CHAPITRE 22: Traitre – LILY


NATHAN RETOURNA DANS LE BUREAU quelques secondes à peine seulement après que Lily eut fini de se remaquiller afin effacer les traces de ses pleurs, qui avaient coulé malgré elle dès que les garçons l'avaient laissée seule dans la pièce. Elle n'était pas peu fière de s'être très vite remise de ses émotions, d'être parvenue à confiner sa peine dans un coin de son esprit la décontraction qu'elle affichait paraissait naturelle et convaincante.

– Ça te va comme un gant, complimenta Nathan en refermant la porte.

– Merci, dit Lily en souriant. Merci encore pour la robe.

– De rien. Besoin d'aide pour la fermer ?

Elle acquiesça, puis releva ses longs cheveux épais, qui n'avaient pas reçu de coups de ciseaux depuis sa dispute avec Katie et lui arrivaient au milieu du dos, afin de ne pas l'entraver dans sa tâche. Nathan remonta la fermeture assez lentement pour savourer la beauté de la peau mouchetée de Lily, qu'il lui tardait de pouvoir caresser à nouveau, mais pas trop non plus pour que cette dernière ne se rende pas compte qu'il était vivement tenté de faire exactement le contraire.

Nathan admettait être souvent tombé amoureux, mais jamais il n'avait eu de certitude aussi forte au sujet d'une femme. Lily était celle de sa vie. C'était déconcertant, la facilité avec laquelle il s'imaginait vivre avec elle, le plaisir qu'il prenait à concevoir chaque détail de leur vie future, l'excitation à l'idée qu'elle porterait ses enfants, le sérieux avec lequel il planifiait leur mariage, le bonheur quand il…

Son regard accrocha une infime trace de sang, présente sur l'une des manches de sa chemise d'un blanc neige et probablement conséquente de la correction qu'il avait donné à Potter.

Merde.

Lily se retourna, ouvrit la bouche pour le remercier mais s'interrompit en voyant son visage pâle.

– Est-ce que tout va bien ? s'inquiéta-t-elle en fronçant les sourcils.

– Oui, bien sûr, assura Nathan en cachant son bras derrière son dos.

Il aurait dû prendre son temps avant de revenir, mais la peur que Potter ne vienne se plaindre avant qu'il ne finisse de se nettoyer l'avait fait se précipiter. Fort heureusement, son rival avait réagi exactement comme il l'avait espéré : en refusant de venir se présenter ruiné devant la femme qu'il cherchait à impressionner.

Tandis que Lily le regardait d'un air soupçonneux, il pria intérieurement pour qu'aucune autre trace n'ait échappé à l'inspection qu'il avait faite de son apparence afin d'effacer toute trace de l'altercation.

– Oh, remarqua-t-elle en lui montrant le col de sa chemise. Il y a du sang, là…

Nathan pâlit.

– J'ai dû me couper en me rasant ce matin, parvint-il à répondre avec un sourire forcé.

Lily secoua la tête, l'air de dire « nigaud », et fit disparaître la tâche.

Il profita qu'elle lui tourne le dos pour prendre un dossier pour effacer celle sur sa manche.

Pendant près d'une demi-heure, ils définirent un budget et travaillèrent sur les arguments à avancer pour conclure le contrat avec Herbert Laiguillette. Car si ce dernier avait accepté de les rencontrer, il ne s'était pas encore engagé sur le fait qu'il acceptait de collaborer sur le mariage. Et Lily, fervente admiratrice du créateur, n'ignorait pas que le couturier était autant connu pour être un artiste exceptionnellement doué que pour être imprévisible. Son travail était d'une qualité rare, mais il ne le livrait que lorsque ça le chantait – et ça ne le chantait pas souvent (ce qui avait causé beaucoup de déboires quand il avait officié comme costumier de la troupe de danseurs Loquace, qui n'avaient reçus leurs tenues qu'une demie heure avant de donner leur première représentation du Lac des Cygnes) Or, le mariage n'était que dans trois petites semaines, et Lily ne disposait que de cette entrevue pour le convaincre d'accepter de créer les robes d'Elinor, tout en respectant les délais impartis.

Si Herbert acceptait, Lily n'avait aucun doute que le mariage serait sauvé, car c'était la seule pièce capitale qui lui manquait encore – Nathan avait réellement fait du bon travail. Tous les autres couturiers s'étaient désistés. Si Herbert refusait, Lily ne donnait pas cher de sa peau. Elle imaginait déjà qu'Elinor serait très mécontente de ne pas avoir les dragons qu'elle avait exigé, si en plus elle lui annonçait ne pas avoir de robe de mariée…

– Marlène et Dorcas vont être tellement jalouses quand elles vont apprendre que j'ai rencontré Herbert Laiguillette, s'extasia-t-elle en regardant sa montre.

Elle était à la fois pressée que la rencontre survienne et anxieuse. L'enjeu était de taille, mais malgré la pression, l'instinct de compétition de Lily était excité par le défi présenté. Et puis, Reléguer James Potter dans un coin de son esprit était bien plus facile lorsqu'elle avait tant de chose à faire. Sans compter qu'elle allait rencontrer Herbert Laiguillette !

Elle avait hâte.

Contrairement à Nathan.

La jeune femme ne manqua pas de remarquer tout au long de leur discussion que son collègue ne manifestait plus autant d'énergie et d'enthousiasme que lorsqu'il était venu lui annoncer la bonne nouvelle. Au contraire, il semblait étrangement préoccupé et moitié aussi concentré que d'habitude.

– Est-ce que tout va bien ? s'enquit-elle d'une voix inquiète.

– Bien sûr, assura-t-il précipitamment.

Trop précipitamment. Le front de Lily se rida.

– Je sais que tu me caches quelque chose, insista-t-elle en touchant son bras. Qu'est-ce que c'est ?

Il soupira, puis se passa nerveusement la main dans les cheveux.

– Est-ce que tu penses que tu pourrais gérer Laiguillette toute seule ?

Quoi ?

– Quoi ? s'exclama-t-elle en écarquillant les yeux. Mais… pourquoi ?

Sa voix était rendue aiguë par la panique.

– Je ne voulais pas t'en parler pour que tu ne paniques pas, mais il y a un problème avec le traiteur.

Lily devint livide. Oh non, ça n'allait pas recommencer…

– Qu'est-ce qui se passe, exactement ? demanda-t-elle, une lueur de désespoir dans la voix.

– Je ne suis pas sûr, admit-il, mais j'ai l'impression que Mrs Lukas les soupçonne à juste titre de s'associer avec nous malgré son interdiction, et qu'elle leur met la pression. J'ai besoin de m'assurer qu'ils ne comptent pas nous lâcher au dernier moment, et je pense qu'il faut parler avec eux le plus tôt possible, convaincre Mrs Pott de nous rester fidèle.

Lily soupira, soudain lasse.

– Oh, purée…

– Ne te décourages pas, intima Nathan.

Elle acquiesça, puis se mit à faire les cent pas dans la pièce. Ce n'était pas le moment. Mrs Lukas, encore ! Ce n'était putain de pas le moment, quand Nathan et elle avançaient ! Elle qui pensait que Nathan et elles faisaient des progrès dans l'ombre, voilà que leurs nouvelles alliances étaient découvertes…

Découvertes…

Oui… mais comment ?

– Comment est-ce qu'elle fait pour être aussi bien renseignée sur nous ? s'écria-t-elle avec colère. On a signé ce contrat il y a trois jours, et elle est déjà sur notre dos. Comment est-ce qu'elle fait ?

– Elle a constamment une longueur d'avance sur nous, admit Nathan.

– Oui, mais comment ? Si elle menaçait ouvertement tous les prestataires du pays, Angie aurait trouvé quelque chose, j'en suis certaine. Les journalistes essaient de deviner ce que je prépare, donc ça aurait fuité pour sûr. Ça demande de la discrétion, un coup pareil.

– Ce n'est pas impossible pour autant, fit remarquer Nathan.

– Mais ça reste bizarre, non ? Parfois, j'ai l'impression qu'elle sait exactement ce qu'on prépare, comme si elle était devin ou je ne sais quoi…

Il haussa les épaules.

– Je ne sais pas comment elle fait pour deviner nos projets. Elle est influente et riche. Elle corrompt les uns et intimide les autres. Mais ce n'est pas ce qui importe pour le moment. L'urgence, c'est de décrocher cet accord avec Laiguillette. Laisse-moi m'occuper de Mrs Pott.

Lily se passa une main dans les cheveux.

– Tu as raison.

– Compte sur moi, dit Nathan.

Elle lui adressa un sourire.

– Toujours.


HERBERT LA SONDA intensément du regard, et Lily se raidit en attendant le verdict.

C'était un jeune homme très intimidant, bien que clownesque au premier abord. Son maquillage coloré accordé à ses tenues bariolées échouaient pourtant à adoucir la froideur de ses gestes et de son regard, tétanisant Lily jusqu'au bout des ongles (bien qu'elle faisait un travail admirable à ne rien laisser paraître), et le fait qu'une partie de son cœur battait la chamade à l'idée que cet artiste tant admiré soit si élégamment installé en face d'elle ne l'aidait pas à se décrisper.

Herbert Laiguillette, criait la petite fille en elle, qui ne parvenait pas à s'en remettre.

Lily se sentait comme une groupie idiote, et son enthousiasme avait par moment transpercé dans sa voix, mais Herbert avait semblé apprécier le fait qu'elle soit si familière avec son travail et appréciative de son talent. Une ou deux fois, il avait même esquissé un sourire benêt.

Il en esquissa un troisième avant de reprendre la parole, au bout d'une interminable minute.

– Je vous aime bien, déclara-t-il de sa voix rauque et profonde. Et pas uniquement parce que vous vous avez parfaitement saisi l'essence de mon art, ou parce que vous êtes jolie. J'aime l'énergie très agréable que vous dégagez. Ce devrait être très agréable de travailler avec une personne comme vous.

– Merci, dit Lily en rougissant légèrement.

Michelle esquissa un sourire ravi, et versa de son excellent thé dans la tasse de Lily. La flatteuse admiration de cette dernière avait très vite remporté l'approbation de l'assistante du couturier, qui lui laissait des clins d'œil rassurants dès que leurs regards se croisaient.

– Buvez, Lily. Vous paraissez un peu pâle.

La rouquine obtempéra.

– Alors… qu'est-ce que vous en dites ? reprit-elle anxieusement.

Herbert entrelaça ses longs doigts fins, avant de les poser sur ses cuisses entrecroisées.

– Si je suis franc avec vous, chère Lily, le serez-vous également avec moi ? demanda-t-il contre toute attente.

Michelle lui fit discrètement signe d'accepter.

– Euh… oui, accepta Lily, décontenancée et nerveuse.

Il se pencha légèrement vers elle, et leva deux doigts.

– Je n'ai accepté de vous rencontrer que pour deux raisons. Premièrement, j'en avais assez que votre ami Mr Smith m'harcèle plusieurs fois par jour afin que je vous reçoive. Deuxièmement…

Il plongea de nouveau son regard dans celui de Lily, qui sentit son estomac se nouer.

– … J'étais très curieux de voir cette mystérieuse Miss Evans dont ma petite-amie me parle constamment.

L'intéressée se raidit, et fronça les sourcils. Elle avait un mauvais pressentiment.

– Qui est votre… amie ? demanda-t-elle d'une voix mal assurée.

Il eut un petit sourire.

– Carla. Lukas.

Lily devint livide. Elle était maudite.

Carla Lukas ?

Putain de merde de…

– Rassurez-vous, reprit Herbert en se redressant, le fait qu'elle ne vous porte pas dans son cœur n'aura aucune incidence sur mon choix. Je ne me mêle pas du travail de Carla, et elle ne se mêle du mien. Les affaires sont les affaires, et ce que vous me proposez mérite définitivement réflexion.

Il prit le rouleau de parchemin contenant la proposition de contrat rédigée par Lily, et le parcourut avec un intérêt non feint. La jeune femme n'osait toujours pas respirer, et cette fois, les sourires confiants de l'assistante d'Herbert ne parvinrent par à la détendre.

– Pourquoi trois robes ? demanda-t-il enfin.

– Elle veut en porter une pour la cérémonie, une pour la fête et une pour leur départ en lune de miel.

Elle ignora le pincement de son cœur.

– Je ne fais pas de robes de mariage, continua doucement Herbert sans lever les yeux. Je fais des robes, bien sûr, mais mon style fantaisiste ne colle pas vraiment avec ce genre d'événements.

– J'espérais que vous feriez une exception, dit timidement Lily. Ça pourrait être un défi ? L'occasion de revisiter cette tenue si classique. Un peu comme ce que vous avez fait pour Le Lac des Cygnes.

Herbert redressa la tête, visiblement en pleine réflexion.

– Je n'ai que vingt-huit ans et je suis divorcé quatre fois, ça m'a un peu… disons, rendu allergique à cette institution. Pour que je fasse une exception, il me faudrait une excellente raison.

Elle se mordit la lèvre. Est-ce que cela voulait dire qu'il refusait ? Mais il lui adressa un sourire chaleureux.

– Vous semblez être une grande admiratrice de mes créations, reprit-il.

– Je les trouve extraordinaires, admit-elle.

– Mais ce n'est pas votre mariage, fit-il remarquer. Donc vos goûts et préférences importent peu.

– Miss Elinor apprécie aussi beaucoup votre travail.

Lily n'avait pas failli de remarquer qu'Elinor s'habillait presque uniquement des robes de Laiguillette pour les grandes occasions.

– Je sais, dit Herbert avec amusement. En fait… Ellie et moi nous connaissons depuis l'enfance, et c'est moi qui l'habille exclusivement depuis son retour en Angleterre. On est si bons amis que si elle voulait que je lui fasse une robe, elle me l'aurait demandé directement.

Lily pâlit.

– Et je trouve curieux que vous me demandiez ma collaboration à trois semaines du mariage, continua Herbert. C'est un délai affreusement court. Pas impossible, bien entendu. Je pourrais vous en faire dix dans ce délai. Mais court. Inhabituel. Bizarre. Et il suffit de parler avec vous dix minutes pour comprendre que vous êtes une personne extrêmement organisée. Puis-je savoir pourquoi vous me sollicitez aussi tard ?

Elle hésita. Herbert lui avait demandé d'être franche, mais elle était réticente à lui révéler le chantage de Mrs Lukas.

– J'ai dû faire face à un contretemps, qui m'a contraint à annuler ma collaboration avec Mariage Pourpre, admit-elle au bout d'un silence.

Herbert leva un sourcil.

– Mais ce n'est pas la seule maison faisant des robes, fit-il remarquer. Vous avez eu un contretemps avec toutes les autres ?

Exactement.

– C'est… compliqué.

