CHAPITRE 31 : Les Blondes, la Brune et le Truand – Ø


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dernier

jour


LILY ÉTAIT TRISTE.

James le voyait dans son regard un peu humide. Elle ne parlait pratiquement pas, lui serrait la main un peu plus fort que nécessaire, et ne souriait pas. Elle n'avait pas souri une fois depuis qu'ils étaient apparus dans la forêt, et c'était ce qui l'inquiétait le plus. Elle souriait tout le temps, d'habitude. Il commençait à comprendre qu'elle ne l'avait pas amenée ici simplement pour admirer le beau lever de soleil, aussi magnifique soit-il.

– Parle-moi, supplia-t-il.

– De ?

– De ce que tu veux. De ce qui te pèse. Tu as l'air triste. Qu'est-ce qu'on fait ici ?

Lily resta silencieuse pendant si longtemps qu'il crut dans un premier temps qu'elle s'était endormie.

– Mon père avait l'habitude de nous emmener ici, de temps à autre, répondit-elle finalement. Du coup, chaque premier dimanche du mois, je viens me recueillir ici. Mais hier j'ai été distraite, du coup je me rattrape aujourd'hui.

A l'évocation des parents défunts, James devint immédiatement plus attentif au paysage. La lumière du soleil teintait les paresseux nuages défilant dans le ciel avec une palette de couleurs allant du pourpre à l'ocre qui se reflétaient également sur le lac au bord duquel ils se trouvaient, et dévoilait les immenses pins dominés par d'immenses montagnes qui les entouraient, et qui les faisaient se sentir si petits et si seuls au monde. Il faisait très frais, mais Lily avait heureusement pensé à prendre une couette, dans laquelle ils étaient emmitouflés. James avait quant à lui contribué à leur confort en faisant apparaître un somptueux sofa qui jurait avec la nature tel un odieux blasphème, (et Lily avait cessé de protester en constatant à quel point il était moelleux).

– C'est joli, commenta-t-il.

– N'est-ce pas ?

Il lui prit la main, et la baisa tendrement. Comme si elle lisait dans ses pensées, elle répondit à la question qu'il se posait :

– Ils sont morts dans un bête accident de voiture.

Il sentit son cœur se serrer, et l'enlaça plus fort dans ses bras.

– Je suis désolé.

Elle haussa les épaules. Il se mit à lui frotter le dos sous la couverture afin de la détendre.

– Qu'est-ce que vous faisiez, quand vous veniez ici ? questionna-t-il presque timidement.

– On péchait, on campait, on admirait la vue. On patinait, quand le lac était gelé. On se racontait des histoires qui font peur la nuit. On profitait juste les uns des autres, et… et…

Et sa voix se brisa.

– Hey…

James la serra contre lui jusqu'à ce que la boule de tristesse qui s'était formée dans sa gorge se défasse.

– Quand je viens ici, reprit-elle d'une voix plus maîtrisée, j'ai l'impression de ressentir leur présence. Je sais qu'ils ne sont pas là, mais c'est tout comme, et je me sens mieux, parce que cet endroit est rempli de tellement de bons souvenirs. Mais c'est aussi le moment pour moi de faire le point sur ma vie. Même s'ils ne sont plus là, je n'ai pas envie d'être une personne dont ils auraient été déçus. J'essaie d'être la personne qu'ils auraient aimé me voir devenir, d'être digne, respectable…

– Et tu y arrives très bien.

– Pas toujours, contredit-elle après une pause. Beaucoup de mes choix récents sont discutables.

James fronça les sourcils. Faisait-elle référence au fait qu'elle était avec lui alors qu'il était fiancé ? Il l'avait convaincu de faire fi de sa relation avec Elinor, pour lui, pour être avec lui, mais à quel prix ? Était-ce trop pour elle ? Le regrettait-elle déjà ? Il espérait que non…

Ils avaient été si heureux la veille, et aujourd'hui commençait également sous les meilleurs auspices. Et il étaitputaind'heureux. Elle le rendaitputaind'heureux. Et c'est parce qu'il savait le long chemin qu'elle avait parcouru avant de céder, alors qu'elle était si déterminée à ne pas le partager, qu'il chérissait particulièrement ces moments, qu'il ne voulait pas qu'elle regrette son choix, qu'il voulait qu'elle soit tout aussi heureuse qu'il l'était. Il voulait – ilallait lui montrer qu'il en valait la peine.

– Je ne les connais pas, mais je suis certain qu'ils sont fiers d'avoir une fille aussi douce, honnête, gentille, avec un grand cœur, belle, aussi merveilleuse que toi. Je suis fier de toi, en tout cas.

– Fier de moi ? s'étonna-t-elle.

Il lui recala une mèche derrière l'oreille, puis leva son menton afin de la forcer à le regarder.

– T'es de loin l'une des meilleures personnes que je connaisse, assura-t-il. C'est un honneur comme un plaisir pour moi d'aimer quelqu'un comme toi. Tu es parfaite.

– Je ne suis pas parfaite. Personne ne l'est.

– Pardonne-moi de te contredire, mais si, tu l'es. Même ce qu'on pourrait considérer comme des imperfections ne le sont pas, à mes yeux. Comme le fait que tu ronfles.

Quoi ? s'alarma-t-elle en se redressant sur un bras. Sérieux, je ronfle ? Je ronfle fort ? Je ronfle comment ?

– De manière sexy.

Elle fronça les sourcils.

– Comment peut-on ronfler de manière sexy ?

– J'en sais rien, mais tu y arrives. Je ne te raconte pas l'effet que ça me fait quand tu te mets à baver en même temps. Rien que d'y penser…

– T'es con, gronda-t-elle en le frappant sur le torse.

– C'est un compliment, quand un mec te dit qu'il t'aime même quand tu baves et ronfles. J'aimerais bien qu'on me fasse de tels compliments.

Elle roula des yeux, puis l'embrassa brièvement avant de se replacer dans ses bras.

– Ton cœur bat vite, fit-elle remarquer.

– Ouais. C'est toujours comme ça, quand tu es dans les parages. J'ai eu du mal à m'endormir, hier, juste parce que tu étais à côté de moi…

Le pouls du jeune homme était en effet toujours chaotique quand il la tenait dans ses bras, parce qu'elle était belle, parce qu'il l'aimait, parce qu'elle l'aimait aussi, parce qu'il était très heureux. Il avait du mal à s'habituer au grand bonheur que sa simple présence lui conférait, avait du mal à croire qu'un si grand bonheur existait en premier lieu, et du mal à réaliser qu'elle était là avec lui, qu'elle leur avait donné une chance, et qu'ils étaient aussi magiques. Il avait l'impression d'être au sommet du monde, et le sommet du monde était vertigineux... et également terrifiant. James était quelqu'un de passionné, et la dernière fois qu'il avait été aussi passionné avec quelqu'un, qu'il s'était rendu aussi vulnérable, qu'il était monté aussi haut, la chute avait été si terrible que ça l'avait détruit.

Lily ignorait ce revers de médaille, cette crainte que James avait de l'amour qu'il avait pour elle, du pouvoir qu'elle avait sur lui. Il le savait, bien sûr, rationnellement, que Lily ne lui ferait jamais autant de mal qu'Emily, mais il n'avait jamais pu faire taire ses appréhensions comme il n'avait jamais pu se résoudre à ne pas prendre de risques. Cela ne tenait qu'à elle, de le rendre heureux ou malheureux, comblé ou vide, entier ou brisé. Elle le rendait à la fois fébrile, et fort, et fragile, et solide, et exposé, et invincible. Et…

Lily l'embrassa tendrement dans le cou, et il sentit son angoisse s'apaiser.

Elle valait tellement,tellementla peine qu'il prenne le risque.

– Et puis, le fait que tu m'aies amené ici, c'est un peu stressant, après ce que tu m'as raconté, ajouta-t-il.

– Stressant ?

– C'est un peu comme si tu cherchais l'approbation de tes parents, non ? Comme si tu me présentais en disant «hé, papa, maman, voici James. James, voici Hippomène, mon père, et Atalanta, ma mère. »

– Mes parents ne s'appellent pas Hippomène et Atalanta, et ma voix n'est pas si aiguë, protesta Lily.

Shh! Laisse-moi finir, la réprimanda-t-il. Là, ta mère me serre poliment la main avec un sourire froid parce qu'elle n'aime pas mes cheveux, et ton père me regarde de haut en bas parce que je suis l'odieux individu qui essaie de leur piquer leur fille.

Lily eut un petit rire.

– N'importe quoi. Ma mère t'aurait trouvé charmant, car elle aimait tout le monde, et mon père t'aurait beaucoup aimé aussi.

– Parce que je suis cool?

– Non, parce que je t'aurais préalablement conseillé de rire à la blague de Cow Boy Texan, ce qui aurait suffi à te rendre respectable à ses yeux. Il la raconte à tout le monde, tout le temps.

– Le Cow Boy Texan? Je ne connais pas. Raconte.

Lily s'éclaircit la gorge.

– Bon. C'est l'histoire d'un Cow Boy très costaud, le genre à qui il ne faut pas chercher des noises, qui boit un verre dans un saloon, paie, puis s'en va. Il revient une minute plus tard avec un regard meurtrier, et annonce et haut et fort pour que tout le monde entende:" Je vais boire un dernier verre, et si mon cheval n'est pas là quand j'aurais fini, j'aurais pas d'autre choix que de faire ce que j'ai fait au Texas, et j'ai vraimentpas envie de refaire ce que j'ai fait au Texas." Puis il fait exactement ce qu'il a dit qu'il ferait. Il s'assoit, commande une pinte, la finit tranquillement, et quand il ressort, son cheval a miraculeusement réapparu. Alors qu'il est sur le point de partir, l'un des clients lui demande timidement: "Excusez-moi, monsieur, juste par curiosité: qu'est-ce que vous avez dû faire, au Texas?". Et là, le Cow Boy regarde au loin pendant un moment, avant de répondre "Rentrer à pied."

James éclata de rire, et elle le regarda avec tendresse.

– C'est excellent! dit-il. Je n'aurais pas eu à me forcer.

– Je sais. Je pense que vous vous seriez très bien entendus.

James le prit comme un inestimable compliment, et ne put s'empêcher de sourire.

– Ah ? Tu trouves que je lui ressemble ?

– Pas du tout. Il ressemble plus à Sirius, au niveau du caractère. Réservé avec les inconnus, autrement un joyeux luron toujours prêt pour les quatre cent coups, et de très bon conseil. C'est pour ça que je pense que vous vous seriez entendu à merveille, vu que Sirius est ton meilleur ami.

– Comment était ta mère ?

– Douce, calme, patiente, avec un gros cœur…

– Un peu comme toi.

Il soutint sa nuque pendant qu'ils échangeaient un énième gourmand baiser. Puis Lily recala sa tête contre lui avec un sourire content, ses doigts glissant le long du bras de James qui la maintenait près de lui.

– D'habitude, je viens seule ici. Mais c'était important pour moi que tu m'accompagnes, aujourd'hui. J'aimerai que tu prennes conscience de la chance que tu as.

– La chance ?

– J'ai appris pour tes parents, dit-elle d'une petite voix.

Le visage de James s'assombrit.

– Ouais. Ce n'est qu'une question de temps avant que… enfin...

Il s'interrompit.

– Je sais, chuchota-t-elle. Je suis vraiment désolée. Mais James, tes parents sont toujours là, et ils t'aiment. Alors profite d'eux, et laisse les profiter de toi.

– Tant qu'ils sont encore là.

– Tant qu'ils sont encore là, approuva-t-elle. Tu as la chance de pouvoir prendre ton temps pour leur dire merci, et créer encore de beaux souvenirs. Profites-en. Et quoi qu'il advienne, n'oublie pas: tu n'es pas seul au monde. Tu ne seras pas seul au monde.

– Tant que tu es là.

