Note : Yé vous explique. Comme annoncé au chapitre précédent, j'avais écris un gros bloc très long que j'ai préféré couper en deux pour des raisons de confort de lecture. Cependant, si j'aimais bien la partie 1 (le chapitre 25) j'étais insatisfaite de la partie 2. J'avais mis du sel, du poivre et des oignons, mais le résultat me décevait. Alors j'ai tout sélectionné… et tout effacé. Et j'ai renommé la partie 1, car je veux qu'elle soit indépendante (« Délicate Lily-Flower ½ » est devenu « Les Feux de l'Amour », et le premier qui dit que c'est pourri à voix haute je l'étrangle.)
Hmm bref, ne fuyez pas, chers lecteurs.
Le fait de repartir de zéro m'a été bénéfique, vu que j'ai pondu un autre gros bloc (faut que j'arrête de faire ça, franchement) que je trouve meilleur, et dont je vous invite à découvrir la 1re partie.
Je suis désolée s'il y a plus de coquilles et d'erreurs que d'habitude, mais je suis lessivée en ce moment… Je devrais peut-être me chercher une béta.
L'histoire reprend le même jour qu'au chapitre 25.
Bref, bonne lecture.
CHAPITRE 26 : Toutes les femmes de sa vie (½) – LILY
DOC FRONÇA LES SOURCILS.
– Donc… tu vas juste laisser Nathan s'en sortir ?
Il ne prit même pas la peine de masquer sa déception.
– Non ! s'exclama Lily. Enfin… je ne sais pas.
Doc lâcha un soupir.
– Ne sois pas déçu, supplia-t-elle.
– Et toi, ne sois pas trop gentille.
Lily acquiesça.
– C'est juste que j'ai besoin de réfléchir. Je ne sais pas quelle décision prendre. Je ne sais même pas s'il y a une bonne décision à prendre. Nathan est un crétin, mais il m'a sauvé, et Alex… elle a agis stupidement, mais je ne veux pas lui gâcher son avenir non plus. Je… j'ai juste besoin de temps pour savoir quoi faire.
– Je comprends, dit Doc, l'air pensif. Et puis, je pense que ça va dépendre également de ce que comptent faire Elinor et James.
Lily rougit légèrement à l'évocation du nom de ce dernier.
– Miss Bell était en plein pourparlers avec Mrs Lukas et Mr Smith, et je pense qu'ils se dirigent vers un arrangement à l'amiable. Quant à James, je ne suis pas certaine qu'il soit au courant. Il était absent quand je suis arrivée au Manoir.
– C'est aujourd'hui, les épreuves du concours de Médicomage, non ? dit soudain Katie.
Lily pâlit.
– C'était aujourd'hui ?
– Je crois bien… Pourquoi ?
Lily se passa les mains sur le visage.
Merde, merde, merde, merde, merde…
– Je… hum, il est passé me voir ce matin, pour voir si j'allais bien.
Katie fronça les sourcils.
– S'il était chez toi, il n'était pas à l'épreuve.
– Justement.
Lily se prit le visage entre les mains.
– Purée, j'y crois pas, marmonna-t-elle.
– Ce n'est pas de ta faute. Et puis, il pourra toujours réessayer l'année prochaine.
– Justement, je ne suis pas certaine qu'il pourra. Les candidatures sont limitées à trois par personnes, et je suis certaine que c'est la troisième fois qu'il tente le programme.
Elle poussa un grognement de frustration.
– Hey, tu n'as pas à te sentir coupable, dit Doc. C'est lui qui a fait le choix de venir te voir, en sachant pertinemment ce que ça lui couterait.
Mais Lily, loin d'être réconfortée, resta silencieuse pendant très longtemps. Katie et Doc échangèrent un regard soucieux.
– Je pense que je devrais m'en aller, après le mariage, dit-elle finalement.
– Quoi ? s'exclama Doc d'une voix catastrophée. Mais… pourquoi ? Où ?
Même si elle n'avait dit cela que pour menacer James, l'idée lui paraissait de plus en plus une bonne. Partir… non, fuir James. Ellie. Ses sentiments. Se reconstruire. Cesser de se sentir constamment bousculée, bouleversée, coupable.
– Je ne sais pas encore…J'ai besoin de temps pour me ressourcer, pour faire le point. Ces deux dernières années ont été trop rock'n'roll pour moi. Je me sens… étouffée, perdue. J'ai besoin de partir. Juste partir. C'est peut-être le bon moment pour que Mary et moi entreprenions notre tour du monde pendant un an.
– Un an ? s'indigna son ami. Mais Lily, tu ne peux pas partir !
– Mais je vais revenir, dit-elle avec un sourire rassurant. J'ai juste besoin de me reposer un peu.
– Mais… rien ne sera pareil sans toi. S'il te plait, ne pars pas !
– Ce n'est qu'un projet pour le moment. Mais je pense vraiment que ça m'aidera à aller mieux.
Elle eut besoin d'une longue demi-heure pour convaincre Doc du bien-fondé de son idée et le rassurer quant au fait qu'elle reviendrait. Le jeune homme paraissait vraiment désemparé, et Lily remarqua du coin de l'œil que Katie semblait partagée quant à sa décision, aussi mécontente qu'il se mette dans un état pareil que ravie que la rousse s'en aille. Son sourire de façade aurait pu être convaincant si elle ne tirait pas occasionnellement plus fort que nécessaire sur la tête de Lily, et cette dernière, dont la patience était vraiment limitée en ce moment, profita du moment où Caradoc s'éclipsa dans l'arrière-boutique pour remettre les choses au clair une bonne fois pour toute.
– OK, ça suffit, maintenant ! s'écria-t-elle en pivotant sur sa chaise pour faire face à Katie. Je suis censée avoir monté quoi, cette fois, comme plan diabolique ? Tu penses peut-être que j'ai fait exprès de rendre Alex et Nathan assez dingues pour qu'ils tentent de me tuer afin de Doc propose de m'accompagner dans mon trip ?
Katie ouvrit de grands yeux.
– Mais je n'ai rien dit ! protesta-t-elle.
– Pas besoin de dire quoi que ce soit, je regarde ton visage se décomposer depuis une demie heure.
– Désolée d'être contrariée que mon copain projette de se barrer pendant un an sans me consulter !
– Mais il ne va pas se barrer ! Il a dit ça sous le choc ! Quand est-ce que tu vas te mettre dans le crane que Doc et moi ne sommes qu'amis ? De putain de super excellents AMIS ?
– Mais…
– J'ai failli mourir brulée hier, siffla rageusement Lily. Mon agence est en ruine, je n'ai plus de travail, mes bras me font un mal de chien, j'ai deux bosses qui me font ressembler à un taureau, et mes cheveux sont putain de cramés ! J'estime avoir le droit de me plaindre pour une fois, voire de me morfondre, parce que tu sais quoi ? Je suis une putain de victime, et je veux être entourée par mes meilleurs amis. Doc. Est. Mon. AMI. Et j'en ai assez de ta jalousie. Si tu ne lui fais toujours pas confiance, ce n'est plus mon problème. Je ne vais pas m'effacer, cette fois. Alors tu vas fermer ta grande gueule, plaquer un sourire sur ton visage, et faire avec, compris ?!
Katie pâlit, légèrement effrayée par la lueur de démence dans les yeux de la rousse, et finit par acquiescer sagement.
– Bien, aboya Lily en se tournant de nouveau vers le miroir.
Doc revint de l'arrière-boutique à ce moment-là avec le café, et s'arrêta net en voyant l'air décomposé de Katie.
– Tout va bien ? s'inquiéta-t-il.
– Oui, oui, assura aussitôt la blonde avec un sourire forcé. C'est juste que… j'étais… je… j'essayais de voir ce que je pourrais faire, pour rendre notre Lily aussi belle que lorsqu'elle avait les cheveux longs.
– OK, dit le naïf Caradoc. Je suis sûr que tu feras des merveilles, ma puce.
Il l'embrassa tendrement sur la joue.
Lily ressentit toutefois un pincement au cœur en voyant que Katie se retenait de pleurer.
JAMES ETAIT PRESENT cette fois, lorsqu'elle retourna au Manoir Potter. Katie était parvenue à rattraper ses cheveux, et elle avait à présent une coupe courte qui plut vraisemblablement au jeune homme puisqu'il ne put s'empêcher de la regarder. Les trois autres Maraudeurs la sifflèrent, mais avant que quiconque puisse dire quoi que ce soit, la voix d'Elinor s'éleva :
– Miss Evans !
Les Maraudeurs lui jetèrent des regards nerveux, comme si elle se trouvait dans des ennuis jusqu'au cou, et en effet, Elinor était furibonde.
– Qu'est-ce qui vous est passé par la tête ? tempêta-t-elle.
– Désolée, marmonna Lily.
– Désolée ? Désolée ? Vous avez failli ruiner mon mariage ! Vous êtes complètement inconsciente ! J'aurais pu remédier au problème en une fraction de seconde !
– Euh, bredouilla la rousse.
Elinor était arrivée en face d'elle. Lily était persuadée que sa dernière heure était venue, mais elle fit quelque chose d'inattendu.
Elle la serra dans ses bras. Fort.
– Et surtout, vous avez failli y laisser plus que quelques mèches de vos beaux cheveux, poursuivit-elle avec consternation.
Lily jeta un coup d'œil nerveux à James, qui haussa les épaules.
– Est-ce que vous allez bien ? s'enquit-elle avec prudence.
– Bien sûr que je vais bien ! répliqua Elinor. Ce serait à moi de poser cette question, avec ce qui vous est arrivé ! Non, mais vraiment ! Qu'est-ce qui vous est passé par la tête ? Je n'arrivais pas à y croire, quand…
Lily cligna plusieurs fois des yeux. Elinor jouait-elle un rôle devant son fiancé ? Mais non, Elinor continua à déverser un flot de paroles discontinues mi douces mi réprobatrices, son beau visage alternant un air sévère et une expression concernée. Abasourdie, Lily la laissa l'entrainer dans le salon, où elles s'installèrent autour de la table basse.
– Je suis soulagée de vous savoir en bonne santé.
– Vous… vous êtes vraiment inquiétée pour moi ?
Son ton incrédule n'échappa pas à son ainée.
– Bien sûr ! Si vous aviez disparu, il aurait fallu décaler la date du mariage le temps de trouver une nouvelle wedding-planner.
Lily se raidit.
– Je plaisante, précisa précipitamment Ellie. Désolée, James me le dit souvent, que mon humour est terrible. Je suis soulagée de vous savoir saine et sauve, et je n'ai pas besoin de raison pour cela. En fait… je vous apprécie, vous savez ?
Espèce de schizophrène.
– Vous m'appréciez ?
– Vous paraissez étonnée.
– Vous m'avez menacée de me torturer dans l'au-delà la dernière fois, rappela Lily sur un ton raide.
Les lèvres d'Ellie s'étirèrent en un sourire gêné.
– Pardonnez-moi. J'ai été idiote, ce jour-là. Je suis désolée de vous avoir menacée, Lily. J'ai agis puérilement. J'espère que nos relations seront meilleures à l'avenir. Je ne suis pas prête maintenant, mais je vous donnerai prochainement l'autorisation de me tutoyer pour vous prouver ma bonne foi. Mais en attendant, vous pourriez peut-être m'appeler Elinor, ou Ellie ? En revanche, je refuse catégoriquement de répondre quand on m'appelle Nonor, car cela fait beaucoup trop canin.
Lily en resta bouche bée.
Psychopathe bi… non, tripolaire.
– Je… Je ne sais pas quoi dire, bafouilla-t-elle finalement.
Elinor sourit. Maintenant qu'elle ne voyait plus du tout Lily comme une menace – et cette dernière se demandait de plus en plus ce que James avait bien pu lui dire pour qu'elle soit aussi sereine – elle ne se retenait plus de se montrer sympathique avec la cadette.
– Votre nouvelle coiffure vous va très bien, dit-elle.
– Merci.
Katie lui avait fait une coupe garçonne qui ne lui déplaisait pas, mais c'était la première fois de sa vie qu'elle portait les cheveux courts et c'était bizarre…
Il y eut un silence.
– Comment s'est passé votre discussion, avec Messieurs Smith et Mrs Lukas ?
– Les Smith m'ont grassement dédommagée – entre nous, je suis hautement corruptible. J'adore l'argent, et j'en ai reçu tellement d'un coup que j'en ai la tête qui tourne rien que d'y penser. Quant à Mrs Lukas… J'aurais vraiment aimé laisser mes parents s'occuper de son cas, mais je pense que je n'en ferai rien. Carla est une amie. Croyez-le ou non, mais je n'ai pas beaucoup de vraies amies.
