Note (plutôt sérieuse pour une fois) de l'auteur:
C'est la première fois que j'écris une note en tirant un peu la tronche: j'ai eu la bêtise de faire des modifications importantes directement sur le site au lieu de mon logiciel de traitement de texte, et j'ai perdu la correction de la fin de ce chapitre, et les RARs des reviews anonymes. En sauvegardant, ma connexion m'a dit bye bye et tout a disparu dans le néant. Je vous avoue que je suis verte, mais verte.
Du coup, je me suis retrouvée face à un dilemme: briser ma promesse et mettre à jour plus tard, ce qui me laisserait le temps de reprendre la fin et de finir et les RARs anonymes et les signées, OU ALORS couper ce (putain de merde) de chapitre qui hyper long?
J'ai, comme vous le voyez, penché pour la seconde option, en espérant avoir fait le bon choix.
Je tenais vraiment à vous présenter mes excuses pour le retard, ça m'a dérangé plus que vous ne pourrez jamais le savoir. Je suis également supra désolée concernant les RARs. A ce jour, ça me bouffe encore plus que le retard de MAJ. J'ai l'impression de manquer de respect aux personnes qui prennent le temps de laisser un commentaire. Et souvent, je vous dis que c'est par flemme, mais la vérité est que je suis bordélique, facilement distraite, pas organisée, et juste overbookée en ce moment. Je vous les dois, ces réponses, et je suis sincèrement désolée que ça prenne autant de temps. En plus, j'adore parler avec vous, c'est même pas comme si j'aimais pas ça. J'adore autant répondre aux reviews que les découvrir.
Je vous promets de faire un effort de ce côté là, et j'ose espérer que vous me pardonnerez et continuerez à me laisser de superbes reviews.
Pour revenir à la fin de ce chapitre (oui, le second jour est putain de super long), j'ai beaucoup de travail ce soir car j'ai cours demain, faut que je fasse mes devoirs, donc je pense la publier demain soir, ou lundi max. Elle est finie, mais je sais que j'écris n'importe quoi quand je suis crevée et ce chapitre a été un calvaire de bout en bout (j'aime plutot le contenu et les histoires, mais mon Dieu, plus jamais autant de subplots en meme temps et de personnages au meme endroit).
En parlant du contenu, cette fic est un JILY mais on approche de la fin donc il faut bien que je boucle les subplots des personnages secondaires. J'espere que vous appréciez tout même quand le focus n'est pas sur James et Lily uniquement. Si ce n'est pas le cas, n'hésitez pas à m'en parler: j'apprends énormément de vos critiques, mon écriture et ma façon d'aborder des sujets dans l'histoire a évolué grace à vous. Et si vous appréciez, bah je suis vraiment contente.
Voilà, voilà.
Il y aura surement des coquilles et des erreurs pas corrigées, car à force de lire et relire on sature. Je corrigerais au fur et à mesure.
Merci pour tout, vous égayez mes journées. Merci.
Gros bisous à tous!
CHAPITRE 29: Juste le rock'n'roll si tu veux bien (2/4)– Ø
l e
second
jour
LILY REGARDA les cheveux couleur turquoise de Hestia et son petit ami Rufus avec envie.
– Je veux avoir des cheveux flashy, moi aussi, gémit-elle.
– Roux, ce n'est pas assez flashy ? s'étonna Hestia.
– Bleu, c'est bien plus cool. Je veux avoir l'air cool.
– T'as du goût, dit Rufus avec fierté.
Ils s'en tapèrent cinq, et Selene roula des yeux peu discrètement devant leur enthousiasme qu'elle jugeait enfantin. Elle ne s'était pas départie de son classique air boudeur et mécontent depuis qu'elle avait franchi le seuil, et n'avait pas décroché un seul mot non plus. Hestia avait tenté d'expliquer que son amie n'était pas du matin, et tout le monde décida soigneusement de la laisser mariner dans sa mauvaise humeur.
– S'il te plaît, Katie, tu pourrais me colorer les cheveux ? supplia Lily, les yeux emplis d'espoir. Un truc temporaire qui ne les abîmerait pas?
La coiffeuse resta pensive quelques secondes, le temps de voir les possibilités:
– Ça ne vas être facile de masquer ce roux, dit-elle prudemment. Et puis du bleu… c'est pas une couleur dont j'ai l'habitude. Ça pourrait tourner à la catastrophe.
– Du bleu et du rouge, ça fait du violet, dit Hestia. J'trouve que ça peut être pas mal.
– Euh... ça ne marche pas vraiment comme ça, dit Katie, amusée.
– Je te fais confiance, Katie, assura Lily.T'es la meilleure, tu sais que tu peux le faire, t'es la coiffeuse des stars. Si t'as pu me faire une jolie coupe avec le buisson que je t'ai amené jeudi, tu peux tout faire. Impossible que tu me rates, tu es bien trop forte.
Katie tenta en vain de paraître modeste devant un tel éloge.
– Eh bien, j'ai peut-être une idée, et ça pourrait être l'occasion de tester la gamme de produits que Mr Potter m'a offerte. Je pense notamment à la mousse, mais ça part avec l'eau donc ce sera temporaire.
– Je ne peux pas me baigner de toute manière, à cause de mes brûlures, fit remarquer Lily.
Elle leva le bras, qui luisait comme s'il était recouvert d'huile car sa peau n'avait pas fini d'absorber la crème apaisante qu'elle devait appliquer chaque jour.
– Parfait alors, dit Katie. Je vais chercher les produits dont j'ai besoin.
Dans les escalier, la jeune femme croisa Remus et Sirius, qui descendaient enfin prendre leur petit déjeuner dans la cuisine, où Peter supervisait la préparation du pique nique de ce midi. Le groupe avait en effet décidé de profiter de la météo clémente afin de se rendre à la plage de la ville de Brighton, située à trois quart d'heure de route en Magicobus.
Les très patients Bart, Franck et Alice servaient de commis de cuisine de l'exigeant Peter, dont la méticulosité avait déjà fait fuir Sturgis, Amelia et Heidi. Ces trois derniers étaient à présent installés dans le jardin, et Heidi tentait subtilement de découvrir si ses interlocuteurs étaient réellement seulement amis, comme ils le prétendaient. A quelques mètres d'eux, Marlène avait coincé Caradoc dans un coin, et tentait de le convaincre de retirer la bande de cire épilatoire engluée sur les poils de son dos, mais le jeune homme, encore traumatisé par la douleur causée par le retrait de la première, refusait catégoriquement d'entendre raison.
– Tu ne peux te promener avec ça dans le dos, s'exaspéra Marlène.
– Je peux, rétorqua Doc sur un ton de défi.
– Ne sois pas ridicule. T'as été curieux, assume !
Caradoc secoua la tête, passa sous le bras de son amie et se réfugia dans le salon où il ferma les portes-fenêtre au nez de Marlène.
– Doc ! s'indigna-t-elle en actionnant en vain la poignée. Ouvre la porte!
– Jamais !
Selene poussa un soupir consterné. Lily se glissa discrètement derrière Doc… et arracha la bande de cire d'un coup sec. Le jeune homme hurla, puis tomba en position fœtale.
Katie, qui revenait dans la pièce à ce moment là, roula des yeux mais ne montra aucune compassion envers son copain agonisant.
– Viens, Lily, dit-elle en tirant une chaise.
Attiré par le bruit, Sirius débarqua dans le salon.
– Qu'est-ce qui se passe ? s'enquit-il.
– Je meurs, gémit Doc, qui fusillait une Lily impassible du regard.
– Pas en silence, malheureusement, maugréa Selene.
Rufus plissa les paupières :
– Hey, si tu comptes être aussi agréable toute la journée, pourquoi est-ce que tu ne retournes pas chez toi ? proposa-t-il d'une voix glaciale.
– Rufus, intervint Hestia.
– Elle me saoule, à toujours faire la gueule. Si ça la fait chier d'être ici, personne ne l'oblige à rester.
Hestia soupira.
– Sel, viens avec moi deux secondes.
Elle quitta la pièce. Selene soupira avant de se lever, jeta un regard venimeux à Rufus qui le lui rendit, un haineux à Sirius quand elle passa à sa hauteur, puis disparut dans la pièce coincée entre la chambre de Dorcas et le salon, qui servait à la fois de bureau et de bibliothèque.
Sirius s'approcha de Katie et Lily, observa le travail que la coiffeuse faisait, puis exigea d'une voix plaintive :
– Je veux avoir des cheveux flashy, moi aussi.
Katie se retrouva très vite à colorer les cheveux de tous les vacanciers, à l'exception de Selene, dans les couleurs les plus invraisemblables, et le spectacle laissa James bouche bée quand il rentra enfin une heure plus tard. La valse de couleurs réussit même l'exploit de le distraire de la culpabilité qui le dévorait depuis qu'il avait quitté Emily une heure plus tôt.
– Mes parents ont dit pas de drogues, plaisanta-t-il une fois remis de son choc.
– T'étais où ? s'enquit Remus.
James haussa les épaules.
– Je suis juste allé prendre l'air, j'ai pas vu le temps passer, dit-il sur un ton évasif. Mais, plus important… je veux des cheveux flashy, moi aussi ! Je veux pas être tout seul à avoir l'air normal.
– T'as vraiment trop de personnalité, ironisa Remus.
– Je sais.
Katie secoua sa bombe, puis dit :
– Il m'en reste juste assez pour te faire une mèche, si ça te va. Du vert...
– Bien sûr que ça me va, dit James sur un ton faussement angoissé. Quelque soit la couleur. Je ne veux pas être différent des autres.
– T'en fais trop, là.
– Ah.
Il prit la place de Bart, dont elle venait de finir de s'occuper, et qui arborait fièrement une affreuse crinière multicolore.
– Tu te laisses pousser les cheveux ? demanda Katie en tirant sur une mèche.
– J'ai surtout oublié de les couper, répliqua James.
Il croisa brièvement le regard de Lily, qui l'observait discrètement depuis son arrivée, avant de détourner les yeux. Il se sentait incapable de lui faire face. Le cœur de Lily se serra, bien qu'elle ne laissa rien transparaître, et Marlène, qui avait suivi l'échange, lui jeta un coup d'œil désolé.
– Où est Dorcas ? s'étonna soudain James.
– Malade comme un chien, annonça Sirius. Elle ne se remet toujours pas de sa cuite.
– Elle a décidé de rester se reposer, ajouta Marlène. Elle nous rejoindra dans la journée si elle va mieux.
– Oh, dit James, l'air immédiatement soucieux. Je devrais peut-être demander à Betsy de venir s'occuper d'elle en notre absence ?
– Oh, tu sais, c'est qu'une gueule de bois, assura Marlène. On lui a laissé tout plein de potions, et au pire, j'ai demandé à Benjy de venir jeter un coup d'œil de temps en temps pour vérifier qu'elle va bien.
– Oh. Benjy ne vient pas avec nous ?
Il avait du mal à masquer sa satisfaction à l'idée de ne pas avoir à supporter son voisin, avec qui il ne s'était jamais réellement entendu sans être des ennemis pour autant. James aimait encore moins Benjy depuis que ce dernier avait embrassé Lily dans le cou la veille.
– Non, il a le concert a préparer pour ce soir, dit Marlène. Le groupe va répéter toute la journée.
– Et... tu fais pas partie du groupe ? s'étonna Sirius.
– Ma participation se résume à être moi-même, c'est-à-dire incroyablement sexy. Et comme je le suis naturellement, pas besoin d'entraînement.
James et Sirius roulèrent des yeux.
– Fini, annonça Katie.
James se regarda dans le miroir, et murmura dans une parfaite imitation de sa fiancée.
– Qu'est-ce que je suis beau.
Son allégresse et son insouciance s'évaporèrent cependant quand il s'isola dans sa chambre, et la longue douche qu'il prit ne parvint par à le délivrer de la sensation de dégoût qu'il ressentait envers lui-même.
Il se sentait dégueulasse, dans tous les sens du termes. L'eau qui ruisselait sur lui ne changeait pas ce fait.
La tête ridicule qu'il avait, ainsi coiffé d'un bonnet de bain de sa mère afin de protéger sa coloration, le dérida un instant quand il osa se regarder dans le miroir, mais son sourire disparut quand vint s'ajouter à sa culpabilité le poids d'avoir oublié de s'enquérir de la santé d'Ellie la veille. James se changea rapidement et s'isola dans la bibliothèque afin de ne pas être dérangé. Malheureusement, le manoir de Shortbourne devait être désert car personne ne répondit à ses appels. Il se résigna à envoyer une note à Ellie via leur briquets magiquement connectés, puis retomba dans ses sombres méditations.
Toujours assis devant l'âtre, il fixa le feu qui y dansait. Et se demanda pour la millième fois. Comment avait-il pu ? Comment était-ce possible ? Comment était-ce arrivé ?
Qu'est-ce qu'elle devrait faire, pour te dégoûter définitivement d'elle ?
La question d'Elinor était plus pertinente que jamais. Il avait été pourtant sincère, tout ce temps, quand il avait clamé qu'Emily était du passé. Il ne comprenait pas ce qui s'était passé. Il ne comprenait pas son propre comportement. Est-ce que cela voulait dire que son amour pour Lily n'était pas sincère ? Que la jeune femme avait raison, quand elle avait dit qu'il ne pouvait pas jurer l'aimer et aller se faire consoler dans les bras d'une autre à chaque difficulté ?
Non. Non.
Dans toute cette confusion, la seule chose dont il était sûr, c'était qu'il ne voulait pas retourner avec Emily, c'était qu'il ne voulait que Lily. Il était amoureux d'elle, il en était certain.
Alors pourquoi.. ? Comment... ?
Il ne se l'expliquait pas. Savait quoi faire, bien qu'il se sentait perdu. Il savait que faire, mais était terrifié.
Comment peux-tu être aussi con ?!
Il ne savait pas. Il était juste doué, pour ça, apparemment. Pour détruire tout ce qu'il avait de bien.
James saisit l'un des épais grimoires qui traînaient sur le tapis, et abattit sans douceur contre sa tête, plusieurs fois, comme pour se punir.
Restes loin de moi.
Lily serait furieuse, quand il lui dirait la vérité. Bien plus furieuse qu'il ne l'était contre lui-même.
Il ne s'arrêta que lorsqu'il se sentit avoir des vertiges, mais n'eut pas beaucoup de temps pour se reprendre, car des coups retentirent à la porte, et Sirius entra dans la pièce quelques instants plus tard.
– Peter veut savoir si tu…
Il s'interrompit en voyant l'air hagard de son ami.