– Moi, mais aussi et surtout Sirius, et Peter, et Remus, et tous tes amis.

– Promets-moi que tu seras là ?

Elle sourit. La veille, elle avait éludé la promesse qui lui avait demandé par désir de ne pas jamais le laisser. Mais celle-ci, elle n'aurait aucun problème à la tenir.

– Je te le promets.

Il l'embrassa sur la tempe, puis renifla ses cheveux avant de soupirer d'aise.

– Tu sais ce que j'aime le plus chez toi ?

– La réponse à cette question change tout le temps, fit-elle remarquer avec amusement. Et ça dépend également de si je suis habillée ou non.

– C'est vrai, admit James avec un petit sourire. Aujourd'hui, c'est ton odeur. C'est la meilleure odeur du monde.

– Qu'est-ce que je sens ?

– La vanille… le poivre… l'herbe fraîchement coupée… et un peu le sexe.

Lily fronça les sourcils.

– Je ne sens pas le sexe, protesta-t-elle.

James eut un sourire en coin, puis glissa une main sous son jean et la laissa coincée là.

– Pas encore, murmura-t-il contre ses cheveux.

– James Potter, s'indigna-t-elle en se dégageant, je veux penser à ma famille quand je viens ici, pas au jour où tu... m'as prise dans les bois je ne sais quoi.

– Arrête, tu m'excites.

Elle leva les yeux au ciel, mais il semblait avoir renoncé à la déshabiller, bien que sa main resta posée sur ses fesses et qu'elle sentait parfaitement son membre semi-érigé contre son ventre.

– Est-ce que cetrucva au repos, de temps en temps ? s'exaspéra-t-elle.

James leva un sourcil, l'air outré.

– Ce «truc » ? Je n'aime pas le choix de vos termes pour qualifier la partie de mon corps qui m'est le plus cher, chère Madame.

– Oh, excusez-moi, mon cher Monsieur, railla-t-elle en roulant des yeux. Comment devrais-je appeler votre gracieux appendice ?

– Son Altesse Royale me paraît approprié.

– Rien que ça ?

– Ou Excalibur, si tu préfères. Ou le Python de la Fournaise. Ou la Banane Enchantée. Pinocchio. Le Japon. La baguette de Sureau. La licorne. La corne de licorne.L'autrecorne de la licorne. Le Geyser du désert. Ou…

– T'es dégueulasse, sermonna-t-elle en riant toutefois.

– Libre à vous de lui trouver une élégante épithète qui siéra à votre goût et rendra justice à sa sublime majesté.

Elle médita quelques secondes.

– Est-ce que je peux l'appeler Pierce Brosnan ?

– Non, dit fermement James.

– Rhoo, t'es pas drôle, bourgeonna-t-elle.

Il eut un petit rire, et se mit à masser doucement ses fesses.

– J'ai un surnom pour chacune de tes jolies fesses, d'ailleurs. Grace Tonneau pour le droit, Margaret Leroy pour le gauche.

Lily se renfrogna.

– Je rêve, ou tu leur as donné des noms de joueuses de Quidditch ?

– De mes préférées, oui. Ce qui prouve toute l'affection que j'ai pour eux.

Il paraissait très content de lui.

– T'es un vrai goujat.

– Merci.

– Ce n'est pas un compliment.

– J'ai une préférence pour Grace, d'ailleurs, dit James sur un ton pensif. La fesse, hein, pas la joueuse. Peut-être parce qu'il est plus gros.

Le visage de Lily perdit de ses couleurs. Elle se redressa vivement, et se toucha l'arrière-train avec inquiétude.

– J'ai une fesse plus grosse que l'autre ?!

– T'as aussi un sein plus gros que l'autre, dit très sérieusement James.

Quoi? Laquelle ?

Il se retenait difficilement de rire devant l'air catastrophé de la jeune femme, qui, pour son plus grand plaisir, soupesait ses seins afin de vérifier l'information.

– Penelope Fey.

– C'est laquelle, Penelope Fey ?

– Celle de gauche. Non, ton autre gauche, ma chérie, indiqua-t-il en la voyant se tromper de côté. Regarde, quand je prends celle-ci dans la main... » Il joignit le geste à la parole. « ... elle remplit bien ma main – elle la remplit très,trèsbien, même…très,trèsbien… » Il se mit à palper l'autre sein. « .. Bon, certes, l'autre la remplit très bien aussi, mais...

Lily réalisa seulement à ce moment-là qu'il se moquait d'elle, et lui donna un coup sur l'épaule.

Ouch !

– T'es impossible, toi.

Elle feignit de bouder, et James la reprit dans ses bras.

– Rhaaa, mais ne t'inquiète pas ma splendide beauté, rassura-t-il en lui baisant tendrement le nez. Tu restes très jolie, malgré ton corps difforme et disproportio…Ouch !


MARLENE ROULAdes yeux avec impatience.

– Pour la énième fois,non, il ne s'est rien passé avec Sirius.

– Alors pourquoi est-ce qu'on t'a vue sortir de sa chambre? insista Doc.

Ce dernier et sa petite-amie l'avaient coincée dans la cuisine et lui faisaient subir un interrogatoire depuis près d'un quart d'heure.

– Je ne peux pas vous le dire, répéta inlassablement Marlene.

Doc ne serait pas très impressionné d'apprendre que Lily et James avaient couché ensemble.

– Hmm, tu sais que tu as l'air plus suspect que jamais ? dit Katie.

Marlene poussa un grognement de consternation, puis vérifia d'un coup d'œil qu'ils se trouvaient bien seuls et que personne ne se trouvait assez proche pour surprendre leur conversation. Peter dormait toujours à point fermés dans le salon, d'où ses ronflements leur parvenaient distinctement, et Heidi, Sirius et Remus finissaient de petit-déjeuner dans le jardin.

– James et Lily ont passé la nuit dans la mienne, de chambre. Je n'avais pas vraiment le choix que d'aller dormir ailleurs.

Doc et Katie échangèrent un regard inquiet, toute espièglerie disparue.

– Ça va pas être facile pour les deux, de revenir à la réalité, commenta-t-il avec tristesse.

– Qu'est-ce qu'ils pensent qu'il va se passer demain? s'agaça Katie. Franchement ! Ils sont dans une impasse, et le savent très bien. Pourquoi aggraver les choses?

– Peut être que James va quitter sa femme pour Lily, suggéra Marlene avec espoir.

Mais Caradoc secoua la tête.

– Si elle n'était pas enceinte, je suis certain qu'il l'aurait déjà fait, mais là… j'en doute fortement. Quel dommage, hein.

– Quand on les voit ensemble, ça se sent, qu'ils sont faits l'un pour l'autre, admit Katie.

– C'est pour ça que je ne parle pas trop. Je les laisse profiter du peu de temps qu'ils ont encore. Où sont-ils d'ailleurs ?

– Aucune idée, répondit Marlène. Ils étaient déjà sortis quand je me suis levée. Je sais qu'elle devait aller se recueillir dans la forêt de Dean. Elle l'a peut-être embarqué avec lui.

Le jeune homme poussa un soupir las.

– Ce ne sont pas les seuls portés disparus, dit Katie. Dorcas aussi a déserté aux aurores.

Marlene fronça les sourcils.

– Comment ça ? Elle n'est pas en train de faire une grasse matinée ?

– Non, elle est sortie. Elle a juste laissé un petit mot disant qu'elle reviendrait plus tard et de ne pas s'inquiéter.

– Mmm, fit Marlene.

Le problème, c'est qu'elle l'était. Elle avait complètement oublié cette histoire avec Benjy… Peut-être s'était-il passé quelque chose la veille ? Elle avait vraiment eu l'air bouleversée quand Heidi l'avait mise en garde…

– Qu'est-ce qu'il y a ?

– Rien. Ça me rappelle que... j'ai un truc à faire. Je reviens.

Marlene se rendit précipitamment dans la maison en face, chez Benjy, bien décidée à savoir précisément ce qu'il en était entre les deux. Elle tambourina la porte pendant un long moment sans succès, puis se décida à entrer tout de même. Elle pâlit en voyant des vêtements d'homme et de femme disséminés par terre comme une piste à suivre, piste qui la mena à l'étage dans la chambre de Benjy.

Plus pâle que jamais, Marlene marqua une pause. Que faire ? Entrer ? Ne pas entrer ? Elle n'était pas sûre de vouloir savoir la vérité, mais sa curiosité était trop grande.

Après une petite prière intérieure, elle ouvrit la porte.

Benjy était assis au bord de son lit, simplement vêtu d'un bas de pyjama, et n'était pas seul. Le visage déformé en un air de béatitude que Marlene ne lui avait jamais vu, il observait son amante endormie, dont seule la masse de cheveux bruns dépassait de la couverture.

Marlene poussa un cri d'horreur silencieux. Benjy se tourna vers elle, pâlit, puis se précipita vers elle avant de l'entraîner dans le couloir par le bras.

– Qu'est-ce que tu fais là ? siffla-t-il.

Marlene le frappa sur le bras.

Ouch ! Pourquoi tu me frappes ?!

– C'est quoi ton problème ?! murmura-t-elle avec colère.

– C'est quoi le tiens ?!

– Comment as-tu pu coucher avecelle? Je t'ai dit de ne pas t'approcher d'elle ! Je t'aipayépour que tu ne t'approches pas d'elle. Pourquoi il faut toujours que tu coures après les filles qu'il ne faut pas ?

Quoi ?s'étonna le jeune homme. N'importe quoi, tu passes ton temps à dire qu'on est faits l'un pour l'autre.

Quoi?! Mais t'as fumé du crack, ou quoi ?! Toi et elle? Jamais de la vie! Vous n'avez rien à faire ensemble, tu ne la mérites pas!

– En quoi ça te concerne, de toute manière ? demanda Benjy sur un ton vexé.

– Elle est mon amie ! Je ne veux pas qu'elle devienne l'une de tes énièmes conquêtes.

Benjy fronça les sourcils, l'air soudain confus.

– T'es sûre ? Parce qu'elle a passé une bonne heure à t'insulter. Elle te déteste.

– Dorcas ne me déteste pas !

Il afficha un air d'incompréhension totale.

– Mais de quoi tu parles ?

Toi, de quoi tu parles ?

– Je croyais qu'on parlait de la même chose.

Marlene afficha un air confus, puis rouvrit légèrement la porte. L'amante de Benjy, réveillée par leur raffut, s'était redressée sur le lit et chassait le sommeil de son corps en s'étirant.

Et ce n'était pas Dorcas.

C'était...

Selene?!


LILY NE SAVAIT PAS VRAIMENTc'était James qui obtenait toujours tout ce qu'il voulait, ou elle qui était bien trop faible face à lui, mais le fait était qu'elle avait cédé sous les avances du jeune homme et la dernière heure avait été passé à échanger sensuelles caresses et doux baisers. Et franchement...

– Tout ça, c'est de ta faute, grogna-t-elle.

Toujours allongé sur le sofa, nu comme un ver et fier comme s'il posait pour un sculpteur de la Grèce Antique, James l'observait se rhabiller avec un sourire en coin satisfait, les bras repliés derrière la tête pour plus de confort.

– Je suis désolé, dit-il platement.

– Non, tu ne l'es pas.

Il fit semblant de réfléchir en se curant le nez, puis haussa les épaules d'un air parfaitement indifférent.

– Non, je ne le suis pas, admit-il.

Lily se prit le visage entre les mains, et fit semblant de se lamenter.

– Mes pauvres parents… leur innocente petite fille… dévergondée sous leurs yeux…

– Innocente, innocente… Plus trop, maintenant. Je n'arrive toujours pas à croire que tu aies faitça. J'ai failli tout lâcher, à ce moment-là.

Elle lui jeta un regard meurtrier, sans oublier de rougir fortement au passage.

– Mais j'ai bien aimé, hein, assura-t-il précipitamment.

– Ce n'est pas la question.

