Note de l'auteur : Coucou! Je suis trop contente de vous retrouver! Je n'ai pas encore fini de répondre aux reviews, mais je voulais vous faire plaisir :) Ce chapitre est trop long du coup je l'ai coupé blablabla, vous connaissez la musique! J'espère qu'il vous plaira :)


CHAPITRE 25 : Les Feux de l'Amour – LILY


LE COLONEL FITZ éclata d'un grand rire bourru.

– Eh bah, ma petite poulette, ça va devenir quelque chose de récurrent, ces petites bagarres ? Non pas que je me plaigne, ça me ragaillardit !

Le vieillard avait en effet maîtrisé les deux jeunes hommes à lui tout seul, après avoir cependant reçu sa part de coup de pieds et de poings, et Lily avait été aussi reconnaissante de son intervention que très gênée de se souvenir qu'elle était nue quand le calme était revenu à l'appartement.

– Je suis vraiment désolée, dit Lily, mortifiée, en tripotant le nœud de son peignoir.

Elle jeta un regard mauvais à James et Nathan, qui l'avaient assommée involontairement et sans s'en rendre compte pendant la bagarre, lui offrant aussi une nouvelle bosse. Tous deux baissèrent le regard devant la palpable ire qui menaçait d'exploser.

– Je vous ai dit, je suis le meilleur parti des trois, poursuivit le Colonel en lui adressant un sourire qui se voulait charmeur. Vous devriez me laisser une chance.

– Je vais y réfléchir, répliqua-t-elle très sérieusement. Merci pour tout, Colonel.

Le colonel rit de nouveau.

– En attendant, j'embarque celui-ci.

Il fit signe à Nathan de se lever, puis le traîna à l'extérieur par la peau du cou.

Lily alla chercher la trousse de premiers secours dans la salle de bain, puis prit place sur le canapé à côté de James, et lui retira la poche de glace apposée sur sa joue tuméfiée. Elle roula des yeux quand il laissa échapper un gémissement peu viril.

– Tu devrais vraiment arrêter de te battre, commenta-t-elle froidement en appliquant un baume sur son nouvel œil au beurre noir. T'es pas très bon.

James grommela quelque chose d'intelligible.

Un quart d'heure plus tard, elle avait fini de lui administrer les soins dont il avait besoin. Elle rangea les compresses et potions qu'elle avait utilisées, pleinement consciente que James la fixait, qu'il n'avait pas arrêté de la fixer depuis qu'elle lui avait remises des lunettes rafistolées, sans un mot, mais intensément, rendant toute la séance de soin très inconfortable.

Il attendait de toute évidence qu'elle prenne la parole, mais qu'était-elle censée lui dire ? Comment était-elle censée gérer l'après ? L'après grosse-bataille-ayant-saccagé-son-salon ? L'après Hey-je-me-suis-réveillé-dans-un-lit-avec-mon-ex ? L'après grosse-séance-de-pelotage-level-quarante ?

Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait, l'espace d'un moment, mis de côté le fait qu'il soit fiancé, bientôt marié, et père pour lui sauter dessus. Car c'était elle qui lui avait sauté dessus. Elle qui avait insisté quand il avait essayé (mollement, au passage) de se dégager. Elle qui s'était donnée à lui. Ce qui s'était passé, c'était de sa faute. James ne cherchait qu'à la consoler, sans arrière-pensées, et elle lui avait sauté dessus. Une fois de plus.

Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait embrassé James. Qu'elle l'avait embrassé de cette manière. Avec cette impatience, cette urgence.

Elle n'arrivait pas à croire qu'elle l'avait laissé la toucher… . Qu'elle avait (honteusement) adoré qu'il la caresse autant qu'elle s'était sentie (délicieusement) gênée.

Elle n'arrivait pas à croire qu'ils avaient failli coucher ensemble.

Elle n'arrivait pas à croire que sa raison en plastique n'était pas encore totalement revenue de son voyage, et qu'elle avait encore envie de l'embrasser, de le toucher, de faire l'amour. Avec James. Un mec fiancé, bientôt marié à une femme enceinte.

Elle ne doutait pas qu'il ne verrait aucun inconvénient qu'ils concrétisent cette envie, et elle ne savait pas si elle aurait la force de lui résister. Surtout tant qu'il serait torse nu.

Il était très sexy, torse nu.

Il fallait donc qu'il s'en aille. Maintenant.

– Voilà. Terminé, annonça-t-elle en évitant tout contact visuel. Tu peux te… hum, rhabiller, et partir.

James la retint par la main quand elle voulut se lever, et elle ne put retenir un frisson. Il la força à se rasseoir, et elle croisa brièvement son regard très sérieux.

– Est-ce qu'on va parler à un moment où à un autre de ce qui vient de se passer entre nous ? demanda-t-il très poliment.

Lily récupéra sa main comme si celle de James était brûlante.

– Je… de quoi veux-tu parler, exactement ? questionna-t-elle nerveusement.

James la força à le regarder en prenant son menton entre ses doigts.

– A ton avis ?

Il traça ensuite du pouce et avec envie les lèvres de la jeune femme.

Elle devint écarlate.

– J'aimerai embrasser ça, de nouveau, murmura-t-il.

Elle inspira profondément.

– James…

Sans la quitter des yeux une seule seconde, James la saisit soudainement par les jambes au niveau des genoux d'une main, enlaça sa taille de l'autre, et la tira d'un coup ferme vers lui. Lily se retrouva assise à cheval sur ses cuisses, le visage soudain si près du sien que leurs souffles erratiques s'entremêlaient, les cœurs battants tellement vite qu'ils semblaient vouloir s'échapper de leurs poitrines pour aller se nicher dans celle de l'autre, yeux noisettes noyés dans yeux émeraude, yeux émeraude réchauffés par yeux noisettes. Lily tremblait un peu, quand James dégageait une assurance qui ne laissait place à aucun doute ; il la voulait, ici, maintenant, et ne voulait qu'elle.

Et Lily trouva cette détermination si sexy que son cerveau devint immédiatement une page blanche.

Elle avait toujours trouvé les hommes déterminés sexy.

Elle avait toujours trouvé James sexy.

– Chut, murmura-t-il, tandis que sa main remontait le long du dos de Lily jusqu'à se poser sur sa nuque.

Il captura ses lèvres, mais cette fois avec beaucoup de tendresse. Il ne reprenait pas là où ils avaient laissé les choses, au milieu de cette fièvre incontrôlable qui avait transformé leur sang en lave. Il reprenait d'un début qu'ils n'avaient jamais vraiment eu ; un début doux. Romantique. Il lui donnait une espèce de premier baiser sucré, magique, incroyable, si différent de toutes les fois où ils s'étaient jetés l'un sur l'autre avec frustration, si doux, qu'elle ne put empêcher une ou deux larmes de couler.

Son cœur battait si fort, qu'elle en avait presque mal, qu'elle redoutait qu'il l'entende. C'était très bon. C'était réellement bon, si bon… et pourtant, ce qu'ils faisaient était si mal. James se mit à lui baiser le cou, sa conscience revint la tirailler. Elinor Elinor Elinor enfants enfants enfants mariage mariage mariage.

– James, répéta-t-elle d'une voix rocailleuse, qu'elle ne reconnut pas.

– Embrasse-moi, intima-t-il en revenant vers ses lèvres.

Elle obéit de façon plus hésitante cependant (Elinor Elinor Elinor enfants enfants enfants mariage mariage mariage) avant de se dégager tout à fait.

– James… non.

James se trouvait comme paralysé par l'injonction. Il soupira, et posa le front sur son épaule.

– C'est à cause de ce que t'a dit ce crétin ? demanda-t-il finalement.

Tandis que le Colonel tentait d'immobiliser un bouillant James (en s'asseyant sur son dos), et un furieux Nathan (en coinçant sa tête dans le creux de son bras), l'ex trahi et humilié avait tant exploité le champ lexical de la débauche que le Colonel Fitz lui avait administré une fois de plus son fameux coup de coude des Forces Spéciales pour le réduire au silence.

Les réticences de Lily, celles qu'elle s'était efforcée de reléguer tout au fond de son esprit afin de s'abandonner à James, étaient revenues plus fortes que jamais. Elinor, jumeaux, mariage. Les mots retentissaient dans sa tête, réveillant son mal de tête.