– La vache, commenta-t-il en fronçant les sourcils. Qu'est-ce qui t'arrive ?
James se massa la tête.
– Je suis un idiot.
Sirius leva un sourcil.
– Oui, on sait. Qu'est-ce que t'as fait comme connerie, cette fois ?
James pâlit. Sirius eut soudain l'air suspicieux.
– Où est-ce que t'étais réellement ce matin ? interrogea-t-il d'une voix tendue.
– Avec Emily.
Sirius se rendit compte qu'il savait la réponse avant même que James ne réponde, mais en resta étrangement choqué malgré tout. Il resta interdit quelques instants, le temps de digérer l'information.
– Emily ? répéta-t-il d'une voix glaciale.
– Oui.
– Pourquoi ?
– Je ne sais pas, répondit sincèrement James. J'étais contrarié, j'avais besoin de parler. Je ne sais pas vraiment comment je me suis retrouvé devant chez elle. C'était inconscient.
– Ouais, confirma Sirius avec colère. Complètement inconscient d'aller voir la personne qui connaît le mieux tous tes boutons et qui sait comment tirer avantage de tes émotions quand tu es de mauvaise humeur. Tous tes amis proches sont réunis dans cette maison. On dormait dans la même chambre, tous les deux.J'étais à deux mètres de toi. Pourquoi est-ce que tu n'es pas venu me parler ?
– Je ne sais pas, répéta James. Je ne sais pas vraiment pourquoi je suis allée la voir. J'ai pas réfléchi.
– De toute évidence.
James se leva, fit les cent pas quelques temps, puis se laissa tomber sur le sofa et se prit le visage entre les mains.
– Qu'est-ce que vous avez fait pendant tout ce temps ? interrogea Sirius, imperméable à son air torturé.
– On a principalement parlé.
– Principalement ?
– Il… il s'est passé quelque chose, vers la fin.
Sirius sentit sa gorge s'assécher.
– Tu veux dire que t'as couché avec elle ? s'étrangla-t-il d'une voix blanche.
– Non, bien sûr que non, assura aussitôt James.
Sirius soupira de soulagement.
– C'est déjà ça de pris.
– Mais elle m'a embrassée.
Sirius cligna des yeux, ouvrit la bouche, la referma, regarda autour de lui, et entreprit de bombarder son meilleur ami avec tous les objets qui lui tombaient sous la main. Malheureusement pour James, une majorité d'entre eux étaient d'épais grimoires de centaines de pages.
– ESPÈCE. DE PUTAIN. D'IDIOT!
James ne put que se ratatiner sur lui-même, tandis que pleuvaient sur lui des dizaines de livres épais comme des briques de parpaing.
– COMMENT PEUX-TU ÊTRE AUSSI CON?! vociféra Sirius. TU SAIS QUE T'AS LA VOLONTÉ D'UNE ROUE CREVÉE QUAND ELLE EST DANS LES PARAGES! POURQUOI T'ES ENCORE ASSEZ CON POUR TENTER LE DIABLE?
– Je sais pas, s'écria James en se couvrant le visage.
Il parvint de justesse à éviter un meurtrier premier volume du Seigneur des Anneaux.
– TU TE SENTAIS MAL, ET T'ES ALLÉ VOIR EMILY, DE TOUTES LES PERSONNES POSSIBLES?! tempêta Sirius avec dégoût. EMILY? NON MAIS TU CHERCHES LES ENNUIS, C'EST PAS POSSIBLE AUTREMENT! C'EST DE L'AUTO-SABOTAGE, À CE STADE!
– Je suis désolé!
Sirius éclata d'un rire froid, avant de déclarer sur un ton doucereux :
– Oh, mais c'est pas ma déception qui doit t'inquiéter. Si jamais Evans l'apprend, t'es mort.
James baissa honteusement les yeux, et ne fit rien pour esquiver les deux autres volumes de la trilogie. Le bruit mat que firent les livres en heurtant sa tête sembla satisfaire la colère de Sirius, qui se calma enfin.
– Je suis tellement fichu, murmura James.
Rien que de penser à la fureur de Lily deux jours plus tôt seulement, quand elle avait appris qu'il avait couché avec d'autres filles alors qu'il la courtisait, il savait qu'il était dans les ennuis jusqu'au cou. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'elle lui ait pardonné cet aveu, malgré qu'elle se soit sentie si trahie et désabusée. Elle ne serait pas si clémente, si elle apprenait qu'il avait recommencé aussi vite, et avec Emily de toutes les personnes. Emily. Sirius avait raison. Emily. Qu'est-ce qu'il lui avait pris d'aller la voir ? Qu'est-ce qu'il lui avait pris de passer du temps avec elle ? De la laisser le consoler ? Car même s'il ne se serait rien passé avec son ex, Lily aurait été blessée par le simple fait que James se tourne vers Emily, qu'il passe du temps avec elle, comme il avait été blessé qu'elle se repose sur Smith quand elle avait besoin de réconfort.
Il était un idiot. Un imbécile.
– Me dis pas que t'as l'intention de lui dire? siffla Sirius, l'air incrédule.
– Ben... ça va être pire, si elle l'apprend par elle-même. Faut que je prenne mes responsabilités. Elle a été très claire sur le fait qu'elle avait besoin d'honnêteté et de transparence.
Sirius s'agenouilla devant lui pour se mettre à sa hauteur, le prit par les épaules, et lui dit sur un ton grave :
– James… si tu le regrettes vraiment, ne lui dis rien.
– Je n'ai pas envie de lui mentir, protesta James une fois la surprise passée.
– Je ne te demande pas de lui mentir, juste de fermer ta gueule, nuança Sirius. Elle ne va pas l'apprendre, car je vais emporter ce secret dans la tombe et que toi, tu vas rayer Emily de ta vie sur le champ.
– Mais elle mérite de...
– Si tu le lui dis, elle ne te fera plus jamais confiance, et tu risques de la blesser et de la perdre.
La détermination de James s'en trouva ébranlée. Il se leva, et recommença à faire les cent pas en mesurant le pour et le contre.
– J'aime pas l'idée, commenta-t-il au bout d'un silence.
– C'est ton problème, répliqua Sirius en se levant à son tour. Garder le secret, te faire ronger par la culpabilité et la honte, c'est ta sentence. Si tu veux vraiment te faire pardonner, ne recommence plus, ne te mets plus dans une situation où ça pourrait se reproduire. Ne revois plus Emily. Ou sinon, ce sera toi qui sera rayé de la vie de Lily.
James eut l'impression que sa poitrine se contractait à la simple pensée. Il n'oublierait jamais la douleur qu'il avait ressenti quand elle lui avait intimé de rester loin de lui, la déception dans sa voix, son regard.
C'était avant, ou après que tu m'aies dit m'aimer?
Classe, James Potter.
Reste loin de moi.
Elle ne passerait probablement pas l'éponge une nouvelle fois, et il n'avait soudain plus le courage de lui donner ce choix en se montrant honnête.
– Tu sais ce qui te reste à faire, dit Sirius.
James acquiesça.
– Bien, dit Sirius sur un ton satisfait.
James soupira, puis se rassit, la mine déconfite.
– De toutes manière, je ne peux plus me permettre de revoir Emily. Elle m'a dit vouloir qu'on se remette ensemble.
– Bien sûr qu'elle veut que vous vous remettiez ensemble, dit sèchement Sirius.
– Je lui ai dit non, mais elle m'a dit d'y réfléchir. C'est clair qu'elle tentera quelque chose à chaque fois...
– Et ça t'étonnes ?
James secoua la tête.
– Elle n'a aucune chance de réussite. Evans est la seule qui compte. Et même sans Lily, sans Elinor, je ne voudrais pas d'Emily. Plus de cette manière. C'est définitivement fini entre nous.
Sirius poussa un soupir de consternation, et ne put résister à l'envie de frapper James une dernière fois, avant de reprendre d'une voix très sérieuse :
– J'espère que c'est vrai, Prongs. Pour ton bien.
Ils furent interrompus par des coups frappés à la porte, et Lily entra à son tour dans la pièce quand on l'y invita.
– Hey, lança-t-elle avec entrain. Super, vous êtes là.
– Quand on parle du loup, commenta Sirius avec un sourire.
– Vous parliez de moi? s'étonna-t-elle.
– On parle de ton maillot de bain. On se demandait s'il était une pièce ou deux.
Elle roula des yeux.
– Deux pièces, répondit-elle tout de même.
– Je peux voir?
– Tu veux mourir? intervint James.
Sirius fit semblant d'hésiter.
– Hmm, non merci.
– C'est ce que je me disais.
– Tu te disais bien.
Lily ne put s'empêcher de sourire.
– Que peut-on faire pour toi, Evans ? s'enquit poliment Sirius.
Le sourire de la jeune femme s'estompa, et elle jeta un regard nerveux à James, qui ne supportait toujours pas de la regarder.
– J'aurais aimé avoir un mot avec, toi, James, avant le départ. Si tu le veux bien, bien sûr.
– Bien sûr qu'il le veut bien, répliqua Sirius d'une voix forte. Il est toute ouïe, tu peux parler.
– Hey, protesta l'intéressé, je suis là, pourquoi tu parles à ma place?
– J'en ai absolument aucune idée. Mais tu peux parler à ma place, si tu veux, pour que ce soit équitable.
James roula des yeux. Sirius s'installa confortablement dans le canapé à côté de son ami, plaça ses bras sous la tête, et les regarda avec impatience, comme s'il se trouvait au cinéma et attendait le début du film.
– T'es pas obligé de rester, dit Lily.
– Je sais.
– Je voulais parler à James seule à seul, précisa-t-elle, comme il ne semblait pas vouloir bouger.
– Je ferai pas un bruit, promit ce dernier en lui adressant un clin d'œil complice.
– C'est une discussion privée.
– Et c'est bien pour ça que je ne répéterai rien de ce que j'entendrais à personne, assura-t-il solennellement.
Lily soupira.
– Sirius?
– Oui?
– Dégage.
Sirius grogna, pesta, s'indigna, puis quitta la pièce en traînant des pieds comme s'il avait quatre ans. Lily roula à nouveau des yeux.
– Il est sûrement en train de nous espionner, indiqua James avec consternation.
Lily fronça les sourcils.
– Sirius, appela-t-elle.
– Oui, répondit la voix de ce dernier.
– Est-ce que tu nous écoutes de derrière la porte ?
– Oui. Mais je vous entends pas très bien.
Elle poussa un grognement, puis verrouilla la porte avant de jeter un sortilège d'insonorisation à la pièce, avant de se tourner vers James, les mains plongées dans les poches de sa robe et l'air incertain. Les plaisanteries de Sirius avaient allégé l'ambiance, mais les choses sérieuses allaient commencer à présent et elle en avait l'estomac noué.
– Hey, dit-elle timidement.
– Hey, répondit James en fixant le sol.
Elle se passa nerveusement les mains dans les cheveux.
– Écoutes, James... J'ai pas envie que le reste des vacances soient tendues, qu'il y ait ce malaise entre nous. J'ai envie qu'on s'amuse tous, qu'on se détende, pas que tu sois fâché contre moi. J'ai beaucoup réfléchi à ce que tu m'as dit hier soir, et tu as raison. Même si j'étais un peu pompette, je savais ce que je faisais et je n'aurai…
– Lily, coupa-t-il précipitamment car ses excuses étaient insupportables à entendre, ça va. Pas la peine de t'excuser. J'étais énervé, hier, mais je comprends. Je ne suis plus fâché.
La jeune femme parut décontenancée.
– Tu… avais l'air très remonté, hier, fit-elle remarquer d'une voix incertaine.
– Ouais. Que veux-tu que je te dise ? J'étais jaloux. C'était pas le but recherché par votre jeu?
Elle rougit.
– C'était puéril.
– Ouais. Mais ça ne voulait rien dire, non?
Il croisa enfin son regard, bien que brièvement, et Lily sentit son pouls s'accélérer.
– Non, affirma-t-elle. Rien du tout. C'était juste un jeu stupide, je ne ressens rien pour Ben.
– Bien.
Elle se mordit les lèvres.
– C'est tout ?
James haussa les épaules d'un air faussement indifférent.
– Oui. On fait tous des conneries, et je suis certain qu'on en rira dans quelques années. Et puis, j'ai pas envie qu'on soit mal à l'aise en présence de l'autre vu qu'on doit passer autant de temps au même endroit au même moment.
– T'es vraiment plus énervé ? insista-t-elle.
Elle paraissait étonnée de s'en être sortie aussi facilement. James la regarda un peu plus longuement cette fois, avant de répondre.
– C'est toi qui est censée être très rancunière, et pourtant, tu n'a pas arrêté de me pardonner, souligna-t-il avec douceur. A chaque fois que je me suis conduit comme un idiot ou que je t'ai déçu – c'est à dire très souvent –, tu as été capable de passer l'éponge. J'espère que tu continueras à le faire parce que je ne suis pas parfait, et je veux être pareil avec toi.
Loin d'être rassurée par son discours, Lily le dévisagea quelques instants, l'air pensif.
– Alors tout est OK entre nous.
James hésita.
– Oui.
Il ne mentait pas, hein ? Il ne faisait que ne pas dire la vérité.
– T'en es sûr ?
– Oui.
Elle s'avança et se planta devant lui.
– Alors pourquoi est-ce que tu ne me regardes pas dans les yeux ? murmura-t-elle du bout des lèvres.
– Parce que...
Il avait peur qu'elle voie son âme tâchée en le regardant dans ses yeux, qu'elle découvre ce qui s'était passé entre Emily et lui, et qu'elle ne lui pardonne pas.
– Oui ?
Qu'elle le quitte. Parce qu'ils avaient beau ne pas être ensemble, ne pas former un couple, ils étaient indéniablement dans une relation. Célibataires, amants, amis... tout cela relevait de la sémantique, et n'était plus pertinent à ce stade. Le fait qu'il ressente une telle culpabilité, une telle crainte qu'elle ne rompe quelque chose qui n'était pas censé exister en était la preuve.
Lily posa une main sur son épaule.
– James… Regarde-moi.
Son ton était presque suppliant. James leva les yeux, et ne les détourna pas cette fois.
Son cœur battit si vite que la moindre once de doute quand à la véracité de ses sentiments envers Lily disparut. Il n'était peut-être pas assez intelligent et vigilant pour tout faire afin d'éviter de perdre cette fille, mais Dieu savait qu'il l'aimait.
– J'ai envie de t'embrasser, confessa-t-il à mi-voix.
