Note de l'auteur : 1) J'ai atteint les 300 000 mots ^^ trop contente :) 2) j'aime beaucoup choisir les titres de chapitres, parce qu'il faut ça soit bavard, mais pas trop non plus. Celui-là est totalement ironique…. ^^ J'ai hésité avec un jeu de mot pourri genre « Flamme Fatale », avant de me décider.


CHAPITRE 24 : Ladies & Gentlemen (2/2) – JAMES


REMUS POUSSA un soupir las

– Tu sais ce que je déteste encore plus que les Bavboules ?

James fit semblant de réfléchir.

– Ça commence par un E, et ça finit par un Y ? demanda-t-il d'une voix faussement mal assurée.

– Exactement, grommela Remus.

Il jeta un regard mauvais à Emily, qui jugeait utile de se pencher bas, malgré la matière très moulante et révélatrice de sa tenue, afin de calculer le meilleur angle pour lancer sa balle. Cela faisait bien un quart d'heure qu'elle réfléchissait. Même depuis les gradins, on devinait que sa main tremblait beaucoup, ce qui expliquait pourquoi elle soupesait inlassablement sa balle sans parvenir à se décider à la lancer.

– Regarder ta stupide ex jouer aux Bavboules est un concentré des deux choses que je déteste le plus au monde.

– Oublie-la, conseilla James.

– Ça aurait été avec plaisir, si elle ne présentait pas son cul exagérément dans notre direction, répliqua Remus avec dégoût.

Emily se redressa quelques secondes pour soulager son dos, puis se pencha à nouveau.

– Justement, dit James qui ne voyait ps en quoi c'était un problème. On n'y peut rien. Autant admirer la vue.

Et quelle vue ! se dit James pour la énième fois. Mais son ami, incapable d'apprécier le fessier d'Emily, fronça le nez avec une répulsion accrue.

– C'est devenu une seconde nature pour elle, de se comporter comme une catin, même en public.

– Lunard, tu y vas un peu fort…

– Quoi ? se défendit-il. Autant appeler un chat, un chat. Tu sais très bien que c'est vrai.

James soupira. Il était tout aussi inutile de raisonner Remus quand on en venait à Emily que Heidi.

Cette dernière remplaça d'ailleurs Emily sur le terrain lorsqu'elle manqua son tir et que l'adversaire en profita pour marquer plusieurs points. Heidi jeta un clin d'œil complice dans leur direction avant de se concentrer le meilleur angle d'attaque. Emily rejoignit le banc des remplaçants de mauvaise grâce, sous les sourires moqueurs du reste de son équipe.

– Elle joue n'importe comment, d'ailleurs, grogna Remus.

Jamais en effet James ne l'avait vue rater autant de tirs, et la raison n'était pas difficile à deviner. Malgré qu'il l'ait mise en garde, Emily ne s'était pas totalement remise de sa présence inattendue. James savait que c'était parce qu'elle avait l'habitude de tout préparer à l'avance, de tout maîtriser, et pouvait être complètement décontenancée quand les choses n'allaient pas comme elle le voulait. Elle avait beau eu feindre la nonchalance dans sa loge, son inhabituel mauvais jeu trahissait son bouleversement.

Remus n'était pas le seul à avoir remarqué son manque d'adresse. Du coin de l'œil, James vit le Coach hisser des mots furieux à Emily, qui vidait une bouteille d'eau en l'ignorant totalement, les yeux rivés sur le terrain.

Le plan d'Heidi avait totalement fonctionné.

Cette dernière lança d'ailleurs sa balle, qui atteignit sa cible et fit tomber non pas une, mais deux de celles de l'adversaire dans le trou du serpent. La foule en délire l'applaudit, et Emily se renfrogna.

– Tu penses que ça va durer encore longtemps ? gémit James. Ils mettent vingt ans à chaque fois pour lancer une balle.

Il luttait pour garder les yeux ouverts, mais le manque d'action entre chaque jet lui donnait envie de suivre l'exemple de Peter, dont la tête endormie reposait sur l'épaule de James.

– D'après ce que j'ai compris de ce qu'Heidi m'a expliqué des règles, il reste encore au moins deux sets, dit Remus avec un soupir consterné.

James poussa un grognement.

– Peut-être qu'on peut faire semblant d'aller aux toilettes et ne plus revenir ?

– Si on se lève tous les deux, elle saura ce qui se passe, et nous castrera sur le champ.

– Dans ce cas, on fait ça en deux temps. Pendant que tu fais semblant d'avoir un malaise, moi je rampe vers la sortie. Ensuite, je fais diversion et tu t'enfuis à ton tour.

Remus haussa un sourcil.

– Je ne te fais pas confiance, Prongs. Si tu parviens à t'enfuir, tu ne reviendras jamais me chercher!

– Quoi? s'offusqua grossièrement James.

La dame assise derrière eux poussa un "chut!" agacé, et ils se concentrèrent sur le match.

Le Coach fit remplacer Heidi par Kenny, et l'équipe adverse réarrangea également ses joueurs en conséquence. Elle frappa la main de Kenny lorsqu'ils se croisèrent, puis leur adressa à nouveau un clin d'œil en passant devant eux. Elle était la star de la soirée sans aucun doute, et semblait heureuse que les garçons soient là pour assister à ce match où elle brillait tout particulièrement.

Ce fut à ce moment-là qu'un détail surprenant interpella James.

– Tu l'appelles "Heidi", maintenant ? s'étonna-t-il en se tournant vers son ami, qui eut immédiatement l'air mal à l'aise.

James avait noté qu'Heidi avait également rebaptisé Remus Lup-lup depuis quelques jours, sans y accorder plus d'attention. Or, maintenant qu'il y pensait, elle ne donnait de surnoms qu'aux personnes qui avaient un intérêt particulier à ses yeux… Bien sûr, elle n'avait jamais caché trouver Remus à son goût, mais ce n'était que récemment qu'elle s'était mise à l'appeler ainsi. Et Remus de son côté qui se montrait également bien plus cordial envers elle...

James se rendit compte que cela faisait un moment qu'il ne les avait pas vu se disputer. Il avait mis cette trêve sur le compte du fait que Remus n'attaquait plus Elinor gratuitement, mais le fait qu'il utilise le prénom de Heidi semblait indiquer qu'il se passait quelque chose dont il n'était pas au courant.

– Ça veut dire que vous avez enterré la hache de guerre ? demanda-t-il. J'aurais jamais cru ça possible… Tu l'as toujours mise dans le même sac qu'Emily.

– Oui, dit Remus sur un ton grave. Dans le même sac poubelle. Mais... je suppose, oui, qu'on a enterré la hache de guerre.

James eut l'air impressionné, puis sincèrement ravi.

– Je savais, que tu t'entendrais bien avec elle, une fois que tu aurais fait l'effort de la connaître. Elle est bruyante, mais adorable dans le fond.

– Mouais.

James eut l'air confus.

– Vous êtes amis, maintenant?

– Ouais, non, faut pas exagérer, non plus. On se contente de tolérer la présence de l'autre.

– Alors, pourquoi est-ce que tu l'appelles par son prénom, si tu ne fais que la tolérer ?

– Parce qu'elle me l'a demandé.

– Et tu as juste dit « oui » ? s'indigna son ami. Alors que tu appelles toujours Elinor par son nom malgré que je t'ai demandé plusieurs fois de ne pas le faire ?

Remus inspira profondément.

– Elle a fait ce qu'elle sait faire de mieux: du chantage.

– Comment ça? s'étonna James.

Remus esquissa un petit rictus.

– Elle... elle a promis de ne dire à personne qu'on a… hum, merdé ensemble, si je faisais un effort envers elle.

Le front de James se rida. Ses oreilles devaient lui jouer des tours…

– Merdé ensemble ? C'est-à-dire ? demanda-t-il, l'air interdit.

Remus soupira.

– On a eu une aventure, admit-il.

Il regarda nerveusement les mains de son ami, comme s'il se demandait quand est-ce qu'elles se fermeraient et lui administreraient un coup de poing, mais James paraissait trop abasourdi pour faire quoi que ce soit.

– Callender et toi ? répéta-t-il finalement, pour s'assurer qu'il avait bien entendu ce qu'il croyait avoir entendu, mais qui ne faisait absolument pas sens.

Absolument aucun.

– Oui, confirma Remus.

– Toi…et Callender ?

Peut-être que s'il le disait dans l'autre sens, Remus se rendrait compte que sa phrase ne voulait rien dire.

– Oui, répéta-t-il avec une grimace d'excuse.

– T'es… sûr ? Avec Heidi ?

A ses yeux, c'était encore plus improbable que Dumbledore et Hagrid ensemble.

– Euh… oui. Oui, j'en suis sûr.

James le regarda comme si une corne lui poussait au milieu du front, avant de se reprendre.

– Comment est-ce arrivé ? demanda-t-il finalement, l'air toujours aussi confus. Je ne comprends pas…

Remus haussa les épaules.

– C'est juste… arrivé. On était en train de discuter et puis… je sais pas…

Il s'éclaircit la gorge.

– Écoutes, James, je suis désolé d'avoir trahi ta confiance, dit-il. Je sais que ça ne se fait pas, et je comprendrai que tu m'en veuille. Je ne sais toujours pas ce qui m'a pris de… Enfin, c'est ton ex, et je n'aurais pas dû…

– C'était juste une fois ?

Remus devint écarlate.

– C'est arrivé combien de fois ? demanda James.

Il ne savait toujours pas comment le prendre.

– Tu ne vas pas oser me frapper en public, hein ?

James réfléchit quelques secondes.

– Je ne vais pas oser te frapper tout court, étant donné comment tu m'as ruiné la dernière fois qu'on s'est battu, et que j'ai encore mal partout à cause de ma… chute d'hier.

Les soins de Tina avaient cependant fait des merveilles, et il ne gardait déjà plus de marques du passage à tabac.

– Qui t'as fait ça, d'ailleurs ? demanda Remus pour la énième fois. Je sais que tu n'es pas tombé.

– Change pas de sujet, s'irrita James. Combien de fois ?

Remus soupira.

– Depuis une semaine, admit-il.

James reporta son regard sur le terrain, où Kenny et Heidi échangeaient de nouveau de place.

– Je suis désolé, répéta Remus sincèrement. C'était une erreur. Un accident.

– Ils sont sympas, tes accidents, s'ils te font atterrir entre les seins de Heidi.

– Ça ne se reproduira plus.

Ils regardèrent Heidi analyser l'angle à adopter pour capturer la dernière balle.

– Heidi et moi on ne sortait pas vraiment ensemble, dit finalement James d'une voix lointaine.

Remus lui jeta un regard surpris.

– On avait ce… truc entre nous, mais on n'était pas un couple. Il n'y a jamais rien eu de sérieux entre nous, même si ça a duré quelques mois.

Son regard passa de Heidi à Emily, puis s'assombrit. Les mauvais souvenirs affluaient, et il s'efforça de fermer son esprit.

– Tu ne sais pas tout ce qui s'est passé entre elle, Ems et Sam, poursuivit-il après une pause. Heidi était au moins aussi dévastée que moi. Peut-être un peu plus. On essayait simplement de se consoler.

Et ils avaient mis longtemps à se rendre compte que ce n'était pas la meilleure solution. Ce n'était même pas une bonne solution.

– Je ne l'ai jamais considérée comme ma petite amie, conclut James, et elle non plus ne m'a jamais considéré comme son mec. On n'a jamais été un couple. Donc à mes yeux ce qui s'est passé entre vous ne compte pas vraiment comme une trahison…

Remus acquiesça.

– Merci, James.

Ce dernier soupira.

– Je regrette un peu de l'avoir utilisée, même si je sais qu'elle faisait la même chose avec moi, admit-il. Je pense que ce qui s'est passé entre nous ne l'a pas vraiment aidé à passer à autre chose

Il hésita avant de poursuivre

– Je sais que c'est un peu culotté de ma part de dire ça, mais j'espère que tu ne la vois pas pour les mêmes raisons. Pour te remettre de Tina. Heidi a l'air de bien t'aimer.

– Je mentirai en te disant le contraire, admit Remus. Mais je l'aime bien, et elle sait que c'est trop tôt pour envisager quoi que ce soit de sérieux. Elle sait pourquoi j'ai rompu avec Tina, ajouta-t-il d'une voix grave ?

James acquiesça.

– Fais-en sorte qu'elle ne l'oublie pas, alors, dit-il.

– Elle m'a dit ne pas vouloir de relation non plus.