Lily sourit. Elle n'avait aucun mal à le croire.
– Je vous aime vraiment bien, Miss Evans. J'admire votre loyauté, votre professionnalisme, votre sang-froid. J'ai été exécrable avec vous ces dernières semaines, et vous vous êtes pourtant démenée avec la même énergie pour satisfaire mes désirs.
Lily plissa les yeux, mais Elinor semblait étrangement de bonne humeur, étrangement sereine. Ce n'était pas la première fois qu'elle se montrait sympathique avec Lily, mais c'était la première fois que cela durait plus de quelques secondes. C'était la première fois qu'elle ne la considérait pas comme une rivale.
– La vraie question est de savoir si vous voulez continuer à travailler sur le mariage, poursuivit Ellie.
– Comment ça ?
– Eh bien, avec tout ce que vous avez traversé ces derniers jours, avec l'incendie, l'agence qui n'existe plus, le harcèlement de Mrs Lukas, le mien, sans compter votre… situation avec mon fiancé, je comprendrais que vous ressentiez le besoin de prendre du recul. Et vous vous doutez bien que je ne vous retiendrais pas.
Lily éclata d'un rire sans joie.
– Je n'arrive pas à y croire. Ça fait des mois que je me démène jour et nuit pour votre mariage, et vous essayez encore de me virer ?
– Je n'essaie pas de me débarrasser de vous, Miss Evans, protesta Elinor. Je pense au contraire que vous avez prouvé votre professionnalisme, votre rigueur et votre talent. Je veux vous garder en wedding-planner. Je tiens à vous garder. Mais si vous avez besoin de repos, je suis prête à repousser la date du mariage.
Une fois de plus, Lily resta muette.
– Vous voulez repousser la date de votre mariage juste pour me garder en organisatrice ?
Ellie acquiesça.
– Je veux vous garder en wedding-planner, répéta-t-elle.
– Pourquoi êtes-vous si gentille avec moi ?
Lily ne pouvait s'empêcher d'être méfiante.
– Pour me faire pardonner d'avoir été si méchante, répondit Ellie. Quand les gens se montrent gentils avec moi, je trouve toujours un moyen de leur rendre cette gentillesse.
Elle avait aidé Jon à devenir un Lord respecté pendant leur mariage ; elle avait rendu à Heidi l'héritage dont l'avait privé ses parents quand cette dernière lui avait démontré un soutien sans failles pendant le divorce ; elle avait confié à Carla l'organisation de son exposition à venir ; elle avait offert à Arthur ce véhicule moldu qu'il n'aurait jamais pu s'offrir même en travaillant toute sa vie ; il était difficile de faire plaisir au taciturne Tom qui parlait peu de lui et maitrisait ses émotions, mais il avait souri comme un collégien quand elle lui avait offert un gâteau fait maison pour son anniversaire (et rougi quand elle l'avait embrassé pour le remercier de l'avoir mangé intégralement malgré le goût horrible) ; elle avait travaillé d'arrache-pied pour faire avancer l'enquête de James même avant son séjour à Shortbourne ; et maintenant que James l'avait tant rassurée, maintenant que son irritable jalousie envers Lily s'était évaporée, elle se sentait le devoir de faire quelque chose pour cette jeune femme.
Ellie était heureuse, à présent, rassurée pour son avenir. Elle pouvait donc se permettre d'être gentille. Et puis, au vu des douleurs qu'elle ressentait assez souvent, elle commençait à y croire, à cette histoire de karma dont la bassinait Heidi.
– Je vais tout faire pour que vous puissiez tout faire pour que ce mariage soit une réussite. Et puis, ce sera le parfait point de départ pour la création de votre entreprise.
Lily resta interdite.
– De quoi est-ce que vous parlez ?
– La Bonne Fée n'existe plus, mais ça fait des années que cette agence n'était que l'ombre d'elle-même. Ces derniers mois, elle n'a survécu que grâce à votre travail, d'après ce que j'ai compris. Je pense que vous êtes apte à prendre votre envol.
Lily ouvrit des yeux ronds.
– Vous voulez que je me lance à mon compte ? dit-elle d'une voix ébahie.
Elinor acquiesça.
– James m'a dit que c'était votre but à long terme, alors pourquoi pas maintenant ? La Bonne Fée n'existe pas, et je doute qu'elle renaisse un jour de ses cendres. Vos mésaventures vous ont donné beaucoup d'expérience, un carnet d'adresse non négligeable et ce mariage vous donnera une publicité extraordinaire.
Lily resta interdite une bonne minute.
– Je ne pense pas que j'en serai capable, avoua-t-elle finalement.
– Bien sûr que vous en êtes capable, aboya Ellie. Vous allez y arriver.
Son encouragement ressemblait à un ordre, et Lily se gratta nerveusement la tête.
– C'est juste que… j'avais prévu de… enfin…
Bien qu'Ellie semblait sincèrement vouloir l'aider, elle n'était pas sûr d'apprécier son implication dans ses projets futurs.
– Vous avez besoin de faire preuve de plus de culot, Miss Evans. Et vous ne serez pas seule. J'ai énormément d'expérience en création d'entreprise – j'ai été à l'origine de celle de mon ex-mari. Son entreprise est florissante, et pourtant, croyez-moi, il n'était pas vraiment fait pour ça.
Elle s'interrompit, sourit légèrement.
– Vous pouvez le faire. En fait… je suis même prête à vous filer un sacré coup de main. Même après le mariage, je vous conseillerais pour que vous vous développiez dans les meilleures conditions. Vous avez rencontré Tom, n'est-ce pas ? Il est actuellement en train de vous chercher des locaux ayant pignon sur rue sur le Chemin de Traverse, et je pense que d'ici ce soir il aura fini une première ébauche pour la création de votre entreprise.
Lily resta confuse quelques instants.
– Je n'ai pas ce genre de fonds…
– Oh, je sais que vous êtes pauvre, dit aimablement Ellie en lui tapotant la main avec compassion, mais j'ai déjà pensé à tout. Vous vous souvenez de la somme que je vous avais proposée lors de notre première entrevue ? Disons que je l'ai investie pour vous. Pour tout ce qui est matériel et capital, Mr Smith a laissé à votre attention un sublime chèque.
Lily se mordit la lèvre. Elinor lui forçait quelque peu la main, mais en même temps donnait forme à son rêve avec assurance, et elle avait une expérience non négligeable.
– Pourquoi est-ce que vous m'aidez ? C'est vraiment juste pour me remercier ?
– Non, admit Ellie après une pause. Si j'ai été à Serpentard, c'est clairement parce qu'il y avait une raison. Je ne fais jamais rien gratuitement. James ne peut s'empêcher de s'inquiéter pour les demoiselles en détresse. Je m'assure simplement que vous serez une jeune femme indépendante le plus rapidement possible. J'ai compris que la meilleure manière de faire était de ne rien faire. Je ne peux pas changer ce qu'il y a entre vous deux. Mais je pour vous faire en sorte que vous deveniez le chasseur, dans cette situation remplie de loups.
Elinor inspira profondément.
– Lily, je suis très chanceuse d'avoir James dans ma vie, très chanceuse de l'avoir comme famille. Je ferai tout pour le garder. Mais il a de vrais sentiments pour vous, et je me sentais menacée. Je pensais qu'il romprait ses engagements pour être avec vous, et je me défendais par tous les moyens en ma disposition. Maintenant que James m'a de nouveau assuré qu'il ne me quitterait jamais au grand jamais pour vous, je me rends compte de mon comportement puéril envers vous, et j'en suis désolée.
Lily esquissa un sourire triste. Elle se demanda ce que James avait bien pu dire à Elinor pour que cette dernière déborde de cette inébranlable et renouvelée confiance en elle, ne considère plus du tout Lily comme une menace. On aurait dit qu'elle s'était fait pousser dans la nuit un appareil génital masculin, tant Elinor ne montrait plus aucune crainte. Elle semblait plus certaine que jamais de la solidité de son couple, et Lily félicita intérieurement d'avoir définitivement fini les choses avec James. Il n'avait visiblement aucune intention de quitter sa fiancée, ni maintenant, et probablement jamais.
Même si les sentiments de James étaient vrai, c'était à Ellie qu'il démontrait une loyauté sans faille. C'était Ellie qu'il choisissait.
James ne ferait jamais les concessions requises pour qu'ils soient ensemble.
– Qu'est-ce qu'il vous a promis ?
– Pardon ?
– Votre mariage arrangé… qu'est-ce qu'il y gagne ? Qu'est-ce que vous y gagnez ? Que vous a-t-il promis ?
– Je ne peux pas vous le dire, dit Elinor d'une voix grave. Mais si je me sentais autant menacée par vous, c'est parce que j'avais l'impression que vous usurpiez ma place dans notre contrat en lui apportant ce que moi, j'avais promis de lui donner.
– Qu'est-ce que c'est ?
Le sourire triste de Lily se refléta sur les lèvres d'Elinor.
– Un sourire.
Lily baissa les yeux. Un sourire… Il était vrai que James souriait constamment en sa présence. Excepté les deux fois où elle l'avait repoussée. Rien que de penser à ce matin…
– James… était très malheureux, lorsqu'il est revenu, dit soudain Ellie. J'ai comme l'impression que ce n'est pas uniquement à cause du concours.
Lily la regarda sans un mot.
– Vous avez encore rompu avec lui ?
Quelle question étrange, se dit la rousse.
– Nous n'avons jamais été ensemble.
Elinor ouvrit et ferma la bouche, comme si elle hésitait à dire le fond de sa pensée.
– Miss Evans, commença-t-elle avant de se corriger : Lily. Si j'étais vous, je…
Des coups donnés à la porte l'interrompirent, et James entra :
– Tout va bien ?
Elinor se redressa nerveusement, comme si elle avait été surprise en train de dévoiler un secret.
– Oui. Lily est toujours des nôtres.
James sembla rassuré.
– Super. Suis-moi, j'ai quelque chose à te montrer.
Lily obtempéra, en se demandant si leur amitié fonctionnerait réellement. Elle se sentait fébrile rien que de se trouver si près de lui. Elle avait l'impression d'être un aimant cherchant vainement à résister une la force d'attraction.
– Elle était tellement de bonne humeur, c'est dingue.
James sourit.
– On dit que l'argent ne fait pas le bonheur. Mais Elinor est une sacrée exception. Elle va être sur son petit nuage encore un petit moment.
Sans la regarder, James l'entraina vers la bibliothèque, qu'il avait aménagé en salle de travail. Il lui tendit la clef qu'il lui avait proposée à sa première venue.
– Tes nouveaux bureaux.
– Merci, dit Lily d'une voix émue.
– Et ça, ajouta-t-il en désignant ses amis, c'est ta nouvelle équipe provisoire.
Lily leva un sourcil, clairement peu impressionnée par Remus, avachi sur un canapé, Peter, à quatre patte par terre à la recherche de sa baguette qui avait roulée sous une étagère, ni par Sirius, qui se limait les ongles avec soins.
– Qu'est-ce que c'est que cette équipe de bras cassés ?
Un murmure de protestation parcourut les garçons. Peter banda son bras pour lui prouver que son bras n'était certainement pas cassé.
– Oi, Evans, s'indigna James, je t'ai rassemblé une fine équipe. Tous sortis majors de promos. Tous à ton service.
– Corps et âme, se sentit obligé de préciser Sirius.
Lily roula des yeux.
– Si tu vois ce que je veux dire, insista-t-il en haussant les sourcils d'un air suggestif.
– Sirius, on voit tous très bien, ce que tu veux dire, s'exaspéra Remus.
– T'es sûr ? Peter à l'air un peu confus.
– Peter a toujours l'air un peu confus.
– Confus à propos de quoi ? demanda Peter.
– Confucius, répondit très sérieusement Remus.
– Confu qui ?
– Kung Fu.
– Hein?
– C'est toujours comme ça ? demanda Lily, qui se retenait de rire car Peter, définitivement confus, essayait toujours de trouver un sens à l'absurde échange.
– On est plus raisonnables, lorsqu'on n'est pas tous réunis en même temps, admit James.
Elle eut un petit rire, et les trois autres maraudeurs se tournèrent vers elle, l'air étonné.
– Quoi ?
– Tu sais faire autre chose que rouspéter et te plaindre ? Incroyable.
– Parce que c'est la seule facette que tu as montrée, ces derniers mois.
Elle roula de nouveau des yeux
– Idiots.