James roula des yeux, puis soupira exagérément.

– OK. Pardond'excellerdans l'art de la séduction, et d'avoir redoublé deprouessesen te faisantfantastiquementl'amour, encore une fois.

– 'Fantastiquement' ? Ça va, les chevilles?

– Ose me dire que tu n'as pas aimé ?

Elle médita quelques secondes.

– C'était… acceptable, concéda-t-elle.

– 'Acceptable' ?! s'insurgea-t-il.

– Acceptable.

Il afficha un air boudeur, et se redressa pour se rhabiller.

– 'Optimal' ? marchanda-t-il.

– Acceptable.

– 'Effort Exceptionnel' ?

Elle roula des yeux.

– Seulement si tu arrêtes de te vanter.

Il se coucha sur le flanc à ses côtés, entremêlant leurs longues jambes et les doigts de l'une de leurs mains, et James passa son bras libre autour d'elle avec satisfaction. Là. C'était sa place. Elle était parfaite, quand elle était dans ses bras.

Sa main recommença innocemment à taquiner ladite poitrine, mais Lily lui donna une pichenette sur le nez afin de le repousser.

James ! Comment peux-tu avoirencoreenvie ?

– C'est une question sérieuse ? demanda-t-il en levant un sourcil, l'air incrédule.

– On vient à peine de finir.

– C'était il y adéjàdix minutes.

– C'était il yà peinedix minutes. Tu vois ? C'est exactement la raison pour laquelle les hommes ne comprendront jamais les femmes… Vous ne pensez qu'à ça !

– Quelle terrible accusation, je suis outré !

Elle leva un sourcil en signe de défi.

– Oui, bon, y'a peut-être une part de vérité. Mais c'est pas moi, c'est Excalibur. C'est lui qui...

– James.

– Il a toujours envie de toi, tout le temps, et moi yé peux rien… yé souis une victime.

– James.

– Pour sa défense, rien ne serait arrivé si tu n'étais pas aussi spectaculairement séduisante absolument tout le temps. Entre tes yeux, ta bouche, tes seins et tes fesses, il ne sait plus où donner de la tête… C'est très fatigant, il n'a pas un instant de répit.

– James.

– Tout ça c'est de ta faute, quand on y réfléchit…

– James Potter.

– OK, OK. Méchant Excalibur. T'as entendu la dame ? Couché.

Elle ne put s'empêcher de rire.

– T'es con.

– Je sais, dit-il avec un air satisfait.

Ils échangèrent un regard, puis un sourire.

– J'ai un peu faim, pas toi ?

– Si, mais je voulais t'avoir pour moi toute seule encore un peu plus longtemps, admit-elle.

– L'un n'empêche pas l'autre.


ELIOTT N'EN CROYAITni ses yeux, ni sa chance.

Potter et la fameuse Evans venaient de s'installer sur la terrasse du café moldu situé en face de celui où lui-même petit-déjeunait, et le fiancé était si visiblement distrait par la présence de sa maîtresse et leur guilleret début de matinée, qu'il en oublia, contrairement à son habitude, de vérifier la présence de paparazzis.

Et malheureusement pour lui, le plus doué d'entre eux était bel et bien présent.

Au vu de la manière dont ils se parlaient et se regardaient, dont ils liaient leurs mains par-dessus la table, toute prudence oubliée car ils se sentaient à tort anonymes dans la foule de ce quartier très animé et entièrement moldu de la ville, Eliott en vint vite à la conclusion que leur liaison n'était pas naissante ; leur intimité était naturelle, confortable, débordante de passion. Leurs coups d'œil étaient complices, leurs sourires mielleux, et le journaliste pouvait voir leurs jambes se mêler sous la table à l'insu du serveur qui prenait leur commande.

Quand ce dernier s'éloigna, les tourtereaux s'embrassèrent longuement, et Eliott comprit qu'il avait touché le jackpot. Plus ils avaient l'air mignons et adorables, plus il jubilait. Potter trompait sa fiancée enceinte avec la wedding-planner, qui n'était au passage qu'une pâle copie de son ex, à quelques semaines de son mariage. Des idées de titres potentiels se bousculaient dans sa tête. Il avait le scoop de l'année servi sur un plateau, et n'avait pas à s'aventurer dans le quartier sorcier très protégé où se trouvait la maison des Potter.

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James leva soudain la tête, comme s'il avait pris conscience qu'on l'observait, et ses yeux balayèrent la rue avec suspicion. Eliott retint sa respiration, persuadé d'avoir été repéré, mais le regard de James passa sur lui sans le repérer. Il y avait beaucoup trop de monde, trop de boutiques, trop de voiture ; la rue était trop animée. Le fiancé fronça les sourcils, mais à ce moment-là Evans captura son attention par l'un de ses sourires enjôleurs et le jeune homme en oublia son malaise.

Eliott se remit donc au travail.

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UNE FOIS QUEle serveur les eut servi et se fut éloigné, James reprit son activité favorite : embrasser Lily Evans. Il y avait quelque chose d'addictif dans cette nana, il en était sûr. Plus il l'embrassait, plus il avait envie de l'embrasser.

Et heureusement pour lui, elle semblait loin d'y trouver à se plaindre. Elle lui caressait les cheveux, la mâchoire, le torse tandis que leurs langues se goûtaient inlassablement.

– Tu sais, en réalité, c'est toi qui est impossible à résister, chuchota-t-elle contre ses lèvres quand ils s'écartèrent pour respirer.

James roula lentement des yeux, comme si c'était là une chose évidente.

– Que veux-tu ? dit-il avec hauteur. Je suis naturellement sexy. Je suis beau, grand, incroyablement musclé…

Elle émit une petite toux dubitative.

– Hé ! protesta-t-il.

– Désolée. Continue.

– Je disais donc : incroyablement musclé, sans compter que je suis doté du légendaire Excalibur…

– Oh, oui, Excalibur…

– Je l'ai déjà dit, que j'étais beau ?

– Oui, mais tu peux le répéter, si ça te fait plaisir.

– Merci, ma chérie. Vraiment, je comprends tout à fait que tu sois folle de moi, conclut-il avec compassion. Il n'y a pas de honte à avoir. A ta place, je serai pareille.

– Mais oui, Narcisse.

Il l'observa se servir des pancakes avec une lueur proche de l'émerveillement dans le regard.

– Oui, je sais, j'adore manger, et alors ? le défia-t-elle.

– Alors c'est charmant, mais ce n'est pas pour ça que je te regardais.

– Alors quoi ? maugréa-t-elle nerveusement.

Il haussa les épaules, puis se servit à son tour.

– Tu sais, en réalité, c'esttoi qui es difficile à résister. J'ai pas eu la moindre chance face à toi.

– Mais oui, dit Lily en roulant des yeux.

– Mais c'est vrai. Si j'avais eu mon mot à dire, il n'y aurait jamais rien eu entre nous. Après Emily, je n'aurais jamais cru que je tomberai à nouveau amoureux de quelqu'un d'autre – j'en avais pas envie, pour tout te dire. Et puis t'es arrivée, et t'as tout remis en question.

Elle lui jeta un coup d'œil outré.

– Non mais je rêve ! Je passais mon temps à te repousser ! Je t'évitais comme la peste ! J'étais odieuse avec toi à la moindre occasion.

– Ouais, et au moment où ça commençait à porter ses fruits,tum'as embrassée. Si, Madame. Si.Si.J'étais prêt à renoncer à toi avant que tu ne me sautes dessus. En fait, tout ce qui est arrivé entre nous est entièrement de ta faute.

Elle leva les yeux au ciel. Il l'embrassa sur l'épaule.

– Mais je suis tellement content que tu l'aies fait, déclara-t-il doucement.

Étrangement, sa phrase sembla la plonger dans une intense réflexion.

– Quoi ? s'inquiéta-t-il.

– Tu me dis que tu m'aimes avec une telle facilité… et tout le temps.

– Tu ne me croies pas ?

– Non… c'est juste que…

Lily s'interrompit, l'air très gêné, et James tenta un trait d'humour pour alléger son embarras :

– Hey ! s'écria-t-il. T'insinuerais quand même pas que le viril James Potter est un canard, quand même?

– J'ai bien peur que si, dit-elle avec un sourire.

– Hmm.

Il regarda autour de lui, avant de se détendre.

– Bon, tant qu'il n'y a pas de témoins, ça va. Ça reste entre nous. Moi chuis un homme, un vrai, t'as vu ?

– Mais oui, ça restera notre petit secret...

– Mais pour répondre à ta question, j'ai pas honte de te dire que je t'aime, tout simplement parce que rien n'a jamais été aussi vrai. Et parce que tout est très compliqué dans ma vie, mais je ne veux pas que tu doutes de ça.

Elle sourit, puis l'embrassa tendrement avant de déclarer :

– Je suis vraiment contente qu'Emily soit hors de nos vies.

James fronça les sourcils, soudain confus.Qu'est-ce que…Quel était le rapport ? Pourquoi parlait-elle d'Emily, alors que tout allait si bien ?

– Je n'ai pas très envie de parler d'Ems.

Lily l'ignora.

– Je détestais que tu aies renoué contact avec elle. Je ne voulais pas te demander de ne plus lui parler parce que je ne veux pas choisir tes fréquentions, mais je suis contente que tu l'aies fait.

Il soupira.

– Si l'on parle de mon ex, va-t-on parler du tiens ensuite ?

– Nathan n'impacte pas sur ma vie comme Emily le fait encore.

– D'abord, Emily n'impacte pas ma vie, et ensuite, je ne parlais pas de Smith mais de celui qui l'a précédé.

Elle se tendit imperceptiblement, et se força à boire son jus afin de se redonner contenance.

– Qu'est-ce que tu veux savoir, sur lui ?

– Son nom et son adresse, pour aller lui casser la gueule.

Elle roula des yeux, puis sourit faiblement.

– Qui te dit que quelqu'un ne s'en est pas déjà chargé ?

– Toi ?

– Marlene. Et elle semble OK pour s'occuper de ton ex aussi.

– Elle est si serviable.

– N'est-ce pas ?

James l'embrassa sur la tempe.

– Désolé, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise. On n'a pas à parler de lui, si tu ne veux pas.

– Merci.

Elle lui retournait visiblement la courtoise, mais James méditait sur ce qui venait de se passer. Si Lily avait évoqué Emily sans signe avant-coureur, c'est qu'elle ressentait le besoin d'en parler, que c'était important, et il voulait qu'elle se sente capable de lui parler de tout. C'était donc à contrecœur, bien qu'il veilla à ne rien laisser transparaitre, qu'il relança le sujet :

– Tu te sentais vraiment menacée par Emily ?

– Un peu, admit-elle sur un ton penaud.

– Pourquoi ?

– Parce qu'elle a énormément compté pour toi, et que je suis le contraire de ce qu'elle est.

Il lui prit une main et en baisa tendrement les phalanges.

– C'est précisément ce que j'aime chez toi. Tu me fais rire, tu fais ressortir le meilleur chez moi, tu m'écoutes, t'es une belle personne. Quand je te regarde dans les yeux, je te fais confiance, et quand je les ferme, je te fais encore plus confiance. Ce n'est vraiment pas étonnant que je sois tombé amoureux de toi. Très vite. Et très fort. Elle n'a jamais été de la compétition, face à toi.

Lily sourit timidement.

– Je suis quand même contente qu'elle ne soit plus là. Ses mesquineries ne m'atteignaient pas particulièrement, mais je la déteste, pour le mal qu'elle t'a fait…

Elle ne savait même pas le quart de la moitié de leur histoire, mais savait qu'elle avait été terriblement éprouvante émotionnellement pour James. Tomber éperdument amoureux de quelqu'un littéralementincapable de lui retourner cette passion, et dépourvue de toute empathie… James avait brisé des cœurs dans le passé. Emily avait détruit le sien. Pas étonnant qu'il ait eu si peur d'admettre et de s'admettre qu'il craquait pour Lily. Admirable, qu'il soit toujours capable d'aimer en dépit de son passé. Mais, encore une fois, sa capacité à soigneusement compartimenter les différents aspects de sa vie était impressionnante.