Lily se mordit nerveusement la lèvre. Herbert la sonda du regard.

– Je suis curieux. Racontez-moi ce qui se passe, chère Lily.

Michelle lui fit de nouveau signe de tête pour l'encourager, alors Lily parla. Lorsqu'elle eut fini, Herbert resta pensif quelques instants. Il reprit le contrat, qu'il parcourut tout aussi attentivement que les trois premières fois.

– Je suis navrée d'entendre que vos prestataires étaient si peu dignes de confiance, si Mrs Lukas a pu tous les corrompre aussi facilement, dit Michelle.

– J'en suis navrée aussi.

– Carla serait furieuse si j'acceptais, dit Herbert. Mais d'un autre côté les affaires sont les affaires, et je vous avoue que mes yeux ont du mal à se décoller de la somme inscrite sur cette ébauche. Surtout que j'ai envie de m'acheter une boutique sur Paris…

– Ce pourraient être les fonds dont nous avons besoin, et nous pourrions nous passer d'investisseurs, dit Michelle sur un ton pensif.

– Par robe, précisa Lily.

Ils se tournèrent vers elle.

– Excusez-moi ?

– Je vous propose cette somme par robe. Elinor en veux trois. Sans compter que je serai ravie que vous créiez également les robes des demoiselles d'honneur, et le costume de James.

Herbert resta pensif.

– Votre petite-amie n'a pas forcément besoin de savoir que vous travaillez pour moi, ajouta Lily. En fait, je préférerai même qu'elle ne soit pas au courant, pour que l'information ne tombe pas dans l'oreille de sa mère. Si vous êtes discret, je le serai aussi, et nous serons tous gagnants.

Herbert se lissa la barbe, clairement tenté.

– Et… vous avez aussi dit qu'Elinor était l'une de vos amies. Vous êtes mon dernier espoir. Et le sien.

– Pourquoi est-ce que vous ne rendez pas le mariage à Mrs Lukas ?

– Parce que je ne me suis jamais laissée faire par les brutes, et ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer. J'ai donné ma parole à Mrs Casino que je resterai loyale, et je me battrai jusqu'au bout.

– Au risque de faire couler le mariage d'Ellie ?

– Ça n'arrivera que si vous ne m'aidez pas.

Herbert marqua une pause.

– J'aime Carla. Je n'ai pas envie de la perdre.

Lily leva un sourcil en un signe de défi.

– Vous l'avez dit vous-même. Les affaires sont les affaires. Ça n'a rien à voir avec ce que vous ressentez pour elle.

– On a besoin de cet argent, ajouta Michelle sur un ton grave.

Herbert se mit à pianoter l'accoudoir de son fauteuil, l'air indécis.


NATHAN OUVRIT de grands yeux surpris.

– Il a accepté ? répéta-t-il avec stupeur.

– Oui ! dit Lily avec un large sourire. Il a dit oui, il a dit oui, il a dit oui !

Elle lui sauta dans les bras. Nathan n'en revenait toujours pas, et mit quelques secondes à la serrer dans ses bras.

– Eh ben… félicitations, dit Nathan avec un sourire qui n'atteignit pas ses yeux.

– Merci à toi, répliqua Lily. Tout ça, c'est grâce à toi. Merci de l'avoir harcelé.

Elle l'embrassa sur la joue. Cette fois, le sourire de Nathan fut sincère.

– Je suis vraiment contente de travailler avec lui, continua Lily qui, incapable de tenir en place, sautillait encore de joie. Je crois que c'est une première pour lui de faire une robe de mariée, mais je suis certaine que ce sera magnifique. Herbert Laiguillette ! Mon Dieu.

– Je ne savais pas que tu étais aussi fan de son travail, d'ailleurs, dit Nathan.

– Fan depuis que Marlène et Dorcas m'ont offert l'une de ses créations pour un anniversaire, expliqua-t-elle. C'est ma robe préférée, et ça vaut une blinde. Et là, j'ai eu l'occasion de visiter ses ateliers, je vais m'évanouir de bonheur.

Elle le prit de nouveau dans ses bras.

– Sérieusement, merci !

– De rien, Lily.

Elle inspira profondément.

– Désolée si je m'emporte, c'est juste que je suis tellement contente. Tellement soulagée. Mais bon, il est temps de redevenir sérieuse. Comment ça s'est passé avec Mrs Pott ?

– Très bien, dit Nathaniel avec fierté. Ce n'était pas facile, mais elle a accepté de rester avec nous. Les petits poils qui dépassaient virilement de ma chemise y sont probablement pour quelque chose.

Lily éclata de rire.

– J'ai toujours trouvé ça horrible.

– Quoi ? s'offusqua-t-il. Mais y'a rien de plus sexy !

Elle roula des yeux.

– C'est ça, oui.

– T'y connais rien.

– Merci beaucoup, dit-t-elle en l'embrassant de nouveau sur la joue. T'es vraiment mon porte-bonheur.

Elle soupira d'aise. Tout allait si bien, pour une fois ! Elle se mit à fouiller le bac à courrier placé dans l'entrée, à la recherche du sien.

– C'est un petit peu grâce à Marlène et Dorcas aussi, dit-elle d'une voix pensive. Je devrais peut-être les remercier, peut-être en leur offrant une robe d'Herbert Laiguillette pour le mariage. J'ai vu en exclusivité sa nouvelle collection, woaw !

Le sourire du jeune homme s'effaça.

– Comment ça, remercier Marlène et Dorcas ?

– Le fait que j'en sache autant sur son travail lui a beaucoup plu, et ça a définitivement joué en ma faveur.

Nathan lui jeta un regard glacé, qu'elle ne remarqua pas, occupée à décacheter une lettre qui lui était adressée.

– Ton salaire à l'air d'être devenu intéressant, depuis que tu prépares le mariage, commenta-t-il sur un ton faussement détaché.

– Hmm ? Oh, oui, je ne peux pas me plaindre… ça fait un bail que je ne me suis pas retrouvée dans le rouge, et pourtant, j'en ai fait des folies.

Elle leva les yeux du courrier une fois sa lecture achevée, et Nathan adopta aussitôt un air affable.

– Bonne nouvelle ? s'enquit-il.

– Mr Price nous propose de passer cet après-midi pour sélectionner les bijoux pour le mariage. Apparemment, il a des pièces extraordinaires à me proposer.

– Oh, bonne nouvelle. Je m'apprêtais à le relancer, d'ailleurs. Ce qui me fait penser que je dois aussi relancer Chintz Chairs… et confirmer le rendez-vous de demain avec Oscar de la Naranja…

Il prit un post-it sur le bureau de Shashi, en pause déjeuner comme le reste de leurs collègues, et se créa une note.

Lily et Nathan se dirigèrent dans la salle de repos, et attaquèrent les panier-repas qu'ils se préparaient chaque jour faute d'avoir le temps de manger dehors.

– En fait, dit-il soudain. Tu penses que tu pourrais aussi gérer Mr Price tout seul ? Je me dis que ce serait pas mal que je m'avance avec le contrat final avec Laiguillette.

– Hm-mm, bonne idée.

– Je demanderai à Alex de venir t'aider, proposa-t-il. Elle a très bon gout pour tout ce qui est bijoux, je suis certain qu'elle te sera très utile.

Le sourire de Lily s'affaissa, ce qui n'échappa pas à Nathan bien qu'il en interpréta mal la cause.

– Est-ce que je peux te poser une question indiscrète ? demanda-t-elle.

– Bien sûr.

– Tu n'es pas obligé de répondre, si tu n'en as pas envie, s'empressa-t-elle d'ajouter.

– OK.

Il la regardait à présent avec un mélange d'appréhension et d'espoir. Le ton grave que Lily avait adopté à l'évocation d'Alexandra lui semblait définitivement prometteur.

– Je sais que les choses ne seront jamais comme avant qu'on sorte ensemble, dit-elle. Mais je pensais qu'on était quand même redevenus bons amis. On est toute la journée ensemble, on va boire un verre tous les soirs depuis quelques temps, on rigole bien…

– C'est vrai…

– Alors pourquoi est-ce que tu m'as caché le fait que tu sortais avec Alex ?

Nathan ouvrit de grands yeux surpris.

– Comment tu sais ça ? demanda-t-il finalement, en se passant nerveusement la main dans les cheveux.

– Je… euh, l'ai plus ou moins deviné la dernière fois, quand on s'est rendus dans leurs bureaux, mentit-elle en réalisant son erreur.

D'après Alex, Nathan souhaitait garder leur relation secrète. Lily ne souhaitait pas créer des ennuis entre eux en faisant croire à son collègue qu'Alex allait raconter ce qui se passait entre eux.

– Je ne sors pas avec Alex, expliqua-t-il après un silence.

– Vraiment ? s'étonna Lily.

Nathan poussa un long soupir.

– Quand on a cassé toi et moi, j'étais pas bien… et Alex et moi avons couché ensemble une ou deux fois. Je sais que c'était pas malin, car elle est ma meilleure amie et que ça pouvait compliquer les choses, mais… je sais pas, elle cherchait à me consoler et c'est juste arrivé.

– Oh. OK.

Intérieurement, Lily se demanda lequel des deux disait la vérité.

Car en y réfléchissant, elle n'avait pas plus de preuve que la relation avancée par Alex était réelle que de preuves que ce n'était qu'une simple liaison comme le prétendait Nathan. Et elle ne voyait pas pourquoi ce dernier lui aurait menti à ce sujet… au contraire, le fait que ce soit arrivé sporadiquement concordait plus avec le fait qu'il lui ait dit avoir encore des sentiments pour elle. Alex avait surement mal-interprété leur coup d'un soir ou deux…

– J'en suis pas très fier, ajouta Nathan.

– Oh, je ne suis pas en train de te juger, assura précipitamment Lily. En fait, je suis désolée de t'avoir interrogée sur ça, c'est pas mon problème. C'est juste que… tu sais comment Alex a toujours eu des sentiments pour toi, tu ne penses pas que tu devrais clarifier les choses avec elle?

– Comme je te l'ai dit, je sais que ce qui s'est passé entre nous n'était pas malin, mais je suis sûr qu'elle sait faire la part des choses.

– Oh, OK.

Lily ne voyait pas vraiment comment le contredire sans révéler le fait qu'elle savait qu'il en était autrement pour Alex.

– Pourquoi est-ce que tu n'es jamais sortie avec elle ? demanda-t-elle avec curiosité.

Nathan haussa les épaules.

– Elle n'est pas vraiment mon type. Même si… je me sens bien avec elle, c'est vraiment une fille géniale, mais je pense qu'on fait plus sens en amis qu'en amant.

– C'est quoi ton type de femme ?

– Ce serait trop facile de répondre « toi », je suppose ? dit-il en souriant.

Elle roula des yeux, mais ne put s'empêcher de lui rendre son sourire.

– C'est une question large.

– Si tu devais citer trois qualités principales ?

– J'aime les filles douces, affectueuses et gentilles, dit-il. Et toi ?

– Mon style de femme ? le taquina-t-elle en lui faisant un clin d'œil. Alors je dirais…

– Mais non, banane ! coupa-t-il en roulant exagérément des yeux. Ton style d'homme ?

Elle médita une seconde.

– J'aime les mecs drôles et imprévisibles.

– On a dit trois qualités.

Elle sourit.

– Ok. Drôles, imprévisibles et… sexy.

Comme James, comme James, comme James, comme James, comme James, comme James, comme

Non. Fermer son esprit.

De nouveau, son sourire s'affaissa. Ce qui n'échappa pas une fois encore à l'attention de Nathan.

– Tout va bien ? demanda-t-il.

– Oui, bien sûr.

Elle cala une mèche de ses cheveux derrière son oreille, et se remit à manger son plat de pâtes.

– A mon tour de poser une question indiscrète, lança soudain son collègue.

– Hmm, l'encouragea-t-elle.

– Qu'est-ce que t'as dit Potter pour te faire pleurer, ce matin ?

Lily se figea.

– Je n'étais pas en train de pleurer. Je… euh, transpirais des yeux. Il ne m'a rien dit.

– Alors il t'a fait quelque chose ?

Des flashs du moment où il l'avait embrassée lui revint en mémoire.

– Non.

– Je ne suis pas stupide, Lily. Enfin, pas tout le temps. Je sais qu'il s'est passé quelque chose.

Elle soupira.

– Est-ce que je peux utiliser mon joker ? Je n'ai pas très envie de répondre à cette question.

Et elle était sûre que Nathan aurait encore moins envie de l'entendre s'il savait la vérité.

– OK, capitula-t-il aussitôt. Désolé… Je ne voulais pas paraitre insistant, c'est juste que je m'inquiétais…

– Y'as pas de quoi, je t'assure.

– Mais si un jour il dépasse les bornes, je serai ravi d'aller lui refaire le portrait, ajouta-t-il avec légèreté. Ces gros muscles sont entièrement à ton service.

Il banda son bras, et lui fit signe d'en vérifier la fermeté d'un clin d'œil malicieux. Lily rit, et tâta avec appréciation le bras en effet bien musclé de son ex-petit ami.

– Et qu'est-ce qu'il a dit, au fait, quand il a su que je bossais sur son mariage avec toi ?

– Il n'était pas très content, admit-elle.

Quoi ? feint-il de s'indigner. Alors que je me tue jour et nuit pour en assurer le succès ?

– Il ne t'aime pas.

Quoi ? répéta-t-il, de nouveau faussement scandalisé. Alors que je me tue jour et nuit pour en assurer le succès ?

– Tu ne l'aimes pas non plus.

Quoi ? Alors que je me tue jour et nuit pour en assurer le succès ?

Lily roula des yeux, amusée. Nathan secoua la tête.

– Il n'a pas exigé que je dégage sur le champ ?

– Même s'il me l'avait demandé, j'aurais dit non, assura-t-elle sur un ton sans réplique.

Nathan parut satisfait. Lily lui adressa un sourire.

– Je voulais vraiment te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi, dit-elle solennellement. Si ce mariage réussit, ce sera vraiment grâce à toi. Tu m'encourages quand je désespère, tu harcèles les prestataires, tu te laisses pincer les fesses par Mrs Waters…. Je ne sais toujours pas comment tu as fait pour débloquer la situation mais… Merci. Du fond du cœur.

Il lui adressa un sourire.

– Je t'avais dit que je serai ton porte bonheur.

– C'est vrai.

– Je suis heureux de pouvoir t'être utile, Lily.

– Tu m'es plus qu'utile, tu m'es essentiel. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi.

– T'aurais probablement tué Claire Lukas.

Elle sourit.

– Probablement. Ou Elinor Bell. Ça réglerait pas mal de problèmes, ajouta-t-elle sur un ton amer.