– Il n'a pas tort sur ce point, répliqua-elle d'une voix tremblante.

James émit un grognement, puis se releva et lui prit le visage entre les mains.

– Je ne peux pas changer mon passé. J'en suis désolé. Mais je ne peux pas changer le nombre de femmes que j'ai connues, ni en diminuer le nombre. Je peux simplement ne pas te mentir à ce sujet, et t'assurer que tu n'as rien à voir avec elles, que ce que je ressens pour toi est authentique.

– James…

– Il a raison quand il dit que je ne te mérite pas, dit-il. T'es peut-être trop bien pour moi, mais je m'en fiche. C'est toi que je veux. Je ne veux personne d'autre.

– Je ne parlais pas de ça, coupa-t-elle avec impatience. Je parlais… de ce qu'il a dit au sujet d'Elinor. Du mariage. Des jumeaux. James, rien a changé. Ni la situation, ni ma position face à cette situation.

Il fronça légèrement les sourcils.

– Je pensais que ce n'était plus un problème.

– Ce sera toujours un problème.

– Alors pourquoi est-ce que tu m'as embrassé ?

Elle s'apprêtait à dire qu'elle n'en savait rien, mais s'interrompit. Bien sûr qu'elle savait pourquoi elle l'avait embrassé. Parce qu'elle était en détresse émotionnelle, et qu'il avait été là pour elle, parfait, patient, protecteur. Il l'avait prise dans ses bras, et c'était elle et lui contre le monde entier.

– Pour la même raison que je t'ai embrassé la première fois, au Bal. Parce que je me sentais mal. Parce que je me sens en sécurité avec toi. Parce que tu me fais sentir en sécurité.

James lui recala doucement les mèches rescapées de ses cheveux derrières l'oreille.

– Je veux être là pour toi tout le temps. Pas seulement quand tu es triste. Je veux t'écouter, et te rassurer, et te faire rire, et te protéger, et même me battre pour toi-même si je ne suis pas très bon. Je te promets de faire de la muscu pour arrêter d'avoir ce corps certes sexy mais gringalet.

Elle ne put retenir un petit rire.

– Tu n'as rien à te reprocher Lily. Ellie et moi, on va se marier, mais on n'est pas réellement un couple. Tu ne fais rien de mal. T'es simplement cette nana super belle, super sexy, super drôle, super intelligente, super adorable qui est tombée sous le charmer de ce mec pas trop mal et complètement raide dingue d'elle. Je veux t'embrasser, et te serrer contre moi. Je veux être avec toi.

– Mais tu ne peux pas.

– Bien sûr que je peux, murmura-t-il d'une voix sans réplique. Si tu m'en donnes la permission…

Il lui embrassa le nez, les paupières, s'attaquait à présent à l'oreille. Elle ferma les yeux, et se raccrocha tant bien que mal à sa raison.

– Dans ce cas, moi, je ne peux pas, déclara-t-elle.

Elle se leva et se mit à se passer les mains sur le visage en faisant les cents pas. Il se leva et s'approcha doucement d'elle.

– Stop.

– Lily. S'il te plait.

– Non, James ! s'écria-t-elle avec un mélange de colère et de frustration. Je veux toutes ces belles choses. Avec toi. Mais rien a changé. Tu ne vas pas quitter ta fiancée, et je ne serai pas ta maîtresse.

– Tu ne serai pas ma maîtresse.

– Arrête de jouer avec les mots ! s'agaça-t-elle.

Il soupira.

– Lily, tu ne fais rien de mal. Et tu n'es pas une mauvaise personne. Ce que j'ai avec toi n'a rien à voir avec Ellie. Et tu le sais.

Elle secoua la tête, et ne put se retenir de frissonner quand il la reprit doucement dans ses bras, quand l'embrassa de nouveau. Cette fois, avec une espèce de désespoir, comme s'il voulait la faire changer d'avis en l'embrassant – et Dieu savait qu'il était tellement bon qu'il y serait parvenu si Lily ne tenait pas tant à ses principes. Elle ne savait pas comment il s'y prenait pour attiser cet insatiable désir en elle. Elle se sentait si désirée, si chérie, si protégée dans ses bras. Si unique, si féminine, si jolie quand il l'embrassait. Il lui fallut toute la résolution du monde pour rompre leur baiser, mais il la garda tout de même contre lui.

– Tu es celle que je veux, murmura-t-il en lui caressant la joue. La seule que je veux

– James… Stop.

Elle se dégagea, et se dirigea vers la cuisine, la chambre, la salle de bain, peu importait. Il fallait qu'elle s'éloigne, qu'elle s'isole. Il fallait…. Il fallait… Oh, elle en avait la tête qui tournait…

– Tu es celle que j'aime.

Lily sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine. Son cœur semblait hésiter à s'arrêter tout à fait, tant l'émotion qui la submergeait était intense, ou à battre des records de battement pour applaudir son bonheur. C'était tout ce qu'elle n'avait jamais rêvé entendre de la bouche de James, depuis la seconde où elle avait eu vent de son existence. Ces paroles avaient pourtant eu l'effet d'un tonnerre, l'étourdirent, la remplirent de détresse.

Elle ne se sentait pas heureuse, loin de là. Les larmes qui lui montèrent aux yeux n'étaient pas de joie.

Elle n'osa pas se retourner. Pas immédiatement. Mais elle avait besoin de s'assurer que c'était bien James qui avait prononcé ces mots.

Peut-être qu'elle avait mal entendu ? Elle espérait presque avoir mal entendu.

Et pourtant, il le répéta. D'une voix tremblante. Une lueur de panique dans les yeux.

– Je t'aime, Lily. Je te veux parce que je t'aime. J'ai la trouille de te dire ça, j'ai la trouille que tu répondes autre chose que « moi aussi », mais je m'en fiche, car tu vaux la peine que je prenne ce risque et que ça ne change pas le fait que je t'aime. Et j'ai l'air tranquille, là, avec ma tête de con, mais je te jure qu'à l'intérieur je panique et je me demande ce que tu comptes faire.

Elle écarquilla les yeux, puis se mordit la lèvre afin de s'empêcher de pleurer. C'était tout ce qu'elle avait jamais rêvé d'entendre de lui, et il lui disait, et elle ne pouvait même pas répondre ce qu'elle voulait. Comment pouvait-il lui dire cela alors qu'il avait une situation aussi complexe ? Comment parvenait-il à compartimenter les choses aussi facilement ? A ranger les différentes situations dans des boites ?

– Ça ne change rien, dit-elle finalement. Ça ne change pas ta situation.

– Lily, je t'en prie.

– NON ! STOP, JAMES ! STOP ! J'en ai assez d'avoir la même conversation. J'en ai assez de tout. J'en ai assez de toi.

James ne put masquer un air blessé.

– Tu m'as dit la dernière fois que je n'écoutais pas ce que tu voulais. Qu'est-ce que tu veux, à présent ? demanda-t-il après une pause.

– Je ne sais pas, admit-elle. Je me sens complètement perdue. Je ne sais plus ce que je veux. Mais je sais ce que je ne veux pas. Ça n'a pas changé, James. Ça ne changera jamais.

James acquiesça. Elle avait parfaitement fait passer le message. Mais il ne s'avouait pas vaincu pour autant. Il lui caressa la joue.

– Je t'aime, Lily.

Elle se mordit la lèvre. Son cœur menaçait d'exploser.

– Ce n'est pas assez, déclara-t-elle finalement dans un souffle. Etre avec moi à un prix. A toi de voir si tu es prêt à le payer.

Sa voix tremblait autant que le reste de son corps.

– Lily… ne me demande pas de choisir.

La sienne était suppliante, désespérée, triste.

– Pourquoi ?

– Parce que je ne peux pas te choisir. Pas maintenant.

Elle l'observa pendant ce qui semblait être une éternité, puis détourna le regard.

– Je vois.

La déception clairement perceptible dans sa voix sembla l'achever, mais il semblait à court de mots. Semblait incapable de trouver les bons termes pour la convaincre.

– Je ne te le demandais pas, de toute façon. Tu es capable de faire tes propres choix. Je ne veux plus en parler.