Il haussa les épaules.

– C'est du passé.

– Dis-moi si je me trompe, mais j'ai parfois l'impression que tu la détestes moins que tu le « devrais », si tu vois ce que je veux dire. Comme si tu lui avais pardonné toutes ses trahisons, d'une certaine manière.

Elle le sentit se tendre légèrement, visiblement mal à l'aise.

– C'est un peu le cas, admit-il au bout d'une pause. Je… lui ai fait payer sa dette, en quelque sorte. Assez cruellement.

– Qu'est-ce que tu as fait ?

– Je… j'en ai jamais parlé à personne, tu sais. Je suis pas très fier de moi.

Il semblait gêné, mais elle était bien trop curieuse pour abandonner le sujet.

– Je veux tout savoir sur toi. Même les recoins les plus sombres. Raconte-moi.

Il hésita, puis céda sous l'insistance de la paire d'yeux verts.

– Je la détestais vraiment, à l'époque, commença-t-il doucement, comme sur un ton d'excuse. Je t'ai dit un jour que le contraire de l'amour, c'était l'indifférence, pas la haine. Crois-moi, je la haïssais avec passion. Je me réveillais le matin en lui voulant du mal, je me couchais le soir en lui souhaitant du mal. Et le meilleur moyen de lui faire du mal, à Emily, c'est de l'humilier.

– C'est pour ça que tu l'as abandonnée sur l'autel ? Tu ne m'as jamais dit, d'ailleurs que tu avais failli l'épouser, ajouta-t-elle sur un ton légèrement accusateur.

– Parce que ça fait aussi partie de cette période de ma vie où j'ai fait des choses détestables, que je regrette, et dont je n'aime pas parler, expliqua James. Quand elle m'a avoué toutes les fois où elle m'a trahi, j'ai fait semblant de lui pardonner. Je lui ai fait croire pendant des semaines qu'on allait repartir à zéro. Mais du moment de la demande au jour du mariage, je ne pensais qu'au jour où je l'abandonnerai devant tout le monde. Et il y en avait, du monde. Je n'ai pas lésiné sur les moyens, et l'avais laissée inviter tout plein de gens et de journalistes.

– Est-ce que c'était ton idée ?

– Non. C'était celle d'Heidi. Je n'ai eu qu'à suivre ses directives.

Lily l'aurait parié.

– Emily le méritait, commenta-t-elle férocement.

James haussa les épaules.

– Je ne sais pas... La vengeance est quelque chose de spécial. C'est dur pour un simple humain de mesurer la punition appropriée à l'expiation un crime. C'est ce qui m'est arrivé. Je me suis laissé aveugler, je ne pensais qu'à la blesser autant qu'elle m'a blessée.

Il se mit à fixer la rue sans un mot, perdu dans ses pensées, et elle n'osa pas le déranger. Elle continua à manger en silence, nerveuse à cause de sa réaction. Peut-être qu'elle n'aurait pas dû insister...

Quand il reporta le regard sur elle, ses yeux arboraient une lueur inhabituellement glaciale.

– Tu penses que j'ai été méchant avec toi dans le passé. Sache que je suis capable d'être bien plus cruel. Je peux être un monstre.

– Je ne te crois pas, répliqua-t-elle fermement.

Elle traça la ligne de sa mâchoire avec le pouce, et cette simple caresse sembla le détendre quelque peu.

– Pendant toute la période de nos prétendues fiançailles, Emily a tout fait pour que les choses repartent du bon pied. Pour une fois, elle voulait sincèrement recoller les morceaux. Elle se pliait en quatre pour me plaire et me satisfaire. Rien que la voir me donnait envie de vomir. J'aurais pu… j'aurais dû simplement la larguer et m'en aller, mais j'ai joué la comédie. J'ai fait comme si je lui avais pardonné. Elle n'a rien vu venir.

– Tu voulais qu'elle ressente exactement ce que tu as ressenti ?

– Je me sentais détruit, et je voulais qu'elle se sente aussi mal que moi. Tu comprends ?

Lily acquiesça.

– Emily a été élevée par sa mère, et ce n'est pas une personne très stable. Elle allait d'homme riche en homme riche, sans se soucier de donner une figure paternelle stable à sa fille. Et Emily, elle a toujours voulu connaître son vrai père. A l'approche du mariage, ça aurait été parfait qu'il réapparaisse dans sa vie pour la conduire à l'autel. Mais sa mère avait toujours refusé de parler de son géniteur.

« Je savais qui c'était. Au début de notre relation, quand elle m'a parlé de son père, j'avais entrepris des recherches pour elle, mais ça ne s'était pas déroulé comme prévu. Quand j'ai retrouvé le bonhomme, il m'a clairement dit ne rien vouloir avoir à faire avec Emily. Il était marié, avait deux enfants, et ne voulait pas que sa parfaite petite famille apprenne l'existence de ce fruit d'adultère, sans compter que ça aurait pu mettre sa carrière montante en péril. J'ai appris par la suite que la mère d'Emily lui avait extorqué de grosses sommes d'argent pour que la vérité n'éclate pas. Peut-être qu'il pensait que la fille en ferait de même. Quoi qu'il en soit, il ne voulait rien avoir à faire avec l'une ou l'autre.

– Qui est son père ? demanda Lily avec curiosité.

James hésita.

– Ça reste entre nous, hein ? Je ne veux pas qu'Heidi l'apprenne.

– Bien sûr.

Il soupira.

– Oscar de la Naranja, révéla-t-il avec réticence.

Lily écarquilla les yeux, et en resta bouche bée. Quelle surprise ! Ils ne se ressemblaient pas du tout.

– Attends… genre lechanteur ? Genre le Oscar qui va chanter à votre mariage ?Woaw !

La jeune femme mit une bonne minute à se remettre du choc.

– Tu lui as dit, que son père ne voulait pas d'elle ?

– Pas immédiatement. Pendant des années, je n'ai rien dit à Emily pour ne pas la blesser. Mais après tout ce qui s'était passé avec… enfin, c'est du passé, pas la peine de revenir dessus. Mais j'étais rongé par le désir de vengeance, comme je te l'ai dit. Alors j'ai décidé de me servir de cette information.

– Comment ?

Il paraissait à présent mortifié.

– Je lui ai fait croire que je venais seulement de retrouver son père, et je lui ai révélé son identité. Emily était extatique. Je l'ai rarement vue aussi heureuse.

– Que s'est-il passé ensuite ? chuchota Lily.

– Ce qui était à prévoir, répondit lentement James. Elle est allée le voir, s'est présentée, pleine d'espoir. Il la rejetée. Tellement violemment qu'elle a fait une grosse dépression. Elle ne sait pas que je savais pertinemment ce qui se passerait en lui révélant le nom de son père.

Il lui jeta un coup d'œil craintif avant d'honteusement baisser le regard, et fut très surpris de sentir les bras de Lily l'envelopper quelques secondes plus tard, comme pour le réconforter. Et il en avait besoin.

– Qu'est-ce qui s'est passé, après le mariage ? s'enquit-elle.

– La vie a repris son cours. Je me suis noyé dans mon travail, j'ai réparé les relations qu'Emily avait abîmé, j'ai coupé les ponts avec elle, Sam, Heidi… tous ceux qui avaient un rapport avec cette vie-là. J'ai essayé de prendre un nouveau départ.

– Est-ce que ça t'a fait du bien ?

– Sur le coup ? Oui. Je considérais qu'on était enfin quittes.

– Et maintenant ?

Il haussa les épaules.

– J'ai grandi. De l'eau a coulé sous les ponts. C'est probablement la pire chose que j'ai faite de ma vie. Je me sens coupable d'avoir abîmé une fille déjà très abîmée. Elle a au moins l'excuse d'avoir un problème mental pour être descendue aussi bas, alors que moi… je me suis tout simplement mal comporté. J'ai tout simplement été cruel. J'ai compris que j'avais un sérieux problème d'humanité.

Pendant un moment, ils restèrent silencieux.

– Dis quelque chose, supplia-t-il.

Sa voix était craintive. Lily l'embrassa pour le rassurer.

– Je te comprends juste un peu mieux. T'es une bien meilleure personne, maintenant, et c'est tout ce qui compte. Et puis, tu ne peux pas revenir en arrière...

– Non, je ne peux pas…

Il soupira, l'air soudain très abattu.

Lily lui tendit un morceau d'omelette avec sa fourchette, mais il détourna la tête comme un bébé. Elle insista jusqu'à ce qu'il accepte la becquée. Elle semblait si contente de le voir manger, qu'il accepta une seconde bouchée, puis une troisième.

– Si ça peut te consoler, j'ai fait des choses terribles, moi aussi, ajouta-t-elle sur un ton plus léger.

– Vraiment ? Comme quoi ?

– Un jour, pour me venger de ma sœur, j'ai mis du sel dans sa pâte à gâteau, révéla-t-elle sur un ton de conspirateur.

– Oh, mon Dieu ! feignit de s'indigner James. Quelle horreur !

– Et quand j'avais seize ans, j'ai accusé le chien du voisin quand j'ai vomi sur le paillasson. Y'a aussi la foi où j'étais énervé contre mon meilleur ami de l'époque, et j'ai mis une crotte de nez dans son verre pendant qu'il avait le dos tourné. Et je ne préfère pas entrer dans les détails du jour où j'ai tenté d'égaliser la frange de ma sœur, mais crois-moi, ce n'était pas joli.

James éclata de rire.

– OK, tu m'as convaincu de ton machiavélisme.


SI JAMES AVAITeu à répondre à la question « sur une échelle de 1 à 10, à combien évaluerais-tu ton bonheur à cet instant ? », il aurait répondu mille. Dix mille. Un million. Était-ce même quantifiable, un tel niveau de félicité ?

Il avait vraiment tout ce qu'il voulait.

Ils s'étaient installés sur le hamac qu'il balançait doucement du pied. Lily, allongée à moitié sur lui, somnolait légèrement, mais James était tellement heureux qu'il voulait profiter de chaque instant.

– Pour l'amour de Dieu, James, tu te maries dans trois semaines ! s'exclama une voix irritée.

James et Lily se tournèrent vers la maison, d'où s'avançait une Tina très irritée par le spectacle qu'elle venait d'interrompre, suivie par Heidi.

James se redressa avec un air surexcité.

– Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il, le visage barré par un large sourire. Tu as changé d'avis, tu viens à l'anniversaire ?

– Non, aboya-t-elle.

– Oh.

Tina se radoucit en le voyant triste.

– Ça ferait bizarre avec Remus, tu comprends ?

– Mais non, Tina, viens. Ça ne sera pas pareil, sans toi.

– Mais si. Ni l'un ni l'autre ne serait à l'aise. C'est encore trop tôt pour qu'on essaie de devenir amis, ou qu'on se comporte comme tel. Pour qu'on aille de l'avant, je crois qu'il vaut mieux qu'on ne se revoie plus pendant quelques temps.

– Je pense que tu as raison, approuva chaudement Heidi. Et sinon, que fais-tu là ?

James eut la nette impression qu'elle essayait à la fois de changer de sujet et de précipiter le départ de Tina.

– J'aurais aimé voir Sirius, j'ai un service à lui demander. Et à vous deux aussi, ajouta-t-elle à l'adresse de James et Heidi.

– A quel propos ?

Valentina ne répondit pas, et se contenta de fixer Lily avec un air peu amène, qui eut la même impression qu'à leur première rencontre, à savoir que la Guérisseuse ne l'aimait pas beaucoup.

– Heu… bon, je vais vous laisser, lança-t-elle en se levant. Si je trouve Sirius, je vous le renvoie.