BIEN QU'UNE SALLE D'EAU était disponible au rez-de-chaussée, Lily avait toujours préféré utiliser la salle de bain du premier étage attenante au petit salon, car l'un des robinets faisait couler une eau savonneuse et parfumée à la vanille dont elle ne se lassait pas. C'est donc tout naturellement qu'elle s'y rendit pour se laver les mains après le déjeuner. En passant devant le salon, dont la porte était entrouverte, son regard fut attiré par le bazar inhabituel qui y régnait.
Curieuse, elle ouvrit la porte, et découvrit que la pièce était encombrée par une vingtaine de tableaux. Certains étaient déjà enveloppés, et d'autres flottaient dans les airs. Ils étaient tous différents, mais semblaient avoir le même thème, un village perdu dans la forêt dont les maisons étaient faites de briques roses et les toits en ardoise. Lily remarqua qu'une maison en particulier revenait sur plusieurs tableaux sous différents angles.
Elinor avait du talent, c'était indéniable. Les détails étaient soignés, le coup de pinceau agréable, et l'ensemble conférait une étrange sensation d'apaisement. Le tableau était tellement joli, tellement agréable à regarder, qu'on pouvait les regarder pendant des heures.
Lily sursauta en se rendant compte qu'elle était observée, et se tourna vers la porte, où Elinor la regardait en effet depuis le seuil.
– C'est… très joli, dit-elle pour briser la glace en désignant les tableaux.
Elinor eut un petit sourire.
– Merci.
Elle s'approcha de Lily, et se mit à fixer son tableau d'un air soucieux.
– J'en sélectionne quelques-uns pour un vernissage à venir.
– Oh. OK. C'est très joli.
– Je sais.
– C'est un paysage que vous avez inventé ?
– Pas du tout. C'est le village où j'ai grandis. Il y règne une ambiance particulière, j'ai rarement vu un endroit aussi joli au monde.
Lily se retint à grand mal de froncer les sourcils, et regarda de nouveau les paysages. Elle s'était pourtant rendu dans le village où Elinor avait grandis, et ces paysages ne ressemblaient en rien à Shortbourne…
Puis elle se souvint que Herbert lui avait dit connaitre Elinor depuis l'enfance. Lily possédait des biographies du couturier, et était certaine qu'il n'avait pas grandi à Shortbourne, mais plus au nord…
– Et vous la peignez de tête ?
Elinor sourit.
– J'ai une mémoire particulière. Je n'oublie jamais quelque chose que j'ai déjà vu. C'est un peu comme si mes yeux prenaient constamment en photo ce que je voyais, et que ma mémoire n'en n'oublie aucun détail.
– C'est impressionnant…
– Et très utile, croyez-moi.
Lily regarda de nouveau les tableaux. C'était... bizarre. Elle avait besoin de vérifier. De savoir. De connaitre Elinor pour mieux la comprendre.
Lily se mit à réfléchir. Elle avait l'impression que les deux côtés de son cerveau se disputaient, ce qui résultait en un affreux mal de tête. James valait-il la peine qu'elle se batte pour lui ? Elle n'était même pas certaine de savoir comment. Elle ne s'était jamais vraiment battue pour personne, pas même pour elle-même. Mais James… James était différent. Quelque chose qu'elle voulait, qu'elle avait toujours voulu, qu'elle voudrait toujours, et pas à moitié, bien qu'une partie d'elle était de plus en plus tentée d'accepter l'arrangement qu'il proposait juste pour avoir l'occasion de s'épanouir dans ses bras, juste pour faire fuir cette immense tristesse qui l'habitait.
Après tout, lui murmurait Tentatrice Lily, c'était elle qu'il aimait. Il avait été très clair sur le fait qu'Elinor et lui s'associaient par convenance, pas par amour. C'était avec elle qu'il voulait être, qu'il serait s'il le pouvait. Mais, et quoi qu'il voulait dire par là, il ne pouvait pas.
Cela aurait été bien plus aisé de passer à autre chose, s'il n'avait pas employé ce mot, qui laissait place à tant de doute.
Il lui avait dit l'aimer, s'était mis à nu. Elle n'avait pas imaginé le tremblement de sa voix, ni l'incertitude dans ses yeux, ni la peur dans ses baisers. Il l'aimait, c'était certain, mais ne pouvait pas être avec elle…
Lily se fit une liste mentale de ce qu'elle savait de leur relation.
Ils s'étaient rencontrés à Noël dernier, et s'étaient fiancés très rapidement. D'après Dorcas, James n'était même pas totalement remis de sa rupture avec Emily Love et déjà il se fiançait avec une femme qu'il venait de rencontrer ? Pourquoi prendre tant à sa charge, alors qu'elle était une inconnue pour lui.
Elinor était de toute évidence déjà enceinte à ce moment-là. Mais de qui ? Son ex-mari ? Et si oui, pourquoi le cacherait-elle ? Quoique… Lily avait lu que leur divorce avait été difficile. Et si ce n'était pas Mr Callender… qui ?
James l'épousait pour cacher son honteux secret, si peu digne d'une Lady. Mais Lily avait l'impression qu'il y avait plus encore dans l'histoire, que s'il se montrait si protecteur, si lié, c'était parce que le secret était plus lourd qu'une simple affaire de batifolage.
Leur histoire était compliquée. Mais s'il était facile de voir le bénéfice que tirait Elinor de leur relation – avec du recul, Lily se rendait compte qu'elle avait dû être vraiment terrorisée pour la menacer de la sorte –, quel était le bien recherché par James ?
Mais James ne comptait pas finir sa vie avec elle. Il voulait être avec Lily. Il avait dit qu'il ne pouvait pas être avec elle, pas maintenant. Pas maintenant. Comme s'il avait besoin de régler des choses avant d'accéder à sa requête, des choses qu'il ne pourrait accomplir qu'en étant en compagnie d'Elinor. Qu'en étant en compagnie d'Elinor…
Elle ne savait pas grand-chose, en somme. James parlait rarement d'Elinor quand ils étaient ensemble, pour ainsi dire jamais. Et Elinor ne disait jamais rien au sujet de James non plus. Quoi qui les liait, ils se montraient extrêmement prudents. Lily était probablement l'une des rares personnes à savoir que leur mariage était faux, et James le lui avait dit parce qu'il cherchait une ouverture, qu'il ne voulait pas qu'elle se ferme totalement à l'idée d'eux deux ensemble. Hmm, voilà donc l'un de ses points faibles.
Elle avait besoin de mieux connaitre leur relation, de mieux connaitre James, de mieux connaitre Elinor pour savoir s'il valait la peine qu'elle se batte pour lui, s'il y avait un espoir pour leur relation autre que la dégradante position de maîtresse.
S'il y avait le moindre espoir pour James et elle, elle la saisirait.
Elle prit congés d'Elinor, redescendit les marches en vitesse, avant de rejoindre les garçons qui l'attendaient dans la bibliothèque
– Ah bah te voilà, grommela Sirius. J'étais en train de réfléchir à…
– Excusez-moi, coupa Lily. Il faut que j'aille. J'ai besoin d'une heure pour… faire quelque chose. Mais attendez-moi, s'il vous plait. Continuez à réfléchir en mon absence.
– Eh, Evans ! Où est-ce que tu vas ?
– Quelque part. C'est vraiment urgent.
– Et qu'est-ce qu'on est censés faire, en t'attendant ? interrogea Remus.
Elle agita sa baguette, et la liste des exigences d'Elinor apparut.
– Miss Elinor veut des statues en glace dansant la macaréna, et des dragons. Trouvez-moi une solution.
Elle rejoignit chez elle en un temps record, et mit la main sur un livre consacré à Herbert Laiguillette. En parcourant la biographie de ce dernier, elle trouva l'information recherchée : son village d'origine.
Verveine.
« Féerique » fut le seul adjectif qui lui vint à l'esprit pour qualifier ce beau village perdu au cœur d'une magnifique forêt. Les arbres étaient majestueux, la fleurs variées et nombreuses, les animaux fréquents, et ils couraient de toit en toit en un éclair. Les maisons étaient quasiment toutes d'un jolie rose, certaines surmontées d'un toit en chaume, d'autres recouvertes d'ardoises. Les habitants vêtus de tenues chatoyantes. Mais le plus frappant était un agréable mais déconcertant parfum mêlé à l'air, que Lily ne parvint pas à identifier.
Il ne fallait pas être un génie pour comprendre ce qui inspirait le style excentrique d'Herbert Laiguillette, et si Ellie avait vraiment grandi icii, elle devait être tout aussi sensible à l'aura du village. Lily ne put s'empêcher d'être envahie par un lot d'idées fraîches pour le mariage, plus en concordance avec les goûts d'Herbert et d'Elinor, qui lui donnèrent envie de retravailler tout le projet une fois de plus. Le mariage n'était plus que dans deux semaines, mais elle sentait qu'elle avait compris quelque chose sur Elinor, que c'était un risque à prendre et que ça en vaudrait la peine.
Le village était majoritairement habité par des sorciers, contrairement à Shortbourne. Les habitants recevaient régulièrement des touristes, et déduisirent automatiquement de sa présence qu'elle était une fan d'Herbert, le trésor chéri du village, et qu'en tant que tel elle était venue visiter les terres d'origine.
Lily décida de jouer le jeu afin de pouvoir déambuler sans attirer l'attention.
L'intérêt qu'elle porta à la maison d'enfance d'Herbert Laiguillette dura exactement trois secondes, car son attention fut rapidement attirée par une autre demeure plus bas dans la rue. C'était l'air stupéfait que Lily s'avança vers cette maison avec l'impression de pénétrer dans le tableau d'Elinor encore en train de sécher dans l'atelier. Cette dernière avait parfaitement résumé l'étonnante capacité de sa mémoire : photographique. Car cette maison était strictement identique à celle peinte par Ellie, jusqu'au moindre petit détail. Les couleurs, les fleurs, les pierres, la rose des vents plantée sur la boîte aux lettres, l'arbre aux fines branches qui s'élevait au milieu d'un parterre de fleurs, la maison aux briques roses aux volets blancs d'une éclatante propreté… Au vu de la justesse du rendu des couleurs, des formes et de la lumière, Lily était certaine qu'Elinor avait également dessiné le nombre exact de tuiles grises recouvrant le toit.
C'était assez impressionnant.
Elle s'approcha presque timidement de la maison, délimitée par une clôture blanche, à la recherche d'indices. La bâtisse semblait entretenue et habitée, bien que déserte à ce moment précis. Elle n'osa pas franchir la porte, mais remarqua l'écriteau « Mr & Mrs Kanan » sur la boîte aux lettres. Qui étaient les Kanan ? Quel était leur lien avec Elinor ? Et pourquoi donc Elinor peignait-elle cette maison ?
Ce n'était même pas la plus jolie de la rue, et encore moins du village. En fait, elle était même très modeste, loin des goûts de luxe de la fiancée, de ce que Lily avait pu constater, loin du style gothique, imposant et majestueux de la maison des Bell à Shortbourne. Maintenant qu'elle y repensait, elle avait passé en revue les catalogues des expositions passées d'Elinor et jamais cette dernière n'avait peint Shortbourne Mansion ou une maison. C'étaient surtout des paysages fleuris. Des paysages de Verveine.
Verveine avait clairement une place particulière pour Elinor. Maintenant qu'elle y pensait, la fiancée avait réagi très positivement aux créations d'Herbert, et il ne fallait pas être un génie pour comprendre que le jeune couturier trouvait également son inspiration dans l'atmosphère féerique de ce village perdu dans la forêt. Ce que Lily ne comprenait pas en revanche, était que si Elinor avait grandis à Shortbourne, comment pouvait-elle être aussi familière avec cette maison, ce village, et Herbert ?
Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas que depuis le premier étage de la maison d'en face, une paire d'yeux gris l'observait, et tentait de comprendre pourquoi cette mystérieuse inconnue lui semblait si familière.
LILY TAMBOURINA à la porte de Dorcas jusqu'à ce que cette dernière lui ouvre la porte.
– Lily ? s'étonna-t-elle. Qu'est-ce que… ?
– Il faut que j'utilise tes toilettes, coupa-t-elle en s'engouffrant dans la maison.
Elle fonça dans les toilettes et s'y enferma, afin de pouvoir consulter les magazines que Dorcas y entassait. Le classeur que lui avait fabriqué cette dernière, et qui compilait tous les articles sur Elinor, avait en effet disparu dans l'incendie. Lily passa en revue tous les articles, à la recherche du moindre indice.
Dorcas vint frapper à la porte un quart d'heure plus tard.
– Est-ce que tout va bien, là-dedans ?
– Impec, assura Lily.
