Note de l'auteur :
Quel bonheur de vous retrouver :) Ce chapitre est très long (20 000 mots ^^), mais je ne voyais pas trop où couper pour le premier jour donc… voilà. Les deux autres jours sont bien plus courts que celui-là et tiendront dans un seul chapitre.
En revanche, mes plus sincères excuses: je suis toujours pas à jour pour les RARs, c'est désolant… Je me suis lancé pour défi de les finir avant minuit (oui, hahahahaha)
CHAPITRE 28 : Juste le Rock'n'roll, si tu veux bien (1/4) – Ø
l e
premier
jour
CE N'ETAIT PAS PARCE QU'ELLE avait encore sommeil, ou parce qu'elle avait des envies de grasse matinée, que Lily n'ouvrit pas les paupières immédiatement quand son réveil sonna à six heures comme chaque jour. C'était parce qu'elle ne voulait pas se confronter à la réalité du départ de James. Elle ne sentait plus son bras autour d'elle, ni son souffle dans son cou, ni sa peau contre la sienne, et c'était déjà une absence difficilement tolérable.
Il était parti, mais elle ne se sentait pas usée pour autant. Parce qu'ils n'avaient pas couché ensemble : ils avaient fait l'amour. L'acte n'était pas le même. Les acteurs n'étaient plus les mêmes.
Elle ne ressentait pas de regrets pour cette nuit. Pendant quelques heures, probablement les seuls qu'elle n'aurait jamais, James avait été sien. Elle l'avait embrassé jusqu'à plus soif. Ces cheveux qu'elle aimait tant, elle avait pu y perdre ses doigts autant qu'elle le voulait. Ces yeux qu'elle redoutait tant, elle avait pu s'y oublier sans rougir ni se sentir gênée. Et il l'avait serrée dans ses bras, fort contre lui. Ils avaient ri, elle avait pleuré, il l'avait consolée, elle s'était endormie dans ses bras. K, Il n'avait pas cessé de lui dire qu'il l'aimait, et si elle n'avait pas osé exprimer ses sentiments, il semblait l'avoir compris. Il semblait l'avoir saisi.
Juste pour ce soir.
Elle avait dit juste pour ce soir, mais comment pourrait-elle se contenter de cette nuit ? Comment pourrait-elle ne plus le vouloir ? Son désir, son cœur ne s'étaient pas rassasiés en dévorant le met qu'ils réclamaient depuis des mois. Ingrats, insatisfaits, exigeants ils en réclamaient plus. En dépit de sa propre volonté, elle ne pourrait plus se passer de lui.
Etait-elle condamnée à vivre avec ce creux dans la poitrine, maintenant, à la place du cœur qu'il avait dérobé ? Ce sentiment d'incomplétude ? Ce manque qui lui donnait envie de ne plus jamais quitter le dessous de sa couette. Elle sentait encore ses bras autour d'elle, et son odeur était encore présente dans les draps, et…
Lily entendit un grand bruit métallique en provenance du balcon.
Elle ouvrit immédiatement les paupières, repoussa sa couette, saisit sa baguette, et se tint prête à en découdre en moins de deux secondes avec le mystérieux intrus. Car elle était censée se trouver seule, puisque James était parti, non ? Il était parti, non ? Et s'il était encore là ? Non, ça faisait bien une demi-heure qu'elle était réveillée et elle n'avait rien entendu d'autre. Mais dans ce cas, qui était-ce ? Il était impossible que quelqu'un arrive de ce côté-là, on ne pouvait que partir depuis le balcon.
Le cœur battant, elle se dirigea vers l'origine du bruit sur la pointe des pieds. Mais en arrivant dans le salon, elle se rendit compte que l'inquiétant intrus n'était autre que James, et qu'il avait était recouvert du contenu bleuté de l'une des marmites qu'elle avait préparé la veille au matin et laissé reposer depuis.
Ils restèrent debout quelques instants à se regarder. Lui, bleu comme un schtroumpf et l'air coupable comme un enfant pris en flagrant délit de bêtise, et elle, partagée entre tant d'émotions, tiraillée par tant de questions et d'incertitudes, que son visage refléta la confusion la plus totale. Que faisait-il encore ici ? Pourquoi n'était-il pas parti ? Comptait-il partir ? Comptait-il rester ?
– Désolé de t'avoir réveillée, dit James en se grattant la tête. Je regardais le coucher du soleil, et je me suis pris les pieds dans le pas de la porte…
Lily acquiesça, leva sa baguette et le débarrassa d'un geste de la potion.
– Merci, dit-il en se grattant la tête.
Ils se fixèrent à nouveau pendant quelques temps. Cette fois, ce fut Lily qui brisa le silence, d'une voix rauque et enrouée témoignant de sa nervosité.
– Tu ferais mieux d'aller nettoyer les parties de ta peau touchées par la potion. Ça risque de rester bleu, si c'est trop longtemps en contact.
– Qu'est-ce que c'est ? s'alarma James.
– Un Philtre de paix.
James fronça légèrement les sourcils, puis se dirigea vers la salle de bain. Lily s'attela à nettoyer le balcon, et remit la marmite vide sur pied avec regret. Elle en aurait bien eu besoin, de cette potion, car elle n'était vraiment pas douée pour les sortilèges d'allégresse. Bien que très tentée de la réutiliser, elle n'était pas certaine que paraître pour la première fois devant Mr et Mrs Potter l'air droguée comme une junkie était une bonne idée, surtout si cette dernière avait hâte de la rencontrer. Elle ne pouvait s'empêcher de vouloir faire bonne impression.
Elle s'appuya sur la rambarde du balcon, et regarda le ciel s'éclaircir. Elle habitait depuis si longtemps dans cet appartement qu'elle s'était habituée à cette vue, pourtant très agréable. Elle comprenait pourquoi James avait ressenti l'envie de venir admirer l'horizon… où était-ce vraiment la raison pour laquelle il se trouvait sur le balcon ? Peut-être qu'il essayait de filer discrètement, et qu'il avait inventé cette excuse afin de se justifier ?
Mais non. Elle était réveillée depuis un bout de temps et n'avait rien entendu pendant peut-être une bonne demi-heure. Il aurait eu tout le loisir de déguerpir en cachette, s'il l'avait voulu.
A moins qu'il hésitait à le faire, et qu'il ait trébuché au moment où il avait pris sa décision ?
Oui, mais il aurait trébuché en revenant vers elle ou en s'en allant ?
Elle ne savait plus quoi penser.
– Hey, lança James en revenant.
Elle sentit son cœur s'emballer, mais s'efforça de paraitre neutre.
– Hey, répondit-elle.
Il s'approcha d'elle, et s'appuya également sur la barrière de sécurité, et pendant quelques minutes, ils profitèrent de la présence de l'un et de l'autre en silence.
– Je suis surprise de te voir ici, confessa-t-elle finalement en se passant les mains dans les cheveux. Je pensais… je pensais….
– Que je partirai sans te dire au-revoir ?
Elle acquiesça presque timidement. N'était-ce pas l'usage de ne pas s'attarder, quand on avait un coup d'un soir ?
– Je ne te ferai jamais ça, se défendit James, qui paraissait même légèrement outré qu'elle puisse penser ça de lui. Surtout que… enfin… tu te sens mieux ? Par rapport à hier ?
Ne pas s'attarder afin d'éviter les discussions gênantes le lendemain ?
Les joues de Lily se colorèrent par gêne.
– Désolée d'avoir pleuré. Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.
– Désolé de t'avoir fait pleurer, répliqua James. Et je n'étais pas mal à l'aise.
Elle sourit timidement. Il le lui rendit, toujours sans la quitter des yeux.
– Tu m'as déjà dit que tu détestais ça, fit-elle remarquer. Et que tu ne trouvais pas ça très séduisant.
– J'ai horreur de ça, admit-il, mais disons que tu m'as fait changer d'idée sur ce dernier point.
Le rougissement de Lily s'accentua. James leva la main et lui caressa familièrement les cheveux, un peu comme il l'avait fait la veille jusqu'à ce qu'elle s'endormisse, repoussant les courtes mèches derrières l'oreille pour dégager le visage. La gorge de la jeune femme s'assécha immédiatement. Il finit par se rendre compte de ce qu'il faisait, et retira promptement sa main.
– Désolé, murmura-t-il.
Elle ne répondit rien. Elle se sentait incapable de parler.
– Est-ce que je t'ai fait du mal ? reprit-il plus gravement.
– Hmm ?
– Hier. Est-ce que je t'ai fait du mal ?
Elle secoua la tête.
– Alors pourquoi ?
Il semblait torturé par une profonde culpabilité. Lily fit un geste vers lui, désireuse de balayer la peine et le sentiment de péché qui l'accablaient, mais s'interrompit au dernier moment. Elle pouvait supporter qu'il la touche. Mais si elle en faisait de même, elle craquerait. Elle se sentait comme une alcoolique dans une cave à vin : entourée de l'ultime tentation mais consciente que la moindre faiblesse serait fatale.
– Je n'ai pas pleuré à cause de quelque chose que tu as fait, déclara-t-elle après une courte pause. J'étais simplement très confuse, et très fatiguée, et…
Elle se tut, et son visage s'assombrit. Il y avait tellement de choses qui expliquaient que ses nerfs aient lâchés aussi brusquement. La fatigue, sans aucun doute, la confusion, certainement, mais aussi une poignante nostalgie qui l'avait gagnée avant même qu'il ne la quitte, car elle savait précisément que c'était éphémère et qu'il finirait par la quitter.
– Est-ce que tu veux que je m'en aille ? s'enquit James.
– Non, répondit-elle vivement. Enfin, je veux dire…
Elle se passa les mains dans les cheveux. Foutu tic nerveux qu'elle lui avait piqué au temps où ils trainaient ensemble.
– James… qu'est-ce que tu fais encore là ?
– Je voulais m'assurer que tu ne comptais pas partir à l'autre bout du monde pour me fuir. Je ne veux pas que tu partes, Lily.
Elle le sonda quelques instants avant de répondre.
– Je ne compte aller nulle part, dit-elle tranquillement. Même après hier soir. Du moins, pas tant que j'aurais des choses à faire ici.
– Pourtant, tu disais que si les choses devenaient trop difficiles…
Lily soupira.
– C'était un demi-mensonge, admit-elle. J'ai réellement envie de voyager, mais je ne peux pas partir avant ton mariage, ce ne serait pas professionnel. Je me suis engagée auprès de vous, et je compte aller jusqu'au bout. Une fois que tu seras marié à Elinor, plus rien ne me retiendra ici.
Ni lui, ni son mariage.
Elle inspira profondément, puis poursuivit :
– Hier soir…
– S'il te plait, coupa immédiatement James, ne me dis pas qu'il s'agissait d'une erreur.
Ils se regardèrent dans les yeux, droit dans les yeux, et le magnétisme régnant entre eux revint à la charge et se fit plus impérieux. Résister à l'envie de fondre l'un sur l'autre nécessitait un effort monstrueux.
– Ça n'aurait jamais dû arriver, mais ce n'était pas une erreur, répliqua-t-elle finalement. Hier était spécial pour moi.
Le visage de James adopta une expression qui était un mélange de contentement et de soulagement. Il fit un pas vers elle, mais Lily eut un geste de recul.
– Mais ça ne change rien entre nous. On est toujours au même point, dans le même cul de sac. Hier ne marquait pas le début d'une liaison, mais la fin de ce jeu de séduction entre nous. Pour moi, et j'espère pour toi aussi, c'était simplement une manière fort sympathique de se dire au-revoir.
– Hier était spécial pour moi aussi, dit-il.
Il parcourut les quelques centimètres qui les séparait. Cette fois, elle ne recula pas. Elle ne le repoussa pas non plus quand il la prit dans ses bras.
– Pas assez spécial pour que tu me choisisses, et pas assez spécial pour que j'accepte qu'on entame une liaison, murmura-t-elle. Peut-être qu'on est tout simplement pas destinés à être ensemble, et qu'on devrait se faire une raison…
James fondit sur elle et lui captura ses lèvres, et Lily ne se fit pas prier pour lui rendre son étreinte. Tous deux étaient incapables de résister plus longtemps au besoin qu'ils ressentaient à se toucher, à s'embrasser.
Elle se sentait soulagée, heureuse, sereine, amoureuse. Complète à nouveau.
Et pourtant, ce fut elle qui mit un terme à leur étreinte.
Ils se faisaient du mal, en prolongeant ce qui n'était supposé être qu'une exception. Ils se faisaient du mal, et même si une partie d'elle tempêtait que cela en valait la peine, l'idée de devoir faire son deuil une seconde fois était loin d'être tentante
– C'est pas une bonne idée, objecta-t-elle contre ses lèvres. Hier était supposé être une exception.
James laissa échapper un profond soupir, comme s'il redoutait autant qu'il s'attendait à ce qu'elle prononce cette phrase.
– Je sais, murmura-t-il simplement.
Il rouvrit les paupières, et ses yeux semblaient poser la grande question : « et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? »
Il tâcha de maintenir une expression la plus neutre possible, comme pour lui faire comprendre que c'était elle qui avait le dernier mot malgré le désir évident qu'il avait pour elle. Il voudrait ce qu'elle voudrait, et ferait ce qu'elle souhaitait.
Mais Lily se sentait aussi perdue que lui. Au fond, elle savait ce qu'ils devaient faire, mais n'avait pas de réponse à donner pour autant. Désactiver une bombe à trois secondes de la fin du compte à rebours aurait été moins stressant
– Hier était supposé être une exception, répéta-t-elle d'une voix tremblante.
Elle aurait tellement aimé qu'il approuve ses conclusions, afin qu'ils puissent passer le disque de leur tube de l'été, « Restons amis, mon amour », et tenter d'enterrer une fois encore leurs sentiments par des résolutions qu'ils savaient pertinemment ne pas pouvoir tenir longtemps.
– Alors je devrais m'en aller, conclut James.
Il ne sut jamais comment il parvint à masquer sa déception aussi efficacement. Elle ne se refléta ni dans sa voix, ni dans ses yeux. Simplement dans son cœur. Cependant, quand il voulut se détacher d'elle, Lily le surprit en l'embrassant avec fièvre. Elle ne savait pas ce qu'elle faisait. Elle n'arrivait simplement pas à le laisser partir.
James, pris de court dans un premier temps, lui rendit son étreinte avec autant d'ardeur.
Ce qui commença comme un baiser d'adieu se prolongea, devint de plus en plus sensuel, urgent, se propagea sur tout le corps, se mua en caresses et en touchers, et avant qu'ils n'aient eut le temps de réfléchir à quoi que ce soit, à la portée de leurs actions, ils se trouvaient à nouveau dans le lit de Lily, nus et impatients d'appartenir à l'autre une fois de plus.
James, qui ne semblait pouvoir se lasser de la bouche de son amante, s'interrompit quand un goût salé se mêla à leur baiser. Il rouvrit immédiatement les yeux.
– Tu pleures ! constata-t-il avec horreur en se redressant sur les coudes.
– Désolée, dit-elle en effaçant les larmes d'un geste.
– Pourquoi est-ce que tu t'excuses ? s'indigna-t-il.
– Je sais pas ! Je ne sais même pas pourquoi je pleure... Je suis désolée…
– Arrêtes de t'excuser ! intima-t-il.
Il la serra contre lui quand il vit qu'elle tremblait un peu, et elle se mordit la lèvre pour ne pas éclater en sanglots. Au bout d'une minute, elle sembla retrouver son calme.
– Lily, supplia James d'une voix inquiète. Je t'en prie, dis-moi ce qui se passe… Je ne supporte pas de te voir pleurer.
– Je suis juste… un peu émotive à cause de la situation. Mais ça va passer.
James paraissait cependant loin d'être rassuré.
– Est-ce que je t'ai fait mal ? Est-ce que tu veux qu'on arrête ?
– Non, non, au contraire ! s'exclama-t-elle précipitamment.
Elle lui prit le visage entre les mains.
– S'il te plait, ne t'arrête pas.
– Est-ce que tu pleures parce que tu sens que tu vas regretter par la suite !
– Non, assura-t-elle. Non. Je suis heureuse d'être avec toi. Je ne regretterai jamais de passer des moments avec toi.
Ils se regardèrent en silence quelques instants. Puis elle l'embrassa doucement, et il finit par se détendre à nouveau.
– La première fois est un accident, la seconde fois un choix.
– Et la troisième fois ? demanda-t-il d'une voix rauque.
