mot LEE, et avait dessiné des espèces de rayons au bout desquels il avait écrit les mots « poison », « +3 cas », « yeux bleus. »
– C'est facile. Cette partie concerne Lee. Il avait les yeux bleus et est mort empoisonné, et tu as trouvé trois autre cas similaires.
James acquiesça.
Les trois rayons atteignaient un autre cercle intitulé VICTIMES, qui comportait d'autres mots-clefs tels que « accidents suspects », « étranglement », « disparitions inexpliquées », « coma », « yeux bleus ». Ce dernier rayon continuait sa course, et atteignait les cercles BELL, ELINOR et ALIOTH.
– Jusque-là, je suis, dit Tina.
Les satellites de BELL étaient les mots « héritiers, preuves, Shortbourne, cracmols »; ceux d'ALIOTH étaient « 10 ans, sœur, cracmol, survivant, cible, yeux bleus, héritier, parents », et ceux d'ELINOR étaient « amour soudain, mariage,absences, convalescence, 10 ans, enceinte, cible. »
– Pourquoi certains mots sont soulignés et pas d'autres ? interrogea Tina.
– Ceux soulignés sont ceux qui reviennent régulièrement.
La jeune femme reporta son attention sur le mur, qu'elle étudia en silence pendant plus d'un quart d'heure.
– Dix ans… qu'est-ce qui s'est passé il y a dix ans ? demanda-t-elle en se tournant vers lui.
– C'est ce que j'essaie de découvrir, dit James. Enfin… je sais plus ou moins ce qui s'est passé : Elinor a été attaquée assez violemment.
– Quoi ?
– Elle en a elle-même aucun souvenir, car sa mémoire est modifiée. Son oncle Dom est mort dans l'attaque, Jacob a été grièvement blessé en protégeant Al, et Ellie est restée en convalescence plusieurs mois après cela.
– Mais…qui ?
– Qui, je ne sais pas, pourquoi, j'ai une théorie. Mais avant, j'aimerai attirer ton attention sur cette partie du mur.
James y avait dessiné une espèce de frise chronologique. Tina fronça les sourcils.
– Elle s'est mariée avec Jon Callender.
– Très vite, et c'est très bizarre. Elle passe des mois alitée, et la première chose qu'elle fait une fois guérie est d'épouser Jon Callender.
– Et alors ?
– Jon n'est pas son type d'homme. J'ai toujours trouvé leur couple étrange, mal assorti. Il n'est pas beau, pas gentil, pas intelligent et pas sophistiqué. J'ai du mal à imaginer Ellie s'intéresser à quelqu'un comme lui.
Tina secoua la tête.
– Peut-être qu'elle est tombée amoureuse de lui pour ses autres qualités ?
– Lesquelles? ricana James peu charitablement. Et puis, je veux bien admettre qu'Ellie a beaucoup changé depuis la première fois où je l'ai rencontrée, mais elle m'a dit elle-même être complètement superficielle lorsqu'elle était plus jeune.
– Il reste son genre d'homme, tout de même. Les Callender sont plutôt riches, non ? La maison d'Heidi est juste énorme.
– Oui, mais ce ne sont pas les plus riches. Ellie avait l'embarras du choix, à cette époque. Même aujourd'hui, elle l'a. Et même si elle l'avait épousé pour son argent, cela n'expliquerait pas la passion du début de leur relation. Heidi m'a dit qu'elle était vraiment amoureuse de son frère.
– Les opposés s'attirent, parfois.
– Il y a quelque chose de louche, s'obstina-t-il.
Elle soupira.
– Qu'est-ce que tu en penses ?
Le doigt de James glissa sur absences.
– Quelqu'un ne veut pas qu'Ellie se souvienne de ce qui s'est passé dix ans plus tôt. Jon Callender s'apprêtait à aller vivre au Danemark dix ans plus tôt. Pratique, qu'Elinor se soit entichée de lui du jour au lendemain.
– Tu penses que ce quelqu'un aurait très bien pu l'envoyer à l'étranger pour s'assurer qu'elle ne fréquente plus les lieux où ce mystère s'est déroulé ?
– Exactement. Et je mettrai ma main à couper qu'elle a bu une potion d'amour à son insu.
Il y eut un silence.
– Mais… qui ? Jon ?
– Peut-être, mais il n'est pas mon suspect principal. Je parierai plutôt sur la personne qui lui a effacé la mémoire. Cette personne a forcément des connaissances médicales, soignait Ellie, et a pu facilement lui administrer une potion.
– Sa mère ?
– Oui. Marion Bell.
A nouveau, un silence.
– Mais si c'était elle, l'effet des potions aurait dû se dissiper une fois Ellie hors de sa portée, non ? Pourquoi serait-elle restée au Danemark ?
– Parce qu'elle ne voulait pas divorcer, parce que sa vie était confortable, et parce que Jon n'avait d'yeux que pour elle et cédait au moindre de ses caprices. Peut-être qu'elle a fini par vraiment tomber amoureuse de lui. Elle m'a dit elle-même ne pas avoir été malheureuse lorsqu'elle était sa femme.
– Ça se tient… mais pourquoi Marion l'aurait-elle dégagée aussi loin ?
– Peut-être pour la protéger ? Marion l'aime vraiment comme sa fille, même si elle agit de manière irrationnelle en ce moment. Ça expliquerait aussi pourquoi elle était aussi mécontente du divorce. Peut-être que ce n'était pas uniquement par rapport à l'honneur de la famille.
Tina acquiesça.
– Et qu'est-ce que ça à avoir avec Lee ? répéta-t-elle.
– Je ne sais pas… mais je sens qu'il y a une connexion. Il y a dix ans, Al est né, il y a dix ans, Ellie a failli mourir. Il y a dix ans, Jacob a été grièvement blessé. Il y a dix ans, Dom est mort. Il y a dix ans, tous les témoins de l'événement ont disparus dans d'étranges circonstances… la mère de Wiksy a été empoisonnée. Le Guérisseur de la famille a disparu. Tout le personnel présent à ce moment-là sont introuvables ou morts. La mémoire d'Elinor a été manipulée.
– Oui… il y a dix ans. Lee est mort l'année dernière.
– Lee est la énième victime de quelqu'un qui a décidé de décimer tous les enfants de Bell. Avec Ellie…
Il désigna du doigt le mot VICTIME.