– Je la connais. C'est une fille qui s'attache très vite malgré les apparences. Elle paraît très décontractée, mais peut-être qu'elle espère un peu plus de votre relation.

Il soupira, soudain très las.

– A propos : si tu as ce truc avec Heidi, je suppose que je devrais cesser d'insister pour que Tina vienne à l'anniversaire de Marlène.

Le visage de Remus s'assombrit.

– Je suppose que ce serait un peu maladroit, en effet, concéda-t-il.

– Surtout que j'ai accepté qu'elle vienne passer le week-end avec nous. Ça m'étonnerait qu'elle se montre discrète à ce sujet.

Heidi lança sa boule, et le public applaudit bruyamment quand elle toucha au but. Elle exécuta une petite danse, puis adressa un clin d'œil dans leur direction.

James eut un petit rire nerveux.

– Je ne m'attendais vraiment pas à ça. Heidi et toi. Elle est tellement bruyante, alors que toi tu es si… calme.

– Je ne comprends pas très bien non plus, admit sincèrement Remus.


L'EQUIPE D'HEIDI GAGNA avec une petite avance sur leurs adversaires.

Alors que les filles s'inclinaient pour saluer la foule, Emily adressa un sourire faible à James, qui le lui rendit sans trop savoir pourquoi. Ce geste n'échappa pas au Coach.

Plus tard, James, qui s'en allait cette fois réellement aux toilettes, surprit une dispute houleuse entre les deux dans les couloirs. Il était trop loin pour entendre ce qu'ils se disaient, et ils s'interrompirent en se rendant compte qu'ils n'étaient plus seuls. Le manager grommela quelque chose avant de rentrer dans son bureau. Emily le suivit, mais James ne manqua pas de noter qu'elle avait les larmes aux yeux.


ILS FÊTÈRENT LA VICTOIRE dans un petit pub dansant, non loin des locaux du CAB. La seule chose que James admirait dans les Bavboules étaient que les équipes gagnantes et perdantes se retrouvaient après le match pour s'amuser. Les équipes anglaise et écossaise riaient ensemble et se mélangeaient sans animosité, pour le grand plaisir de Peter, qui put poursuivre ses badinages avec la joueuse de l'équipe adverse.

Lorsque Heidi apprit que James savait la vérité, et ne s'en offusquait pas, elle vola un baiser à Remus, qui ne protesta que très mollement, avant de l'entraîner danser.

Un petit sourire attendri naquit sur les lèvres de James quand Remus ne put s'empêcher de rire franchement devant les mouvements désynchronisés d'Heidi, et il les regarda quelques minutes danser un rock endiablé, en se demandant comment est-ce qu'une telle chose avait bien pu arriver. Il n'avait absolument rien vu venir, mais d'un autre côté, ils étaient opposés sur tellement de choses qu'à la réflexion, ce n'était pas étonnant qu'il ait été pris de court… opposés, un peu comme Evans et lui.

Son cœur se serra.

Le sourire de James s'évanouit.

Non. Ne pas penser à elle.

Ce soir, il ne voulait pas être triste.

Il se dirigea vers le bar et commanda leur alcool le plus fort. L'alcool était le meilleur ami des mélancoliques.

Le barman s'était à peine retourné pour préparer la boisson qu'une femme brune, que James reconnut vaguement comme faisant partie des joueuses remplaçantes du CAB, quitta son groupe d'amies afin de venir lui parler.

– Salut, lança-t-elle avec assurance en arrivant à sa hauteur.

Elle lui tendit la main.

– Moi c'est Sandy. Sandy Rion. Enchantée.

Il lui prit la main.

– James. James Potter.

– Je sais.

Elle sourit, puis se redressa en bombant subtilement le torse. James ne se fit pas prier pour lorgner son décolleté.

– T'es sexy, déclara-t-elle comme si elle parlait de météo.

– Je sais, répliqua James en levant les yeux.

– Je t'aime bien. Dommage, que je ne t'ai pas vue en première.

Il leva un sourcil interrogateur. Le sourire de Sandy devint enjôleur.

– Écoute…je ne vais pas y aller par quatre chemins : il y a ma sœur, là-bas, qui a flashé sur toi et veut savoir s'il y a moyen…

James regarda dans la direction que lui indiquait la dénommée Sandy, où une femme blonde lui fit un timide signe de la main. En toute objectivité, elle était plutôt jolie, plus que son interlocutrice, mais…

Pas assez grande.

Trop blonde.

La peau trop pâle.

Pas son style.

(Pas Lily Evans)

– Euh… elle est canon, dit prudemment James.

– Elle s'appelle Phoebe, et elle est un peu timide, continua Sandy avec un petit rire. Si tu veux, tu peux nous rejoindre à notre table… Tes amis ont l'air pas mal occupés, de toute manière.

Remus et Heidi dansaient toujours, et la joueuse qui flirtait avec Peter était assise sur les genoux de ce dernier dans un coin de la pièce, et lui parlait à l'oreille tandis qu'il lui caressait la jambe avec un air absent.

– C'est tentant, dit James, et ton amie Nicole…

– Phoebe, corrigea Sandy. Et c'est ma sœur, pas mon amie.

– Désolé. Phoebe. Elle est très jolie, mais…

Il laissa sa voix en suspens, et Sandy comprit qu'il n'était pas particulièrement emballé par sa « très jolie » sœur.

– Mais…

– Pour te dire, elle n'est pas vraiment mon genre, admit-il.

Sandy se mordit la lèvre inférieure.

– OK, je comprends, acquiesça-t-elle, acceptant son rejet avec un contentement surprenant.

– Désolé.

– Non, ne t'excuses pas, susurra-t-elle. L'alchimie, c'est quelque chose qu'on ne commande pas.

James haussa à nouveau les sourcils, tandis que Sandy posait une main sur son bras, un air ouvertement aguicheur sur le visage cette fois. Du coin de l'œil, il vit la dénommée Phoebe ouvrir la bouche en grand, visiblement scandalisée par ce retournement de situation. Sandy papillonna des yeux.

– Et les brunes sont un peu plus ton genre ? demanda-t-elle d'une à mi-voix.

Avant même que James n'ait le temps de répondre, une voix fluette se permit de répondre à la question de Sandy.

– À vrai dire, c'est pour les rousses qu'il a un faible.

Ils se tournèrent vers la droite de James. Emily plaça son sac sur le comptoir, rejeta fièrement ses cheveux roux derrière son épaule, claqua des doigts pour appeler le barman (qui l'entendit miraculeusement à travers e brouhaha et la musique et dont l'air courroucé disparut en réalisant à quel point la femme qui l'avait appelé était canon), avant de plonger son regard dans celui de Sandy, qui retira promptement sa main du bras de James.

– Emily, dit-elle d'une voix glacée.

– Sandy, répliqua cette dernière tout aussi froidement.

Elle la toisa de bas en haut, et esquissa une grimace. Le barman accourut.

– Firewhisky, s'il vous plait, commanda-t-elle en battant des cils.

Il s'exécuta avec empressement. Emily se tourna vers Sandy.

– Dégage, intima-t-elle avec un geste impatient.

Sandy se redressa, et croisa les bras en signe de défi.

Toi, dégages. Tu es un peu en train de m'interrompre en plein milieu d'une conversation, déclara-t-elle avec agacement.

– Tu es beaucoup en train de draguer mon ex, rétorqua froidement Emily.

– Exactement. Ton ex. Il n'y a pas marqué ton nom sur son front.

– Non. En revanche, il est inscrit sur la liste du Comité Organisateur du Championnat de Bavboules.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

Emily eut un sourire mauvais.

– Je viens de recevoir la nouvelle : j'ai été acceptée.

Sandy pâlit.

– Et étant donné que j'ai la mémoire très longue, je te suggère de changer de ton, si tu veux jouer la prochaine saison.

Elles se fusillèrent du regard.

– Dégage, maintenant, s'impatienta Emily avec humeur.

Sandy retourna auprès de ses amies, qui poussèrent des cris effarés lorsqu'elle leur annonça la nouvelle de la promotion de la rousse.

Le barman apporta la boisson d'Emily avec un sourire large.

– Cadeau de la maison, bafouilla-t-il.

– Aaaaanw, merci trésor, minauda-t-elle en battant des cils.

Ensuite, elle se tourna vers James et l'ignora totalement. Le barman mit quelques secondes à comprendre qu'il venait d'être congédié.

– Tu ne m'as toujours pas remerciée, fit-elle remarquer sur un ton réprobateur.

James leva un sourcil.

– Je suis censé te remercier ?

– Fais pas comme si elle était ton genre. Tu cherchais un moyen de te débarrasser d'elle et de ses copines, et je t'ai aidé. Donc oui, de rien.

James secoua la tête.

– Tu n'y es pas allé de main morte.

Elle eut un sourire amusé.

– Tu sais très bien que je suis possessive. Il y a des choses qui ne changent pas…

Dire qu'Emily avait un caractère de cochon était un doux euphémisme. Elle ne tolérait d'être contredite par personne, et n'admettait que sa manière de voir les choses. James était cependant l'une des rares personnes qu'elle ait toujours considérée comme un égal.

– Donc. Tu fais partie du Comité Organisateur, maintenant ? Félicitations.

Emily sourit.

– Merci. Je n'en fais pas encore totalement partie, pour être totalement franche. Je n'intègre le Comité que l'année prochaine. Je ferai la liaison avec le Ministère, principalement.

– Ça veut dire que tu prends ta retraite ? s'étonna-t-il.

En rejoignant le Comité, elle signait en effet la fin de sa carrière de joueuse.

– J'ai vingt-huit ans, James. Il est temps que je laisse la place aux jeunes. T'as vu comment je jouais, aujourd'hui, non ?

– C'était parce que j'étais là.

Elle eut un petit sourire.

– C'est vrai. Ta présence m'a vraiment déstabilisée. J'avais presque oublié à quel point tu es beau garçon.

James, à défaut de savoir comment réagir, décida de ne pas relever.

– Je suis désolé, je n'aurais jamais dû venir.

– Au contraire. Je te l'ai dit, je suis ravie de te revoir.

Elle hésita, puis demanda :

– Ça te dérange si je te tiens compagnie un moment ? Tu es la seule personne ici qui ne semble pas avoir envie de me jeter sous un bus…

– Non bien sûr.

Peut-être parce qu'elle portait une robe bien plus flatteuse que sa tenue de joueuse, James se retrouva la gorge sèche quand elle prit place à côté de lui. Sa tenue était sobre, mais même si elle n'avait pas été aussi moulante, il n'aurait eu aucun mal à se souvenir de chaque courbe de sa plastique parfaite.

– Merci.

Elle le regarda de bas en haut.

– T'as pris du muscle, dis-moi, remarqua-t-elle avec une lueur appréciative dans les yeux.

– Oh. Merci.

– Je peux toucher ?

Il haussa les épaules, l'air faussement indifférent, et elle mesura la circonférence de son bras à l'aide du pouce et de l'index.

– Pas mal, commenta-t-elle, et James ne put s'empêcher de se sentir fier.

Elle but une gorgée de son verre. Il l'imita pour se donner contenance.

– Merci en tout cas d'être venu me prévenir, continua-t-elle. Ça m'aurait complètement déstabilisé de te voir alors que je ne m'y attendais pas.

– C'est la moindre des choses, assura James. Heidi à tendance à oublier que vous faites partie de la même équipe.

– C'est vrai, elle me verra toujours comme l'ennemie. Je ne peux pas vraiment lui en vouloir, notre amitié sera plus jamais là même…

S'il restait quoi que ce soit de ladite amitié, pour commencer. Emily se tourna pour regarder Remus et Heidi danser et se mordit la lèvre, l'air pensive.

– C'est quoi son nom, déjà ? demanda James, d'une voix miraculeusement maîtrisée.

Elle soupira.

– Sasha.

Il hocha la tête.

– Il doit être grand, à présent.

– Plus grands que ceux de son âge, c'est sûr. Un vrai gaillard. Mais pour te dire la vérité, Sam ne me laisse pas beaucoup le voir. J'ai perdu le procès, ajouta-t-elle devant son air interrogateur. La dernière fois que j'ai vu Sasha, c'était à son anniversaire.

Elle eut soudain l'air très triste, et il ne put s'empêcher de lui serrer brièvement la main pour la réconforter.

Elle lui jeta un regard en coin.

– Si tu as besoin d'aide… mon père peut peut-être t'aider. Ne serait-ce qu'obtenir quelques week-ends…

Elle eut un rire sans joie.