Elle eut soudain l'air très triste, presque fataliste.
– Une addiction.
HEIDI FUT REVEILLEE par la sonnette de sa maison, que quelqu'un pressait de manière inattendue. Elle enfila sa robe de chambre rose bonbon par-dessus sa nuisette de dentelle noire, se glissa dans une paire de chaussons touffus, puis se traîna jusque l'entrée, où elle vérifia son apparence avant d'ouvrir la porte.
Si elle avait eu le réflexe d'identifier son visiteur par le judas, elle n'aurait certainement pas fait cette dernière action.
Emily se tenait sur son paillasson, vêtue de la même tenue que la veille, mais sa robe était froissée comme si elle s'était roulée par terre. Ses genoux étaient égratignés, son œil droit tuméfié, et elle se tenait une épaule en grimaçant.
Heidi leva un sourcil, clairement peu impressionnée.
– Joli déguisement, commenta-t-elle sur un ton appréciateur. Tu devrais boiter un petit peu tant que t'y es pour que tout soit parfait.
Emily lui jeta un regard furieux.
– Tu ne vois pas que je suis mal en point ? gémit-elle.
– Je vois surtout qu'il y a de la place pour le progrès, dit Heidi en la détaillant de haut en bas avec l'œil de l'expert. Chapeau pour l'œil au beurre noir, mais t'aurais dû accessoiriser un peu. Je peux te prêter une canne, si tu veux. Voire même te frapper avec, pour que ton jeu de comédie soit plus réaliste, ajouta-t-elle avec espoir.
Mais Emily ignora sa proposition.
– J'ai besoin de parler à James, dit-elle d'une voix faible.
Heidi haussa un sourcil.
– Et depuis quand est-ce qu'il est censé habiter chez moi ?
– Je sais qu'il est ici.
– Non, il n'y est pas.
– Je sais que tu mens, insista Emily, qui commençait à s'énerver. Il n'est ni chez lui, ni chez ses amis. Il est forcément ici.
Heidi trouva l'information diablement intéressante. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire mystérieux.
– C'est pas derrière moi qu'il a couru hier après t'avoir laissé en plan, mais derrière Lily-Flower. Pourquoi tu n'essaies pas chez elle ?
Emily pâlit, et se redressa sans mal. Soudain, elle ne semblait plus à l'article de la mort.
– T'es en train d'insinuer qu'il se tape cette morue ? s'indigna-t-elle.
Son ex ne s'intéressait qu'aux sublimes femmes. Si elle voulait bien admettre qu'Elinor et elle étaient dans la même ligue, cette Lily était d'une banalité si affligeante qu'Emily n'avait pu se résoudre à la considérer comme une menace malgré sa chevelure de feu. Elle n'était pas jolie, pas sexy, pas intéressante… que James lui témoigne de l'intérêt lui paraissait improbable et incompréhensible.
– Mais non, ils ont dû passer la nuit à jouer au Scrabble, railla Heidi.
– Où est-ce qu'elle habite ? siffla-t-elle avec rage.
Heidi hésita à lui donner l'adresse de Lily. L'immeuble était protégé contre les intrus dotés de pouvoirs magiques, et envoyer Emily se faire électrocuter par le champ de force invisible dressé depuis le quatrième étage était une idée très attrayante. Cependant, laisser Emily ruminer tout le week-end ses incertitudes l'était encore plus.
– Dans ton cul, au fond, à droite, rétorqua-t-elle. Essaie la première porte.
Emily commença à protester, mais Heidi lui claqua la porte au nez. La rousse sonna frénétiquement à la porte pendant quelques temps avant de se résigner.
Quant à Heidi, malgré le fait que sa journée ait commencé avec la vision de la personne qu'elle détestait le plus, elle jubilait. Ainsi, Lily et James auraient passé la nuit ensemble…. Intéressant. Elle n'avait plus sommeil, tout à coup. Son cerveau se mit à bouillonner et à estimer l'impact que l'étape qu'ils avaient passé aurait sur ses prévisions, mais fut interrompue dans ses planifications par la porte dont la sonnette retentit une seconde fois.
Cependant, à la grande surprise d'Heidi, ce n'était pas Emily qui était revenue à la charge. C'était…
– Jonny ? s'étonna-t-elle.
Son frère se tenait debout devant elle dans une robe de sorcier mauve, sa couleur préférée. Il ressemblait tant à sa sœur qu'on aurait pu les méprendre pour des jumeaux. Même paire de yeux bleus, même masse de cheveux bouclés, même absence de beauté compensée par un physique avantageux, même tendance à porter des couleurs criardes.
Heidi lui sauta dans les bras, et il l'enlaça avec fort contre lui.
– Salut, petite sœur, dit-il avec un sourire
– J'y crois pas, qu'est-ce que tu fais là ? s'écria-t-elle. Entre, entre !
Ils s'installèrent dans le salon, et elle entreprit de lui préparer une collation.
– Je suis trop contente de te voir ! Qu'est-ce que tu fais là ? Tu restes combien de temps ?
Jon avait apporté avec lui une valise conséquente.
– Je suis venu me réfugier chez toi, admit-il en retirant sa cape de voyage.
– Pourquoi ?
Il haussa les épaules.
– J'ai enfin rompu avec Angela, et les parents sont furieux.
– Bonne nouvelle ! s'exclama Heidi, avant de se raviser et d'adopter un air faussement navré. Enfin, je veux dire, je suis désolée que ça n'ait pas marché…
– Tu mens, coupa Jon en roulant des yeux.
Heidi éclata de rire, puis posa une tasse de thé devant lui.
– Comment est-ce qu'elle l'a pris ?
– Avec beaucoup de classe. Elle m'a dit que ça se voyait, que je ne m'étais pas remis d'Ellie et…
Il s'interrompit quand son regard tomba sur une photo récente de sa sœur et de son ex-femme bras dessus dessous. Ellie était encore plus belle que dans son souvenir.
– Alors, c'est quoi le plan ? reprit-il avec entrain en se frottant les mains. Par où on commence ?
Heidi le regarda de haut en bas et esquissa une grimace.
– Par raser cette moustache, je doute qu'elle soit au gout d'Elinor. Si tu veux qu'elle te tombe dans les bras, tu dois être impeccable.
LILY AVAIT LA TETE posée sur le torse de James, et écoutait les battements de son cœur s'apaiser et reprendre un rythme normal. Cela faisait dix minutes qu'ils s'enlaçaient en silence, chacun perdu dans ses pensées, chacun savourant la présence de l'autre. Il faisait courir ses doigts le long de la cuisse qu'elle avait faite passer autour de sa taille. Parfois, il poussait un soupir avant lui baiser les cheveux avec affection.
– Je suis bien avec toi, murmura-t-il finalement.
Sa voix était si lointaine qu'elle ne sut jamais vraiment s'il s'adressait à elle, ou se parlait à lui-même, et un grand sourire niais naquis sur ses lèvres.
– Je suppose qu'on est quittes, commenta-t-elle avec légèreté. Je peux arrêter de me sentir coupable.
– Hmm ?
Elle se releva sur un coude, et se mit à jouer avec son collier.
– Je t'ai séduite une fois, tu m'as séduit une fois…
Il eut un petit rire.
– T'as la mémoire courte.
– Comment ça ?
– Tu m'as séduite deux fois, corrigea-t-il. Hier, et jeudi aussi, bien que ce crétin de Smith nous ait interrompus.
– Ah oui, c'est vrai…
Leurs lèvres se rencontrèrent avec une extrême douceur.
– Mais comme je suis gentil et serviable, ça ne me dérange pas de recommencer pour égaliser les choses, proposa-t-il avec un sourire.
Elle leva les yeux au ciel, avant de soupirer tristement.
– Aussi tentant que ce soit…
– Je sais, ce n'est pas une bonne idée.
Ils échangèrent un long regard.
– Ça ne doit plus arriver, James, dit Lily. Je ne suis pas certaine de pouvoir le supporter. C'est trop dur. Toi et moi… ici… on est dans une illusion, un monde parallèle.
Il soupira à son tour.
– Il faut qu'on sorte de notre bulle et qu'on retourne dans le monde réel ? devina-t-il avec regret.
– Qu'on redevienne amis.
– Qu'on fasse semblant de ne pas être amoureux l'un de l'autre.
Elle ne lui avait jamais dit qu'elle l'aimait, quand lui l'avait psalmodié des centaines de fois, mais il savait que c'était vrai. Elle ne prit d'ailleurs pas la peine de démentir.
C'était la seule vérité dont ils étaient certains. Tout le reste, tout ce qu'il y avait entre eux, était difficile à définir. Où ils en étaient, qui ils étaient, où ils allaient. Ils ne sortaient pas ensemble, n'étaient pas amis, amoureux mais pas amants, pas collègues, pas heureux l'un sans l'autre, pas capables de tout abandonner pour l'autre.
– J'ai pas envie d'y aller.
– Moi non plus, chuchota Lily avec tristesse.
– J'ai envie de rester ici avec toi. Dans le monde réel, on n'est pas ensemble…
Il y eut un petit silence. Son regard traduisait la pensée qu'elle n'osait poser.
(Tu penses qu'un jour on sera ensemble ?)
Il n'avait pas la réponse non plus. Simplement des espoirs.
Elle se cala à nouveau contre lui, et il passa ses bras autour d'elle.
PETER COMPTA LES pièces que Sirius et lui avaient rassemblés, avant de les placer dans une bourse.
– Je récapitule, dit-il en prenant son carnet dans lequel il avait griffonné les enjeux de leurs paris. Dix mornilles qu'il va se passer quelque chose entre James et Lily avant notre départ.
– Et moi vingt qu'ils vont aller jusqu'à coucher ensemble, rappela Sirius, qui vérifiait dans son propre carnet qu'ils avaient les mêmes informations. Dix que Remus va plaquer Heidi.
– Vingt s'ils restent ensemble. Je les trouve super mignons, ensemble.
– Dix que Tina va se pointer.
– Dix que non. C'est trop sensible entre Remus et elle encore.
– Dix que Katie va péter un câble et faire une crise de jalousie par rapport à l'une des filles, mais qu'ils vont y survivre.
– Dix que ce ne sera pas le cas. Et saches que tu n'es pas à l'abris de son ire: elle m'a demandé si tu étais réellement gay et j'ai peut-être trouvé drôle de démentir en ayant l'air gêné.
– Oi ! protesta Peter. C'est pour ça qu'elle me regardait mal pendant le petit dej ?
– J'ai cru qu'elle allait exploser, quand Doc t'as tapé dans le dos pour que tu ne t'étouffes pas.
– Je te déteste.
Sirius éclata de son rire tonitruant, puis marqua une courte pause.
– On est un peu des connards, pour parier sur nos amis, non ?
L'idée leur était venue en voyant l'étonnante répartition des chambres que James avait orchestré. La villa comportait cinq grandes chambres. L'une se trouvait au rez-de-chaussée, et quatre autres à l'étage. James avait placé Lily et Marlène dans l'une, et Sirius et lui-même dans la pièce mitoyenne. Puis, de l'autre côté du couloir, il avait mis Heidi et Katie dans une pièce, et Remus et Peter dans l'autre. Dorcas et Doc occupaient la chambre du bas, et Doc était supposé monter dans la chambre de Remus et Peter à l'arrivée d'Andréa.
Pourquoi les deux couples officiels avaient été séparés étaient un mystère, et leur avait donné l'envie d'engager des pronostics sur l'issue de leur séjour.
– Arrête de faire genre t'as une conscience, dit Peter.
– T'as raison. En plus, c'est marrant.
L'attention de Sirius fut momentanément attirée par la fenêtre de la maison d'en face, qui venait de s'ouvrir. Une jeune femme brune apparut à la fenêtre pour prendre l'air. Elle avait de longs cheveux noirs et des yeux sombres, et le jeune homme cessa de se demander laquelle des sœurs Leoh il avait devant lui quand elle lui adressa un doigt d'honneur lorsque leurs regards se croisèrent.
– Dix qu'il va se passer quelque chose entre Marlène et toi, lança soudain Peter, qui faisait face à la chambre et n'avait pas vu le charmant accueil.
Sirius sursauta.
– Quoi ?
– Marlène et toi. Dix mornilles.
– De quoi tu parles ? McKinnon et moi ?
– Voire même vingt, au vu de ta réaction.
– N'importe quoi.
– Je vous ai vu bien rigoler, tout à l'heure.
– Marlène et moi, on est simplement amis. Et puis, je ne touche pas aux ex de mes potes, contrairement à Remus.
– Trente.
– T'es con, Peter. Dix qu'il ne se passera rien du tout.
– Quarante.
Sirius roula des yeux, avant de poursuivre :
– Vingt que Bart et toi allez conclure avant la fin du séjour.
– Quoi ?
– Au vu de ta réaction, je dirais même quarante.
Il savait pertinemment que Peter n'était pas gay. Il était même assez prolifique avec les femmes, contrairement aux apparences, et il ne finissait pas avec les plus moches. S'il permettait à James d'utiliser son salon comme garçonnière, c'est parce qu'il se faisait un plaisir de consoler les demoiselles éconduites qui revenaient demander des comptes à son ami. Sa technique de drague était aussi discutable qu'efficace. Si Peter était un Maraudeur, ce n'était pas parce qu'il avait été durant sept ans le camarade de dortoir de Sirius, Peter et Remus : c'était parce que malgré son caractère malléable, la roublardise coulait naturellement dans son sang.
– N'importe quoi ! s'écria Peter.
– Dans ce cas, dis-moi où est-ce que vous allez, tout à l'heure.
– Voir ta mère, rétorqua Peter.
Sirius lui adressa un geste obscène du doigt.
PERSONNE NE POSA de questions en voyant Lily débarquer à la suite de James par la cheminée une heure après que tous les autres convives soient arrivés. Elle fut presque aussitôt noyée par une grande masse de cheveux blond qu'elle reconnut immédiatement comme étant ceux de Marlène. Les deux amies, heureuses de se rencontrer, se prirent dans les bras, s'écrièrent, pleurèrent, s'embrassèrent pendant cinq minutes.
Elles restèrent bras dessus bras dessous tandis que Lily saluait Dorcas, Katie, Doc, Heidi, les Maraudeurs ainsi que Mr et Mrs Potter. Ces derniers témoignèrent un intérêt bienveillant mais non dissimulé pour la jeune femme, qui fut éternellement reconnaissante à ses deux meilleures amies de la trainer hors de leur vue. Cependant une fois seuls, elle réalisa qu'elle n'était peut-être pas si chanceuse que cela, car elle avait échappé à la curiosité des uns pour se soumettre à celle des autres, et ces dernières n'y allèrent pas par quatre chemins.
– Est-ce que c'est un suçon ? demanda Marlène avec excitation.
– Pourquoi étiez-vous en retard ? renchérit Dorcas.
– Qu'est-ce qui se passe entre James et toi ?
– Vous étiez ensemble ce matin ?
Le regard de Lily glissa calmement de Marlène, à Dorcas, avant de brusquement se remplir de larmes. Marlène et Dorcas échangèrent un coup d'œil incertain, avant de l'entourer de leurs bras.
DANS LES AUTRES PIECES de la maison, tandis que les uns prenaient possession de leurs quartiers et les autres allaient rendre visite à leurs amis présents dans le quartier, paraissaient dans le jardin, ou, dans le cas de Peter et Katie, préparaient le repas de midi, Mrs Potter, sous prétexte de donner des indications de dernière minute sur l'anniversaire de Marlène, entraina son fils dans le sous-sol de la maison.
Comme beaucoup de maisons anciennes tenues par des familles de Sang-Pur, la villa avait un tunnel sous ses fondations pouvant servir d'issue de secours en cas de danger. Le passage était éclairé par des torches accrochées aux murs, et s'élargissait parfois pour laisser place à des alcôves où s'alignaient des dizaines de bouteilles de grand cru. Au bout du tunnel, les murs s'écartaient une dernière fois pour laisser place à une grande pièce circulaire tout en pierre, traversée par un canal à l'eau claire. A l'insu de Marlène, les Potter avaient prévu de décorer le lieu et d'y faire l'anniversaire.
James et Euphémia discutèrent de choses et d'autres le long du trajet aller, et échangèrent des idées sur la décoration et la tenue de la soirée pendant une demi-heure. Au moment de remonter cependant, elle retint son fils par la manche et adopta un air sérieux.
– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il d'une voix inquiète.