– Alors on fait quoi ? demanda James d'une voix torturée. On fait comme s'il ne s'était jamais rien passé entre nous ?

– Exactement.

– Et si je ne peux pas ?

Elle le regarda froidement.

– Je démissionne, et je me casse, annonça-t-elle simplement.

Les couleurs désertèrent son visage

– T'es pas sérieuse ?

– Je suis on ne peut plus sérieuse. Je n'hésiterai pas à démissionner, je n'hésiterai pas à m'exiler à l'autre bout du continent. Et tu ne me trouveras jamais.

Il y eut un très long silence.

– Je ne veux pas que tu t'en ailles, déclara-t-il enfin.

– Je ne veux pas m'en aller. Mais je ne veux pas finir malheureuse. Tu n'es pas le seul prêt à se protéger coûte que coûte.

James acquiesça à contrecœur, comme s'il comprenait sa décision.

– Alors cette fois, c'est fini pour de bon ? murmura-t-il finalement.

Sa douleur était palpable, et trouvait écho en la sienne. Elle acquiesça, l'air grave.

– Lily ?

Il semblait autant au bord des larmes qu'elle.

– Oui ?

– Est-ce que…est-ce que je peux te prendre quelques instants dans mes bras ?

Lily hésita, puis se réfugia contre lui. Et ils s'enlacèrent très fort, très longtemps.

– J'aurais aimé t'avoir remarqué quand on était à Poudlard, dit-il avec regret en baisant ses cheveux.

Lily esquissa un sourire triste.

– Tu ne serais jamais tombé amoureux de cette nana peu sûre d'elle, naïve et malléable. Et j'aurais probablement fini par haïr viscéralement cette brute égoïste et narcissique. On est attirés par les personnes que nous sommes aujourd'hui…

– C'est juste que le timing n'est pas bon.

Elle releva la tête, lui prit le visage entre les mains, et l'embrassa tendrement, comme pour lui dire au revoir, mais paradoxalement aussi comme pour lui dire les tas de choses qui se bousculaient dans sa gorge, qu'elle refusait de prononcer. Par orgueil, par peur, parce qu'elle était convaincue que c'était trop tard, ou inutile.

Désolée. Choisis-moi. Moi aussi.

Ils se regardèrent ensuite longuement.

Puis James, l'air vaincu, se dirigea vers le balcon pour transplaner, mais une fois encore elle le héla juste avant qu'il ne disparaisse.

– Je ne veux pas te perdre, s'entendit-elle murmurer avec un mélange de colère, de frustration et de peine qui faisait trembler sa voix. Je veux que tu restes dans ma vie. Je veux qu'on continue à rire ensemble, à tester des restaurant, à parler de choses idiots. J'ai envie qu'on reste au moins amis.

Il se retourna, et lui jeta un regard surpris.

– Je sais que tu m'as dit ne pas chercher mon amitié, poursuivit-elle d'une voix mal assurée, mais c'est tout ce que je peux t'offrir. Je sais que ce sera difficile, mais j'aimerais qu'on essaie au moins. S'il te plait.

James hésita un long moment, avant d'acquiescer.

– Alors amis ?

Elle hocha la tête, et serra la main qu'il tendait.

– Amis.

Un frisson, qui n'avait rien à voir avec la brise qui s'engouffrait par la porte-fenêtre, les parcourut, comme pour les contredire.


LORSQUE LILY ARRIVA au manoir Potter une heure plus tard, elle fut accueillie par des éclats de voix qui provenaient du salon, dont les portes étaient closes. Heidi, qui regardait de manière éhontée à travers le trou de la serrure, se retourna en entendant le grondement du feu de cheminée.

– Hey ! lança-t-elle avec entrain. Miss Evans. Bonjour, bonjour !

– Bonjour, miss Callender, répondit cette dernière.

– Appelez-moi Heidi, dit cette dernière avec un large sourire. Est-ce que je peux vous appeler Lily-Flower ? ajouta-t-elle.

– Non, répondit fermement l'intéressée.

– Juste Lily, hein, le temps qu'on devienne amies, capitula cette dernière sans se vexer. Est-ce que je peux vous tutoyer ?

– Si vous voulez, soupira Lily.

– Super !

Sa jovialité contrastait avec le mal-être que ressentait Lily.

– Est-ce que Miss Elinor est là ? questionna-t-elle, soudain très lasse.

– Oui, mais comme tu peux le constater, elle est un peu occupée, là. Elle a reçu la visite de la mère de Lukuku et Mr Smith Senior-Senior, et je me demande lequel des trois est le plus énervé.

– Hein ? dit Lily, confuse.

– Mrs Lukas et le grand-père de Nat-Nat, traduit Heidi comme si c'était parfaitement évident.

Lily fronça les sourcils.

– Qu'est-ce qu'ils font là ?

– Aucune idée. Tout ce que je peux te dire, c'est qu'ils ont l'air vachement nerveux. Ils ont jeté un sort pour que je ne puisse pas entendre ce qu'ils se disent, mais je peux les voir et ça a l'air de sentir le caca.

Lily était de plus en plus confuse. Que se passait-il ?

– OK… Où est James ?

Peut-être que lui au moins pourrait la renseigner.

– Tu l'as raté de quelques minutes, il vient de foncer je ne sais où en grommelant qu'il était en retard.

– Oh. OK. Et sinon, vous… tu penses qu'ils en ont pour longtemps ? demanda-t-elle en désignant le salon du menton.

Heidi haussa les épaules.

– Avant qu'ils ne me jettent dehors, j'ai cru comprendre que la mère de Cacarlita et Mr Smith Senior-Senior sont venu pour négocier, et Elinor aime tellement l'argent qu'ils y seront encore dans trois jours si tu veux mon avis.

Lily soupira.

– Mais ça nous laisse plein de temps pour faire connaissance et devenir amies, ajouta Heidi avec espoir.

Oui, mais non. Lily ne savait pas pourquoi elle repoussait toutes les mains tendues de Heidi, mais son instinct lui conseillait de se méfier de la brune.

– Euh… je crois plutôt que je vais aller à Sainte-Mangouste, pour faire vérifier ces blessures, et revenir un peu plus tard. Une autre fois, peut-être ?

Heidi eut l'air déçue.


MRS CASINO se trouvait toujours en observation à Sainte Mangouste. Elle avait eu l'idée absurde de retourner dans le bâtiment en feu afin de sauver ce qu'elle pouvait de son commerce, et s'en était sortie par miracle. Entourée de ses trois enfants, Anthony, Nicholas et Paul, qui l'écoutaient en continu depuis vingt-quatre heure se plaindre de ses malheurs, elle redoubla de lamentations lorsque Lily lui rendit visite, ravie d'avoir une oreille neuve.

– Ma vie est fichue, Lily Evans ! gémit-elle en la serrant si fort dans ses bras que cette dernière eut l'impression que son dos allait se briser.

Anthony et Paul en profitèrent pour déguerpir, sous prétexte d'aller chercher à boire, mais Lily parvint à retenir Nick d'un regard.

Mrs Casino pleurnicha pendant une longue demi-heure sur ses malheurs, et Lily et Nick profitèrent de l'entrée de l'infirmière pour les soins afin de s'enfuir à leur tour.

– Ma mère est tellement une drama-queen, dit-il sur un ton mi désolé, mi amusé.

– T'inquiète, j'ai l'habitude, assura la jeune femme.

– T'as lu les journaux, ce matin ?

Elle secoua la tête, et il lui tendit l'exemplaire de La Gazette. Lily perdit de ses couleurs dès le titre, et paraissait prête à vomir tout ce qui se trouvait dans son estomac en atteignant la fin.

– Est- ce que tout va bien ? s'inquiéta Nick.

Elle secoua la tête.

– Il faut qu'on parle.

Nicholas la suivit à l'extérieur, où elle s'empressa d'allumer une cigarette, ce qui prit plus de temps que d'habitude car ses mains tremblaient énormément.

– Qu'est ce qui se passe ?

– Il parait que je suis soupçonnée pour l'incendie.

– Oh, ne t'en fais pas, dit aussitôt le jeune Soigneur en allumant une cigarette à son tour. Ils soupçonnent tout le monde et personne, en même temps.