– Je ne pense pas que ton père ait très envie de me voir ou de m'aider.

James ne pouvait démentir une telle évidence.

– Si je peux t'aider en quoi que ce soit…

Emily lui adressa un sourire.

– Comment tu fais pour être aussi gentil avec moi malgré tout ? demanda-t-elle avec une pointe d'émerveillement dans la voix.

Il haussa les épaules.

– Je pense que Sasha a besoin de voir sa mère de temps en temps.

Aussi irresponsable soit-elle.

– Mais quand même… je n'aurais jamais cru que tu te proposerais de m'aider... après tout ce qui s'est passé. T'as vraiment un grand cœur, James.

Une fois de plus, sa flatterie lui donna du baume au cœur.

– Tout s'est passé il y a des lustres, répliqua-t-il modestement. L'eau a coulé sous les ponts, je suppose.

Elle hocha la tête.

– Oui… je suppose…

Un silence confortable s'installa entre eux.

– Je n'ai jamais eu l'occasion – ou plutôt pris le temps de le faire, mais j'ai changé. J'aime penser que j'ai grandi, et je tiens à m'excuser pour tout ce que je t'ai fait

– Oh… merci.

James avait énormément de doutes concertant la profondeur de sa remise en question, mais c'était bien la première fois qu'Emily exprimait l'ombre d'un remord et quelque part cela lui fit plaisir. Peut-être qu'il semblait plus vouloir s'en convaincre qu'il ne le constatait vraiment, mais elle semblait avoir changé un petit peu.

Ses yeux étaient bien plus gentils et attentifs, et elle ne prêtait aucune attention aux hommes qui passaient se servir au bar. Certaines choses restaient cependant les mêmes, en particulier son agressivité presque automatique avec les gens de son propre sexe, qui contrastait tant avec son attitude aimable avec lui. Emily avait toujours été très sympathique avec lui, ne semblait jamais me lasser de le couvrir de compliments, et semblait toujours se retenir de l'embrasser fougueusement quand leurs regards se croisaient.

– Tu sais, reprit-elle, vu les circonstances dans lesquelles on s'est séparés, je ne pensais pas que notre rupture serait définitive. Je pensais que c'était comme d'habitude, parce que dans ma tête, toi et moi, c'était une évidence qu'on finirait ensemble…

– Ça a longtemps été une évidence pour moi aussi, admit James.

Puis il avait rencontré Lily, et avait commencé à apprécier d'autres évidences.

– Mais maintenant tu es fiancé…

– Et maintenant je suis fiancé.

Elle a un petit rire.

– J'ai été très étonnée que tu te fiances aussi vite…

– Moi aussi.

C'était fou ce que l'instinct de survie pouvait pousser à faire.

– J'espère qu'elle te traite mieux que moi, même si ce n'est pas trop difficile.

– Ellie est très gentille avec moi.

– Donc elle te rend heureux...

– On se rend mutuellement heureux.

Ils vidèrent leurs verres.

– Est-ce que tu l'aimes ? ne put-elle s'empêcher de demander.

– Bien sûr ! s'exclama automatiquement James.

Mais elle le connaissait trop bien pour savoir quand est-ce qu'il mentait.

Et là, il mentait.

Elle se retint de sourire. Son cerveau bouillonnait d'idées, déjà.

– Tant mieux alors, mentit-elle. Excuses moi de poser la question, c'est juste qu'elle à tellement par l'air ton genre. Mais je vous souhaite tout le bonheur du monde.

Emily était venue avec l'intention de prendre des nouvelles de James, évaluer la situation, et établir un plan d'attaque. Et il ne lui avait fallu que quelques secondes pour se rendre compte que James n'était pas aussi heureux qu'il le laissait entendre. Il paraissait préoccupé, et étrangement vulnérable. Ses sourires n'atteignaient pas ses yeux, il ne flirtait pas, et elle sentait que ce n'était pas parce qu'il était irrité par sa présence. Quelque chose d'autre le rendait triste... Peut-être l'approche du mariage et de la naissance de son enfant l'effrayaient? se dit-elle. Peut-être qu'il ne voulait plus de tout cela. Peut-être bien qu'elle pourrait le récupérer,, après tout.

– Elinor Bell. Une vraie Lady, reprit-elle plus légèrement.

– Exactement, dit James.

– Tout le contraire de moi, hein ?

– Non… je…

Il se passa les mains dans les cheveux, et elle sourit pour le détendre.

– Je t'embête, dit-elle précipitamment.

L'air innocent, Emily exerça une légère pression sur sa robe, qui se fermait par des boutons à l'avant, dont l'un se défit et augmenta le décolleté. James n'y vit que du feu, et ne put empêcher par la suite son regard se perdre dans ces eaux.

– Quand j'ai entendu parler de tes fiançailles, c'est là j'ai compris que c'était la fin entre nous. Ça m'a vraiment permis de me remettre en question, de comprendre ce que j'avais perdu, de comprendre ta valeur… comme on dit on se rend compte de la valeur des choses qu'une fois qu'on ne les a plus. Ça a été très vrai pour moi.

– C'est vrai que je sens un changement à toi.

– Je suis contente alors. Je ne suis pas encore parfaite, mais je sens que j'en ai compris des choses. Le fait de comprendre que ce n'est pas parce que je suis jolie que je peux me montrer odieuse.

– Tant mieux alors.

La discussion alla vers d'autres sujets plus banaux. Emily glissait savamment des compliments dans ses commentaires, boostant l'égo de James, qui ne pouvait s'empêcher d'y être sensible. Pas parce qu'ils provenaient de la bouche d'Emily, mais parce que cela lui faisait du bien de se faire flatter, d'être admiré, après les éprouvantes journées qu'il avait eu récemment, où tout le monde lui était tombé dessus. James était quelqu'un de très confiant de nature, mais elle avait toujours eu le don de le faire sentir comme le meilleur.

Au fond de lui, il savait pourtant qu'Emily ne faisait cela que pour attirer son attention. Une chose semblait cependant sincère chez elle : elle semblait sincèrement prise de remords en ce qui le concernait. James était certain de ne pas avoir imaginé la lueur de regret dans ses yeux, et son intérêt pour sa relation avec Elinor semblait confirmer ses doutes.

– Et toi, avec le Coach ? demanda-t-il au bout de la quatrième tournée, lorsqu'elle lui fit remarquer que l'intéressé leur lançait des regards à intervalles réguliers.

– Fini, répondit-elle.

– Oh. Désolé.

– Crois-moi, c'est mieux comme ça.

Elle marqua une pause, l'air soudain hésitant.

– Est-ce que je peux te demander un service ? demanda-t-elle.

– Euh… OK, dit James, cependant sur la réserve.

Elle jeta un bref coup d'œil au Coach.

– Charlie est obligé de rester jusqu'à la fin de la soirée, et j'aimerai en profiter pour récupérer mes dernières affaires chez lui.

James leva un sourcil.

– On a rompu la semaine dernière, et il profite de chaque fois que je passe pour chercher le reste de mes vêtements pour déclencher la troisième guerre mondiale.

Comme James hésitait visiblement toujours, elle ajouta :

– S'il te plait. Tu n'as même pas besoin d'entrer – tu peux attendre sur le palier. J'ai juste pas très envie d'y aller seule.

James soupira devant ses yeux de chien battu. Le Coach était si gros, et Emily si menue… et la bagarre qu'il avait interrompu témoignait du mauvais état de leur relation.

– D'accord, s'entendit-il accepter.


CHARLIE VIVAIT dans un appartement en plein Bristol, au seizième d'un bâtiment moderne en verre. James appliqua un sortilège d'Extension indétectable à son sac à main pour qu'elle puisse y placer ses affaires.

– Je crois que j'ai à peu près tout, déclara-t-elle un quart d'heure plus tard, après avoir fait un dernier tour.

Elle resta debout à scanner la pièce du regard, comme si elle y faisait ses adieux, puis le rejoignit à l'extérieur.

– Ce sortilège est incroyable, dit-elle, les yeux remplis d'admiration. Tu es tellement intelligent.

Une fois de plus, James ne put s'empêcher de se sentir fier.

– Tu veux retourner à la fête ? demanda-t-elle tandis qu'ils parcouraient la rue.

– Pas spécialement, admit-il.

– Moi non plus.

Il y eut un silence.

– La nuit est encore jeune, et j'ai toujours la victoire à fêter. Tu ne veux pas qu'on aille se bourrer la gueule autre part ?

– Ellie doit être en train de m'attendre.

– Oh, allez… Et puis, ce doit être tes derniers instants de libres avant de devenir papa. Elle est à combien de mois, déjà ?

– Elle est censée accoucher la semaine prochaine.

– Déjà ? s'étonna-t-elle. Ça passe drôlement vite… Tu te sens prêt ?

– J'avais déjà de l'expérience, dit-il froidement.

Elle rougit, et eut la décence de paraître gênée.

– Désolée. Je… Désolée, bafouilla-t-elle, mortifiée.

– C'est rien, assura-t-il, l'air coupable.

Il s'éclaircit la gorge.

– Au fait, merci d'avoir tenu ta promesse, et de n'avoir rien dit à personne sur le fait qu'elle était enceinte. Elinor était persuadée que tu allais tout répéter aux journaux.

Emily baissa les yeux.

– Est-ce qu'elle t'a dit qu'elle m'a envoyé son serviteur pour me dire ce que j'encourrai si jamais l'information était divulguée à la presse ? Et je ne parle pas de poursuites légales, non.

– Ellie t'a menacé ? s'indigna-t-il.

– Oh, James. C'est une Lady. Elle ne menace jamais, et elle ne fait rien par elle-même. C'est l'un de ses domestiques qui est venu me rendre visite.

Tom, supposa James. Il doutait cependant qu'Elinor l'ait dépêché, et parierait plutôt sur Marion, pour le coup, qui faisait très attention à ce que rien ne filtre sur sa famille dans les médias.

– Il a préféré le mot « informer », mais vu la taille de ses mains, je suppose que ça en vient au même.

– Je suis désolé, dit-il en fronçant le nez.

– C'est pas grave… De toutes manières, je ne comptais rien dire.

Elle sourit.

– Alors, sinon, ce verre ?

Il jeta un coup d'œil à sa montre. Il était presque minuit.

– Je sais pas trop… peut-être une prochaine fois ?

– S'il te plait, Jamie, minauda-t-elle en lui prenant le bras. Juste un verre, très rapidement.

Il soupira.

– OK.

Elle eut l'air ravie.

– Dans un bar, ou chez moi ?

Il lui jeta un regard torve.

– Sans arrière-pensées, assura-t-elle précipitamment. J'ai juste récupéré une belle bouteille d'Ogden dans la cave à vin de Charlie, et je sais que c'est ton préféré.

– Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

Elle émit un grognement, puis roula des yeux.

– OK, rabat-joie. Puisque tu sembles si peu te faire confiance en compagnie d'une jolie jeune femme…

– Je suis un gentleman ! protesta-t-il.

– Dixit le mec qui n'a pas quitté mon décolleté des yeux de la soirée.

James eut la décence de rougir.

Elle ricana ouvertement.

– Hé, je le prends bien. Ça veut dire que je suis toujours séduisante malgré mon âge.

– T'es pas vieille.

– Je ne suis pas une jeune pousse non plus.

– Tu restes très jolie.

– Merci.

Ils marchèrent en silence.

– Est-ce que je peux te poser une question ? dit-il d'une voix mal assurée.

– Bien sûr.

Elle battit des cils.

– Est-ce que c'était sérieux ce qu'il y avait entre nous ?

Emily s'arrêta, et lui toucha le bras.

– Bien sûr j'étais vraiment sincèrement amoureuse de toi, s'indigna-t-elle. Pourquoi est-ce que tu me pose cette question ?

Il haussa les épaules.

– Pourquoi est-ce que tu m'as trompé autant de fois alors ?

Elle soupira. C'était visiblement la question qu'elle avait redoutée toute la soirée.

– Parce que j'étais pas bien, au moment où l'on s'est rencontrés, répondit-elle. Je ne savais plus ce que je voulais, j'étais perdue et incapable de comprendre la valeur de ce que j'avais sous les yeux. Tu sais ce que j'ai vécu… tout ce que j'ai traversé… j'étais en miette, quand on s'est rencontrés.

Elle lui caressa la joue.