– … On a remarqué qu'ils ont tous commencé à disparaître il y a trois ans. Mais maintenant…
Son doigt glissa sur Ellie, puis sur CIBLE.
– … Je me demande si ce n'est pas Ellie la première victime.
Tina resta pensive quelques secondes.
– Je comprends ton raisonnement, mais, comme tu l'as dit, c'est une piste morte. Tous ceux qui savent ce qui s'est passé refusent de parler ou sont introuvables. Tu ne penses pas que tu te disperses ?
– Je suis certain qu'il y a un lien, s'obstina James.
– Et là, tu es supposé enquêter sur Lee. En quoi est-ce relevant de savoir qui est le père ?
– Parce que je suis également certain que tout ceci n'est qu'une histoire d'héritage.
– Par rapport aux nouvelles lois sur l'héritage ?
James acquiesça.
Un amendement toujours en discussion de la loi prévoyait de permettre à tous les enfants, légitimes ou non et quel que soit leur sexe, d'hériter de leur parent de manière équitable.
– Ça… se tient, je suppose, admit-elle. Mais à qui profite le crime ? Al n'a que dix ans, et Elinor n'aime pas vraiment dépenser son propre argent.
– On a trois suspects, même si les mobiles restent les mêmes. Soit l'argent, soit la vengeance. Ou peut-être même les deux. Dans tous les cas, c'est probablement relié à l'héritage de la famille.
– Comment tu peux en être aussi certain ?
– Alioth est né il y a dix ans. Premier enfant mâle reconnu par Mr Bell. Premier héritier, si on ne compte pas Ellie. On s'en est pris à eux deux il y a dix ans. Ça a échoué. Ensuite, il y a un blanc de sept ans, et sept ans est l'âge où…
– On produit nos premières expériences magiques.
– Exactement. Mais il ne s'est passé grand-chose car Al est pratiquement un cracmol, même s'il lui arrive parfois de produire de la magie.
– Vraiment ? s'étonna Tina.
– Comme les autres, mais tu penses bien que cette information n'est pas rendue publique. Avant la naissance d'Al d'ailleurs, Ellie était la seule exception. Mr Bell l'a reconnue dès qu'il a entendu dire qu'elle avait manifesté des pouvoirs magiques.
– Son côté Vélane a dû compenser pour les gênes de son père.
James approuva. Tina étudia de nouveau le mur.
– Al est donc l'héritier parfait. Non seulement c'est un garçon, mais en plus il a des pouvoirs magiques.
– J'ai des théories sur pourquoi il est différent, mais j'y reviendrai en temps et en heure. Pour le moment, concentrons-nous sur Al. Il y a trois ans –il en avait sept donc –, il a démontré des capacités, même faibles. Et qu'est-ce qui a commencé pile poil il y a trois ans ?
Tina écarquilla les yeux.
– Les premières disparitions ?
– Exactement. Tu vois ou je veux en venir ?
Elle soupira.
– Malheureusement…
– Je suis persuadé d'être près du but.
– Qui est-ce que vous soupçonnez ?
– Mr Bell, bien sûr. Avec les nouvelles lois sur la famille, il ne supporterait pas que ses bâtards cracmols héritent de son nom ou de sa fortune. On a retrouvé dans ses documents cachés une liste de tous les enfants qu'il ait jamais eu. Ceux qu'on avait repérés étaient barrés. Ses factotums sont actuellement chargés de retrouver les autres. Ceux décédés sont les plus jeunes de la liste, mais la plupart de sa progéniture est déjà adulte et s'est installée parmi les Moldus.
– Je vois. Ça ne doit pas être facile de les retrouver.
– Surtout les filles. Elles sont souvent repris un nom d'époux. Les plus difficiles parmi les garçons sont ceux qui se sont expatriés à l'étranger. En tout cas, ça expliquerait l'omniprésence de Mrs Bell et de sa mère autour du gamin. Peut-être qu'elles ont aussi remarqué qu'il se passe des choses bizarres.
Tina acquiesça.
– Deuxième suspect : un client de Mr Bell motivé par la vengeance. Mr Bell est Briseur de sorts, mais officieusement il est antiquaire. Dans tous les cas, il revend les reliques trouvées, qu'il a préalablement volées. L'une de ses victimes peut avoir choisi de se venger un peu radicalement. Où être un acheteur insatisfait du marché noir.
– Dans tous les cas, quelqu'un qui n'est pas assez fou pour s'en prendre à Mr Bell physiquement, mais qui lui en veut terriblement.
– Exactement. Tom m'a dit que certains des objets revendus par Mr Bell sur le marché noir s'étaient achetés plusieurs centaines de gallions. Ça a peut être un rapport.
Tina hocha de nouveau la tête.
– Et le troisième suspect ?
– L'un des bâtards de Mr Bell.
Tina cligna des yeux.
– Quoi ? Mais… ce sont les victimes ?
– Et si l'un de ceux qu'il n'a pas reconnus ne faisait que semblant d'en être une ?
Elle en resta bouche bée.
– Mais pourquoi faire une chose pareille ?
– Peut-être qu'avec la loi en tête, il ou elle se débarrasse des autres gosses pour être le seul héritier. Ils ont tous le même profil : pauvres, souvent orphelins, yeux bleus. L'orphelin délaissé, en quelque sorte.
– C'est... dingue.
– C'est une possibilité, et j'essaie de me montrer objectif.
James soupira, et Tina se mit à faire les cent pas à son tour.
– Je ne sais pas si ceux qui ont attaqué Shortbourne il y a dix ans sont les mêmes que ceux qui s'en prennent aux gosses de Mr Bell depuis trois ans, mais il y a une chose qui est certaine : ces personnes en savent long sur les Bell. S'ils ont déjà entendu la rumeur de Brenitte, les enfants d'Elinor pourraient bien être visés aussi.
– Je sais, dit James. Je ne crois pas une seconde que Bell soit le père, mais je suis arrivé à un point de l'enquête où il me faut des faits soutenus par des preuves. Ellie me ment à ce sujet, et ça a peut-être un rapport avec l'enquête qu'elle n'imagine pas. Et c'est d'ailleurs pour ça que j'ai besoin de ton aide.
Tina leva un sourcil.
– Je ne pense pas qu'Elinor me confiera à moi ce qu'elle ne te dit pas à toi.
– Et c'est pour ça que j'ai besoin que tu fasses un test de paternité.