Elle embrassa brièvement James sur la joue, puis rejoignit la maison. En passant devant la cuisine, les délicieux effluves du repas qui finissait de cuire lui enchantèrent les narines. La table était déjà mise dans le jardin, mais ils attendaient le retour de Doc, Katie et Marlene. Ces premiers avaient été chargés de distraire la blonde pendant la matinée, afin que les Maraudeurs puissent finir l'aménagement du sous-sol, où se déroulerait l'anniversaire.

Lily avait hâte de découvrir ce qu'ils avaient accomplis, et elle ne fut pas déçue. Les Maraudeurs avaient aménagé l'espace d'une manière si exceptionnelle qu'elle oublia un moment la raison de sa venue.

Il y avait des ballons, des bulles, des bonbons et des boules rebondissantes. Des banderoles, des serpentins, et autres traditionnelles décorations animées. Des cristaux luminescents turquoise qui ornaient la voûte tel un ciel étoilé. Des éclairs aux couleurs vives qui traversaient l'air aléatoirement. Un appétissant buffet dans un coin, des canapés dans les alcôves, des fleurs et des plantes un peu partout. Des ombres chinoises qui dansaient déjà au mur et des rais de lumières. Le tout, joyeusement harmonieux, pétillait, vivait, invitait à la célébration.

Marlene allait adorer.

Lily traversa la pièce en direction des garçons en applaudissant chaleureusement, ses hanches se dandinant d'elles-mêmes sur la musique que les instruments disposés sur l'estrade jouaient tous seuls.

– Qu'est-ce que t'en pense ? demanda Sirius, bien que la réponse se lisait sur son visage.

Il jubilait d'ailleurs, de l'avoir impressionnée.

– C'est vraiment magnifique, félicita-t-elle. J'ai hâte de mettre vos talents au service du mariage. Vous êtes brillants.

Remus s'inclina puis essuya une larme d'émotion fictive, Peter fit tournoyer main, comme s'il saluait une foule imaginaire à la manière d'un Miss d'un concours de beauté, et Sirius bomba exagérément le torse en rejetant sa chevelure en arrière.

– En parlant de mariage, dit-il, on a essayé un petit truc que tu pourrais aimer.

Il l'emmena jusqu'au canal qui traversait la cave. Par un procédé magique qui l'a laissa bouche bée, ils avaient rendu possible le fait de marcher sur l'eau, qui n'était pas devenue solide pour autant. Des petits ricochets apparaissaient sous les pas de la jeune femme, mais elle restait tout de même à la surface.

– C'est toi qui as fait ça ?

– Une petite potion de mon invention, dit fièrement Sirius. Tu vois, je me disais qu'on pourrait placer les chaises sur l'eau, de part et d'autre du ponton.

Elle hocha de la tête, l'air approbateur.

– Excellente idée. Je ne savais pas que tu étais doué en potions.

Il afficha soudain un air grave.

– Je peux te dire un secret ?

– Oui ?

Il lui fit signe d'approcher, puis regarda nerveusement autour de lui avant de répondre sur un ton de conspirateur :

– Je suis une espèce de génie.

– Vraiment ? murmura Lily, clairement amusée. Un génie, rien que ça.

– Je voudrais pas me vanter, c'est pas mon genre, mais c'est le cas.

– Intéressant. Bien que je doute franchement que tu sois aussi génial que James, ajouta-t-elle en regardant ses ongles.

– Ex-cusemoi? s'indigna Sirius. Tu crois qu'il est plus intelligent que moi ?

Elle haussa les épaules sans répondre, puis souffla innocemment sur ses ongles.

– Non, mais je dis ça, je dis rien, hein.

– Il était meilleur en Métamorphoses, concéda Sirius, mais je le battais à plates coutures dans mes matières de prédilection : Potions et Soins au Créatures Magiques.

– Hmm, marmonna Lily sur un ton dubitatif.

– Quoi, « hmm » ?

– Rien.

Il leva les yeux au ciel.

– Ah, l'amour. Tu défends ton homme jusqu'au bout, hein ?

– Ce n'est pas mon homme, protesta-t-elle en rougissant.

– Hmm.

– Quoi, « hmm » ?

– Rien.

Elle secoua la tête, puis sembla enfin se souvenir de la raison de sa venue.

– J'oubliais : il y a cette fille qui te cherchait, je crois que c'est l'ex de Remus. La rousse un peu sévère.

– Tina ?

– Oui. Elle est en train de discuter avec James et Heidi. Ça a l'air assez grave.

– Oh, je ferai bien de monter, alors.

Sirius hésita un petit moment, puis dit à voix basse :

– Écoute… leur rupture n'a pas été facile, et bien que je n'approuve pas Callender, c'est difficile de nier qu'elle fait beaucoup de bien à Remus. Ça fait des semaines que je ne l'ai pas vu comme ça, n'est jamais au top de la forme quand il croise Tina. Tu penses que tu pourrais veiller à ce qu'il ne remonte pas tant qu'elle est là ?

– Bien sûr, assura Lily.

– Oh, merci.

– Pourquoi se sont-ils séparés ? Ils étaient fiancés, non ?

Sirius parut mal à l'aise.

– C'est compliqué.

– C'est parce qu'il est un loup-garou ?

Il sursauta.

– Comment tu sais ça, toi ?

Elle haussa les épaules à nouveau.

– Marlene et Dorcas ne m'ont jamais rien dit. Je l'ai deviné toute seule.

– Maiscomment?

– Je te rappelle que j'étais obsédée par James, à Poudlard, donc je passais beaucoup de temps à vous observer. Mais contrairement à ce que mon attitude de cette époque pourrait laisser penser, je suis loin d'être stupide.

Sirius lui jeta un regard étrange.

– Je sais.


JAMES SE LEVAsans même s'en rendre compte.

– Elle va bien ?

– Oui, répondit Tina. Elle a été transférée ce matin depuis un hôpital moldu. Mais elle va plutôt bien, oui.

– Bien, commenta James sur un ton soulagé.

– Elle souffre ? s'enquit Heidi à son tour.

– Beaucoup, l'informa Tina.

– Bien, commenta Heidi sur un ton satisfait.

Malgré le fait que la situation n'avait rien de comique, Tina ne put réprimer un bref sourire.

– Qu'est-ce qui lui est arrivé ?

– Les voisins ont appelé la police moldue en entendant des cris. Quand ils sont arrivés, ils ont trouvé Emily au pied de son escalier.

– Elle a fait une chute ?

– On ne sait pas. La situation est très confuse.

James fronça les sourcils.

– Qu'est-ce que tu veux dire ? Qu'est-ce qu'on sait ?

– Que ça peut être une chute, mais qu'il est bien plus probable que quelqu'un l'ait poussée. C'est en tout cas plus vers cette hypothèse que les polices Moldues et Magiques penchent.

Il y eut un silence stupéfait.

– Mais qui ferait une chose pareille ? demanda enfin Sirius.

– Bonne question. Tout ce que je sais, c'est que son coach était là quand les secours sont arrivés.

Quoi ?croassa Heidi. Charlie ? Il est suspecté ?

– Il a été placé en garde à vue.

– C'est lui qui s'en serait pris à elle ? demanda James.

– Je ne sais pas. Il prétend l'avoir trouvée comme ça.

– Et qu'est-ce qu'en dit Emily ?

– Elle a repris conscience il y a une heure, mais affirme ne se souvenir de rien.

– Comme par hasard, grommela Sirius.

– Et elle n'aurait pas pu se faire ça toute seule ? suggéra Heidi.

– Le Soigneur qui l'a examinée pense que c'est très peu probable. Elle est couverte d'ecchymoses, et ils ne sont pas tous dû au fait qu'elle soit tombée. Certaines zones seraient difficiles à atteindre, comme les bleus qu'elle a dans le dos. Clairement, quelqu'un lui a fait passer un sale quart d'heure.

James se rassit, et se prit le visage entre les mains.

– Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit doucement Heidi.

– Je l'ai vue hier, elle avait des bleus partout, elle avait l'air mal, et j'ai juste… pas réagi.

– Tu l'as vue hier ? s'étonna Tina. Quand ?

– Elle est passée hier soir. Mais je l'avais aussi vue le matin. J'avais promis de jeter un œil à son bras, et au fil de la discussion je me suis rendu compte que son épaule aussi était blessée. Elle s'est montrée très évasive quand je l'ai interrogée.

– Qu'est-ce qu'elle t'a donné, comme excuse ?

– Qu'elle était tombée. Mais je la connais par cœur, je suis certain qu'elle mentait.

– Pourquoi mentirait-elle ?

– Justement. Vous qui dites toujours qu'elle ne cherche qu'à attirer mon attention, elle aurait eu là la parfaite occasion. Je n'aurais jamais coupé les ponts avec elle si elle m'avait dit que son ex s'en prenait à elle.

– Qui sait, peut-être que c'est toi qui lui a mis l'idée dans la tête à ce moment-là?

James plissa les paupières.

– T'es tellement disposée à penser du mal d'elle que tu penses du mal d'elle même quand elle est clouée dans un lit d'hôpital.

– Oui, parce que je la connais, et que je connais Coach, et qu'il ne lèverait jamais la main sur elle. Il n'est pas aussi stupide. Tu es tellement disposé à croire tout ce qui sort de sa bouche que tu n'as toujours pas compris qu'elle peut être très créative quand elle veut quelque chose.

– Je les ai vus se disputer assez violemment, le jour où je suis allé voir ton match.

– Et si tu te souviens bien, elle avait joué comme une merde, ce soir-là, trop occupée qu'elle était à remuer le cul dans ta direction. Coach crie toujours sur les personnes qui jouent comme des merdes. Il crie tout le temps. Il crie même quand on gagne. C'est un sanguin, mais de là à la boxer… non, il y a un monde.

– Mais il a de solides raisons de lui en vouloir.

– De là à en venir aux mains ? Elle l'a trompée et s'est servie de lui pour sa carrière, mais il n'est ni le premier ni le dernier. Elle t'a fait bien pire, et tu ne l'as pas frappée pour autant.

– Mais j'ai été très tenté de le faire, confessa James d'une voix sombre. Tout le monde n'a pas mon self-control.

– Charlie sait se maîtriser, ou alors il ne serait pas sorti avec elle tout ce temps. Quoique, je dois avouer que l'hypothèse n'est pas totalement invraisemblable. Je l'imagine bien le pousser à bout.

– Quoi qu'elle ait fait, elle ne mérite pas d'être passée à tabac, dit froidement James.

– Hmm, c'est ouvert à débat, la concernant… Je t'avoue que je suis tentée de sabrer une bouteille de champagne.

– Elle a été frappée. Il n'y a rien de drôle.

– Quoi, tu veux que je fasse semblant de ressentir de l'empathie pour elle ? Désolée, j'ai du mal à avoir de la peine pour elle.

– Ce qu'Heidi essaie de dire, intervint Tina d'une voix forte, c'est que la liste des ennemis d'Ems est longue comme un bras. A part toi, James, tout le monde la déteste viscéralement. Je doute également qu'elle se soit faite ça toute seule, mais ça ne m'étonnerait pas qu'elle ait provoqué cet incident pour attirer ton attention.

– Ou alors qu'elle a encore fait une connerie et que quelqu'un la remise en place d'une manière musclée.

– Personne ne mérite d'être passé à tabac.

– Je ne dis pas qu'elle mérite d'être frappée. Juste que ça ne m'étonne pas. Moi-même, j'ai craqué un jour, et j'y étais pas allée de main morte.

– T'avais pas l'air aussi indigné que ça, d'ailleurs, quand Tiger T lui avait refait le portrait, fit remarquer Heidi.

– Parce que Tina est unefille.

– Qui te dit que son agresseur n'est pas une fille ?

QUOI QU'IL EN SOIT, coupa de nouveau Tina, Charlie Moss n'est pas le seul suspect.

Cela suffit à calmer les esprits qui s'échauffaient.