– James, malgré toutes les bêtises que je faisais, j'avais de vrais sentiments pour toi. Ne doute jamais de ça. Je ne revenais pas pour toi parce que tu étais riche et célèbre, je revenais vers toi parce que ce que je ressentais était sincère. Merci, pour tous ces moments de bonheur. Je suis désolée de ne pas t'avoir mieux traité.

Elle paraissait en effet sincère. James sentit un poids dont il ignorait l'existence quitter ses épaules.

– Tes amis, et ta famille, chuchota-t-elle sans cesser de faire courir ses doigts sur sa joue. Ils n'ont jamais compris ce qu'on partageait. A quel point c'était spécial. Ils n'ont jamais vu que les mauvais côtés de notre histoire. Mais je n'étais pas malheureuse avec toi, et je pense que tu ne l'étais pas non plus.

James la regardait avec un air déboussolé qu'elle ne connaissait que trop bien. La main d'Emily remonta jusqu'à son oreille, dont elle se mit à tracer le lobe familièrement.

– Ce n'était pas la relation la plus simple qui existait au monde, poursuivit-elle de sa voix grave, et j'étais une terrible petite amie, et toi tu manquais peut-être un peu de maturité aussi. Mais quand je repense à nous deux, je ne pense pas à ces heures sombres. Je pense à nos fous rires, à nos voyages, à nos discussions, et surtout…

Elle se mit à parler très lentement, et James ne put détacher son regard du bout de langue qui apparaissait et disparaissait entre ses lèvres brillantes et appétissantes.

–… à l'alchimie qu'il y avait entre nous.

Elle était à présent si près de lui qu'il sentait la chaleur émaner de son corps.

– Je n'ai jamais réussi à avoir quelque chose d'une telle intensité avec personne d'autre depuis…

Sa voix rauque lui donna des frissons. James la trouvait terriblement sexy. Emily avait toujours aimé parler pendant l'amour, et le jeune homme ne pouvait s'empêcher d'associer ce timbre susurrant aux souvenirs de leurs nuits les plus endiablées, surtout quand elle plongeait son regard dans le sien. Il déglutit malgré lui.

–… et je ne pense pas que j'y arriverai un jour. Et tu sais pourquoi ?

Son cerveau mit quelques secondes à réagir. Il secoua la tête.

– Parce que je t'aimais tellement fort, qu'une partie de moi t'aimera toujours.

James écarquilla les yeux. Il n'osait plus respirer, plus bouger, de peur... il ne savait même pas de quoi.

Il était pétrifié.

Elle ne lui avait jamais, jamais dit qu'elle l'aimait. Elle lui disait avoir des sentiments dont il était facile de douter étant donné le nombre de fois où elle l'avait trahie. Mais elle n'avait jamais confessé avoir de tels sentiments pour lui, et James avait pourtant passé leur relation à tout faire pour lui en inspirer l'envie.

– Tu ne m'as jamais dit que tu m'aimais, dit-il, plus troublé qu'il ne l'aurait voulu.

Elle soupira.

– Je sais. Et je le regrette. J'aurais dû.

Ils se regardèrent droit dans les yeux pendant ce qui semblait être une éternité, avant qu'elle ne détourne le regard.

Il n'était pas prêt.

Elle n'était pas pressée.

Après tout, il lui restait quoi ? Deux, trois semaines ?

C'était largement suffisant pour le récupérer. Se précipiter serait une erreur…

– Mais tu es fiancé, et je respecte ça, mentit-elle.


LA PREMIÈRE CHOSE que James vit en sortant de la cheminée fut une paire de yeux bleus furieux, au milieu d'un visage crispé. Pour une fois, James comprit qu'Elinor avait pris de son père autre chose que la couleur de ses iris.

Il déglutit.

– C'est la deuxième fois de suite que tu rentres à une heure impossible, constata-t-elle sur un ton aigre. Il vaudrait mieux que ça ne se reproduise pas une troisième fois.

Il ne put s'empêcher de baisser la tête, l'air penaud.

– Où est-ce que tu étais ?

– Dehors.

Elle plissa les yeux.

– Avec qui ? Heidi et Lupin sont rentrés il y a des heures.

Il releva la tête, mais n'osa pas répondre. Elle fronça le nez. Et comprit.

Ses yeux flamboyèrent, et James calcula mentalement la distance qui le séparait de l'abri le plus proche au cas où.

Mais Ellie était une Lady. Elle ne perdait jamais contenance, et ne criait jamais sur son homme.

Elle croisa les bras, et le regarda jusqu'à être certaine que la déception et la colère qui émanait d'elle eussent fini de dessouler James et lui donner envie de rentrer six pieds sous terre.

Il l'avait déjà vue à l'œuvre, mais c'était la première fois qu'elle utilisait ses dons d'intimidation sur lui. Il devait avouer que c'était très efficace.

– Va prendre une douche, intima-t-elle finalement avec froideur. Tu empestes son parfum. Mélangé aux délicates effluves du baril d'alcool que tu as ingurgité, ça me donne envie de vomir.

James suivit son conseil. Il la retrouva assise dans l'atelier, à observer le soleil se lever dans le canapé qui faisait face à la baie vitrée, et si elle paraissait aussi agacée, ses pulsions castratrices semblaient s'être apaisées.

Il prit place à côté d'elle, mais elle ne fit aucun signe indiquant qu'elle avait remarqué sa présence. Camomille s'extirpa de son panier, et vint quémander des caresses que James lui octroya avec plaisir.

– Je suis désolé, dit-il finalement.

– J'étais inquiète, éructa-t-elle, toujours sans le regarder.

– Je suis désolé, répéta-t-il.

Elle ferma les yeux quelques instants.

– Pourquoi est-ce que tu reviens, si tu es si malheureux ?

– Parce que j'habite ici, répondit-il honnêtement. Je n'ai aucun autre endroit où aller.

Elle se tourna vers lui, sa fierté piquée au vif.

– Tu as raison, tu es chez toi. Si tu veux que je m'en aille, tu n'as qu'un mot à dire.

– Bien sûr que non, je ne veux pas que tu partes ! s'exclama-t-il. C'est aussi chez toi, ici. Et ce n'est pas uniquement à la maison que je reviens. C'est vers toi.

Elle ne put s'empêcher de sourire, comme si elle était très touchée par ce qu'il venait de dire.

– Il ne s'est absolument rien passé entre Emily et moi, ajouta-t-il. On a juste discuté, et je n'ai pas vu le temps passer.

Elinor soupira.

– Qu'est-ce qu'elle devrait faire, pour te dégoûter définitivement d'elle ?

– A part tuer Camo ?

Elle eut un petit sourire.

– Est-ce qu'il faut que je sois à cent pour cent franc ? demanda-t-il.

– S'il te plait.

Il se recala dans le siège.

– Je sais que ce n'est pas ce que tu veux entendre, mais la vérité est que je serai probablement toujours attiré par Emily. Quand je la verrai, j'aurais toujours ces pensées inavouables. Parce qu'on avait une incroyable alchimie, parce que j'ai très longtemps cru qu'elle serait la femme de ma vie, et parce que ça a toujours été… hum… woaw, entre nous. C'est d'ailleurs ce qui nous as retenus ensemble aussi longtemps – l'incroyable connectivité qu'on partage.

Elinor se pinça les lèvres, l'ai mécontente. James poursuivit:

– Mais… la voir aujourd'hui m'a permis de faire le point. Elle avait une odeur… je sais pas trop comment l'expliquer, à part comme étant une odeur de passé. Un peu comme ta garde-robe.

– Qu'est-ce qu'elle a, ma garde-robe ?

– Elle déborde de robes qui te rappellent des souvenirs, dont tu te souviens la matière, la façon dont ça retombait, la beauté de la réalisation, mais que tu ne porteras plus jamais.

– Parce que je ne remets jamais deux fois le même vêtement, dit Elinor comme si rien que l'idée la répugnait.

– Exactement. J'ai mis longtemps à comprendre cette règle d'or. Une fois que tu t'es déshabillé, même si elle passe à la blanchisserie et qu'elle te revient comme neuve, tu ne dois jamais la reporter. Tu comprends ce que je veux dire ?

– Je crois, oui.

– Je ne veux plus porter cette robe, parce qu'elle n'est plus d'actualité, parce que je n'ai plus envie de la mettre, même si je la trouverai toujours belle. Je ne vais peut-être jamais trouver une robe aussi étincelante qu'Emily, mais maintenant je sais que je peux en trouver une de bien plus confortable, faite dans une matière bien plus noble.

– Tu parles de Miss Evans, ou de moi ?

Il réfléchit.

– Des deux, pour être honnête.

Elle le regarda intensément.

– Donc, Emily appartient au passé.

– Exactement. Même si je ne peux pas m'empêcher de trouver des excuses afin de lui pardonner, alors que rien que la voir devrait me donner des envies de meurtres, je n'ai aucune envie d'être avec elle. Absolument aucune.

– Pour le moment.

– Pour toujours. Elle… m'a fait dit qu'elle respectait notre couple.

– Oui, bien sûr., railla-t-elle en roulant des yeux Et on sait tous que c'est une femme qui tient ses promesses.

James haussa les épaules. Elle n'avait pas tort, et une partie de lui-même restait méfiante.

– Et toi, qu'est-ce que tu as fait de ta soirée ? demanda-t-il. Ta soirée s'est bien passée avec Carla et Herbert ?

Le couple avait convié Elinor à dîner chez eux.

– C'était intéressant, même si j'ai dû jouer les conseillères matrimoniales. Carla est très mécontente que ce soit Herb qui fasse mes robes de mariée.

James se souvint que Lily lui avait parlé de nouvelles robes, lorsqu'ils s'étaient croisés le matin. Ellie sembla deviner ce à quoi – ou plutôt à qui – il pensait, car elle lui prit la main et lui dit sur un ton grave :

– Il faut qu'on parle, James. A propos de Miss Evans.

Il acquiesça, mais la laissa guider la conversation.

– Ton attitude depuis notre retour ici me rappelle l'état dans lequel tu étais, quand on s'est rencontrés, dit-elle avec une pointe de tristesse dans la voix.

– J'étais un gentleman.

– Nope, tu ne l'étais pas du tout, contredit Ellie. Tu étais un alcoolique nymphomane.

James fit semblant de se renfrogner. Elle lui caressa brièvement la joue.

– Mais tu étais surtout très, très malheureux, perdu dans un endroit très sombre. Et je suis très heureuse de t'avoir sorti un petit peu de cet abyme. Très heureuse. Très fière.

– Moi aussi, dit James.

– Et je suis très malheureuse de t'y avoir replongé en te mentant au sujet d'Evans. Je suis vraiment, vraiment désolée de t'avoir menti et manipulé. Et je suis désolée que mes remords te paraissent insuffisants. Mais je mentirai, si je te disais que je me sens coupable de vous avoir éloignés. Et je ne veux plus jamais te mentir.

Il acquiesça.

– Je pense aussi qu'il faut que je t'avoue certaines choses. Des choses dont je ne suis pas fière.

– OK, dit-il sur un ton méfiant.

Elle eut soudain l'air inquiet, et James lui serra la main afin de la rassurer.

– Tu sais que tu peux tout me dire.

– Je sais.

Elle marqua une pause.

– Je n'ai jamais eu ce genre de relation avec qui que ce soit depuis la mort d'oncle Dom, dit-elle enfin. Cette espèce de confiance totale, de complicité facile. J'ai passé ma vie sur mes gardes, à redouter de me faire doubler par les gens avec qui je prenais le thé chaque jour. Mais toi, tu es différent. Je crois que tu es le premier vrai ami que j'ai réussi à me faire.

James afficha un air surpris.

– Et Heidi alors ?

– Je ne lui fais pas autant confiance qu'à toi. Je l'aime, ce n'est pas le problème, mais elle pense toujours à dix mille choses à la fois et ce n'est pas la plus loyale des personnes. Contrairement à toi, James. Je ne te connais pas depuis longtemps, mais je sais que je n'ai pas besoin d'être sur mes gardes et que tu surveilles mon dos. Je ne sais toujours pas comment te remercier pour le soutien sans faille dont tu as fait preuve jusque-là.

– Tu n'as pas à me remercier.

– Je sais. Et c'est l'une des multiples raisons qui me font penser que tu es une personne extraordinaire, et que j'ai beaucoup de chance de t'avoir dans ma vie. Merci pour tout ce que tu as fait pour moi jusque-là.

Ses yeux s'embuèrent légèrement, et elle s'essuya le coin des yeux d'un coup de manche avec un petit rire gêné.