– Est-ce que tu as besoin de… d'une potion pour t'aider ? Est-ce que tu es constipée, de nouveau ?
Lily poussa un grognement, et ouvrit la porte.
– Je ne suis pas constipée, dit-elle patiemment, les joues rouges.
– Qu'est-ce que tu fais ?
– Je cherche des infos. Je n'ai plus celles que tu m'as données sur Elinor Bell.
Dorcas s'assit par terre pour se mettre à sa hauteur.
– Est-ce que tu cherches quelque chose en particulier ? Peut-être que je peux t'aider.
Lily hésita, avant de se souvenir de ce que lui avait dit James. Pour certaines choses, elle devait accepter de demander et recevoir de l'aide.
– Est-ce que le village de Verveine te dit quelque chose ?
Dorcas pâlit.
– Où est-ce que tu as entendu ce nom ?
Elle semblait soudain en proie à une vive angoisse.
– Pourquoi est-ce que tu as l'air aussi inquiète ?
– Je… je ne suis pas sur la défensive, mentit lamentablement Dorcas . Parait que c'est super dangereux. Plein de gangs de… gobelins, de vampires et de… euh, lutins sanguinaires.
Lily la regarda avec un brin de pitié. La pauvre Dorcas, incapable de mentir correctement, semblait en proie à la panique.
– Je suis allée y faire un tour, tout à l'heure. C'était charmant.
– TU AS FAIT QUOI ?!
Lily leva un sourcil.
– Donc j'en déduis que tu connais Verveine.
Dorcas se retroussa les lèvres.
– Je… je ne peux pas en parler.
– Dans ce cas, je vais continuer mes recherches toute seule, dit Lily sur un ton faussement navré en se replongeant dans ses magazines.
– C'est du chantage !
– Crache ce que tu sais, ou j'y retourne ce soir à minuit, grommela la rousse sans lever les yeux.
Dorcas semblait en proie à une hésitation, mais décida finalement de faire confiance à son amie.
– Bien, grommela-t-elle avec mauvaise humeur. Mais est-ce qu'on pourrait en discuter ailleurs que dans les toilettes ?
Lily la suivit dans la cuisine, où elles s'installèrent. Dorcas était très pale lorsqu'elle reprit la parole :
– Ce que je vais te dire doit rester entre nous. C'est strictement confidentiel. Andréa aurait des problèmes, si cela se savait qu'il y avait des fuites dans son enquête, mais pas seulement. Ce pourrait être dangereux pour lui, et par extension, pour moi.
– Bien sûr, assura Lily d'un ton grave.
– Et je ne t'en parle uniquement pour que tu n'attires pas l'attention sur toi en essayant de satisfaire ta curiosité, c'est compris ?
Lily acquiesça.
– Je t'ai dit il y a quelques temps que l'équipe d'Andréa est depuis quelques mois sur cette enquête un peu délicate.
– Oui. C'est pour ça qu'il est très rarement à la maison, en ce moment.
– Exactement. En fait… il enquête sur les parents de ta cliente, Elinor Bell.
– Il enquête sur les Bell ?
Dorcas acquiesça, l'air grave.
– Il enquête sur les meurtres dont tu me parlais ? Les seize victimes ?
– Oui. L'une d'elle était originaire de Verveine. Elle s'appelait Tara Kanan. Et… elle est aussi la mère de Miss Bell. La vraie mère, précisa-t-elle devant l'air confus de Lily. La Mrs Bell actuelle n'est que sa belle-mère, la je-ne-sais-plus-combientième épouse.
– Et… comment est-ce que Mr Bell l'aurait tuée ?
– C'est ce qui fait la complexité de cette affaire. On ne retrouve jamais aucun cadavre. Les gens se contentent de… disparaitre étrangement. Celui de Tara Kanan est le seul qui ait été retrouvé, car il avait été tout simplement enterré à Verveine. Ils l'ont exhumé brièvement au début de l'enquête, il y a deux ans. Et après autopsie, il s'avère qu'elle n'est pas morte de maladie, comme annoncé sur le rapport du Guérisseur ayant constaté le décès. Elle a été assassinée.
Lily pâlit.
– Assassinée comment ? Empoisonnée ?
Mais Dorcas secoua fermement la tête.
– Tu n'as pas besoin d'en savoir plus.
– Dorcas…
– Lily, tout ceci est confidentiel. Le meurtre de Tara Kanan n'est que la partie visible d'un iceberg. Je t'en parle afin que tu ne poses pas les mauvaises questions aux mauvaises personnes. Ça pourrait t'être fatal.
Lily se mordit la lèvre.
– Est-ce que tu penses que Miss Bell sait comment que la mort de sa mère est suspecte ?
– Je ne sais pas.
Dorcas se prit la tête dans les mains, comme si elle regrettait d'avoir informé son amie, de l'avoir mêlée à cette folie.
– Mais méfies-toi d'elle. Méfies-toi de tout le monde.
LILY RETOURNA AU MANOIR POTTER juste avant le coucher du soleil. Les garçons s'étaient réunis à l'extérieur, et mettaient la table pour accueillir le somptueux diner préparé par Peter, qu'il faisait léviter depuis la cuisine. En effet, en l'absence de Betsy, qui s'était rendu à Bath pour préparer leur arrivée en amont, ils devaient se débrouiller seuls.
Les garçons avaient pris leur travail très au sérieux, et lui présentèrent un travail qui lui fit oublier toute fatigue, toute lassitude et toute interrogation. Pour faciliter le travail, ils avaient fait une maquette en trois dimension du parc, précise et animée, qui laissa Lily bouche bée. La beauté des détails faisait paraitre ses propres maquettes comme du travail d'amateur.
– C'est de la magie vraiment très impressionnante, dit-elle finalement.
Ils feignirent assez pitoyablement la modestie.
– Je comptais n'avoir recours à vous que pour me masser les pieds quand je serai fatiguée, mais peut-être bien que vous me serez vraiment utiles, finalement, dit-elle sur un ton pensif.
Puis, sans prêter attention à leurs regards indignés, elle demanda :
– Et vous avez d'autres merveilles à me proposer ?
– On s'est concentrés sur les deux points les plus difficiles, expliqua Remus. De toute évidence, des statues de glace en plein été et des dragons sont respectivement mission impossible et dangereuse. James et Elinor ont proposé de les retirer, mais on l'a pris comme un défi. Voilà ce qu'on a à te proposer pour les statues de glaces…
Sirius agita sa baguette, et une petite figurine représentant Elinor dansant la macaréna se matérialisa sur la table.
– C'est en réalité du cristal, auquel on a donné l'apparence de la glace, expliqua Peter. C'est beaucoup plus simple de maintenir un sortilège d'illusion qu'un sortilège de refroidissement pendant des heures.
– Très ingénieux, approuva Lily, clairement impressionnée.
– Et pour les dragons, on avait pensé à ça.
Sirius, Remus et Peter levèrent leur baguette, et des étincelles de couleurs différentes s'élevèrent dans le ciel à présent noir et explosèrent en feux d'artifices en forme de dragons, qui ondulèrent élégamment dans le ciel.
– C'est… parfait, murmura Lily. Vous êtes des génies !
Elle leur administra chacun un gros bisou, qui les laissa un peu rougissant.
LILY OUVRIT DE GRANDS YEUX.
– Tu as un tatouage ? répéta-t-elle sur un ton surexcité.
Les garçons l'avaient convaincue de rester diner avec eux, que Peter avait préparé en l'absence de Betsy et ils avaient décidé de déguster le dessert au bord du lac malgré la petite fraicheur du soir. Lily était emmitouflée dans le gilet trop large pour elle de Remus.
Peter acquiesça, visiblement fier de lui.
– J'ai toujours voulu un tatouage ! gémit Lily, à présent jalouse. Est-ce que ça fait mal ? Je peux le voir ?
– Tu peux, mais je ne suis pas certain que tu le veuilles, intervint Remus. Crois-moi, un peu de mystère dans la vie ne fait pas de mal.
L'excitation de Lily retomba aussitôt.
– OK, je ne veux pas en savoir plus, dit-elle précipitamment. Septième chose bizarre chez toi ?
Peter sourit.
– Je sais dégrafer un soutien-gorge du regard.
Lily leva un sourcil, clairement dubitative, mais avant qu'elle n'ait pu émettre le moindre son, son soutien-gorge claque soudain contre la peau de son dos et elle sursauta. Peter afficha un air goguenard.
– Incroyable, murmura-t-elle. Pervers, mais incroyable. Il faut que tu m'apprennes ça.
Ils lui jetèrent tous un regard étrange.
– Euh, bref, dit-elle en se grattant la tête.
– Oui, bref, reprit Remus en éloignant subtilement son siège. À toi Lily. Sept choses qu'on aurait jamais soupçonnés chez toi.
– Hmm. Voyons voir, marmonna-t-elle en se frottant le menton. Ah ! Je peux réciter tous les chiffres après la virgule de Pi. Je les connais par cœur ?
– Pi ? répéta Peter, confus.
– Rouette, cacahuète, répondit Remus sur un ton extrêmement sérieux.
Peter cligna des yeux, perdu.
– Et ça sert à quoi, de connaitre tous ces chiffres ? s'enquit Sirius.
– Absolument à rien, dit fièrement Lily.
– C'est bien ce que je me disais, commenta-t-il.
Elle leva un sourcil, piquée.
– Et toi ? Le fait que tu saches écrire ton nom dans la neige en attaché avec ton zizi, ça sert à quoi ?
– Absolument à rien.
– C'est bien ce que je me disais.
Sirius sourit.
– Continues. Deuxième fait passionnant ?
– Je sais changer le moteur d'une voiture.
– Sérieusement ?
– Mon père était mécano. Il m'apprenait des tas de choses, et il m'a légué une super caisse que j'ai fini de retaper au début du printemps.
– T'as une voiture ? Tu sais conduire ?
– Bien sûr, tu me prends pour qui ?
– Une fille. C'est pas censé savoir conduire, une fille.
Elle lui fit un bras d'honneur.
– Tu sais vraiment réparer une voiture ou tu dis simplement pour m'impressionner ou me faire sentir minable ?
– Je n'ai aucune envie de t'impressionner. En revanche, je suis ravie que tu te sentes émasculé.
– Est-ce que ça te dérangerait de jeter un coup d'œil à ma moto ?
– Tu as une moto ? Tu sais conduire ?
– Bien sûr ! Tu me prends pour qui ?
– Un sorcier. C'est pas censé savoir conduire, un sorcier.
Sirius lui fit un bras d'honneur.
– Euh, Sirius, elle n'a pas tort, intervint Remus.
– Je sais. J'avais juste envie de lui faire un doigt. Dis, Evans, depuis un moment il y a un problème avec le moteur de ma moto, il fait un bruit bizarre. Tu crois que tu pourrais m'aider à trouver ce qui cloche ?
– OK, je viendrai lui jeter un coup d'œil à notre retour de Bath.
– Surtout pas ! s'exclama Sirius. Je veux partir avec, parait que c'est super efficace pour attirer les nanas. Tu ne pourrais pas venir demain ?
Lily roula des yeux, mais acquiesça.
– OK. Demain.
– Sinon, troisième truc insoupçonnable chez toi ? demanda Peter.
– Je sais parler en rotant.
Silence.
– C'est vraiment dégueulasse, et je ne veux pas de démonstration, déclara Remus. Quatrième ?
– Je sais siffler comme un bonhomme.
Elle mit deux doigts dans sa bouche, et laissa échapper un sifflement puissant.
– Pas mal, admit Sirius. Cinquième ?
– Je suis imbattable au bras de fer.
Evidemment, ils ne la crurent pas sur parole, et évidemment, ils se sentirent tous émasculés lorsqu'elle leur mit une raclée. Lily éclata d'un rire tonitruant digne d'un pirate lorsque Remus laissa échapper un pet en essayant de la battre.
– Juste avant que tu continues ta liste, grommela-t-il en regagnant son siège, humilié, tandis qu'elle essuyait des larmes de rires. Je sais que tu as des seins…
– De très beaux seins, commenta Sirius en passant.
– …mais est-ce qu'il y aurait ne serait-ce qu'une once de féminité dans ton corps ? Genre un truc mignon qui nous ferait nous sentir moins minable ? T'as pas un truc sexy, pour changer ?
Lily roula des yeux.
– Macho. Au passage, Sirius, je me demande ce qui arriverait si tu passais une journée sans prononcer le mot sein.
– J'ai déjà essayé. C'était horrible.
Il frissonna.
– Comment ça ?
– Les trois premières heures, ça allait, mais au bout de la quatrième heure, j'ai eu des convulsions, suis tombé dans les pommes, et parait que ma salive moussait.