Elle s'éclaircit la gorge.

– Nick, je pense… je pense que c'est moi qui ai mis le feu. Par accident, de toute évidence. Et j'ai amené une fiole de Véritasérum pour vous prouver ma bonne foi, pour vous prouver que je n'ai pas fait exprès.

Nick leva un sourcil.

– Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

– Nathan m'a dit qu'il n'y avait aucune trace d'effraction, j'étais la seule dans le bâtiment quand l'incendie s'est déclaré. J'ai forcément quelque chose à voir avec le feu, non ? Bien que je ne m'explique pas pourquoi il y a plusieurs foyers, ni pourquoi je n'ai aucun souvenir….

Nick plissa les paupières.

– Nate t'a dit ça ? demanda-t-il avec colère.

Lily fut surprise par sa réaction.

– Oui, pourquoi ? interrogea-t-elle d'une voix incertaine.

Nick paraissait furieux, mais fut distrait par un détail.

– Tu n'avais pas cette bosse sur la tête hier, non ?

– Non. Je me suis fait ça ce matin.

– On dirait que tu as des cornes. Que t'est-il arrivé ?

– Nick, tu as écouté un mot de ce que je viens de dire ? s'impatienta la rousse, en baissant toutefois son bonnet pour qu'il recouvre lesdites bosses. J'ai mis le feu à l'agence de tes parents !

Il la regarda droit dans les yeux.

– Et je suis désolée, couina-t-elle précipitamment. Vraiment désolée. Je ferai n'importe quoi pour me faire pardonner.

– Je ne crois pas que c'est toi.

Lily fronça les sourcils.

– Comment ça ?

– Tu es restée KO au moins deux heures avant que tu ne sois trouvée. Deux heures avant le début de l'incendie. Si tu avais mis le feu, tu ne serais plus qu'un tas de cendres à l'heure qu'il est.

Lily frissonna.

– J'étais inconsciente pendant deux heures ? répéta-t-elle. Tu en es certain ?

– Il y avait des traces de substances soporifiques et paralysantes, dans ton corps. Tu t'es tombée inconsciente sans même t'en rendre compte. Tu t'es probablement cognée la tête par accident, ce qui expliquerait cette bosse. L'incendie a débuté vers six heures de matin. C'est vraiment improbable que ce soit toi, même par accident.

Lily sentit un poids quitter ses épaules.

– Mais qui ça peut être alors ? Qui pourrait volontairement mettre le feu à La Bonne Fée ? Je veux dire… oui, on a des ennemis, mais un incendie ! C'est tellement… extrême.

Nicholas détourna les yeux et contracta la mâchoire, ce qui n'échappa pas à Lily.

– Tu sais quelque chose, déduit-elle avec stupéfaction.

– Peut-être, admit-il entre les dents. Mais je ne suis supposé ne rien dire.

Lily posa ses mains sur ses épaules, et le força à la regarder.

– Nick, je t'en prie, supplia-t-elle. J'ai failli mourir carbonisée, l'agence de ton père n'est plus qu'un souvenir. Ce qui s'est passé est un crime.

– Je suis bien d'accord. Un crime. Qui risque bien de rester impuni.

La jeune femme resta interdite quelques secondes.

– C'est-à-dire ?

– Tu as bien lu l'article, non ? Mon frère tente de noyer le poisson, de faire comme si toute cette affaire est incompréhensible.

Lily reporta les yeux sur le journal.

Selon Anthony Casino, il n'y a à sa connaissance pas eu d'altercation récente, aucun problème justifiant d'éventuelles représailles d'un ou plusieurs clients mécontents et qui auraient souhaité nuire à l'établissement.

– Mais pourquoi est-ce qu'il ferait ça ? C'est l'agence de ton père qui est parti en fumée.

– Pas pour son déplaisir, ni celui de Paul. Ça fait des années qu'ils cherchent à s'en débarrasser, et me boycott était la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

– Attends, t'es pas en train de me dire que ce sont tes frères qui ont mis le feu ?

– Non.

Il poussa un soupir las.

– Est-ce que tu promets de garder le secret, si je te dis ce que je sais ?

Lily acquiesça.

– Ce que je vais te dire, c'est une affaire de famille. Il n'y a que les Smith, Mrs Lukas, mes frères, moi et bientôt toi qui sommes au courant. Si ça filtre, on saura que c'est moi car je suis le seul qui me suis opposé à l'enterrement de l'affaire.

– Bien sûr, assura-t-elle.

Nick tira longuement sur sa cigarette.

– La personne qui a mis le feu, c'est la personne qui est derrière le boycott. Et la personne qui a organisé le boycott, c'est quelqu'un de la famille.

Lily en resta bouche bée. Nick paraissait furieux et frustré.

– Le Grand-père de Nate et Angie ont convaincu Paul et Tony de taire ce qu'ils savent en échange d'une très belle somme. Ils veulent régler cette affaire en interne, mais je ne suis pas d'accord. Je pense qu'il devrait prendre ses responsabilités, même s'il s'agit d'un accident. Si il s'agit d'un accident, ajouta-t-il avec colère.

– Qui ? demanda Lily dans un souffle.

– Mon crétin de cousin.

Il y eut un long silence. Lily sentit sa tête tourner, ses jambes faibles se dérober sous elle. Nick la retint à temps, et la fit s'asseoir sur un banc.

Non, non, non, non, non, non, non….

– Nathaniel ? balbutia-t-elle, éberluée.

Nick acquiesça gravement.

Ses yeux se remplissaient de larmes, et son cœur saignait face à la trahison. Nathaniel, à l'origine de l'incendie ? Nathaniel à l'origine du boycott ?

– Je suis désolé.

Lily se mit à fixer un point dans le vide, et des larmes de douleurs vinrent très vite troubler sa vision. Nick passa un bras autour de ses épaules pour la réconforter.

Nathaniel… Nathaniel. Woaw. Elle n'arrivait pas à comprendre. Pourquoi la trahirait-il ? Pourquoi détruirait-il La Bonne Fée ? Pourquoi essayerait-il de la tuer ? C'était… insensé. Elle ne comprenait pas…

– Tu en es sûr de ça ? insista-t-elle avec désespoir. C'est Nathaniel ? Tu ne soupçonnes personne d'autre ?

– Il n'a rien avoué, mais vu l'acharnement de son grand-père et d'Angie à faire avorter l'enquête, c'est certain que c'est lui. Ça ne peut être que lui. Il a réduit en cendres le trésor de mon père, et je ne compte pas le laisser s'en sortir.

C'était donc ce que Mr Smith Senior-Senior faisait chez James, il essayait de trouver des arrangements.

– Je suis désolé, Lily, souffla Nick.

– Il m'a manipulée tout ce temps… Pourquoi ? Et c'est l'agence de ton père… Pourquoi est-ce qu'il ferait ça à son propre oncle ?

Nick eut un rire sans joie.

– Le côté Smith de la famille nous a toujours à peine considérés comme en faisant partie, à l'exception d'Angie. Mais étant donné qu'elle a choisi de protéger son neveu, je suppose qu'elle a montré où sa loyauté et son intégrité se trouvaient.

Angie était la sœur du père de Nathaniel, et Mrs Casino celle de la mère.

– Est-ce qu'il a un alibi ?

– Oh, bien sûr : il a dit qu'il était avec Alexandra. Elle l'a confirmé, mais je pense qu'ils mentent tous les deux. Alex paraissait vraiment mal à l'aise. Mrs Lukas a pris peur, quand sa fille et elles ont été interrogées de manière insistante hier par rapport à l'incendie, et nous a avoué que c'était Nathan qui la renseignait sur le boycott. Elle nous a dit tout ce qu'elle savait, mais elle n'a aucune preuve – mon cousin est trop malin pour avoir laissé des traces.

Lily secoua la tête.

– Je n'arrive pas à y croire. Dire qu'il m'aidait à trouver de nouveaux contrats, et se démenait à mes côtés.

Sa voix tremblait.

– Pour mieux pouvoir te saboter derrière, de toute évidence. Nous saboter.

Lily sentit les larmes lui monter à nouveau aux yeux, mais les essuya d'un geste rageur avec la manche.