– Sam est également soupçonné d'être l'auteur des coups.

Il y eut un long silence. James et Sirius en restèrent bouche bée. Heidi cligna plusieurs fois des yeux, l'air abasourdie.

– Qu'est-ce que Sam a à faire dans l'histoire ? bredouilla-t-elle finalement, l'air infiniment confus.

– J'en sais rien. J'étais allé lui dire ce qui était arrivé à Emily quand il a reçu une convocation à comparaître immédiatement au Ministère. Je suis certaine que ça a quelque chose à voir avec cette histoire, et c'est pour ça que j'ai besoin de ton aide, Sirius.

– Je vais voir ce que je peux faire, assura aussitôt ce dernier.

– C'estridicule, s'insurgea Heidi. Sam est encore moins crédible que Charlie.

Cette fois, James était parfaitement d'accord avec elle.

– Comment seraient-ils remontés jusque Sam ? s'étonna Sirius. Je croyais que c'était Charlie qui était sur les lieux de l'événement.

– Bonne question.

– Je suis d'autant plus certaine que c'est un coup monté d'Emily.

– Ems ne ferait jamais quelque chose d'aussi extrême, protesta James.

– Parce que Sam, lui, serait capable de tabasser une nana qui fait la moitié de son poids ? rétorqua froidement Tina.

– J'essaie de me montrer objectif.

– Moi aussi, contrairement à ce que tu crois. Je n'aime pas Emily, mais je ne défendrai pas Sam s'il était réellement coupable. Elle a déjà fait des choses plus dingues pour attirer ton attention, après tout.

– Attends, tu crois toi aussi qu'elle se serait jetée dans les escaliers juste pour que je me rapproche d'elle ?

– C'est une possibilité que je pense qu'il serait idiot de négliger, surtout si le nom de Sam remonte.

– Surtout qu'elle se vengerait d'une pierre deux coups de lui et de moi, ajouta Heidi.

– C'est n'importe quoi, s'insurgea James.

– J'essaie de me montrer objectif, moi aussi, s'agaça la rousse.

– Tu as dit toi même qu'elle n'aurait pas pu s'infliger des blessures elle-même, sois cohérente.

– Emily est une psychopathe, c'est tout à fait possible...

– Pourquoi elle ferait une chose pareille ? C'est tordu rien qu'à imaginer !

– Allô ? Je te l'ai dit ! Déjà, elle tient à récupérer Sasha pour je ne sais quel mystère, à se venger de moi aussi, mais aussi et surtout à te récupérer.

Pendant les minutes suivantes, l'honneur d'Emily fut mis en doute par Heidi et défendu par James avec de plus en plus de chaleur, et leur houleux échange ne prit fin que lorsque la montre de Valentina se mit à sonner, afin de la rappeler à l'hôpital.

– Il faut que j'y aille, soupira-t-elle.

– OK, dit Sirius. Je reviens vers toi dès que j'ai du nouveau.

Elle se leva, hésita, puis déclara.

– Heidi, James… Je me fiche d'Emily et de Moss, mais Sam et Sasha sont comme de la famille pour moi. Je sais que Sam s'est très mal comporté avec vous deux, mais c'est mon ami et j'ai besoin de savoir la vérité si je peux continuer à le défendre. J'apprécierai vraiment que vous m'aidiez à découvrir ce qui s'est réellement passé. Si vous acceptiez de parler à Charlie et Emily.

Ni l'un ni l'autre ne lui répondirent, alors elle haussa les épaules.

– Bon, j'espère que vous changerez d'avis. A plus tard.

Elle se dirigea vers l'extérieur de la maison afin de transplaner. James attendit qu'elle soit hors de portée afin d'interroger Heidi.

– Qu'est-ce que t'en penses ? demanda-t-il.

Heidi leva un sourcil.

– Je ne compte pas jouer dans le petit jeu d'Emily, déclara-t-elle sur un ton catégorique. Hors de question que je me retrouve mêlée à tout cela. Et toi, James, tu n'as vraiment rien retenu de tes erreurs passées ? Une fois de plus, tu préfères douter de la parole de tes amis et la croire elle.

Visiblement très irritée, elle se leva et retourna à l'intérieur de la villa. Sirius se tourna vers James, l'air tout aussi mécontent.

– Et toi ? demanda-t-il froidement.

– Hmm ?

Son ami le regarda droit dans les yeux.

– Tu comptes jouer dans son jeu ?

James afficha un air interdit.

– Il n'y a pas de jeu, Patmol. Je la connais. Je sais qu'elle ne ferait pas une chose pareille.

– Donc, tu envisages de te rendre à Londres, déduit Sirius avec une déception perceptible dans la voix.

James haussa les épaules.

– Ai-je vraiment le choix ?

– Ce n'est pas ton problème.

– Mais je peux aider à le résoudre.

– Non, tu as besoin de t'en tenir à ta résolution d'hier et de te concentrer uniquement sur Lily. Tu ferais mieux de suivre l'exemple de Callender et de ne pas t'en mêler.

– Je suis le seul en qui Emily ait confiance. Disons que cette absurde théorie soit vraie ; à moi, Ems me dirait la vérité.

Sirius le sonda du regard quelques instants.

– Tu ne remarques rien ? Elle reprend sa place, dans ta vie. Elle n'est revenue que depuis quelques jours, et déjà tu lui consacres une quantité non négligeable de ton argent, de ton temps et de ton affection.

– C'est pas ça du tout, se défendit James. Je ne fais que l'aider, elle est un peu paumée en ce moment…

– Elle est paumée depuis qu'elle est à nouveau célibataire. Sinon, elle se débrouillait très bien sans toi. Et tu l'as dit toi-même, qu'elle t'avait déjà fait comprendre qu'elle voulait que vous vous remettiez ensemble. Elle te tourne contre nous. Elle te manipule, l'histoire se répète et tu ne vois rien.


LE RIRE DE LILYrésonnait dans le tunnel comme un clairon clair, et James se sentit empli de chaleur. Son allégresse augmenta lorsqu'il débarqua au fond du passage, et que son joli visage devint visible. La blague que narrait Remus lui arrachait des larmes de rire, et elle s'appuyait sur un Peter tout aussi hilare afin de ne pas s'écrouler par terre.

– Purée,Sanchez! Sans Chaise ! Trop fort ! Hahaha!

Remus paraissait très fier que sa blague rencontre une fois encore du succès. Même Heidi, qui était toujours livide de la discussion qu'ils venaient d'avoir dans le jardin, ne pouvait s'empêcher de sourire.

Lily sautilla joyeusement à sa rencontre pour l'accueillir.

– Hey, je peux te parler deux secondes ?

Elle acquiesça puis le suivit dans le passage. Là, James la plaqua contre le mur et l'embrassa avec une douceur infinie.

– C'était pour quoi, ça? questionna-t-elle, le souffle court.

– J'avais juste envie.

Et besoin. Lily sembla s'en rendre compte, car elle parut soucieuse.

– Tout va bien ?

– Je ne sais pas encore, répondit-il franchement. Je devrais m'absenter un moment, après le déjeuner, pour régler un petit truc.

La jeune femme ne put s'empêcher d'afficher une petite moue. Ils avaient convenu de tous se rendre à la fête foraine dont c'était le dernier jour.

– Où est-ce que tu vas ?

– A Sainte Mangouste.

Elle pâlit.

– Est-ce que tout va bien ? s'alarma-t-elle. Tes parents vont bien ?

– Oui, oui, ils vont bien. En fait, c'est à propos d'Emily. C'est elle, qui se trouve à l'hôpital.

Lily fronça les sourcils.

– Emily ?

– Oui.

– Oh.

Elle ne masqua pas sa contrariété.

– Qu'est-ce qui lui arrive ?

– Quelqu'un l'a passée à tabac.

Elle écarquilla les yeux.

– Oh.Woaw. Oh. Je veux dire… qui ? Et pourquoi ?

– Eh bien, c'est la grande question. Son ex-compagnon ainsi que le père de son fils sont suspectés.

– Les deux ? s'indigna-t-elle. Ils s'en sont pris à elle ensemble ?

– Non… enfin, Emily ne se souvient de rien donc c'est difficile à dire ce qui s'est passé précisément.

Lily se recala une mèche derrière l'oreille.

– C'est… assez dingue. Mais pourquoi s'en seraient-ils pris à elle ?

– Disons qu'ils ont tous les deux de solides raisons de lui en vouloir.

– Woaw… Je suis vraiment désolée, pour ce qui lui arrive.

– Je pense que c'est la raison pour laquelle elle a débarqué hier soir. Elle paraissait bouleversée, peut-être qu'elle savait ce qui l'attendait, que quelqu'un la menaçait.

Lily lui serra instinctivement la main.

– Tu n'as pas à te sentir coupable.

– Je n'ai même pas pris la peine d'écouter ce qu'elle avait à me dire.

– Ça ne te rend pas coupable pour autant. Ce n'est pas comme si tu avais délibérément refusé de l'aider. Tu essayais de faire ce qu'il y a de mieux pour toi, et personne ne peux te blâmer après ce qu'elle t'a fait.

– Oui… Mais je ne peux pas m'empêcher de… tu vois, penser que ça aurait pu tourner autrement.

– Tu n'es pas responsable d'elle. Tu n'es pas celui qui a choisi de lui donner ces coups.

James soupira à nouveau. Lily l'embrassa tendrement sur la joue, puis repoussa doucement les mèches qui barraient son visage soucieux.

– Je suppose que ça veut dire que tu ne vas pas tenir ta résolution, et lui apporter ton soutien.

– Oui.

Elle sentait qu'il ressentait unbesoinde le faire, alors masqua son mécontentement du mieux qu'elle put.

– Je comprends. J'espère juste qu'elle n'interprétera pas ta gentillesse comme étant autre chose que de la gentillesse. Elle est persuadée qu'il y a encore quelque chose entre vous.

– Ne t'inquiètes pas, la rassura-t-il.

Elle l'embrassa sur la joue.

– Je ne m'inquiète pas, rétorqua-t-elle avec assurance.


MARLENE SIROTA longuement son verre, ravi d'avoir leur attention rivée sur elle pendant quelques secondes, avant de répondre.

– Oui, c'est vrai. Elle a effectivement un piercing au téton.

Peter, Sirius et Remus se tournèrent vers Lily, assise à l'autre bout de la table où elle discutait avec Katie et Heidi, leur regard arborant un mélange de respect et d'incrédulité.

– C'est… tellement pas son genre.

– Elle avait perdu un pari contre Doc, et on était tous un peu bourrés, expliqua Marlene. Son gage à elle était de se faire percer à cet endroit-là.

– La pauvre, ça doit faire tellement mal.

– Non, pas tant que ça, en fait, dit Peter. Ça fait pas plus mal qu'un piercing sur le nombril.

Ils se tournèrent tous les trois vers lui, certains avec un air surpris, d'autres curieux.

– Euh… je veux dire, ilparaît, bredouilla Peter sur un ton faussement détaché, les joues rouges. Moi, personnellement, j'en sais rien, hein… J'ai entendu dire que… enfin, j'ai un cousin qui… euh...

– Pete, t'as un piercing sur le nombril ? murmura Remus.

– B-Bien sûr que non ! s'insurgea Peter.

Toutes les paires d'yeux devinrent suspicieuses, et il craqua.

– Mais j'en ai un sur le téton depuis hier.

Peter !

– Où est-ce que t'étais, hier ?

– Je vous l'ai dit, dans un club sado-maso. Etnon, je ne vous dirais pas si je suis plus sadique ou masochiste, ajouta-t-il fermement en voyant Marlene ouvrir la bouche.

– Fais gaffe, on commence à croire à ton histoire, avertit Remus.

– Je pensais pas que tu pouvais me surprendre plus que quand tu as fait un tatouage sur ta fesse, ajouta Sirius.

Marlene leva un sourcil.