– On dirait que tu me fais des adieux, fit remarquer James avec nervosité.

– Pas tant que tu voudras bien rester auprès de moi, murmura-t-elle. Mais j'espère que tu sais que tu es libre de t'en aller, et que je ne t'en voudrais jamais, et que…

– Pas tant que tu auras besoin de moi, répliqua-t-il aussitôt.

Elle lui caressa tendrement la joue de sa main libre, un air de reconnaissance totale peint sur le visage, puis resta silencieuse une longue minute, le temps de rassembler son courage.

– J'ai peur, confessa-t-elle finalement.

– De quoi ? s'étonna-t-il.

– De ce qui va se passer après la naissance des jumeaux.

Il lui prit la tête entre les mains, pour la forcer à le regarder dans les yeux.

– Je ne vais pas t'abandonner, promit-il pour la énième fois.

– Ce n'est pas ce dont j'ai peur.

Il haussa les sourcils, l'air interrogateur.

– Peut-être que je m'imagine trop de choses, mais j'ai le pressentiment que quelque chose se prépare – quelque chose de gros, de terrible. Quelque chose qu'on ne va pas aimer, et qui va arriver une fois que j'aurais donné naissance aux jumeaux.

Elle avait l'air très sérieuse, et n'aurait pas pu mieux décrire la crainte qui habitait James depuis qu'il avait appris qu'Elinor et Alioth s'étaient fait agressés dix ans plus tôt. Il ne pouvait se défaire de ce pressentiment qu'ils se trouvaient dans le calme avant la tempête, avant l'ouragan.

– Peut-être que c'est le simple fait que le terme approche, et que je panique à l'idée que non pas une, mais deux énormes têtes sortent de mon corps dans un bain de sang, de douleur et de plein de choses que je ne préfère ne pas imaginer, mais je n'arrive pas à me défaire de cette sensation qu'il va arriver quelque chose. Comme si quelque chose tapis dans l'ombre n'attendait que leur naissance pour attaquer.

Elle hésita, puis demanda :

– Tu penses que je suis folle ?

– Non, dit-il. J'espère juste que tu as tort. Mais tu seras en sécurité avec moi, ici. Je vais vous protéger tous.

Il posa la main sur son ventre. Depuis qu'il s'était mis à bouder, il n'avait pas touché le ventre de sa fiancée, et il se rendit compte que la sensation lui avait manqué.

– Et puis, on va mettre un sacré tas de personnes hors d'état de nuire, avec toutes les informations que tu as rassemblé le mois dernier. Tu as fait un travail exceptionnel.

Elinor eut un sourire triste.

– A ce propos… il faut que je t'avoue quelque chose.

Il reporta son attention sur elle.

– James… Après ce mois passé ensemble, je… Tu m'as vraiment prouvé que j'étais ta priorité, que tu étais entièrement engagé à mes côtés, que tu étais prêt à tout ce qui était en ton pouvoir pour assurer mon bonheur et ma sécurité. Et depuis la mort d'oncle Dom, je n'ai plus jamais eu quelqu'un qui m'aime aussi inconditionnellement, aussi exhaustivement. Quelqu'un qui soit là pour moi, qu'il pleuve ou qu'il neige.

– Je t'ai promis que je le serai.

Elle le sonda du regard.

– C'est vraiment la seule raison pour laquelle tu es loyal avec moi ? Pour tenir une promesse ?

– Notre relation a dépassé depuis longtemps le simple stade d'une alliance, répliqua James.

– Justement…

Elle se prit le visage entre ses mains.

– Qu'est-ce que tu essaies de me dire, Ellie ?

Elle soupira, puis le regarda droit dans les yeux.

– Ellie ? interrogea-t-il, voyant que son silence s'éternisait.

– Tu as eu très peu de temps libre ces derniers temps, reprit-elle d'une voix mal assurée, en particulier quand j'étais coincée chez mon père, avec le concours et les recherches… Et c'est d'ailleurs pour ça que tu n'as pas pu voir Miss Evans et qu'elle et Nathaniel se sont rapprochés. Et bien…

Elle se recala une mèche derrière l'oreille.

– Et bien, je l'ai plus ou moins fait exprès.

James fronça les sourcils.

– Comment ça ?

Elle déglutit, et se gratta nerveusement la tête.

– Si je t'ai caché ces rumeurs sur Miss Evans, si je t'ai noyé sous mes trouvailles, et si j'ai tout mis en œuvre pour que tu reprennes tes études, c'était parce que je cherchais à saboter ta relation avec elle. Ce n'était pas parce que je voulais que tu te concentres sur ton concours, ou sur les affaires de mon père. C'était parce que je voulais que tu te concentres sur moi.

– Mais je suis concentré sur toi, dit James sur un ton confus. Je n'ai même jamais autant été focalisé sur toi.

Elle secoua la tête.

– Ce n'est pas ce que je voulais dire…

– Explique moi, car je ne comprends pas.

Elle se passa une main dans les cheveux.

– Ce mois passé à Shortbourne était horrible, et en même temps je le vivais plutôt bien parce que tu étais là. Pratiquement tout le temps.

– Oui… je n'allais tout de même pas te laisser seule avec Brenitte et Jacob.

Elle se mit à regarder ses doigts.

– Je ne sais pas si tu l'as senti aussi, mais on s'est rapprochés. On n'a jamais passé autant de temps ensemble. Et… j'étais tellement heureuse que tu te focalises sur moi que je ne voulais pas que Miss Evans s'immisce à nouveau entre nous. J'avais besoin de toi, et je ne voulais pas qu'elle soit une distraction en ce temps de crise. J'avais besoin de te distraire d'elle. Et… C'est pour ça que je t'ai tant encouragé à reprendre tes études, et que j'ai immédiatement impliqué Tina parce que je savais qu'elle réveillerait en toi ce côté compétiteur. Et c'est aussi pour ça que j'allais plusieurs fois par jour chercher des informations dans le bureau de mon père. Je voulais que tu sois trop occupé pour faire autre chose. Et… j'ai aussi tâché de faire en sorte que Miss Evans soit trop occupée pour venir vers toi. J'ai vu ce moment comme une occasion parfaite pour me débarrasser d'elle.

James fronça les sourcils, et resta silencieux le temps d'assimiler l'aveu de sa fiancée.

– Evans n'est pas une menace, s'exaspéra-t-il enfin. Tu étais en danger ! Tu penses vraiment que j'aurais laissé mon attraction pour elle primer sur le fait que tu avais besoin de moi ?

– Non, bien sûr que non ! s'exclama Elinor. Pour une fois, ce n'est pas par fierté ou par crainte que tu la fasses passer avant moi qui m'a poussé à faire ça.

– Alors pour quoi ?

Elle inspira profondément.

– Depuis quelques temps, j'ai envie de savoir ce que ça donnerait, si on se donnait réellement une chance.

Il fronça les sourcils.

– Comment ça ?

– On fait semblant d'être ensemble, et on s'entend merveilleusement bien en général. Alors imagine ce que ça donnerait si l'on sortait réellement ensemble, si l'on faisait de ce mirage une réalité.

James cligna des yeux.

Il y eut un long silence.

Un très long silence.

– Ça commence à être un poil vexant, grommela Ellie.

Mais il semblait toujours incapable de parler.

Vraiment vexant, insista-t-elle quelques secondes plus tard.

James la regardait avec un air interdit.

– Si tu n'étais pas enceinte, j'aurais juré que tu as bu.

Elle croisa les bras.

– Tu n'as même pas fait l'effort d'imaginer.

– Encore heureux, ou sinon, tu serais couverte de vomi. Ellie… tu es comme une sœur pour moi.

– T'as embrassé ta "sœur" plus d'une fois.

– Je n'y ai jamais mis la langue !

Elle roula des yeux, le tira brusquement par le col, et lui roula une pelle qui le laissa essoufflé comme s'il avait couru un marathon.

– Voilà, c'est fait, déclara-t-elle d'une voix satisfaite.

Ellie !

– Quoi? Maintenant, est-ce que tu pourrais faire l'effort d'imaginer le beau couple qu'on donnerait ?

– NON ! s'écria James. T'es tarée ou quoi ?

– Mais pourquoi pas ? s'exaspéra-t-elle. On serait comme des dominos, des paires de cartes. Tu es canon, je suis superbe. Tu es riche, j'ai pas mal de thune. T'es une crapule, je suis manipulatrice. Tu es têtu, je suis capricieuse. T'es égoïste, je suis narcissique. On irait tellement bien ensemble.

James la regarda comme si un troisième œil avait poussé au milieu de son front.

– Je ne savais pas qu'il y avait un technique de drague encore pire que celle de Peter, déclara-t-il finalement avec une espèce d'émerveillement dans la voix.

– Tu m'as dit que tu m'aimais plus d'une fois.

– Ça, c'était avant que je sache que tu es une psychopathe.

– Oh, arrête, dit-elle sur un ton impatient. Pour quelle autre raison est-ce que tu m'assurerais un soutien aussi infaillible, surtout après tout ce qui s'est passé le mois dernier Shortbourne ?

Parce que j'ai impérativement besoin de toi pour mon enquête.

– Parce que je t'ai promis d'être là pour toi, jusqu'au jour où tu m'annonceras que tu n'as plus besoin de moi.

– Il n'y a aucune autre raison ?

Lee.

– Je n'ai pas besoin de mille raisons pour t'aider. Je n'ai pas envie de te voir triste, je n'ai pas envie de te savoir en danger, je n'ai pas envie de t'abandonner.

– Parce que. Tu. M'aimes ! s'écria-t-elle, comme si c'était une évidence indéniable. Et personne ne peut t'en vouloir, je suis quand même sacrément jolie.

– Je t'aime, mais pas comme ça !

– Bien sûr que si !

– Bien sûr que non !

– Bien sûr que si !

– Bien sûr que…

– SI !

– Ellie, je ne…

– SI !

– Mais…

– SI !

James soupira.

– Je suis tellement tenté de t'assommer, juste pour mettre fin à cette discussion absurde, reprit-il d'une voix rêveuse. Juste un petit coup sec derrière la tête, au niveau de la nuque… tu sombrerais dans l'inconscience sans même t'en rendre compte… pendant deux ou trois jours… J'ai vu ça dans un film d'art martiaux….

Elinor roula des yeux.

– Ellie, reprit-il d'une voix douce. J'aurais tellement aimé être amoureux de toi. Tout aurait été plus simple, et je ne doute pas que j'aurais été heureux. T'as été extraordinaire depuis qu'on s'est fiancés. Et tu es adorable avec moi. Mais je ne suis pas amoureux de toi.

– Dans ce cas, mets-y un peu du tiens et essaie, râla-t-elle d'un air exaspéré. Ça ne peut pas être si difficile, vu ma beauté.

– Je déteins vraiment trop sur toi, dit James en roulant des yeux.

Elle soupira.

– OK. Disons que tu n'es – pour l'instant – pas amoureux de moi… C'est indéniable qu'on ferait un couple d'enfer. On est sur la même longueur d'onde sur tellement de choses. Je pense qu'on ne le regretterait pas si on se donnait une chance. Tu sous-estimes notre potentiel.

James retint un énième soupir de consternation.

– Tu sais pourquoi je n'ai jamais vraiment tenté quoi que ce soit avec toi ?

– Pour respecter mes principes ? Pas de sexe avant le mariage ?

James leva un sourcil.

– Je suis un gentleman, mais définitivement pas à ce point-là. Et puis tu es enceinte, je te le rappelle. Quand on annoncera la naissance des jumeaux, tout le monde saura que tu as été vilaine.

Elle lui jeta un regard noir.

– Non, reprit James, si je n'ai jamais rien tenté, c'est parce que je n'ai jamais vu la moindre lueur de désir dans tes yeux, le moindre indice indiquant que tu voulais aller plus loin. Si ça avait été le cas…

Il la regarda de bas en haut avec une lueur appréciative.

– … crois moi qu'il se serait passé quelque chose.

– Bien sûr que si, j'ai du désir pour toi! protesta-t-elle.

James se pencha vers elle, la regarda droit dans les yeux, l'air défiant, et murmura dans son oreille avec une voix rauque.

– T'es certaine ?

Il l'entendit déglutir.

– Parfaitement, assura-t-elle dans un souffle.

Il se mit à couvrir la ligne de son cou jusqu'à son épaule de baisers, puis prit la bretelle de sa robe de nuit en les dents et la fit glisser. Le souffle d'Elinor devint erratique, et pas parce qu'elle était émoustillée par ce qu'il faisait.