Nathan sourit, hésita, puis demanda sur un ton nerveux.

– Est-ce que je peux te poser une autre question ? C'est un peu indiscret.

– Bien sûr.

– Pas le droit d'utiliser de joker cette fois, avertit-il avec sérieux. Je veux vraiment une réponse.

– OK, dit-elle avec appréhension.

Il la regarda droit dans les yeux.

– T'as vraiment un style de femme ?

Lily se contenta de lui adresser un sourire mystérieux.


ALEXANDRA LA FIXA d'un air clairement pas convaincu.

– T'en es sûre ? insista-t-elle.

– Oui, dit Lily, qui ne leva pas les yeux de la parure qu'elle inspectait de peur que la bijoutière ne lise son malaise sur son visage, car elle n'avait jamais été une bonne menteuse. Nathan ne voit personne, c'est techniquement impossible. Je ne l'ai vu avec personne, et pourtant, on est absolument tout le temps ensemble.

Le visage d'Alex se durcit.

– Et il ne sort pas avec moi, ajouta Lily précipitamment pour chasser toute ambiguïté. Lui et moi, plus. Jamais. De la vie. Il n'y a que toi qu'il voie, j'en suis certaine.

Alex se détendit.

Ce n'était pas exactement un mensonge. Nathan ne voyait certainement pas Lily, et n'avait humainement pas le temps de fréquenter qui que ce soit en dehors de la jeune brune. Donc il ne voyait techniquement qu'elle. Le problème, ce n'était pas de savoir s'il ne sortait qu'avec elle. Le problème était de savoir s'il sortait avec elle tout court.

– Depuis quand est-ce que vous vous voyez, déjà ? demanda-t-elle avec une fausse nonchalance.

Alex médita quelques instants.

– Je ne sais plus… Début juillet, environ. C'était peu après votre rupture.

Ça, Lily l'avait très bien compris. Et c'était toujours aussi vexant.

– Et à part ce que te souffle ton instinct, quand vous êtes tous les deux, ça se passe bien ? Il te traite bien ? C'est sérieux ?

Alex sourit rêveusement.

– Il est trop adorable, dit-elle sur un ton mielleux. Il est super affectueux, et m'offre plein de cadeaux, et mon Dieu, quel bon coup au lit! Je m'en plains pas, mais j'ai eu du mal à marcher après la première fois, si tu vois ce que je veux dire...

Elle lui adressa un clin d'œil, et Lily eut un sourire très tendu. Elle voyait en effet très bien ce que voulait dire Alex. Et elle n'en gardait pas un bon souvenir.

– Il est encore mieux que je ne l'aurais imaginé, poursuivit impudiquement la brune. Excepté le fait qu'il ne veuille pas qu'on se voit en public. Je veux dire… je suis la première à penser que tous les bobards qu'on raconte sur vous deux peuvent lui être utile dans sa carrière, mais je ne vois pas pourquoi il ne veut pas en parler au moins à nos parents. Ils seraient très contents de nous savoir ensemble.

Lily fronça les sourcils.

– En quoi le fait qu'on raconte que lui et moi sommes ensembles est utile ? demanda-t-elle, l'air confus.

– Grace à toi, il sort de l'ombre de sa mère. Il devient célèbre, il devient un nom. Ça l'aidera quand il ouvrira sa propre agence.

Oh. C'était donc pour ça qu'il « se tuait jour et nuit pour en assurer le succès » ? Lily n'était pas déçue pour autant, car si c'était ce qui conférait une telle motivation à son partenaire, c'était tout bénef pour tout le monde.

– Nathan veut quitter La Bonne Fée ? Il ne m'en a jamais parlé.

Alex lui fit un clin d'œil, avant se pencher sur la vitrine pour sélectionner une nouvelle parure.

– Confessions sur l'oreiller. Tu connais les hommes, une fois crevés, ils te disent tout et n'importe quoi. Nathan n'est pas très bavard d'habitude, mais bon on l'avait fait trois fois cette nuit-là…

Lily, heureuse qu'Alex ne pouvait pas voir son visage, eut tout le loisir de rouler lentement des yeux.

– …, il ne savait plus ce qu'il disait. Enfin, n'importe quoi… il m'a quand même dit qu'il m'aimait, ajouta-t-elle avec un sourire éclatant.

Lily se raidit.

Qu'est-ce qu'elle venait d'entendre ?

– Il t'a dit qu'il t'aimait ? demanda-t-elle en s'indignant intérieurement.

– Pas exactement, admit Alex. Juste qu'il aimait me faire l'amour. Mais bon, c'est pareil non ? Et puis tu sais ce qu'on dit. Les hommes font l'amour à la femme qu'ils aiment, et baisent les autres.

– Hmm.

Lily resta pensive quelques secondes.

– Alex ?

– Oui ?

– Je ne suis pas ton amie, mais je ne veux pas que tu sois malheureuse pour autant. Et pour être honnête, je commence même à bien t'aimer. Je sais que tes sentiments pour Nathan sont réels, et… je sais pas, peut-être que tu ne devrais pas t'emballer autant, vérifier que vous êtes sur la même longueur d'onde ?

Alexandra eut l'air confus.

– Pourquoi tu me dis ça ?

– Tu as l'air heureuse, bégaya la rousse. Et tu t'emballes, et c'est mignon mais… Je ne veux pas que tu finisses avec le cœur brisé.

– Il m'aime !

– Peut-être, mais…. Et si je m'étais trompée, et qu'il s'intéressait à quelqu'un d'autre ? Comment est-ce que tu réagirais ?

Alex se raidit.

– Est-ce que tu sais quelque chose ? demanda-t-elle avec appréhension.

– Non, mentit Lily, qui avait envie de se mettre des claques.

Devait-elle lui révéler que Nathan avait encore des sentiments pour elle ? Qu'il flirtait parfois timidement avec elle depuis son premier aveu ? Ou ne rien dire, et les laisser continuer leur relation, qu'elle qu'en soit la nature ? Peut-être qu'il était normal que Nathan ressente encore des choses pour elle, mais qu'il s'en défairait avec le temps ? Peut-être que ça n'empêchait pas qu'il aime également Alexandra, puisqu'il se montrait si adorable avec elle ?

Et peut-être pas. Peut-être qu'il se servait d'Alexandra pour se remettre d'avoir perdu Lily.

Après tout, même s'ils n'étaient sortis que deux mois, même si ça avait été une catastrophe, elle savait que les sentiments de Nathan pour elle était profonds et sincère dans un sens. Il n'avait jamais regardé une autre fille depuis qu'il la connaissait, lui avait témoigné de l'intérêt après dès l'instant où elle avait commencé à travailler à La Bonne Fée en novembre de l'année dernière, avait voulu l'épouser très vite… Leur relation avait eu plus de sens pour lui qu'elle en avait eue pour Lily. Nathan utilisait peut-être Alex pour s'en remettre, mais qui était-elle pour juger ? N'avait-elle pas fait la même chose avec lui, justement ? Il l'avait aidée à tourner définitivement la page sur l'Autre…

Mais ça faisait deux mois qu'il voyait Alex. Leur liaison était plus longue que sa relation avec Lily, qui n'avait duré que sept semaines. Donc peut-être que ça voulait dire quelque chose, et qu'il ne s'en rendait pas encore compte. Et puis avec un peu de chance, Alex et lui tomberaient amoureux au final… Ils formaient un beau couple.

Lily ne savait pas si elle pensait vraiment cela, ou si elle essayait de s'en convaincre pour justifier sa lâcheté.

Alex plissa les yeux.

– Tu n'es pas en train de me cacher quelque chose parce que je n'ai pas encore été capable de trouver l'information que tu recherches sur le boycott ? demanda-t-elle sur un ton soupçonneux.

– Non, nia vivement Lily.

– Parce que je cherche des informations pour de vrai, insista la brune. J'essaie réellement de t'aider. Je te promets que mon père ne veut pas que je me mêle de ce qui se passe entre Mrs Lukas et lui, mais que je veux fais de mon mieux pour t'aider.

– Je sais ! assura Lily. Et… Si j'avais des certitudes que Nathaniel voyait quelqu'un en dehors de toi, je te le dirai !

Après tout, Alexandra lui avait simplement demandé si Nathaniel la trompait avec quelqu'un d'autre, et ce n'était pas le cas. Elle tenait sa promesse, techniquement, même si elle ne se sentait pas très fière en l'instant.

Alex se détendit.

– OK, je te crois.

– C'est juste que… Tu le dis toi-même que ton instinct féminin était bon, reprit Lily avec un sourire qui n'atteignit pas ses yeux. Et si… je ne sais pas, dans l'hypothèse invraisemblable qu'il y ait quelqu'un d'autre dans son cœur, t'as réfléchi à ce que tu ferai ?

Alex la regarda droit dans les yeux.

– Je serai triste, dit-elle tout simplement.

Le cœur de Lily se serra.

– Je l'ai attendu toute ma vie, ce mec, ajouta-t-elle. Je pourrais avoir n'importe quel mec, mais c'est avec lui que je me vois mariée, et mère, et heureuse. C'est une évidence pour moi qu'on est faits l'un pour l'autre.

– Justement, dit Lily. Tu pourrais avoir n'importe quel mec. Tu es belle, intelligente, riche, et une businesswoman accomplie. Pourquoi est-ce que tu t'accroches tant à Nathan ?

Alexandra lui répondit de nouveau avec une poignante sincérité.

– Parce que je l'aime.


LILY SE SENTIT AMERE tout le reste de la journée, passée à travailler en compagnie de Nathan, et ne put s'empêcher de jeter fréquemment des coups d'œil à son collègue.

Elle avait longtemps débattu sur la nécessité de dire à Alexandra ce qu'elle savait, mais avait (lâchement) conclu que ce qui se passait entre eux ne la concernait pas. Elle ne voulait pas briser le cœur d'Alex, ne voulait pas la laisser espérer pour rien, et décida que le meilleur compromis était de les laisser définir eux-mêmes leur couple et se faire le plus discrète possible.

Moins Nathan la verrait, mieux ce serait.

Si elle pensait trop radical de retourner dans son propre bureau dans ce but, elle décida qu'elle devait du moins mettre fin à leurs rendez-vous post-travail qui redevaient une institution entre eux.

Aussi, lorsqu'il lui proposa d'aller boire un verre ce soir-là, elle déclina avec un faux regret dans la voix.

Nathan ne cacha pas sa déception, et insista une ou deux fois, mais Lily se montra ferme. Elle prétexta avoir promis de passer chez Dorcas, et s'y rendit d'ailleurs effectivement. Après tout, elle n'avait rien de mieux à faire, et avec de la compagnie elle aurait bien plus de mal à ne pas penser à James.

Elle regretta cependant son choix lorsque les deux femmes s'installèrent à la terrasse d'un café, car son amie s'assura lourdement que Lily était passée à autre chose. Et par autre chose, elle voulait dire Felix. Dorcas avait apparemment gardé contact avec lui par l'intermédiaire d'Andréa, et nourrissait l'espoir qu'un couple se forme. Elle ne tarissait pas d'éloges sur le jeune homme, qu'elle trouvait absolument char-mant, sans réaliser que Lily semblait de plus en plus mal à l'aise.

Quand Dorcas l'encouragea une nouvelle fois à se tenir éloignée de James, la rousse comprit qu'elle avait en fait envie de parler de James, mais qu'elle n'était pas venue voir la bonne personne. Elle ne voulait pas qu'on lui dise une énième fois que James était un scélérat, coureur de jupon, briseur de cœurs indigne de confiance qu'elle ferait mieux d'éviter si elle ne voulait pas finir au fond de son lit à se goinfrer de chocolat en écoutant du Stevie Wonder. Elle savait qu'elle avait tout intérêt à renoncer à James. Elle était d'accord avec tous ses arguments. Elle comprenait qu'elle n'avait aucune place dans l'équation – si elle avait repoussé James quelques heures plus tôt, si elle avait renoncé à la seule chose qu'elle n'ait jamais désiré toute sa vie, si elle s'efforçait de ne pas trop se refaire dans sa tête leur échange (parce qu'elle pleurerait, si elle pensait à lui, parce qu'elle se souvenait de chacun des mots dits, de chacun de ses gestes, de quand il l'avait pris dans ses bras et quand elle les avait quittés, de son expression triste avant qu'il ne parte, de quand il lui avait brisé le cœur et de quand elle avait brisé le sien), c'était parce qu'elle acceptait le fait qu'elle n'avait aucune place dans l'équation.

Elle n'était pas stupide.

Elle était amoureuse.

Et Dorcas, qui avait eu la chance de tomber amoureuse de l'homme parfait du premier coup, qu'aucun homme n'avait jamais fait perdre les moyens avant Andréa, ne comprenait pas. Elle voulait son bonheur, mais ne comprenait pas que certains sentiments ne partaient jamais totalement. Certains amours étaient comme de la drogue : néfastes, et addictifs.

Elle n'avait jamais cessé d'aimer James, jamais depuis Poudlard, elle s'en rendait compte à présent.

Elle prit congés de Dorcas.

Elle n'alla pas chez Doc. Outre Katie-Cerbère, elle savait que même si Doc ne la jugerait pas, il ne comprendrait jamais, ne lui dirait jamais ce qu'elle avait envie d'entendre. Il lui dirait des paroles censées et responsables, et elle les écouterait, et c'en serait réellement fini avec James.

Elle savait qu'elle n'était qu'à deux doigts de renoncer définitivement à lui. A deux doigts.

Et même si elle savait que c'était la meilleure chose à faire, son cœur s'accrochait, cherchait désespérément une solution.

Je ne veux pas faire de concession, si ça veut dire que je dois renoncer à toi.

Pourquoi ne pouvait-elle pas être aussi égoïste ?

Elle rentra plutôt chez elle. Prit une plume. Répondit au courrier de Marlène de la veille, qui détaillait ce qu'elle avait deviné de l'anniversaire surprise qui se préparait par un tout autre sujet.


J'ai besoin de te parler. C'est vraiment important.


Puis tandis que le hibou de Marlène repartait avec le message de Lily, elle alluma la cheminée d'un coup de baguette. La chaleur devint vite désagréable à l'intérieur de l'appartement, aussi Lily s'installa à l'extérieur.

En attendant Marlène, et tout en dinant de restes de pizza, elle échangea des courriers avec Elinor sur le mariage afin de ne plus ruminer de sombres pensées. Cette dernière se montra sincèrement ravie et excitée d'apprendre qu'Herbert Laiguillette avait exceptionnellement accepté de lui faire une robe de mariée, et désira voir les premières ébauches au plus vite.


Seriez-vous libre jeudi de 14h à 15h ?


J'ai une heure de libre demain matin à onze heures. Venez au manoir.