Lily rit.
– Je… Bref. En parlant de seins, j'ai un piercing sur l'un de mes tétons.
Ce que James avait semblait avoir énormément apprécié d'ailleurs. Mon Dieu, ce n'était que le matin même qu'ils avaient failli faire l'amour ? Cela lui semblait déjà une éternité. Comme s'il pensait à la même chose, James se tourna vers lui, et ils échangèrent un bref regard.
Sirius siffla.
– Je ne croirais cette info qu'en la voyant de mes propres yeux.
Remus et Peter approuvèrent. Lily leur adressa un doigt d'honneur.
– Va falloir me croire sur parole.
– On aura essayé, soupira Peter avec regret.
– Septième ?
– Je ne sais pas faire de clin d'œil.
– Purée, Evans, t'es bizarre !
L'ambiance joviale et légère de la soirée semblait promettre un excellent weekend. Lily s'était sentie immédiatement adoptée dans leur petit groupe, dont les membres la taquinaient comme s'ils s'étaient toujours connus. Sirius et elle se défiait et se chamaillaient sur tous les sujets, Remus avait rapidement déclaré qu'elle était sa meilleure amie lorsqu'elle pleura de rire à sa blague de la Dame qui Pique, et même Peter se montra au fil de la soirée assez détendu en sa présence pour lui avouer pourquoi il avait lui aussi le bras bandé (il s'était déboîté l'épaule en glissant sur une crotte de chien.)
James, en revanche, était beaucoup moins vivant que d'habitude. Il semblait ailleurs pendant tout le repas, riant machinalement aux blagues aux lieu de les lancer comme d'habitude. Fort heureusement, le nombre inhabituel de convives rendaient la table si vivante que sa léthargie passa en grande partie inaperçue.
Inquiète, Lily profita du moment où il se rendit à l'intérieur chercher des ravitaillements pour l'accompagner vers la maison, sous prétexte de vouloir se rendre aux toilettes.
– Tout va bien ?
Il sourit, mais son sourire semblait forcé.
– Hm. Et toi ?
Elle haussa les épaules.
– Disons que ça a été une très longue journée. Je... J'ai entendu pour ton concours, ajouta-t-elle en recalant une mèche derrière l'oreille. Je suis désolée. Je me sens vraiment coupable.
– Ne t'en fais pas pour ça, assura-t-il, l'air parfaitement indifférent.
Lily lui jeta un regard surpris mais il ne semblait pas dire cela simplement pour la rassurer.
– L'essentiel, c'est que tu sois en bonne santé.
– Oui, je suppose.
Il ne trahissait aucune émotion, comme si le fait de ne plus pouvoir devenir Médicomage était le cadet de ses soucis. Le front de Lily se rida. Quelque chose n'allait pas, dans le comportement de James.
– Tu as l'air très… serein à ce sujet, fit-elle remarquer.
– Serein ?
– Je ne sais pas. Je m'attendais à te trouver déçu, bouleversé ou en colère. Pas… indifférent.
Il se passa les mains dans les cheveux.
– Ce n'est qu'un travail.
– Mais… c'est ta vocation ! C'est ce que tu aimes faire, non ?
Il haussa les épaules.
– Il y a des choses bien plus importantes.
Il y avait définitivement quelque chose qui clochait. Son attitude détachée ne semblait feinte.
– Donc, ce n'est pas ce qui te déprime ?
– Je ne suis pas déprimé.
– Tu n'as pas l'air dans ton assiette.
Elle eut l'étrange sentiment qu'il souhaitait dire quelque chose, mais se retint au dernier moment. Il haussa une nouvelle fois les épaules.
– C'était une longue journée pour moi aussi.
Ils se séparèrent dans le hall. Il descendit dans les cuisines, tandis qu'elle montait les escaliers afin d'utiliser la salle de bain du premier étage. Lily était perplexe : pourquoi était-il dans cet état ? S'était-il passé quelque chose d'autre, qui avaient fini de rendre cette journée cauchemardesque pour lui ? Elle sentait que ce n'était ni leur « rupture », ni son échec aux examens qui le mettaient dans cet état. Il était triste, profondément triste, et elle ne savait pas pourquoi.
Les autres Maraudeurs savaient peut-être quelque chose… si elle avait remarqué son état, alors cela n'était probablement pas passé inaperçu aux yeux de ses amis les plus proches. Peut-être qu'elle pourrait interroger Sirius, quand elle passerait chez lui le lendemain….
La sonnette de la porte retentit au moment où elle sortait de la salle de bain, au premier étage. Seuls les visiteurs occasionnels passaient par l'entrée officielle et non la cheminée, protégée par des enchantements, et Lily se demanda vaguement qui pouvait venir à cette heure-ci. Curieuse, elle s'approcha discrètement de la rambarde du palier, depuis lequel elle vit James revenir des cuisines avec un air aussi intrigué que le sien.
Il ouvrit la porte, puis resta inédit quelques secondes devant sa visiteuse.
– Emily ?
Lily rata un battement de cœur.
Emily. La fameuse Emily.
– Salut, répondit une voix qui ne devrait être utilisée que pour les doublages de films érotiques scandinaves. Hum… je peux entrer ?
– Bien sûr, s'empressa d'assurer James.
Il acquiesça, et s'écarta pour la laisser passer. Lily remarqua qu'il mit un soin particulier à refermer la porte, comme s'il espérait autant qu'il redoutait qu'elle ne serait plus là lorsqu'il se retournerait. Mais Emily était là, bien qu'un peu nerveuse, en le regardant avec appréhension.
– J'arrive peut-être à un mauvais moment ? s'inquiéta-t-elle.
– Non, non, s'empressa-t-il de répondre. Enfin… Sirius, Peter et Remus sont là. Mais tu peux rester.
– Je ne pense pas qu'ils seraient ravis de me revoir, fit-elle remarquer sur un ton sarcastique, et James ne prit pas la peine de démentir.
Elle était tout aussi jolie qu'en photo. Bien plus jolie. Une poupée parfaite, sans le moindre défaut, vêtue d'une robe de sorcière. Lily ressentit un pincement en voyant ses cheveux d'un magnifique blond vénitien, noués en un chignon dont la taille laisser en deviner la longueur.
Emily, donc.
Elle comprenait mieux. Elle comprenait mieux pourquoi James était resté longtemps avec elle. Il aimait les jolies filles, elle était magnifique. Si Elinor lui tenait certainement tête en terme de beauté, Lily ne faisait clairement pas le poids. Et vu comment James la regardait, elle ne doutait pas qu'il pensait la même chose.
« Ils sont restés quatre ans ensemble. Passaient leur temps à casser et à recoller les morceaux. Lors de la dernière rupture d'il y a sept mois, tout le monde s'attendait à ce qu'ils se remettent ensemble, mais il a étonné tout le monde en se fiançant avec Bell. C'est leur plus longue séparation, mais ça ne m'étonnerait pas qu'ils finissent par se mettre ensemble un jour. Elinor Bell ou non. »
Mais il lui avait dit l'aimer…
Tu ne vois pas qu'il joue avec toi ?
Il le lui avait dit le matin même…
Alors pourquoi est-ce qu'il paraissait si affecté par la présence d'Emily ?
Cette dernière se cala une mèche derrière l'oreille.
– J'avais besoin de te parler, poursuivit-elle d'une voix chevrotante. Mais je peux revenir un autre jour.
James la retint aussitôt par le bras.
– Non, reste, dit-il sur un ton presque paniqué. Je veux dire… de quoi veux-tu me parler ?
Elle se mit à trembler. James était à présent alerte, et scrutait son beau visage avec inquiétude.
– Ems, qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il.
Elle se mit à sangloter, et se réfugia dans ses bras. Lily se raidit, recula jusqu'à rencontrer le mur, comme repoussée par le niveau d'intimité de la scène, mais elle pouvait tout de même les voir.
– Hey, murmura James d'une voix catastrophée en la serrant contre lui. Ne pleure pas. Tu sais très bien que j'ai horreur de ça.
Emily lui rendit son étreinte, sans cesser de pleurer.
Il était très difficile de savoir si c'était elle qui le consolait, ou lui qui la rassurait.
James était si grand, ou Emily si petite, qu'elle lui arrivait à peine au menton. Cela ne l'empêcha de lui caresser le dos, de l'embrasser dans les cheveux, de lui murmurer des choses rassurantes. De la consoler comme il avait consolé Lily le matin même.
Ou peut-être était-ce Lily qu'il consolait comme il avait l'habitude de consoler Emily ?
Elle a quelque chose, c'est indéniable… Quelque chose de cette fille là… Ah oui : Emily.
Et Lily se sentit envahie par une jalousie sans borne qui lui dévora les entrailles.
LILY N'ATTENDIT PAS le retour de James, qui s'était ensuite éclipsé dehors avec son ex, pour prendre congés des autres Maraudeurs. Elle ne sut jamais comment elle parvint à conserver un semblant de bonne humeur, à répondre à leurs taquineries avec le sourire, à ne pas de départir de son sourire malgré la frustration qui la consumait.
Elle attendit sagement de se retrouver seule dans son appartement pour laisser libre cours à sa jalousie.
Elle détestait ce sentiment d'insécurité, cette impression qu'elle allait exploser, ce malaise qui nourrissait toutes ses insécurités.
James, et Emily.
Emily et James.
Enlacés.
Comme il l'avait enlacée elle le matin même dans cet appartement.
Comment pouvait-il toucher une fille après lui avoir dit ce qu'il lui avait dit ? Comment pouvait-il se laisser toucher par cette fille en particulier après lui avoir dit ce qu'il lui avait dit ? Les regarder serrés l'un contre l'autre avait inspiré du dégout chez Lily. Elle s'était sentie comme un voyeur.
S'ils avaient encore ce niveau d'intimité, leur histoire était-elle réellement terminée ?
Elle pensait d'ailleurs que James la détestait, au vu de ce qu'elle avait entendu sur leur relation. Passionnelle, mais chaotique. Et la rupture, dévastatrice. Tout le monde s'accordait à dire que leur couple avait été terrible, que James avait fini le cœur en miette et qu'Emily était dépourvue de cœur. Lily en avait déduit qu'ils se haïssaient. Mais elle s'était rendue chez lui quand elle avait besoin de soutien, et James l'avait accueillie, et consolée, sans hésiter.
Visiblement, il y avait encore un lien entre eux, et un lien fort.
Ça la rendait folle. Elle savait qu'elle ne devait pas être jalouse, mais elle l'était. Cette douloureuse inquiétude la dévorait. Elle n'ignorait pas manquer de confiance en elle, de souffrir d'un grand sentiment de constante insécurité émotionnelle, et ces côtés négatifs de sa personnalité se nourrissaient de son émoi.
Elle se changea et se mit au lit, mais, malgré la grande fatigue qui l'habitait, se montra incapable de fermer l'œil. Elle voulait juste dormir – il s'était tant passé en une semaine, tant déroulé en une journée, mais les mêmes images ne cessaient de la hanter.
James. Emily. Enlacés.
James, posant sa veste sur les épaules d'Emily car elle semblait transie de froid.
James, entrainant son ex Dieu savait où.
Est-ce qu'ils parlaient ? S'embrassaient ?
Non, il n'oserait pas dire qu'il aimait l'une le matin et embrasser l'autre le soir, quand même.
Oui, mais elle était vraiment super jolie, cette Emily. Ressemblait à une putain de poupée parfaite.
Oh, pourquoi Marlène n'était pas là afin qu'elles puissent médire de cette Emily en mangeant des glaces ?
Lily tenta de remplacer ce souvenir par d'autres, et se détendit dans un premier temps… James, qui l'embrassait, qui la touchait… la sensation de sa peau contre la sienne, son dos, son cou, ses cheveux… James qui lui….
Elle rouvrit précipitamment les yeux.
Mauvaise idée. C'était pire. Elle avait besoin d'une douche froide, maintenant.
Tu es celle que je veux… tu es celle que j'aime…
Peut-être que Nathan avait raison, qu'il ne faisait que s'amuser avec elle, et que maintenant qu'elle avait été très claire sur le fait que rien ne se passerait entre eux, il passait à autre chose. Déjà.
Mais il lui avait dit qu'il l'aimait… Un peu trop vite, non ? Cela ne faisait que six mois qu'ils étaient à nouveau dans la vie l'un de l'autre, après tout. Et au début, James avait été clair que ce n'était que du sexe qu'il voulait d'elle. Peut-être que toute cette déclaration n'était que sa dernière carte pour la mettre dans son lit, un cruel stratagème pour lui faire changer d'avis ? Après tout, il y était presque parvenu.