Elle lui fit signe de s'asseoir sur une chaise, et prit place en face de lui.
– Mon seul désir avant de mourir est de te savoir heureux, mon Jamie, déclara-t-elle d'une voix douce.
– Tu ne vas pas mourir, maman, répliqua James avec force.
– Peut-être pas aujourd'hui, mais personne n'est immortel. Et quand cela arrivera, j'espère que tu seras accompagné par une personne dont le sourire et la simple présence asséchera tes larmes et calmera ta tristesse.
Le visage de James s'assombrit. Elle lui caressa tendrement la joue, puis poursuivit :
– Je sais que tu es en train de construire une famille avec Elinor, et qu'elle sera une épouse formidable pour toi. Mais… je ne suis pas certaine qu'elle est cette personne. Tu ne m'as jamais caché ne pas avoir de sentiments pour elle, et ça me désole. C'est… assez indélicat de poser cette question au vu de son état, mais es-tu sûr de pouvoir être heureux avec elle ? Es-tu sûr de vouloir l'épouser ?
James leva un sourcil.
– Elle est enceinte. Mes envies, mes propres besoins… ils doivent passer après les siens. Et puis, je m'entends bien avec Ellie. C'est une chouette fille.
– Je sais que c'est une chouette fille, dit Euphémia. Mais… elle n'est peut-être pas la bonne pour toi. Elle n'est pas Lily. Elle, tu ne l'aimes pas.
Le cœur de James se serra, mais il parvint à garder un visage impassible.
– Ça n'a aucune importance.
Euphémia soupira.
– Lily est une jeune femme adorable.
Dix minutes de conversation avaient suffi à convaincre Fleamont et Euphémia que Lily était la femme qu'ils avaient toujours espéré voir entrer dans la vie de leur fils avant leur disparition. Ils adorèrent absolument tout chez Lily, dont la fraicheur semblait irrésistible pour toute personne portant le patronyme Potter. Comment ne pas tomber sous le charme de cette sympathique, hilarante rouquine à la vive répartie qui, cerise sur le gâteau, comprenait et s'intéressait sincèrement aux travaux d'apothicaires menés par le couple pendant une grande partie de leur vie ?
Elle était si parfaite pour leur fils, qu'ils avaient l'impression qu'elle était tombée du ciel.
– Oui, elle l'est, confirma James.
– Est-ce que tu l'aimes ? demanda-t-elle.
Il afficha un air scandalisé.
– Maman !
– Oh, allez, je t'en prie ! Je veux savoir !
– Non ! Ça ne te concerne pas !
Elle lui prit la tête entre les mains, et se mit à couvrir ses cheveux de baisers.
– S'il te plait, mon ange ! Mon amour ! Mon Jamie !
– Maman ! protesta-t-il en essayant mollement de la repousser.
Mais même s'il ne l'avouerait jamais à haute voix, il adorait quand sa mère l'embrassait. Les démonstrations d'affections étaient rares chez les Sang-Pur. Il savait que sa mère l'aimait, et il aimait quand elle le lui montrait aussi explicitement.
– Allez ! insista-t-elle. Je te promets de n'en parler à personne. Ce sera notre secret.
James soupira.
Quelques mois plus tôt, quand elle avait posé cette exacte question à son fils par rapport à Ellie Bell, il lui avait répondu quelque chose qui lui avait déchiré le cœur : « l'amour est mort, maman. » Mais James avait changé depuis, sa vision des choses avait changé, et sa réponse changea également :
– Oui, grommela-t-il avec mauvaise grâce. Je suis amoureux d'elle.
Il avait les joues rouges de gêne de parler de sa vie amoureuse avec sa mère, mais la façon dont le visage d'Euphémia s'illumina lui fit comprendre que cela en valait la peine. Il ne put s'empêcher de lui retourner son sourire.
– Je suis heureuse de l'apprendre, dit-elle en l'embrassant sur le front cette fois avant de rasseoir. J'espère que c'est réciproque.
– C'est… compliqué, éluda James en détournant le regard.
Euphémia esquissa un sourire triste.
– Si tu savais comme je regrette de t'avoir présenté à Elinor, murmura-t-elle avec tristesse.
– Ne le sois pas, rétorqua James. Elle m'a apporté beaucoup. Elle est l'une des meilleures choses qui me soit arrivé. Sans elle, je n'aurais jamais pu aller de l'avant.
– Je sais qu'elle t'a apporté beaucoup de choses, dit Euphémia. C'est juste que… je n'aurais jamais pensé que vous vous plairiez, au point de sortir ensemble et… de… de fonder une famille si vite.
James fronça les sourcils.
– Je croyais que c'était exactement ce que tu espérais, quand tu me l'as présentée, s'étonna-t-il. Que tu voulais que je me remette de ma rupture avec Emily.
– Bien sûr que je voulais que tu te remettes de ta rupture avec cette horrible bonne femme. Et la meilleure manière de se remettre d'une relation est d'entamer une relation. Je n'aurais jamais pensé que tu le ferais avec Elinor.
James était désormais plus confus que jamais.
– Je ne comprends pas… tu n'approuves pas d'Elinor ?
– Elle ne représente pas de problème, c'est une fille adorable, dit prudemment Euphémia. C'est juste que… je n'avais pas prévu que vous tomberiez amoureux l'un de l'autre.
– Dans ce cas, pourquoi me l'avoir présentée ?
Euphémia lui prit les mains.
– Tu n'as jamais trouvé étrange que j'insiste pour que tu rencontres quelqu'un comme Elinor ? Elle a beau être charmante, ce n'est pas du tout ton genre de femme.
– Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda James, l'air interdit.
– Je suis au courant, pour Lee.
Il y eut un silence.
– Comment ?
– Valentina m'a dit ce qu'elle savait de cette histoire.
– Tina sait que tu sais et ne m'a rien dit ? s'indigna James.
– Tina veut ce qu'il y a de mieux pour toi.
James se leva, et se mit à faire les cent pas.
– Depuis quand ?
– Depuis que tu as abandonné le stage.
– Sérieusement ?
Il parvenait difficilement à se débarrasser d'un sentiment de trahison.
– Je n'ai jamais cru l'excuse invraisemblable que tu m'avais servie pour justifier l'abandon de tes études, expliqua Euphémia. Alors je me suis… renseignée, et j'ai également mené ma propre enquête. Je voulais t'aider à trouver la vérité, pour que tu puisses tourner la page sur la mort de ce petit garçon au plus vite.
James retourna s'asseoir, et se passa les mains dans les cheveux.
– Mais comme toi, je me suis trouvée coincée pour la piste de Mr Bell. Même avec les ressources de l'Ordre, je ne suis pas parvenue à avancer dans mes investigations.
Mrs Potter reprit les mains de son fils, et en caressa le dos avec le pouce.
– Je connaissais déjà assez Elinor pour savoir qu'elle n'avait rien à voir avec le reste de sa famille, et qu'elle pourrait être une précieuse aide. Et je sentais, que tu serais bien plus apte que moi à gagner sa confiance. C'est pour cela que je vous ai présentés. Et… et tu te souviens que je t'ai fait trier les affaires de ton grand-père le week-end avant la fête ?
– Oui, confirma James, le front ridé.
– Elinor me confiait les difficultés qu'elle rencontrait à changer l'image désastreuse de sa famille, et je lui ai subtilement suggéré de donner une réception afin d'avoir une excuse pour avoir accès à leur maison. Si je t'ai demandé de t'occuper des papiers de ton grand-père, c'est parce qu'il est la personne s'étant chargée de saisir la maison quand Piers Bell – le père de Brutus Bell – s'est montré incapable d'honorer ses dettes. Je savais qu'il s'y trouvait un plan détaillé de la maison, et… j'espérais que tu serais tenté de l'explorer. Quand je t'ai vu t'éclipser de la réception après ta danse avec Elinor, j'ai taché d'occuper ses parents afin de t'offrir le plus de temps possible.
James resta muet de stupeur pendant les minutes suivantes, le temps d'assimiler ce que sa mère lui disait.
– Pourquoi ne m'as-tu jamais rien dit ? demanda-t-il d'une voix blessée.
– Je voulais t'en parler. Mais… vous vous êtes brusquement fiancés, et elle est tombée enceinte, et Valentina m'a assuré que tu avais laissé tomber ton enquête, et… tu semblais aller mieux pour la première fois depuis un long moment. Je ne savais plus vraiment quoi faire.
– Je me sens manipulé, avoua-t-il.
Mais au final, c'était le jeu auquel tout le monde jouait, dans cette histoire. Lui-même, Heidi, Ellie, Mrs Bell, Mr Bell, Arthur, sa mère…
Cette dernière lui frotta doucement le bras.
– Je sais… je suis désolée, Jamie.
LILY REGARDA DORCAS, qui était restée silencieuse pendant tout son récit, avec quelque chose qui ressemblait à de la timidité.
– Je t'en prie, dis quelque chose, supplia-t-elle.
Dorcas haussa les épaules.
– Je pense que c'était inéluctable, vu comment allaient les choses entre vous, dit-elle simplement. Je ne suis pas surprise. Ni déçue, pour te dire la vérité.
– Vraiment ? s'étonna Lily.
Même Marlène, qui caressait la tête de la rousse posée sur ses genoux, fut si surprise qu'elle interrompit ses gestes. Dorcas esquissa un sourire triste.
– Ces derniers mois, on s'est beaucoup rapprochées, mais j'ai remarqué que tu avais cessé de te confier à moi depuis quelques temps. Tu as pris tes distances, et c'est entièrement de ma faute. Je m'en veux terriblement de ne pas avoir été plus attentive quand tu sortais avec Nathan, et j'ai essayé de me rattraper avec James mais faut croire que je ne suis pas douée. J'ai été trop rigide.
– Ne dis pas ça, protesta Lily, qui avait le cœur serré.
– Mais c'est vrai ! insista Dorcas. Je ne regrette pas mes prises de position, j'aurais été une mauvaise amie si je ne t'avais pas mise en garde contre quelque chose que je considère dangereux, mais je regrette de ne pas m'être montrée plus ouverte, plus compréhensive, de ne pas t'avoir montrée que quoi que tu fasses, même si c'est le contraire de ce que je te conseille, je te soutiendrai toujours.
– Je… ça me fait vraiment plaisir de l'entendre, dit sincèrement Lily.
– Ça vaut aussi pour toi, Marlène, précisa Dorcas.
– Bah, je sais ! répliqua cette dernière. Le nombre de fois où tu m'as consolée au lieu de me mettre des claques parce que je craquais quand Finn revenait vers moi. Je ne sais toujours pas comment tu faisais pour ne pas te lasser.
– Qui peut se lasser de dire la phrase magique « je te l'avais bien dit » ? plaisanta la brune.
Marlène leva les yeux au ciel, mais un sourire tendre vint contredire sa marque d'exaspération.
– J'espère que je n'aurais pas à te le dire, te concernant, poursuivit Dorcas à l'adresse de Lily. Je ne suis toujours pas certaine que ça finira bien avec James, mais je me suis résolue à accepter certaines vérités. Vous êtes sincèrement amoureux l'un de l'autre, et ni moi, ni personne d'autre n'y peut rien, quelles que soient nos objections. Je ne peux pas te pousser dans une direction ou une autre, tu es capable de prendre tes propres décisions. Je ne peux pas être sûre que tes choix seront des erreurs, et même s'ils en étaient, je ne peux pas t'empêcher de les commettre. T'es comme tout le monde, tu as besoin d'en commettre pour grandir et gagner de l'expérience dans la vie.
Elle soupira.
– Je t'aime, mais je ne suis pas ta mère, Lily, je ne peux pas passer ma vie à te couver. Je suis ton amie, et je dois faire confiance en ton jugement. Je sais que tu n'es pas une briseuse de ménage, et je sais qu'il y a des choses entre James et Elinor dont je ne suis pas au courant – James l'a suggéré lors de l'une de nos conversations. Tu tires de ce mystère un brin d'espoir, et je veux y croire aussi.
Elle s'interrompit, et se mordit la lèvre inférieure.
– Mais… ? dit Marlène.
– Je vais être honnête une fois encore. Je ne suis pas contre l'idée de toi développant une relation avec James. Je suis contre l'idée de toi développant une relation avec un homme pratiquement marié et bientôt père.
– Moi aussi, admit Lily avec gêne.
– D'où le fait qu'il est temps que tu passes à l'action et te débarrasses d'Elinor, lança Marlène. J'ai déjà repéré où acheter du scotch et du chloroforme, et je pense que quatre mètres de corde devraient faire l'affaire.
– Je ne vais pas kidnapper Ellie, protesta Lily.
– Je pensais à kidnapper son petit frère, comme dans les films de mafia, corrigea tranquillement son amie. Elle devra quitter James ou sinon…
– J'ai peut-être une solution moins radicale, intervint Dorcas. A vrai dire, tu la fais depuis un certain temps, et elle marche du tonnerre.
– On t'écoute.
Dorcas esquissa un sourire en coin.
– Peut-être que tu devrais continuer à essayer de passer à autre chose…
SIRIUS PROFITA DU FAIT que l'attention de tout le monde était occupée pour se rendre dans la maison d'en face. Il monta agilement le long du mur menant à la fenêtre de Tea, et s'installa confortablement en attendant qu'elle revienne.
Tea entra dans la pièce quelques minutes plus tard, vêtue simplement d'une serviette de bain. Elle sursauta en voyant son visiteur inattendu, avant de verrouiller précipitamment la porte derrière elle.
– Qu'est-ce que tu fais là ? siffla-t-elle en s'avançant vers lui, l'air paniqué.
– Je me suis dit qu'on n'allait pas passer les trois prochains jours à s'éviter comme la peste.
– Je ne vois pas le problème.
– On habite l'un en face de l'autre. Je ne pense pas que tu aies envie que les gens commencent à se demander pourquoi tu fuis à toute vitesse à chaque fois que tu me voies.
Tea croisa les bras, l'air défiant.
– Et qu'est-ce que tu proposes ? Une trêve ?
– On n'est pas en guerre.
– On n'est pas en paix non plus.
Sirius se passa nerveusement les mains dans les cheveux, l'air infiniment coupable.
– Je suis désolé, pour les choses terribles que je t'ai dites la dernière fois.
Elle marqua une pause avant de répondre.
– Je suis désolée, de ne pas avoir proprement mis fin à notre relation, souffla-t-elle.
Sirius hésita avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres.
– Pourquoi ? demanda-t-il.
Tea ouvrit la bouche pour répondre, mais fut interrompue par des coups frappés à la porte. Presque immédiatement, quelqu'un tenta de l'ouvrir, mais en fut empêché par le verrou.
– Tea ? Pourquoi est-ce que tu as fermé la porte ? s'étonna une voix de femme, que Sirius reconnut comme celle de Selene Leoh, la petite sœur de son ex.
Tea devint livide.
– Je… je suis en train de me changer, balbutia-t-elle.
– Et alors ?
– Est-ce que tu as besoin de quoi que ce soit ?
– Pourquoi est-ce que tu t'es enfermée ?
– Est-ce trop demander d'avoir un peu d'intimité ? s'impatienta Tea.
Il y eut un silence lourd.
– Sel, désolée d'avoir crié. Je suis un peu sur les nerfs, en ce moment.
– Tout va bien ? demanda Selene d'une voix tendue.
– Oui.
– T'en es certaine ?
– Oui ! J'ai simplement besoin d'une minute.
Elle s'approcha de Sirius, et lui murmura férocement :
– Va-t'en.
– Il faut qu'on parle, contra-t-il fermement.
– Je n'ai pas vraiment le temps pour ça. Toute ma famille est présente, et je peux encore moins prendre le risque que quelqu'un tombe sur toi maintenant que je suis fiancée.
– A Nott, siffla Sirius avec dégoût. Nott. Je me demande vraiment comment tu fais. Qu'est-ce qui te prend, sérieusement ?
– Tu ne sais pas de quoi tu parles, et ça ne te concernes en rien du tout.
– Et toi, tu ne sais pas qui tu t'apprêtes à épouser.
– Au contraire. Je ne suis pas une idiote.
– Alors ne l'épouses pas.
– Tu n'as pas ton mot à dire.
– Je suis inquiet.
– Je peux très bien prendre soin de moi et…
Elle s'interrompit, puis se passa les mains dans les cheveux.
– Sirius, je sais ce que je fais.
Selene frappa de nouveau à la porte.
– Tea ?
– Il faut que tu t'en ailles, urgea cette dernière en poussant Sirius vers la fenêtre.