Elinor Marvella BELL


OK… le message était clair. Elle jeta un coup d'œil à son agenda noirci de rendez-vous, et se résigna à sauter l'heure du déjeuner. Lily n'avait clairement pas le choix. Demain, onze heures, elle affronterait Elinor pour la première fois en personne depuis son retour. Et au manoir. Donc il y avait un sérieux risque qu'elle voie également James.

Déjà.

Et elle se sentit angoissée par cette perspective.

Elle n'avait pas prévu de revoir James de sitôt, et ne pensait pas être prête. Au vu de la conclusion de leur discussion (qui avait eu lieu la matinée même, mais qui semblait être survenue il y avait plus longtemps que cela), elle ne doutait pas que leur rencontre serait gênante. Et puis, comment était-elle supposée se comporter ? Il avait refusé d'être son ami, ils n'étaient pas amants, et elle ne se voyait définitivement pas retourner à leur relation ambigüe du mois dernier.

Qu'étaient-ils, à présent ?

Une ligne avait été franchie quand l'un avait murmuré en cachette « je t'aime », et que l'autre avait répondu tout aussi discrètement « moi aussi. » Elle n'arrivait toujours pas à croire toutes les choses qu'il lui avait dites…

Tu es ce que je veux…C'est toi que je veux, Lily…Tu es la seule qui aurait ça…Je ne veux pas te perdre…

Des choses qu'elle n'aurait jamais imaginé entendre un jour, qui avaient rendu ce moment si terrible, si surréaliste.

Ne me brises pas le cœur.

Elle sentit ses yeux s'embuer, son propre cœur se serrer.

Non, elle ne devait pas y penser. Elle secoua la tête, parvint à allumer une cigarette malgré ses mains tremblantes, se força à réciter les douze propriétés du sang de dragon pour repousser la peine qui menaçait de s'emparer d'elle. Une fois calmée, elle répondit :


Très bien, à demain.

Très bonne soirée à vous aussi,

Lily.


Herbert lui avait promis des ébauches pour le lendemain matin, et Lily ne doutait pas qu'elles plairaient à la fiancée. Elle était soulagée d'ailleurs qu'elle ait accepté le changement de dernière minute aussi facilement, qu'elle n'en ait pas questionné la raison.

Elinor était en effet si pointilleuse que Lily pensait que c'était un miracle qu'elle ne se soit pas rendue compte que la wedding-planner était passé de peu de la catastrophe avec son mariage.

Lily alluma une seconde cigarette. Fallait vraiment qu'elle arrête, mais elle se sentait tellement stressée en ce moment… Saleté de Mrs Lukas, pensa-t-elle férocement. Le mois dernier avait été difficile, la vieille femme était puissante, et si Lily avait envisagé d'aller travailler chez elle un jour, c'était dorénavant hors de question.

Elle avait les dents longues, quand même, quand elle y repensait. Lily n'en revenait que tous ses prestataires sans exception lui aient fait faux bonds. Même Herbert avait paru étonné de l'étendue de son influence. Mrs Lukas semblait connaître la terre entière !

Et puis ces prestataires justement… ils avaient une conscience professionnelle en papier pour des raisons évidentes, mais ils avaient également dû se vanter pour que Mrs Lukas sache qui cibler. Rien n'avait jamais filtré dans la presse, et Lily avait veillé dès le début à assurer la confidentialité de ses contrats, avait insisté auprès de ses collègues afin qu'ils ne dévoilent aucun secret du mariage à personne, avait même fait signer une clause de confidentialité à cet effet…

Je suis navrée d'entendre que vos prestataires étaient si peu dignes de confiance, si Claire a pu tous les corrompre aussi facilement.

Mrs Lukas devait disposer d'espions ou de complices un peu partout…

Je suis navrée d'entendre que vos prestataires étaient si peu dignes de confiance…

Lily posa sa plume.

Quelque chose la chiffonnait.

si Claire a pu tous les corrompre aussi facilement.

Elle se mit à faire les cent pas.

Tous ses partenaires l'avaient brusquement lâché, grandes enseignes et petites maisons. Les musiciens, l'officier de la cérémonie, les mages, les fleuristes, les confiseurs, les vignerons, les pâtissiers, les chocolatiers, les traiteurs, le papetier, les accessoiristes, les photographes, le voyagiste, les bijoutiers, le réceptionniste, le maître d'hôtel, le cuisinier, les loueurs de matériel de réception, le groupe de danseuses aquatiques, et surtout le dompteur de dragons (elle en pleurait encore de l'avoir perdu, d'ailleurs, ça ne courait pas les rues).

Ils l'avaient tous laissé tomber le même jour.

Je ne sais pas comment elle fait pour deviner nos projet...

Et si elle ne devinait rien du tout ?

Cela pouvait vouloir dire deux choses.

Ou alors, comme le pensait Nathan, le réseau de Mrs Lukas était tellement étendu qu'elle avait en effet des minions partout, et avait donc facilement appris où Lily se fournissait.

C'était possible, très possible, elle l'admettait. Trente ans de carrière, toussa toussa.

Ou alors on lui avait dit exactement où frapper.

Lily s'immobilisa, et se passa les mains dans les cheveux.

Les deux hypothèses étaient possibles, et même si Lily priait pour que la première soit la vraie, elle ne pouvait entièrement exclure la deuxième. Ce n'étaient pas uniquement ses contrats qui avaient été annulés, mais ceux relatifs aux projets gérés alors par Angie et Jane.

Comment Mrs Lukas avait-elle pu savoir que le Bal d'Automne de la maison de retraite Antépénultième Demeure serait organisé par La Bonne Fée pour des raisons de restrictions budgétaire ? Comment avait-elle pu deviner que le Club Anglais de Bavboules s'était résigné pour les même raisons à faire appel à La Bonne Fée pour s'occuper de la fête donnée pour célébrer l'ouverture de leur championnat ? Ce n'était pas quelque chose dont La Bonne Fée se vantait – les Bavboules, franchement ! –, et ce n'était pas quelque chose dont le CAB se vantait non plus – La Bonne Fée, franchement ! Le CAB et Antépénultième Demeure avaient honte de faire appel à La Bonne Fée, et c'était parfaitement réciproque.

Lily se remit à faire les cent pas.

Quelqu'un renseignait peut-être Mrs Lukas. Improbable, inouï, insensé, incroyable.

Mais pas impossible.

Mais qui ?

Lily ignorait comment Angie et Jane assuraient la confidentialité de leurs contrats, mais elle savait que les seules personnes au courant de la liste exhaustive de ses partenaires pour le mariage se comptaient sur une main.

Mrs Casino. Invraisemblable, au vu de l'échange qu'elle avait eu avec Mrs Lukas. Et Nathaniel lui avait dit qu'elle tenait à La Bonne Fée comme à la prunelle de ses yeux.

Nathaniel, justement. Impossible. Il n'avait commencé à travailler sur le mariage qu'après que le boycott ait commencé.

James Potter. Était-il utile d'argumenter l'aberration de cette hypothèse ? Probablement la seule personne en qui elle avait confiance aveugle.

Elinor Bell. La plus probable de tous. Lily mentirait si elle disait ne jamais avoir envisagé cette possibilité, mais la voix de la fiancée avait fait taire ses soupçons.

Je compte m'amuser un peu, mais je ne suis pas assez stupide pour saboter mon propre mariage.

Nope, pas stupide en effet…

Lily était une nuisance pour Elinor, et elle s'amusait clairement à la faire courir dans tous les sens. Elle avait engagé une réelle guerre des nerfs, probablement dans l'espoir qu'elle jette l'éponge. Mais au prix de son propre mariage ? C'était un peu gros… Lily doutait fortement qu'Elinor lui accorde autant d'importance, non. Et puis depuis quelques jours, la fiancée était redevenue ouverte d'esprit et accueillait ses propositions.

Merci de commencer les préparatifs au plus vite.

Clairement, Elinor avait saisi l'urgence de la situation. Elle ne voulait pas de Lily, mais voulait que ce mariage ait lieu. Or, si elle était derrière tout ça, n'avait-elle pas tout intérêt à faire cesser le boycott également ?

« Mais pourquoi toute cette mascarade ? » Lily se revoyait interroger le couple, ce à quoi James avait répondu : « La vérité – et ses parents ne veulent pas que ça se sache –, c'est qu'Ellie s'est faite engrosser par… Ouch ! C'est vrai ! » avait-il protesté quand Elinor l'avait frappé pour l'interrompre.

James l'épousait donc pour couvrir le fait qu'elle était enceinte… Lily fronça les sourcils. De qui pouvait-elle être enceinte, d'ailleurs ?

Et donc… c'est pour ça que tu épouses Elinor ?

En partie. Comme tu l'as dit, c'est compliqué.

Probablement de quelqu'un dont ses parents ou la société n'approuverait pas, si James et elle avaient monté cette mascarade.

Nope, Elinor n'était définitivement pas stupide : l'échec de l'une signifiait l'échec de l'autre, surtout si près du mariage.

Mais si ce n'était pas Elinor, pas James, pas Nathaniel et pas Mrs Casino, qui cela pouvait-elle bien être ?

Le coupable était souvent celui qu'on soupçonnait le moins. Et la liste de ceux qu'elle soupçonnait le moins contenait les mêmes noms : Mrs Casino, Nathaniel, James et Elinor.

Une autre hypothèse était qu'elle-même ait laissé échapper une information. Elle avait bien parlé du mariage à Dorcas et Doc, mais ils étaient également au-delà de tout soupçon. Elle en avait parfois discuté devant Katie et Andréa, c'était vrai, mais elle n'avait lâché qu'un ou deux noms de personnes ou d'enseignes par ci par là, pas une liste complète. C'était improbable.

C'était bizarre.

Et pourtant, elle avait intérêt à trouver comment Mrs Lukas se renseignait si elle voulait protéger ses nouvelles alliances. Et vite.

A qui cela profitait, en dehors de Mrs Lukas ? Qui était son complice ? Ses complices ?

Elle alluma une cigarette, et s'accouda sur la rambarde en regardant les voitures défiler dans la rue en contrebas.

C'était quelqu'un qui savait exactement avec qui Lily, Angie et Jane travaillaient… Mais Lily n'avait rien laissé échapper… Donc quelqu'un avait obtenu ces informations autrement. En fouillant dans ses affaires ? C'était possible… C'était même la seule manière d'avoir accès à la liste exhaustive.

Elle gardait son travail dans son bureau, et avait protégé l'agence elle-même suite aux menaces de Mrs Lukas afin de s'assurer qu'aucune personne étrangère au service ne puisse accéder aux espaces de travail sans être introduit par Mrs Casino, Lily, Nathaniel, Shashi, Jane ou Angie.

Si on avait fouillé dans ses affaires, il ne pouvait s'agir que de Mrs Casino, Nathaniel, Shashi, Jane ou Angie.

Mrs Casino ? Une fois encore, Lily ne voyait pas pourquoi elle se serait tiré une balle dans le pied.

Nathaniel ? Impossible également.

Non, se reprit Lily. Elle se devait de réfléchir calmement, objectivement.

Nathaniel travaillait certes jour et nuit pour la faire réussir, l'avait aidée à redresser la barre, mais il détestait James, gardait rancune contre Elinor, et n'avait fait la paix avec Lily que très récemment. Cependant… La Bonne Fée était quand même l'agence de son oncle, il ne voulait certainement pas la voir couler… Peut-être, mais il comptait quitter l'agence prochainement, donc cela revenait à la faire couler car les trois autres filles étaient moitié aussi douées que lui. Mais Nathan n'était pas si méchant… OK, certes, il fut un temps où il voulait la « punir », mais il avait tellement changé récemment… Et puis il s'impliquait tellement dans la réussite du mariage malgré qu'il détestait le couple… Non, Nathaniel, non.

Shashi ? Clairement pas assez intelligente pour forcer son bureau, que Lily protégeait tout spécialement.

Angie en revanche en était capable, elle était brillante. Mais elle faisait partie de la famille de Mrs Casino, elle n'avait aucune raison de faire couler l'agence.

Jane également en était capable, mais elle adorait son travail et était une amie d'enfance de Mrs Casino. Pour quelle raison l'aurait-elle trahie ?

Improbable, impossible, inouï, incroyable.

Pourtant, c'était clairement l'un des quatre.

SI il y avait réellement un rat. Après tout, Mrs Lukas était peut-être tout simplement très influente. De toute manière, s'il y avait bel et bien un traître, elle le saurait très vite si la nouvelle de sa collaboration avec Herbert filtrait.

Elle était assez confiante qu'Herbert ne romprait pas le contrat quelle que soit la pression de Mrs Lukas.

Le filet était donc lancé. Elle n'avait plus qu'à attendre de voir si un poisson s'y perdrait ou non...

Elle sursauta lorsque la cheminée s'activa, mais se précipita avec plaisir dans le salon, où la tête de Marlène dépassait de l'âtre.

– Marlène ! s'écria-t-elle en tombant à genoux.

– Hey ! s'exclama cette dernière avant de froncer les sourcils. Depuis quand est-ce que tu t'es remise à fumer, toi ? Combien de fois faut que je te botte le cul pour que tu comprennes que ce n'est pas bien ?

Lily roula des yeux.

– Je ne veux pas être jugée par une alcoolique, rétorqua-t-elle.

Marlène lui adressa un doigt d'honneur, et Lily sourit.

– Salope.

– Connasse.

– Ah, dit Marlène avec contentement. Des gros mots bien affectueux, je me sens à la maison! Qu'est-ce que tu m'avais manqué!

Elle sourit à son tour.

– Désolée de ne pas avoir pu venir en personne, reprit-t-elle avec une grimace. J'ai essayé d'avoir une permission spéciale, mais Euphémia est persuadée que j'essaie en fait d'assister au Carnaval de Notting Hill.

– Euphémia ?

– Mrs P. Elle m'a menacé de m'injecter de la morphine dans les jambes si je venais quand même. En fait, elle me menace de m'injecter de la morphine pour un oui ou pour un nom, parfois simplement parce que j'ai mauvaise haleine.

Elle roula des yeux, l'air exaspérée.

– Alors, dis-moi tout. Tu m'as inquiétée… tout vas bien ?

– J'avais besoin de parler de certaines choses, souffla Lily. Avec toi.

– Oh-oh. Je reconnais cette tête triste. Problèmes de cœur, je suppose ?

Lily acquiesça.

– Dis moi que tu n'es pas retournée avec l'Autre !

– Je ne suis pas retournée avec l'Autre.

– Ouf.

Marlène fronça les sourcils.

– Tu ne dis pas ça parce que je te l'ai demandé, hein ? demanda-t-elle sur un ton soupçonneux.

– Non, la rassura Lily. L'Autre est moi c'est fini.