Puis elle se remémora leur matinée...
Non. Il était sincère. C'était peut-être un peu trop de remettre en question la sincérité de tout ce qu'il avait dit ou fait. Elle n'avait pas imaginé leur complicité, l'attraction inexorable entre eux, leurs points communs, leurs fous rires. Et puis, lui donner à organiser son mariage, lui faire croire qu'il l'aimait, juste pour coucher avec elle ? Non, James n'était pas aussi cruel.
Oui… mais dans le passé, il avait démontré en être parfaitement capable. Lily, occupée à se réjouir qu'il ne sorte plus avec untelle, n'avait jamais prêté attention à la manière dont il passait d'une relation à une autre. En mentant, en trompant, en jouant, en jetant comme si la fille n'avait aucune valeur. Et les journaux d'avant ses fiançailles avec Elinor avaient montré qu'il se comportait encore de la même manière – ses frasques avaient fait les beaux jours de Sorcière-Hebdo, Papotin et Rumeurs.
Après ses fiançailles, il avait disparu des radars, mais Lily doutait qu'il se soit brusquement assagit. Il lui avait dit plusieurs fois qu'il ne se passait absolument rien entre sa fiancée et lui au niveau sexuel, et elle le croyait, mais doutait fort qu'il soit devenu abstinent pour autant. Elinor l'avait de toute évidence contraint à se montrer plus discret, mais sans parvenir à lui faire renoncer à son vice, les jolies femmes, au vu de la liberté qu'il avait prise à la courtiser dès leur première rencontre au bar.
Tu es devenue une très belle femme, dis donc. Très, très jolie…
Lily se mit à faire les cent pas. Sincère ? Pas sincère ? Que penser ? Elle ne savait plus…
Tout ce qu'elle savait, c'est qu'il se trouvait actuellement avec cette (super) jolie femme qui avait tant compté pour lui.
Elle alluma cigarette sur cigarette dans l'espoir de retrouver son calme, en vain. La jalousie, l'incertitude, et d'autre sentiments tout aussi peu glorieux la rongeaient. Elle se sentit complètement déstabilisée par leur étreinte.
Complètement menacée par Emily.
ELLIE RELEVA LA TETE, et lui adressa le sourire le plus large qu'elle n'ait jamais fait. Et probablement le plus sincère, également.
– C'est parfait, dit-elle simplement.
Lily relâcha un souffle dont elle n'avait pas eu conscience de retenir jusque-là. La blonde avait observé son travail pendant si longtemps, qu'elle ne s'était pas attendue à une réponse positive. Elle avait même redouté pendant un instant qu'Ellie hèle Tom, qui s'était isolé dans le jardin pour lire en attendant l'arrivée de Mrs Robin, qu'il devait exceptionnellement assister pour le cours d'accouchement sans douleur, afin qu'il vienne lui tordre le coup pour la punir de lui avoir présenté une énormité.
Mais Elinor adorait.
Lily avait beau l'avoir espéré, elle n'en revenait pas.
– Vous… vraiment ? Vous êtes sûre ? ne put-elle s'empêcher de demander.
– C'est parfait, assura Ellie, une once d'émerveillement dans la voix. C'est exactement ce que je voulais. On dirait que vous êtes entrés dans ma tête. C'est… C'est fou, mais j'ai l'impression que vous êtes rentrés dans un de mes rêves.
– C'est vraiment bien, approuva Heidi. T'as fait ça en une nuit ?
– Oui, c'est pour ça que j'ai une tête de cadavre fraichement déterré.
En effet, les cernes soulignant ses yeux étaient larges, ses pupilles dilatées, et elle ne devait son éveil qu'au tonneau de café qu'elle avait bu avant de venir.
– Trop forte, Lily-Flower.
Lily ne put s'empêcher de sourire largement. A défaut de pouvoir dormir, elle avait travaillé d'arrache-pied toute la nuit pour refaire le projet de mariage. Et son travail, son travail, purifié des idées de Nathan pour couronner le tout, était « parfait ». Elle avait du talent. Elle avait réussi à rendre Elinor à court de mots. Elle se sentait fière.
Et avec l'aide secourable des maraudeurs, elle était confiante que le mariage serait un succès.
Son sourire s'affaissa lorsque James entra dans la pièce en baillant, comme si lui non plus n'avait pas beaucoup dormi. Il adressa un petit signe de la main à Lily en prenant place autour de la table, mais cette dernière se montra incapable de croiser son regard. Elle était encore gênée par ses pensées peu catholiques, par les flashs de leur étreinte qui venaient régulièrement troubler sa quiétude, mais nota tout de même qu'il paraissait nettement moins triste que la veille.
Etait-ce grâce à Emily ? Qu'avaient-ils fait, la veille ? Où étaient-ils allés ?
Stop, Lily. Concentres-toi sur le travail.
Elle avait passé la nuit à se torturer l'esprit, et ne demandait rien de plus que la paix, à présent. Ainsi qu'un bon lit. Elle comptait passer voir Sirius juste après, puis faire sa valise et dormir jusqu'au moment du départ.
Au moins, à Bath, Emily ne serait pas là.
Aaaaaargh, mais LA FERME, LILY !
Mais James, si. Seul. Et probablement en maillot de bain.
Hm-mm, ça, c'était intéressant… fait chaud d'un coup…
– Vous m'écoutez, Lily ?
Elle sursauta. Elinor la regardait avec impatience.
– Désolée, j'étais ailleurs…
Les trois femmes se remirent à discuter du projet. James, lui, était plongé dans son journal, et ne se mêla pas à la conversation, bien qu'il jetait de fréquents coups d'œil à la maquette. Lily comprit rapidement que ce n'était pas par manque d'intérêt, mais plutôt parce qu'il était en froid avec Ellie, et même Heidi. Ou plutôt que ces dernières étaient en froid avec lui. Elles semblaient se retenir de lui donner des coups de fourchettes, et lui jetaient des regards assassins à donner la diarrhée.
Lily comprit pourquoi, lorsque la sonnette retentit, que James s'éclipsa cinq minutes, et revint avec une Emily apparemment aussi mal en point que la veille. Vêtue d'une robe courte et moulante, perchée sur de haut talons, et affichant un air si triste qu'on aurait pu croire qu'elle portait toute la misère du monde sur son dos.
Lily se raidit. Ellie et Heidi échangèrent un coup d'œil, puis quelques mots en danois sur un ton courroucé, avant de se tourner vers James, l'air de lui demander si la présence était d'Emily était l'idée qu'il se faisait d'une plaisanterie.
– Je vais accompagner Ems quelque part, ce matin, pour régler une urgence, annonça-t-il sur un ton d'excuse.
Lily eut l'impression qu'il demandait d'une certaine manière la permission à Ellie. Cette dernière se pinça les lèvres, mais ne répondit pas. Visiblement, la situation lui déplaisait, bien qu'elle manifestait son mécontentement de manière passive. Elle se contenta de reprendre le parchemin qu'elle noircissait avant l'arrivée de Lily, et se remit à la tâche. Heidi se recala dans son siège, et observa James et Emily sans un mot. Son air affable avait totalement déserté son visage.
– Bonjour tout le monde, lança timidement Emily.
Par « tout le monde », elle faisait de toute évidence référence à Ellie et Heidi, étant donné la manière dont elle ignora totalement Lily, qui fut pourtant la seule à lui répondre. Elinor fit mine de ne pas l'avoir entendu, et Heidi se contenta de la regarder froidement. James se passa les mains dans les cheveux, visiblement mal à l'aise dans cette ambiance de guerre froide.
– Je ne suis pas la bienvenue, soupira Emily avec tristesse.
– Vraiment ? Qu'est-ce qui te faire dire ça ? railla Elinor sans même lever les yeux.
– Ellie, s'il te plait, intervint James. T'avais promis de faire un effort.
– J'en fais un, se défendit la fiancée. Ça fait quinze secondes qu'elle est là, et je n'ai toujours pas demandé à Tom de noyer sa tête dans une cuvette de toilettes. Et crois-moi, ce n'est pas l'envie qui manque.
– Ellie !
Mais il semblait un peu amusé, ce qui n'échappa pas à Emily, qui se rembrunit.
Lily quant à elle se retint de froncer les sourcils. Midi était dans quatre heures. Que comptait-il faire pendant quatre longues heures avec son ex ?
Elle n'aimait pas ça. Du tout.
James se tourna vers son ex-petite-amie :
– Ems, tu veux bien m'attendre dans le jardin ? Je vais prendre une rapide douche, et je suis là dans cinq minutes.
– Est-ce que je peux attendre ici, plutôt ? s'enquit-elle.
Elle jeta un coup d'œil nerveux à Tom. James se gratta la tête, puis soupira.
– OK. Mais pas de bêtise.
– Tu me connais.
– Justement. Soyez sages, les filles, ajouta-t-il à l'adresse de toutes.
A peine eut-il refermé la porte qu'Emily abandonna son masque malheureux pour une expression de pure pétasserie. Elle se redressa, rejeta ses cheveux en arrière, et revêtit son habituel air méprisant.
– Ce n'est pas très poli de ne pas répondre à des salutations, dit-elle.
– Tu ne mérites pas que je t'adresse la parole, répliqua Ellie, toujours sans lever les yeux.
– Pourquoi es-tu si méchante avec moi ?
– Parce que je ne t'aime pas.
– Je ne t'ai jamais rien fait.
– Parce que je ne suis pas assez stupide pour te laisser la moindre marge de manœuvre pour m'atteindre.
– T'es paranoïaque, je ne te veux aucun mal.
– En revanche, la réciproque n'est pas vrai.
Emily haussa les épaules, puis se mit à parcourir la pièce en caressant du bout des doigts la multitude de petits bibelots qui la décoraient. Elle passa devant Lily comme s'il s'agissait d'un pan de mur.
– Tu ne demandes pas pourquoi je suis là, ni ce que je veux ? demanda-t-elle.
– Non, car ça ne m'intéresse pas. Maintenant, fermes-la, tu me déconcentre.
Emily plissa les paupières.
– J'essaie d'être sympa avec toi. Je suis certaine qu'on pourrait être d'excellentes amies. Tu ne peux pas en faire de même ?
– Non.
Emily soupira.
– Ça ne m'étonne pas, que tu ne veuilles pas être mon amie. J'ai toujours remarqué que les grosses étaient encore plus désagréables avec moi que les autres, commenta-t-elle avec condescendance. Mais ça ne sert à rien de me jalouser, tu sais ?
– Il n'y a rien à jalouser dans le cure dent qui te sert de corps.
– Au moins, je ne suis pas une baleine. Ta graisse dépasse de chaque côté de la chaise. C'est écœurant.
Lily plissa les yeux, incrédule. Une fois de plus, Elinor l'ignora, mais jeta un discret coup d'œil dans sa cuillère en argent afin de se rassurer sur son apparence.
– Sérieusement, tu t'es vachement laissé aller quand même, poursuivit Emily avec une fausse inquiétude. T'as pris au moins deux fois plus de poids que moi quand j'étais enceinte de Sasha.
– Peut-être parce que je vais avoir deux fois plus d'enfants, et que j'ai besoin de prendre du poids pour qu'ils puissent se développer correctement ?
– D'après qui ?
– La science et la médecine.
Emily roula des yeux, comme si tout cela n'était que balivernes, et continua à parcourir la pièce.
– Quand j'ai appris que tu étais enceinte de James, j'ai fait deux vœux : que ta grossesse soit avortée ou que tu deviennes une ogresse grosse et laide.
Lily en resta bouche bée, les yeux de Heidi flamboyèrent, mais Elinor laissa échapper un long bâillement.
– Excuses-moi. Je ne baille que lorsque je suis fascinée par ce que j'entends.
Emily, loin d'être perturbée, se mit sur la pointe des pieds afin d'accéder au miroir au-dessus de la cheminée, et appliqua avec soin son rouge à lèvres. Sa robe était si courte que Lily était certaine d'avoir aperçu sa culotte une ou deux fois.
– Visiblement, l'un de mes vœux s'est réalisé. Pas celui que j'espérais, mais je ne me plains pas du résultat. Mais je continue à croiser les doigts pour mon deuxième vœu.
Ellie soupira.
– Emily, chérie, tu vois cette plante, là, derrière toi ?
– Oui.
– Vous avez le même quotient intellectuel, et je suis certaine qu'avec un peu d'efforts vous pourriez avoir d'autres points communs. Prends notamment exemple sur le fait qu'elle ne vole rien, ne bouge pas, et surtout, reste muette.