– On a pas fini de se dire ce qu'on avait à se dire.
– Comme tu peux le voir, tout de suite n'est pas un bon moment.
– Alors viens me voir ce soir. Même heure que d'habitude.
Tea soupira.
– Je ne peux pas, j'ai un diner en ville, dit-elle finalement.
– Demain ?
Elle secoua la tête.
– Je ne sais pas, Sirius. Ce n'est définitivement pas une bonne idée, et je ne suis même pas certaine que ce soit utile.
– Demain ? répéta-t-il fermement.
Elle sembla céder sous l'intensité de son regard, et poussa un long soupir.
– D'accord, capitula-t-elle.
FLEAMONT REJETA sa magnifique chevelure noire de jais en arrière, et Katie et Lily soupirèrent d'envie.
– … et c'est comme ça que j'ai créé la formule, conclut-il sur un ton faussement modeste.
– Tout ça grâce à moi, en somme, dit Euphémia.
Il sourit tendrement à sa femme.
– Tout ça grâce à toi.
Lily hocha vigoureusement la tête, aussi émue d'entendre le récit du dur labeur qu'avait nécessité l'invention de la potion Lissenplis que par les démonstrations d'affection du jeune couple. Ils étaient absolument adorables ensemble. Mais la main que Mrs Potter serrait aussi affectueusement, et ne semblait pas vouloir laisser aller, n'était pas celle de son mari mais la sienne.
– Donc vous n'avez vraiment pas adopté James ? insista-t-elle.
Elle n'avait pas pu s'empêcher d'avancer cette théorie en voyant les cheveux soyeux et parfaitement coiffés du couple, qui contrastaient complètement avec le buisson broussailleux poussant sur le crâne de leur fils.
– Non, chère Lily, assura Fleamont. C'est juste qu'il refuse de voir l'intérêt de passer quelques heures chaque matin à discipliner ses cheveux.
– A défaut, nous avons également échoué à le convaincre de se raser la tête, ajouta Euphémia avec regret.
Lily pouffa de rire.
– Mes potions ne sont pas miraculeuses reprit le vieil homme. Le produit seul ne fait pas tout le travail. Une bonne routine capillaire est capitale, pour avoir des cheveux en bonne santé.
– Est-ce que vous avez des conseils à nous prodiguer ? supplia Katie.
Fleamont, décidément ravi de l'admiration des deux jeunes femmes, agita à nouveau ses cheveux, comme dans une publicité de shampooing.
– La base, est d'avoir une alimentation équilibrée. Des cheveux sains sur le crâne d'un corps sain, c'est ma devise.
– Depuis quand ? s'étonna Euphémia.
– Vous avez tellement raison, approuva Katie, comme s'il s'agissait là de la phrase la plus inspirée de l'histoire des citations grandiloquentes.
– Et qu'est-ce que vous nous conseillez quand on a les pointes sèches ? s'enquit Lily.
Fleamont bougea exagérément ses cheveux avant de répondre.
LE REPAS SE DEROULA dans une ambiance chaleureuse et ponctuée de rires, et quand les desserts furent engloutis et quelques boutons de chemise détachés, Marlène saisit l'occasion pour porter un toast à l'assemblée.
– Bon, déjà, merci à tous d'être venus, ça me fait hyper plaisir de tous vous revoir. J'étais censée faire un discours mais, euh, j'ai oublié de le préparer. Mais bon, l'essentiel tient en une phrase. On dit que les amis, c'est la famille qu'on choisit. Je suis très contente d'avoir des amis comme vous… enfin, sauf toi, ajouta-t-elle en se tournant vers Heidi, je ne sais toujours pas qui tu es.
– Heidi. Mais ne t'en fais pas, on sera bientôt de super amies, prédit-elle sereinement en levant son verre à nouveau.
Marlène cligna des yeux, puis décida de passer à autre chose.
– OK… Donc, euh, merci à tous d'être venus.
Tout le monde applaudit.
– Aussi heureux que nous soyons de vous laisser notre maison pendant ces quelques jours, je pense qu'il est utile de vous rappeler les trois règles de cette maison, dit Euphémia. Marlène, toi qui a vécu ici ces deux derniers mois, pourrait-tu résumer en quelques mots les principales règles ?
– Sex, drugs and rock'n'roll, énonça fièrement Marlène.
Même Mr et Mrs Potter ne purement masquer leur amusement malgré leurs airs consternés.
– Juste le rock'n'roll, si tu veux bien, intervint Fleamont.
– Exactement, approuva Euphémia. Je n'ai rien contre un peu de rock'n'roll, mais pas de drogue, pas de sexe, et interdiction formelle de détruire la maison, partiellement ou complètement, de la vendre, de l'incendier, de la dégrader, de la repeindre…
Peter leva une main, comme pour poser une question.
– … de la déplacer…
Peter baissa la main.
– … de l'altérer d'une quelconque manière, de l'inonder. Renouvelez fréquemment les sortilèges d'insonorisation pour ne pas déranger les v…
– Attendez deux secondes, intervint Marlène d'une voix grave. Comment ça, pas de sexe ?
Euphémia croisa les bras.
– La dernière fois que James a fait une fête à la maison, j'ai retrouvé une bonne dizaine de…
– Maman…
– …et c'était vraiment dégoutant. Alors interdiction, c'est compris ?
Tout le monde promit d'une voix plus ou moins intelligible en détournant le regard.
– Euh… Euphémia ? Je suis absolument certain qu'ils mentent, dit Fleamont.
Mrs Potter poussa un soupir.
– Tu as raison, dit-elle avec consternation, les jeunes de nos jours ne savent plus tenir. Copulez, mais ne laissez pas de preuves de votre acte et ne le faites pas sur mon lit, je vous en supplie.
– Pourquoi est-ce qu'on voudrait faire ça ? demanda Heidi avec une grimace.
– Tu ne veux pas savoir, dit précipitamment James.
– Mais tu voudrais peut-être essayer, lui murmura Peter avec un clin d'œil.
Sous la table, Remus voulut lui donner un coup de pied, mais frappa Doc à la place.
– Ouch ! cria ce dernier avec une larme de douleur au coin de l'œil. Mais c'est qui, qui essaye de me faire du pied ?!
– Quoi ? croassa aussitôt Katie.
– Désolé, dit Remus.
Il tenta de nouveau de frapper Peter.
– Ouch! hurla de nouveau Doc.
– Voyez ? dit Fleamont, qui était grandement amusé. Incapables de ne pas flirter pendant plus de dix secondes.
– Fleamont et moi sommes les seuls à avoir le droit de copuler sur notre lit, insista Euphémia.
– Ça, on sait, railla Marlène. Quand vous parliez de sortilège d'insonorisation qu'il ne faut pas oublier de renouveler…
– Marlène ! intervint James d'une voix aiguë.
Il retint un haut le cœur en voyant ses parents rougir et échanger un regard gêné.
– Quoi ? s'indigna cette dernière. Ne sois pas naïf. Tu crois que c'est parce qu'ils mangent des légumes qu'ils ont la pèche tous les jours, tes parents ? Ce n'est pas dehors qu'ils font du sport, crois-moi.
– Seigneur, gémit James en se prenant la tête entre les mains.
APRES LE DEPART de ses parents, James prit son rôle d'hôte de la maison à cœur, et entreprit de faire le tour des chambres pour vérifier que tout le monde était bien installé et ne manquait de rien.
Il commença par celle du rez-de-chaussée. Doc se trouvait avec Katie au bord de la piscine, et Dorcas rangeait soigneusement les affaires de Doc dans les placards en chantonnant. Elle s'interrompit cependant quand il entra.
– Hey, dit-elle timidement.
– Hey, répondit James en lui rendant son sourire.
Il y eut un silence gêné. Les deux amis ne s'étaient plus vraiment parlé depuis le jour où ils avaient discuté à propos de Lily au Ministère, et le malaise tant redouté par James fit son apparition plus vite qu'il ne l'avait craint.
– Je… je suis simplement passé voir si tu avais besoin de quoi que ce soit, dit-il en se passant une main dans les cheveux. Bien installée ?
– Oui, super. Merci beaucoup, ça a l'air très confortable.
Il s'éclaircit la gorge
– Si tu as besoin de quoi que ce soit…
– Merci.
Il aurait pu s'en aller à ce moment-là. Mais l'idée d'être en froid avec l'une des personnes qui allaient partager ses trois prochaines journées ne lui plaisait pas.
– Hey, l'apostropha-t-il à nouveau sur un ton sympathique. J'ai pas envie que ça reste tendu entre nous pendant les vacances.
– Moi non plus, admit-elle sur un ton soulagé. J'ai envie que tout le monde se détende et s'amuse. Et puis… Notre amitié me manque.
– A moi aussi, assura James.
Ils échangèrent un sourire. Puis une accolade.
– James, dit-elle quand ils se séparèrent, je suis désolée de m'être mêlée de ce qui ne me regarde pas.
Il haussa les épaules d'un air indifférent, comme pour lui signifier que cela n'avait pas d'importance.
– T'essayais juste de faire ce qui te paraissait le mieux.
Elle esquissa un sourire gêné.
– Oui… et j'ai échoué, dans l'ensemble. J'ai été très maladroite. Je suis désolée.
– Je suis désolé également.
– Tu ne me dois pas d'excuses, protesta-t-elle. Même si je n'approuvais pas de la tournure que les choses prenaient entre toi Lily, je n'aurais jamais dû laisser ma désapprobation ternir notre amitié.
Elle s'installa sur le lit, et James prit place à ses côtés.
– J'ai juste envie qu'elle soit heureuse, poursuivit-elle. Elle ne l'a pas souvent été dans sa vie. Mais tu sais, j'ai fini par comprendre quelque chose : je ne peux pas guider sa vie. Ni la tienne. Même s'il ne semble pas y avoir d'issue pour vous deux…
James baissa les yeux.
– … A moins que je me trompe ? termina-t-elle avec un brin d'espoir dans la voix.
Il leva vivement la tête.
– Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda-t-il avec prudence.
Elle haussa les épaules.
– Quand Lily m'a dit que vous aviez couché ensemble, j'ai compris qu'en fait, je ne comprenais pas grand-chose à votre relation. Et je ne comprenais pas grand-chose car je ne sais pas vraiment ce qui se passe entre elle, toi… et ta fiancée.
James resta interdit. Lily, Marlène et Dorcas étaient restées longtemps dans leur chambre à discuter. La rousse leur avait-elle confié ce qu'elle savait à propos de l'artificialité de la relation entre James et Elinor ?
Non. Elle ne trahirait pas un secret aussi sensible, se raisonna-t-il.
– Lily n'est pas le genre de nana à faire quoi que ce soit avec un homme presque marié, poursuivit Dorcas. Je veux bien, que l'amour rend très con, mais elle est très attachée à ses principes. Si elle a trahi ses convictions, c'est qu'il y a quelque chose d'étrange dans ta relation avec Elinor, qu'elle chose d'assez particulier pour qu'elle franchisse le pas. Quelque chose de faux.
– Je ne vois pas de quoi tu parles, mentit James.
– Peut-être que ta fiancée n'est pas réellement enceinte ? Ou peut-être qu'elle n'est pas réellement ta fiancée ? Quel peut-être ce secret, qui donne espoir en ma meilleure amie alors qu'elle ne devrait pas en avoir ?
James resta impassible, tandis qu'elle scrutait son visage à la recherche du moindre indice. Dieu merci, elle ne savait pas savoir de quoi elle parlait.
– Il n'y a rien de bizarre, entre Elinor et moi, dit-il d'une voix ferme. Elle va accoucher la semaine prochaine, et on se mariera la semaine d'après.
Dorcas eut un petit sourire
– Peut-être, peut-être pas, dit-elle. On le saura bien assez tôt, de toute manière.
James la foudroya du regard.
– Ne t'inquiètes pas, je ne projette pas de mettre mon nez dans vos affaires, assura-t-elle. Je comprends, maintenant, que je n'aurais jamais dû te parler comme je l'ai fait. Pas parce que j'avais raison ou tort, mais parce qu'en cherchant tant à être une bonne amie pour Lily, j'ai oublié d'en être une bonne pour toi aussi.
James lui jeta un coup d'œil surpris. Elle sourit timidement.
–Je ne peux pas vous forcer à prendre ce que je vois comme la meilleure solution ; je peux seulement vous offrir des conseils quand vous me le demandez, et vous offrir mon épaule quand vous en avez besoin. Et vous en aurez besoin, même si j'espère me tromper.
James ne sut que dire. Dorcas se pencha et le prit dans ses bras une nouvelle fois.
– Tu sais que je t'aime, James, hein ? Même si tu es un idiot.
Il eut un petit rire, et l'enlaça à son tour.
– Je t'aime aussi. Même quand t'es chiante.
Ils se séparèrent, et Dorcas lui adressa un grand sourire chaleureux.
– Je sais.
Il se leva.
– Je ne vais pas te déranger plus longtemps, lança-t-il.
– Tu ne me déranges pas, garantit-elle. Doc me trouve manique et a fui pour ne pas défaire sa valise ni m'aider à organiser notre armoire par couleur et matière, mais tu peux me tenir compagnie si tu veux et même me donner un coup de main.
– Hmm, non, j'ai pas envie, répondit James en toute honnêteté.
Elle éclata de rire, et il se rendit compte qu'elle plaisantait. Du moins, à moitié à en juger le rangement arc-en-ciel qu'elle avait en effet entamé.
– J'espère que ça ne te dérange pas de partager la chambre avec Doc, dit-il sur un ton soucieux. J'ai essayé de composer avec les demandes de chacun, et c'était pas évident…
– Oh, ne t'inquiète pas. ça m'arrange, bien au contraire, d'avoir de la compagnie. J'ai du mal à dormir seule quand je ne suis pas dans mon propre lit.
– Oh, super alors. Andréa, il est censé arriver dimanche soir, n'est-ce pas ?
C'était une question que James pensait innocente et banale, mais Dorcas se tendit presque imperceptiblement.
– Oui, ou lundi matin, répondit-elle avec un sourire qui n'atteignait pas ses yeux. Ça dépendra de l'avancée de son travail, pour tout te dire.
Elle se cala nerveusement une mèche derrière l'oreille. James fronça les sourcils.
– Tout va bien, entre vous ?
– Oui… Oui, bien sûr. Pourquoi ça n'irait pas ?
Mais elle avait l'air fuyant, et elle reprit son rangement afin d'avoir une excuse pour se dérober au regard curieux de James.
Un détail sans rapport à première vue revint en mémoire de ce dernier : durant le copieux déjeuner, Dorcas, qui ne buvait qu'occasionnellement, s'était servie assez de fois pour attirer l'attention de James sur ce comportement inhabituel. Le jeune homme sentait à présent que ce n'était pas uniquement parce qu'il s'agissait d'une bouteille de grand cru.
– T'es sûre ? insista-t-il.
– Oui, assura Dorcas de sa voix douce. Andy est simplement vraiment débordé en ce moment…
– Ah bon ? Ça ne se passe pas bien, au travail ?
– Si, mais il est sur un dossier un peu délicat…
Dorcas évitait toujours soigneusement de lui faire face. James avait toujours soupçonné son amie d'en savoir énormément sur l'enquête de son époux, bien qu'il n'ait jamais osé amener le sujet sur le tapis. Mais si la jeune femme était aussi préoccupée, c'était peut-être parce qu'elle avait des informations nouvelles qui pourraient lui être utiles ?
Devait-il faire semblant de ne pas savoir qu'elle savait ? Savait-elle réellement quoi que ce soit ?
Il décida de prendre le risque, et l'interrogea :
– Celui des Bell ?
Dorcas se retourna vivement. Cette fois, tout sourire, même factice, avait disparu de son visage. Elle n'avait pas l'air surprise, ni décontenancée. Mais alarmée.
– De… de quoi tu parles ? bafouilla-t-elle.
– Je sais que ton mari enquête sur la famille de ma fiancée, dévoila James sur un ton grave. Je sais même pourquoi, il enquête sur la famille d'Ellie.
Dorcas blêmit.
– Tu… tu sais ?
– Je suis plus étonné que toi, tu sois au courant, répliqua sévèrement James. Andréa n'a jamais entendu parler du secret professionnel ? Si tu étais ma femme, je ne voudrais même pas que tu saches que de tels monstres existent.
– Andy n'a pas eu le choix que de me dire exactement ce qu'il se passait quand on a reçu des lettres de menaces à la maison, déclara-t-elle finalement.