– Mouais. J'ai entendu ça plusieurs fois, mais t'as clairement un petit côté maso, chérie.

– J'ai pas envie d'entendre ça de la part de quelqu'un qui a considéré son horrible ex comme l'homme de sa vie aussi longtemps.

Marlène lui adressa de nouveau un geste obscène de la main.

– Connasse.

– Salope.

S'accrochait, au passage, corrigea nonchalamment Marlène. Je suis totalement guérie. Pour ta gouverne, j'ai croisé Finn par hasard il y a quelques jours, et il ne s'est rien passé.

– Quoi ? s'écria Lily.

– Il est ici en vacances avec sa famille. Mais je te le raconterai quand on se verra ce week end pour mon anniversaire. En attendant, raconte-moi tout ce que j'ai raté. La dernière fois qu'on s'est vues, tu vivais le parfait amour avec Nathan, et j'ai cru comprendre que ce n'était plus le cas, mais tous les magazines prétendent le contraire… raconte.

Lily poussa un soupir.

– C'est une longue histoire.


MARLENE RESTA SILENCIEUSE un long moment.

– Reprenons du début, dit-elle enfin. Tu sortais avec Nathan, sans être vraiment heureuse, et il a voulu te demander en mariage après à peine deux mois de relation. Tu as paniqué et embrassé James, qui t'a embrassé ensuite, puis tu l'as embrassé de nouveau et ce devait être assez spectaculaire car il est tombé amoureux de toi.

– Il parait, glissa Lily.

– Ensuite il t'a fait rompre avec Nathan et te force à organiser son mariage avec sa blonde enceinte pour que tu tombes amoureuse de lui, parce qu'il est terrifié par l'amour à sens unique.

– A cause de son ex.

– Et alors qu'il a mis tous ces efforts pendant un mois, il a brusquement disparu de la surface de la terre et ne donne plus de nouvelles, revient comme si rien n'était, te déclare sa flamme sans vraiment rien te déclarer, puis te propose d'être sa maîtresse – ce que tu as eu le bon sens de refuser.

– Voilà…

Lily baissa les yeux.

– Enfin, il n'a pas vraiment fait de déclaration. Il m'a juste fait comprendre que j'étais spéciale pour lui. Et moi non plus, je ne lui ai rien dit de concret.

« Qu'importe de quoi parlent les lèvres, lorsque l'on écoute les cœurs se répondre. »

Lily sourit tristement. C'était exactement ce qui s'était passé entre James et elle…

« L'amour, c'est la fumée qu'exhalent les soupirs, attisé, c'est le feu dans les yeux des amants, contrarié, c'est la mer que viennent grossir leurs larmes. » continua la blonde.

Lily fronça les sourcils.

– C'est de qui, ça ?

– Alfred de Musset.

– Hmm. Je préfère : « L'amour, ça craint. C'est compliqué, c'est stupide et ça fait mal. »

Marlène fronça les sourcils.

– C'est de Musset, ça ?

– De moi. De mon expérience personnelle.

Marlène se pinça la lèvre inférieure.

– Ne sois pas pessimiste. L'amour est une très belle chose.

– Je sais. J'ai juste envie que quelqu'un m'aime pour ce que je suis, d'une relation simple, et j'ai l'impression de demander l'impossible.

Elles tombèrent toutes les deux dans un silence loin d'être désagréable, chacune perdue dans ses pensées.

– Je suis désolée, d'avoir autant insisté avec Nathan, dit enfin Marlène.

– Tu pouvais pas savoir, répondit aussitôt Lily. Et moi non plus. Et puis regarde, d'une certaine manière ça a marché étant donné que j'ai repris ma vie en main.

– Oui, mais à quel prix ? J'ai envie de l'étrangler...

– Surtout pas. Il m'a énormément aidé, ces derniers temps. Il s'est rattrapé.

Marlène soupira.

– Je me suis faite avoir par ses belles fesses et sa belle gueule. Une fois encore. Faut que j'arrête d'être aussi superficielle.

Lily éclata de rire.

– Je t'en veux pas, Marlène, assura-t-elle cependant. Vraiment. Mais pour te faire pardonner, tu devras me laisser choisir ta prochaine relation.

– Ah, surtout pas, s'écria cette dernière avec horreur. Ton historique prouve à quel point tu as mauvais gout.

– Connasse.

– Salope.

Marlène poussa un soupir las.

– J'avais dit à James bas les pattes, il n'écoute vraiment rien ! s'exaspéra-t-elle. A peine j'ai eu le dos tourné qu'il t'a sauté dessus, cet idiot. Il ne perd rien pour attendre.

– Je ne suis pas complètement innocente, je suppose.

– Oui, oui, je compte te mettre une fessée aussi. Qu'est-ce qui vous a pris de tomber amoureux ? C'est quoi votre problème ?

– J'ai pas choisi de tomber amoureuse de James Potter, s'indigna Lily. Et il semblait très embêté au début d'avoir des sentiments pour moi. Qui ne sont pas aussi forts qu'il le prétend, soit dit en passant, ajouta-t-elle avec amertume.

Marlène secoua la tête.

– Je sais ce que tu penses. Mais si James n'a pas rompu ses fiançailles avec cette femme, ce n'est pas parce qu'il te la préfère. C'est parce qu'elle est enceinte et vulnérable, et j'ai l'impression qu'elle n'a que lui.

Lily approuva.

– C'est vrai, admit-elle. Je ne sais pas vraiment ce qui se passent entre eux, mais je sais que c'est très particulier.

– Il n'a peut-être pas eu le choix.

Lily haussa les épaules, avant de tirer sur sa cigarette.

– Pourquoi est-ce que je ne peux pas tomber amoureuse de types biens comme Felix ? gémit-elle. C'est quoi mon problème ? Tout serait plus simple.

– Parce qu'on ne choisit pas qui on aime.

– Malheureusement.

Elle soupira.

– Je suis tellement gênée d'admettre devant Doc et Dorcas que je suis amoureuse d'un homme fiancé à une femme enceinte. Ça devrait me dégouter, mais non… Je suis là à me morfondre et à espérer au fond de moi qu'il changera d'avis avant le mariage que j'ai l'honneur d'organiser. C'est quoi mon problème ?

Marlène observa le silence quelques instants.

– Tu sais ce que je pense. Y'a pas de honte à être amoureuse. A partir du moment où c'est pas un membre de ta famille, le mec ou l'ex de tes amies, un animal, un animal mort, un objet, Dumbledore, Hagrid ou une plante.

Lily ne put s'empêcher de rire.

– Est-ce que tu veux mon avis sur le sujet ? demanda Marlène plus sérieusement.

Lily acquiesça, le cœur lourd.

– Dorcas et Doc ont raison. On ne peut pas ignorer que James va être père et marié dans quoi ? Deux, trois semaines ? En t'accrochant à lui, clairement, tu te fais du mal.

Lily poussa un soupir.

– Mais, reprit Marlène contre toute attente. Le mariage n'a pas encore eu lieu. Tu as donc quoi ? Deux, trois semaines devant toi.

– Pour ?

– Insérer du bon sens dans la grosse tête de James.

Elle fronça les sourcils, confuse.

– Comment ça ?

Marlène médita quelques secondes, à la recherche d'une troisième citation de De Musset pour l'aider à traduire sa pensée.

– « Si l'amour est brutal avec vous, soyez brutal avec lui; écorchez l'amour qui vous écorche, et vous le dompterez. », déclara-t-elle finalement.

Lily resta bouche bée plusieurs secondes.

– Tu penses que je devrais le piquer à Elinor ? murmura-t-elle d'une voix mi scandalisée mi incrédule.

– Non. Je pense juste que tu pourrais bousculer ton destin.

– En le piquant à Elinor ?

Marlène leva un sourcil.

– C'est pas ce que t'as essayé de faire pas plus tard que ce matin, en lui suggérant de te choisir ?

Lily eut la décence de rougir.

– Je pense que tu as bien fait, ajouta son amie. Tu as tenté de te battre pour ce que tu voulais. Ça a été un échec, mais tu ne devrais pas arrêter. Je pense que si tu l'aimes vraiment, tu devrais lui rappeler que tu es une option sérieuse aussi.

– Marlène… je ne peux pas faire ça. Elle est enceinte.

– Et alors ? C'est la vie.

– Ils vont former une famille. Je peux pas…

– Tu peux, d'après James, coupa Marlène.

– Je ne veux pas détruire un foyer qui n'a même pas encore vu le jour, fit Lily avec force.

Marlène bailla ostensiblement.

– Si tu ne veux pas être sa maîtresse, et que tu ne veux pas l'inciter à quitter Elinor, alors renonce à lui car il n'y a pas d'autre solution.

Il y eut un silence.

Lily la regardait avec une expression torturée.

– Je ne peux pas, murmura-t-elle enfin d'une voix tremblante.

– Alors bats-toi pour lui, dit férocement Marlène. Tant qu'il n'est pas marié, ce n'est pas trop tard.

– Je ne peux pas faire ça non plus, il est fiancé.

– Mais c'est toi qu'il aime !

– S'il m'aimait vraiment, s'il m'aimait de tout son cœur, il l'aurait larguée pour être avec moi. il aurait tout fait pour qu'on soit ensemble.

– Ça revient à dire que si tu l'aimais vraiment de tout ton cœur, tu aurais accepté de devenir sa maitresse, fit remarquer Marlène.

Lily se retroussa les lèvres.

– Je ne serai jamais sa maîtresse, déclara-t-elle avec force. Je ne serai la maîtresse de personne.

– Alors fais-le te choisir avant qu'il ne soit trop tard! Bats-toi pour lui ! s'exaspéra Marlène.

– C'est à lui de faire ses propres choix ! S'il me veut, il sait où me trouver.

– Peut-être qu'il ne l'a pas, ce choix ! suggéra à nouveau Marlène. Peut-être qu'elle le fait chanter, ou qu'elle l'oblige d'une manière ou d'une autre à l'épouser ?

– Non, dit immédiatement Lily. Ils ont l'air assez consentants tous les deux. Liés et libres à la fois. Très complices. Ils s'entendent plutôt bien, pour tout te dire. Dans un style un peu aristo quand même, y'a jamais d'effusions ni rien, mais ça se voit qu'ils s'aiment vraiment. En fait, s'ils ne m'avaient pas dit que leur union était factice, je ne l'aurais pas cru.

Elle s'arrêta le temps d'avaler une bouffée.

– Et elle est super canon en plus, ajouta-t-elle avec désespoir. Même enceinte jusqu'au yeux c'est une beauté.

– Hmm. Je dois admettre qu'elle est même plus jolie que moi, admit Marlène. Mais juste un petit peu.

Lily esquissa un sourire.

– Ça va les chevilles ?

– Impec.

Marlène poussa un soupir.

– Penses à ce que je viens de te dire, Lily. Mais penses vite. Tu n'as que trois semaines devant toi.


LILY AVAIT SOUHAITE une réponse différente en contactant Marlène, et elle l'avait eue. Simplement, elle ne savait pas si elle en était très heureuse. La suggestion de Marlène l'empêcha de fermer l'œil de la nuit, et se développa dans les morceaux de son cœur brisé.

Le lendemain au petit déjeuner, elle se surprit plus d'une fois en train de fomenter un plan en se sens, avant de se reprendre.

Elle se dégoûtait. Elinor était putain d'enceinte.

Mais pas de James…

Elle restait enceinte !

Jusque-là semaine prochaine, où son accouchement était prévu. Et ensuite…

Elle serait mère de deux rejetons.

Que James pourrait aider de mille façons…

Mais il a choisi de l'aider en l'épousant… pourquoi ?

Elle arriva au travail de bonne heure comme d'habitude, et se mit au travail dans l'espoir d'être distraite de James, mais une autre préoccupation, encore moins réjouissante, vint lui obscurcir l'idée.

Qui, parmi ses quatre collègues, jouait au rat ?

Il y avait-il réellement un rat ?

Elle eut la réponse quelques heures plus tard, quand elle se rendit chez Herbert, qu'elle trouva de mauvaise humeur.

– Carla est au courant que nous collaborons, dit-il une fois qu'il eut refermé la porte derrière elle dans son dos. On a passé la soirée à se disputer, puis sa mère est aussi venu de mettre la pression.

Lily soupira.

Il y avait bien un traître dans son équipe.

Elle se sentait aussi déçue qu'énervée.

– Vous n'avez pas l'air étonnée, remarqua Herbert en fronçant les sourcils.

– A vrai dire… vous avez dit quelque chose qui m'a fait penser qu'il y avait un traitre dans mon entourage, expliqua Lily. Le fait que Miss Lukas soit au courant aussi rapidement ne fait que confirmer ce que je redoutais.

Herbert serra la mâchoire.

– Vous avez une idée de qui ça peut être ?

Elle secoua la tête.

Il y eut un silence.

– Est-ce que… est-ce que ça remet en cause notre collaboration ? demanda-t-elle avec appréhension.

Après tout, elle avait pris un gros risque en annonçant la bonne nouvelle au reste de l'équipe.

– Non. Bien sûr que non. Les affaires sont les affaires. Mais vous feriez mieux de trouver ce rat. Et vite.


ELLE SE RENDIT ENSUITE au manoir Potter.

Croiser James fut aussi terrible qu'elle ne l'avait craint.

Elle tomba malheureusement sur lui dès son arrivée, tandis qu'il descendait l'escalier principal. Il ne portait qu'un bas de pyjama, et se grattait le derrière en récitant à voix haute la leçon qu'il tenait à la main.

Il s'interrompit en la voyant, pris au dépourvu par sa présence.

Lily écarquilla les yeux.

Mais ce n'était ni parce qu'elle ne s'était pas attendue à le voir de manière aussi immédiate, ni parce qu'il se grattait les fesses, ni même parce qu'il était absolument délicieux torse nu.

C'était parce que sa lèvre était fendue, son œil droit noirci, et le bas de son torse recouvert de bandages.

– Mais… Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? balbutia-t-elle en s'approchant de lui.

Elle se retint à grand mal de lui toucher le visage.

– Je suis tombé, grogna-t-il en détournant les yeux.

Le front de Lily se rida.

– Sur quoi ? Un coup de poing ? Ou même plusieurs, ajouta-t-elle d'un air scandalisé en le regardant de plus près.

Il lui jeta un regard furieux.

– Qu'est-ce que tu fais là ? aboya-t-il.

Elle fronça un sourcil, décontenancée par sa mauvaise humeur.

– Elinor m'a demandé de venir lui montrer de nouvelles robes, dit-elle froidement après un silence.

Il se passa les mains dans les cheveux. Elle crut déceler une lueur de regret dans ses yeux.

– Dans le salon.