Il y eut un long silence.
– Je sais que c'est illégal.
– Dieu merci, s'exclama-t-elle en lui jetant un regard mauvais. J'ai cru que tu avais oublié tout ce qu'on a tenté de t'enfoncer dans ta grosse tête depuis plusieurs semaines.
– J'ai besoin de ton aide, Tina.
– Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans "illégal' ?
– Tu es la seule qui puisse m'aider, insista-t-il.
– Et je ne vais pas le faire, répliqua-t-elle sur un ton sans réplique. J'ai des factures à payer, James, je ne peux pas me permettre de perdre mon job.
– Je t'en prie, Tina. Fais-le pour Lee.
Elle retroussa les lèvres, l'air réprobateur.
– Tu me manipules, constata-t-elle avec colère.
– Tu ne me laisses pas le choix, dit James.
Elle reporta son regard sur le mur.
– Tu as fait exprès de me laisser voir le mur, n'est-ce pas ? Tu voulais que je me replonge dans cette histoire.
– Est-ce que ça a marché ?
Tina lui jeta un regard mauvais.
– Je ferai de mon mieux, déclara-t-elle au bout d'une pause. Mais il me faut des échantillons de toutes les personnes soupçonnées.
– Heidi s'est déjà chargée de les récupérer.
La jeune femme les avait remises à James dans l'espoir qu'il change d'avis.
– Mais je ne veux pas qu'elle soit mise au courant, au cas où ce serait dangereux, ajouta-t-il.
– Comment est-ce qu'elle se les ait appropriés ? s'étonna Tina.
James grimaça, et se passa une main dans les cheveux.
– Heu… je n'ai pas cherché à savoir, mais si j'étais toi, je porterai des gants.
ELINOR AFFICHA UN AIR impassible.
– Non, je ne crois pas, mentit-elle en glissant discrètement son exemplaire de Marry Merrily sous une pile d'autres magazines afin de le soustraire à la vue de son fiancé.
Ce dernier, qui n'avait pas remarqué son manège, fronça les sourcils.
– C'est bizarre… pourtant Hestia m'a assurée que l'article sortirait cette semaine.
– Tu as dû te tromper de date.
– Non, je suis certain qu'elle a dit que le magazine sortait à la mi-août, insista-t-il, clairement contrarié par le contretemps. Je me demande s'il y a eu un problème…
– Peut-être qu'ils ont retardé la parution parce que c'est un dossier spécial ? hasarda Elinor. Après tout, notre mariage est un événement assez attendu.
– Peut-être…
Il s'étira longuement, et Elinor soupira intérieurement de soulagement.
– Ça m'embête, quand même, reprit James. J'ai promis à Evans cet interview. Peut-être que je devrais contacter Hestia pour lui demander ce qui se passe.
– Oh, ne t'embête pas, je vais le faire, proposa aussitôt Elinor. Toi, tu devrais te concentrer sur tes révisions.
James poussa un grognement.
En attendant le résultat des tests, Tina insistait pour que James rattrape son retard et se concentre sur ce qu'elle estimait être l'événement le plus important à venir. Le concours de Sainte Mangouste approchait en effet à grands pas, et pompait tout le temps et l'énergie de James. Il avait beau avoir d'excellentes capacités intellectuelles, les compétences requises étaient telles qu'il ne pouvait simplement se reposer sur ses lauriers et devait travailler comme un forcené pour être à point.
– Ou peut-être rentrer te reposer un peu, dit Elinor, prise de pitié. Tu révises depuis ce matin…
– Tina va me tuer si je ne suis pas le programme.
Elinor eut un sourire malicieux.
– Elle n'en saura rien.
James prit donc congé de Shortbourne, et retourna chez lui bien plus tôt que d'habitude. Le soleil ne s'était pas encore couché, et Remus, qui finissait de nouer un nœud papillon quand il le rejoignit dans le salon, s'étonna de sa présence.
– Tu rentres tôt, aujourd'hui, l'accueillit-il sans quitter des yeux son reflet dans le miroir qu'il avait fait apparaître et qui flottait au niveau de ses yeux.
James se laissa tomber dans un fauteuil.
– Épuisé, murmura-t-il.
Il retira ses lunettes et ferma les yeux.
– Ça va toi, sinon ? s'inquiéta Remus.
– Oui, répondit-il. Je sature complètement. Juste besoin de me détendre.
Il bailla longuement et Remus se gratta la tête, visiblement peu convaincu.
– Je devais sortir avec Dorcas pour prendre un verre, mais si tu veux que je reste, j'annule sans problème.
James lui jeta un regard curieux.
– Tu en passes, du temps, avec Meadowes en ce moment, fit-il remarquer avec un air entendu.
– C'est ce que font les amis, répliqua Remus. Ils passent du temps ensemble.
James se frotta la nuque, l'air coupable.
– Eer, oui, désolé. Je sais que je n'étais pas très présent, récemment. C'est juste qu'Ellie…
– Oui, je sais, elle avait besoin de ton aide, bla bla bla… les frères avant les femmes, qu'ils disaient.
James eut un petit rire.
– C'est vrai que je suis un canard avec Ellie. Mais ne changeons pas de sujet, s'il te plait, reprit-il sur un ton malicieux. Meadowes et toi, vous vous voyez tous les jours, pratiquement…
Remus tourna la tête vers lui et leva un sourcil.
– Et ?
– Et… vous semblez de nouveau très proches, dit James.
– On n'a jamais cessé de l'être, fit remarquer le lycanthrope. Je te rappelle que je n'ai jamais perdu contact avec elle, j'ai même assisté à son mariage, et on se voyait occasionnellement déjà, avant même que tu recroises le chemin de Lily.
– Oui, occasionnellement, répéta James. Pas tous les jours, pas aussi régulièrement. Alors, alors, alors ? Il y a quelque chose que je devrais savoir ?
Remus roula des yeux.
– T'es lourd, Prongs, se plaignit-il.
– Mais c'est vrai ! C'est bizarre que vous passiez autant de temps ensemble tout à coup !
– Pas moins bizarre que Marlène et toi, lorsque vous passiez vos journées entières ensemble. Et même vos nuits. Ce qu'il y a entre Dorcas et moi est de la même nature que ce qui se passe entre Marlène et toi.
Touché. Mais James, d'une mauvaise foi évidente, n'était pas décidé à en rester là.