– Je ne comprends pas pourquoi il ferait une chose aussi cruelle à ta tante, sa propre famille, ou même à moi.

– J'en sais rien. A toi de me le dire. Tu sors bien avec lui, non ?

– Non, protesta Lily en se passant les mains dans les cheveux. On a rompu il y a des lustres.

Et ça pouvait justement être un mobile.

J'ai beau te punir, ce n'est pas assez. Ce n'est pas assez par rapport à ta trahison. J'ai envie que tu souffres. J'ai besoin que tu comprennes.

Je suis encore amoureux de toi.

Tu es celle que je veux, Lily.

Mais je n'arrive pas à te pardonner.

Mais c'était tellement… extrême ! Et ils avaient été amis super longtemps, comment avait-il pu lui faire ça ? Il l'avait trahie, manipulée, et… Et avait-il vraiment essayé de la tuer ? Ou était-ce un accident ? Il n'aurait tout de même pas mis le feu en sachant qu'elle était là, inconsciente… non ?

– Tu penses qu'il savait que j'étais là ?

– Non, répondit aussitôt Nick.

Lily fronça les sourcils. Nicholas était juste et honnête en toutes circonstances. S'il paraissait aussi sûr de sa réponse malgré l'aversion qu'il avait pour son cousin, c'est que c'était vrai.

– Comment peux-tu être aussi certain ? demanda-t-elle tout de même, intriguée.

– Nathan est rentré dans le bâtiment en flammes dès qu'il a compris que tu étais à l'intérieur. Sans hésiter une seule seconde. Et il aurait très bien pu y rester. A vrai dire, il s'en est sorti de justesse. C'est moi qui l'ait soigné, et je peux t'assurer que la peau de son cul était littéralement dans un sale état.

Lily resta pensive quelques instants.

– Qu'est-ce qui s'est passé exactement hier ?

– Je suis arrivé à peine cinq minutes après le déclenchement de l'alarme, juste à temps pour convaincre ma mère de cesser d'essayer de sauver les meubles. Puis Nate et Alexandra sont arrivés – ou revenus – très peu de temps après, l'air inquiets. Nate a lancé un sort pour vérifier que personne n'était à l'intérieur, je sais plus lequel… Crois-moi, il a paru vraiment choqué quand le sortilège a indiqué qu'il y avait quelqu'un. Il n'a pas hésité un instant à plonger pour te sauver, malgré que le bâtiment commençait déjà à s'écrouler.

Lily soupira.

– Donc je suis censée remercier l'abruti qui a failli me tuer involontairement ?

– Je ne sais pas, Lily. Je ne sais pas ce que je ferai à ta place.

Il y eut un petit silence.

– Qu'est-ce que tu faisais dans l'agence au milieu de la nuit, au fait ? demanda Nick.

– J'essayais justement de comprendre qui pouvait bien renseigner Mrs Lukas. Quelle idiote ! Tous les indices pointaient dans sa direction, mais je trouvais une explication logique à chaque fois. Je refusais de croire que c'était lui.

Elle poussa un grognement de frustration. Son choc et sa déception laissaient place à une colère froide.

Contre Nathan, et contre elle-même. Contre sa propre crédulité.

– D'un côté, il m'a sauvée, et d'un autre… quelle enflure, ce mec. Quel connard. Quel crétin ! Il me dégoûte !

– Ce qui me dégoûte le plus, c'est qu'il va s'en sortir sans rendre de compte pour rien, même pour le boycott.

Lily se félicita de porter des Doc Martens. Parce qu'elle allait en botter, des culs.

Elle esquissa un sourire mauvais.

– Pas sûr, quand j'en aurai fini avec lui.


LA MAISON PRINCIPALE des Smith était une grande maison de style victorien au cœur de la campagne anglaise. Ce fut la matriarche en personne qui ouvrit la porte.

– Qu'est-ce que vous faites ici ? grogna-t-elle.

– Vous le savez très bien, maugréa Lily en pénétrant dans la maison. Où est Nathan ?

– Je ne vous ai pas permis d'entrer ! s'écria Lina.

Lily la stupéfixa sans même prononcer la parole, enjamba son corps inerte et se laissa guider par les éclats de voix, qui la menèrent jusqu'au salon. Nathaniel était tranquillement assis dans un canapé, engagé dans une grande conversation avec Angie, qui se tut en voyant Lily entrer. Alexandra faisait les cent pas dans un coin de la pièce. Tous s'immobilisèrent en la voyant entrer.

– Qu'est-ce que tu fais là ? rugit Nathaniel en la voyant entrer. DEGAGE, SORS, JE NE VEUX PLUS JAMAIS TE REVOIR !

Il était furieux.

Il osait être furieux contre elle.

Il avait osé prétendre ne rien savoir de l'affaire, lui faire croire que c'était elle qui avait incendié La Bonne Fée, avait profité de sa détresse pour se rapprocher d'elle, avait saccager l'appartement en se battant contre James (et lui avait causé une seconde putain de merde de bosse !), l'avait injuriée, et osait être furieux contre elle ? La regarder avec mépris, dégoût, colère ? La regarder avec autre chose que du remord ?

Non.

Non. Cela suffisait. Il était hors de question qu'elle se laisse faire. Hors de question qu'il s'en sorte.

Lily s'approcha de lui.

Et lui donna un violent coup de pied entre les jambes.

Nathan poussa un hurlement aigu et eut aussitôt les larmes aux yeux, mais Lily n'en avait pas fini avec lui. Saisie d'un accès de rage supplémentaire, le prit de court en lui donnant un coup de poing dont elle fut la première surprise de la force. Elle entendit distinctement un os se craquer, et n'en avait cure. Elle espérait même qu'il avait mal. Très mal.

Nathan s'écroula en se tenant le nez et en poussant de grands cris.

– Te poser des questions, dit-elle d'une voix doucereuse.

Elle prit tranquillement place dans le fauteuil en face de lui, et le regarda se tortiller de douleur sans sourciller. Ni Angie, ni Alex n'osaient émettre le moindre mot. Nathan finit par se redresser tant bien que mal, et se trouva aussitôt nez à nez avec la baguette de Lily.

Il y eut un silence si long, si parfait, qu'on aurait dit que le temps s'était figé.

– Je ne sais pas quoi faire de toi, murmura-t-elle.

– Lily, s'il te plait, intervint Angie, qui était pâle comme un linge. Je…

La rousse la fit taire d'un regard.

– Je ne sais pas quoi faire de toi, répéta-t-elle en reportant son attention sur Nathan. Tu m'as sauvé la vie, mais tu es directement à l'origine des évènements qui m'ont mise en danger en premier lieu. J'ai besoin de réponses. J'ai besoin de comprendre. J'ai besoin de comprendre comment quelqu'un qui se prétend mon ami, avec qui je suis sortie pendant un certain temps, a pu me trahir de cette manière. J'ai besoin de comprendre pourquoi est-ce que tu as essayé de me tuer, pourquoi tu as décidé de me sauver, pourquoi est-ce que tu sabotais le mariage de James et Ellie.

Nathan eut un petit rire.

– Ce mariage est une plaisanterie, tu le sais mieux que quiconque. Tu l'as laissé finir de te baiser, ou… ?

Lily le regarda avec tout le mépris qu'elle ressentait, et qui se reflétait complétement dans les yeux de Nathan, avant de lui infliger un coup de pied dans le ventre. Elle était mue d'une violence qu'elle n'avait jamais soupçonné en elle, dont elle ne tirait aucun plaisir, mais qui ne la dérangeait pas du tout. Elle pourrait lui faire bien plus mal en utilisant sa baguette, mais il y avait quelque chose de sauvage, de brutal, de satisfaisant, d'exutoire, dans le fait d'utiliser ses poings. Lily savait qu'elle ne lui faisait pas uniquement payer sa trahison, que d'une certaine manière elle déchaînait également des mois de frustration, de confinement et de peines dont Nathan n'avait pas été à l'origine de toutes. Mais l'air impénitent de ce dernier avait simplement été la goutte d'eau ayant fait déborder le vase.

– Ce n'est pas la question, fit-elle aimablement remarquer sans cligner des paupières une seule fois. Je veux des réponses à mes questions. S'il faut que je te casse la gueule, je le ferai. Tu sais, que je le ferai. Ce sera un honneur de finir ce que James a entrepris.