Elle lui jeta un dernier regard, avant de s'éloigner. Pourquoi se montrait-il aussi froid avec elle ? On aurait dit qu'il lui en voulait pour quelque chose… Elle frappa à la porte du salon, la voix d'Elinor l'invita à entrer, mais James la héla avant qu'elle n'ait complètement ouvert la porte.

– Evans.

Elle hésita, le cœur battant, avant de se retourner.

– Je suis désolé, dit-il. J'ai juste pas très envie d'en parler.

Elle acquiesça, et eut un regard triste. Bien que ses yeux demeurèrent secs, son cœur semblait écrasé dans sa cage thoracique.

– James… est-ce qu'on est OK ? demanda-t-elle d'une voix mal assurée

Il haussa les épaules.

– Je ne sais pas, répliqua-t-il sincèrement après une pause.

Ils avaient tous les deux l'air malheureux, et cela n'était pas passé inaperçu aux yeux d'Elinor. Son petit miroir flottait comme souvent à hauteur de son visage, mais, pour une fois, ce n'était pas son propre reflet qui retenait toute son attention.

Elinor n'apprécia pas du tout le regard torturé qu'ils s'échangèrent, longuement, avant que Lily ne referme la porte et ne revêtisse son air le plus professionnel.

Mécontente, irritée, inquiète, elle fixa Lily avec une lueur assassine tandis que cette dernière étalait ses documents sur la table basse, en s'efforçant de faire taire les pleurs dans son cœur.

Elle sentit au bout d'un moment l'animosité qui émanait du corps de la fiancée, et leva la tête, le regard inquisiteur. Elinor ne se montrait pas tout le temps sympathique, mais c'était bien la première fois qu'elle la considérait avec une telle froideur dans les yeux. De toute évidence, elle n'était pas contente, voire même prête à en découdre.

Mais de quoi ?

Lily se demanda un instant si elle devait crever l'abcès ou non. Elinor pinça les lèvres. Elle baissa la tête, et décida de ne rien crever du tout.

– Mr Laiguillette a déjà quelques croquis à vous présenter, dit-elle d'une voix dont l'enjouement était clairement forcé. Il semble très inspiré par vous, de toute évidence, vu le peu de temps que cela a nécessité.

Elle tenta un sourire.

Elinor resta de marbre. Parut encore plus irritée, si possible.

Lily déglutit.

OK. Juste… se taire. La boucler.

Même après l'avoir côtoyée tout l'été, Lily trouva qu'Elinor était toujours aussi intimidante, et constata avec une certaine amertume que ni le poids qu'elle avait pris avec sa grossesse, ni sa mine revêche ne parvenaient à atténuer sa splendeur. Intérieurement, elle ricana à l'idée d'essayer de piquer James à ça.

Impossible.

Une fois son cartable vidé, elle prit place le plus élégamment possible dans le fauteuil face à Elinor, qui la fixait toujours sans sourciller.

Une longue, longue minute passa.

Puis, comme Lily doutait fortement que c'était sa propre beauté qui captivait Elinor, elle se décida à engager la conversation.

– Est-ce que tout va bien ? s'enquit-t-elle de la voix la plus aimable possible.

Elinor s'accouda sur le fauteuil, et posa son menton sur son poing.

– Je vous avait bien dit que vous tomberiez amoureuse de lui, dit-elle enfin d'une voix doucereuse.

Lily cligna des yeux, prise de court.

– Pardon ?

– La première fois qu'on s'est rencontrés, insista Elinor. Vous m'avez assuré que vous saviez ce que vous faisiez, mais je vous l'avais dit que vous ne résisteriez pas au charme de James.

Lily ouvrit la bouche pour protester. La referma. La rouvrit.

– Clairement, vous vous êtes surestimée. Je sais ce qui s'est passé, hier. C'est pas difficile à deviner. Et je suis assez contrariée.

La referma.

Elinor s'adossa de nouveau confortablement dans son siège.

– Heureusement, vous semblez être revenue à la raison.

– Ce n'est pas ce que vous croyez, souffla Lily.

Elinor ignora son commentaire.

– Je regrette simplement que James soit aussi malheureux. Vous lui avez vraiment briser le cœur. Pour tout vous dire, je me délecterai bien de votre désarroi, si celui de James ne me préoccupait pas tant.

Lily mit quelques secondes à déterminer comment réagir. Nier ? Avouer ?

– Ce n'est pas ce que vous croyez, répéta-t-elle.

Nier.

Mauvais choix.

Elinor leva la tête.

– Pensez-vous que je suis stupide ?

– Non, dit Lily.

– Tant mieux, parce que je ne le suis pas. J'ai bien vu comment vous vous êtes regardés juste avant que vous ne rentriez, comme deux jeunes amoureux séparés par un coup tragique du destin.

– Je ne suis pas amoureuse de James !

– Vous l'êtes, siffla Elinor avec colère. Ce n'est pas parce que vous le niez que ça sera moins vrai, ou que j'aurais moins envie de vous étrangler.

Il y eut un silence.

– Je suis désolée, s'excusa finalement Lily. C'est juste… c'est juste arrivé.

– Oh, pitié ! s'exclama Elinor avec irritation. Ce n'est pas comme si cela vous est innocemment tombé dessus. Vous l'avez cherché.

– Non !

– J'ai bien vu ce que vous faisiez sous mon nez. Vos petits jeux de séduction. Quel professionnalisme, railla-t-elle en applaudissant.

Lily était mortifiée.

– Ce n'est pas…

– Je vais mettre quelque chose au point dès à présent, coupa Elinor.

Lily se tut.

– Je vous ai déjà pourtant mis en garde contre le fait de convoiter mon fiancé, assez gentiment de surcroît. Mais je crois que je vais me dispenser des formes cette fois, dans l'espoir qu'il n'y ait pas de troisième fois. Vous tentez encore une fois de séduire James, vous faites que ne serait-ce papillonner des yeux dans sa direction, et je tâcherai de faire de votre vie – personnelle, professionnelle, et même celle dans l'au-delà s'il le faut – un enfer. Comme ça.

Elle claqua des doigts. Lily cligna des yeux.

– James peut être un tremplin dans votre carrière, poursuivit Elinor en plissant les yeux, mais je serai un plafond de métal. Et croyez-moi, vous ne voulez pas me mettre à dos. Je ne suis pas vraiment une gentille personne avec les gens que je n'aime pas.

Lily inspira profondément.

– Est-ce que vous me menacez ? demanda-t-elle d'une voix moins assurée qu'elle ne l'aurai voulu.

– Je vous avertis. Je pensais que nous avions un accord, et je dois avouer que je suis déçue que vous vouliez la crémière en plus du beurre et de l'argent du beurre. Vous allez organiser ce mariage, puis disparaître de nos vies.

– Il n'y a rien entre James et moi, dit Lily d'une voix tremblante.

– Uniquement parce qu'il m'a choisie, moi. Si vous n'aviez pas été trop gourmande, je suis certaine que vous seriez en train de roucouler dans l'ombre.

Lily devint écarlate. Elinor retira la pince retenant ses cheveux.

– Je sais que vous avez exigé qu'il me quitte. C'est ce qu'elles exigent toutes.

– Ce n'est pas...

– Je vous ai laissé faire car je savais que James me choisirait. J'aurais beaucoup aimé voir votre tête quand vous avez compris que vous passeriez toujours derrière moi. C'est une bonne leçon, non ?

Lily ne répondit pas. Les deux femmes se défièrent du regard.

– Remettons-nous au travail, voulez-vous ? dit finalement Elinor de sa voix habituelle, comme si les cinq dernières minutes n'étaient pas arrivées.

Lily ravala et sa fierté, et les larmes qui menaçaient de couler, et s'efforça de se remettre en mode professionnel. Elinor semblait considérer que l'incident était clos, et se comporta comme à son habitude.

– C'est exactement ce que je voulais, s'écria-t-elle d'une voix émue quand elle fut présentée avec les esquisses d'Herbert.

Lily se retint de lui faire remarquer que ce n'était pas du tout ce qu'elle voulait : elle avait exigé une longue robe de princesse assez classique, quand Herbert s'était clairement inspiré de l'apparence féerique d'Elinor en lui dessinant une robe semblant être sorti tout droit de la garde-robe de la reine des fées.

– Je suis contente que ça vous plaise, dit Lily.

– Avec tous ses mariages ratés, je n'avais pas osé lui demander de me la faire, mais j'aurais dû. C'est exactement ce genre de robes que je voulais.

Lily força un sourire.

– Nous avons aussi convenu ce matin de changer les robes des demoiselles d'honneur, pour que ça reste dans la même idée, dit-elle en lui montrant une autre planche de dessin. Mr Laiguillette hésite entre le rose, le doré et le bleu pâle, qu'en pensez-vous ?

– Oh, je m'en fiche, du moment qu'elles soient moins belles que moi.

– Oh, arrête, tu sais que ce ne sera pas difficile, lança une voix depuis la porte.

Lily et Elinor sursautèrent, et affichèrent un air différent en voyant l'identité du nouvel arrivant, qui s'approchait d'elles avec une gaieté qui contrastait avec l'ambiance glaciale régnante. Elinor parut ennuyée, et Lily fronça les sourcils en reconnaissant...

– Miss Callender ?

Heidi sourit

– Vous ne m'avez pas oubliée. Je suis ravie.

– Mais ... Qu'est-ce que...

Elle était confuse et déboussolée. Que se passait-il ?

– Miss Evans, intervint Elinor, je vous présente Heidi Callender.

Lily fronça les sourcils, et resta silencieuse quelques secondes. Heidi lui tendit une main qu'elle ne serra pas.

– Donc… le jour où vous êtes passée à l'agence, vous saviez exactement qui j'étais ? murmura-t-elle.

Elle sentait la colère monter en elle. Heidi eut un sourire coupable.

– J'avoue avoir cédé à la curiosité, minauda-t-elle. Entre James, Elinor et Emily, votre nom revenait si souvent dans les conversations que je n'ai pas pu m'empêcher de venir vous observer de plus près.

Lily semblait toujours aussi furibonde.

– Je suis désolée de ne pas vous avoir fait une présentation complète, la dernière fois, excusa Heidi. Je n'étais pas censée venir vous parler, mais la curiosité a eu raison de moi. Reprenons : je suis Heidi Callender. Je suis aussi une bonne amie de James, et la meilleure d'Ellie.

– D'après qui ?

– Elle m'adore, elle ne le réalise juste pas, dit Heidi en ignorant la blonde. Sinon, elle ne m'aurait pas choisie comme témoin, n'est-ce pas ?

– Tu ne m'aurais jamais laissé tranquille si je ne t'avais pas choisie.

– Comme je vous l'ai dit, elle ne réalise pas qu'elle m'adore. Je suis également diffuseuse d'ondes positives, professeur de yoga, et joueuse de Bavboules professionnelle.

Cela attisa l'intérêt de Lily.

– Mon agence a organisé une fête pour le début du championnat, dit-elle. J'espère que ça se passe bien, d'ailleurs.

– Mon équipe est invaincue pour le moment, déclara fièrement Heidi. D'ailleurs… Est-ce que ça vous dirait de venir voir le match de ce soir ? Pour me faire pardonner.

Lily parut décontenancée, et Elinor leva un sourcil, l'air atterrée.

– Euh… je n'y connais pas grand-chose en Bavboules, admit-elle.

– C'est très simple, vous verrez.

Et très ennuyeux, elle n'en doutait pas.

– Je vous avoue que je ne suis pas certaine d'être libre, dit-elle en sortant son agenda.

– Oh, allez, insista Heidi. Jimmy-Chou vient d'accepter de venir, et il a promis d'emmener Lup-lup avec lui.

Jimmy-Chou ? Lup-lup ? Lily supposait qu'elle voulait parler de James et Remus… Elle espéra ne jamais devenir assez proche de Miss Callender pour recevoir un hideux surnom, et se demanda vaguement qu'elle pourrait être celui d'Elinor….

Elle fit semblant de consulter son agenda, sachant pertinemment qu'il était plein à craquer de rendez-vous. Lily l'avait en effet exceptionnellement chargé en raison du fait qu'elle avait dû libérer le week-end afin de participer à l'anniversaire de Marlène.

– J'ai bien peur de ne pas pouvoir venir. Une prochaine fois, promit-elle devant l'air déçu de Heidi.

Cette dernière lui fit un clin d'œil.

– Je vous prend au mot.

Lily lui adressa un sourire qui se voulait complice.


LILY SE HATA ensuite de retourner à La Bonne Fée, où Alex lui avait promis de lui apporter de nouvelles pièces en fin de matinée. Malheureusement, et comme souvent, ses réunions avec Elinor s'étaient éternisées. Au moment où elle s'apprêtait à entrer dans le bureau de Nathan, elle entendit des éclats de voix et reconnu celles de ce dernier et d'Alex.

Gênée, et constatant qu'ils n'avaient pas remarqué que la porte s'était ouverte, elle s'apprêtait à faire discrètement demi-tour quand elle entendit son propre nom :

– … rien dire à Lily.

– Tu crois qu'elle ne se doute de rien ? Elle m'a posé des questions. Elle est loin d'être bête, tôt ou tard, avec mon aide ou non, elle va découvrir la vérité.

– Dans ce cas, je préfère que ce soit tard et sans ton aide.

Alex semblait en proie à une hésitation.

– Je ne peux pas faire ça.

– Tu peux. Ce n'est que l'affaire de quelques semaines.

– Ça va te retomber dessus.

– J'ai pris mes précautions. Si tu te tais, si tout le monde se tait, personne ne devinera jamais rien.

Il y eut un petit silence.

– Je ne peux pas faire ça, répéta Alex en détachant chaque syllabe.

– Oh, si tu peux. Parce que si tu ne le fais pas, c'est fini entre nous, menaça Nathan sur un ton doucereux.

Alex ouvrit la bouche pour protester, mais remarqua au dernier moment la présence d'un témoin. Nathan suivit son regard et pâlit.

Lily entra dans la pièce, et referma la porte derrière elle, son regard impassible passant de l'un à l'autre.

– On ne t'a pas entendu arriver, dit finalement Nathan.

– Désolée, je ne voulais pas écouter aux portes, s'excusa-t-elle. C'est juste que… tout va bien, entre vous ?

Nathan et Alexandra se défièrent du regard.

– Oui, répondit-elle finalement. A vrai dire, je m'en allais.

Elle saisit la mallette qu'elle avait apportée.

– Euh… on devait revoir les parures, rappela Lily d'une voix timide.

– Une prochaine fois, si ça ne te dérange pas, dit Alex.

Elle semblait sur le point de pleurer, alors la rousse n'insista pas.

Une fois Alexandra partie, Lily se tourna vers Nathan.

– Qu'est-ce que c'était que ça ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

– Rien. On s'est juste un peu disputés.