A son tour, James devint livide.
– Quoi ?
– C'était il y a plusieurs mois, et le quartier entier est sécurisé, précisa-t-elle précipitamment. La maison est sûre. Mais Andy n'a eu d'autre choix que de me mettre au courant, parce que je refusais de vivre dans le noir et que j'exigeais des explications. Par la suite, il a juste gardé l'habitude de m'en parler de temps en temps car il trouve que j'apporte un œil neuf à son enquête, et que ça lui fait du bien de m'en parler quand il a eu une mauvaise journée.
– Je vois, dit James, pensif.
D'abord, sa mère, et maintenant Dorcas. Combien d'autres personne de son entourage étaient au courant à son insu ?
– Qu'est-ce que tu sais, exactement ? questionna-t-elle.
James lui parla des informations qu'il avait déjà fait passer aux Aurors par l'intermédiaire de Sirius. Il lui parla de la façon dont il s'était trouvé mêlé à cette histoire. De Lee. Des empoisonnements. D'Al. D'Ellie. De Brutus Bell. Des bâtards. Du Baron. Du mystérieux client du Baron. Des assassinats. Des reliques volées.
Il garda cependant pour lui toutes les informations qu'il détenait concernant la paternité de la grossesse d'Ellie.
Dorcas se rassit lentement sur le lit et resta muette le temps d'assimiler le fait que James… savait. Savait tout. Elle qui avait passé des heures entières à hésiter à mettre son ami au courant quand elle avait appris qui étaient les Bell pour le mettre en garde contre sa future belle-famille, alors qu'il était en réalité au fait depuis bien plus longtemps qu'elle.
– Est-ce qu'Andy sait que tu es au courant ? demanda-t-elle.
James hésita, avant de décider de continuer à faire preuve d'honnêteté. Etant donné que Sirius se montrait de plus en plus réticent à lui dire où en était l'enquête à mesure que celle-ci devenait dangereuse, Dorcas pourrait bien devenir sa nouvelle source d'infirmations.
– Il soupçonne Sirius de me transmettre des informations sensibles, mais ferme les yeux car la plupart des nouveaux éléments qu'il obtient provient de ma propre enquête, dit-il. Je l'aide, s'il ne m'empêche de continuer mes propres recherches. Je me fiche des activités de Mr Bell sur le marché noir. Tout ce que je veux, c'est découvrir la vérité sur les cas d'empoisonnements.
Dorcas fronça les sourcils.
– Andy m'a dit qu'il avait une taupe chez les Bell, dit-elle sur une voix pensive. Je n'aurais jamais pensé qu'il s'agissait de toi. Ta relation avec Elinor parait si authentique…
– Parce qu'elle l'est, protesta James.
– Tu ne l'épouses pas simplement pour avoir une excuse de t'infiltrer chez eux ?
– J'ai… d'autres raisons, éluda-t-il en détournant le regard. Etre avec elle me facilite mes recherches, mais on a une vraie relation.
Dorcas se mordit la lèvre.
– Et… sachant tout ce que tu sais sur sa famille, tu ne penses pas que c'est dangereux ?
James fronça les sourcils.
– Elle n'a rien à voir avec le business de son père, s'irrita-t-il.
– Comment tu peux en être sûr ? insista Dorcas. Toute sa famille est cinglée, pourquoi elle serait différente d'eux ?
– Andréa la soupçonne ?
– Non. Seulement moi. Andy pense comme toi, qu'elle est simplement le mouton noir de sa famille, mais… James, quand on regarde son parcours, ses cercles de fréquentations et ses publications, on voit bien qu'elle fait partie de ces familles vieux jeu qui se serrent les coudes en toutes circonstances. Et si elle ne faisait que semblant de t'aider ? Et si elle était en fait loyale à sa famille ?
– Parce que je lui fais totalement confiance, répondit James. De plus, c'est elle qui nous fournit toutes nos informations depuis le début, et aucune ne s'est avérée fausse. Crois-moi, elle est au-dessus de tout soupçons.
Dorcas ne semblait pas totalement convaincue, mais son ami semblait furieux qu'elle soupçonne sa fiancée. Aussi, elle décida de laisser tomber le sujet.
Au bout d'un court silence, James reprit la parole :
– Et sinon… est-ce qu'Andy va bien ?
– Oui, aux dernières nouvelles.
– Alors pourquoi es-tu si inquiète ? Qu'est-ce qu'il fait en ce moment qui te fait aussi peur ?
Elle avait même l'air plus qu'inquiète. Elle avait l'air terrifiée.
– James… tu te doutes bien que je ne peux pas en parler.
– Au contraire, contra-t-il en la prenant par les bras. Je suis le seul de tes amis proches à qui tu peux en parler sans trahir la confiance d'Andy. Je suis déjà au courant des détails les plus sensibles. Ça se voit, que ça te bouffe. Tu peux m'en parler.
Il y eut un long silence, que Dorcas se décida à briser avec une certaine réticence :
– Ils ont découvert une nouvelle victime il y a quelques jours.
– Un enfant ?
– Non. L'une des épouses qui ont disparu il y a des années. Et… elle est vivante.
– Vivante ?
– Oui, plus ou moins. Elle n'est plus vraiment elle-même. On l'a découverte dans un hôpital psychiatrique moldave. Un légume. Impossible d'en tirer quoi que ce soit, mais le rapport médical lors de son admission précise des traces de torture. Et… d'expérimentation magique. De magie noire. Elle était blonde, et avait une vingtaine d'années lors de sa disparition.
James sentit un frisson glacial le parcourir.
– Quelles sortes de traces de tortures ?
– Andy me tuerait, s'il savait que je t'en parlais.
– S'il te plait, Dorcas.
Elle se retroussa les lèvres.
– Strangulation, exsanguination, quelque chose qui ressemble à de l'acupuncture - elle avait pleins de point, sur la peau, comme si on lui avait enfoncé des aiguilles. Je n'ai pas trop cherché à en savoir beaucoup sur cette partie.
Mais cela suffit à éveiller l'intérêt de James. Et réveiller sa mémoire. Son visage perdit de ses couleurs, au fur et à mesure que les rouages de son cerveau, huilées par les mots de son amie, tournaient à vive allure.
Il croisa les inquiétudes de Heidi, aux mots voilés de Mrs Robin et de Tom, à ses propres constatations.
La première vraie fois qu'il avait rencontré Elinor (alias Miss Solveig Schlamoonpuk pour plus de discrétion), et la seule fois où elle l'avait laissé proprement examiner son corps, il avait constaté d'étranges marques sur elle.
Dorcas posa la main sur son épaule, le tirant de ses pensées.
– James… si c'est vraiment Bell qui est derrière tout ça, il est encore plus fou que je ne le pensais, et je suis terrorisée à l'idée que mon mari se trouve mêlé à ses affaires, où à celles de la personne pour qui Bell travaille. Je suis terrorisée à l'idée que quelqu'un qui m'est cher subisse le même sort que cette femme. Comme toi. Ou Lily.
– Comment ça Lily ? demanda vivement James.
Qu'est-ce qu'elle avait à voir avec tout ça ?!
– Elle est au courant de certaines choses, expliqua Dorcas.
– Quelles choses ?
– Je ne sais pas exactement, mais elle s'est rendue à Verveine et m'a posé des questions sur les Kanan.
James ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, stupéfait.
– Mais... Comment ?
– Aucune idée de comment elle a fait le lien. Elle a dû apprendre quelque chose en restant autour de toi, ou de ta fiancée. Je ne vois pas d'autres explications.
Il se leva et se mit à faire les cent pas.
– Je pense et j'espère l'avoir dissuadée de creuser plus, continua Dorcas. Montre toi plus prudent, pour ne pas attiser sa curiosité. Et James ?
– Oui ?
Elle le regarda bien dans les yeux.
– Toi aussi, restes en dehors de ça.
C'EST UN PEU SECOUE que James reprit son tour des chambres. Dans les escaliers, il croisa Lily qui redescendait en maillot de bain vers la piscine. Ils échangèrent un sourire timide, puis continuèrent chacun leur chemin.
James gravit les dernières marches qui le séparaient du palier. Il vérifia que Peter et Remus étaient bien installés avant d'aller voir Heidi et Katie, qui partageaient la chambre mitoyenne. Les deux femmes avaient des caractères si opposés que James avait hésité à les faire dormir ensemble, mais il eut la surprise de voir qu'elles avaient en réalité de nombreux atomes crochus. Elles discutaient avec une Marlène survoltée comme à son habitude, de qui Katie coiffait soigneusement les cheveux. Heidi quant à elle était assise sur l'unique grand lit, et se faisait les ongles de pieds.
– Bien installées, les filles ? demanda James en entrant.
– Impec.
– Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis dans la chambre d'en face, celle à gauche de la salle de bain.
– Merci.
Il se tourna vers Katie.
– Tu as trouvé ton bonheur dans la bibliothèque, au fait ?
– Je suis tombée sur ça, ça a l'air pas mal, non ?
Elle montra l'exemplaire des Liaisons Dangereuses.
– Oh, t'aime les histoires érotiques ? s'étonna Marlène.
– C'est une histoire érotique ? s'alarma Katie.
– Bien sûr que non, dit James.
– Je l'ai lu, et excuse-moi, ils passent beaucoup de temps nus à faire des galipettes, contra Heidi, qui s'appliquait à présent soigneusement du vernis sur les ongles.
– Oui, mais de là à dire que c'est érotique, nuança Marlène.
– Les deux personnages principaux sont des libertins !
James eut l'air surpris. Décidément, Heidi était pleine de surprise.
– Tu t'intéresses à la littérature moldue, toi ?
– J'ai bien dû faire semblant de m'y connaitre sur le sujet pour appâter Blenny-Choupidou, répondit-elle.
– Qui ? demanda Katie.
– Blenheim Stalk, expliqua machinalement James.
– Tu es sortie avec Blenheim Stalk ? s'écrièrent à l'unisson Katie et Marlène.
– Non, répondit Heidi. Je l'ai fréquenté.
Devant leur air confus, elle précisa :
– J'étais une demoiselle de compagnie, à l'époque. Pour hommes.
Katie en resta bouche bée.
– Oh, lâcha simplement Marlène, mortifiée.
Les lèvres d'Heidi s'étalèrent en un rictus froid.
– Règle numéro 1 quand on a un passé embarrassant : l'assumer totalement, et en parler rapidement afin qu'on ne puisse s'en servir contre une arme.
– Mais… il n'est pas genre, euh, très très moche, en plus d'avoir le triple de notre âge ?
– Si. Mais il est très riche et généreux. Et j'ai découvert à temps qu'il avait la mémoire courte après avoir bu deux ou trois verres. Je lui faisais croire qu'on avait passé des nuits torrides quand il se réveillait de ses cuites, et il était très contente de satisfaire une jeunette comme moi.
Elle reporta son regard sur ses pieds, imperméable aux expressions choquées des deux autres filles. James roula des yeux, et prit congé pour rejoindre ses amis.
– Quoi qu'il en soit, reprit tranquillement Heidi au bout d'un silence, Blenheim voulait une compagne cultivée. M'a fait lire de ces trucs, je comprenais pas le quart de la moitié de ce que je lisais et j'ai vite pris l'habitude de mettre des tenues décolletés afin de le distraire quand il me demandait mon avis. Je devais bien jouer mon rôle, puisqu'il m'a offert du Tolstoï pour mon anniversaire, et je l'ai quitté peu de temps après d'ailleurs. Les Liaisons Dangereuses sont l'un des rares livres que j'ai lus jusqu'au au bout. J'adore ces histoires de jeunes femmes perverties par des démons.
Katie laissa tomber le roman.
– C'est quoi, ce livre ? demanda-t-elle avec dégoût.
– Ne l'écoutes pas, ce n'est pas un livre érotique.
– T'as un problème avec la littérature érotique ?
– J'ai du mal avec l'érotisme en général, quand ce n'est pas dans un cadre privé.
Marlène leva les yeux au ciel.
– T'es tellement prude, parfois.
– Pudique, nuance, rétorqua Katie.
– Je vois pas une grande différence, en ce qui te concerne.
Katie lui tira sur les cheveux.
– Ouch ! Connasse.
– Toi-même.
– Je supposes que tu n'achèteras pas mon livre quand il sera publié ? conclut Marlène en se massant le crane.
– Tu supposes bien, grommela Katie sur un ton aigre.
– Tu écris ? demanda Heidi avec curiosité.
– Je suis actuellement en train de finir mon premier roman, annonça fièrement Marlène.
– Oh ? Et ça parle de quoi ?
– Des aventures érotiques d'une guerrière amazone et de son prisonnier de guerre.
– Ça a l'air intéressant, commenta Heidi. J'espère que les scènes de sexe en valent la peine.
– J'ai dû flouter quelques passages trop explicites, mais le résultat est assez émoustillant.
Katie roula des yeux.
– Hmm. Tu sais, j'ai gardé contact avec Blenny-Choupidou, je pourrais peut-être le convaincre de lire ton roman ?
Marlène se précipita vers Heidi, et la prit dans ses bras.
– Je crois que tu es ma nouvelle meilleure amie.
Celle-ci roula ostensiblement les yeux.
– Je te l'avais dit.
DOC ET KATIE s'échappèrent dans une escapade amoureuse au milieu de l'après-midi, et Marlène et Dorcas décidèrent de visiter la ville et de faire les emplettes. Lily, trop épuisée pour arpenter la ville, préféra paresser au bord de la piscine. En raison de ses brûlures, ne pouvait pas encore s'exposer à l'eau, mais elle apprécia tout de même le cadre idyllique. Malgré le vacarme causé par les Maraudeurs et Heidi, qui s'amusaient dans la piscine, elle s'endormit quelques heures.
Lorsqu'elle se réveilla de sa sieste, les garçons avaient décidé de profiter de l'absence de Marlène afin d'avancer sur la préparation de l'anniversaire, et Heidi avait préféré rester à l'extérieur. Malheureusement pour Lily, elle avait également décidé de s'installer sur la chaise longue située juste à côté d'elle, et remarqua immédiatement qu'elle s'était réveillée. Heidi ne lui laissa ni le luxe, ni le temps de faire semblant de se rendormir.
– Je dois dire que tu as dépassé mes attentes, en couchant avec James, déclara-t-elle.
Lily ouvrit un œil.
– Ça ne te regardes en rien, et je n'ai pas couché avec lui pour te faire plaisir, répliqua-t-elle froidement.
– Le résultat est le même. Je n'en espérais pas tant de toi. Tu sais ce qui est arrivé juste après que James et toi soyez partis du pub ?
– J'en ai rien à foutre.
– Grave erreur, Lily-Flower. Oh, oh ça rime !
L'intéressée ne se déridant pas, Heidi s'éclaircit la gorge et poursuivit plus sérieusement.
– Avoir des informations est impératif dans une guerre. Quoi qu'il en soit, elle s'est présentée chez moi ce matin, avec l'apparence de quelqu'un s'étant faite poursuivre par une horde de loup, pleine de morve et de larmes. Tout a magiquement arrêté de couler quand elle a compris que James ne se trouvait pas chez moi.
– Elle faisait semblant ? s'indigna Lily.
– Elle est pleine de ressources, n'est-ce pas ? Crois-moi, elle va chercher un autre moyen d'attirer son attention. Et ne te crois pas en sécurité simplement parce que vous êtes à des kilomètres d'elle.
Bien malgré elle, Lily ne put s'empêcher de poursuivre la conversation :
– Tu penses qu'elle va venir ici ?
– Non. Youf et Flim ont spécifiquement ordonné aux Elfes de Maison de l'attaquer si jamais elle mets les pieds sur leur domaine.
– Mais elle est venue au Manoir, jeudi soir.
– Parce qu'elle est extrêmement prévisible. J'ai laissé échapper que Betsy serait absent et tadaa ! Qui se présente quelques heures plus tard chez James ?
Lily ne répondit rien.
– Ne te repose pas sur tes lauriers, reprit Heidi. Emilovy est quelqu'un de très déterminé. Si elle ne peut pas venir à James, elle ne reculera devant rien pour faire venir James à elle.
– C'est pas comme si elle lui mettait un couteau sous la gorge pour qu'il lui consacre du temps.
– Tu peux contraindre les gens sans aucune arme, et parfois sans même qu'ils ne s'en rendent compte. James n'est pas stupide, mais l'histoire qu'il a avec Ems obscurcit son jugement et abrutit son bon sens.