Ce dernier, sans parvenir à prendre totalement le dessus, l'avait sacrément amochi, même si c'était surtout le Colonel Fitz qui lui avait refait le portrait. Nathan lui jeta un regard haineux, tandis qu'Angie se précipitait enfin pour aider son neveu à se révéler.

– Lily…

– Toi, tu la fermes, si tu ne veux pas que je te casse la gueule aussi, aboya l'intéressée.

Angie déglutit nerveusement, et décida sagement de la fermer.

Nathan haussa les épaules.

– Est-ce que tu as la moindre preuve de ce que tu avances ? demanda-t-il en agitant une compresse contre son nez.

– Mrs Lukas a tout avoué.

– Et elle a évidemment fourni des preuves de ma prétendue implication ? Un contrat, un témoin, quelque chose ?

Lily plissa les paupières, l'air incrédule.

– Donc, tu ne comptes pas avouer ?

– Pourquoi est-ce que j'aurais fait ça ? ajouta Nathan en rejetant la tête en arrière afin que le sang reflue. Quels seraient mes mobiles ?

– Questions, moi. Réponses, toi.

Nathan haussa à nouveau les épaules, clairement peu impressionné.

– Mrs Casino est ma tante. Je me suis fait déshériter l'année dernière pour avoir choisi de travailler dans son agence contre l'avis de toute ma famille. Et je me suis battu bec et ongles pour faire revivre ton mariage foireux. Donc, pourquoi est-ce que j'aurais tenté de te saboter, de saboter l'agence ?

– Arrête de faire comme si tu en as quoi que ce soit à faire de l'agence. Alex m'a dit que tu préparais déjà ton départ.

– Alex parle trop, dit froidement Nathan en jetant un coup d'œil furieux à l'intéressée.

Cette dernière, étonnamment, ne réagit pas.

Tout comme elle n'avait pas réagi aux trois fois où Lily avait attaqué Nathan.

C'était… peu caractéristique d'Alex.

Étrange.

En fait, remarqua Lily, elle semblait n'en avoir strictement rien à cirer de leur conversation, et fixait humblement ses doigts, l'air prête à pleurer.

– Et pour répondre à ta question, poursuivit Nathan, la tirant ainsi de ses pensées, non, je ne compte pas avouer ce que je n'ai pas fait.

– Tu as fait tout ça afin te venger d'Elinor, de James et de moi d'une pierre deux coups, siffla Lily avec colère. Sois un homme, et avoue-le.

– Et de quoi est-ce que je chercherai à me venger ?

– Tu estimes que James t'a volé Miss Bell, et que je t'ai trahi de la même manière.

Il eut un petit rire.

– Je pense que tu vous donne un peu plus d'importance que vous en avez vraiment à mes yeux. Je suis passé à quelque chose d'autre. Mais j'admets que si ça avait été moi, si ça avait été le cas, ç'aurait été une punition parfaite, tu ne trouves pas ?

– Si, hein ? T'es pathétique.

– Tu sais, reprit Nathan, il y a un concept en justice qui s'appelle la présomption d'innocence. Et à moins que tu aies des preuves que j'ai contribué en quelque manière que ce soit aux manigances de Mrs Lukas, j'ai bien peur de ne rien à voir dedans.

– L'agence a brûlé, mais je suis certaine qu'on trouvera quelque chose en perquisitionnant chez elle. Tu as forcément fait une erreur.

– Une fois de plus, si ça avait été moi, tu penses vraiment que j'aurais laissé des preuves matérielles ?

Lily croisa les bras.

– Et pour l'incendie ?

– Ta preuve que je suis impliqué est que… ?

Lily ignora son ton insolent.

– Est-ce que tu savais que j'étais à l'intérieur ?

Le regard de Nathan devint froid.

– C'est quoi ton problème ? éructa-t-il d'une voix glaciale. Qu'est-ce qui ne va pas, chez toi ? Je suis putain d'amoureux de toi, Lily. Je ne te l'ai jamais caché.

De nouveau, il était furibond. La jeune femme plissa les paupières.

– Tu me détestes. Et je dois dire que je suis impressionnée par la façon dont tu as masqué le dégoût que tu ressens pour moi jusque-là. Je n'ai rien vu venir. Peut-être que détruire ma carrière te semble insuffisant ?

– Je ne te détestes pas, et je n'ai pas cherché à te tuer, éructa-t-il. Tu me prends pour qui ?

– Un crétin rancunier.

– Je n'ai rien fait. Je ne t'aurais jamais rien fait. Je ne te détesterai jamais assez pour te faire du mal, pour tenter de te tuer, pour tenter de tuer qui que ce soit. Tu devrais le savoir. Tu devrais me connaitre mieux que ça.

– Je ne te crois pas. C'est forcément toi, et tu as une raison de t'en prendre à moi. Ce que je ne comprends pas, en revanche, c'est que tu aies risqué ta vie pour me sauver ensuite. Je suppose que ta conscience t'a rattrapé ?

– Tu penses vraiment que je mettrai le feu quelque part en sachant qu'il y a quelqu'un, qui plus est que ce quelqu'un est toi ?

– Oui, dit simplement Lily.

Nathan plissa les yeux.

– Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans le fait que je sois amoureux de toi ? s'écria-t-il.

– Le fait que tu me le prouves en me trahissant ! Et en essayant de me tuer !

– Tu m'as trompé avec Potter, ça ne mérite pas la peine de mort ! Je ne suis pas débile non plus ! Et si en effet c'est moi qui avait orchestré le boycott, tu méritais d'être punie pour ta trahison.

– Je ne méritais rien du tout !

– Tu m'as trompée avec Potter le soir où je comptais te demander en mariage !

– Tu comptais me demander en mariage après à peine deux mois de fréquentation !

– Tu m'as dit et répété que tu m'aimais ! Des dizaines de fois ! Qu'est-ce que j'étais censé croire ?

Il y eut un petit silence.

– Je croyais que je finirai par avoir des sentiments pour toi, admit-elle.

Nathan afficha un air douloureux.

– Finirai… ? Est-ce que tu es en train de me dire que tu n'en as pas ? Que tu n'en as jamais eus ?

Lily ne sut quoi répondre. Il éclata d'un rire sans joie.

Woaw. Ça explique tellement de choses. Si ce n'était pas réciproque, pourquoi est-ce que tu as accepté de sortir avec moi ?

Elle soupira.

– A cause de James, avoua-t-elle après un silence.

– A cause de Potter ? s'étrangla Nathan, qui paraissait au bord de la crise de nerfs.

– Je voulais l'éviter, le soir de notre premier rencard. Et ça s'était bien passé, alors, je me suis dit pourquoi pas ? Je pensais que mes sentiments naîtraient au fur et à mesure, mais ça n'a jamais été le cas, et je suis restée parce que c'était confortable, parce que je ne voulais pas être seule, que j'avais besoin de me rassurer, je pense. Et je suis désolée.

Nathan la regarda pendant de longues secondes, le regard douloureux.

– C'est pour ça que tu as pu faire une croix sur moi du jour au lendemain, déduit-il d'une voix lointaine.

Puis il rit de nouveau, d'un rire froid, comme s'il riait de lui-même, et se passa les mains dans les cheveux.

– Je ne comprenais pas comment tu avais pu tourner la page aussi vite, comment tu pouvais être aussi indifférente après notre rupture, pourquoi tu n'as pas cherché ne serait-ce qu'une seule fois de me récupérer, de recoller les morceaux. Je ne comprenais pas pourquoi tu n'étais pas aussi anéantie que moi. Mais c'est parce que tu ne m'aimais pas, tout simplement. Ce n'était pas parce que Potter te manipulait. Quel idiot !

– Tu n'es pas un idiot, Nathan. Pas sur ce point, du moins.

Il la regarda avec dégoût.

– Qu'est-ce qui était vrai, entre nous ?

– Nathan…

– Tu me disais que tu étais heureuse, tu me disais « moi aussi » quand je te disais que je t'aimais ! Tu souriais constamment, tu me disais que tout allait bien, qu'on ne t'avait jamais mieux traitée, que tu étais HEUREUSE ! Alors dis-moi franchement : qu'est-ce que j'étais censé croire ?