Il ressentait comme un besoin de purifier ses lèvres de son péché. Comme si toucher ceux de Lily auraient l'effet d'une absolution papale, le soulagerait de ses craintes et de sa culpabilité. Et Lily le ressentit d'une certaine manière, qu'il avait plus besoin qu'envie de l'embrasser. Un peu surprise par le ton qu'il avait adopté, et qui lui donna l'impression qu'il demandait en quelque sorte son autorisation, elle se laissa tomber à côté de lui sur le canapé, approcha son visage du sien, et murmura contre ses lèvres:
– Alors embrasse-moi.
Alors James l'embrassa.
Et, pour la première fois, Lily ne se demanda pas si c'était la bonne chose à faire, s'ils ne feraient pas mieux de s'arrêter, quel impact cela aurait sur eux, ce qu'il serait mieux de faire. Les choses étaient simples dans son esprit, pour une fois. Il avait envie d'elle, elle avait envie de lui, et était à court de raisons pour résister au besoin de lui sauter dessus une énième fois, à court d'excuses pour justifier le fait qu'elle n'arrivait pas à se retenir, à court d'arguments pour se convaincre qu'elle ne devait pas céder.
Sa détermination à faire les choses comme elles se devaient avait perdue de sa force depuis la première fois qu'ils avaient couché ensemble. Elle voulait qu'il l'embrasse, la touche, la regarde pendant qu'il lui faisait l'amour.
L'étreinte de James avait une note de désespoir, une once de possession, un goût d'impatience qui fit Lily se sentir comme la femme la plus désirée du monde. Elle, elle était simplement soulagée qu'il ne lui en veuille plus, qu'il n'arbore plus cet air de déception totale qui l'avait empêchée de dormir. Ils s'embrassèrent, et s'enlacèrent, et s'embrassèrent encore plus fort, glissèrent et tombèrent sur le tapis, en rirent, se sourirent, et se touchèrent, toujours, et se caressèrent, encore, leurs corps tremblant d'anticipation à mesure que leur envie augmentait.
Ils étaient des allumettes. Prêts à s'embraser. Des glaçons au soleil. Prêts à fondre. Un artifice filant dans le ciel. Prêts à exploser. Deux morceaux d'un puzzle près d'être complété une fois encore.
Et l'amour, c'était la seule manière efficace qu'il connaissait afin de se soulager son mal-être, une exutoire à son anxiété, une échappatoire à ses démons. James ne souhaitait rien de plus que de se perdre dans un état de luxure tel que plus rien ne compterait, lui faire l'amour et ne plus réfléchir, faire disparaître le reste du monde. Elle était tout ce dont il avait besoin, après tout...
Mais quand ses mains touchèrent les seins de Lily, l'image d'Emily, qui avait à peu près la même taille de poitrine, s'imposa dans son esprit. Il la revoyait le tirer soudainement par le col et l'embrasser, se revoyait lui, qui mettait plus de temps qu'il ne voulait se l'admettre à la repousser, bien plus de temps que sa surprise devant l'action inattendue d'Emily ne pourrait justifier. Et c'était ce qui le remplissait de honte. Qu'il ait mit tant de temps à la rejeter. Qu'il lui ait répondu un peu à son baiser. Que la pensée qu'il ne devrait pas faire ça parce que Lily, bon sang ! Lily ! ne lui ait pas immédiatement fait faire la bonne chose ... qu'il ait pris un peu de plaisir à la peloter un peu.
Il s'était senti sale.
Il se sentait sale, à embrasser Lily avec les lèvres dont il s'était servi pour la trahir, à la toucher avec les mains avec lesquelles il avait caressé son ex.
Alors il s'interrompit, le visage soudain sombre, et se redressa.
Tant pis, Sirius, et ses conseils pourris ! Il ne pouvait pas continuer à mentir. Il l'avait trahie, et elle n'en avait aucune idée. C'est pour ça qu'elle le regardait avec ce désir intense, doucement remplacé par une certaine inquiétude car il ne répondait pas. Elle ne l'aurait jamais laissé la toucher, si elle avait su qu'il avait franchi la ligne une fois de plus, et avec Emily. Et puis, quelle hypocrisie de sa part, lui qui s'était mis dans tous ses états parce qu'elle avait dansé avec quelqu'un d'autre. Il avait fait pire, et il se sentait plus sale que jamais.
– Qu'est-ce qu'il y a? s'inquiéta Lily en se redressant sur les bras.
James ouvrit la bouche, mais ne savait pas par où commencer.
Si tu le lui dis, elle ne te fera plus jamais confiance, et tu risques de la blesser et de la perdre.
Lily se rassit complètement, et lui prit le visage entre les mains.
– James, insista-t-elle, qu'est-ce qu'il y a? Regardes-moi.
Il obéit, puis l'embrassa si tendrement, si passionnément, que la jeune femme crut avec plaisir qu'il était à nouveau d'humeur câline, mais il s'interrompit puis secoua la tête. Lily afficha un air plus perdu que jamais.
– James...
– File, murmura-t-il en fermant les yeux, incapable se soutenir son regard.
– Je ne comprends pas...
Il ne répondit pas.
– J'en étais sûre, que tu ne pouvais pas me pardonner aussi vite, soupira-t-elle, l'air fataliste.
– Quoi? Non! nia aussitôt James. Ça n'a rien à voir avec Ben et toi.
– Alors quoi?
Il soupira.
– J'ai juste... pas envie de te perdre.
– Pourquoi est-ce que tu me perdrais ?
– Parce que tu mérites bien mieux que moi.
Le front de Lily se rida.
– Je ne sais pas d'où ça vient, ça, tout à coup, et je ne veux pas le savoir, mais je suis la seule qui décide ce qui est assez bien pour moi ou non, et je te veux.
– Lily...
– Tais toi, coupa-t-elle en posant un doigt sur ses lèvres. T'es celui qui me répète depuis des semaines que ce qu'on vit vaut la peine d'être vécu, même si on sait qu'on n'aura pas la conclusion qu'on aimerait. Que ce qu'on ressent vaut la peine qu'on s'engueule, qu'on pleure parfois, parce que le reste du temps on est bien ensemble. Alors je ne sais pas quelles sortes de conclusions tu as atteint cette nuit, mais c'est trop tard pour faire demi-tour.
Elle paraissait furieuse, mais c'est pourtant avec délicatesse que ses doigts se mirent à courir le long de sa mâchoire.
– Ne me rejette pas, James, murmura-t-elle. Même si ça ne dure que ce week end, qu'un jour de plus, que l'espace d'un instant, même si ce n'est pas facile. Ce qu'on a est très beau, ne le gâche pas.
Trop tard, pensa amèrement James.
Il ferma les yeux, en proie à un dilemme interne, mais fut distrait quand Lily passa les mains autour de son cou et s'installa sur lui, et ne put s'empêcher de répondre à son baiser. Leurs langues s'engagèrent presque aussitôt dans un intense tango qui le laissa à bout de souffle, et son excitation ne fit que s'accroître quand elle s'attaqua à la peau sensible de son cou. Visiblement, elle avait retenu les zones qui lui étaient particulièrement érogènes, et James sentait son esprit vaciller par moment. Lily le débarrassa de sa chemise en le faisant délicatement glisser le longs de ses bras, mais James lui confisqua les mains quand elle se mit à le caresser au niveau de l'entrejambe, par-dessus son bermuda.
– Fais pas ça, sermonna-t-il d'une voix rauque.
– T'as l'air de bien aimer, pourtant, dit-elle.
Elle bougea doucement sur lui, envoyant des éclairs dans son corps, ce qui lui arracha un gémissement.
– Oui, admit-il, mais j'ai déjà du mal à me retenir.
– De ?
– A ton avis ?
Elle leva un sourcil en signe de défi.
– Et alors ?
– Je suis trop excité pour te faire l'amour.
– Peur de tout lâcher trop vite ? le taquina-t-elle.
– Non, peur de ne pas me comporter comme un… gentleman.
Elle éclata de rire.
– Cette fois, c'est toi qui parle trop.
– Je suis sérieux.
Il ne pouvait s'empêcher de toujours vouloir se montrer délicat avec Lily. Elle roula des yeux.
– Je ne suis pas en porcelaine, dit-elle simplement en soufflant innocemment sur ses ongles. Maintenant, si tu penses ne pas pouvoir tenir plus de trente secondes, c'est pas grave...
James leva un sourcil, à présent amusé.
– T'essaie de me provoquer ?
– Oui, admit-elle avec malice.
– Je ne suis pas aussi… Oh, mon Dieu, marmonna-t-il précipitamment en fermant les yeux.
Lily s'était mise à remuer le bassin, et la friction de leur intimités transforma tous les mots que James tenta de prononcer par la suite en râle de volupté. Il lui libéra les mains sans même s'en rendre compte, et elle en profita pour se débarrasser de sa robe en la faisant basculer par-dessus sa tête. Quand elle détacha le haut de son maillot de bain, les dernières réserves de James s'envolèrent et il la fit basculer sous lui.
– T'es sadique.
– Je sais.
Elle lui ôta ses lunettes.
– Mais je t'aime, ajouta-t-il.
Elle sourit.
– Je sais.
Il pouvait sentir que c'était réciproque, mais elle ne le lui avait jamais dit, et il sentait qu'elle ne le lui dirait jamais tant qu'il serait fiancé à Elinor. Mais lui aussi, le savait, qu'elle l'aimait. C'était l'essentiel.
Ils se dévisagèrent quelques secondes, puis s'embrassèrent avec ardeur.
James ne voulait pas se montrer rugueux avec elle, mais Lily se montrait plus entreprenante que les fois précédentes, et son enthousiasme troublait l'aptitude à raisonner du jeune homme. Il n'y avait plus que les sensations qui importaient, il était guidé par l'instinct le plus primaire. Il ressentait, son corps réagissait, et son cerveau n'était plus qu'une éponge absorbant le plaisir qu'il ressentait.
Quand il entra en elle, il redouta réellement ne tenir que quelques secondes tant la sensation était intense. Il ferma les paupières, forts, tandis que son corps était parcouru d'un violent frisson qui l'obligea à rester immobile quelques instants, de peur de perdre contrôle. Lily… Lily était indescriptible, et il se demandait vraiment comment il avait survécu vingt quatre heures sans la sensation d'être en elle.
James sentit les doigts de Lily lui recaler une mèche derrière l'oreille. Il rouvrit les yeux. Elle l'attendait.
Et quand il commença à bouger en elle, et qu'elle ne put des cris d'extase qui le rendirent encore plus amoureux,, il comprit que Lily ne serait jamais comme les autres. Le sexe, c'était bon, mais faire l'amour était un million de fois meilleur, faire l'amour avec Lily était mille fois meilleur, et Lily était un million de fois meilleure que toutes celles qu'il avait connue. Et il sentait qu'il ne connaîtrait jamais rien de meilleur, ne chercherait jamais rien de meilleur.
Elle lui était précieuse, et il dut admettre qu'elle n'était pas en porcelaine pour autant, car il était loin de se montrer délicat dans ses mouvement et qu'elle semblait prendre énormément de plaisir. Ce n'était pas propre, ce n'était pas doux, ce n'était pas romantique, et pourtant il lui faisait l'amour. Tous ses sens étaient éveillés, alertes au moindre son qu'elle produisait, au moindre de ses touchers, au moindre de ses regards. James était incapable de se concentrer sur autre chose que sur elle, que sur eux – il ne savait plus très bien où il finissait, où elle commençait. Et il comprit que, parce qu'ils s'aimaient, ils feraient toujours l'amour quand ils s'uniraient, quel que soit la cadence adoptée, l'urgence, la position.
Alors il s'enfonça en elle, fort, passionnément, ralentit parfois pour lui dire qu'il l'aimait quand il en ressentait le besoin, sur la bouche, le nez, les yeux. Les mains de Lily galbaient ses fesses, se crispant à chaque coup de bassin, remontaient le long de son dos, griffaient ses omoplates, se noyaient dans ses cheveux quand il l'embrassait. Et quand il ne l'embrassait pas, il la regardait avec une certaine fascination perdre tout contrôle, répondre à ses coups de reins, rougir, crier, se mordre la lèvre pour tenter vainement de ne pas crier. Elle lui faisait se sentir comme le meilleur amant du monde, comme s'il se trouvait au sommet de celui-ci.
Elle rouvrit les yeux quand elle se sentit sur le point d'exploser, et le regarda sans le voir, comme si le fonctionnement de son corps était perturbé par les ondes de plaisir. Il ferma les yeux, le rythme de ses mouvements de bassins s'adaptant aux gémissements de Lily qui montaient crescendo, et l'embrassa au moment où elle fut parcourue par une onde de plaisir plus intense que toutes les autres. James cessa de réfléchir quand il se sentit être happé par les intérieurs chaleureux de Lily, et fut à son tour délicieusement frappé par la jouissance quelques temps plus tard.
Pendant quelques minutes, la pièce, si bruyante auparavant, tomba dans un silence d'église, seulement interrompu par leurs respirations qui peinaient à adopter un rythme normal.
– Restes, demanda-t-elle quand il tenta de se retirer.
Il se redressa toutefois doucement pour ne pas l'écraser, et constata simplement:
– Je suis heureux.
Elle sourit largement.
– Ah oui? le taquina-t-elle. Pourtant, j'ai pratiquement dû t'obliger à m'obliger...
Il roula des yeux, puis l'embrassa sur la joue.
– Je suis désolé, pour le manque de préliminaires dignes de ce nom, murmura-t-il.
Elle l'embrassa sur le bout du nez.
– Je ne le suis pas.
DORCAS NE CESSA de faire semblant de dormir qu'une fois la maison vide. Elle rouvrit les yeux, et se mit à fixer le plafond. Elle avait feint être trop malade pour se lever, malgré l'efficacité des potions de Lily, afin de se retrouver seule, et maintenant qu'elle l'était, elle regrettait sa décision.
Peu habituée au grasses matinée, elle se leva, fit sa toilette, puis parcourut la maison silencieuse et déserte à la recherche de quelque chose pour la distraire. Elle mit en route le gramophone qui se trouvait dans le salon, trouva le paquet de cigarettes de Remus, et s'en alluma une après une courte hésitation.
Personne pour la distraire de ses pensées.
A part Benjy, mais bon, elle doutait fort qu'il continue à se comporter de manière acceptable sans Marlène pour le dissuader de la séduire. Peut-être bien qu'il serait plus sage qu'elle l'évite, lui aussi. Sans compter qu'elle s'était sentie bien plus flattée par l'intérêt du beau brun qu'elle n'avait voulu se l'avouer. Non pas parce qu'il lui plaisait – Benjy était pourtant objectivement plutôt séduisant et sculpté comme une statue grecque –, mais parce qu'il l'avait tout simplement remarquée dans la foule. Il l'avait remarquée, et trouvée jolie, et courtisée, et valorisée, et c'était ce dont elle avait besoin, maintenant plus que jamais.