– Il est toujours amoureux d'elle ?
Malgré le ton interrogatif, c'était plus une déclaration qu'une question.
– Les hommes adorent jouer les héros, et Emily veille à être continuellement en détresse.
Lily referma les paupières comme pour signifier qu'elle souhaitait mettre fin à la conversation, mais Heidi ignora son subtil signal.
– Je t'ai dit que je pouvais te doter d'un arsenal. Les informations sont les meilleures armes que je puisse te donner contre Emily.
– J'ai rien à voir avec votre petite guerre.
– Au contraire, Lily-Flower, tu es une pièce maitresse de mon échiquier. Tu es devenue une pièce maitresse de mon échiquier. Au début, quand j'ai pris connaissance de ton existence, j'ai été embêtée parce que je n'avais pas prévu que James s'intéresse à quelqu'un. Mais quand j'ai compris que ce qu'il ressentait pour toi était sincère, c'est avec une facilité déconcertante que j'ai pu t'incorporer à mon plan. Je pense que vous ferez un merveilleux couple.
– Il est fiancé à ta meilleure amie !
– Je le sais bien, c'est moi qui les ai présentés. Mais ça n'a rien à voir avec ce qu'il ressent pour toi.
Lily se mordit la lèvre.
– Je ne compte pas être l'un de tes petits pions, ni jouer à ton petit jeu.
– Tu y joues déjà.
Elles échangèrent un regard.
– Oh, Lily-Flower, ne te vexe pas. Après tout, on veut les mêmes choses. Je ne te pensais pas si susceptible. Au moins, toi, tu es au courant que je manipule tout le monde.
– Même James et Elinor ?
– Même James. Surtout Elinor. Elle est l'une des pièces essentielles de mon jeu. C'est moi qui ai convaincu Elinor de te laisser organiser le mariage, par exemple. C'est moi qui ai convaincu James de ne pas fuir quand il s'est rendu compte qu'il avait des sentiments pour toi. C'est même moi qui ai branché Ellie et James ensemble.
Lily se pinça les lèvres.
– Ce n'est pas parce que je manipule, que tu ne tireras pas ton épingle du jeu. Tes souhaits et les miens coïncident, et tu n'auras rien à faire pour les réaliser.
– Qu'est-ce que tu connais, de mes rêves ?
– Suffisamment. Je sais que James ne te laisse pas indifférente. Je sais qu'il t'aime. Je sais que tu l'aimes. T'es trop gentille pour aller chercher ton désir le plus cher, mais je serai ravie de le faire tomber dans tes bras.
– Nous sommes amis, c'est tout.
– Pour le moment.
Lily retint un grognement de frustration.
– Pourquoi est-ce que tu détestes tant Emily ? demanda-t-elle pour changer de sujet.
Heidi lui jeta un regard qui firent se hérisser les poils du bras de Lily.
– Elle a couché avec mon fiancé, répondit-elle finalement.
– Oh.
– Par « accident », il parait, bien que je ne comprenne pas vraiment comment on peut coucher avec quelqu'un par accident.
– Oh.
– Plusieurs fois.
– Oh.
– Ils ont eu un enfant ensemble.
Cette fois, Lily n'eut la force d'exprimer son choc qu'en écarquillant les yeux.
– Crois-le ou non, Ems et moi étions les meilleures amies du monde il y a encore quelques années. Je me suis enfuie de chez mes parents il y a dix ans, quand ils ont cherché à me marier à je ne sais quel baron. J'ai rencontré Emily à ce moment-là, et elle m'a prise sous son aile. On est rapidement devenues comme des sœurs.
– Et pourtant, elle a couché avec ton mec.
– Et pourtant. Je savais, j'ai toujours su de quoi elle était capable. Mais je n'aurais jamais cru qu'elle me ferait quelque chose à moi. Et pourtant, Ellie m'avait prévenue, que je me mordrais les doigts avec Emily. Ellie… elle a un flair infaillible. Elle m'a déconseillé de trainer avec Emily. Je pensais que c'est parce qu'elle détestait les filles qui ne se comportaient pas comme des poupées, alors je n'ai pas suivi son conseil. Je ne pouvais pas saquer Miss Parfaite à l'époque.
– Je croyais que vous étiez des amies d'enfance.
– Oh, non. On se connait depuis très longtemps, mais ce n'est que très récemment qu'on est devenues amies. Ma relation avec Emily est le contraire de celle avec Ellie. Ellie, j'ai commencé par la haïr, et maintenant je la considère comme la sœur que je n'ai jamais eue. Emily a longtemps été comme une sœur pour moi, mais aujourd'hui je ne déteste personne plus qu'elle au monde.
– Pourquoi est-ce que tu détestais Ellie ?
– Parce qu'on était complètement différentes – on l'est toujours, d'ailleurs. J'étais comme un animal sauvage et je détestais sa petite vie bien rangée de petite fille modèle. Or, mes parents voulaient absolument que je lui ressemble. J'ai rencontré Ellie à des cours de Bonnes Manières pour jeune femmes de noble lignée, et je me demande encore qui a rendu l'autre le plus chèvre.
– J'ai du mal à croire qu'elle ait eu un jour besoin de tels cours. Son élégance semble innée.
Elle n'avait jamais vu ça chez personne d'autre de si jeune.
– Oh, non, c'est moi qui en avais besoin. Elle, elle les dispensait. J'étais un cas désespéré, mais elle avait promis à ma mère qu'elle arriverait à me changer, et venait souvent à la maison pour des sessions particulières. C'est d'ailleurs comme ça qu'elle a rencontré Jonny, mon frère. Ils ont flashé pour une raison mystérieuse, et nos parents respectifs ont donné leur bénédiction pour une telle alliance. Je n'ai ensuite plus revue Elinor pendant un certain temps : elle a suivi mon frère et mes parents au Danemark, et moi, je suis restée ici.
– Ellie était mariée à ton frère…
Elle n'arrivait toujours pas à croire qu'elle n'avait pas fait le raccourci avant qu'Heidi ne le lui explicite.
– Oui. La meilleure chose qui lui soit arrivée. Je n'arrive toujours pas à croire qu'il ait été assez idiot pour la laisser partir, surtout avec le mal qu'il s'est donné pour l'obtenir. Mais bon. J'espère qu'ils finiront par se retrouver. Ils se sont quittés sur une note assez positive, alors qui sait ?
– Miss Bell… Ellie, a pourtant laissé entendre que leur divorce a été difficile.
– Oh, il l'a été. Jonny a été terrible avec elle. Quelque part, je sais qu'il ne la mérite pas, mais je ne peux pas m'empêcher d'espérer qu'ils se remettent ensemble. Ils avaient l'air mal assorti, mais leur mariage fonctionnait très bien.
– Pourquoi se sont-ils séparés ?
Heidi marqua pour la première fois un temps d'hésitation.
– Parce qu'elle était stérile.
Lily cligna des yeux.
– Mais… elle est enceinte, là.
– Justement. Les gens ont souvent l'habitude de rejeter la faute sur la femme lorsqu'ils sont incapables d'avoir un enfant. Après dix ans sans produire le moindre héritier, mes parents ont convaincu Jonny, pourtant très amoureux d'Elinor, de se séparer d'elle afin d'épouser une femme disons… plus « fertile ». Il ne leur est pas venu à l'esprit une seule seconde que mon idiot de frère puisse être le problème.
– Oh.
– Elinor était dévastée, mais elle est restée très digne. Jon a également des difficultés à concevoir avec sa nouvelle femme. Mes parents commencent à entrevoir la vraie origine du problème et tentent une réconciliation avec moi. Je n'ai pas pensé utile de leur dire que j'étais également incapable d'avoir des enfants. Ça m'amuse de les voir me considérer comme leur dernière chance d'avoir des petits-enfants.
– C'est… c'est triste, commenta finalement Lily.
– C'est pour ça que j'ai trouvé impardonnable que Jonny divorce pour cette raison, et que j'ai soutenu Elinor. Elinor serait restée avec lui si c'était lui qui s'était révélé stérile, alors que lui a fini par céder à la pression et se débarrasser d'elle. Oh, et il l'a aussi trompée, pour couronner le tout.
Il y eut un silence.
– Emily est tombée enceinte lors d'une de ses énièmes ruptures avec James, reprit Heidi d'une voix étrangement calme. Elle m'a dit qu'elle était enceinte, et qu'elle ne savait pas quoi faire, et qu'elle ne voulait ni le garder ni s'en débarrasser. Elle m'a proposé de l'adopter. J'étais extatique, Sam beaucoup moins alors qu'on avait déjà envisagé l'adoption. Je n'ai pas compris son manque d'enthousiasme sur le coup, et j'ai cessé de me poser des questions quand il a accepté. J'étais vraiment heureuse. J'allais avoir la famille de mes rêves.
– Comment est-ce que la vérité a éclaté ?
Silence.
– Mon ancien compagnon est Samuel Sealsilver, le joueur de Quidditch. Tu vois qui c'est ?
– Bien sûr ! s'écria Lily.
Il s'agissait d'un séduisant Poursuiveur de Quidditch dont les abdos finement tracés faisaient les beaux jours de Sorcière-Hebdo. Si la mémoire de Lily était bonne, il était entré dans l'équipe des Canons en même temps que James et avaient formé un duo formidable.
– Emily et James se sont rencontrés par l'intermédiaire de Sam et moi, a une fête où il avait invité ses coéquipiers et moi mes collègues de travail. Emily, Sam et moi étions déjà un trio inséparable, et James s'est rapidement intégré à notre groupe.
Elle but une gorgée de jus, et son regard se perdit dans le vide. Lily sentit son cœur se serrer.
– Sasha est métisse, poursuivit finalement Heidi. Je sais que Sam n'est pas le seul noir de Grande-Bretagne, mais… je connais Emily. Je sais de quoi elle est capable. J'essayais de me raisonner, de me dire que c'était impossible car Ems était la personne dont j'étais la plus proche au monde, et je faisais une confiance totale à Sam. Mais je n'ai pas pu m'empêcher de me poser des questions en voyant que Sasha était métissé. Je ne me sentais pas tranquille. Quand j'interrogeais Emily, elle refusait catégoriquement de me donner le nom du père, soit disant pour éviter qu'il vienne réclamer Sasha.
Heidi s'interrompit.
– Ma plus grande crainte était bien sûr qu'on vienne me retirer cet enfant providentiel, que ce soit ce mystérieux père ou même Emily. Elle se montrait si irritée par mes questions que je craignais qu'elle nous reprenne Sasha. Mais j'avais besoin de savoir la vérité. La veille de mon mariage, j'ai demandé à Sam de me dire ce qu'il en était vraiment. J'aurais peut-être pu pardonner l'infidélité. Peut-être. Mais le mensonge, pendant presque deux ans… non.
– Je suis tellement désolée, bredouilla Lily.
Elle ne put retenir la pitié de poindre dans sa voix. Heidi esquissa un sourire qui n'atteignit pas ses yeux.
– Moi aussi. C'est triste, hein ? J'étais assez dévastée en l'apprenant.
– Mais pourquoi est-ce qu'elle ferait une chose pareille ?
– T'es encore très naïve, si tu penses que tout le monde a besoin d'une raison pour faire du mal.
Il y eut un petit silence.
– Et James dans tout ça ?
– Ça lui a enfin ouvert les yeux, sur Emily. Du moins, un petit peu. Elle lui avait raconté que Sasha était le fruit d'une aventure pendant l'une de leurs innombrables ruptures. Elle avait réussi je ne sais comment à le convaincre de passer outre, que leur vie redeviendrait normale une fois que Sasha serait adopté, mais ça a été la goutte d'eau pour lui quand il a appris la vérité sur la conception. Ça a cassé quelque chose chez lui, cassé le sort sous lequel elle le maintenait. Il a continué à l'aimer, mais a arrêté de l'idéaliser. C'était effrayant, le pouvoir qu'elle avait sur lui jusque-là. James était… comment dire ? Son petit chien.
Lily en resta bouche bée.
– Son quoi ?
– Je sais pas trop comment appeler autrement quelqu'un qui accoure lorsque sa petite amie fait des caprices, qui lui paie les choses les plus incroyables et qui ferme les yeux sur des infidélités qui les crèvent pourtant.
– Oh. J'ai du mal à imaginer James agir de la sorte.
– Et pourtant… il était une vraie petite loque.
– Qu'est-ce qu'il faisait avec elle ?
– Il l'aimait, dit simplement Heidi. Il était obsédé par elle, et était persuadé qu'elle était la femme de sa vie.
– Et elle ?
– Pour faire court, disons qu'elle est une sacrée croqueuse de diamant. Elle l'a utilisé pendant quatre ans sans aucun scrupule. Oh, je pense qu'elle l'aime d'une certaine manière, sinon elle n'aurait jamais pris autant de peine à lui cacher ses incartades. Elle n'est pas prête à s'engager, et veut garder James sous le coude. Il a fallu que j'intervienne pour que ce cirque s'arrête.
– C'est-à-dire ?
– Je n'étais de toute évidence pas très heureuse qu'Emily s'amuse à coucher avec mon fiancé. Alors, pour me venger, j'ai apporté des preuves irréfutables à James et… disons qu'on s'est consolés mutuellement.
Lily fronça les sourcils.
– J'en ai profité pour le séduire, et commencer une liaison, explicita Heidi. Emily a fini par l'apprendre, et était si furieuse qu'elle a tenté de se venger en couchant avec Lup-lup. Sauf qu'il l'a repoussée, l'a dit à Tiger-Tina, qui n'a pas apprécié et a failli lui casser la gueule. James est malheureusement intervenu à temps. Emily lui a demandé de choisir, et il ne l'a pas choisie. Fin du conte de fée.
Lily marqua une pause, le temps d'assimiler toutes ces informations, avant de demander:
– Pourquoi me racontes-tu tout ça ?
– Parce que je t'aime bien. Je respecte le fait que tu veuilles faire les choses à ta manière, et comme nous allons dans la même direction, je ne vois pas l'intérêt de te manipuler. Je pense qu'il est plus dans mon intérêt de te… guider dans la bonne direction.
SIRIUS ECARQUILLA LES YEUX.
– Mais comment c'est possible ? murmura-t-il. Comment Evans a pu remonter jusqu'aux Kanan ?
– La vraie question, c'est pourquoi, contra James. Qu'est-ce qui pourrait l'intéresser chez eux ? Qu'est-ce qui pourrait l'intéresser à Verveine ?
– Elle cherche probablement à découvrir ce qui te retient auprès d'Elinor, dit Sirius.
James soupira.
– Estimons-nous heureux qu'elle ne soit tombée sur personne de dangereux.
– Tu es sûr, au moins, qu'elle a abandonné ses investigations ?
– Ouais… Dorcas semblait certaine de l'avoir convaincue de ne plus s'y intéresser.
Ils se déplacèrent dans une nouvelle zone de la pièce souterraine afin de s'occuper d'une nouvelle partie du plafond, qu'ils embellissaient. Tandis que Peter et Remus faisaient l'inventaire des rafraichissements pour l'anniversaire, James et Sirius avaient pour tâche de décorer la pièce en constellant le plafond de centaines de petits cristaux luminescent de couleur bleue, pour donner une impression de voûte étoilée. Les allers-retours des premiers conféraient aux derniers assez de temps pour discuter des révélations de Dorcas et de l'étrange virée de Lily.
– Tu sais, dit soudain Sirius, tu devrais peut-être mettre Evans au courant de toute cette histoire.
– Hors de question, répliqua aussitôt James. T'es fou, ou quoi ?
– Non mais tu ferais d'une pierre deux coups, insista son ami. Elle comprendrait enfin pourquoi tu ne peux pas être avec elle. Elle t'attendrait, si tu lui donnais une raison d'attendre.
James éclata d'un rire incrédule.
– Est-ce qu'elle a l'air du genre de nana à rester tranquillement assise ? Si jamais elle apprend ce qu'on recherche, elle essayera également de percer le mystère par elle-même.
– Ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Ça fait des mois qu'on tourne en rond. Evans est intelligente, sa spécialité est l'étude des poisons, elle est bardée de distinctions. Peut-être qu'elle, elle pourrait réussir la Distillation du poison.
James s'interrompit. Connaître la composition du poison utilisé pourrait les mettre sur la piste de l'empoisonneur. Il pensa à la potion qu'il avait renversée par mégarde. Il n'y avait pas besoin d'être un expert en la matière pour savoir qu'un Philtre de Paix était un breuvage extrêmement difficile, et celle de Lily était un bleu turquoise parfait.