Emily parut mécontente. Heidi esquissa un faible sourire pendant quelques secondes. Son visage d'ordinaire jovial était contracte en une expression très dure dont Emily semblait parfaitement imperméable.
– Lily, reprit Elinor d'une voix bien plus aimable, j'ai oublié de vous dire qu'Herbert voudrait que nous fassions les premiers essayages cet après-midi.
– Bien sûr, dit cette dernière en saisissant son agenda. Vers quelle heure ?
– Il vient pour déjeuner, alors tâchez d'être là vers quatorze heures.
– Est-ce que nous pourrions plutôt nous voir vers quinze heures ? Je devais voir Mr de la Naranja juste après déjeuner.
Dans le reflet du miroir, les yeux d'Emily suivirent les mouvements de Lily pendant quelques instants, remarquant son existence pour la première fois.
– Si vous êtes à Londres, profitez-en pour faire un saut sur le Chemin de Traverse. Miss Orlargent souhaite apparemment me faire don d'une jolie collection de pierres précieuses afin de se faire pardonner son récent manque de professionnalisme, et je compte sur vous pour présélectionner les meilleures de sa boutique.
– Bien sûr. Naturellement, je tâcherai de trouver les plus chères les plus jolies, ajouta Lily.
Ellie lui rendit son sourire.
– Naturellement.
– Oh, maintenant que j'y pense, je voulais également vous demander votre avis sur…
– James compte m'aider à monter un dossier pour récupérer Sasha, l'interrompit Emily.
Heidi était restée jusque-là silencieuse et déterminée à ne pas adresser la parole à la peste, mais la simple évocation de Sasha avait suffi à lui faire renoncer à ses vœux de silence.
– Excuses-moi ?
Elle se leva sans même s'en rendre compte. Emily, qui détestait pas dessus-tout ne pas être le centre de l'attention générale, sourit largement, visiblement très satisfaite d'avoir déclenché une réaction chez quelqu'un.
– J'attaque Sam en justice, pour obtenir le droit de voir mon bébé.
– Tu as renoncé à tes droits.
Emily haussa les épaules.
– J'ai changé d'avis.
– Pourquoi veux-tu infliger ta présence à ce pauvre garçon ?
– Ce « pauvre garçon » est mon fils, fit-elle remarquer.
– Que tu n'as pas hésité à abandonner.
– A t'abandonner. Ta mémoire devient subitement sélective, alors que j'essayais simplement de faire de ton rêve une réalité.
– Oh, arrête de faire comme si tu avais agi par altruisme, s'agaça Heidi. T'en voulais pas de ce gamin, et t'avais tout juste assez de morale pour ne pas le jeter dans le premier orphelinat venu.
Emily feignit d'être blessée par l'accès de colère de la brune.
– T'exagère, je ne suis pas si horrible. J'ai un cœur.
– Continue à te raconter ce mensonge, que tu n'entendras d'ailleurs sortir de la bouche de personne d'autre si ce n'est la tienne.
– J'ai fait ce que je pensais être le mieux pour tout le monde.
– Non, tu as fait ce que tu pensais être le mieux pour toi.
Emily haussa les épaules de nouveau.
– Ce qui était le mieux pour moi était également le mieux pour Sam et toi, et pour Sasha, je ne sais pas pourquoi tu en fais tout un fromage, râla-t-elle. Et j'avoue que je n'étais pas prête à avoir un gosse. J'étais pas prête à être mère, à l'époque, mais je m'y suis attachée, à ce gamin.
– Dont tu ne connais même pas le deuxième prénom, fit remarquer Elinor.
– Et alors ? Ça ne change pas le fait que je l'aime et que je veux le voir plus régulièrement, se défendit Emily, imperturbable.
Elinor ne put s'empêcher de ricaner.
– C'est James que tu veux voir plus régulièrement. Tu n'utilises ton fils que pour attirer son attention.
– Dixit la nana qui a fait exprès de tomber enceinte pour le piéger auprès d'elle, répliqua Emily. Tu sais très bien que sans ta grossesse, il t'aurait jetée pour moi depuis longtemps.
– Je n'ai pas piégé James, répliqua la blonde. S'il est à mes côtés, c'est parce qu'il en a envie. Il est libre de me quitter.
– Justement, j'entends bien le lui rappeler, dit Emily. Je veux mon fils, et si James veut m'aider à le récupérer, et qu'il se rappelle à quel point on était bien ensemble au passage et qu'il veut réessayer, alors tant mieux.
– Je suppose que tu n'as pas dit à James que la raison pour laquelle Sam ne veut pas que tu aies la garde de Sasha est parce que tu lui as donné des cacahuètes alors qu'il y est mortellement allergique ? s'enquit froidement Heidi.
Une fois de plus, Lily afficha un air choqué, mais Emily ne parut pas embarrassée le moins du monde. Elle prit place sur le canapé, fit apparaitre une bouteille de vernis, dont le pinceau vint de lui-même appliquer de lui-même une couleur rouge assortie à sa robe sur ses superbes mains.
– J'ai fait une erreur, dit-elle au bout d'une minute, comme si elle venait seulement de se souvenir qu'elles se trouvaient au milieu d'une conversation. Ça arrive, non ?
– Non. Pas quand on ne donne pas des morceaux de pains recouverts de beurre de cacahuète à un nourrisson.
– C'était une erreur.
– Il aurait pu mourir.
– Oui, mais il n'est pas mort. C'est pas inné, d'être parent.
Elle leva les yeux, et regarda Heidi, qui s'était raidie, avec une fausse expression de compassion.
– Tu le saurais, si tu avais un gosse, ajouta-t-elle avec condescendance. Mais tu n'en as pas.
Il y eut un petit silence.
Le visage de Heidi devint totalement inexpressif, ce que Lily trouve pour une étrange raison bien plus effrayant que lorsqu'elle avait une expression meurtrière. Elinor leva la tête. Son regard croisa celui d'Emily, se posa vers Heidi, qui était raide comme un nem congelé, avant de revenir vers Emily.
Et c'est là que Lily la revit. Cette ressemblance glaçante avec Mr Bell, dont l'aura malfaisante se faisait sentir même à travers des photos.
– Ou alors tu présentes des excuses, ou alors je m'assure que Tom vienne te trouver cette nuit avec une hache et un sac poubelle, déclara Ellie sans émotion.
Ce n'était pas une menace, ni même une promesse. C'était un constat, un simple fait. Emily leva un sourcil, et la défia du regard.
– Que l'on soit bien clair, Bell. Je n'ai peur ni de toi, ni de ton serviteur.
– Ça, c'est uniquement parce que tu es stupide. Ou que tu n'as jamais vu de près ses mains.
Sentant qu'Elinor n'avait pas l'air de plaisanter, Emily jeta un bref regard vers Tom, avant de soupirer profondément.
– Je suis désolée, Dee-Dee.
Elle agita les mains, pour faire sécher son vernis. Heidi ne parut pas convaincue par son air plus ennuyé que coupable, et eut un rictus méprisant.
– Non, tu ne l'es pas.
– Si, je le suis.
– T'es vraiment une pétasse.
Emily admira le résultat final de sa manucure avec contentement.
– On est amies, Dee-Dee, reprit-elle en faisant disparaître le flacon de vernis. On ne devrait pas se dire des choses qui fâchent, ou se planter les choses dans le dos. Il faut qu'on fasse table rase du passé, qu'on aille vers l'avant. En souvenir du bon vieux temps. On était de si bonnes amies. J'ai merdé avec Sam, je l'admets, mais en dehors de ça j'ai toujours été là pour toi. Notre amitié me manque.
– On n'est pas amies. On ne le sera jamais plus.
– Heidi, ne dit pas ça. Nous serons toujours amies, toujours dans le cœur l'une de l'autre. Ta croisade doit prendre fin, insista Emily sur un ton sans réplique. Je pense que je t'ai assez laissé te venger. Ce n'est pas sain. On peut surmonter ça, si on s'en donne la peine.
– Mais tu n'en vaux pas la peine, fit remarquer Elinor.
Emily l'ignora.
– Penses à tout ce qu'on a traversé ensemble, ajouta-t-elle avec douceur. Une amitié comme la nôtre, c'est rare. Ce qui s'est passé avec Sam était un accident.
– C'en était pas un. Le jour où tu auras tout perdu, est le jour où ma croisade prendra fin.
Emily haussa les épaules.
– T'es mignonne, Dee-Dee, mais je ne vais pas rester ici indéfiniment à attendre que tu passes à autre chose. Tu sais que ce n'est pas mon genre et que je m'impatiente vite. Et je ne veux pas qu'on se déchire plus. Je veux qu'on redevienne comme des sœurs, comme avant.
– Mais t'es vraiment sur une autre planète, si tu penses qu'il y a une chance qu'on se réconcilie ! Je ne te le pardonnerai jamais.
Emily eut l'air déçue.
– C'est ton dernier mot ?
– Non. Mon dernier mot sera « haha » une fois que j'en aurais fini avec toi, et qu'il ne te restera même pas de quoi t'acheter des faux ongles.
– Bonne chance.
– Je n'en aurais pas besoin, assura Heidi. T'as déjà tout perdu. Tu ne le sais pas encore, c'est tout.
Emily soupira profondément, comme si cette dispute la lassait.
– Heidi, Heidi, Heidi… Si seulement tu pouvais te rendre compte à quel point tes chances de réussites sont ridicules. Tu sais mieux que quiconque que je gagne toujours.
– Emily, Emily, Emily… Si seulement tu pouvais voir le nombre de coups d'avance que j'ai sur toi cette fois.
Emily afficha un air de pitié profonde.
– Tu penses vraiment avoir une longueur d'avance sur moi ? Saches que les quelques batailles que tu as gagnées, c'est en fait moi qui t'ai laissé jouer avec des miettes. J'avais besoin de détourner ton attention pendant que mon cas était examiné par le Comité. Maintenant que c'est fait, je vais récupérer ce qui m'appartient. Et tu n'y peux absolument rien.
Heidi ricana, puis porta la main derrière l'oreille.
– Pourtant, tu entends ?
– Non, dit Emily en fronçant les sourcils.
– C'est le karma. Il arrive, il est en route pour te botter ton gros cul.
Emily leva un sourcil.
– Karma est mon meilleur ami depuis des années, chérie.
– Oui, et comme tous tes amis, il semble qu'il a fini par te quitter lui aussi. Ce sera très amusant de… comment tu dis déjà ? Te voir essayer de récupérer ce qui t'appartient.
– Oh, je vais faire un peu plus qu'essayer, assura Emily.
– Bonne chance, railla Heidi.
– Je n'en aurais pas besoin. Ça… » ajouta-t-elle en désignant son propre corps d'un geste vertical. « … ça n'a pas besoin de chance. Juste d'une robe courte et décolletée. T'as coincé James avec l'autre baleine au point qu'il se soit senti de l'épouser, mais en fait elle ne fait que garder ma place au chaud. Je suis certaine que c'est toi qui a détruit mon autographe d'Oscar de la Naranja, mais j'ai été personnellement invité par Esther de la Naranja à la soirée privée de son frère. Quant à mon début de saison, il est certainement catastrophique, mais je m'en fiche : j'intègre de Comité dans quelques semaines. La roue tourne, et elle tourne en ma faveur. Comme d'habitude.
Heidi sourit de nouveau.
– Ça va vraiment être amusant de te voir essayer d'échapper à l'inévitable. Je ne comptais que détruire la courte listes des choses dont tu as quelque chose à foutre en te laissant démunie pour que tu puisses au moins une fois te remettre en question, mais si jamais tu oses mêler Sasha à tes magouilles, c'est toi, que je vais détruire.
– Bonne chance, répéta Emily, clairement peu impressionnée.
Les deux femmes se défièrent du regard pendant ce qui sembla être une éternité.
Puis Heidi se tourna vers Ellie, et redevint la pétillante femme toujours de bonne humeur qu'on connaissait.
– Je dois aller m'entraîner pour le match de ce soir, annonça-t-elle en rangeant ses affaires. T'es certaine de ne pas pouvoir venir y assister ?
– Malheureusement, mentit Elinor. J'aurais bien aimé, mais je dîne chez mes parents. Et comme c'est le dernier week-end d'Al…
– Oh. Et toi, Lily-Flower, tu seras libre cette fois ?
– Euh, je ne pense pas, bafouilla cette dernière. J'ai, euh, poney.
Heidi eut l'air très déçue.
– Bon… On se voit demain, alors, hein ? Et toi, Ellie-Bellie, je suppose qu'on se voit à mon retour de Bath ?
– Je suppose oui. Pas de bêtises, hein ?