Être rassurée, se rassurer, parce que non, non, elle n'avait rien à se reprocher, et que ce qui se passait avec Andréa n'était pas de sa faute, elle le savait. Elle savait qu'elle ne devait pas se remettre en question, mais elle le faisait constamment. Parce qu'elle ne comprenait pas le problème. Elle ne comprenait pas pourquoi. Leur mariage était solide, beau, transparent, heureux. Pourquoi lui avait-il donné une raison de ne plus croire en eux?
Elle détestait un peu Andréa, en ce moment. Son mari, dont les bras lui manquaient terriblement, mais dont elle ne pouvait pas supporter le toucher. Son cœur se serrait dans sa poitrine à chaque fois qu'elle pensait à lui, c'est-à-dire tout le temps, mais sa rage remontait quand ils se voyaient.
Il était l'origine et l'antidote de son mal.
Son fil de pensées sombres fut interrompu par la musique suivante qui s'enclencha, et qui était l'une de ses préférées. Elle augmenta le volume du son, puis tournoya toute seule sur le rythme en chantonnant... jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'elle ne se trouvait plus seule.
Benjy se tenait sur le seuil du salon, appuyé contre la porte, et la regardait avec un sourire en coin.
– Woaw, t'as l'air plus en forme que je m'y attendais, commenta-t-il.
PETER FRONÇA les sourcils.
– Les femmes sont vraiment des créatures bizarres, déclara-t-il.
Il observait depuis quelques instants les filles du groupe, qui s'étaient réunies dans un coin de la plage et tentaient d'imiter les postures de yoga digne d'une contorsionniste de Heidi. Toutes étaient vêtues de maillots et de bikinis qui laissaient les garçons en émoi. Lorsque Heidi passa de la posture de l'arc debout à celle du chien la tête en bas, Sturgis déglutit et Bart laissa échapper un soupir.
– Remus va nous tuer s'il vous surprend à mater sa copine, mais bordel quel corps….
– T'es pas gay, toi ? s'étonna James, surpris par son intérêt.
Bart fronça les sourcils.
– Non, pourquoi ? s'étonna-t-il.
– Euh, rien, rien…
Les autres filles imitèrent leur professeur et changèrent de posture, et bientôt les garçons se retrouvèrent à admirer une demi-douzaine de paire de fesses.
– C'est comme du porno, acquiesça Sturgis sur un ton rêveur.
– Pete, t'as pas dit que tu savais dégrafer les soutifs du regard? demanda James. Ce serait vachement utile, là.
– Ouais, mais là leurs hauts ne sont pas attachés pas agrafes mais par des ficelles, dit Peter avec regret.
– Celui d'Hestia a des agrafes, fit remarquer Sirius.
– Tu veux mourir? s'enquit Rufus sans détacher le regard du spectacle.
– Pourquoi est-ce que tout le monde veux me tuer, aujourd'hui? gémit Sirius.
– Sérieusement, quelle est la différence entre un bikini et un ensemble de lingerie ? reprit Peter. Pourquoi sont-elles à l'aise pour se promener en maillot mais pas en soutien-gorge et culotte ?
Ceux de Heidi et Marlène, notamment, étaient particulièrement échancrés et laissaient peu de place à l'imagination. Si ces deux dernières se délectaient de l'attention qu'elles suscitaient, Hestia, Amelia, Selene, Katie, Lily et Alice semblaient semblaient irritées par les mâles qui s'agglutinaient autour d'elles et les empêchaient de se concentrer correctement.
– J'en sais rien, et je m'en fous, tant qu'elles ne se rhabillent pas, déclara Rufus.
– C'est parce que tu parviens à te poser ce genre de questions dans des moments comme ça qu'on est persuadés que tu es gay, dit Sirius.
– Connard, rétorqua Peter.
– C'est Frank le connard, rappela rageusement James. Doit être au Paradis.
– Ce faux-frère, là, grommela Sturgis.
En effet, l'ignoble Franck Londubat, incapable de se séparer de sa femme trop longtemps, semblait aux anges ainsi entourées de belles femmes à demi-vêtu. Ces dernières naïves, l'avaient crues quand il avait feint un intérêt pour l'art martial.
– Celui de Selene a aussi des agrafes.
– Je prendrais pas le risque, elle me fait peur, admit Peter.
– T'as raison, elle est folle, approuva Rufus.
– Folle comment?
– Folle.
– Les folles sont les meilleures au lit, dit Peter, qui semblait revoir son choix.
– A tes risques et périls, dit Sirius.
– Comment tu faisais la différence entre Selene et ton ex ? demanda Peter avec curiosité. Elles se ressemblent comme deux gouttes d'eau.
– Je ne faisais pas toujours la différence, admit Sirius sur un ton pensif.
– Teana a l'air d'avoir une taille de bonnet de plus, évalua James.
– Ta gueule, James, aboya Sirius.
– Lily aussi n'est pas en reste, question nichons, commenta Peter.
– Ta gueule, Peter, gronda James.
– Par contre, Katie, elle n'a absolument rien, compatit Sturgis.
– Ta gueule, Sturgis, grommela Peter.
– C'est même pas ta copine! protesta ce dernier.
– Ta gueule, Sturgis, répéta Bart.
– C'est pas la tienne non plus!
– Remus et Doc arrivent, avertit Peter, et ils détournèrent tous le regard en sifflotant innocemment.
Ils avaient volontairement envoyé la balle très, très, très loin lors du dernier service afin d'éloigner leurs trop serviables amis, qui n'étaient pas très contents que leurs copines s'exposent aux yeux des « gros pervers de cette plage de pervers » et ne se doutaient pas que les plus pervers d'entre eux étaient leurs propres amis.
Le match de volley-ball reprit, mais le lycanthrope était facilement déconcentré par les hommes qui voulaient « s'initier au yoga » et constituaient une foule de plus en plus importante. Lorsque même le maître nageur témoigna de l'intérêt pour l'art martial, Remus fut si contrarié qu'il en oublia où il se trouvait, et la balle que venait de lancer Doc l'atteignit en pleine face et l'assomma.
– Oups ! s'exclama ce dernier en se précipitant sur la victime.
Mais Bart le retint par le bras.
– Ne fais rien, pauvre fou ! s'exclama Bart. Ça arrange nos affaires.
– C'est notre chance, approuva James.
– On devrait l'enterrer sous le sable, suggéra Peter. Comme ça, on serait tranquilles.
Doc en resta bouche bée.
– C'est votre meilleur pote!
– Je ne l'ai jamais aimé, dit James.
– Je le balançerais à la faucheuse si j'en avais l'occasion, ajouta Peter.
– Vous êtes monstrueux, s'indigna Doc en se dégageant.
Et pourtant, quand il rejoignit Remus, il fut si distrait par les filles (qui passaient à la position de l'arbre) qu'il mit plusieurs secondes à réaliser qu'il tentait de prendre son pouls au niveau du menton.
HESTIA DUT PARCOURIR la plage pendant presque une demie-heure avant de retrouver sa meilleure amie, qui s'était isolée en haut d'une falaise. Elle poussa un grognement, pestant contre ce qu'elle ne ferait pas par amitié, puis entreprit de la rejoindre.
– Fuck, tu m'as retrouvé, grommela Selene sur un ton lugubre.
– Il est hors de question que je te laisse te morfondre toute seule dans ton coin, répliqua sèchement Hestia.
– J'aurais dû rester là bas pendant qu'il flirte avec elle ?
– Ils n'étaient pas en train de flirter. Il lui a mis de la crème parce qu'elle le lui a demandé.
– Ouais, ben il s'est pas fait prier...
– Qui se ferait prier pour mettre de la crème à Marlène? fit remarquer Hestia.
Le regard de Selene s'assombrit.
– Les garçons sont des idiots.
– Sûrement.
Elle soupira, puis ajouta :
– Je déteste te voir comme ça. Si triste.
– Alors va t-en. Et au passage, dis à Alice et Franck d'aller se bécoter ailleurs. D'ici, je peux voir qu'elle a la main dans son pantalon.
Hestia se pencha dans la direction indiquée.
– Urgh, en effet.
Le spot choisit par Selene offrait en général un bon panorama sur la plage, où leurs amis s'étaient éparpillés. Lily, Marlène, Katie et Heidi discutaient sur leurs serviettes de bain, Peter et Bart jouaient au football à présent au sien d'une équipe d'inconnus, Sirius s'éloignait au loin vers le marchand de glace, et James, Remus, Caradoc et Sturgis s'amusaient dans l'eau.
– Redescends t'amuser avec nous, l'invita Hestia avec douceur.
– Je ne peux pas dire que ça m'amuse d'être entourée par tous ces couples, grommela son amie. Et encore moins de le voir avec Marlène.
Hestia soupira, puis annonça avec une réticence palpable :
– Je lui ai posé la question, et Marlène et lui sont simplement amis. Il ne sort pas avec elle, ni avec aucune des autres filles.
Selene parut un peu moins malheureuse.
– Tu viens, alors? dit Hestia avec espoir.
– Je suis mieux ici, répondit Selene après une courte hésitation. Au moins, il ne voit pas quand je le regarde, et je peux presque oublier qu'il me déteste.
La journaliste fixa son amie quelques instants puis, bien que son cerveau lui hurlait que c'était une mauvaise idée, ne put s'empêcher de la réconforter et dit :
– Ce n'est pas parce qu'il ne t'aime pas qu'il te déteste, Sel. Si tu veux tout savoir, c'est même lui qui m'a demandé de vérifier que tu allais bien. Il était un peu inquiet en te voyant si bouleversée.
Le sourire de Selene réapparut comme par magie, soudain plein d'espoir.
– C'est vrai ?
– Ne t'emballes pas pour autant, avertit Hestia, mais son amie ne l'écoutait déjà plus.
LE FRONT DE KATIE se rida.
– Il me semble que tu as dit que le sexe dans ton histoire était seulement suggéré, s'étonna-t-elle à l'adresse de Marlène.
– Oui, pourquoi ?
– Parce que je viens de lire un passage ou il y a écrit « vagin » et « pénis » plusieurs fois dans le même paragraphe. Dans la même phrase, parfois.
Lily éclata de rire, Marlène fronça les sourcils, et Heidi roula sur le dos afin de lire par dessus l'épaule de Katie.
– Tu manques de subtilité, commenta-t-elle en engloutissant ses bonbons. Faut varier le vocabulaire.
– Des suggestions ? demanda Marlène.
– Remplaces-en quelques pénis par «membre turgescent», quelques «pénis» par «corne de plaisir», et quelques «vagins» par... tiens, un bon vieux «fourreau de chair», le temps de trouver une nouvelle métaphore.
Katie eut un haut le cœur, et le rire de Lily se prolongea.
– Heidi, tu me sauves la vie, s'écria Marlène.
– De rien, Marlymars.
Lily saisit le roman à son tour, et lut le paragraphe en question.
– C'est un scénario de film porno, ou un roman sentimental que tu écris ? demanda-t-elle en esquissant une grimace.
Marlène leva un sourcil.
– Le sexe est une forme d'amour. Mes personnages tombent amoureux, et couchent ensemble. Ils se connaissent sans se connaître. Un coup de foudre digne de Roméo et Juliette.
– Roméo et Juliette se sont mariés et ont au moins échangé leur prénom avant de consommer leur amour.
– Ouais, mais de nos jours, qui fait ça ?
Katie rougit.
– Je pensais que c'était un roman historique, rétorqua-t-elle.
– Oh, même à l'époque, personne n'attendait le mariage. C'est un gros mythe.
– Eh ben si, elle, elle attend le mariage, ajouta tranquillement Heidi en pointant la coiffeuse du doigt.
– Heidi ! s'indigna cette dernière tandis que ses joues viraient au cramoisi.
– Me tais.
Lily et Marlène se tournèrent vers Katie, stupéfaites.
– T'es… euh… Tu ne l'as jamais fait avec Doc ?
– Non.
– Ni avec personne d'autre, précisa Heidi.
– Heidi !
– Me tais.
Katie se prit le visage entre les mains.
– Oh, commenta simplement Lily.
– Eh ben, je… désolée, pour ma remarque, bredouilla Marlène.
– J'ai l'habitude, assura Katie sur un ton las. On me trouve souvent ridicule, de vouloir attendre.
– Je ne pense pas que c'est ridicule, protesta Marlène. La première fois, c'est comme un premier baiser, et je regrette de m'être précipitée pour les deux. Si je pouvais remonter le temps, je dirais à mon moi-même d'attendre un peu, ajouta-t-elle sur un ton pensif
– C'était qui, ton premier baiser ? s'enquit Lily.
– David Pope. Et toi ?
Lily grommela quelque chose d'inintelligible.
– Je suis pas certaine d'avoir entendu.
– Thomas Cage.
Marlène fronça les sourcils.
– Il est pas super moche, lui ?
– Il est surtout super gay.
Marlène écarquilla les yeux.
– Tu mens !
– Hélas, non.
– Mais il te l'a dit quand?
– Juste avant de m'embrasser, pour pas que je me fasse des idées… Mais bon, ça m'a pas embêtée. J'étais juste contente que quelqu'un veuille bien m'embrasser, c'est tout.
Cette fois, Marlène ne put s'empêcher de rire.
– Ah, sacrée Lily !
– J'étais une sacrée looseuse, hein ? dit cette dernière en riant.
– C'était qui, la première de Doc ? demanda Katie, l'air de rien.
Lily fit un discret signe à Marlène de ne pas se fier à l'air détaché de Katie et de ne surtout pas répondre, mais cette dernière ne comprit pas ses avertissements et répondit :
– Dorcas.
Le sourire de Katie se figea. Heidi leva la tête, intéressée par la tournure que prenait la discussion.
– Dorcas ?
– Tu te doutes bien qu'ils se sont roulés des pelles quand même, quand ils sont sortis ensemble, même si ça n'a pas duré longtemps.
Katie eut l'air d'avoir reçu un coup de poing dans le ventre.
– Ah, dit-elle sur d'une voix tendue. Je ne savais pas. Woaw. Il ne me l'avait jamais dit. Qu'ils étaient sortis ensemble. Ha ha.