Elle était douée. Très douée.
Mais mêler Lily à cette histoire revenait à lui dessiner une cible dans le dos.
Non. Il ne prendrait pas le risque. Tina et lui avaient été mêlés à l'histoire dès le début, Dorcas en savait trop pour son propre bien du fait du travail de son époux, Sirius également prenait des risques professionnels en rapportant des informations sensibles. Et maintenant sa mère.
Il y avait déjà trop de monde en danger. Il ne prendrait pas le risque que Lily le soit aussi.
– Non, Sirius. Si jamais ça pète, je ne veux pas qu'elle se retrouve sur la liste noire de Bell.
MARLENE ET DORCAS revinrent de leur excursion peu de temps après le retour des Maraudeurs et de Doc et Katie, en compagnie de Benjy, le voisin d'en face avec qui la blonde s'était liée d'amitié.
– Benjy Fenwick, alias l'Homme-Sans-Aucune-Subtilité. N'hésitez pas à le frapper, s'il vous emmerde. C'est aussi accessoirement le batteur du groupe de rock dont je fais partie, ajouta-t-elle alors qu'il échangeait des poignées de mains avec les autres.
– Accessoirement ? protesta Benjy. Je suis le leader.
– Pour une raison bien obscure, si tu veux mon avis.
– Obscure ? C'est moi qui ai monté le groupe !
– Oui, mais je suis bien plus jolie.
– C'est quoi, le rapport ?
– Qu'est-ce que tu fais dans un groupe, McKinnon ? s'étonna James. Tu joues du triangle ?
Marlène dégaina un doigt d'honneur.
– Marlène est la chanteuse de mon groupe, expliqua Benjy. Et d'ailleurs, ajouta-t-il avec un petit sourire séducteur à l'adresse de Dorcas, qui semblait lui avoir tapé dans l'œil, une de mes choristes me fait faux bond pour le concert de demain. Ça te dirait de la remplacer ?
Cette dernière, peu habituée à se faire draguer, faillit recracher la cuillérée de glace qu'elle dégustait. Le sourire de Benjy s'élargit.
– Je… euh, je sais pas chanter, bafouilla une Dorcas rouge pivoine.
– Marlène non plus. On l'a simplement prise parce qu'elle est sexy en cuir et qu'elle nous rapporte du public. Elle chante en playback.
– Oi, protesta l'intéressée en lui donnant un coup. Ne divulgues pas tous mes secrets, toi.
Dorcas rit nerveusement, mais mit tout de même quelque distance entre Benjy et elle. Celui-ci se rapprocha de nouveau d'elle, avec cependant moins de subtilité.
– Alors ? insista-t-il d'une voix suave. Marlène m'a dit que tu chantais bien.
– J'ai jamais dit ça d'elle, protesta l'intéressée. J'ai dit ça à propos de Lily.
Benjy se tourna vers cette dernière, qui le menaça sans battre d'un cil :
– Je ne te connais pas très bien, mais si tu te mets à me faire du rentre-dedans, je n'hésiterais vraiment pas à te frapper, avertit-elle froidement.
– J'aime les femmes de caractère, dit Benjy avec un sourire en coin.
Lily attrapa son oreille d'un geste puis la tordit.
– Aaaaaargh ! hurla-t-il en tombant à genoux. Je plaisantais, je plaisantais!
Lily le libéra, et il se releva en lui jetant un regard noir.
– Quelle sauvagerie, commenta-t-il.
– T'as encore rien vu, s'esclaffa Marlène.
– De toute manière, et sans vouloir te vexer, t'es pas du tout mon genre. Contrairement à cette charmante demoiselle, ajouta-t-il en reportant son attention sur Dorcas.
– Je… Je dois aller aux chiottes, bafouilla cette dernière.
Elle s'enfuit presque en courant vers la maison.
– Tu perds ton temps, elle est mariée, informa Marlène.
– A qui ?
– Andréa. Il n'est pas là.
– S'il n'est pas là, il n'existe pas, déclara Benjy avec un sourire malicieux.
Marlène leva les yeux au ciel. Peter se pencha vers Sirius, et murmura discrètement :
– Dix que Benjy va réussir à dévergonder Dorcas.
APRES LE DEPART DE BENJY, la bande d'amis se dispersa à nouveau afin de se préparer pour la soirée.
Dorcas se réfugia dans la chambre de Lily et Marlène, et toutes trois s'amusèrent à essayer différentes tenues. Lily se décida très vite pour une robe noire très courte, Dorcas pour une paire de jeans, mais Marlène choisit sa tenue avec un soin particulier.
– Finn est le cousin de Lewis, l'un des guitaristes du groupe, expliqua-t-elle quand elles l'interrogèrent sur son pointillisme. Quand Lewis boit beaucoup, Finn vient souvent le chercher pour l'aider à rentrer, et j'aime être à mon avantage dans ces moments là.
– Oh, j'ai oublié ce crétin, s'écria Lily. Alors, comme ça il est là, à Bath ?
– Tu crois que c'est une coïncidence ? ajouta Dorcas.
Marlène haussa les épaules, et enfila une minijupe en cuir rouge.
– C'est bien possible, beaucoup de grandes familles passent leurs vacances ici. Et il semblait être aussi surpris que moi quand on s'est vus. Je pense que c'est un malheureux hasard.
– Et comment ça s'est passé ?
– Plutôt bien. Enfin, pour moi. La première fois qu'on s'est croisés, j'étais avec Benjy, et Finn en a déduit qu'on sortait ensemble alors on a joué le jeu. C'était super drôle, même s'il a malheureusement compris la dernière fois qu'on s'est croisés que Ben et moi on sortait pas vraiment ensemble. Longue histoire. Mais bref. Depuis, il tente désespérément de me récupérer et m'écrit tous les jours. Benjy et moi on veille aussi à donner à Lewis matière à colporter des rumeurs.
– Et… t'as pas peur de retomber dans ses bras ? demanda Lily d'une voix prudente.
– Je suis plus forte, dit fièrement Marlène.
– Mais tu l'aimes toujours, n'est-ce pas ?
Marlène resta pensive quelques secondes.
– J'ai besoin de plus de temps pour l'oublier totalement, admit-elle. Je l'ai vu pendant longtemps comme l'homme de ma vie, il a été mon premier et… je sais qu'il n'est pas bon pour moi, mais il y a ce que mon cœur veut et ce que ma tête sait. Heureusement, en ce moment, j'écoute plus ma tête que mon cœur. Je crois que j'ai mûri, en quelque sorte.
– Ça se voit, assura Dorcas avec tendresse.
– Et puis, James lui a lancé un maléfice, ce qui est vachement utile quand je suis sur le point de tomber sous son charme, ajouta Marlène.
– Comment ça ?
– A chaque fois que Finn raconte un mensonge, son visage se recouvre de pustules. Ça m'aide à garder les pieds sur terre.
Lily et Dorcas éclatèrent de rire.
– Finn étant lent à la détente, il n'a toujours pas fait le rapport, je suppose ?
Marlène sourit.
– Nope. Je ne suis pas sûre qu'il sente ce qui se passe sur son visage, car il n'a jamais aucune réaction. C'est un peu vexant quand même, qu'il passe littéralement son temps à me mentir. On a jamais eu une seule conversation sans que son visage ne finisse en tarte aux mûres.
– James est vraiment intelligent, commenta Dorcas avec appréciation.
– Et sadique.
– Sadique ? Je trouve ça hilarant.
Marlène remit son soutien-gorge en place.
– J'ai l'air comment ?
Dorcas la détailla de haut en bas avec un air appréciateur.
– D'une vrai pétasse.
– Oh, merci chérie, s'exclama Marlène d'une voix faussement émue.
Elle se tourna vers Lily, dont les longues jambes dépassaient de sa robe grandement décolletée dans le dos.
– Pas autant que toi, soit dit en passant, commenta-t-elle. James va mourir de jalousie.
Lily esquissa un grand sourire.
REMUS FUT SECOUE d'un petit rire suite à la blague d'Heidi, qui le regarda avec contentement, tout en lui caressant le bras.
– Hmm, gémit-il contre sa bouche. Elles m'ont manqué, ces lèvres.
– Vraiment ?
Elle avait l'air sincèrement ravie par son aveu.
– Vraiment, affirma-t-il en se redressant. En fait… je croyais que tu m'en voulais pour quelque chose.
– Pourquoi ça ?
Remus haussa les épaules.
– T'as été distante toute la journée, dit-il sur un ton faussement détaché.
Contrairement à ce à quoi elle l'avait habituée ces derniers temps, elle ne lui avait pas sauté au cou une seule fois de la journée, et avait même affiché une indifférence qui l'avait totalement déstabilisé.
Quel grand soulagement, quand elle lui avait fait comprendre qu'elle ne s'était pas soudain lassée de leur liaison à la perspective de nouveaux flirts à Bath (non pas qu'il y avait pensé toute la journée, et que ça l'avait torturé, et qu'il avait par conséquent été encore plus taciturne que d'habitude.)
Une demi-heure plus tôt, Heidi avait trouvé un prétexte pour s'incruster dans la chambre de Remus et Peter et un autre pour éloigner ce dernier. A peine la porte refermée qu'elle s'était jetée sur son amant et l'avait embrassé langoureusement. Remus, sevré toute la journée de sa présence bruyante, à laquelle il s'était habitué ces dernières semaines, se rendit compte uniquement à ce moment-là qu'elle lui avait manqué.
Elle.
Pas (uniquement) son corps, mais plutôt sa bonne humeur, son impertinence, ses rires. Heidi était vive, impertinente, drôle et toujours souriante, et Remus aimait les femmes dont la personnalité contrastait avec la sienne, si modérée, concise et carrée.
(Elle lui rappelait un peu Tina)
Heidi se mordit la lèvre, et le regarda quelques secondes avant de répondre.
– C'est parce que j'aime bien te sauter dessus, et que je ne voulais pas t'embarrasser devant tes amis.
Remus afficha un air confus.
– Pourquoi est-ce que je serai embarrassé par toi ?
– Tu vas me dire que ce n'est pas le cas ? s'étonna-t-elle.
Elle avait l'air si surprise qu'il sentit son cœur se serrer.
– J'ai pas honte de toi, assura-t-il.
Elle fronça les sourcils.
– Mais… tu as pourtant dit à tes amis qu'on ne sortait pas ensemble. Ce qui n'est pas faux. On sort pas ensemble. Je ne sais même pas ce qu'on fait, de toute manière.
– Hey…
– Je ne suis pas en train de t'engueuler, rassures toi, s'empressa-t-elle de préciser.
Elle se releva et commença également à se rhabiller. Remus la prit par les épaules pour la forcer à se calmer.
– J'ai pas honte de toi, répéta-t-il avec sincérité. Et je suis désolé, si je t'ai donné cette impression. Je suis désolé, OK ?
Elle finit par hocher de la tête. Il se rallongea, et l'attira contre lui avant de poursuivre :
– C'est juste que je sors d'une longue relation, et que j'essaie de m'en remettre. Toi et moi, c'est arrivé super vite, alors que je ne m'y attendais pas, et je ne sais pas vraiment ce qu'on veut dire. Je ne sais pas où on va… je ne sais pas ce que je veux… je sais juste que je me sens moins seul quand tu es avec moi.
Elle sourit timidement.
– Je me sens moins seule aussi, quand tu es là.
Elle l'embrassa du bout des lèvres.
– Restes toi-même quand tu es avec moi. C'est ce que j'aime chez toi.
Se redressa sur un bras.
– Tu sais ce que moi, j'aime le plus chez toi ? dit-elle soudain.
Il fit semblant de réfléchir.
– Mon corps d'athlète ?
– Non, pas vraiment, répliqua-t-elle en tirant sur la peau de son ventre. Non, c'est le fait que tu sois toujours sincère, que tu me dises où tu en es. Ou on en est. Tu ne me promets rien, tu ne me fais pas rêver, mais notre réalité est agréable.
Elle se blottit contre lui, et manqua ainsi le regard soucieux de Remus, trahissant la vague de culpabilité qui le traversait.
– T'es sûre que ce n'est pas mon corps d'athlète que tu aimes le plus ? plaisanta-t-il.
Heidi rit, puis passa les bras autour de son ventre.
– Oh, je l'aime bien aussi, admit-elle.
Elle « aimait bien » tout chez lui
AU GRAND DAM DE DORCAS, Benjy fit son retour en plein milieu du barbecue animé qui avaient lieu dans la villa, attiré par les délicieuses effluves des viandes grillant au charbon sous la supervision de Lily et Doc et accompagné par le reste de son groupe que Marlène s'empressa de présenter à tous.
Ils n'étaient pas les seuls à s'être incrustés dans la soirée. Frank et Alice se joignirent à eux, suivis par Sturgis et Amelia. Peter arriva de sa mystérieuse escapade en compagnie de Bart Croupton. Hestia débarqua avec Rufus, son petit ami tatoueur très tatoué, mais aussi de sa meilleure amie Selene Leoh (qui, si elle n'adressa pas un mot à Sirius, se montra assez généreuse avec les doigts d'honneur). Même Finn Fox se hasarda à pointer son nez… avant de déguerpir très vite en réalisant que Doc et James étaient présent à la villa.
Benjy ne quitta pas Dorcas d'une semelle, qu'il tentait de séduire sans vergogne malgré les fins de non-recevoir qu'elle lui adressait. Quand Marlène finit par prendre Benjy à part dans la cuisine, James était persuadé que c'était pour le sommer d'arrêter d'importuner la pauvre Dorcas, dont le visage était d'un rouge soutenu depuis l'arrivée du leader – de colère ou de timidité, cela restait à définir car elle n'avait pas levé la voix une seule fois comme à son habitude. Et en effet, à leur retour, Benjy cessa de se montrer aussi insistant auprès de la brune.
Pour, à la grande horreur de James, reporter ses attentions sur la rousse.
Qui, contrairement à plus tôt dans la journée, sembla le trouver bien moins agaçant.
Peut-être parce qu'il avait trouvé le premier prétexte pour faire tomber la chemise, et que sa tablette de chocolat était assez impressionnante.
James eut d'ailleurs besoin de tout son self-control pour ne pas assommer son nouveau rival quand Lily lui toucha sa musculature en gloussant.
Cette dernière n'eut pas plus besoin de se forcer à apprécier le torse viril de Benjy que sa compagnie, car si le jeune homme n'était pas subtil dans ses avances, il compensait ses manières directes par une personnalité vive et amusante. Il faisait souvent le clown pour épater et faire rire la galerie, mais c'était exactement ce dont elle avait besoin. D'une distraction. D'une bonne soirée. D'alcool. De fous rire. Et d'un complice assez bien bâti pour rendre James jaloux.
Lily ignorait qui Benjy tentait de faire réagir de son côté, mais il jouait le jeu à la perfection et c'était ce qui importait. Elle eut quand même un petit coup de chaleur quand il la fit danser sur une musique tropicale, ce qui leur donna pendant quelques minutes une excuse toute faite pour se trémousser l'un contre l'autre. Quand Benjy la fit tournoyer avant de poser la main sur le bas de son dos, elle rougit et fut humainement distraite du but premier de leur partenariat…
Jusqu'à ce qu'un bruit de verre brisé la ramena sur terre.
Ils se tournèrent vers l'origine du bruit.
James, surpris par son propre accès de fureur, regardait d'un air stupéfait sa main couverte de sang et des éclats du verre qu'il sirotait encore quelques secondes plus tôt.
DORCAS TAPOTA TENDREMENT l'une des grandes feuilles de la plante du salon comme s'il s'agissait d'une main, sans cesser son discours d'encouragement qu'elle dispensait d'une voix éraillée :
– … Et si tu veux devenir père Noël, deviens père Noël…. Mais faudra peut-être que tu tues l'original d'abord, et c'est pas gagné, hein, faut pas croire, il est tellement gros que s'il te roule dessus c'est fini pour ta gueule…
Lily et Marlène échangèrent un regard consterné, avant de foudroyer Doc, qui, hilare, ne voulait pas mettre fin à l'absurde monologue de son amie qu'il voyait ivre pour la première fois.