– Oh, c'est pas marrant, quand on ne fait pas de bêtises.
Elle se pencha pour faire un bisou à Elinor, adressa un clin d'œil à Lily, puis quitta la pièce en passant devant Emily comme si elle n'existait pas. Celle-ci soupira, puis consulta à nouveau le grand miroir pour remettre de l'ordre dans sa coiffure.
– Quand je prendrai place au Comité, ma première action sera de saboter sa carrière, déclara-t-elle sur un ton pensif. Pour de bon. C'est dommage, c'est une bonne joueuse. Mais je ne peux pas la laisser me parler comme ça. Elle a besoin d'une leçon.
– Si tu sièges au Comité, dit tranquillement Elinor.
Emily leva un sourcil, et se retourna lentement.
– Ma candidature a déjà été acceptée.
– Mais pas officialisée, fit remarquer la fiancée. Si, comme moi, tu avais lu le règlement, tu aurais su que tu ne deviens officiellement membre qu'après la cérémonie d'intégration officielle. C'est quand déjà ? Début octobre ? Tant, tant de choses pourraient arriver d'ici là.
– J'ai été élue à la majorité, chérie. Je ne risque rien. Les vieux cons du Comité sont tous dans ma poche. Aucun d'entre eux ne retirera son vite.
– Certes, mais je suis amies avec leurs femmes. Comment croient-tu qu'elles vont réagir en apprenant que tu fais des propositions indécentes à leurs époux ?
Emily fronça les sourcils, perplexe.
– Je n'ai jamais couché avec aucun d'eux.
– Vraiment ? feignit de s'étonner Elinor. Oh.
Elle posa la main sur sa poitrine, l'air faussement confuse, puis haussa les épaules et reprit avec un sourire narquois :
– Bon, eh bien j'espère qu'elles te croiront toi, la nana qui se promène en nuisette et qui a fait les beaux jours des journaux à scandales, plutôt que moi, un membre de l'Association de Défense des Valeurs Vraies et éditorialiste de Société Policée.
– T'as pas de preuves.
– J'ai pas besoin de preuves. J'ai besoin de rumeurs, et d'une réputation irréprochable.
Lily assista alors à une métamorphose digne de celles des sirènes du récit d'Ulysse. Tout à coup, la joliesse d'Emily disparut au profit d'une expression harpiesque si hargneuse que Lily redouta qu'elle ne se jette sur la femme enceinte afin d'en découdre à mains nues.
– T'as pas intérêt à faire ça.
– Ou sinon ?
– Tu ne sais pas de quoi je suis capable.
Elinor médita quelques secondes.
– Est-ce que je suis censée avoir peur ? demanda-t-elle poliment. Parce que mis à part du dégout, tu ne parviens pas à m'inspirer grand-chose.
– Ne te mêles pas de ce qui ne te regardes pas si tu ne veux pas entrer dans mon collimateur.
– Désolée, mais il faut bien que j'assure les arrières de ma copine. Elle a prévu cinq plans différents pour te faire tomber, mais on n'est jamais trop prudent. Le mien est simple, mais efficace. Mais tu as raison. Ce n'est pas de moi dont tu devrais avoir peur. Tu devrais avoir peur de Heidi, parce que ça fait un an qu'elle prépare sa vengeance, et crois-moi son assurance n'est pas feinte.
Emily la regarda froidement, mais ne répliqua rien.
– Oh, au fait : tu savais que le mari d'Esther l'a trompé avec une strip-teaseuse ? poursuivit Ellie. Depuis, elle les a en grippe. Je me demande si son invitation tiendra toujours lorsqu'elle saura ce que tu faisais avant de jouer aux Bavboules.
– Tu n'as pas de preuves. Il ne reste plus rien de cette époque.
– T'es certaine de ça ?
Emily pâlit.
– Quant à James, poursuivit Elinor, j'espère pouvoir assister au râteau qu'il va te mettre. Je sens qu'il sera monumental.
– James m'aimera toujours. T'es juste un bouche-trou pour garder ma place au chaud le temps qu'on se retrouve. Il sait qu'il ne trouvera jamais une femme comme moi.
– J'ai cru comprendre que c'était exactement ce qu'il espérait, répliqua Ellie avec un sourire goguenard.
– Il m'aime. Je suis son passé, son présent, et son avenir. Je n'ai qu'à claquer des doigts, pour que James me revienne.
Ellie eut un rire incrédule.
– J'adorerais voir ça.
Emily s'approcha d'elle, l'air menaçant, mais se ravisa en chemin quelles qu'étaient ses intentions en remarquant que Lily, qui se trouvait toujours à côté d'Elinor, la surplombait d'une bonne tête et demie quand cette dernière se leva.
– Il est à moi. Et est-ce que tu veux que je te dise un secret ?
Ellie haussa les épaules.
– On a passé la nuit ensemble, hier, James et moi. Oh, il y a deux jours aussi. Et c'était plus torride que jamais.
Lily écarquilla les yeux, et son cœur rata un battement.
Quoi ?
Quoi ?
Quoi ?
QUOI ?
Mais elle fut la seule à être choquée par la révélation d'Emily. Elinor leva un sourcil, l'air clairement peu impressionnée.
– Saches que James et moi n'avons aucun secret l'un pour l'autre. Il m'a déjà tout dit à propos de votre escapade, donc c'est raté, si tu cherches à me rendre jalouse. Et c'est gentil à toi de te dévouer pour qu'il ne perde pas la main, de garder ma place au chaud.
Avant qu'Emily ne puisse répliquer, la porte se rouvrit et James revint dans le salon.
La jeune femme adopta automatiquement son air de veuve éplorée avec une rapidité qui lui aurait valu dix oscars. C'était une excellente manipulatrice, une excellente menteuse, une horrible personne, et James n'y voyait que du feu. Son regard passa d'ailleurs de sa fiancée, qui était de tout évidence lassée de cette agaçante compagnie, à Lily, qui fixait un point dans le vide, encore sonnée par ce qu'elle venait d'entendre, à Emily, qui semblait à présent sur le point de pleurer.
– Qu'est-ce qui se passe ? s'enquit-il en fronçant les sourcils.
La lèvre d'Emily se mit à trembler, et elle se réfugia dans ses bras, soudain en larmes.
– Hey, Ems, qu'est-ce qu'il y a ?
– Elles… elles ont dit que je suis une mauvaise m-mère, sanglota-t-elle. Que je ne mérite pas de… de récupérer Sasha… que je suis un m-monstre...
James foudroya sa fiancée du regard, qui roula ostensiblement des yeux.
– Sérieusement, Ellie ?
– Quoi ? Tu sais très bien que c'est le cas !
– Elle a changé.
– Oui, oui, et le Père-Noël porte des strings.
James soupira, puis prit son ex dans ses bras. Ainsi enlacée, Emily lança un sourire mouillée à sa rivale, qui roula impatiemment des yeux avant de se lever et de rejoindre Tom à l'extérieur.
James se mit à tapoter le dos d'Emily.
– P-peut-être qu'elles ont raison, continua cette dernière. Je ne mérite pas d'être dans la vie de Sasha…
– Allons, Ems. Ne pleure pas. Tu sais très bien que j'ai horreur de ça. Et puis tu dois être présentable pour le juge. Ça s'apprend, d'être parent…
Il lui caressa tendrement le dos afin de la calmer, tout en continuant à la consoler avec de douces paroles.
Ce fut la goutte d'eau, pour Lily.
Leur intimité lui était insoutenable.
Lentement, consciente que l'attention de James s'était enfin rappelée à son bon souvenir, et que ses yeux noisettes suivaient ses mouvements avec anxiété, elle rassembla ses affaires. Ses mains tremblaient. De rage, de colère, de frustration…
Emily rendit son étreinte à James en l'enlaçant plus fort dans ses petits bras.
… et clairement de jalousie.
Quel crétin ! Quelle idiote, elle avait été de le croire ! Gnagnagna je t'aime, gnagnagna je ne veux que toi ! Et son cul, c'était du poulet, ouais ! Dès que son ex apparaissait, toutes ces belles paroles étaient remises en question.
En sortant, lorsqu'elle passa devant Emily et James, Lily s'autorisa à lui jeter un regard d'une dureté exceptionnelle, aussi méprisant qu'accusateur.
A cet instant précis, il l'avait tellement déçue qu'elle le détestait. Elle le détestait, elle le détestait, elle le détestait. Elle le détestait pour l'attention qu'il accordait à ce démon sans cœur. Elle le détestait pour avoir couché avec Emily. Elle le détestait de l'avoir rendue amoureuse de lui. Elle le détestait pour lui avoir dit qu'il l'aimait alors que de toute évidence ce n'était pas vrai.
Et par-dessus tout, elle le détestait pour être passé à autre chose aussi rapidement.
Bla bla de l'auteur :
J'aime bien le fait qu'Emily ne voit pas DU TOUT le danger venir du coté de Lily, elle l'a juste tellement ignorée hahaha ^^
Pas de grosse note cette fois-ci, mais la prochaine sera plus longue.
Sinon ? Je vous ai déjà dit que je vos aimais ? Ok, je vous aime. Sérieusement, MERCI pour votre gentillesse et vos encouragements !
J'ai preeeeesque fini de répondre aux reviews signées, j'aurais fini d'ici demain je crois !
RARS des anonymes ! (s'il y a des oublis, excusez moi!)
Merci à Chevalier du Cat !
C27 : aye aye sir ! Me voici donc au rapport hahaha :) merci ma poulette pour tes encouragements ! / J'étais super décontenancée au chapitre dernier, je me suis dit il doit être vraiment mauvais si tu n'avais pas commenté ! / trop contente que personne n'ait deviné pour Alex, ça me tient à cœur de continuer à vous surprendre. / James est bien entendu super triste de s'être fait « larguer » par Lily, mais en lisant ce chapitre on voit qu'elle commence à se dire qu'elle ferait mieux de s'en mêler elle-même si elle veut voir le fin mot de cette histoire un jour. L'info, c'est le pouvoir ! / je suis vraiment contente que tu aies aimé la partie centrée sur James et Lily, car je sais que tu attends ces moments tout particulièrement :). Je vais normalement garder un bon rythme (2 fois par mois, 3 peut-être) mais je n'ai plus de chapitres en réserves, donc il va falloir être patiente.
C25 : Naaah, James n'est pas amoureux de toutes les rousses. Et définitivement plus amoureux d'Emily. Mais… elle comptera toujours pour lui, et il prendra toujours soin d'elle, et c'est dur à expliquer pourquoi, mais je vais tacher de le faire petit à petit au cours de l'histoire. / James fait partie de ces personnes qui se consolent en fréquentant pleins de filles. Il a toujours pas compris que cette solution ne marche pas. J'espère pour lui que Lily ne va pas l'apprendre… comme tu le dis, si elle le savait, elle irait voir Felix. Et sinon, James plaisantait, quand il faisait des avances à Heidi, je te rassure. / James est vachement centré sur lui-même, mais il grandit petit à petit… la maturation, ça prend du temps, surtout quand on n'a pas l'habitude de se remettre en question ! / Dorcas est chouette, hein, même si intrusive parfois ! Elle ne comprend pas tout ce qui se passe, mais espère le bien de Lily par-dessus tout ! /
C24 : James n'a pas parlé à Lily du fait que Nathan l'ait cogné par fierté. Crois-moi, j'ai 3 frères et aucun d'eux n'aurait jamais perdu de bagarre… pff, les garçons ^^ ! Incapable de parler de défaites ! / Merci du fond du cœur pour tes jolis mots à chaque fois, tes reviews font parties de celles qui me donnent du courage quand j'ai juste envie de me cogner la tête contre un mur et arrêter d'écrire !
Merci à Xila !
C26 : « chapitre atomique ? » woaw, je suis trop contente !/ Entre Ellie et James c'est simple : il ne se passe rien de romantique. Ils ont commencé à collaborer en se rendant compte que qqn décime les enfants illégitimes de Mr Bell, puis se sont fiancés quand Ellie a appris qu'elle était enceinte. Elle y gagne une certaine sécurité (genre « papa, j'ai un gosse hors mariage mais mon mec est riche et de noble lignée donc ça passe »), et James ça lui permet de se rapprocher de cette mystérieuse famille. / C'est en effet fichu pour le concours de James, mais j'ai d'autres plans pour lui ;)
C25 : Non, Emily n'a pas du sang de Vélane ^^ elle est juste très jolie.
C24 : Bon ben tu avais tout deviné en ce qui concerne Nathan ! ^^
Reviewez, hein ! Parce que ça me motive à écrire plus vite :)