– Ouais, mais ça compte pas vraiment, dit Marlène, qui commençait à se rendre compte de sa gaffe. C'est pas joli à dire mais Dorcas utilisait Doc pour se remettre de sa rupture avec Remus. Et Doc… ben c'était un ado, quoi. Il expérimentait. Ça n'a jamais été sérieux entre eux, et ça n'a pas duré plus d'une semaine.
– Oui, cette période était vraiment bizarre, approuva Lily. J'étais pas mécontente qu'ils rompent.
Le sourire de Heidi devint froid quand elle finit de comprendre ce que venait de révéler la pétillante blonde.
– Cascas est sortie avec Remus ? demanda-t-elle d'une voix neutre.
– Oh, un premier amour aussi intense, tu ne vois ça que dans les films, assura Marlene, qui n'avait pas encore saisi que Remus et Heidi se fréquentaient, avec un sourire tendre. Et ça te fait un point commun avec Dorcas, d'ailleurs, Kate : elle est restée deux ans avec Remus, et ils n'ont jamais couché ensemble.
Katie et Heidi échangèrent un regard. Elle n'avaient pas l'air contentes. Du tout. Et pour la première fois de la journée, Lily était contente de l'absence de Dorcas, qui n'aurait fait qu'envenimer les choses.
– Pitié, dit Lily, ne commencez pas le fan club des copines hyper jalouses.
SIRIUS N'EUT PAS BESOIN de se retourner pour deviner l'identité de la personne qui se glissa comme-par-hasard derrière lui dans la file.
– Tu me suis ? demanda-t-il sur un ton ennuyé.
– Je crois pas que t'aies eu une idée originale en venant t'acheter une glace par cette chaleur, répliqua-t-elle froidement.
Sirius soupira, puis se retourna. Selene le regardait avec l'air le plus insolent du monde.
– Arrête de me regarder comme ça.
– Je fais ce que je veux.
– T'étais plus sympa, quand tu sortais avec Benjy.
– Ouais, bah maintenant, c'est plus le cas.
– Peut-être parce que tu regrettes ta décision ? suggéra Sirius. Pourquoi est-ce que tu ne tenterai pas une réconciliation ? Il a l'air bien malheureux sans toi.
Selene haussa un sourcil.
– Son sort t'intéresse ?
– Il a le cœur brisé. C'est toujours moche à voir.
– Tea aussi a le cœur brisé, dit-elle sans aucune émotion dans la voix.
Sirius sentit sa poitrine se resserrer. Selene fit un pas, et se mit à lui frotter doucement le bras.
– Toi aussi, d'ailleurs, continua-t-elle. Et moi, depuis des années… J'ai attendu si longtemps, que tu redeviennes célibataire.
Sirius plissa les paupières.
– Arrête, dit-il en dégageant son bras.
Son tour arriva à ce moment là. Il acheta sa glace, et s'éloigna le plus rapidement possible vers la plage, mais Selene le rattrapa bientôt.
– Il faut qu'on parl, exigea-t-elle.
– On a déjà parlé, fit-il remarquer. Longtemps. Plusieurs fois. Je croyais que tu étais passée à autre chose.
Elle lâcha un soupir.
– Je le croyais aussi. Mais j'ai enfin compris que je ne pourrais jamais me remettre de toi. T'es celui que j'ai toujours voulu, et le temps est venu que je me batte pour toi. Pour nous.
– Il n'y a pas de « nous », dit-il fermement.
– Il y avait un « nous » avant qu'il y ait un « vous » entre Tea et toi, rétorqua la jeune femme.
Sirius soupira à son tour. Il avait appris à ses dépens que débattre sur ce point était stérile.
– J'en conclus que c'est vraiment mort, entre Ben et toi ? dit-il avec regret.
– Je ne ne ressens rien pour lui, répliqua-t-elle froidement.
– Si tu ne ressentais rien pour lui, tu ne serais pas sorti avec lui pendant tout ce temps.
Selene marqua un temps d'hésitation.
– Tu as raison, j'ai bien des sentiments pour lui, admit-elle, mais ils ne sont rien, rien par rapport à ce que je ressens pour toi. C'est pour ça que j'ai préféré arrêter de jouer la comédie. Il mérite d'être avec quelqu'un qui veut être avec lui, pas avec quelqu'un qui pense à quelqu'un d'autre en permanence. Je lui devais bien ça.
– Tu lui as dit pourquoi tu avais rompu ?
– Bien sûr que non, je ne suis pas aussi cruelle, aboya-t-elle. Ben est vraiment quelqu'un de bien, et j'ai aimé chaque instant passé avec lui. J'étais avec lui car je ne pouvais pas t'avoir toi. Et maintenant que tu n'es plus avec Tea…
Elle lui jeta un regard charmeur, et Sirius, troublé par sa ressemblance avec Tea, ne put s'empêcher de rougir un peu.
– Je suis célibataire, mais pas un cœur à prendre.
– Toi et moi…
– Ça n'arrivera jamais, coupa fermement Sirius.
– Mais pourquoi ? s'exclama-t-elle avec incompréhension. Pourquoi refuses-tu de sortir avec moi ?
Sirius afficha un air torturé.
– Selene… Je peux pas.
– Pourquoi ?
– Parce que j'en ai pas envie.
– Tea et moi on est pratiquement identiques, siffla-t-elle avec frustration. Je suis même plus jolie, je suis certainement mieux foutue. Je ne suis pas une pauvre fille frigide et coincée, malléable et borderline raciste. Je sais ce que je veux, je suis indépendante, et je ne veux pas me marier ni avoir d'enfant. Je suis drôle, je suis cool, je suis intrépide… pourquoi pas moi ?
Elle changea le ton de sa voix et adopta un rythme plus lent et plus doux, imitant d'une manière troublante celle de Tea.
– Je suis de loin une meilleure version de Tea.
– Je n'ai pas envie d'une meilleure version de Tea, s'irrita Sirius. Je ne veux plus rien avoir à faire avec elle.
– Qu'est-ce que tu veux, alors ? Marlène, c'est ça ?
– Qu'est-ce que Marlène a à voir dans l'histoire ?!
– J'ai bien vu comment tu la regardais.
– Je ne sais vraiment pas de quoi tu parles.
– Dans ce cas, tu veux retourner avec Tea malgré ce qu'elle t'a fait ? Alors que tu pourrais avoir tellement mieux ?
– Sel, stop. Toi et moi, ça n'arrivera jamais.
La frustration de Selene évolua exponentiellement à l'incompréhension que le rejet dont elle était l'objet lui inspirait.
– Qu'est-ce qu'elle a que je n'ai pas ?
– Ne fais pas ça, avertit Sirius sur un ton grave. Ne te fais pas ça.
– J'ai besoin de réponses ! Tu m'as quitté pour elle ! Je n'ai jamais compris.
– On. Ne. Sortait. Pas. Ensemble !
– C'est tout comme ! Tu étais à moi et elle t'a volé.
– Ça ne s'est pas passé comme ça, et tu le sais ! Je n'ai jamais été intéressé par toi !
Selene, à présent clairement au bord des larmes, se mordit la lèvre. Sirius ne put s'empêcher de se radoucir.
– T'es une fille formidable. Je ne peux pas expliquer pourquoi je suis attiré par Tea et indifférent devant toi, mais c'est le cas.
– Mais je peux changer, insista-t-elle d'une voix suppliante. Je peux être celle que tu veux.
– Non, tu ne peux pas, dit fermement Sirius.
– Regardes-moi. Regardes moi dans les yeux.
Les yeux gris de Sirius croisèrent ceux de Selene, et il fut une fois de plus frappé par leur ressemblance, à quelques erreurs près. Les cheveux de la cadette étaient plus épais, sa taille plus fine, sa poitrine plus petite et ses hanches étaient plus larges. Mais elle sentait comme Tea, bougeait comme Tea, et savait imiter la voix douce de sa sœur à la perfection.
– Je sais que tu la vois, quand tu me regardes, murmura Selene en lui traçant la mâchoire avec le doigt. Et je sais qu'elle te manque. Que ses lèvres te manquent, que sa peau te manque, que son odeur te manque… Je lui ressemble comme deux gouttes d'eau, ça devrait être facile. Et je sais qu'en passant du temps avec moi, tu aimerais ma personnalité, tu l'oublierais pour moi.
Sirius secoua la tête, et décida que la discussion avait assez duré. En se retournant, il croisa le regard de Marlène, qui les observait visiblement depuis un bout de temps depuis la plage en contrebas, même si elle n'entendait probablement rien au vu de la distance. Elle lui fit un signe gêné de la main avant de détourner le regard.
Selene, qui n'avait rien remarqué, lui prit la main et continua sa tirade.
– Donnes-moi une chance, chuchota-t-elle sur un ton si sexy qu'il sentit ses poils se hérisser. Tu ne vas pas le regretter.
– Sel... stop, intima-t-il en se dégageant.
– Je peux être elle, si c'est ce que tu veux. Tu aurais l'impression de sortir avec elle. Mais tu serais avec moi.
Elle avait l'air un peu démente, et Sirius résista à l'envie de lui crier dessus afin de lui faire entendre raison.
– Tu ne peux être que toi, et tu es très bien comme ça.
Mais Selene secoua la tête.
– Tu mens, car sinon, tu trouverais que je serai assez bien pour toi.
L'UN DES PRINCIPAUX avantages à se rendre à une plage fréquentée par ses Moldus était l'anonymat que pouvait conférer la foule dense qui affluait sur la plage. Et la foule accentuait la fausse impression d'impunité et de liberté que conféraient le fait d'être en vacances, comme si le fait de quitter sa ville permettait d'obtenir pendant quelques jours une nouvelle identité. James Potter n'était plus un Potter, ni le fiancé d'Elinor, ni toutes les choses qui lui pesaient, mais juste James. Et Lily était sa petite amie. Ils se trouvaient dans un monde parallèle où leur histoire était possible.
Ils s'éloignèrent quelques heures du groupe, et se promenèrent dans les petites rues en se tenant par la main. Mais si Lily était ravie de leur escapade secrète et anonyme, James était tendu.
– OK, dis moi ce qu'il y a, dit gravement Lily.
– Rien, assura James.
– Tu mens. Tu es préoccupé depuis ce matin. T'as l'air stressé...
Il lui caressa le visage avec tendresse.
– Je vais bien, dit-il d'une voix rassurante. Et tu as raison: je devrais profiter de ces moments avec toi. Je suis désolé, si je t'ai donné l'impression d'être ailleurs. Tout va bien.
– T'en es certain? insista-t-elle. Tu sais que tu peux tout me dire.
– Tout va bien, répéta James.
Son sourire ne suffit cependant pas à dérider le front de Lily, qui lui saisit la main, et le regarda avec une certaine appréhension. Alors il entreprit de la distraire, et de se distraire, en l'embrassant de nouveau.
DORCAS SE PENCHA par dessus le comptoir afin de goûter la soupe que Benjy préparait à la cuillère en bois qu'il lui proposait. Elle ferma les yeux et gémit de bonheur quand les saveurs méditerranéennes lui titillèrent les papilles
– C'est bon.
– Je sais, répliqua fièrement Benjy. Je cuisine bien.
– Tu es décidément pleins de talents, dis donc.
– Mes parents ne m'ont pas trop raté.
– Et bien plus gentil que je le pensais.
– Bah… tout le monde me juge sur mon apparence et mes manières rustres, mais je suis quelqu'un de très sensible au fond.
Dorcas sourit. Benjy se retourna pour vérifier la cuisson du riz, et la jeune femme put une fois de plus admirer la musculature de son dos solide.
– Si tu continues à me reluquer comme ça, je vais rougir, protesta-t-il soudain.
Elle leva les yeux au ciel.
– T'as des yeux derrière la tête? s'étonna-t-elle.
– Je te vois dans le reflet de la fenêtre.
Elle rougit, puis grommela avec la mauvaise foi de quelqu'un pris sur le fait:
– T'as qu'à mettre un T-shirt.
– Si j'en mets un, tu arrêteras de me reluquer, fit remarquer Benjy.
– Et ? Je croyais que ça te faisait rougir.
– Certes, mais j'ai jamais dit que je n'aimais pas ça.
Dorcas sourit et leva à nouveau les yeux au ciel.
– Tu es certain de ne pas vouloir que je mette la table? proposa-t-elle. Ça me fait bizarre de ne rien faire...
– Non, toi, tu t'assois et tu ne bouges pas, ordonna Benjy.
Elle lui fit les yeux de chien battu, mais il ne céda pas.
– Tu peux pas juste rester assise dix minutes? râla-t-il.
– J'ai pas l'habitude, se défendit Dorcas.
– Raison de plus pour profiter du fait que tu n'as rien à faire pour une fois.
– D'habitude, c'est moi qui m'occupe de tout. Je me sens émasculée.
– T'as pas de cojones, ma jolie, fit-il remarquer. Enfin... j'espère pas, ajouta-t-il en la regardant avec suspicion.
Dorcas sourit mystérieusement, et il leva les yeux au ciel.
– T'es comme la maman dans votre petit groupe, dit-il. Je me trompe?
– J'aime avoir des responsabilités et prendre soin des autres, oui, répondit Dorcas, toutefois sur la défensive.
– Ouais, bah tes enfants sont pas là, aujourd'hui. Alors détends-toi, t'as que vingt-deux ans. Tu peux bien paresser une fois de temps en temps. C'était marrant, de te voir danser ce matin, ajouta-t-il avec un petit sourire. Et fumer. J'aurais jamais imaginé ça de toi.
– Je ne fume pas, d'habitude. J'ai arrêté il y a des années.
– Je ne te juge pas, assura Benjy, qui s'en alluma une.
Il lui proposa ensuite le paquet. Presque par défi, Dorcas prit une cigarette et l'alluma avec sa baguette. Ils restèrent ainsi pendant cinq minutes à se regarder sans échanger un mot, mais pas d'une manière séductrice. Ils étaient différents, et pourtant discutaient avec facilité comme s'ils se connaissaient depuis longtemps, et leurs silences étaient agréables. Le temps qu'ils partageaient était agréable. Leur moment était étrange, mais agréable.
Benjy éteignit le feu sous la sauce, et entreprit de casser des œufs dans un bol. Dorcas fit le tour, et vint regarder de plus près la sauce qu'il préparait énergiquement.
– Olala, ça sent super bon, dit la jeune femme.
– Hey, vole pas ma recette! s'indigna-t-il en la chassant avec le coude.
– Mais je m'ennuie! protesta-t-elle à son tour.
– Bon, capitula-t-il après une pause, je t'autorise à mettre la table. Les couverts sont dans ce tiroir, et les assiettes dans le placard au-dessus.