– Sérieux ? Tes fesses sont tatouées ?

– Eh ouais, dit fièrement Peter.

– Ça nous fait un point commun, alors, dit-ell en lui adressant un clin d'œil.

Enfin, un ridicule début de tatouage, qui pouvait d'ailleurs facilement passer pour un grain de beauté, Marlene s'étant dégonflée dès les premières secondes face à la douleur. Mais bon, personne n'avait besoin de le savoir...

– Sur quelle fesse ? demanda Sirius avec intérêt.

Elle afficha un sourire énigmatique.


JAMES FRAPPA à la porte de la chambre d'Emily, et la douce voix de cette dernière, quoique plus faible que d'ordinaire, l'invita à entrer. Il la trouva dans une chambre double, mais sa camarade de chambre était endormie. Emily était couverte d'hématomes violacés, et elle étira ses lèvres fendues en voyant l'identité de son visiteur.

– Hey, salua-t-elle tandis qu'il prenait place sur le fauteuil à son chevet.

– Hey, répondit-il d'une voix tendue. Je t'ai apporté des fleurs.

– Merci, dit-elle en acceptant l'énorme bouquet qu'il lui tendait, et son sourire s'élargit. Tu te souviens que les lys sont mes préférées ?

James haussa les épaules.

– Tu es mon premier visiteur, annonça-t-elle. Enfin… j'ai reçu des visites du brigadier de la police magique, mais tu es le premier visage amical que je reçois. Et sûrement le dernier, je ne me voile pas la face. Je suis contente que tu sois venu.

James lui prit la main.

– Comment tu te sens ? demanda-t-il d'une voix anxieuse.

– Aussi terrible que j'en ai l'air, je suppose. Mais rien de grave. Les Guérisseurs ont dit que je pourrais sortir dans quelques jours, quand mes côtes se seront remises en places.

– C'est bon à entendre.

Il resta ensuite silencieux, à observer les blessures qui constellaient sa peau si délicate. Blessée ainsi, elle paraissait bien plus frêle et fragile que d'habitude, et il sentit son cœur se serrer douloureusement. Il ressentait de la pitié, mais pas encore de la colère. Elle était dans un mauvais état, avait indéniablement reçu des coups, mais les mises en garde de ses amis n'étaient pas tombés dans l'oreille d'un sourd. Il connaissait Sam, et avait du mal à le croire capable de se déchaîner avec violence sur une fille aussi frêle.

– Tu vas rester ici à m'admirer tout le long ? le taquina doucement Emily en balançant leurs mains enlacées pour le tirer de ses pensées. Je suis pas sous mon meilleur jour…

James ouvrit la bouche pour la rassurer, mais à la place sortit la question qui le travaillait :

– Qu'est-ce qui s'est passé ?

Emily eut l'air décontenancée.

– Je crois que ça se voit, non ?

Comme il ne répondait pas, elle ajouta :

– Tina ne t'a rien dit ?

– Tina ne te croit pas.

Emily roula des yeux.

– Oui, bien sûr, elle préfère croire que mon agresseur m'a fait ça en me faisant un câlin trop énergique. Elle refuse d'admettre que j'ai été… attends une seconde,tune me crois pas, toi non plus ? demanda-t-elle avec stupéfaction.

– Je cherche juste à savoir ce qui s'est vraiment passé, dit James.

Emily récupéra sa main, visiblement blessée par ses insinuations.

– J'arrive pas à y croire.

– Je te demande juste ta version, Ems.

Emily le foudroya du regard.

– Ils t'ont bien bourré le cerveau. Tu n'aurais jamais remis en question ce que je disais, avant.

– Ça n'a rien à voir.

– Je ne suis pas une psychopathe, James, contrairement à ce dont on t'a convaincu. Qui, d'ailleurs ? Elinor ? Tina ? Heidi ? Ou même ta nouvelle poupée ?

– Emily…

– Tu as toujours été le seul à me voir comme je suis vraiment, le seul à me connaître réellement. Personne ne m'a jamais comprise comme toi. Je n'ai laissé personne me connaître aussi intimement que toi. Tu me connais, tu es censé me connaître. Je suis capable du pire, certes, maisça? Non, James, je ne suis pas le monstre qu'ils dépeignent. Si toi aussi tu te mets à croire que je suis la fille de Lucifer, qu'est-ce qu'il me reste ?

– Je n'ai jamais dit que tu étais …

– Mais tu ne me crois pas, et ça fait mal. Pour l'amour de Dieu, j'ai été rouée de coups, j'ai des côtes cassées, j'ai mal comme tu ne pourrais l'imaginer. Tu crois vraiment que je m'infligerais ça moi-même ?

– Je ne voulais pas te bouleverser. C'est juste que… Emily, cette histoire est dingue.

– Tu sais quoi ? s'agaça-t-elle.Jesuis celle dans un lit d'hôpital,jesuis celle qui a l'air d'avoir eu un train qui lui aurait roulé dessus. Si tu es ici pour m'accuser au lieu de m'apporter ton soutien, tu ferais mieux de t'en aller. Je n'ai pas besoin de ça maintenant, et j'ai déjà subi les suspicions du brigadier toute la matinée. Maintenant, ça suffit. Si personne ne me croit, je me débrouillerais toute seule, comme d'habitude.

Elle croisa ensuite les bras, et regarda obstinément par la fenêtre. Et quand James vit des larmes perler aux coins de ses yeux, il ne put s'empêcher de lui laisser le bénéfice du doute. Il connaissait Sam, et il connaissait Emily aussi. Oh, elle avait eu son lot d'accès de folie quand ils étaient ensemble, mais accuser un innocent de la tabasser, risquer de mettre à Azkaban le père de son fils ? C'était extrême. Il devait y avoir une explication à tout cela…

Mais…

Il la savait capable d'une telle manipulation malsaine rien que pour arriver à ses fins.

Emily était une menteuse, une manipulatrice : c'était unfait. Une réalité.

Il avait envie de la croire, mais il ne pouvait pas le faire aveuglément. Ellepouvaitêtre en train de mentir. Elle en était capable. Heidi, Valentina et Sirius avaient semé un doute en lui. Et, pour la première fois de sa vie, il comptait garder les yeux grands ouverts.

Toujours tiraillé de doutes, James reprit cependant doucement la main de son ex, qui se débattit dans un premier temps sans le regarder avant de capituler, et dit :

– Je suis désolé, Ems. Je ne voulais pas te bouleverser. Et tu as raison, tu n'as pas besoin de ça. Tu as besoin de soutien, et je compte bien te l'apporter.

Elle accepta enfin de lui faire face, et son sourire mielleux refit son apparition.

Merci, mon ange.

Elle jubila intérieurement quand il la prit dans ses bras, ignorant que James souhaitait ainsi masquer son visage soucieux, sur lequel des suspicions de plus en plus nets se lisaient.


GRETA BATTIT LANGOUREUSEMENT des paupières.

– Bien sûr, Sirius, assura-t-elle. Je pense que c'est Emmeline qui s'en est chargée...

Il lui jeta un sourire en coin pour lui manifester sa reconnaissance. La jeune femme sourit, avant de lui faire signe de le suivre. Elle dandinait ses fesses peut-être un peu plus que nécessaire, mais Sirius ne s'en plaignait pas. Sa silhouette était des plus agréables, surtout dans cette robe ajustée.

La salle de travail était composée de bureaux individuels entourés de cloisons qui s'élevaient à mi-hauteur. La plupart des box étaient vides en ce jour de rentrée scolaire, mais, de temps en temps, ils surprenaient un collègue en train de manger ou de faire une sieste. Dans celui annexant celui d'Emmeline dormait un jeune homme dont les longs cheveux blonds sales n'étaient pas difficiles à reconnaître.

– Felix a pris l'habitude de se cacher ici pour dormir, indiqua Greta en secouant la tête. Le pauvre, Maugrey les faits travailler comme des Elfes ces derniers temps.

– Ah bon ? s'étonna Sirius.

– Je ne sais pas vraiment ce qui se passe. Son service et le nôtre tentent de régler une crise assez conséquente, vu qu'ils ne sont pas rentrés chez eux depuis deux jours. Je ne sais pas ce qu'ils ont foutu, mais Maugrey hurletout. Le. Temps.

Sirius fronça les sourcils, perplexe, tandis qu'elle cherchait dans la pile des dossiers d'Emmeline celui consacré à Charlie Moss. Lorsqu'elle le trouva, elle le tendit à Sirius non sans un avertissement.

– Juste un coup d'œil, hein ?

– Juste un coup d'œil, ma beauté, promis, assura Sirius.

Il s'appuya contre la table, et se mit à parcourir la déposition recueillie par Emmeline. Greta, comme toutes les femmes de l'étage, avait renoncé depuis bien longtemps à tenter de conquérir le cœur du bel homme, et une fois son ego froissé remis du rejet, elle était devenue une collègue avec qui il s'entendait bien.

– Est-ce que je peux te demander pourquoi est-ce que tu t'intéresses à cet incident ?

– Oui, répondit Sirius. Mais je ne te répondrai pas, du moins, pas avec la vérité.

Elle eut un petit rire.

– Compris.

Elle prit nonchalamment place à côté de lui, sur le bureau.

– C'est très calme, ici, quand tu n'es pas là, commenta-t-elle. Trop calme, même. Je suis contente, que tu reviennes demain.

– Après-demain, en fait, si Maugrey accepte que je pose une journée de plus, indiqua Sirius sans lever les yeux.

– J'essaierai d'appuyer ta candidature. Grosse soirée en perspective ?

– Ouaip. Demain, je serai au point mort une bonne partie de la journée.

– Le truc, c'est de préparer des potions pour la gueule de bois à l'avance. Je me fais toujours une petite réserve, ça sert toujours.

– Hmm. C'est vrai que je n'y pense jamais...

– J'ai vite pris le réflexe, quand j'étudiais à Salem. Je ne bois pas beaucoup, mais quand je me lâche, je ne fais pas les choses à moitié.

Surpris, Sirius leva la tête.

– T'as l'air toute sage, pourtant.

Elle eut un petit rire.

– Il ne faut pas se fier aux apparences, tu sais. On ne se connaît que dans le cadre du travail, mais une fois que je quitte le bureau, je suis une toute autre personne. Tu ne sais pas grand-chose sur moi, en réalité, même si on se connaît depuis deux ans.

– C'est vrai, concéda-t-il après un instant de réflexion. Rectifions ça.

– Pardon ?

– Tu fais quelque chose, ce soir ?

Le cœur de Greta rata un battement. Puis s'emballa. Puis menaça de s'arrêter. Avait-elle mal entendu ? Rougissait-elle autant qu'elle le redoutait ? Elle espéra ne pas avoir l'air aussi surexcitée qu'elle ne se sentait l'être.

– Non, pourquoi ? demanda-t-elle d'une voix miraculeusement égale.

– J'ai un ami qui donne une fête, ce soir. Je sais que c'est en plein début de semaine, mais tu peux venir, si tu veux.

– Je ne sais pas, fit-elle semblant d'hésiter en se passant la main dans les cheveux. Je ne connaîtrais personne.

– T'inquiète pas, mes amis sont cools. Et puis tu connais déjà Peter, Dorcas et James. Viens, ça sera cool.

Greta écarquilla les yeux, ravie, mais avant qu'elle n'ait pu répondre, une voix masculine la devança.

– James ? James Potter ? Qui a parlé de James Potter ?

Greta et Sirius se tournèrent vers Felix, brusquement revenu à la vie en entendant le nom de son idole.

– Rendors-toi, lança Greta.

– Salut Felix. Désolé, on parlait un peu trop fort, peut-être, s'excusa Sirius.

– T'inquiète, assura le blond en s'étirant et en baillant. Ma pause déjeuner est presque finie, de toutes manières. J'ai bien entendu, tu as dit que James était de retour dans le monde du Quidditch ?