Quand il posa la main sur sa cuisse, elle réagit instinctivement. Elle fit un bond pour se mettre hors de sa portée.

James ne put s'empêcher d'afficher un sourire goguenard.

Elle recala nerveusement une mèche derrière l'oreille.

– Je… pense juste qu'on devrait attendre le mariage, prétexta-t-elle d'une voix aiguë.

James eut un petit rire.

– Ou jamais, proposa-t-il.

Silence.

– Ou jamais, approuva-t-elle férocement.

Elinor se laissa prendre dans les bras et cala sa tête sur son épaule, et James se mit à lui caresser tendrement le dos.

– Je crois que je viens de me prendre un râteau, dit-elle avec un petit rire.

– C'est une première je suppose ? Ça fait quel effet ?

– J'ai envie de te faire un doigt d'honneur, pour être tout à fait honnête. Mais j'ai écrit tout un chapitre sur ce sujet dans mon manuel, alors je vais m'abstenir.

James ne put s'empêcher de rire.

– Ne m'embrasse plus, si tu ne le penses pas vraiment, murmura-t-elle.

Il hocha la tête.

– Merci de m'avoir poussé à reprendre mes études, même si tes motivations ne sont pas sincères.

Elinor se contenta de lui embrasser brièvement la joue, avant de s'installer plus confortablement contre lui.

Il y eut un petit silence.

– Tu l'aimes vraiment, Miss Evans, n'est-ce pas ?

Il acquiesça.

– J'espère que tu parviendras à réparer les choses entre vous. Mais pas tout de suite, hein ? J'ai toujours besoin de toi...

Il l'embrassa sur la tempe.

– Arthur est de retour à Shortbourne.

– Je sais.

Silence.

– Ellie ?

– Hmm ?

– Pourquoi tu ne veux pas me dire qui est le père de tes enfants ?

Elle haussa les épaules.

– Tu ne me l'a jamais demandé.

– Là, je te le demande.

Elle resta silencieuse une minute entière.

– On a décidé qu'on serait les parents de ces enfants, rappela James. Ce que tu dis ne changera jamais rien.

Il lui prit la main.

– Et je te promets que quoi que tu me dises, je ne lâcherai pas ta main.

Elle ferma les yeux.

– J'ai fait quelque chose d'impardonnable, James, dit-elle d'une voix tremblante. Personne ne doit savoir la vérité. Tu ne peux en parler à personne.

– Bien sûr, assura-t-il solennellement.

Elle inspira profondément, puis rassembla le courage de lui faire face.

– L'automne dernier, commença-t-elle d'une voix tendue, je… je fréquentais Nathan, comme tu le sais.

James pâlit.

– C'est lui, le père ?

– Non. Nathan et moi n'avons jamais…

Elle s'interrompit.

– Je suis censée être une Lady, défendeur de nobles valeurs. Mon message aurait été entaché si jamais j'avais couché avec lui, et sa mère me faisait une publicité formidable.

– OK, dit prudemment James.

– Nathaniel était ma vitrine, poursuivit-elle, celui que je voyais officiellement, parce que mon père vivait très mal mon divorce. Le fait que j'aie déjà un prétendant le rassurait sur le fait que mon état de disgrâce ne s'éterniserait pas. Quoi qu'il en soit, et comme tu le sais aussi, je… voyais également Arthur. Rien de très sérieux, mais… j'avais besoin de décompresser avec le divorce. J'avais dédié neuf années à la réussite de mon mariage, et au bonheur de Jon, pour qu'il me traite aussi horriblement. J'avais besoin de m'amuser, et Arthur était parfait pour ça. Et avec lui, j'ai…

Sa voix mourut.

– Donc c'est lui le père ? dit James avec soulagement.

Elinor baissa les yeux.

– Je ne sais pas, souffla-t-elle.

Il y eut un grand silence.

– Comment ça, tu ne sais pas ? répéta-t-il d'une voix blanche.

Elle plaça nerveusement une mèche derrière la tête.

– Je suis tombée enceinte en décembre, continua-t-elle, visiblement mortifiée. Et en décembre, quand Jon a accepté mes termes pour se faire pardonner de ce qu'il me faisait traverser, on a fini par passer la soirée à discuter de tout ce qui nous avait conduit à cette situation. Et… on a fini par badiner ensemble.

James resta bouche bée quelques secondes.

– Donc le père est soit Jon soit Arthur ?

Elle garda le silence.

– Ellie ?

– Je… Ce que j'avais avec Arthur n'avait rien d'officiel, comme je te l'ai dit. Je ne l'ai jamais pris au sérieux, et je pensais qu'on s'amusait simplement ensemble. Je n'ai compris qu'il avait des sentiments pour moi que lorsqu'il m'a demandée en mariage. Et j'ai compris qu'il avait de vrais sentiments quand il a pleuré parce que je lui ai dit non.

Elle soupira.

– Et Jon… je ne sais pas, c'était simplement une erreur. Comme une espèce d'au-revoir. Je ne saurai même pas te dire qui a fait le premier pas…

– D'accord, dit-il prudemment, bien qu'il ne voyait pas où elle voulait en venir.

Elle marqua une longue pause avant de reprendre.

– Je suis une hypocrite, James, et je m'excuse d'avance de te décevoir.

– Ellie, tu peux tout me dire. Je ne te jugerai pas.

Il la prit dans ses bras, et elle enfouit son visage dans son cou.

– Arthur et Jon ne sont pas les seules possibilités.

–… Hein ? s'exclama James.

Les yeux d'Ellie se remplirent de larmes.

– Je ne voyais pas seulement Arthur de manière régulière, révéla-t-elle. Je voyais aussi… quelqu'un d'autre. Et c'est complètement possible qu'il soit le père. Et c'est pareil, avec lui, je pensais qu'on avait une relation sans attache, et je n'ai pas compris sur le coup qu'il avait également développé des sentiments pour moi. Je n'avais pas l'impression de les tromper l'un ou l'autre, car on ne se voyait que pour… enfin…

Une nouvelle fois, James resta inédit.

– J'ai tellement honte, de mon comportement, murmura-t-elle.

– Je le connais ?

Elle acquiesça.

– Qui est-ce ?

Elle se prit le visage entre les mains.

– C'est… son meilleur ami, pour couronner le tout. Le meilleur ami d'Arthur.

James ouvrit la bouche. La referma. La rouvrit. La ferma.

– Je sais, c'est terrible.

– Son meilleur ami ? répéta-t-il d'une voix horrifiée.

– Je n'arrivais pas à faire un choix entre les deux, s'exclama-t-elle avec un brin de désespoir. Et de toute manière, je ne le prenais pas au sérieux non plus. Je croyais qu'on s'amusait, mais il m'a confié avoir des sentiments aussi, et je n'ai rien vu une fois de plus. Il…

– Ellie, coupa James en la prenant par les épaules. Son meilleur ami ?

Il n'avait vu qu'une seule personne parler chaleureusement d'Arthur. Il ne pouvait penser qu'à une personne. Mais c'était impossible, n'est-ce pas ?

N'est-ce pas ?

– Tu veux dire… ?

Ellie se mordit la lèvre.

Et acquiesça.

– Tom, oui, confirma-t-elle.


HEIDI AFFICHA un grand sourire ravi en les voyant prendre leur petit déjeuner ensemble, installés dans le salon d'extérieur. Elle leur fit de grands signes de la main depuis la fenêtre de la chambre de Remus, avant que celui-ci ne la ramène à l'intérieur et ne referme la fenêtre.

– Tu savais, pour eux deux? demanda James avec curiosité.

Elinor grimaça.

– J'ai dû leur apprendre à jeter un sortilège d'insonorisation efficace, si tu vois ce que je veux dire.

Son air de répugnance fit sourire son fiancé.

Aujourd'hui se tenait la première épreuve du concours, qui s'étalait sur deux jours. James se sentait totalement à l'aise. C'était la troisième fois qu'il passait les concours, après tout, et il avait toujours été sélectionné sans grand mal. L'enjeu cette fois-ci était d'arriver au sommet de la liste, afin d'obtenir les meilleurs professeurs de stage.

Elinor le serra longuement dans ses bras avant qu'il ne quitte le manoir, et James l'embrassa tendrement sur le front. Ils avaient passé la nuit à discuter, mais il ne présentait aucun signe de fatigue.

– Bonne chance, murmura-t-elle. Bien que tu n'en ait pas besoin. Je sais que tu vas assurer totalement.

Et elle eut raison. Il assura totalement. Les examinateurs lui avaient adressé bien trop de clins d'œil complices pour qu'il s'inquiète.

Il était tout aussi confiant et serein le surlendemain pour les épreuves pratiques, mais quand Elinor le rejoignit cette fois-là, ce n'était pas pour lui souhaiter bonne chance.

– James, dit-elle d'une voix grave. Tu devrais lire ça.

Elle lui tendit la Gazette du Sorcier.


INCENDIE DESTRUCTEUR A PRE-AU-LARD

La piste criminelle privilégiée

L'enquête autour du violent incendie ayant presque entièrement détruit l'agence La Bonne Fée très tôt hier matin à Pré-au-Lard se poursuit. Le sinistre s'est déclaré aux alentours de six heures du matin, Main Street. S'il n'a miraculeusement fait aucune blessé grave, le pavillon étant vide d'occupant à ce moment-là, trois personnes ont toutefois été admises à Sainte Mangouste pour observation. Quant à son origine, les premiers éléments de l'enquête semblent indiquer qu'elle n'est pas accidentelle.

Des tuiles gisent à même le sol. L'entrée est toute noire. Le porche et la porte d'entrée du bâtiment ont été légèrement endommagés, mais c'est l'intérieur de l'établissement qui a subi le plus de dégâts. « J'ai été alerté par un voisin, qui a entendu des bruits suspects. Lorsque je suis arrivé, les flammes ravageaient déjà l'agence. », confie Anthony Casino, associé principal et fils de l'une des victimes, confirmant la thèse de l'incendie criminel.

En effet, selon les témoignages de voisins recueillis sur place par la Brigade de Police Magique, des individus ont été aperçus autour du pavillon quelques minutes avant que l'incendie ne se déclare. Intervenus alors que le bâtiment était déjà en feu, les soldats du feu sont parvenus à circonscrire le sinistre.

S'agit-il d'une vengeance, d'un règlement de comptes, d'un avertissement, d'un acte de vandalisme ou autres ? Selon Anthony Casino, il n'y a à sa connaissance pas eu d'altercation récente, aucun problème justifiant d'éventuelles représailles d'un ou plusieurs clients mécontents et qui auraient souhaité nuire à l'établissement.


L'image illustrant l'article montrait les ruines qu'était devenue La Bonne Fée.

James resta bouche bée plusieurs secondes.

– Qui sont lesdites victimes ? demanda-t-il finalement.

Elinor se mordit la lèvre.

– Mrs Casino, Nathaniel et… Miss Evans.

James pâlit.

– Elle n'a rien de grave, à en croire Tina, précisa-t-elle précipitamment. Je l'ai eu par cheminée juste avant de venir t'avertir. Ils ont même laissés sortir Miss Evans et Nathaniel, c'est rassurant, non ?

James acquiesça. Ellie s'approcha de lui, et le prit par les épaules.

– Écoutes… J'ai hésité à t'en parler en lisant l'article – pas par rapport à ce dont on a discuté hier, mais par rapport au fait que je sais que tu voudras te précipiter chez Miss Evans pour vérifier qu'elle va bien, mais que tu ne peux pas te le permettre. Si tu rates la seconde épreuve du concours, tu seras disqualifié. Et c'en sera fini une bonne fois pour toute de ta carrière de Médicomage ; tu sais que le nombre de tentative est limité à trois.

James le savait, mais ce n'était pas la question, et elle le savait aussi.

Elle soupira.

– Je ne suis pas en train de te dire de ne pas y aller, ajouta-t-elle doucement. Seulement de peser le pour et le contre. Tu peux très bien aller voir Miss Evans en fin de journée après les épreuves.

James secoua la tête.

– Je serai incapable de me concentrer, tant que je n'aurais pas vu de mes yeux qu'elle va bien.

Elinor hocha la tête, et lui caressa tendrement la joue.

– Alors vas-y.


C'ÉTAIT DONC TRÈS INQUIET que James frappa à la porte de Marlène et Lily. Mais à sa grande surprise, ce ne fut pas cette dernière qui lui ouvrit la porte, mais un Nathaniel Smith simplement vêtu d'un bas de jogging, d'où jaillissait son corps d'éphèbe.