– Oh, merci! s'exclama Dorcas.
Ils se mirent à bouger l'un autour de l'autre dans la petite cuisine, se touchant parfois, par mégarde pour Dorcas, par-mégarde-oups-clin-d'œil pour Benjy. Mais la jeune femme lui pardonnait ses flirts, car il lui avait rendu sa bonne humeur et qu'elle passait décidément un très bon moment avec lui. Benjy était très gentil, plus vif qu'on pourrait le penser et moins bourrin que l'avait annoncé Marlène.
La radio passa un tube estival entraînant en espagnol. Benjy se mit à chantonner, et Dorcas se surprit a l'accompagner, bien qu'elle ne connaissait pas les paroles. Et quand il se mit à danser, elle se mit à danser également. Il posa négligemment une main autour de sa taille, elle savoura la fermeté de son torse , et tous deux rirent et dansèrent jusqu'à la dernière note. Puis Benjy feignit de ne pas avoir envie de l'embrasser, Dorcas de ne pas être affectée du tout de se trouver si près d'un si séduisant jeune homme, et ils s'installèrent enfin à table pour déjeuner.
– Dis moi, comment une femme au foyer occupe-t-elle son temps? demanda-t-il avec curiosité.
Dorcas haussa les épaules.
– J'ai une activité, rappela-t-elle avec hauteur. Je suis couturière à mon compte.
– Et c'est facile de te concentrer de chez toi?
– C'est pas toujours facile de séparer vie privée et vie pro, admit-elle, mais j'arrive à travailler et être dans les temps quand même. Et quand j'ai besoin d'être concentrée, mon mari m'a aménagé un atelier dans le garage où je peux m'isoler.
Comme à chaque fois qu'elle évoquait Andrea, Ben changea de sujet.
– T'as toujours voulu être couturière?
– Non, dit Dorcas. En fait, ça ne fait que deux ans que je fais ça. Avant, je travaillais au département des Aurors en tant que briseuse de codes.
Benjy eut l'air impressionné, et hocha la tête, l'air approbateur.
– Pourquoi es tu partie?
– Conflits d'intérêt.
– Ah?
– Mon mari était mon supérieur hiérarchique. On ne pouvait pas se fréquenter dans ces conditions.
– Donc tu as sacrifié ta carrière?
– Je l'ai empêché de sacrifier la sienne, corrigea la jeune femme. Il était sur le point de démissionner pour être avec moi, et quand je l'ai appris, je l'ai pris de vitesse.
– Pourquoi? s'étonna Benjy.
– Parce que je l'aime. C'est pas une raison suffisante ?
Il haussa les épaules.
– Sûrement.
– Il avait déjà dix ans de carrière, moi seulement quelques mois. C'était la meilleure chose à faire.
– Tu le regrettes ?
– Pas une seconde. Quand tu es amoureuse, les sacrifices n'ont sont pas. Ce sont des preuves d'amour que tu fais avec plaisir.
– Mouais, dit Benjy sur un ton clairement peu convaincu. Moi, je ne l'aurais pas fait.
Dorcas eut l'air surprise.
– Jamais fait un truc dingue par amour ?
Benjy réfléchit quelques instants.
– Je sais pas si ça compte, mais j'ai filé un rein a ma grand mère l'année dernière. Pourtant, c'est une connasse et je l'aime pas. Mais ça reste ma grand-mère. Du coup, ça compte comme geste d'amour?
– Je... suppose, dit Dorcas d'un ton incertain. Elle doit t'être éternellement reconnaissante.
– Elle est morte quand même. Elle a descendu une bouteille de Firewhisky sitôt sortie de l'hôpital.
– Ah, dit simplement la brune, incapable de penser à une réponse intelligente.
– Bah, c'est la vie. Le bon côté, si je puis dire, c'est qu'elle m'a laissé plein d'argent. Et pleins de chevaux.
– Ah oui, Marlène m'a dit que tu lui donnais des cours.
– Oui, mais je ne sais pas si c'est elle qui a plus peur de mes chevaux ou le contraire.
Dorcas sourit.
– Pourquoi ça ne s'est jamais fait, entre Marlène et toi ? questionna-t-elle. Plus je parle avec toi, plus je me dis que vous iriez drôlement bien ensemble.
– Elle est pas mon type, répliqua simplement Benjy.
– C'est quoi, ton type?
– J'aime bien les brunes de petite de taille aux yeux marrons.
Dorcas éclata d'un petit rire.
– C'est… très spécifique.
Il lui jeta un regard mystérieux qui lui assécha instantanément la gorge.
– Oui. Très.
Dorcas décida de se concentrer sur son assiette afin de masquer son léger rougissement.
– La fille qui était là, hier… Selene, elle correspondrait aussi à la description.
– Oui, admit Benjy, mais c'est une connasse, et j'aime les gentilles filles. Les filles comme toi.
Elle roula ostensiblement des yeux.
– Pourtant, tu sais que je suis mariée.
Il se pencha si près d'elle que Dorcas put distinguer chaque cil de ses yeux en amande, et son cœur rata un battement.
– Dans ce cas, tu n'as rien à craindre de moi, n'est-ce pas ?
Elle s'efforça de ne pas laisser transparaître son trouble.
– Exactement. T'as une copine, au fait ?
– Tu crois que je te ferai du rentre dedans si j'en avais une ? feignit-il de s'indigner.
– Oui
Benjy éclata de rire.
– Ha! Tu as probablement raison.
LE BALLON DE FOOTBALL des garçons atterrit malencontreusement sur le magnifique et détaillé château de sable qu'Alice bâtissait depuis plus d'une heure, plongeant tout le groupe dans un silence. Alice se mordit le poing, poussa un long cri étouffé, inspira et expira quelques temps afin de retrouver son calme, puis tendit le bras sans quitter les sportifs des yeux.
– Pelle, éructa-t-elle simplement.
Lily déglutit, puis s'empressa de placer ledit objet dans sa main. Alice se leva lentement.
– Qui?
Peter, Rufus et Bart n'hésitèrent pas une seule seconde à désigner Franck du doigt.
Qui n'hésita pas une seule seconde à prendre ses jambes à son cou.
Les autres garçons se regardèrent, puis décidèrent de s'enfuir à leur tour, car même si la pelle était en plastique, Alice avait l'air furieuse.
Cette dernière s'élança à leurs trousses en poussant un grand cri de guerre, détruisant au passage dans sa rage aveugle les châteaux de Katie et Amelia, et de Lily et Marlène.
– Assassins! hurla Katie avant de courir à la suite d'Alice, armée d'une bouée.
– Bandits! vociféra Amelia, qui elle avait choisit un verre à milkshake vide.
– Woaw, elles sont... intenses, commenta Hestia en les regardant courir entre les transats et serviettes de bain.
– Ils vont me manquer, soupira James.
– Vous n'allez pas vous venger, vous? s'enquit Sirius à l'adresse de Lily et Marlène.
– Bah, la vengeance ne résous rien, dit Marlène sur un ton philosophique.
– C'est surtout que votre château était moche, dit James. Alice vous a rendu service en l'achevant.
En effet, la bâtisse des deux filles ressemblait plus à un ensemble de tas de sable de taille différentes qui menaçaient de s'écrouler.
– Je suis très vexée, dit Lily d'une voix indifférente. Pas toi, Mar?
– Ah ouais, moi aussi je suis grave vexée, assura cette dernière sur un ton plat.
– Tu vas pleurer?
Marlène hésita.
– Peut-être tout à l'heure.
– Moi aussi, peut-être tout à l'heure.
James roula des yeux.
– Hey, lança soudain Heidi. Y'a un article sur Ellie et toi, James.
Installée sur la serviette qu'elle partageait avec Remus, elle était plongée depuis dix minutes dans les magazines apportés par Hestia.
– Ah bon ? s'étonna l'intéressé. Déjà?
– Ah oui, j'avais oublié de te dire que ce serait publié cette semaine, dit Hestia.
Sirius se mit à lire l'article par dessus l'épaule de Heidi.
– Oi, s'indigna-t-il. Tu es déjà marié, d'après l'article. Pourquoi je suis pas au courant? Pourquoi j'ai pas été invité?
– Fallait bien expliquer pourquoi sa nana est enceinte jusqu'au cou, dit tranquillement Hestia.
Lily croisa brièvement le regard de James, puis haussa les épaules.
– Et Remus était ton témoin ? croassa Sirius sur un ton scandalisé.
– Je suppose que mon discours était épique ? dit ce dernier avec une fausse modestie.
– Larmoyant, même, répliqua Heidi avec fierté. C'est écrit que James n'a pas pu s'empêcher de pleurer à chaudes larmes.
– Quoi ? s'étrangla ce dernier.
– Et tu as aussi apparemment pleuré quand tu lui as dit « oui », et quand vous avez coupé le gâteau, et...
– Je ne pleure pas ! protesta James. James Potter est un homme, un vrai.
– Ellie a insisté pour que j'inclue des éléments romantiques, se défendit Hestia. J'ai essayé de lui dire que c'était trop, mais tu la connais...
– Tiens, t'as aussi pleuré lors de l'ouverture de bal, continua Heidi avec amusement.
James grogna quelque chose d'inintelligible.
BENJY SE DÉBOUCHA l'oreille avec le petit doigt tandis que Dorcas raccrochait le micro.
– Alors? demanda-t-elle sur un ton surexcité. Comment tu me trouves?
– Sexy, répondit-il.
Il avait pris grand plaisir à la regarder se déhancher sur scène comme si elle était une grande star de rock, définitivement sexy dans son jean et son tout petit T-shirt.
– Je parle de la chanson, gronda-t-elle.
– Ah, dit Ben.
Comme à son habitude, il ne s'embarrassa d'aucune diplomatie superflue:
– Ben, on va pas se mentir: tu chantes en effet très mal, tu n'exagérais pas. Et t'étais même pas en rythme en play-back. Mais…
– Mais ?
Il se frotta une barbe imaginaire en l'évaluant de haut en bas. Puis de bas en haut. Puis de haut en bas. Puis son regard sembla se coincer au niveau de sa poitrine et Dorcas croisa les bras d'un air menaçant.
– Ben?
– Hm?
– Mon visage se situe trente centimètres plus haut.
– Je sais, dit-il sans quitter ses seins des yeux pour autant.
Elle roula des yeux, et le pinça cruellement.
– Ouch !
– Tu disais ? répéta-t-elle.
– Que tu es diablement sexy en rockeuse. C'est tout ce qu'on demande aux nanas du groupe.
– C'est sexiste, s'indigna-t-elle.
– Je sais, je t'embête. Bienvenue dans le groupe.
Dorcas sourit et serra solennellement la poignée de main qu'il lui tendait.
LILY PROFITA DU FAIT que tout le monde, à l'exception d'elle-même en raison de ses brûlures et de Katie qui n'était pas à l'aise dans l'eau, soit retourné patauger dans la mer pour engager la conversation avec cette dernière.
– Ça va ?
– Oui. Pourquoi ?
– Je sais pas… tu ne parles pas beaucoup, depuis que Marlène a… enfin…. Par rapport à Doc et Do.
Katie la dévisagea quelques secondes, avant de soupirer.
– Tout ce temps où je pensais que le danger viendrait de ton côté….
– Katie, ne fais pas ça, coupa Lily d'une voix ferme.
– Pas quoi ?
Lily se redressa, et la regarda droit dans les yeux.
– Dorcas et Doc c'est du passé. Tellement du passé que tu ne t'es jamais méfiée d'elle. Doc t'aime, Dorcas est mariée et heureuse. Ne recommence pas. Si tu repars en croisade contre l'une de nous trois, tu vas perdre.
Les yeux de Katie s'embuèrent. Lily inspira profondément, et lui prit les mains.
– Katie… J'ai juste envie qu'on s'entende bien. C'est tout. Parce que je t'aime bien, et que j'aime Doc, et qu'il t'aime énormément, et parce que j'ai peur que tu me considère comme de la compétition. On serait tous coincés dans un triangle amoureux plein de clichés qui, et je suis désolée de te l'apprendre, n'existe que dans ta tête. Dorcas n'est pas une menace, Marlène non plus, moi non plus. Ton seul ennemi, c'est toi-même.
Katie leva un sourcil.
– T'es en train de dire que je suis parano ?
– Totalement. Là... c'est moi en train de brandir un drapeau blanc. Je ne suis pas de la compétition. Sérieusement, tout ce qui m'intéresse est que Doc soit heureux, et tu le rends heureux, alors je ne vois pas où se situe le conflit d'intérêt.
Katie esquissa un petit sourire.
– Doc a toujours eu un faible pour toi, un gros faible depuis le premier jour où il est venu se faire couper les cheveux – et pourtant, tu lui avais massacré sa coupe. Mais il est revenu, parce qu'il a eu un véritable coup de foudre pour toi. A ton avis, s'il nous invitait, les filles et moi, à se faire coiffer à ses frais c'était pour quoi, si ce n'était que pour avoir un prétexte de venir te voir toutes les semaines ?
Katie émit un petit rire cette fois.
– Je me souviens que la première fois que je suis venue, j'ai croisé les doigts pour que tu sois aussi formidable qu'il nous le rabâchait. Et à notre grand soulagement, tu étais géniale et tu m'as fait une coiffure géniale, et un thé génial, et des blagues géniales, alors je n'ai pas eu à mentir lorsque je lui ai dit que je te trouvais géniale. Tu aurais dû voir son sourire – je ne l'ai jamais vu sourire comme ça. Je veux le voir ainsi tout le temps. Et je veux que tu restes avec lui pour qu'il le garde, ce sourire.
Elle marqua une pause, avant de sourire.
– Comment est-ce que je pourrais concourir avec une nana dont la simple vue le rend radieux ? poursuivit-elle avec plus de sérieux. Et pourquoi je le voudrais ? Parce qu'il est merveilleux ? Oui, il est merveilleux, mais je ne compte pas te le voler, aussi formidable soit-il. Doc et moi, on se connaît depuis des années, et on ne s'est jamais mis ensemble. Pourquoi cela changerait brusquement simplement parce que tu es arrivée dans le tableau ?
Katie se mordit la lèvre.
– Je suis désolée que ton ex t'ait trompée avec sa meilleure amie. Mais Doc n'est pas ton ex, et je ne suis pas cette amie. Et surtout, Doc t'aime et te respecte – moi aussi, d'ailleurs. Alors ne t'inquiète pas pour le fait qu'il passe du temps seul avec moi.
– Je te promets d'essayer.