– Mouais. Mais la différence est que Marlène et moi ne sommes jamais sortis sérieusement ensemble, et ça n'a pas duré deux ans non plus. Rien à voir avec ce que tu partageais avec Dorcas. Tout le monde a été étonné que vous vous sépariez.
Remus se contenta de lever les yeux au ciel.
– Pas une petite étincelle qui se ravive après toutes ces années ? insista James.
– Non, espèce d'idiot. Elle est mariée, et elle aime Andrea – même moi, je l'aime, ce brave gars. On va juste boire un verre comme deux bons vieux amis.
– Dans ce cas, je peux venir ? dit James sur un ton de défi.
Remus eut brusquement l'air mal à l'aise.
– Err... Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée.
– AHA !
Remus s'impatienta, referma son livre et le jeta sur James.
– Ouch !
– Ce n'est pas du tout ce que tu penses, précisa-t-il. Il n'y a rien en Dorcas et moi.
– Ah ouais ? Alors pourquoi je ne peux pas venir ?
Remus eut l'air gêné.
– Disons juste que Dorcas ne t'aime pas beaucoup, en ce moment, expliqua-t-il sur un ton d'excuse. Si tu veux un conseil, reste hors de sa vue, pour le moment.
James fronça les sourcils.
– Qu'est-ce que j'ai fait ?
– Honnêtement, je ne suis pas certain d'avoir tout compris, mais ça un rapport avec Lily. Qu'est-ce qui se passe avec elle, au juste ? Tu lui as laissé de faux espoirs, ou quelque chose comme ça ? Rassures-moi, tu n'as pas couché avec elle ?
James pâlit.
– Non. On est juste amis, assura-t-il d'une voix qui se voulait détachée.
– C'est ce que je croyais aussi, renchérit Remus, qui n'avait rien remarqué, mais Dorcas a sous-entendu que vous flirtiez, ou quelque chose comme ça.
James haussa les épaules, comme s'il ne voyait pas du tout comment Dorcas pouvait penser une chose pareille.
– Elle se trompe.
– C'est ce que je lui ai dit. Tu peux à peine la boucler au sujet de Bell et tu passes tes journées avec elle. Même moi j'ai compris que vous deux, c'est du béton. Evans a dû s'enflammer toute seule, et Dorcas n'a eu que sa version de l'histoire.
James eut un sourire gêné avant de subtilement changer de sujet.
Après le départ de son ami, James resta méditatif pendant de longues minutes. Dorcas qui lui en voulait… il ne savait vraiment comment réagir à cette annonce. Et, à vrai dire, il ne comprenait pas pourquoi elle était aussi remontée tout à coup. La jeune femme était au courant que Lily et lui s'étaient embrassés, et avait parue plus enthousiaste qu'agacée.
James ne comprenait pas pourquoi tout à coup le fait qu'il soit engagé auprès d'Elinor la gênait au point qu'elle ne voulait plus le voir. Elle savait depuis le début qu'il était fiancé, de par sa manie de décortiquer tous les magazines mondains du monde. Pourquoi s'indignait-elle tout à coup de sa situation amoureuse ? Quelque chose lui échappait…
Dorcas était probablement l'une des personnes les plus sympathiques qu'il connaisse. La savoir fâchée contre lui le déprimait un peu, et cela expliquait au moins pourquoi il n'avait pas été invité à boire un verre chez elle depuis le début de son séjour à Shortbourne. D'ordinaire, il ne se passait pas une semaine sans qu'elle ne le presse de passer lui tenir compagnie…
A propos de compagnie, cela faisait une vingtaine de jours qu'il n'avait pas bénéficié de celle de Lily… Il ne l'avait pas revue depuis qu'elle était passée lui faire signer des devis. Etant donné que James se concentrait sur l'enquête et sur la préparation du concours, Elinor s'était proposée de gérer seule la supervision du mariage, ce qui l'arrangeait bien. Toutes ces discussions sur les napperons et les serviettes l'ennuyaient et perdaient leur attrait s'il ne pouvait même pas s'en servir pour admirer secrètement la jolie silhouette de la jeune femme. Il pourrait l'inviter à dîner ou…
Peut-être juste fermer les yeux cinq minutes. Il se sentait si fatigué…
Lorsqu'il les rouvrit, il se trouvait dans son lit et il était quatre heures du matin.
TINA REVINT VERS LUI avec des nouvelles décevantes.
– James, je suis désolée, mais je n'ai pas pu faire le test que tu m'as demandé. Je n'ai pas les autorisations nécessaires pour consulter le dossier d'Elinor, et rien que le fait que je me retrouve dans le service maternité a soulevé beaucoup de questions. J'ai vraiment fait ce que j'ai pu.
James avait avancé une excuse que sa fiancée, plongée depuis le matin dans des confidences dont il était exclu avec sa meilleure amie, n'avait de toute manière pas écouté, avant d'entraîner Tina dans le jardin, où ils s'étaient installés à la table à manger et feignaient de travailler depuis.
– Ne t'inquiète pas, merci, dit James en masquant sa déception. Je sais que tu as fait de ton mieux.
Tina acquiesça.
– Qu'est-ce que tu comptes faire, maintenant ?
– Je suppose qu'on n'a pas d'autre choix que d'attendre que les jumeaux soient nés pour faire les tests.
– Ce n'est que l'affaire de quelques semaines, après tout, approuva-t-elle.
James s'éclaircit la gorge, avant de reprendre de la voix la plus aimable possible :
– En attendant… est-ce que tu pourrais faire d'autres tests ?
Tina fronça les sourcils.
– James…
– Tu n'auras pas besoin de te rendre en maternité, cette fois, dit-il précipitamment. Tu pourras le faire de ton labo.
Toujours sur la défensive, mais curieuse de ce qu'il cherchait à découvrir à présent, Tina hésita avant de répondre :
– Je vais faire de mon mieux, mais je ne te promets rien. Quel genre de test veux-tu faire ?
James désigna du menton le fond du jardin. Un enclos avait été dressé en bordure de forêt, et Tom tenait la bride du cheval monté par un Alioth étonnamment habile pour son âge, sous les yeux humides débordant de fierté de Brenitte.
– N'as-tu jamais remarqué à quel point Al et Ellie se ressemblent ?
Tina haussa les épaules, l'air confus.