Uniquement vêtu d'un bas de jogging.

James devint livide, et son cœur rata plusieurs battements, en constatant que Smith était à bout de souffle et avait les cheveux en bataille.

Il esquissa un grand sourire en voyant James.

– Oh, Potter, salua-t-il aimablement en ouvrant la porte plus grand. Je t'attendais plus tôt, pour tout te dire. Je t'en prie, entre.

James ne bougea pas d'un iota.

– Où est Lily ? demanda-t-il d'une voix blanche.

Nathan sourit encore plus largement et remit son T-shirt avant de répondre.

– Elle finit de se rhabiller.

Le souffle vint à manquer à James.

Ce n'est pas vrai… ce ne pouvait pas être vrai…

– Je suppose que tu te poses la question, continua Nathan sur un ton satisfait, alors je vais y répondre pour que tu ne te fasses pas d'idées ; non, je ne viens pas d'arriver. Comme tu peux le voir, j'ai dormi ici. Enfin... dormir… pas vraiment, si tu vois ce que je veux dire

Il lui fit un clin d'œil qui se voulait complice. James mit quelques secondes à retrouver l'usage de la voix.

– Tu n'as pas couché avec elle, dit-il d'une voix incrédule.

Nathan se pencha légèrement vers lui et murmura :

– Que ça te plaise ou non, Lily et moi avons passé la nuit ensemble. Et qu'est-ce que c'était bon ! s'exclama-t-il en se mordant la lèvre inférieure. Ça m'avait manqué.

James eut le souffle qui vint à lui manquer. Nathan se redressa.

– Mais je suppose que tu veux lui demander confirmation en personne. Entre.

Tel un zombie, abasourdi par ce que venait de lui révéler Smith, James le suivit jusqu'à la cuisine, où une Lily très pâle le regarda l'air désolée. Elle n'était vêtue que d'un grand T-shirt, d'où dépassaient ses longues jambes impeccables.

Smith s'approcha d'elle, et la prit familièrement par la taille.

– Lily, Potter est venu prendre de tes nouvelles, lança-t-il gaiement. Je lui ai dit que tu allais bien, mais il voulait le voir de ses propres yeux, ajouta-t-il malicieusement.

Son sourire devint victorieux.

Lily ne se dégagea pas, mais elle paraissait sonnée. Horrifiée. Elle se contenta de regarder James comme si elle était sur le point d'éclater en sanglots. Mais James était celui qui avait envie de pleurer.

Evans et Smith ?

Non, non, non, non….

Il y eut un silence.

– Bon, reprit gaiement Nathan, le seul à paraître totalement à l'aise dans cette ambiance à couper au couteau. Je vais faire les courses.

Il se pencha pour embrasser une Lily raide sur la joue, enfouit les clefs de l'appartement dans sa poche, jeta un dernier regard victorieux à James en passant devant lui, avant de se diriger vers le balcon pour transplaner.

Après son départ, James et Lily restèrent plusieurs secondes à se regarder. James n'avait qu'une envie : partir en courant, partir de cette pièce. Mais il avait besoin de l'entendre de la bouche de Lily.

– Ne me dis pas que tu as couché avec lui, supplia-il finalement à mi-voix.

Les yeux de Lily se remplirent de larmes. James s'attendit à ce qu'elle proteste, se défende, s'excuse, tente de lui expliquer ce qui s'était passé, mais la réponse de la jeune femme le prit totalement de court :

– Je ne sais pas, murmura-t-elle.

Le front de James se rida, et il mit une minute entière à retrouver l'usage de sa voix.

– Comment ça, tu ne sais pas ? répéta-t-il en s'approchant d'elle.

L'incompréhension et la confusion se disputaient la dominance dans son esprit. Soudain, elle semblait avoir du mal à respirer, et elle se prit le visage entre les mains.

– Lily…

Il la prit par les épaules, et la força à le regarder.

– Qu'est-ce que tu veux dire ? insista-t-il en la sondant du regard.

Les larmes de Lily se mirent à couler.

– Je ne pense pas qu'on ait couché ensemble, balbutia-t-elle.

– Qu'est-ce qui s'est passé hier ?

– Je ne sais pas, gémit-elle.

Elle se mit à faire les cent pas, en se prenant la tête dans les mains, désespérément à la recherche du moindre souvenir.

– Je me suis réveillée et il était là à côté de moi… Mais je n'étais pas nue… je me souviens absolument de rien et il m'a dit n'avoir aucun souvenir non plus…

James resta figé d'horreur.

– Tu es en train de me dire qu'il a abusé de toi ? murmura-t-il d'une voix blanche.

Lily secoua la tête.

– Non, bien sûr que non…

Mais le doute qui traversa son regard n'échappa pas à James.

– Tu en es sûre ?

– Oui, répéta-t-elle plus fermement.

– Comment tu peux en être certaine ? s'agaça-t-il

– Nathan ne ferait jamais une chose pareille ! s'écria-t-elle. Je suis sûre qu'il y a une explication, on est juste trop torchés pour savoir ce qui s'est vraiment passé… Quand la potion anti-gueule de bois fera son effet, d'autres souvenirs remonteront. Mais je suis formelle : il ne s'est rien passé.

James cligna des yeux, avant que la colère ne prenne définitivement le dessus sur ses autres émotions. Il n'arrivait pas à croire qu'elle le défendait !

– Il s'est réveillé dans ton lit et tu n'en n'as aucun souvenir ! siffla-t-il avec rage.

– Parce que j'étais bourrée, et lui aussi d'ailleurs ! Trop bourrés pour qu'il se passe quoi que ce soit.

– Comment tu pourrais le savoir si tu étais si torchée ?!

– Il ne m'aurait jamais touchée contre mon gré ! rugit Lily. C'est pas un animal! Qu'est-ce que tu crois que j'ai fait en le voyant dans mon lit ? Je lui ai demandé, et il ne se souvient de rien !

James lui jeta un regard glacial. Elle lui prit le visage entre ses mains.

– James, chuchota-t-elle en le regardant droit dans les yeux. J'avais peur hier. Je suis sur la liste des suspects pour l'incendie et ça me terrifie parce que je suis peut-être réellement coupable.

Il eut un air confus.

– De quoi parles-tu ?

– Je ne me souviens pas de la soirée d'avant-hier non plus, expliqua-t-elle en désignant sa bosse, mais j'étais la seule personne présente dans l'agence quand le feu est parti. C'est peut-être un accident, je n'en sais rien.

– Tu ne ferai jamais une chose pareille.

– Bien sûr que non. Mais je suis quand même en haut de la liste des suspects au vu des circonstances. Et Nathan… il n'a pas hésité à entrer dans le bâtiment en feu pour me sauver la vie. Il ne me ferait jamais de mal.

Elle se mit à lui caresser la mâchoire avec le pouce pour le détendre.

– J'étais effrayée, et déboussolée, et je ne savais pas trop quoi faire alors j'ai juste voulu m'oublier et Nathan est venu avec moi. Il a été là pour moi. Comme un ami. On a bu tous les deux, énormément bu, mais je suis quasiment certaine qu'il ne s'est rien passé. Je suis certaine qu'il ne me ferait jamais de mal.

James lui jeta un regard glacial, visiblement loin d'être convaincu. Au vu de la manière dont il s'était vanté, Smith se souvenait de bien plus qu'il n'avait fait croire à Lily. Sa naïveté l'excédait.

– Il y a forcément une explication, ajouta-t-elle d'un air confiant.

– Comme quoi ?

Elle soupira, et se passa les mains dans les cheveux.

– Peut-être que je l'y ai invité, je ne sais pas.

James plissa les paupières et Lily rougit.

– Ce n'est pas ce que je voulais dire, murmura-t-elle précipitamment.

– Oh. Et qu'est-ce que tu voulais dire ?

– Que quand on sortait ensemble, il dormait toujours dans ma chambre. Peut-être qu'il n'a pas réfléchi dans son état et qu'il n'a pensé à dormir dans le canapé… C'était peut-être un réflexe.

James serra la mâchoire.

– Est-ce que vous êtes à nouveau ensemble ? ne put-il s'empêcher de demander.

Peut-être qu'elle mentait sur ce dont elle se souvenait pour le ménager.

Elle en resta bouche bée.

– Bien sûr que non, répliqua-t-elle.

– Est-ce que tu ne t'en souviens pas, ou tu ne veux pas t'en souvenir, de ce qui s'est passé hier ?

– Qu'est-ce que… ?

– Est-ce que tu essaie de ménager mes sentiments ? Par rapport à ce qu'on s'est dit la dernière fois qu'on s'est vus ? Je suppose que tu lui as donné sa chance, hein, à ce gars censé mieux te traiter que moi.

Elle était à présent furibonde.

– Je ne sors pas avec Nathan:

– « Je ne sors pas avec Nathan », mima puérilement James. Je ne suis pas complètement abruti !

– Tu sais parfaitement faire semblant !

– T'as laissé ce crétin dormir dans ton lit, et c'est moi l'idiot ? s'indigna James. C'est moi qui me bourre la gueule avec mon ex qui ne rêve que de me baiser, peut-être ? Après tout ce qu'il t'a fait subir ?

Bon, en l'occurrence, c'était exactement ce qu'il avait fait deux jours plus tôt, mais elle n'avait pas besoin de le savoir.

– On s'est expliqués, marmonna-t-elle. On est amis, maintenant.

– Ah oui, dit James en se frappant le front. Suis-je bête! J'avais oublié qu'on devenait systématiquement un saint à tes yeux dès qu'on te présentait deux ou trois excuses.

Elle plissa les paupières, l'air menaçant.

– Arrête !

– Comment peux-tu être aussi naïve ?

– Comment peux-tu être aussi con ?

– Il te manipule !

– Ça ne semblait pas te déranger jusque là, que je pardonne facilement. T'es juste tellement égoïste !

– C'est le même petit con qui t'a fait pleurer il y a quelques mois. Qui t'a manipulée, qui dirigeait ta vie, qui t'étouffait !

– Les gens changent ! Nathan a changé !

– Il n'a pas changé ! Il…

James s'interrompit.

Nope.

Hors de question qu'il parle du passage à tabac.

– Ce mec joue avec toi, reprit-il en passant la main dans les cheveux. Il est incapable de changer.

– Tu as été bien plus cruel avec moi, et pourtant il y a une amélioration même minime, non ? Pourquoi est-ce qu'il n'y aurait pas d'espoir pour lui ?!

– Ne me compare pas à lui!

– Ne me donnes pas d'ordre!

– Je t'ai fait chialer il y a six ans en te disant que tu étais une patate. Et tu veux un scoop ? Je suis désolé de ne pas avoir vu au-dessus de ton apparence, mais tu étais une patate ! Voilà, c'est dit ! Tu penses que tu t'en remettras un jour ?

Elle le foudroya du regard.

Comment oses-tu ?

De rage, elle le repoussa contre le mur.

Ou plutôt tenta, mais les réflexes de James demeuraient excellents et il lui attrapa le poignet. Ils se défièrent du regard pendant un long moment, la rage bouillant dans les veines de chacun.

– Nathan lui ne se serait jamais permis de dire ça.

Arrête de me comparer à lui !

Ils se regardèrent dans les yeux, le souffle court, pendant une minute entière.

– Est-ce que tu as couché avec lui, oui ou non ? éructa-t-il sans la quitter des yeux.

La lèvre de Lily se mit à trembler.

– Je ne sais pas, murmura-t-elle sincèrement.

James lui relâcha les bras.

– Tout ce que je sais, c'est que je me suis réveillée dans mon lit, et qu'il était là.

– Tout ce que je sais, répéta James, c'est que tu t'es réveillée dans ton lit avec lui, et que tu ne voulais pas ça.

Elle secoua la tête.

– Non, je ne voulais pas ça.

Il serra la mâchoire et les poings. Jamais Lily ne l'avait vu dans cet état, jamais elle n'avait vu cette lueur meurtrière dans ses yeux.

– Il a intérêt à avoir une excellente excuse, murmura-t-il en détachant chaque syllabe, ou sinon je le tuerai.

Lily écarquilla les yeux.

– Non ! James !

Elle tenta de le retenir par les bras.

– Lâche-moi, intima-t-il avec colère.

– Il ne s'est rien passé !

– Comment tu pourrais en être sûr que tu n'as aucun souvenir ? N'essaye pas de le protéger !