La soirée venait de toucher à sa fin, et les Maraudeurs s'assuraient que les derniers convives retournaient chez eux sains et saufs car la boisson avait coulé à flot. Dorcas était toutefois celle qui en avait le plus abusé, et s'était liée d'amitié avec la plante verte de Mrs Potter (dans le pot de laquelle elle avait pourtant vomi plus tôt dans la soirée) avec qui elle discutait depuis près d'une demi-heure.
– … T'as déjà vu un bébé pigeon ? continua-t-elle. J'en ai jamais vu... Je connais que les pigeons adultes. Un jour quand j'étais petite, Evan - c'était mon voisin, Evan. Il était pas gentil... bah Evan il a accroché des pétards a une ficelle a la patte d'un pigeon... le pigeon, il a volé, et paf... feu d'artifices dans le ciel...
– Doc, insista Lily en croisant les bras.
– Oh, allez, encore cinq minutes ! supplia Doc. C'est trop marrant.
– … Parait que c'est bon avec du sel et des oignons….
– Doc !
– OK, OK…
Il soupira, puis s'approcha de Dorcas.
– Ma puce, je crois qu'il est temps d'aller au lit, déclara-t-il avec regret.
Au bout d'une courte bataille au cours de laquelle elle le griffa plusieurs fois, Dorcas consentit à aller se coucher. Elle se révéla cependant incapable de tenir debout, et Doc dut se résigner à la porter dans ses bras. Katie, qui, jusque-là bavardait joyeusement avec Heidi, devint brusquement silencieuse quand Dorcas passa les siens autour du cou de Doc.
– Oi, Doc ! s'écria-t-elle avant d'éclater de rire.
– Oui ?
– Je t'aime trop, tu sais ! T'es trop mon meilleur ami, tu sais ? Vous êtes tous mes meilleurs amis. Il est où Remus ? Lui aussi, c'est mon meilleur ami…
– C'est ça, c'est ça…
Il parvint à embrasser sa petite amie pour lui souhaiter bonne nuit, puis disparut dans la chambre que Dorcas et lui partageaient. Lily et Marlène montèrent se coucher peu après, et Katie et Heidi prirent son exemple.
Elles se mirent en pyjama et nuisette, puis se glissèrent dans le lit spacieux qu'elles partageraient pendant le séjour. Katie éteignit rapidement la lumière afin de pouvoir laisser échapper sa peine à l'insu de sa camarade de chambre, mais Heidi, désolée par la jalousie de la blonde, ralluma les feux et se rassit.
– Tu veux un conseil, Kit Kat ? lança-t-elle d'une voix sérieuse.
Katie hésita, puis hocha la tête.
– Il n'y a rien de sexy dans une fille jalouse ou pas sure d'elle. Absolument rien.
– Je sais, ronchonna la blonde en rougissant. Mais je n'aime quand même pas l'idée qu'il partage la chambre avec une autre fille. Même si c'est Dorcas, et qu'elle est mariée, et que je sais au fond de moi qu'il ne se passera rien même si elle est bourrée.
– Tu veux qu'on échange ? proposa Heidi. Ça ne me dérange pas de descendre avec Cascas, comme ça toi et Dods vous pourriez…
Mais Katie secoua fermement la tête avant même qu'elle n'eut fini sa phrase, et la brune réprima un froncement de sourcils.
Elle ne comprenait pas l'étrange répartition des chambres, que James avait organisé en fonction des demandes de chacun. Heidi, par exemple, avait demandé à ne pas dormir avec Remus pour ne pas le forcer à les déclarer comme un couple tant qu'il ne sentirait pas prêt. Mais Katie et Doc dans des chambres différentes ? C'était un mystère, d'autant qu'ils sortaient ensemble depuis des mois. Quand Heidi l'avait interrogée pendant qu'elles s'installaient peur de temps après leur arrivée, Katie avait changé de sujet et Heidi en avait déduit qu'elle ne souhaitait pas en parler.
Heidi n'était pas subtile d'ordinaire, mais quelque chose chez Katie lui avait instantanément plu, et lui donnait envie de se montrer plus bienveillante et délicate qu'elle l'était avec les autres.
– Sérieux, reprit-elle avec douceur, tu as passé une heure à me dire à quel point ton copain est fabuleux, alors pourquoi ce revirement tout à coup ? Tu ne lui fais pas confiance ?
– C'est à elle que je ne fais pas confiance.
Heidi eut l'air confus.
– Ils ne sont qu'amis, non ? Et Cascas n'a pas l'air d'être ce genre de personne.
– Je sais, soupira Katie. Mais elle reste une fille, et elle est vachement proche de Doc.
– T'es jalouse de toutes les filles qui s'approchent de lui ?
– Non. Je ne suis pas à l'aise avec celles dont il est proche. Tu vois, il y a ces petits regards, ces blagues privées, ces références et cette compréhension tacite entre eux que je ne pourrais jamais comprendre. Je ne peux pas m'empêcher de me méfier d'elle, ou de Lily, ou de Marlène.
– Tu penses qu'elles ont des arrières pensées ?
Katie esquissa une grimace, puis dit à mi-voix :
– Non, mais… tu sais. Elles sont jolies, et sexy.
– Toi aussi, tu l'es, déclara Heidi en lui donnant une petite tape sur les fesses. Tu me ferais presque de la concurrence.
Mais Katie ne se dérida qu'un court instant.
– On ne joue pas vraiment dans la même ligue, marmonna-t-elle d'une voix douloureuse. Elles sont bien plus séduisantes que moi.
Heidi haussa les épaules.
– Et alors ? Je vais pas te mentir, elles sont plus jolies que toi, mais ce qui importe c'est que Dods ne semble pas intéressé par elles. Parole de moche, la beauté ne fait pas tout.
Katie sourit timidement, avant de demander d'une petite voix.
– Comment je pourrais être sûre à cent pour cent qu'il ne craquera pas devant toute cette tentation ?
– Tu ne peux pas, répondit simplement Heidi.
Katie soupira, puis bascula sur le dos et fixa le plafond. Elle était soudain envahie par une grande lassitude.
– Ecoutes, reprit la brune, tu peux choisir de passer tes journées et tes nuits à te sentir menacée par les autres filles, ou tu peux choisir de faire confiance à ton mec. Ou tu peux choisir aussi d'être celle de qui toutes les autres se sentent menacées, ajouta-t-elle après une pause pensive. Mais je doute que ce soit ton genre, hein ?
Katie sourit à nouveau.
– Il t'a déjà trompé ? questionna Heidi.
– Non.
– Mais tu penses qu'il y pense ?
Katie hésita.
– Non… je… je ne sais pas.
– Comment ça, tu ne sais pas ? Il mate d'autres filles quand vous êtes ensemble ? Il flirte ? Non ? Ben pourquoi tu ne lui fais pas confiance, alors ?
Elle se tortilla dans son coin pendant un moment avant de répondre.
– C'est juste que je sais que le sexe est très important pour les hommes, et que lui et moi… enfin…
Le front de Heidi se rida.
– Vous ne couchez pas ensemble ?
Katie secoua la tête.
– Non.
– Mais pourquoi ?
Heidi ne semblait pas trouver la logique dans leur choix d'abstinence.
– C'est compliqué.
– Je suis certaine d'être assez intelligente pour comprendre.
– Je… Je ne suis pas encore prête à franchir ce cap.
– Mais ça fait quoi ? Six mois que vous sortez ensemble. Et tu me dis qu'il est génial. Qu'est-ce qui te retient ?
Elle eut l'air très gênée, et Heidi mit quelques secondes à en comprendre l'origine. Elle écarquilla les yeux de stupeur.
– Wow. Wow. Me dis pas que t'es vierge ? chuchota-t-elle.
Katie acquiesça. Heidi la regarda quelques secondes, l'air éberluée.
– T'as jamais vu le loup ? Comment ça se fait ? T'as quel âge ?
– J'ai vingt-deux ans, mais le fait que je n'ai jamais rien fait n'a rien à voir avec l'âge, répliqua froidement Katie.
– Ne te braques pas, je n'étais pas en train de te blâmer, se défendit Heidi. C'est juste que c'est la première fois que j'en rencontre une. Je suis très honorée.
Elle lui tendit solennellement la main, et la blonde rit de nouveau et la lui serra.
– Pourquoi as-tu l'air si gênée ? demanda doucement Heidi. Je trouve que c'est super. Enfin, le sexe aussi, c'est super, je vais pas te mentir, tu verras quand tu sauteras le pas. T'adoreras ça. J'adore ça.
– Je sais, je vous ai entendu, Remus et toi, répliqua Katie. Il me semble que quelque chose a été dit au sujet des sortilèges d'insonorisation.
– Oui… désolée, on était un peu pressés. Mais ne change pas de sujet. Pourquoi tu n'as jamais rien fait ? Par manque d'envie, ou d'occasion ? Enfin, d'occasion, ça m'étonnerait avec un cul comme le tien. Je sais reconnaitre une œuvre d'art quand j'en vois une.
Katie rit.
– T'es bête.
– Je sais. Alors ?
– On vit dans une société ou les gens sont très étonnés qu'une nana préserve sa vertu et pas du tout surpris qu'elle l'ait déjà fait avant même d'avoir fini le collège. Tu ne trouves pas ça étonnant ?
Heidi haussa les épaules.
– Les mœurs ont changés.
– Je ne me reconnais pas, dans les nouvelles valeurs.
Elle hésita, puis questionna :
– Pourquoi toi, tu n'es pas vierge ?
– Parce que j'ai un cul encore plus génial que le tiens, rétorqua Heidi. Ça attire les garçons, et parmi ces garçons on peut trouver de beaux garçons, et je ne voyais pas de raisons de me retenir. Je suis une femme libre, et franchement volage.
Katie eut un rire sans joie.
– Je déteste cette expression. Les filles qui couchent sont vues comme des femmes libres, et les filles comme moi sommes des prudes coincées et frigides. Je me considère comme une femme libre, car je choisis avec qui je couche, ou non en l'occurrence, et je n'ai pas envie d'être jugée pour cela.
– Je ne suis pas en train de te juger, répéta Heidi. Le fait que tu ne veuilles pas coucher est tout à ton honneur. J'essaie… simplement de te comprendre. J'en connais pas beaucoup, des filles ou des garçons qui attendent. C'est donc par choix que tu ne l'a jamais fait ?
Katie rougit légèrement.
– J'ai envie d'attendre le mariage.
– C'est honorable, dit sincèrement Heidi. Et qu'est-ce qu'il en pense, Dods ?
– Il respecte mon choix.
– Il n'a jamais rien tenté ?
– Bien sûr que si. Mais, je suppose que je ne peux pas lui en vouloir, hein ? J'habite pratiquement chez lui depuis quelques temps. On dort dans le même lit, ça doit être super dur pour lui.
– Sans jeu de mot, je suppose ?
– Rhoo, ta gueule.
Mais l'amusement pointait dans sa voix.
– Et toi ? Comment tu fais, pour te retenir ? Parce que tu fais genre la nana qui n'a aucune libido mais…
– C'est privé, ça, interrompit la coiffeuse.
– Oh, ho ! Donc, ça veut dire que tu as bel et bien fait des petites choses ?
– Heidi, on vient seulement de se rencontrer, donc même si c'était le cas, je ne te dirais rien.
– Dommage, car je suis généralement de bon conseil. J'aurais pu t'apprendre des techniques de Geisha et tout…
Katie éclata de rire, puis elles tombèrent dans un silence agréable.
– C'était quand, ta première fois, à toi ? demanda soudain Katie.
– Ma première-première fois ou ma deuxième-première fois ? demanda Heidi.
Katie fronça les sourcils.
– Comment est-ce possible, une deuxième première fois ?
– Quand la première fois est un échec total, tu la recommence.
Elle marqua une pause théâtrale, avant d'ajouter :
– Pour tout te dire, j'ai même eu une troisième première fois…
LILY EUT DU MAL à s'endormir cette nuit-là, et ce n'était pas uniquement à cause de la chaleur ou des petits ronflements de Marlène. Elle réfléchissait à James, à elle, et à ce qu'ils faisaient vingt-quatre heures plus tôt, et à son coup de sang qui l'avait amené à se blesser.
En flirtant avec Benjy, elle avait espéré une réaction de la part de James. Mais peut-être pas celle-là.
La chambre qu'elle occupait avec Marlène était située du même côté du couloir que celle de James et Sirius, et communiquait également par l'extérieur. Aussi, quand elle entendit un éternuement en provenance du balcon, elle se leva et espéra y rencontrer Sirius, avec qui elle n'avait pas eu l'occasion de discuter seule à seule depuis son arrivée.
Cependant, son souhait n'avait qu'une chance sur deux de se réaliser, et ce fut James qu'elle trouva installé dans une chaise confortable et lisant un roman. Elle voulut faire demi-tour, mais il leva la tête à ce moment-là et elle n'osa plus reculer. Elle ne voulait pas complexifier une situation qui l'était déjà en l'ignorant ostensiblement.
– Hey, lança-t-elle en s'approchant.
– Hey.
– Je peux venir m'asseoir ?
Il haussa des épaules, et elle s'installa sur la chaise qui lui faisait face.
– Comment va ta main ?
Peter l'avait soigneusement bandée après l'avoir débarrassée des morceaux de verres.
– J'y survivrai, répliqua James.
Un ange passa.
– Tu l'as fait exprès, hein ? demanda-t-il d'une voix froide.
Lily leva un sourcil.
– Pardon ?
– T'as fait exprès de me rendre jaloux. Tu cherchais à me faire réagir en dansant avec Benjy.
Elle secoua la tête.
– Tout ce que je fais n'a pas un rapport avec toi, mentit-elle. Benjy et moi, on ne faisait que s'amuser.
– Mais bien sûr, railla-t-il sur un ton sarcastique.
Elle fronça les sourcils.
– Pourquoi es-tu aussi énervé ?
Il ouvrit la bouche, croisa son regard, et se ravisa.
– Rien, grommela-t-il. Laisse tomber.
Elle se leva, tourna les talons pour regagner sa chambre, mais se ravisa au dernier moment et revint vers lui.
– James, l'interpella-t-elle d'une voix qui tremblait un peu. J'essaie simplement de me faire à l'idée que toi et moi, ça n'arrivera jamais, quelques soient nos sentiments. J'essaie d'aller de l'avant. Est-ce que je peux vraiment être blâmée pour ça ?
Il détourna les yeux.
– Non. Et toi, est-ce que tu peux me blâmer d'être jaloux quand tu flirte avec quelqu'un sous mon nez alors qu'on était ensemble il y a quelques heures encore ?
Silence.
– Non, admit-elle dans un souffle.
Elle se mordit la lèvre. Il se passa les mains dans les cheveux.
– Bonne nuit, Lily.
C'était une manière polie de lui dire qu'il voulait être seul ? Elle sentit son cœur se serrer, mais ne laissa rien transparaître.
– Bonne nuit, James.
Blabla de l'auteur !
Je le répète, quel plaisir de vous retrouver ! Je suis vraiment heureuse.
Je sais pas trop quoi penser de ce chapitre, s'il est bien ou non. L'essentiel, c'est qu'il soit cohérent à ce stade de l'histoire. Il y a beaucoup de choses qui se passent en même temps car plusieurs personnages importants se retrouvent pendant trois jours au même endroit. Beaucoup d'intrigues secondaires vont d'ailleurs être résolues, comme vous avez pu le deviner. Et c'est aussi la raison pour laquelle il n'y a pas de POV principal.
Si vous n'êtes pas fan de Heidi, je suis bien désolée qu'elle ait eu une place prépondérante dans ce chapitre, mais je n'avais pas beaucoup le choix.
Merci à : Crapette, Lilie147, Chevalier du cat, Sheshe13, ptitcoeurfragile et Anonyme pour avoir reviewé le chapitre précédent, Sundae Vanille pour continuer de reviewer ceux antérieurs :) Zêtes supers!
Merci également à ceux qui followent et mettent en favori!
Merci enfin aux lecteurs-ninjas de l'ombre!
Chais pas trop quand est-ce que je mettrais a jour la prochaine fois, probablement dans 2 semaines :)
En attendant… Reviewez, canailloux !
EDIT DU 30/9/2016: je ne vous ai pas oubliés, et continue à bosser sur la suite. Vous l'aurez prochainement, et merci pour votre patience!
EDIT DU 10/10/2016: j'en suis à 80%, vraiment désolée pour le retard, :( Je suis mécontente avec ce délai.
EDIT DU 18/10/2016: chapitre fini aujourd'hui, je suis dans la relecture et la correction. Merci pour votre incroyable patience et vos encouragements!