– Si… mais ils sont frère et sœur, c'est normal, non ?
– Demi-frère et sœur, corrigea-t-il.
– Et alors ? Ça leur fait quand même un parent en commun. Pourquoi est-ce que tu trouves ça bizarre ?
Il sortit de sa poche intérieure une photo qu'il avait préalablement prélevé sur le mur d'Elinor, et le tendit à la jeune femme.
– Tu sais qui c'est ?
– Ben… Elinor, répondit-elle, plus confuse que jamais.
– Regarde ses yeux…
Tina devint perplexe :
– Elle a les yeux gris… elle a pas les yeux bleus Elinor, normalement, comme tous les rejetons de Mr Bell ?
– Exactement, dit James. Ce n'est pas une photo d'Ellie, mais de sa mère, Tara. A cette différence près, mère et fille se ressemblent comme deux gouttes d'eau.
Mais Tina ne voyait toujours pas où il voulait en venir.
– Et le problème est que… ?
– Problème, je ne sais pas si on peut appeler ça comme ça. Mais ça m'intrigue, toute cette ressemblance. Al est une copie d'Ellie. Et Ellie est une copie de Tara. Tu saisis ? C'est étrange qu'Al ressemble à Tara alors qu'ils n'ont pas de lien de sang, non ?
Il y eut un petit silence. Tina observa Alioth pendant un long moment sans cligner des yeux.
– C'est en effet étrange, concéda-t-elle.
– Personne ne se pose de questions parce qu'il a les yeux de Brutus Bell, mais y'a anguille sous roche.
– Mais la mère d'Elinor est morte au moins une décennie avant la naissance d'Alioth, non ? Comment tu t'expliques cette ressemblance ?
– Je ne me l'explique pas, ce gamin est bizarre.
Le cheval d'Alioth se dressa brusquement sur ses pattes arrière sans parvenir à désarçonner le garçon, et Brenitte applaudit bruyamment.
– Al ressemble à ses deux parents, poursuivit James sans le quitter des yeux. Il a les yeux de Mr Bell, mais des traits de Marion également. On ne peut pas nier qu'il soit un mélange entre ces deux sangs. Tara et Elinor ne devraient logiquement pas entrer dans l'équation. Cependant…
– Cependant ?
Il marqua une pause, avant de poursuivre :
– Brenitte m'a dit que les Bell avaient la fâcheuse tendance de se reproduire entre eux. Ça pourrait expliquer ce mystère.
Tina esquissa une grimace de dégoût.
– Quoi, tu penses que Mr Bell et Ellie... ?
– Bien sûr que non ! coupa James avec agacement. Je pensais un peu plus en amont.
– Éclaires-moi, parce que je suis perdue, admit-elle.
– Je me demande si Mr Bell et Tara n'avaient pas un lien… de sang.
– Iyeww ! s'écria Tina avec un mouvement de recul. James, c'est tout aussi répugnant !
– Je sais ! s'exclama-t-il avec désespoir. Mais tu dois admettre que ça pourrait expliquer beaucoup de choses ! Pourquoi les deux frangins se ressemblent, pourquoi Al est capable de produire un peu de magie… Si Tara et Mr Bell sont cousins par exemple, ça pourrait expliquer pourquoi Al lui ressemble tous les deux.
Tina semblait toujours aussi dégoutée.
– C'est dégueulasse !
– J'essaie de me montrer objectif, Tina. S'il te plait. Il faut que tu m'aides ! Je sens qu'il y a un lien avec toute l'enquête, et j'en ai assez de tâtonner dans le noir.
Tina s'adossa dans sa chaise, visiblement contrariée et hésitante.
– Qu'est-ce que ça a à voir avec Lee ?
– Je ne sais pas. Mais comme je te l'ai dit, j'en ai fini de chercher à l'aveugle dans cette famille. J'ai besoin de preuves tangibles et avérés.
Un petit silence s'installa entre eux. Alioth guidait à présent son cheval le long d'une course d'obstacle circulaire, et Brenitte semblait sur le point de s'évanouir de bonheur, telle une groupie devant son chanteur de rock préféré.
– Tara est morte de toute manière, fit finalement remarquer Tina. Comment est-ce que tu comptes récupérer quelque chose d'elle ?
– Elinor chérit une brosse ayant appartenu à Tara. Je suis certain que tu peux en tirer quelque chose.
Tina fit la moue.
– J'accepte, mais simplement pour que tu mettes fin à ces théories incestueuses une bonne fois pour toutes.
D'un Coup de Baguette Magique ! n'assurera plus le mariage de l'année !
Selon nos sources, la célèbre agence de Claire Lukas a été remerciée - sans cérémonie ! - de l'organisation du mariage tant attendu de James Potter et Elinor Bell. « James Potter, qui suit avec une attention toute particulière l'organisation du mariage, a été très déçu et a décidé de repartir de zéro » nous confie Mrs Casino, gérante de l'entreprise concurrente à présent chargée de l'heureux événement. « Nous n'avons que quelques semaines devant nous, mais toute l'équipe est mobilisée pour que l'organisation soit à la hauteur de leurs espérances ».
Si vous n'avez jamais entendu parler de La Bonne Fée, rien d'étonnant : bien que située sur la Grande Rue de Pré-au-Lard, l'agence est d'apparence si miteuse que les passants se conduisent comme les Moldus devant l'entrée du Chaudron Baveur. L'agence, crée en 1945, à brièvement connu son heure de gloire sept ans plus tard en organisant avec succès les mariages des Brown, des Smith, des Laxan, des Vojinovic, avant de rapidement sombrer dans les méandres de l'anonymat.
Mais Mrs Casino se défend de tout amateurisme, vantant le succès des récentes noces d'argent de Mr et Mrs Brown, prestation qui avait alors été saluée par Marry Merrily au mois de mai dernier. Ce sera d'ailleurs le couple en charge de ce projet qui s'associera de nouveau pour le mariage. « Notre meilleure organisatrice, malgré son jeune âge, a été personnellement chargée par Mr James Potter de mener à bien le projet, et sera épaulée par Nathan Smith. » ajoute fièrement Mrs Casino…
– Comment ça, « épaulée par Nathan Smith » ? s'indigna James.
D'habitude, il ne lisait que les premières pages du Sorcier du soir, mais l'ennui l'avait amené à lire le journal de bout en bout, à la fin duquel il était tombé sur ce déplaisant article.