– Je n'essaie pas de le protéger ! Je suis certaine que… James, non ! s'écria-t-elle tandis qu'il la repoussait de nouveau, cette fois sans ménagement.

Il l'ignora, et traversa le salon.

– S'il c'était passé quelque chose, je le saurais ! cria-t-elle au moment où il s'apprêtait à poser le pied sur le balcon.

De nouveau, il y eut un silence assourdissant.

Pâle comme s'il venait de croiser la mort, James se retourna presque au ralenti, un air d'incompréhension sur le visage. Il ne comprenait même pas ce qu'elle voulait dire par là, mais elle pleurait et tremblait et c'était tout ce qui lui importait.

Sa colère dégonfla en une fraction de seconde.

Il revint vers elle, et la prit dans ses bras.

– Oh non… Evans… Lily...

Il paraissait presque encore plus horrifié qu'elle. Quelque chose, dans le ton de sa voix quand elle avait crié, lui avait donné des frissons d'horreur.

– Je suis désolé. Je suis un idiot.

– Il… Il ne s'est rien… p-passé avec… avec Nathan, sanglota-t-elle. J'en suis certaine.

– D'accord. OK, capitula-t-il aussitôt, peu désireux de la contrarier plus. Je te crois.

Il la serra encore plus fort contre lui.

– Je suis désolé, ajouta-t-il d'une voix douce. Pardonne-moi.

Il s'en voulait. Il était un idiot. Elle était couverte de bandages et tenait à peine sur ses jambes, et il l'avait acculée jusqu'à la faire craquer. Or, en y réfléchissant, Nathan avait probablement grossi ce qu'il en était réellement, comme lorsqu'il avait tenté de lui faire croire que Lily et elle étaient ensemble, et il avait foncé dans le panneau la tête la première.

Il enfouit sa tête dans ses cheveux, et se mit à lui baiser le crane tout en murmurant des paroles réconfortantes et inintelligibles, comme s'il espérait à force d'incantations effacer toute trace de Nathan. Et à son grand plaisir, il constata que Lily se détendait, que ses sanglots s'espaçaient, ses tremblements s'apaisaient. Il se mit à lui caresser le dos tendrement du bout des doigts, et remarqua seulement à ce moment-là qu'elle avait également les cheveux coupés, et une grosse bosse sur le front. Il se retint à grand mal de lui demander ce qui s'était passé la veille.

Ses baisers étaient tendres et chastes, son étreinte forte, ses doigts apaisants. Il la consolait exactement de la même manière que la première fois qu'il avait eu à le faire, avec une délicatesse qui la touchait plus qu'elle ne saurait le décrire. Il était protecteur. Rassurant. Parfait. Aussi, quand elle leva la tête pour le remercier après ce qui semblait être une éternité, et qu'elle croisa son regard noisette, elle ne put s'empêcher de répéter le même geste qu'au début de l'été, quand ils s'étaient embrassés pour la première fois.

Elle se leva sur la pointe des pieds, et effleura ses lèvres avec les siennes. D'abord timidement. Puis elle passa ses mains dans ses cheveux et s'appuya contre lui pour approfondir le baiser.

James resta littéralement pétrifié.

Elle s'écarta un instant de lui et le regarda d'un air inquisiteur, se demandant probablement pourquoi il restait inerte. Une fois de plus.

Mais James, partagé entre son envie de répondre à son baiser et sa peur de la faire pleurer de nouveau, se demanda si c'était vraiment une bonne idée après ce qui venait de se passer. Il ne voulait pas qu'elle…

Ses réserves et ses doutes s'envolèrent quand, lassée de son immobilisme, elle força sa langue dans sa bouche.

James se sentit électrifié.

Ses lèvres remuèrent malgré lui, gagnèrent en rythme, bien qu'il n'osait pas encore s'y adonner totalement.

Il tenta de faire preuve de raison. En vain. Quand elle entoura son cou de ses bras fins pour mieux le sentir contre lui, et lui mordit sensuellement la lèvre pour le réprimander pour son hésitation et l'enjoindre à céder à ses avances, le corps de James le trahit, et il la reprit dans ses bras.

Et ils s'embrassèrent, en s'arrêtant à peine pour prendre leur respiration. Jamais Lily n'avait été embrassée aussi ardemment, et jamais elle n'avait répondu aussi farouchement. Et elle n'avait jamais désiré quelqu'un aussi fort. Et il la désirait aussi, de toute évidence, mais, pour une fois, elle ne se sentit pas mal à l'aise.

Il la fit reculer jusqu'à ce qu'elle rencontre la table de la cuisine, puis la souleva par les hanches et l'installa dessus soulager la tension de son cou. Lily avait beau être grande, James la dépassait d'une bonne demi-tête.

Malgré leur respiration erratique, et les râles qui leur échappaient, témoignant de la passion qui les consumait, leur baiser restait étonnamment empreinte de tendresse. James semblait n'avoir jamais rien gouté de meilleur que les lèvres de Lily. Elle le touchait, l'embrassait, avec une ferveur qui n'avait d'égal que le sien. Lorsque James se mit à attaquer son cou, une pointe inattendue de plaisir la parcourut, et enroula instinctivement les jambes autour de lui, pressant son désir contre le sien. James poussa un grognement, et reprit ses lèvres avec ardeur.

Bassin contre bassin, les bouches scellées et les langues entremêlées. James vibrait comme une corde de guitare à chaque fois qu'elle ondulait les hanches contre lui. Ses mains parcouraient le corps de la jeune femme avec une douceur surprenant au vu du désir qui l'étourdissait presque. Elle était douce, parfaite entre ses mains, répondant à ses caresses par un gémissement qui fit s'envoler les restes de sa raison par la fenêtre. Non pas qu'il en avait besoin. Tout ce qu'il lui importait, était que cette vague de sensations et de sentiments ne cesse jamais.

Aussi, lorsque Lily s'écarta de lui, James s'apprêtait à crier au scandale, mais sa protestation mourut sur ses lèvres en réalisant qu'elle s'attelait à présent à lui déboutonner sa chemise.

Elle ne le quitta pas des yeux, en faisant glisser le vêtement le long de ses bras, mais c'est avec les yeux et les mains qu'elle parcourut son torse. James adora comment elle passa presque une minute entière à la détailler avec un mélange d'appréciation et de gourmandise dans le regard.

Elle leva les yeux vers lui et se mordit la lèvre inférieure.

Il l'embrassa. Très fort.

Le T-shirt de Lily disparut très rapidement ensuite, et James passa également quelques temps à s'abreuver de la vision qu'elle lui offrait, simplement, diablement sexy dans une simple culotte de coton.

Qu'il fit disparaître. Elle se trouvait sur le chemin. Lily fut très vite contrainte de laisser échapper les cris qui se bousculaient dans sa gorge, et qui étaient une douce musique aux oreilles de James.

Elle était parfaite, en tout point.

Lorsque la tension fut trop forte pour l'un comme pour l'autre, James remonta vers son visage, en s'arrêtant au passage dans son cou et en faisant un détour par son oreille, qu'il découvrit extrêmement sensible. Elle prit sa tête entre ses mains, et fit se rencontrer leurs lèvres. Sa peau était brûlante contre celle de James. Sans rompre leur baiser, il la souleva de nouveau dans ses bras, en quête d'un endroit plus confortable pour elle. Il envisagea un instant la chambre, avant de changer d'avis et de prendre place sur le canapé.

A présent assise à califourchon, elle le regarda sans cligner des yeux. Longtemps. Comme si elle le trouvait aussi beau qu'il la trouvait belle.

– Lily…

– Chut ! l'interrompit-elle. Tu n'as pas besoin de dire quoi que ce soit.

Il recala tendrement une mèche derrière son oreille.

– Je ne me sens pas obligé, murmura-t-il.

– Mais ça ne fera que compliquer les choses encore plus.

Sa voix tremblait un petit peu.

– Je m'en fiche.

– Mais…

– Lily…

Il soupira. Il n'avait pas envie de penser à ce qui les séparait.

– C'est un honneur pour moi de te dire que…

Elle le coupa à nouveau, en l'embrassant avec telle fougue qu'il en oublia un instant les mots qu'il souhaitait lui dire. Il la fit basculer sous elle, posa les mains sur ses cuisses, et les remonta lentement, en marquant une pause au niveau de ses seins. Lily ferma les yeux, et entoura sa tête de ses bras tandis qu'il les couvrait de baisers humides.

Ils agissaient comme s'ils étaient seuls au monde.

Sauf qu'ils ne l'étaient pas.

Ni l'un ni l'autre n'entendit la porte s'ouvrir, puis se refermer. Ni des pas claquer sur le parquet en bois.

Ce ne fut que lorsqu'un Nathan stupéfait laissa tomber son sac de courses ainsi que le gigantesque bouquet de lys qu'il avait achetés par terre qu'ils parvinrent à s'extirper de la passion de leur étreinte. Haletants, échevelés, James et Lily se tournèrent de concert vers la source du bruit.

Nathan se tenait sur le seuil de la porte, l'air abasourdi, comme si ce n'étaient pas James et Lily qu'il avait surpris en pleine action mais une poule et un chihuahua.

Lily poussa un petit cri et saisit la première chose qui le tomba sous la main pour se couvrir la poitrine, à savoir un coussin décoratif.

Nathan la regarda avec un dégoût non dissimulé.

Lily regarda James.

James regarda Nathan.

Nathan regarda James.

Nathan regarda la main de James, toujours placée sur le postérieur de Lily.

James esquissa un sourire mauvais.

James pinça la fesse de Lily.

Lily sursauta et poussa un petit cri.

Nathan marmonna quelque chose dont un seul mot, le plus mauvais, fut nettement intelligible.

Lily ouvrit de grands yeux. James plissa les siens, et se leva.

– Qui est-ce que tu viens de traiter de pute, exactement ? murmura-t-il d'une voix menaçante.


Bla bla de l'auteur , un peu en vrac parce que yé souis fatiguée!

Nathan vs James, bataille #3!

Le Sam dont parlent Emily et James, c'est Sam Sealsiver. Felix l'a évoqué au passage au chapitre précédent. Vous en saurez plus sur Sam et Sasha prochainement.

J'avais hésité à mettre Heidi et Remus "ensemble", puis une idée de subplot m'est venue et je me suis dit "faut que je la raconte" ^^

L'incendie a eu en fait pile au moment ou James et Ellie discutent. Mais les éditions du matin n'ont en pas parlé car les journaux étaient en publication. Donc quand Lily est à l'hopital, James va pépère à ses concours, dort comme un bébé à son retour pendant que Lily et Nath se bourrent la gueule, et ce n'est que le surlendemain qu'il apprend ce qu'il s'est passé.

James a eu des moments particuliers avec les trois femmes qui ont chamboulé sa vie. Qu'en avez vous pensé? D'Emily et ses intentions (James est à la fois aveugle et conscient de ses manipulations)? D'Ellie et de son comportement pas très digne d'une Lady à l'hiver dernier (qui est le plus probable, d'après vous?) ? Ou encore Lily et James qui se sont enfin sauté dessus? J'espère que ça rend bien, et que ça n'a mis personne mal à l'aise...

Merci infiniment à Xila, MGJ baobab (dafuq, sérieusement, Malle c'est toi ?! J'étais bouche bée en lisant ça ! Qué pasa ?) , Chevalier du cat (désolée, c'était vraiment impossible pour moi de publier hier ! J'espère que ton baptême s'est bien passé) , ptitcoeurfragile, Sheshe13, & lyrass zaaabooozaaa, pour avoir reviewé le chapitre précédent, et une fois de plus à Sundae Vanille de continuer à laisser des reviews à chaque chapitre relu ! Vous êtes tops de chez top! Je fais les RAR cette semaine, mais je tenais à poster ce weekend comme promis!

Merci à tous pour votre gentillesse!

J'essaierai de publier au plus vite, j'espère pouvoir vous offrir le prochain chapitre en juin (POV LILY, pas terminé, mais Lily est badass dedans ^^ je crois que c'est l'un des chapitres de son POV que j'ai préféré écrire), sinon, ce sera pour début juillet ^^ Vous allez me manquer!

En attendant, j'espère que vous me ferez part de vos théories ^^ Je dois vous dire que des fois je me dis ralalala est-ce que j'ai pas dit trop d'infos? Parce que je vous jure, certains d'entre vous frôlent la vérité de très près ^^ Mais je suis contente, franchement ^^

& Reviewez, canailloux!