– Tu peux faire plus qu'essayer, Kate. En fait, quand on y réfléchit, ces moments-là marchent en ta faveur. Quand tu es énervée parce qu'il continue à consoler son ex à chaque fois qu'elle vient pleurer dans ses bras, devine à qui c'est le job de lui expliquer ce qui t'a contrariée ? J'assure tes arrières, sur ce coup. Comme je le ferai sur beaucoup de coups, si je n'avais pas peur de te faire fuir. Je l'aiderai à organiser des magnifiques surprises, des rendez-vous romantiques, ou simplement comment s'excuser auprès de toi. Et je l'empêcherai de t'acheter cet horrible parfum qui schlingue et que tu te sentirai obligée de porter pour lui faire plaisir.
Katie éclata de nouveau de rire.
– Je l'ai coaché pour sa première cuite et l'ai aidé à se préparer pour son tour du monde en solitaire. Pourquoi est-ce que je ne l'aiderai pas pour quelque chose d'aussi important que votre relation ?
Lily lui reprit les mains.
– Je t'en prie, Katie. Je suis une fille, et je suis souvent dans de beaux draps, c'est vrai. Mais crois-moi quand je dis que tu n'as rien à craindre de moi.
– Mis à part une sévère constipation quand tu cuisines ? la taquina la blonde.
– Hey ! protesta Lily.
Très émue, Katie la prit dans ses bras.
LE RESTE DE l'après-midi se déroula dans une ambiance ponctuée de rires et de taquinerie, et, lorsque le soleil commença à décliner, ils décidèrent de plier bagages et de rentrer à la villa.
Ils trouvèrent une maison déserte ainsi qu'un mot de Dorcas expliquant qu'elle s'était rendu au bar où aurait lieu le concert en compagnie de Benjy.
Lily prit une longue douche qui débarrassa ses cheveux de leur teinture, et revint dans la chambre qu'elle partageait avec Marlène pour la découvrir sans dessus dessous. Bien que son apport au groupe de Benjy se limitait à paraître sexy tandis qu'elle chantait en play-back, Marlène prenait son rôle très au sérieux, et choisissait sa tenue avec le plus grand soin. Avec l'aide de son amie, elle se décida pour une mini-robe en cuir qui n'avait rien à envier aux tenues des prêtresses du sado-masochisme, et punit sévèrement Lily de chatouilles quand cette dernière lui suggéra de compléter sa tenue avec un fouet et des menottes.
Le bar était moldu, bien qu'également fréquenté par la jeunesse sorcière, et était extrêmement bondé en ce week end de fête. La bande d'amis se retrouva séparée très rapidement, mais l'ambiance était si électrifiée que personne ne s'en formalisa. Le mot d'ordre semblait être de s'amuser, de s'oublier, de tout oublier, d'être jeune et insouciant, et ils y obéirent tous avec dévotion.
Au son des groupes qui défilaient, tous plus bons les uns que les autres, Lily dansa comme si personne ne la regardait, souvent toute seule, parfois avec un partenaire occasionnel, et sourire et yeux brillants ne quittèrent son visage un seul instant.
Elle s'arrêta pour boire un verre quand le troisième groupe entama un slow, et, perchée sur sa chaise haute en attendant sa boisson, observa la dense foule se mouvoir avec douceur. Elle fit un petit geste de temps en temps quand elle reconnaissait des visages familiers. Le barman revint avec la commande de Lily, mais une main la devança et régla la boisson avant qu'elle n'ait pu atteindre son porte-monnaie. Une fois de plus, sa facture avait été réglée par une personne qu'elle aurait préféré éviter de croirser. En se retournant, Lily eut en effet la désagréable surprise de tomber nez à nez avec l'ex de Marlène, Finnegan Fox.
– Salut, toi, commença-t-il de sa voix de velours.
– Rhooo, pas toi, grommela-t-elle en poussant un soupir consterné.
Il croisa ses grands bras musclés, savamment mis en valeur par une chemise blanche, piqué par son manque d'enthousiasme assumé.
– Hé ! maugréa-t-il.
– Chut! Ne dis rien, je suis en train de t'imaginer avec du scotch sur la bouche et c'est jouissif.
Il eut un geste impatient.
– Toujours aussi asociale, hein ?
– Je ne suis pas asociale, se défendit Lily. C'est juste que je ne t'aime pas. Je dirais même que je te déteste. A vrai dire, je ne suis pas née avec assez de majeurs pour que tu comprennes ce que je ressens pour toi. Si ta chemise était en train de brûler et que j'avais un verre d'eau, je le boirais.
– C'est pas très gentil.
– Si t'es pas content, note ta réclamation sur un bout de papier et enfonces-toi le là où tu sais.
– Pourquoi est-ce que tu me détestes ? demanda Finn sur un ton boudeur.
– Parce que tu me saoules, répliqua Lily.
– Mais… j'ai rien dit de méchant, pourtant.
– C'est quand tu respires que tu me saoules le plus.
Finn fronça les sourcils.
– C'était petit, ça.
– Ouais. Comme ta bite.
– C'était encore plus petit, ça.
– Ouais. Comme ta bite en érection.
Il soupira.
– Très drôle. Alors, qu'est-ce que tu deviens ?
Lily le regarda comme s'il était brusquement devenu fou.
– Finn ?
– Oui ?
– Je ne t'aime pas, exposa-t-elle de but en blanc. Qu'est-ce ce que tu comprends pas, dans le fait que je ne t'aime pas ? C'est simple, pourtant. Dégages de ma vue. J'ai aucune envie de te parler.
– Ah Evans, on était pourtant de si bons amis autrefois, dit-il avec regret.
– Ouais. Avant que tu ne brises le cœur de ma meilleure amie.
Finn afficha un air triste, qui ne dupa pas Lily un instant.
– Oui… ce sont les choses de la vie. J'ai eu le cœur brisé aussi dans l'histoire.
– Pauvre chou.
– C'est vrai, insista-t-il. Notre séparation a été une rude épreuve.
– Oui, pendant cinq minutes, le temps que tu transplanes chez ta gourde et que tu lui tombes dans les bras.
– Les choses ne se sont pas passées comme ça.
– Oh, tu as raison, suis-je bête. Tu te trouvais déjà dans ses bras avant la rupture.
Finn eut la décence de ne pas répondre.
– Elle s'appelle comment, déjà ? Eurydice ?
– Calypso. On a rompu.
– Oh, et c'est pour ça que tu reviens vers Marlène ?
– Non, nia férocement Finn.
Et pourtant, une pustule naquit sur son front afin de signaler son mensonge. Lily réprima à grand mal un sourire.
– Vraiment ? dit-elle sur un ton narquois.
– Oui, assura-t-il. Je ne fréquente plus personne, depuis Calypso.
Elle était persuadée que c'étaient plus parce que les méthodes de dragues malhonnêtes de Finn signalées par le maléfice de James l'avaient condamné au célibat qu'il revenait vers son amie. Il n'y avait pas à dire, James était intelligent.
– Ces derniers mois, ajouta-t-elle en arborant son air le plus triste, j'ai beaucoup réfléchi, et je me rends compte que Marlène est la bonne. La seule, l'unique.
Quatre boutons apparurent sur son menton. Finn ne semblait pas sentir leurs apparitions, car il continua son discours sans marquer de pause :
– Je sais ce qu'elle vaut, à présent. J'ai beaucoup changé.
Deux pustules poussèrent sur la joue droite.
– Pour elle.
Trois sur la joue gauche.
– Je veux un couple sain avec elle. Je veux qu'elle devienne ma femme, et porte mes enfants. Je veux qu'elle soit à mes côtés toute ma vie.
Sept verrues se tassèrent à l'orée de ses narines.
– Je sais que je lui ai fait beaucoup de mal dans le passé, mais je veux me rattraper.
Trois autres apparurent sur sa tempe. Lily plissa les paupières. Il en avait du culot, de débiter un tel flot de mensonge, et elle se demanda brièvement s'il croyait en ses propres mensonges.
– J'en suis certaine, railla-t-elle en reculant d'un pas, aussi dégoûtée qu'amusée par le spectacle.
– Je l'aime, Lily, crois-moi. Je l'aime vraiment.
Cette fois, aucune nouvelle pustule ne vint décorer son front. Lily ne put s'empêcher d'être touchée par sa détresse et sa sincérité.
– Assez pour ne plus avoir envie de voir si l'herbe est plus verte ailleurs ? demanda-t-elle.
– Oui.
Un énorme kyste apparut sur son menton. Lily esquissa une grimace de répugnance.
– Tu ne changeras jamais, Finn.
– Merci.
– Ce n'étais pas un compliment, précisa-t-elle. Je ne sais pas ce qui te rend aussi stupide, mais crois-moi, c'est efficace.
– Pourquoi t'es aussi méchante avec moi? se plaignit-il.
– A ton avis, Pinocchio ?
– Qui ?
Elle roula des yeux.
– Rien. Heureusement que t'es beau, car c'est tout ce que tu as pour toi.
– Merci, répéta Finn.
Lily poussa un soupir consterné.
– Allez, va-t-en maintenant. Tu me gâches la soirée.
– Mais j'ai besoin de ton aide, Lily.
– J'ai. Pas. Envie. De. T'aider, éructa-t-elle lentement, comme si elle parlait à un simple d'esprit.
– S'il te plaît, supplia-t-il. De toute manière, je ne bougerai pas avant que tu me files un tuyau.
Elle soupira à nouveau, l'observa de haut en bas, puis reprit d'une voix pensive:
– Tu sais, maintenant que j'y pense, j'ai vu quelque chose qui m'a rappelé ta grosse tête, ce matin...
– Vraiment ? s'étonna Finn.
– Oui. J'ai pu m'en débarrasser en tirant la chasse, dommage que ce ne soit pas aussi facile avec toi.
– Je n'ai pas besoin qu'on m'insultes, grogna l'imperturbable jeune homme, j'ai besoin qu'on me conseille.
– Je viens de t'en donner un. Dégages de ma vue, et dégages de celle de Marlène. Et quand tu auras dégagé, dégages encore. Puis dégages de nouveau. Puis continues à dégager jusqu'à ce que tu reviennes devant nous. A ce moment-là, dégages encore.
– Je t'en prie, Lily. Juste un conseil pour récupérer Marlène.
La jeune femme le sonda quelques instants.
– Tu promets de partir après ?
– Oui.
Elle sourit malicieusement.
– Bon. Dis-lui ce que tu ressens, sans mentir, en toute sincérité. Ne te retiens pas, comme si c'était la dernière fois que tu as l'occasion de lui dire ce que tu ressens. Je pense que si Marlène voit tes intentions, et estime qu'elles sont sincères, elle te donnera peut-être une cinquante-deuxième chance, qui sait ?
Finn la prit dans ses bras.
– Merci, Lily.
– C'est ça, c'est ça.
Requinqué par le discours de la jeune femme, Finn se fraya un passage parmi les danseurs jusque Marlène, qui se trémoussait contre Sirius, et lui demanda un aparté. Elle refusa de s'isoler avec lui, mais lui permit de lui dire ce qu'il avait à lui dire.
C'était avec ravissement que Lily regarda les pustules s'entasser sur le visage de Finn, et le teint de Marlène virer au vert.
LORSQUE LES PIPES montèrent sur scène, elle s'accorda une pause au bar afin d'écouter son amie et de prendre des photos en guise de souvenir. Benjy avait miraculeusement convaincu Dorcas de faire les chœurs, et cette dernière, moulée dans son jean très efficace, semblait prendre du plaisir à se laisser aller à quelque chose de si peu caractéristique d'elle. Elle était écarlate cependant, et échangeait des regards complices avec Ben, qui s'agitait à la batterie comme un possédé en exposant son appréciable musculature. Lewis, également torse nu, faisait rugir sa basse, et le dernier membre dont la jeune femme n'avait pas retenu le nom sautillait en maniant sa basse avec expertise.
C'était cependant vers Marlène que convergeaient tous les regards. Le micro qu'elle avait ensorcelé lui assurait une voix juste, rauque et chaude. Elle électrisait l'air de par sa séduisante tenue et son enthousiasme débordant qu'elle transmettait à la foule, qui lui renvoyaient en retour et sans retenue dynamisme et bonne humeur. Ravie d'avoir tous les regards braqués sur la scène, elle bougeait avec grâce et parvenait à faire chanter le public en chœur. Le cœur de Lily battait à tout rompre, rempli d'admiration et d'amour pour cette sœur retrouvée, réparée, rayonnante.
Lily retourna très vite dans la foule afin de profiter de la musique, mais ne dansa pas seule très longtemps. Alors que les Pipes entamaient une chanson plus romantique et mélancoliques, propices aux slows et regards langoureux, James apparut brusquement devant elle et lui proposa sans un mot sa main. Lily hésita un instant du fait qu'ils se trouvaient en public, mais ses réticences s'envolèrent dès lors que leurs peaux entrèrent en contact. Elle passa les bras autour de ses épaules, cala sa tête contre lui, et se laissa bercer.
A quelques mètres d'eux, Rufus et Hestia les regardaient avec un mélange de consternation et d'indignation :
– J'ai passé deux heures à pondre un conte de fée sur son amour pour Ellie ! s'exclama Hestia, l'air proprement scandalisé. J'ai vraiment l'impression d'être un escroc quand je bosse pour James !
– Tu me crois, maintenant, quand je te dis que je les ai vus tout à l'heure s'embrasser dans les escaliers ? dit Rufus.
– J'arrive pas à croire qu'ils m'aient menti, dit Hestia. Ni qu'ils ne se cachent même pas ! On est dans un quartier moldu… mais quand même ! Quelqu'un pourrait quand même les reconnaître. Même Remus et Heidi sont plus discrets que ça.
– Euh… pas sûr que ce soit le cas, dit Rufus, qui était de grande taille et pouvait les voir d'où ils étaient.
– Qu'est-ce qu'ils font, cette fois ? grommela Hestia.
Rufus fit une grimace.
– J'ai… pas envie de décrire ce que je vois. Mais crois moi, c'est pas pire.
Hestia soupira.
– Tu penses qu'on devrait intervenir ?
Ils observèrent James déposer un baiser sur le nez de Lily, qui sourit béatement.
– Franchement, je peux pas, avoua Rufus.
– M'énervent, ces deux là, approuva Hestia avec un sourire tendre qui venait contredire ses propos. Sont trop mignons.
MARLÈNE LEVA SON POING en l'air, et s'écria :
– Merci tout le monde pour ce formidable accueil ! C'était les Pipes ! A bientôt !