Elinor, qui d'ordinaire soustrayait avec précision tous les articles traitant de la relation entre Nathan et Lily, se maudit intérieurement de son erreur. Mais pour sa défense, jamais elle n'aurait pensé qu'un journal qui se voulait aussi sérieux que le Sorcier du Soir s'amuserait à relater des faits aussi mondains.
Elle haussa donc les épaules, et s'appliqua à afficher un air innocent.
– Je suppose que ça veut dire qu'il va lui prêter main forte, dit-elle.
– Hein ? Mais je ne suis pas d'accord ! s'écria James, l'air scandalisé. C'est Evans que j'ai embauché.
– Rectification : c'est La Bonne Fée, que tu as embauché, corrigea Elinor. Tu as exigé que Miss Evans travaille dessus, mais tu ne lui as pas interdit de se faire aider par ses collègues.
– Je ne veux pas que Smith travaille avec Evans sur notre mariage !
– Arrête de te montrer immature, s'agaça-t-elle. Tu sais ce que ça représente de préparer un mariage de cette échelle ? Nathan est un professionnel, et il est indéniablement doué, quels que soient les différents qu'il y a entre vous deux. Si elle a besoin de lui et qu'il veut bien l'aider, je ne vois pas le problème.
– C'est juste une stratégie pour la récupérer, se buta James.
– Et alors ?
– Je ne veux pas de lui autour d'elle.
Elinor roula des yeux.
– Si je ne te connaissais pas, je dirais que tu te sens menacé.
James eut un rire incrédule.
– Par Smith ? Non, je ne crois pas.
– Ah oui ? Pourtant, il est plutôt sexy, surtout quand il fait tomber sa chemise, j'en sais quelque chose. Et tu as vu la photo qu'ils ont mis d'Evans et Nathan en page 33 ? Ils sont mignons, non ?
James la foudroya du regard.
– Hey, j'y peux rien, moi, s'ils vont bien ensemble, se défendit Elinor.
– Ils ne vont pas bien ensemble.
– En tout cas, sur la photo, si, s'obstina Elinor. Et la nouvelle de leur rupture ne semble pas avoir filtré vu qu'il est clairement sous-entendu que c'est parce qu'ils collaborent pas seulement dans leur vie professionnelle… Je me demande si c'est vrai.
James se renfrogna encore plus, et Elinor, traversée par une vague de culpabilité et effrayée qu'il aille vérifier la véracité de cette rumeur, décida de cesser de l'embêter.
– Tu connais la presse, dit-elle d'une voix douce. Ils passent leur temps à exagérer toutes sortes de rumeurs et à dire que tout le monde fréquente tout le monde. Ne t'inquiètes pas, je suis certaine qu'il n'en est rien. Surtout après votre triangle amoureux là, je suis certaine qu'il ne veut plus de Miss Evans autant qu'elle ne veut pas de lui.
James soupira.
– Tu as raison. Par ailleurs, est-ce que tu as un retour de Hestia, à propos de l'article de Marry Merrily ?
– Oui, mentit-elle sans sourciller. Tout va bien, le retard est normal, comme je te l'avais dit.
TINA REVINT LE VOIR deux jours plus tard, avec un air si contrarié que James craignit qu'elle soit de nouveau revenue les mains vides. C'est avec un air grave peint sur le visage qu'elle lui demanda un aparté. James voulut l'entraîner une nouvelle fois vers le jardin, mais elle secoua la tête et exigea qu'ils se dirigent plutôt vers le village.
– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il, une fois certain d'être à l'abris des oreilles indiscrètes.
Tina soupira.
– Quand tu es venu me voir la dernière fois, tu m'as confié toutes ces choses parce que tu me fais confiance, n'est-ce pas ?
James acquiesça.
– Fais-moi confiance lorsque je te dis qu'il faut que tu t'en ailles avant qu'il ne soit trop tard.
– Qu'est-ce que tu veux dire ? s'étonna James.
– Je ne sais pas ce qui se passe, mais ça sent mauvais. Ça sent vraiiiiiment mauvais. Et rien ne vaut le risque que tu prends. Cette famille est bizarre. Et tu ne peux même pas aider cette pauvre fille. Elle-même ignore dans quoi elle est plongée.
– Qu'est-ce que tu as découvert ?
Tina croisa les bras.
– Promets-moi que tu vas cesser ton enquête.
– Non.
– Ça ne va pas faire revenir Lee.
– Je sais.
Elle le défia du regard, et il soutint son air impérieux.
– Je suis le seul à pouvoir faire ça, Tina, dit-il sans cligner des paupières. Leur maison a été fouillé sept fois l'année dernière sans que rien ne soit découvert. Avec l'aide d'Elinor, j'ai découvert des choses que les Aurors ne trouveront jamais. Et je sens que je suis près du but. S'il te plait, Tina.
Elle soupira.
– Mr Bell et Tara n'ont aucun lien de parenté.
James soupira de soulagement.
– Tu m'as fait peur !
– Tu ne devrais pas te sentir soulagé pour autant.
Il fronça les sourcils.
– Qu'est-ce que t'as découvert ? demanda-t-il finalement, l'air interdit.
Tina soupira de nouveau, avant d'annoncer d'un ton grave:
– Brutus Bell…
Elle s'interrompit, inspira profondément, et recommença.
– Brutus Bell n'est pas le père d'Alioth.
James en resta proprement stupéfait.
– Mais… c'est impossible, dit-il d'une voix faible, comme s'il tentait de lui expliquer que la somme d'un plus un ne pouvait être égale à cinq.
– J'ai refait le test trois fois. J'en suis certaine.
James se mit à faire les cent pas. Il ne comprenait plus rien. Al avait pourtant les yeux de Mr Bell…
C'était impossible.
– Peut-être que l'échantillon n'appartient pas à Mr Bell, et qu'Heidi s'est trompée.
– Je ne pense pas, dit Tina.
James fronça les sourcils.
– Comment peux-tu en être si sûre ?
Elle ne répondit pas, et se passa les mains sur le visage.
– Qui est le père d'Al ? insista-t-il.
Elle secoua la tête.
– Ça n'a pas d'importance.
– Ça n'a pas d'importance ? répéta James, incrédule.