– A mon propos ?

Il se raidit.

– Je suis arrivée cinq secondes avant que vous ne me remarquiez, et j'ai entendu mon nom. Est-ce que j'ai fait quelque chose ?

– Non, ne t'inquiète pas, le rassura-t-il.

– Et ça a l'air de concerner le mariage aussi.

– Lily…

– Qu'est-ce que tu ne veux pas que je sache ?

Il soupira.

– Fais-moi confiance.

Elle réalisa à ce moment-là qu'elle ne lui faisait pas confiance. Depuis ses déductions de la veille, elle ne faisait plus confiance qu'à elle-même.

– Qu'est-ce que tu ne veux pas que je sache ? répéta-t-elle.

Il se passa nerveusement une main dans les cheveux.

– Que je ne suis pas un vrai magicien.

– Comment ça ?

– Mrs Lukas a proposé des pots de vins à certains pour qu'ils te laissent tomber, et menacer de faire couler l'affaire aux autres. Je n'ai pas de preuves matérielles contre elle malheureusement, mais j'ai décidé de la battre à son propre jeu.

– C'est-à-dire ?

Il se mordit la lèvre.

– J'ai… surenchéri les offres de Lukas pour récupérer les contrats.

Il y eut un silence.

– Qu'est-ce que tu as dit ? murmura-t-elle, ébahie.

– Je ne voulais pas que tu échoues, se défendit-il. T'étais sur le point de baisser les bras, alors…

– Mais… avec quel argent ?

Il ne répondit pas. Elle comprit, et écarquilla les yeux sous le coup de la surprise.

– Avec ton argent ? Ton argent personnel ?

Il acquiesça.

– C'était pas grand-chose.

– Nathan… On parle de quelle somme, là ?

Nathan hésita longuement avant de révéler la vérité :

– Plusieurs centaines de gallions.

Lily resta littéralement bouche bée pendant presque une minute entière, estomaquée par les révélations de son collègue. Plusieurs centaines de gallions ! Il avait dépensé cette large somme pour le mariage de James, simplement pour qu'elle n'échoue pas, alors qu'il détestait James ?! Elle n'en revenait pas.

Pas étonnant qu'il soit parvenu à contrecarrer Mrs Lukas…

– Je voulais m'assurer que tu réussisses, répéta le jeune homme. Je sais à quel point ce contrat compte pour toi et est impératif pour ta carrière. Je m'en fous ce que ça m'a coûté.

Lily s'assit sur un coin de son bureau, incapable de se remettre du choc.

– C'est l'une des plus belles choses qu'on ait faite pour moi, murmura-t-elle enfin, la voix tremblante d'émotion.

– Tu n'es pas fâchée ?

– Bien sûr que je ne suis pas fâchée. J'aurais dû m'en douter.

Elle se passa les mains dans les cheveux.

– Je ne sais pas comment, mais je vais te rembourser jusqu'au dernier centime.

– Ne sois pas stupide, répliqua-t-il sèchement. Je suis ravi de t'avoir aidé. Je ne veux pas que tu me rembourses.

– Je ne peux pas ne pas te rembourser. T'es dingue, Nate ! Purée, comment est-ce que je pourrais jamais te remercier ?

– Tu n'as pas à me remercier. Je l'ai fait parce que je devais le faire.

– T'as clairement sauvé l'agence.

– Je ne l'ai pas fait pour l'agence. Je l'ai fait pour toi.

Lily écarquilla les yeux.

– Je voulais que tu sois heureuse. Et je veux que tu sois heureuse parce que… enfin, tu sais ce que je ressens pour toi.

Lily était toujours incapable de prononcer le moindre mot.

– Je n'attends rien de toi, continua-t-il avec douceur. Je n'avais prévu de ne rien dire à personne, et Alex a juste découvert mon secret par hasard, et elle pense que je devrais t'en parler. La seule chose qui m'a motivé, c'est le fait de te voir heureuse.

Elle sentit les larmes lui monter aux yeux.

– Merci, murmura-t-elle.

Il sourit.

– J'ai changé, Lily, dit-il doucement. Tes reproches ne sont pas tombés dans l'oreille d'un sourd, et je veux être une meilleure personne pour toi. Je ne te demande pas de réponse aujourd'hui, surtout qu'on doit se concentrer sur le mariage, mais… ça me ferait plaisir que tu réfléchisses à la possibilité de m'accorder une seconde chance.

Elle ne sut jamais pourquoi elle acquiesça au lieu de lui dire qu'il y avait exactement zéro chance pour qu'ils se remettent un jour ensemble. Malgré tous les sacrifices qu'il faisait, malgré sa gentillesse, malgré sa bonne humeur, son soutien, sa loyauté. Malgré le fait qu'il ait changé pour elle, n'ait regardé qu'elle depuis le moment où elle avait passé son entretien d'embauche presque un an plus tôt. Malgré qu'il soit évident qu'il était très amoureux d'elle, qu'elle n'aurait qu'à claquer des doigts pour l'obtenir.

Elle ne l'aimait pas.

Et elle gardait un souvenir beaucoup trop amer de leur relation pour tenter une nouvelle histoire avec le Nathan qu'elle avait devant lui, aussi réformé et changé soit-il. Elle détestait quand il l'embrassait, quand il la touchait, quand il lui faisait l'amour. Elle avait détesté ses lamentations, sa tendance à se morfondre. Elle avait détesté le fait qu'il n'avait pris aucun plaisir aux activités qu'elle aimait elle, qu'il l'avait trainée dans toutes sortes de soirées guindées. Elle avait détesté qu'il soit aussi abominablement romantique et collant, qu'il ait voulu une relation fusionnelle. Elle avait détesté qu'il l'ait tant aimé, tant idéalisée. Elle n'avait pas été heureuse avec lui.

Et elle savait qu'il ne pourrait jamais la rendre heureuse. Ni Felix, ni James n'avaient eu la chance qu'elle avait accordée à Nathan, et pourtant il y avait dans leurs bras, leurs baisers et leurs regards plus de promesse de félicité que dans ceux de Nathan. Ils n'étaient tout simplement pas faits pour être ensemble, pas faits pour être heureux ensemble.

Mais elle ne pouvait pas le lui dire maintenant – elle avait encore besoin de son aide, son soutien et de sa bonne humeur.

Loin de se douter des pensées de sa collègue tant convoitée, les lèvres de Nathaniel s'étirèrent en un large sourire. Lily rougit, puis jeta un coup d'œil à sa montre.

– Bon, on ferait mieux de ne pas faire attendre Oscar de la Naranja.


Lily,

Désolée pour la scène de tout à l'heure. Je serai libre demain pour les bijoux, dis-moi l'heure qui te convient. On pourra en profiter pour discuter de certaines choses.

Alexandra Price.

Joaillière – Bijoux Etincelants

Allée de Traverse


Coucou Alex,

J'espère que ça va mieux.

Est-ce que ça te va demain à 11 heures ? Comme ça on pourra utiliser l'heure du déjeuner pour « discuter de certaines choses. »

Lily.


Parfait pour le rendez-vous.

Ne dis rien à Nathan.

Alexandra Price

Joaillière – Bijoux Etincelants

Allée de Traverse


C'ÉTAIT L'ACTE DE GENEROSITE pure de Nathan qui motiva Lily plus que jamais à déterrer le traître – ou plutôt la traîtresse de l'équipe. Et c'est ainsi qu'elle décida d'une excursion nocturne à La Bonne Fée.

Elle pénétra dans l'accueil plongé dans la pénombre, et alluma sa baguette pour s'éclairer.

Elle commença par son propre bureau, où elle eut la mauvaise idée de constater que plusieurs rouleaux de parchemins manquaient dans ses classeurs.

Le bureau de Shashi, qu'elle retourna intégralement sans découvrir quoi que ce soit qui puisse lui permettre de porter ses soupçons sur elle.

La fouille du bureau d'Angie fut plus longue, et Lily dut allumer une bougie, dont elle augmenta magiquement la capacité d'éclairage car celle fournie par sa baguette était trop faible. Elle parcourut avec attention tous les documents sans découvrir la moindre preuve. D'un coup de baguette, elle remit tout en ordre.

Le bureau de Jane se révéla aussi vain que celle des deux autres. Elle retourna chaque dossier sans trouver d'indices pouvant la confondre.

Lily marqua une pause. Quelque chose lui avait probablement échappé…

Mais la seconde fouille resta infructueuse. Cette fois ci, Lily était certaine d'avoir tout inspecté avec minutie.

Elle fouilla dans les affaires de Mrs Casino, sans rien trouver comme elle s'y attendait, puis la salle des archives placée sous les combles, la salle de repos, l'entrée, les toilettes, retourna l'agence de fond en comble sans rien trouver.

Ce putain de rouleau se trouvait pourtant quelque part…

Elle vérifia de nouveau ses dossiers. Non, elle n'avait pas rêvé, il manquait bien plusieurs feuilles… Et tous ses documents étaient ensorcelés afin qu'elle soit la seule capable de les faire sortir de l'agence. Donc, ils se trouvaient forcément encore dans le bâtiment.

Où pouvaient-elles bien être ?

Réfléchis objectivement, Lily. Objectivement… Où n'as-tu pas encore regardé ?

Son regard tomba sur le bureau de Nathaniel.

N'importe quoi, lui dit aussitôt son esprit.

Mais elle savait qu'elle ne se sentirait tranquille qu'une fois cette hypothèse écartée avec des preuves. De plus, même si elle trouvait les feuilles manquantes, Nathan et elle travaillaient ensemble. Il avait très bien pu embarquer par erreur une partie de son travail.

Elle saisit sa bougie, et se dirigea vers le bureau du jeune homme. Nathaniel avait protégé ses affaires avec des sortilèges complexes, mais rien que Lily ne puisse défaire. Elle fouilla intégralement ses dossiers, et récupéra en effet les feuilles manquantes. Elle soupira de soulagement.

Le gaz inodore, incolore et invisible mais soporifique qui s'échappait du bureau craqué de Nathan continuait pendant ce temps à se diffuser autour d'elle à son insu.

C'était donc l'hypothèse numéro un, et elle était sincèrement soulagée de n'avoir été trahie par aucune de ses collègues.

Alors qu'elle s'apprêtait à refermer le tiroir, elle fut soudain prise de vertige, et posa la main sur le dossier du siège pour ne pas s'écrouler. En vain.

Elle s'évanouit sans même réaliser qu'elle perdait conscience. Dans sa chute, elle se heurta la tête contre le coin de la table de Nathaniel, et sa bougie lui échappa des mains.

Et roula tout droit, jusqu'au pied de son propre bureau.

Où traînaient encore les rouleaux de parchemin hautement inflammables, et qu'elle n'avait pas remis à leur place.


LE MEDICOMAGE TOQUA à la porte avant d'entrer, puis changea le bol dans lesquelles les mains de Lily étaient plongées. Elle ne put s'empêcher de soupirer d'aise. La solution filtrée de tentacules de Murlap marinées faisait des merveilles. La sensation de brûlure s'amenuisait.

Elle reporta son attention sur l'agent de brigade de police magique, qui n'attendait que son feu vert pour continuer son interrogatoire. Non, elle n'avait aucune idée de qui pouvait avoir fait ça, non, elle n'avait pas d'ennemis particuliers, non, elle ne soupçonnait personne.

– Vous êtes certaine que rien ne vous revient ? insista le brigadier.

Une fois de plus, Nathan, qui lui tenait sa main indemne, la pressa imperceptiblement.

– Non, répéta Lily.

– Pas le moindre petit détail ?

– Dites, intervint Doc sur un ton ennuyé, ça fait une heure que vous lui posez les mêmes questions, vous voyez bien qu'elle ne se souvient de rien.

Lily lui adressa un regard reconnaissant. Elle ne gardait en effet aucun souvenir de la nuit dernière, et la grosse bosse dont s'était occupée le Médicomage y était pour quelque chose.

L'agent lui jeta un regard noir, mais capitula.

– Si vous vous souvenez de quoi que ce soit…

– Je viens immédiatement vers vous, assura Lily en prenant la carte qu'il lui tendait, et qui indiquait les coordonnées de Mr Midford.

– Je compte sur vous, Miss Evans. Tout détail peut avoir son importance.

L'agent lui laissa la carte, avant de s'éclipser. Lily lâcha un soupir las. Les bureaux de La Bonne Fée n'étaient plus qu'un lointain souvenir, et elle avait bien failli y passer également. Le Médicomage lui avait assuré que ses mains seraient comme neuves d'ici deux semaines, mais son traumatisme crânien avait effacé une bonne partie de ses souvenirs de la veille. Elle se sentait très fatiguée, et lasse, et angoissée car elle ignorait comment elle s'était retrouvée inconsciente dans l'agence.

– Je vais aller voir ma tante, dit Nathan en se levant. Si le brigadier revient te questionner, appelez-moi.

– Merci, encore, dit solennellement Doc.

Nathan sourit, puis quitta la pièce.

Katie prit place sur le lit, et la prit brièvement dans ses bras.

– Je suis contente que tu ailles bien, dit-elle sincèrement. Et ne t'inquiètes pas pour tes cheveux, je les rattraperai à coup sûr.

Lily se força à respirer pour ne pas pleurer. Ses longs cheveux étaient maintenant grandement raccourcis, et lui arrivaient à présent aux épaules. Doc, qui était assis sur un fauteuil près du lit, se leva et la prit dans ses bras.

– Comment va Mrs Casino ? demanda-t-elle entre les bras de son ami.

Doc haussa les épaules.

– Elle est encore en observation. Elle n'a rien de grave, mais elle est très choquée par la perte de son commerce.

– Il n'en reste vraiment plus rien ?

Il secoua la tête, et son visage s'assombrit.

– Tu as de la chance que Nathaniel t'ait trouvée à temps, dit-il. Je n'arrive pas à croire qu'il ait été assez stupide pour entrer dans un immeuble en feu pour te secourir, mais je lui suis extrêmement reconnaissante de l'avoir fait.


ELLE S'ENDORMIT PENDANT une bonne partie de la journée. Lorsqu'elle se réveilla, Dorcas, Katie et Doc étaient partis et elle se trouvait seule. Durant son sommeil, le Médicomage lui avait bandé le bras ainsi et la main gauche, le côté ayant subi le plus de dommages. A droite, elle s'en était sortie avec quelques égratignures.

Lily se leva, prit une douche pour se débarrasser de l'odeur de brulé, et retourna à son lit. Mais une fois devant, elle se rendit compte qu'elle était incapable de s'y remettre dedans. Elle détestait les hôpitaux, aussi, elle insista lourdement auprès de le Médicomage afin de pouvoir sortir le soir même.