– Je suis désolée…

– Je t'ai dit pas plus tard qu'avant-hier avoir des sentiments pour toi, vouloir qu'on s'accorde une deuxième chance. Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas dit à ce moment-là que tu ne ressentais rien pour moi ?

Lily baissa les yeux.

– Parce que j'avais besoin de ton aide, admit-elle honteusement. C'est surement pour la même raison que je n'ai pas dit à Alex que tu avais encore des sentiments pour moi, lorsqu'elle me l'a demandé. Je suis désolée…

Nathan se passa les mains dans les cheveux.

– Tu m'as utilisé, donné de faux espoirs, menti, et tu t'étonnes que je ressente de la rancœur envers toi ?

– J'aurais dû…

– Oui, tu aurais dû ! Mes sentiments étaient vrais pour toi, je ne les ai pas cachés une seule seconde.

– Je suis désolée !

– Tu m'as brisé le cœur, Lily !

Et sa voix se brisa également.

Sa voix tremblait, son corps tremblait, ses yeux étaient humides.

– Tu m'as brisé le cœur, répéta-t-il d'une voix enrouée. T'es une putain de menteuse. Une allumeuse. Une manipulatrice. Si je suis un psychopathe, c'est entièrement de ta faute !

– T'es un beau manipulateur, toi aussi.

Excuses-moi ?

– Outre le fait que tu n'as pas pu t'empêcher de te venger, tu m'as fait croire qu'il s'était passé quelque chose entre nous, hier soir.

– Mais il s'est passé quelque chose entre nous, siffla-t-il rageusement. Tu m'as embrassée, et invitée à passer la nuit chez toi.

Lily pâlit.

– Tu veux dire qu'on… ?

Il lui jeta un regard glacial.

– Je. T'aime, murmura-t-il avec rage, les narines frémissantes. Je ne te ferai jamais de mal. Je ne te toucherai jamais contre ton gré, quelle que soit mon envie. Et le fait que tu n'arrêtais pas de m'appeler James m'a probablement aidé à garder la tête froide, ajouta-t-il en détournant les yeux.

Elle se sentit soudain très lasse et triste, et s'apprêtait à renouveler ses excuses, quand un détail la frappa.

Alex. Qui ne réagissait toujours pas aux déclarations de Nathan.

C'était plus que bizarre.

Le front ridé, Lily se tourna vers brune, qui avait suivi toute la scène en restant parfaitement silencieuse.

– Tu n'as rien à ajouter ?

– Nathan a dit tout ce qu'il a à dire, déclara-t-elle d'une voix faible.

– Ton petit-ami me dit qu'il a des sentiments pour moi, et tu ne réagis pas ?

Alexandra pâlit, et jeta un coup d'œil nerveux à Nathan.

– Nathan n'est pas mon petit ami, dit-elle finalement d'une voix blessée. Il ne l'a jamais été.

Lily regarda Nathan, puis Alex, perplexe.

– Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle d'une voix impérieuse.

Nathan leva un sourcil menaçant vers Alex, comme pour lui dire de se taire.

– Je pense qu'il n'y a rien à ajouter, marmonna cette dernière.

– Et je pense que tu devrais t'en aller, Lily, dit Nathan. Tu n'as aucune preuve, je ne vais rien avouer. Le dossier est clos.

Mais Lily resta fermement là où elle était.

– Maintenant que j'y pense, reprit-elle à l'adresse d'Alex, tu m'as dit que vous dormiez ensemble tous les soirs depuis le début de votre relation. Je suppose qu'hier n'était pas une exception. Je pense que tu es restée toute la nuit avec lui, même lorsqu'il s'était rendu à Pré-au-Lard.

Alex perdit ce qui lui restait de couleurs.

– Tu étais là, affirma Lily avec force. Tu as vu ce qu'il a fait.

– Non, je…

– Où étais-tu quand l'incendie a eu lieu ?

– Avec lui.

– Où exactement ?

Elle déglutit avant de répondre.

– Chez moi.

– Toute la nuit ?

– Il n'a rien fait, Lily, s'agaça-t-elle. C'est l'agence de son oncle, et il n'est pas assez stupide pour détruire un commerce. C'est un crime, purée, il peut aller à Azkaban pour ça !

– Et toi aussi, pour lui fournir un faux alibi.

Alex cligna des yeux.

– Il n'a rien fait.

– Donc tu penses vraiment que ce n'est pas lui ?

– Je sais que ce n'est pas lui.

– Pourquoi est-ce que tu ne lui as pas rendu visite à Sainte Mangouste hier ?

Alexandra devint livide.

– Tu dormais, quand elle est passée, intervint Nathan. Elle est bel et bien venue.

– Tu sais qu'il sera très facile de vérifier si elle était là, ou non, n'est-ce pas ?

Il haussa les épaules, l'air parfaitement indifférent.

– Fais comme bon te semble.

– Le crime parfait n'existe pas, Nathan. Ça mettra le temps que ça mettra, mais on parviendra à te coincer.

– Bon courage, alors.

Lily s'approcha de lui jusqu'à ce que leurs nez se touchent presque, et, pour la première fois, Nathan perdit légèrement contenance. Sans le quitter des yeux, Lily plongea la main dans la poche de sa robe, et en extirpa la fiole de Véritasérum.

– Tu sais ce que c'est ? murmura–t-elle.

Il acquiesça, à présent blanc comme un linge.

– Administrer une potion à l'insu de quelqu'un est considéré comme un empoisonnement, dit Angie. C'est aussi un crime.

Si tu arrives à prouver que je lui en ai fait boire. Et crois-moi, tu n'y arriveras pas.

Elle rangea la bouteille dans sa poche.

– Sache qu'à partir de maintenant, je suis sur ton dos. Sans relâche, sans repos. Et un jour, alors que Mr Midford t'interrogera, peut-être que juste avant tu auras dégusté une part de gâteau à la citrouille que quelqu'un aurait aspergé de Véritasérum. Ou peut-être que tu auras bu une bouteille de Bierraubeurre dans laquelle quelqu'un aura versé de Véritasérum. Je ne sais pas combien de temps ça prendra, mais je sens que je serai très patiente. Tu ne sais pas de quoi je suis capable.

Alex était à présent livide.

– C'était un accident, Lily, déclara-t-elle.

– Alex, tais-toi, intima Nathan.

– Tu dois dire ce que tu sais, contra Lily.

Le regard de la jeune femme passa nerveusement de l'un à l'autre.

– Alex, tu n'es pas une menteuse, et bien trop intelligente pour comprendre que si le mensonge prend l'ascenseur et la vérité les escaliers, ils se retrouvent tous les deux finalement au même endroit. Les choses dont on soupçonne Nathan sont graves, tu n'as pas à être mêlée ça. Il risque Azkaban comme tu l'as dit, tu ne veux pas prendre le même risque. Il doit prendre ses responsabilités.

– Mais il n'a rien fait, insista Alexandra d'une voix chevrotante.

– Mrs Lukas a avoué pour le boycott.

– Oui, ça, c'est bien lui, s'écria la brune. C'est ce que je comptais te dire à l'heure du déjeuner hier. Mais l'incendie, ce n'est pas lui ! C'est…

– Alexandra ! Je crois t'avoir dit de te taire!

Elle se tut.

– Tu n'as pas à le défendre, la pressa Lily.

– Tais-toi, répéta Nathan.

– Je n'essaie pas de le défendre, protesta cette dernière. Il n'a rien fait. Comme tu l'as dit, j'étais avec lui toute la nuit, je sais ce qui s'est passé.

– Alex, la ferme !

– Ne lui fournis pas d'alibi.

– Purée, Lily, ce n'est pas moi qui essaie de lui fournir un alibi, c'est lui qui…

Nathan bondit sur elle, et plaqua sa main contre sa bouche pour l'empêcher de parler.

– TU LA FERMES ! s'écria-t-il d'une voix menaçante.

Des larmes s'échappèrent des yeux de la brune. Lily leva sa baguette.

– Lâche-là.

Nathan ne la libéra pas, mais se tourna lentement vers cette dernière.

– Tu as raison, dit-il calmement. C'est moi qui ait mis le feu à l'agence. J'admets.