– Parce qu'il y a encore plus bizarre. Parce qu'il y a encore plus tordu. Parce que j'aurais aimé ne pas le savoir, et parce que je regrette de l'avoir découvert. Et James… je ne sais pas si je fais bien de te le dire. Peut-être que ça devait rester enterré.
– Est-ce que ça a un rapport avec la mémoire d'Elinor ?
Tina se passa nerveusement une main dans les cheveux.
– Je ne sais pas, répondit-elle honnêtement.
James la prit par les épaules, et l'obligea à lui faire face.
– Dis-moi ce que tu sais, Tina.
Elle ferma les yeux, avant de capituler, l'air défaitiste.
– Brutus n'est pas le père d'Alioth… et Marion n'est pas la mère non plus.
MARION LUI JETA un regard empli de désespoir.
– Qu'étais-je supposée faire ? s'écria-t-elle d'une voix chevrotante.
Ils se trouvaient dans la bibliothèque, où James l'avait retrouvée après le départ de Tina et avait exigé une entrevue. Elle avait ouvert la bouche pour le congédier, mais le regard inhabituellement dur de son futur gendre l'avait réduite au silence. Elle ne l'avait pas quitté des yeux, tandis qu'il avait soigneusement verrouillé la porte, s'était dirigé vers le buffet, avait rempli deux verres de whisky, dont il en avait posé un devant elle l'air de dire « vous allez en avoir besoin », avait tiré une chaise et s'était installé devant elle. Il y avait quelque chose d'intimidant et de presque menaçant dans les gestes très mesurés de James, quelque chose qui n'était pas sans rappeler son propre mari, et quelque chose qui lui avait fait comprendre qu'elle ne se trouvait pas en position de force.
– Vous n'avez pas répondu à ma question, siffla James.
– Elle avait dix-sept ans, ce n'était qu'une enfant, renchérit Mrs Bell. Elle ne voulait pas de cet enfant, quand j'en avais désespérément besoin. J'ai fait ce qu'il y avait de mieux pour tout le monde. Et Ellie a pu vivre comme une jeune femme normale de son âge. Cela aurait été un fardeau bien trop lourd pour elle.
– Mrs Bell, avertit-il sur un ton doucereux.
Sa voix, tout comme les traits de son visage, étaient parfaitement maitrisés, mais tout le reste, de la position de son corps à la baguette qu'il faisait tournoyer dans ses doigts, trahissait la fureur qui l'animait.
Marion se pinça les lèvres, mais tenta de plaider sa cause sous un nouvel angle.
– Alioth a grandi dans mes meilleures conditions. Il n'a manqué de rien. Je l'ai réellement aimé et élevé comme mon fils. Et Brutus aussi l'a considéré comme son fils. Je…
James leva sa baguette et la pointa entre les deux yeux de la matriarche, qui se tut aussitôt.
– C'est la dernière fois que je vous mets en garde, avertit-il d'une voix lente et maîtrisée, comme s'il voulait s'assurer qu'elle comprenait chacun des mots qu'il employait. Lequel des deux ?
Il y eut un long silence.
James ne cligna pas des yeux une seule seconde, et elle soutint son regard.
Finalement, elle se redressa, déglutit, et répondit d'une voix tremblante :
– Dom.
James ferma les yeux, et laissa échapper un soupir de soulagement.
Ce n'était pas Jacob.
Ce n'était pas Jacob.
Ce n'était pas Jacob.
Il s'humecta les lèvres.
C'était Dom.
Etait-ce mieux ?
Que s'était-il passé il y a dix ans ?
– C'était... consensuel ? demanda-t-il avec une appréhension évidente.
Il était heureux qu'il ne s'agisse pas de Jacob, mais cela voulait-il dire que Dom et Elinor avaient une relation consentie ? Bien que les différents portraits de Dom qu'il avait eu décrivaient un jeune homme bien sous tous rapport et aimant réellement sa filleule. Elinor l'avait décrit comme un homme ouvert et très affectueux, Tom parlait encore de lui avec chaleur et affection, et même Wiksy pensait de lui qu'il était un bon maître.
– Je suppose, répondit Mrs Bell, qui sentit l'adoucissement dans le ton de sa voix
James la sonda du regard, comme s'il essayait de déterminer si ce qu'elle disait était vrai ou non. Finalement, il abaissa sa baguette, et se mit à faire les cent pas dans la pièce.
– Ils avaient une liaison ?
– J'ignorais qu'il y avait quoi que ce soit entre eux, admit Marion, et je n'ai jamais eu la moindre raison de soupçonner quoi que ce soit. Dom l'a toujours traitée comme sa filleule et n'a jamais trahis de sentiments inappropriés à son égard. Ils étaient très proches et complices, mais j'ai toujours cru que c'était simplement dû au fait qu'il était son parrain. J'ai été très surprise...
Sa voix se brisa.
– Je n'étais pas au courant, et dans le cas contraire je n'aurais jamais laissé mon frère séduire Elinor. Elle n'était qu'une enfant, et il avait presque le double de son âge. Mais je n'ai rien vu venir – personne n'a vu rien vu venir.
– Et Dom était d'accord avec le fait que vous éleviez son fils ?
La lèvre de Mrs Bell se mit à trembler, et ses yeux se remplirent de larmes.
– Dom était déjà mort quand Alioth est né, répondit-elle dans un souffle.
James acquiesça.
– Je suis désolé pour la mort de votre frère, dit-il un peu maladroitement.
Elle acquiesça en séchant avec un mouchoir en soie les larmes qui avaient perlé au coin de ses yeux.
– Qu'allez-vous faire ? questionna-t-elle finalement.
James s'arrêta et se tourna vers elle.
– Comment ça, qu'est-ce que je vais faire ?
– Vous ne pouvez pas en parler à Elinor, déclara-t-elle fermement.
– Et pourquoi donc ? Elle mérite de savoir la vérité.
Marion se leva.
– Elle a fait une crise de nerfs sévère après l'accouchement. Imaginez une jeune femme de dix-sept ans qui découvre soudain qu'elle est enceinte et accouche le même jour ? Sans compter que Dom étant déjà mort, elle n'aurait pu compter sur son soutien ? Et Brutus ? Brutus l'aurait tuée sans aucun doute. C'était trop pour elle : elle rejetait Alioth, et a même tenté plusieurs fois de mettre fin à ses jours. C'est pour cela que je lui ai effacé la mémoire. Elle sombrait dans la folie. Et elle a recommencé à rire de nouveau une fois que cet épisode a été effacé de sa mémoire.