La foule rugit tandis que le groupe saluait, puis ils quittèrent la scène pour laisser place au dernier groupe de la soirée. La plupart de leurs amis s'étaient réunis en backstage afin de les féliciter, et Marlène, qui ne pouvait se lasser de recevoir des compliments, déclara d'une voix émue en tournoyant sur elle-même:
– Je me sens comme Joan Jett. I LOVE rock'n'roll... blabla nanana blablablabla baby, I LOVE rock'n'roll... blabla nananana and DANCE WITH ME!
– Marlène? intervint Lewis.
– Hmm ?
– Sérieusement, ta gueule.
– Ta voix au naturel sans modifications est insupportable, dit Patrick.
– En plus, tu ne connais même pas les paroles, ajouta Ben avec condescendance.
Marlène afficha un air absolument outré.
DORCAS SEMBLAIT AVOIR pris du bon temps à jouer aux choristes. C'était la première fois que beaucoup de ses amis la voyaient aussi détendue et spontanée, et elle-même se sentait plus légère que jamais.
Le stress du concert évacué, les membres du groupe rejoignirent les autres, et tous profitèrent de la soirée de manière animée et arrosée. Le souvenir de la cuite de la veille était encore trop frais pour que la jeune femme boive avec les autres, aussi décida-t-elle de rester tenir compagnie à Benjy qui, en tant que leader, devait s'occuper des détails relatifs à leur prestation avec le propriétaire de l'établissement.
Une fois leur chèque en main, Ben décida de sortir prendre l'air et fumer une cigarette, et Dorcas l'accompagna. Ils sortirent par l'issue de secours, qui donnait accès à la ruelle déserte derrière le pub. Benjy s'installa sur le capot d'une voiture garée dans l'étroit passage, et Dorcas s'appuya contre le mur en face de lui.
– T'étais géniale, ce soir, répéta-t-il pour la énième.
– Merci, dit-elle avec un sourire éclatant.
– Et très, très jolie, ajouta-t-il d'une voix plus suave.
Elle roula des yeux afin de masquer le fait qu'elle se sentait flattée par son compliment :
– Surtout vu de derrière, je suppose ?
– Ah ! C'est pas moi qui l'ai dit.
Elle secoua la tête.
– T'es impossible, toi...
Benjy sortit ensuite un joint de la poche de son jean, qu'il alluma sous le regard réprobateur de la jeune femme.
– Quoi ? se défendit-il. J'ai dit que j'allais fumer, j'ai pas dit quoi.
– Ouais. Bref, grommela-t-elle.
Il tira une bouffée, puis lui tendit le joint.
– T'en veux ? demanda-t-il.
– Je ne touche plus à ça, dit-elle avec hauteur.
– Plus ? s'étonna-t-il. T'as déjà essayé ? Toi ?
Dorcas rougit, et répondit avec une assurance feinte :
– Il y avait jadis, j'étais très curieuse.
Elle aimait bien qu'on la considère comme étant sage d'ordinaire, mais quand cela provenait de Benjy, elle avait l'impression qu'il se montrait condescendant et ne pouvait s'empêcher de se sentir piquée. Elle ne savait pas très bien pourquoi elle essayait de l'impressionner en lui montrant un côté rock'n'roll je-m'en-foutiste, comme si elle voulait lui prouver qu'elle n'était pas aussi prévisible, calme et conventionnelle qu'il l'insinuait de temps à autre. C'était d'ailleurs ce qui l'avait poussée à changer d'avis, et à monter sur scène.
– Je commence vraiment à comprendre pourquoi t'es la meilleure amie de Marlène, dit-il après une pause.
– J'ai eu mes petits moments de folie, mais j'ai toujours été la sage du groupe.
Il la sonda de ses yeux verts curieux. Dorcas soutint son regard, non sans rougir un petit peu.
Il lui proposa de nouveau son joint. Sans un mot.
Elle accepta cette fois. Sans hésiter.
Elle tira une bouffée sous le regard intense de Benjy, puis le replaça entre les lèvres du jeune homme. Ce dernier l'attira subitement contre lui, et elle se retrouva debout entre ses jambes. Dorcas déglutit, et sentit son pouls s'accélérer. Ils se dévisagèrent pratiquement sans cligner des yeux, chacun capturé dans l'intensité du regard de l'autre.
– J'aime bien ton côté fausse sage, murmura Benjy d'une voix rendue plus rauque par le désir.
Dorcas fut parcourue d'un frisson. Sa gorge était soudain très sèche, et elle prit vaguement conscience que les mains du jeune homme reposaient très bas sur ses hanches.
Le truc avec Benjy, c'était qu'elle le trouvait mignon. Genre, vraiment mignon. Une gourmandise pour les sens. Il était musclé, sentait bon, avait une voix virile et rassurante, des mains étonnamment douces, et elle ne doutait pas qu'elle apprécierait énormément de l'embrasser.
Et si la jeune femme se sentait très coupable d'avoir ses pensées, elle ne savait pas comment les gérer. Elle n'avait jamais pensé à un autre homme qu'Andréa, depuis qu'elle avait rencontré et épousé ce dernier. Elle avait toujours été profondément monogame dans l'âme, n'avait jamais joué double jeu, n'avait jamais pensé à jouer double jeu. Elle ne comprenait pas comme elle avait pu se retrouver piégée dans le genre de situation pour lesquelles elle réprimandait souvent ses amies. Elle ne comprenait pas comment elle avait pu se laisser tenter, et ne comprenait pas ce qu'elle faisait encore là.
Benjy était sur le point de l'embrasser, et elle restait là.
Elle n'était pas supposé rester là. Elle n'était pas supposée être là.
Elle savait, que c'était de sa faute, qu'elle avait passé la journée à jouer avec le feu. Étant donné que les choses allaient mal avec Andréa, c'était comme si elle cherchait désespéramment du réconfort là où elle pouvait en trouver, même chez quelqu'un d'aussi dangereux que Ben. Au cours de l'été, elle avait principalement puisé ce réconfort chez Remus, parfois chez Caradoc, mais cette intimité était sûre en quelque sorte. Elle savait qu'elle ne franchirait jamais la ligne avec aucun des deux, et qu'aucun d'eux ne franchirait jamais ligne avec elle.
Mais Ben…
Ben, était autre chose, et le cerveau de Dorcas tirait la sonnette d'alarme concernant le guitariste. Il en avait strictement rien à faire d'Andréa et ne se retiendrait pas s'il en avait l'occasion. Et elle, elle n'était pas certaine qu'elle aurait la force de le repousser. Leur innocente complicité n'était en fait que le loup déguisé pour lui faire baisser sa garde ; elle avait pourtant remarqué les grandes dents, les grands yeux, les grandes oreilles, mais ne s'était pas enfuie.
Ne s'enfuyait toujours pas.
Elle se sentait impuissante. Inexorablement attirée. Abrutie par l'attraction qu'elle ressentait pour lui. La ligne de sa mâchoire était trop dangereuse pour elle, son sourire ravageur, ses yeux périlleux, et ses bras ! Mon Dieu, quels bras. Et son torse! Son torse, qu'il ne recouvrait jamais, qui était si musclé ! Et son dos! Puis il était grand en taille, comme elle les aimait. C'était lui, qui était diablement sexy, et elle était de plus en plus sensible à son flirt incessant, impudent, insolent.
– Fausse ? murmura-t-elle.
Benjy prit son visage dans une main, enlaça sa taille de l'autre, et le cœur de Dorcas rata un battement.
– Fausse.
Plusieurs choses se déroulèrent alors simultanément.
Dorcas ferma les yeux.
Benjy se pencha vers elle.
La porte du bar s'ouvrit à la volée.
Sur Heidi.
Qui s'arrêta net, et écarquilla les yeux en les voyant si près l'un de l'autre.
Ben lâcha immédiatement la taille de Dorcas, qui, le visage cramoisi, fit un bond en arrière.
Il y eut un long silence, seulement perturbé par la musique grondante provenant du bar.
Personne ne bougea pendant d'interminables secondes. Puis Lewis et Patrick les guitaristes du groupe, apparurent derrière Heidi.
– Hey, faut que tu refermes la porte derrière toi, pour ne pas déranger le voisinage, dit Patrick.
– Euh… Oui, désolée, bredouilla Heidi.
– T'inquiètes pas, elle s'ouvre de dehors aussi.
– Ah, t'es là, toi, s'exclama Lewis à l'adresse de Ben. On te cherchait, justement.
– Pourquoi? demanda Ben.
– Y'a le leader des Easy Butthurts qui voudrait te parler, expliqua Patrick. Apparemment, ils auraient un bon plan pour nous.
– Ah, super. Je vous suis.
Il paraissait ravi d'avoir une excuse pour s'en aller, et suivit Lewis et Patrick à l'intérieur. En passant, il jetant un coup d'œil à Dorcas, qui refusa obstinément de croiser son regard.
Au grand désespoir de cette dernière, Heidi ne suivit pas les garçons. Elle s'appuya contre la porte une fois celle-ci refermée, et l'observa de ses immenses yeux bleus avec un mélange de surprise et de curiosité.
– Quoi? finit pas s'irriter Dorcas.
– N'est-ce pas le moment où tu me dis que ce n'est pas du tout ce que je crois ? demanda-t-elle.
Dorcas soupira.
– A quoi bon ?
Heidi haussa les épaules.
– C'est ce que tout le monde fait.
– Tu n'es pas tout le monde. Tu ne me croirais pas.
– Non. Ce que j'ai vu est assez explicite. Étonnant, mais explicite.
Heidi, qui portait la veste de Remus par-dessus sa robe jaune vif, tira un paquet de cigarette des poches et en proposa une à Dorcas. Cette dernière en préleva une avec les mains tremblantes. Prise de pitié, Heidi l'alluma pour elle avant de retourner s'appuyer contre la porte.
– Rassures-toi, dit-elle avec douceur, je ne suis pas ici pour te juger. Je ne connais pas ton mec, ni Benjy, ni même toi. Mais je m'y connais un rayon en adultère.
– Tu as déjà trompé ? demanda Dorcas.
– Non. Mais j'ai souvent été la fille avec laquelle on trompe.
– Pourquoi ?
Heidi haussa les épaules.
– Je vais te dire la même chose que j'ai dite à Lily-Flower hier : les gens n'ont pas forcément besoin d'une raison pour agir d'une certaine manière. Le bien, le mal… c'est pas que je n'y accorde aucune importance, c'est que je n'ai pas la même définition que la plupart des gens. Mais j'étais consciente au fond, que c'était quelque chose de répréhensible.
– Alors pourquoi ?
– Je sais pas… Je dirais que si je me suis retrouvée si souvent dans cette position, c'est parce qu'il y a quelque chose de... flatteur, dans le fait que quelqu'un soit prêt à mettre en danger tout ce qu'il a soigneusement construit, tout ce qui est important dans sa vie, rien que pour une petite idylle avec moi. Plus les choses qui sont en jeux sont grandes – mariage, enfant, famille – plus le goût est particulier. Je ne saurais pas vraiment comment l'expliquer.
– Je ne suis pas certaine de vouloir comprendre, finalement, répliqua froidement Dorcas.
Heidi haussa à nouveau les épaules, l'air indifférent.
– Tromper quelqu'un est un choix, pas un accident, dit-elle. Ce n'est pas quelque chose qui « arrive », c'est quelque chose qu'on décide de faire. Malgré mon penchant pour les hommes pris, je n'ai jamais trompé aucun de mes copains. Quand je suis avec quelqu'un, les autres cessent d'exister. Ces hommes en couples qui se laissent tenter par moi n'ont qu'à se prendre à eux-même. Ceux qui ont une relation sincère ont toujours su me résister, qu'importe mon insistance.
– Je n'ai rien fait avec Benjy, se défendit Dorcas.
– Pas encore. Tu danses avec les allumettes dans une maison en papier. J'espère pour toi qu'il en vaut la peine.
Dorcas pâlit. Heidi tira une grande bouffée, avant de reprendre d'une voix grave :
– Tromper est un processus. Tu penses que tu contrôles les choses, que tu sauras t'arrêter avant de franchir la ligne, que tu sais ce que tu fais, mais c'est une illusion. Les choses comme celles-ci commencent petit, et évoluent très vite. Chaque mauvais pas rend le suivant plus facile. Rares sont ceux qui ont la chance d'être interrompus avant de franchir la ligne.
Heidi jeta sa cigarette par terre, et rouvrit la porte.
– Bon, me casse. A tout à l'heure.
– Heidi, attends ! l'interpella Dorcas.
– Oui ?
Dorcas soupira.
– Qu'est-ce que je devrais faire ? demanda-t-elle d'une voix tremblante et remplie de désespoir.
Heidi lui jeta un regard horrifié.
– Woaw, chérie! Me demande pas de conseils, je suis mal placée pour en donner.
– C'est ce que tu viens pourtant de passer dix minutes à faire, fit remarquer Dorcas.
– Je viens de passer dix minutes à partager mon expérience avec toi, corrigea Heidi. J'ai été des deux côtés, je sais ce que c'est. J'ai pas de conseil à te donner, t'as un bien meilleur sens moral que moi. Ce que tu choisis de faire ensuite ou non, c'est pas mon problème.
Dorcas se rassit sur le capot de la voiture, et se mit à fixer le sol. Heidi hésita, puis ne put s'empêcher de demander avec toutefois une certaine réticence:
– Est-ce que tu as besoin de quelque chose ? Parler à quelqu'un? Boire quelque chose?
La jeune femme hésita, avant de répondre.
– Remus, ou Caradoc. Est-ce que tu pourrais essayer de les trouver pour moi ? Je ne tiens pas à retourner à l'intérieur.
Heidi leva un sourcil.
– Pourquoi pas Dorcas ou Lily ?
– Je préférerai avoir un avis masculin.
Dorcas, qui fixait honteusement le sol, ne remarqua pas la lueur à présent glaciale qui luisait dans les yeux de Heidi. La jeune femme n'avait en effet aucune intention de soumettre son petit ami, ni celui de sa bonne copine Kit Kat, au désarroi de leur ex-petite amie commune qui était plutôt séduisante dans son jean, merci bien. Mais l'exposition à tant de personnes dotées d'un bon fond pendant deux jours l'avaient un peu ramollie, et après avoir tergiversé quelques secondes, décida de tout de même trouver une oreille sympathique pour Dorcas.
– Je vais voir ce que je peux faire, mentit-elle.
à suivre...
Merci beaucoup à Chevalier du Cat, Xila, Sheshe13, Sundae Vanille, Bouboukam, & Juliebnt pour vos reviews sur le chapitre précédent!