Alexandra poussa un hurlement étouffé, et tenta vainement de se dégager de la poigne du jeune homme.

– Restes tranquille, aboya-t-il sans quitter son ex des yeux.

– Nate, intervint Angie. Non.

– Donc tu avoues ? demanda Lily d'une voix incertaine.

– Oui, dit Nathan sans hésitation. Alex et moi avons passé la nuit à nous disputer sur le fait que je renseigne secrètement Mrs Lukas. Elle voulait que je cesse immédiatement, mais aussi que je t'aide plus sincèrement pour me faire pardonner à défaut de me dénoncer. Comme je refusais de céder, elle m'a menacé de tout te révéler. J'ai pris les devants, je suis allé à La Bonne Fée pour effacer les traces. J'ignorais que tu te trouvais là.

Alex lui administra un coup de pied entre les jambes, qui le força à se courber en deux dans un grand cri de douleur, lui permettant ainsi de se libérer et de se mettre hors de portée.

– Ce n'est pas vrai ! protesta-t-elle en s'approchant de Lily. C'est moi qui ait mis le feu…

– ALEX !

– Je ne savais pas que tu étais là ! Tu étais cachée par le bureau et…

Nathan lui bondit de nouveau dessus, mais elle érigea juste à temps un bouclier entre eux. Il secoua la tête.

– Ne fais pas ça, murmura-t-il d'une voix suppliante. Pitié, ne fait pas ça, ma puce...

Mais Alexandra, déterminée, ne quittait pas Lily des yeux.

– C'était toi ? murmura cette dernière, abasourdie.

– Non, c'était moi ! affirma Nathan avec colère.

– Il ment, Lily, protesta Alex. Il veut simplement me protéger ! C'est bien moi qui ai provoqué l'incendie.

– Elle ment, de toute évidence ! Elle n'a même pas de mobile.

– Bien sûr que j'en ai un, rétorqua-t-elle froidement. Tous les ennuis que tu as ont été causé par cette maudite agence ! Nathan, je ne te reconnais plus, depuis que tu as commencé à y travailler. C'est pour ça que j'ai…

– MAIS TU VAS LA FERMER, OUI ?!

TOI, TU LA FERMES !

– FERMEZ-LA, TOUS LES DEUX ! s'époumona Lily.

Le silence revint enfin parmi eux.

Elle se mit à faire les cent pas. Elle ne savait plus qui croire. Qui protégeait qui ? Qui mentait ? Qui disait la vérité ?

Angie intervint.

– Lily… Nathan et Miss Price ont agis de manière irresponsable. Mais on est prêts à dédommager tout le monde pour prouver sa bonne foi. Un procès serait une épreuve trop grande pour tout le monde, et de toute façon, il n'y a pas assez de preuves pour les incriminer. Et même si tu y arrivais, ce ne serait pas la meilleure des solutions. Alex et Nathaniel sont jeune, et stupides. Si tu les envoies à Azkaban maintenant, leurs vies sont fichues. C'était un accident. Un terrible accident. Mais personne ne cherchait à te tuer. Miss Price en dort à peine. Tout le monde est terrifié par ce qui aurait pu se passer.

Il y eut un silence.

– C'est un crime, de mettre le feu. Ça ne peut pas rester impuni.

– Ça ne restera pas impuni. Mon frère va veiller à recadrer son fils. Mais s'il va à Azkaban…

– Et n'oublie pas qu'il t'a sauvé la vie, ajouta doucement Alex.

Lily se tourna vers Nathan.

– Non, je n'oublie pas, murmura-t-elle.

Elle soupira.

– Je ne vais rien dire de ce que je sais.

Ils relâchèrent tous leurs souffles.

– Pour le moment, du moins. J'ai besoin de réfléchir, et de me concerter avec les autres. Je ne suis pas la seule à qui vous avez causé du tort. Mais si l'enquête débouche et confond Nathan tout de même, je n'y serai pour rien.

Elle se dirigea vers la porte, puis s'arrêta et se tourna vers Alex.

– Prends soin de toi, Alex.


LILY SE RENDIT à Pré-au-Lard, comme si elle ressentait le besoin de voir l'état de l'agence de ses propres yeux. "Ruine" était le meilleur mot pour décrire ce qu'il restait de La Bonne Fée. Elle resta un long moment debout, perdue dans ses pensées.

Nathan l'avait manipulée. Nathan l'avait trahie. Nathan avait saboté ses efforts.

Mais c'était Alexandra qui avait bien failli la tuer – Lily était convaincue que c'était elle.

C'était peut-être le plus choquant, pour Lily. Elle avait failli mourir. Elle avait failli n'être qu'un tas de cendres. Si Nathan n'avait pas eu le bon réflexe de vérifier qu'il n'y avait personne, elle n'osait pas imaginer dans quel état elle serait. Droguée, inconsciente, le feu l'aurait consumée sans qu'elle ne puisse y faire quoi que ce soit.

Nathan l'avait sauvée. Et avait continué à la manipuler, sur un plan personnel, cette fois, sans scrupule, profitant de son état de confusion et de détresse.

Elle était bien trop naïve…

Et elle se sentait stupide de ne pas savoir que faire. Qui pardonner. Qui punir.

Angie avait raison, cependant. Avec le manque de preuves matérielles, et vu que Nathan paraissait comme un héros aux yeux de tous, c'était probablement une perte de temps de tenter de prouver quoi que ce soit. Mr Smith Senior-Senior était un membre du Maggenmagot, et avait déjà acheté le silence des Casino (à l'exception de Nicholas), et probablement celui d'Elinor également. Mrs Lukas ferait probablement tout ce qui était en son pouvoir pour que le nom de son entreprise ne soit pas entaché par son boycott– il y avait très peu de chances pour que l'opinion publique considère le boycott et l'incendie comme deux affaires différentes.

D'ailleurs, bien que Lily ait menacé James de démissionner, elle ne savait même pas si elle pouvait continuer à travailler sur le mariage, étant donné que La Bonne Fée n'existait plus… actuellement, elle n'avait plus de travail. Elinor allait probablement faire appel à une autre agence et…

Lily sursauta lorsqu'une main se posa sur son épaule.

– Tu m'as fait peur, marmonna-t-elle en le tapant sur l'épaule.

– Hey, dit Caradoc avec un petit sourire.

– Comment t'as su que je serai là ?

Il haussa les épaules.

– Ça va ?

Lily secoua la tête, sentit l'émotion se bousculer dans sa gorge, mais parvint à rester impassible. Elle se passa les mains dans les cheveux, et frissonna en constatant à quel point ils étaient courts à présent.

– J'ai besoin d'une nouvelle coiffure, dit-elle finalement d'une voix incertaine.

Sa voix traduisait une grande lassitude. Doc ne put s'empêcher de la prendre dans ses bras et, pour la première fois depuis sa dispute avec Katie, Lily n'en ressentit aucune culpabilité. Au contraire, elle le serra fort contre elle, jusqu'à se sentir complètement apaisée par sa simple présence.


Blabla de l'auteur:

Comme dit plus haut, je n'ai pas fini de répondre a vos magnifiques reviews précédentes mais je suis sur le coup (lentement, mais surement). D'ici la publication de la partie 2 de ce chapitre, j'aurais terminé normalement! C'est juste que mes tendances procrastrinatrices sont tenaces!

Mes concours se sont bien passés! Merci pour vos encouragements!

Qu'avez vous pensé du chapitre? Lily et James amis, vous êtes plutot Team "Et mon cul c'est du poulet" ou "bénéfice du doute"? Avez-vous été surpris par la vérité sur le boycott et l'incendie?

Ah oui: Bien sur que je vous ai trollés par rapport a l'incendie et la bougie! La bougie s'est forcément éteinte en tombant, mais je vous ai induits en erreur en précisant que les parchemins étaient inflammables.

Je poste la suite la semaine prochaine!

Merci à Xila, betouni, Sundae Vanille, malilite, Antig0ne, MGJ baobab ,Sheshe13, NinonDG & ptitcoeurfragile pour avoir reviewé le chapitre précédent! z'êtes les meilleurs!

Merci à ceux et celles qui mettent en favori! Je vous aime!

N'oubliez pas de reviewer ;)