James la regarda impassiblement.
– Elinor a refait sa vie. Comment pensez-vous qu'elle réagira en apprenant que son frère est son fils ? Elle n'est pas assez forte, pour cela. Vous ne feriez que bouleverser leurs vies. Surtout celle d'Al. Il a dix ans, comment pensez-vous qu'il réagira en apprenant que sa sœur est sa mère, et que son père est en fait son grand-père ? Comment pensez-vous que Brutus réagira en apprenant ce que j'ai fait ? Il me tuera, et Al sera traumatisé.
– Vous auriez dû y réfléchir avant.
– Je n'ai pas décidé d'élever Alioth uniquement parce que Brutus voulait un descendant. Je l'ai fait parce qu'Elinor était incapable de s'en occuper. Je voulais qu'il grandisse dans sa famille.
– Et vous comptiez lui dire la vérité un jour ?
– Oui… mais je n'arrivais pas à trouver le bon moment pour détruire la vie de ma fille. Nos vies étaient redevenues paisibles, elle vivait à l'étranger et nous étions ici. Je ne voyais pas l'intérêt de la bouleverser, je ne voulais pas qu'elle revive un épisode aussi sombre de sa vie.
– Et quand elle est revenue ?
– J'ai estimé qu'elle avait assez de problèmes comme ça.
James s'approcha de la fenêtre, et regarda le jardin en contrebas où Elinor jouait aux cartes avec Al.
– Si vous plait, Mr Potter.
Il resta silencieux si longtemps que Mrs Bell crut qu'il s'était endormi.
– Je vais y réfléchir, déclara-t-il finalement.
Elle laissa échapper un soupir de soulagement, et se laissa retomber dans son fauteuil.
– Merci.
– Je ne le fais pas pour vous, mais pour Al et Ellie, précisa-t-il froidement.
– Je comprends, dit précipitamment Marion.
Elle hésita, avant de demander :
– Comment l'avez-vous découvert ?
James se tourna vers elle.
– J'ai fait faire quelques tests. J'avais besoin de comprendre ce qui s'était passé.
Il eut soudain une idée.
– Votre mère s'est trompée, par ailleurs. Votre mari n'a rien à voir avec la grossesse d'Ellie, on a vérifié.
Mrs Bell ouvrit de grands yeux surpris.
– Vous en êtes certain ?
– Vous n'auriez jamais dû en douter.
Mrs Bell se mordit la lèvre.
– C'est vrai… Je n'aurais jamais dû. Je me rends compte à présent à quel point tout ceci est stupide.
James reporta son attention sur Elinor et Al.
– Qu'êtes-vous prête à faire, pour que je ne révèle pas ce que je sais à Mr Bell?
– Tout ce que vous voudrez, murmura-t-elle sans hésitation.
James se retourna et eut un sourire ironique. Quelques mois plus tôt, dans la même pièce, il avait donné la même réponse soumise à Elinor.
– Mon silence, même temporaire, a un prix, dit-il en la regardant droit dans les yeux.
– Je comprends, dit Mrs Bell. Et je ne pense pas avoir le choix.
Il eut un rictus sinistre.
– Vous ne l'avez pas.
Elle soutint son regard.
– J'ai trois conditions, dit-il le levant trois doigts.
– Je vous écoutes.
– Premièrement, vous aller jouer les petites espionnes pour moi.
Elle se redressa.
– Mon mari...
– Si je lui révèle la vérité, vos chances de survie sont de 0, coupa-t-il avec impatience. Si vous acceptez mes conditions, le pourcentage dépendra de votre réactivité et de votre habilité à vous montrer discrète. De plus, je ne vous demanderai rien de très compromettant.
Marion se pinça les lèvres.
– Bien, capitula-t-elle d'une voix sèche.
James se passa la main dans les cheveux.
– Deuxièmement, je ne veux voir ni Jacob ni votre mère dans les parages, exigea James.
– Je peux faire quelque chose pour ma mère, mais Jacob est au courant de mon petit secret. A votre avis, pourquoi est-ce qu'il reste vivre avec moi quand je ne le supporte pas ? Il me fait chanter…
– C'est pas mon problème, coupa-t-il avec impatience. Débrouillez-vous.
Il y eut un petit silence.
La respiration de Mrs Bell devint erratique.
– Très bien, siffla-t-elle.
James se rassit devant elle et joignit les bouts de ses doigts.
– Troisièmement, Elinor et moi nous retournons vivre chez moi.
Marion ne voyait pas non plus comment accéder à cette troisième condition, mais James avait été très clair : ce n'était pas son problème.
Et elle n'avait pas le choix.
Note de l'auteur:
(Je suis certaine que vous vous êtes demandés pourquoi je parlais autant d'Al dans le chapitre précédent…)
OK! Voila donc le dernier chapitre un peu lourd lourd de l'histoire. Si vous n'avez pas tout compris, ce n'est pas grave car on reviendra sur plusieurs aspects de ces découvertes beaucoup plus tard !
Qu'est-ce qui vous a le plus surpris ? Choqués? Laissés perplexes? J'adorerai avoir vos théories !
Je suis pressée de poster la suite, car on repart complètement sur du Jily ! Là, vous savez tout ce que vous avez besoin de savoir, vous êtes au même stade que James, et j'espère que vous comprenez mieux le triangle amoureux.
Et comme je le sous-entends, James va pas trouver Lily là où il l'a laissée et donc vous vous doutez bien qu'il va lui courir après ! huhuhuhuhu ^^
Désolée pour le retard, comme c'est un chapitre pivot, j'avais besoin de le relire pour être certaine de ne pas avoir mal écrit quelque chose ! J'ai pas eu le temps d'y jeter un coup d'œil avant ! Je m'excuse aussi, car je ne suis pas certaine de mettre à jour dimanche, il se pourrait bien que j'ai un ou deux jours de décalage en fait ! Je passe un WE révisions au fin fond de la montagne pour me concentrer, sans tech, et je sais pas si je reviendrais à temps dimanche pour poster ! Quoi qu'il en soit, vous aurez la suite dans moins d'une semaine !
Merci à tous pour vos lectures, et vos reviews bien évidemment ! Merci à Sheshe13, Chevalier du Cat, Pingoupingouin &Miisss!
Reviewez, canailloux!