Lorsqu'elle lui avoua qu'elle ne souhaitait pas rester parce que les hôpitaux lui rappelaient de trop mauvais souvenirs, cette dernière accepta à contre cœur, mais lui prescrivit une longue liste de crèmes et de potions.

– Vous serez sur pied d'ici quelques jours, l'informa-t-elle, mais revenez me voir dans deux jours pour voir où en est la cicatrisation.

Lily acquiesça, soulagée. Lorsqu'elle regagna sa chambre, Nathan l'attendait devant la porte.

– Hey… salut. Je passais voir comment tu allais. Tout va bien ? s'enquit-il en l'inspectant rapidement du regard.

– Oui, merci, répondit Lily. Toi ?

Nathaniel s'en était sorti avec quelques brûlures superficielles.

– Oui, ça va… Je m'apprête à rentrer. Je suis juste passé voir si tu avais besoin de quoi que ce soit.

– A vrai dire, je m'apprêtais à rentrer aussi. Ils m'ont laissée sortir.

– Besoin d'aide ? proposa-t-il en désignant du menton son bras.

Elle acquiesça.

Ils entrèrent dans la chambre. Elle agita sa baguette, et ses objets s'assemblèrent et se rangèrent. Il l'aida à remettre sa veste.

– Nathan, le brigadier de tout à l'heure… il était super insistant, non ?

Nathan se raidit, soudain mal à l'aise.

– Dis-moi ce qui se passe, supplia-t-elle.

Il se passa nerveusement la main dans les cheveux.

– L'incendie est criminel.

Lily cligna des yeux.

– …Quoi ? murmura-t-elle, incrédule.

– Il y a de grandes preuves que l'incendie est l'œuvre d'un pyromane – plusieurs départs de foyer, trace de liquide inflammable... Et comme la porte n'a pas été forcée d'après les premiers éléments de l'enquête, et que l'alarme ne s'est pas déclenchée malgré sa grande qualité…

Je suis suspectée ? comprit-elle avec horreur.

Nathan acquiesça. Elle tomba assise sur le lit et se mit à trembler. Il la prit par les épaules.

– Tout le monde est suspecté, Lily, la rassura-t-il. On m'a aussi posé plein de questions, mais je n'ai rien vu. Quand je suis arrivé, le feu avait déjà bien attaqué l'agence. Ils insistent un peu avec toi car ils espèrent que tu aies remarqué quelque chose qui pourrait les aider.

– Mais ce n'est pas le cas ! s'exclama-t-elle. Je ne me souviens vraiment pas de grand-chose.

– Je ne pense pas qu'ils te soupçonnent réellement de toute manière, dit-il d'une voix réconfortante. Et même si c'était le cas, ne t'inquiète pas. Je suis là, pour toi. Mes parents ont des contacts au Ministère, ils suivent l'affaire de très près.

Mais les tremblements de Lily ne s'interrompirent pas, au contraire. Elle était horrifiée.

– Je suis suspectée, répéta-t-elle d'une voix blanche. J'aurais jamais fait une chose pareille…

– Je sais, Lily.

– Mais…

Une horrible pensée la traversa.

– Et si c'était vraiment moi ? Même accidentellement ?

– Ne sois pas stupide. L'incendie à plusieurs foyers, je te l'ai dit. De toute façon, La Bonne Fée était en très mauvais état. L'assurance va intégralement couvrir les dégâts et dédommager ma tante.

Elle laissa involontairement échapper un ou deux sanglots. Nathan la prit dans ses bras, jusqu'à ce que les tremblements cessent.

– Hé, ça va aller, murmura-t-il. Je suis là. Tu ne te souviens de rien, alors arrête de te torturer. Et puis, S'ils t'ont laissé tranquille, c'est parce qu'ils n'ont rien trouvé d'incriminant sur toi. Et s'il n'y a rien d'incriminant sur toi, c'est tout simplement parce que ce n'est pas toi. OK ? Arrête de paniquer.

Elle acquiesça, puis inspira profondément.

– J'ai vraiment besoin d'un truc fort, murmura-t-elle. N'importe quoi, du moment qu'il y ait du whisky à l'intérieur.

Du moment que cela lui faisait oublier cette angoisse.

Nathan sourit.

– T'as de la chance, moi aussi.


ELLE AVAIT TELLEMENT BU qu'embrasser Nathan, qui lui faisait une déclaration d'amour, afin de le faire taire lui put une très bonne idée.

Il avait assez bu pour ne même pas s'offusquer lorsqu'elle lui déclara ensuite qu'il était moins bon que James.

Elle avait tellement bu qu'elle vomit sur ses propres vêtements.

Il avait tellement bu qu'il fit tomber ses clefs dans un caniveau par mégarde en voulant s'écarter d'elle.

Elle avait tellement bu qu'elle trouva la situation hilarante.

Il avait tellement bu que lui aussi.

Elle avait tellement bu que la seule solution qui lui vint à l'esprit pour remédier au problème fut qu'il vienne crécher sur son canapé pour le reste de la nuit.

Et, même s'il n'avait pas tellement bu, il aurait accepté avec tout autant d'empressement.


CE FUT LE BRUIT de son radioréveil qui la tira du sommeil profond dans lequel elle était plongée. La voix de Troy Duc empli immédiatement la pièce avec les news de six heures, l'heure à laquelle Lily se levait pour son jogging quotidien. Mais aujourd'hui, elle se sentait si exténué qu'il était tout simplement hors de question qu'elle aille courir.

Sans même ouvrir les yeux, elle tâtonna sa table de chevet dans l'espoir de pouvoir l'éteindre et retourner dans les bras de Morphée, mais le petit objet échappait à sa main engourdie. Peut-être qu'elle l'avait fait tomber par terre, ou volontairement mis hors de portée la veille pour se forcer à se lever, comme elle faisait parfois en allant se coucher et qu'elle voulait s'assurer de se lever à l'heure. Et avait mal à la tête. Et la langue pâteuse. Et terriblement sommeil. Comment était-il possible d'être aussi épuisée ? Et Troy qui ne voulait pas se taire… Sa main retomba mollement sur le côté du lit, et elle envisagea l'éventualité de se rendormir malgré la voix de l'animateur radio, quand une main qui n'était pas la sienne mit gracieusement fin à la torture.

– Merci, marmonna Lily.

La main se posa sur sa taille fine. Elle était chaude, grande et familière.

Mais elle ne s'en étonna pas.

Son esprit s'embrumait à nouveau, et elle retourna dans ce rêve idiot qu'elle faisait jusqu'alors, un rêve idiot où elle était un avocat chargé de trouver un accord de paix entre les homards et les crabes, qui se disputaient l'espace d'un aquarium d'un restaurant de fruits de mer…

Lily ouvrit grand les yeux.

Il y avait une main sur sa taille. Une main attachée à un bras attaché à un homme endormi à côté d'elle.

Elle sauta hors du lit.

Et poussa un hurlement d'horreur silencieux.

Merde, merde, merde, merde, merde !

Qu'est-ce Nathaniel faisait dans son lit ?

Qu'est-ce que Nathaniel faisait à moitié nu dans son lit ?

Il dormait tranquillement allongé sur le ventre, ses bras musclés et le haut de son dos bien tracé dépassant de la couette. Il était torse nu, et elle pria de toute ses forces pour qu'il ne soit pas tout nu sous cette couette. Était-elle elle-même habillée ? Elle se tâta rapidement… Elle portait un T-shirt large, son pyjama habituel. Ouf.

Elle fronça les sourcils.

Non, pas ouf. Comment avait-elle atterri dans son pyjama ? Pourquoi ne portait-elle pas ses vêtements de la veille ? Ni ses sous-vêtements de la veille ? Que se passait-il ?

Avaient-ils… couché ensemble ?

Elle fut saisie d'un haut le cœur et se précipita dans les toilettes.

Vomir.

Vomir, et si possible, se réveiller de ce cauchemar.

Merde, merde, merde.

Nathaniel. Dans son lit.

Vomir.

Qu'est-ce qu'elle avait fait ?

Elle tira la chasse d'eau, et s'installa sur le carrelage, le temps de remettre de l'ordre dans ses pensées. Comment s'était-elle mise dans une galère pareille ? Que s'était-il passé hier ? Elle ne se souvenait pas de grand-chose, avait extrêmement mal à la tête, mais se força à réfléchir… Ils avaient quitté le Garage pour un autre bar, et avaient fini dans un pub à danser… puis elle ne se souvenait plus trop, mais elle les revoyait plus tard terminer une bouteille dans un parc… A quel point avait-elle bu ? Ça faisait bien longtemps qu'elle ne s'était pas prise une telle cuite, et la première fois qu'elle s'en prenait une sans la présence rassurant de Marlène ou Dorcas….

Elle tenta de se souvenir du reste de la soirée, ou de la nuit, mais ses souvenirs étaient encore brumeux. La question restait donc entière. Comme s'était-elle putain de merde retrouvée dans un lit avec Nathan ? Et surtout, s'était-il passé quelque chose ?

Mais elle s'en souviendrait, s'ils avaient couché ensemble, non ? Elle n'avait pas l'impression qu'il s'était passé quoi que ce soit… Mais alors, que faisaient-ils dans le même lit ? Que faisait-il chez elle, même ? Merde…

Des coups frappés à la porte la tirèrent de ses pensées.

– Lily ? appela Nathan sur un ton inquiet. Tout va bien ?

Ses yeux se remplirent de larmes.

– Lily ? insista-t-il en frappant de nouveau.

– J'arrive, balbutia-t-elle.

– OK…

Il hésita.

– Tu as besoin de quelque chose ?

– Non… j'arrive.

Elle se passa, se regarda dans le miroir au-dessus de l'évier, se passa une main dans les cheveux. Elle avait une mine affreuse. Cheveux en pagaille, yeux gonflés. On aurait dit une junkie en mal de sa came. Elle se brossa rapidement les dents. Ses yeux furent attirés par le panier à linge sale, et elle y remarqua sa robe de la veille, visiblement maculée d'un vomi. Ah, cela expliquait pourquoi elle portait autre chose… elle se revoyait régurgiter dans le parc… Elle se rappelait une main lui tenir les cheveux… Oui, Nathan l'avait raccompagnée… il l'avait porté sur son dos jusque chez elle… avait cherché la clef dans son sac...

Puis plus rie. Le noir total.

Dans la chambre, elle trouva après une recherche désespérée une fiole de potion anti-gueule de bois, qu'elle avala d'une traite. Ses idées devinrent beaucoup plus claires, mais son mal de tête resta intact.

Elle trouva Nathaniel dans la cuisine, en train de fouiller dans les tiroirs.

– Je voulais faire des pancakes, mais tu n'as pas fait de courses depuis longtemps. Qu'est-ce que tu prends au petit-déjeuner d'habitude.

– Je mange dehors.

Elle prit place sur une chaise.

– Tu devrais aller te recoucher, t'as l'air mal au point. En attendant, je vais aller acheter de la farine et des œufs…

– Nathan…

– Hmm ?

Il se tourna vers elle.

– La nuit dernière…

– Oui ? l'encouragea-t-il.

– De quoi est-ce que tu te souviens, de la nuit dernière ? demanda-t-elle nerveusement.

Nathan fronça les sourcils.

– Pour être franc, pas grand-chose, admit-il sur un ton d'excuse. Trop bourré. Et toi ?

– Pareil, répondit Lily. Du coup, tu sais si on a… couché ensemble ? Parce que quand je dis que mes souvenirs sont flous, ils sont flous à ce point-là.

Il devint clairement mal à l'aise.

– Je n'ai pas de souvenirs précis, mais le fait qu'on se soit réveillés dans le même lit est assez explicite, non ?

– Je suppose, dit Lily.

Il se pencha vers elle, et l'embrassa rapidement sur les lèvres. Lily écarquilla les yeux.

– Ne t'inquiète pas, on va s'en créer des nouveaux, des souvenirs, murmura-t-il.

Ce n'était certainement pas le sujet de son inquiétude, non. Nathan se comportait comme s'ils... s'étaient remis ensemble. S"étaient-ils dits des choses dont elle ne se souvenait pas ? Que ce soit le cas ou non, elle se devait de clarifier les choses immédiatement.

– Nathan, je…

Elle fut interrompue par le bruit de la sonnette. Nathan fronça les sourcils.

– Qui ça peut bien être ? s'étonna-t-il. Il est super tôt.

Lily jeta un coup d'œil à l'horloge. Il était un peu plus de sept heures. Elle avait passé plus d'une heure dans la salle de bain.

Elle voulut se lever pour ouvrir, mais ses jambes manquaient de force et Nathaniel la rattrapa à temps.

– Reste assise, je vais ouvrir.

Elle acquiesça, ferma les yeux et se prit le visage entre les mains.

Avant de sursauter en entendant la voix du visiteur.

Ce n'était pas Dorcas. Ni Doc.

C'était James.

Blême, tétanisée et apeurée, elle entendit les garçons discuter brièvement sans parvenir à distinguer un mot, avant de la rejoindre dans la cuisine. James la regardait avec un mélange d'horreur et de stupeur.

– Lily, Potter est venu prendre de tes nouvelles, lança joyeusement Nathan en la familièrement prenant par la taille. Je lui ai dit que tu allais bien, mais il voulait le voir de ses propres yeux.

Et il ne semblait clairement pas le croire.

Il y eut un silence.

– Bon, reprit gaiement Nathan, le seul à paraître totalement à l'aise dans cette ambiance à couper au couteau. Je vais faire les courses.

Il se pencha pour embrasser une Lily raide sur la joue, enfourna familièrement les clefs de l'appartement dans sa poche, avant de se diriger vers le balcon pour transplaner.

Après son départ, James et Lily restèrent plusieurs secondes à se regarder.

– Ne me dis pas que tu as couché avec lui, dit-il finalement d'une voix suppliante.

Les yeux de Lily se remplirent de larmes.


Bla Bla de l'auteur :

Je sais, affreux d'avoir coupé là, hein ? La suite avec le POV de James (à la mi mai je pense, je prepare le 2nd concours) ! Par ailleurs, vous avez dû comprendre qui est-ce qu'on va enfin rencontrer?

J'espère que ce chapitre vous a plu malgré la longueur ^^ Qui est le traitre, d'après vous? Que s'est-il passé la nuit dernière? Qui a mit le feu à l'agence? Lily va-t-elle suivre les conseils de Marlène? Et Nathan, êtes vous convaincus ou non par son changement? Qu'est-ce qui vous a intrigué, quelles sont vos théories?

Merci à Chevalier du Cat, Nikky Micky, Roxane-James1 & MGJ baobab pour avoir reviewé le Bonus #2 ! Je répondrai à vos reviews prochainement ! Vous êtes adorables !

Désolée pour les petites erreurs d'innatention ^^

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