– Personne n'a prononcé le mot Quidditch.

– Oh, j'ai dû rêver. Encore.

Il bailla longuement, puis se frotta les yeux.

– Tu rêves régulièrement de James ? s'esclaffa Sirius. Ta copine doit être jalouse.

– J'attends de ma future copine d'être aussi passionnée à propos de James Potter que moi, dit très sérieusement Felix.

Greta leva les yeux au ciel, et Sirius eut soudain une idée.

– James organise l'anniversaire d'une amie, ce soir. Je viens d'inviter Greta, et tu peux venir aussi, si tu veux.

– Sérieux ? dit Felix après un silence incrédule.

– Bah ouais. Ça fait un bail que je suis censé te le présenter, en plus, ce sera l'occasion.

Felix paraissait aussi enchanté que Greta déçue que l'invitation ne soit plus une exclusivité.

Woaw, mec…Merci !Woaw! Je veux dire… je l'ai déjà rencontré, mais je n'ai pas eu l'occasion de lui demander son autographe. Tu penses qu'il voudra bien, ou ce sera pas trop le monde?

– Je pense qu'il n'y verra aucune objection, assura Sirius. Oh, j'ai oublié de vous dire que ça se passera à Bath. Je sais que ça fait un peu loin, mais on y est en vacances en ce moment.

– Bath ? C'est pas loin de chez mes parents, alors, commenta Felix.

– T'es originaire d'où, alors ?

– D'une petite île près de Cardiff, au Pays de Galles. A peine trente minutes en balai de Bath.

– Oh, oui, je vois le coin.

Sirius referma le dossier, et le rendit à Greta.

– Merci, ma beauté. J'ai tout ce qu'il me faut. Tu m'as rendu une fière chandelle.

Elle sourit.

– De rien.

Il jeta un coup d'œil à sa montre.

– Je dois y aller. Pour ce soir, demandez les détails à Andréa, il vous dira c'est où, quand et à quelle heure.

– Mr Meadowes est invité aussi ? s'étonna Greta.

– Celle dont c'est l'anniversaire est la meilleure amie de sa femme.

Felix parut confus, et fronça les sourcils.

– Je croyais que l'anniversaire de Lily était en janvier.

Sirius fronça les sourcils.

– Tu connais Evans ?

– Ouais, un petit peu.

– Ah… Mais ce n'est pas l'anniversaire de Lily, mais celle de Marlene, sa colocataire. Dorcas, Marlene et elle sont des amies du lycée.

– Oh, je vois.

– Bon, ben à ce soir, alors.

– Oui, à ce soir.

Il avait l'impression d'avoir commis une bêtise, mais n'eut pas le temps d'y méditer longtemps car Andréa ouvrit soudain la porte de son bureau et l'interpella.

– Black ? Vous tombez bien. Venez me voir deux minutes.


TIBERIUS SECOUA fermement la tête.

– Chère Adelheid, vous ne m'embêtez ab-so-lu-ment pas, assura-t-il. C'est un plaisir de vous venir en aide. Et je ne veux plus entendre un mot sur une quelconque rémunération de votre part. Votre ami sera libéré d'ici ce soir.

Heidi battit langoureusement des cils.

– Voire d'ici deux heures, bafouilla-t-il en rougissant.

– Je ne sais pas comment vous remercier, Tiboudchou.

Les yeux du vieil homme se posèrent un instant sur l'imposante poitrine d'Heidi.

– Je vous l'ai dit, c'est un plaisir.

Il disparut de l'âtre. Heidi roula des yeux, puis reboutonna sa chemise avant de rejoindre Remus, qui boudait toujours dans le jardin.

– Il a accepté, l'informa-t-elle en passant ses bras autour de sa taille.

– Super, grommela-t-il.

Remus n'était pas heureux de la voir voler au secours de Sam, et ne prenait même pas la peine de le cacher.

– Sois pas jaloux… Tu sais pourquoi je fais tout ça.

Déterminée à ne pas se mêler du nouveau spectacle d'Emily, elle avait tenté de ne plus y penser. Mais le sort de Sasha lui tenait à cœur. Elle avait sevré les liens, pas l'affection qu'elle ressentait pour le petit garçon. Après une heure de tergiversations, elle avait cédé et contacté l'un de ses anciens clients, Tiberius Odgen, qui se révélait être aussi et surtout un excellent avocat.

Il soupira.

– Oui, je sais. Mais je ne peux pas m'empêcher d'être mal à l'aise quand ma nana contacte l'un de ses ex afin de venir au secours d'un autre de ses ex.

Sa nana.

– Je ne fais pas ça pour Sam, je le fais pour Sasha, insista-t-elle. Si je n'interviens pas, Emily risque de récupérer sa garde et il ne mérite pas ça.

– Je sais.

– Et je le répéterai jusqu'à ce que ça rentre dans ta grosse tête, parce que c'est vrai.

Il sourit. Elle l'embrassa sur la joue.

– Je dois m'absenter un moment. Il faut que je passe récupérer un tailleur chez moi avant de passer au ministère.

– Pourquoi faire ?

– Je vais tenter de voir si je peux faire entendre raison au Coach. Je ne peux pas me pointer au ministère avec un mini-short, va savoir pourquoi.

Remus la regarda de haut en bas tandis qu'elle tournait sur elle même.

– Je le trouve très bien, moi, ton mini-short, grogna-t-il en la saisissant par la taille.

– Je sais, répondit-elle avec un sourire.

Il l'embrassa doucement.

– Tu veux que je vienne avec toi ?

– Non, je veux que tu profites de ton dernier jour de congé avec tes amis

– OK…

Il paraissait un peu déçu.

– Sois sage.

– Toujours.

Heidi retourna vers l'intérieur en chantonnant d'un air rêveur, consciente que les yeux du jeune homme ne la quittaient pas, mais son sourire disparut quand elle pénétra dans le salon.

Le visage décomposé, Tina la regardait avec un mélange d'horreur et de stupéfaction, et Heidi comprit que la jeune femme l'avait probablement observée interagir avec Remus, et venait donc d'apprendre par la même occasion qu'ils se fréquentaient.

Les deux femmes échangèrent un regard. Le pouls d'Heidi s'accéléra, bien que sa gêne ne se traduisit pas sur son visage.

– Salut ! lança-t-elle d'une voix faussement enjouée pour masquer sa nervosité. T'es de retour.

– J'ai oublié mon sac, répondit Tina après une pause.

Elle paraissait toujours sonnée.

– Oh, il doit être resté dans le jardin. Tu veux que j'aille le chercher ?

Tina ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit pendant plusieurs secondes. Elle était encore sous le choc de ce qu'elle venait de voir.

– Pourquoi ? demanda-t-elle finalement.

– Pourquoi quoi ?

– Pourquoi tu t'acharnes à récupérer mes mecs, comme une charognarde ? Pourquoi ? Juste par mesquinerie ?

Heidi leva un sourcil.

– OK, Tiger T. J'n'ai pas vraiment le temps pour ça, je suis pressée. Tu seras probablement ravie d'apprendre que j'ai décidé de donner un coup de main à Sam. J'ai recontacté Tiberius Odgen, tu te souviens de lui ? Il m'a assuré que Sam serait libre d'ici ce soir…

Mais Sam semblait à présent le dernier des soucis de la Guérisseuse.

– Comment peux-tu me faire ça, encore ?

Heidi poussa un soupir las.

– Si tu parles de Sam…

Bien sûrque je parle de Sam, siffla Tina.

Sa colère commençait à chauffer, et Heidi savait qu'il n'était qu'une question de temps avant que la tempête ne se décharne. Ce n'était pas qu'elle avait peur d'une confrontation, mais elle redoutait d'entendre ce que Tina dirait sur elle.

– C'était il y a des années, répliqua-t-elle calmement. Et Sam est à nouveau célibataire. Si ça te fait encore chier, c'est peut-être parce qu'il y a encore quelque chose. Pourquoi vous ne vous redonnez pas une nouvelle chance, vu que vous êtes tous les deux célibataires ?

Les yeux de la rousse flamboyèrent.

– Je n'arrive pas à croire que tu aies eu leculotde me dire ce que tu viens de me dire, éructa-t-elle lentement.

– Je faisais simplement une… suggestion. Je suis certaine que vous seriez très heureux ensemble. En toute honnêteté, ça m'arrangerait.

Tina décida d'ignorer sa proposition.

– Tu peux avoir n'importe quel homme, n'importe lequel, Heidi, et c'est après Remus que tu te lances ?

– Vous n'êtes plus ensemble. En quoi ça te gêne ?

– T'as jamais entendu parler du code d'honneur des femmes ?

– Si, et j'ai toujours trouvé ça débile. Remus est célibataire, je suis célibataire, tu es célibataire. Si l'une des combinaisons ne fonctionne pas, pourquoi ne pas en essayer une autre ?

– Parce qu'on estamies! Après le temps fou qu'il m'a fallu pour te pardonner la première fois, tu me refais le même coup ? Je commençais tout juste à te refaire confiance !

– Et en quoi le fait que je m'intéresse à Remus change ce fait ?

– Il est mon ex. Tu es supposée être mon amie. Ce genre de choses ne se font pas.

– Je ne vois vraiment pas le problème.

– Je sais que tu te torches le cul avec les conventions sociales d'habitude, mais j'aurais cru que tu m'appréciais assez pour ne pas me faire de mal.

– Ça n'a rien à voir avec toi. Et bien sûr, que je t'apprécies.

– T'es moins différente d'Emily que tu ne le penses.

– Je n'ai rien à voir avec celle-là. Je t'apprécie assez pour ne jamais avoir tenté de te le prendre quand vous étiez ensemble.

Tina éclata d'un rire peu charitable.

– Comme si tu aurais eu la moindre chance.

Heidi plissa les paupières.

– Tu trouves peut-être que je ne suis pas assez bien pour lui ?

– Entre autres. T'es pas son type. Regardes comment tu t'habilles.

– Il semble pourtant très bien s'accommoder de mon apparence. Il ne m'a pas fallu plus de quelques jours pour qu'il accepte mes avances.

– Parce qu'il est vulnérable, et que t'es comme un film porno ambulant.

– T'en as pas marre, de sortir les mêmes insultes à longueur de journée ?

– Des insultes, ou des vérités universelles. Je me demande ce qu'ils te trouvent tous. Oui, oui, t'es bonne, mais c'est tout ce que t'as pour toi. T'es conne, t'es pas gentille, t'es pas loyale. S'ils finissent tous par te tromper, c'est parce que y'a rien d'autre à aimer chez toi. T'es comme une coquille vide. Jolie, décorative, mais inutile.

Heidi pâlit, bien que les traits de son visage se durcirent.

– T'as fini ? Comme je te l'ai dit, je suis pressée.

– Je ne fais que m'échauffer.

– Je commence à regretter d'avoir eu la délicatesse de ne pas avoir tenté quelque chose quand vous étiez ensemble. Contrairement à la dernière fois, puisque tu faisais référence au passé.

– Parce que tu crois que tu aurais été de la compétition ? ricana Tina. T'aurais eu aucune chance, même si tu avais essayé. Premièrement parce que Remus m'aime, deuxièmement parce qu'il te déteste. Tu te serais ridiculisée si tu avais essayé, et tu le sais.

– Remus medétestait, et il t'aimait. Au passé. Les choses ont changé, Tiger T. Ouais, Remus et moi on se voit, ça te fait mal, OK. Mais je ne t'ai jamais planté de couteau dans le dos. J'ai attendu que vous vous soyez séparés, je t'ai demandé si vous comptiez vous remettre ensemble, je lui ai demandé la même chose, et à chaque fois la réponse était non. Pourquoi devrais-je me sentir coupable ?

Parce qu'on est putain d'amies! s'époumona la rousse. Je ne sortirai jamais avec l'un de tes ex, même s'il y avait de grandes chances qu'on forme un couple solide.

– Dans ce cas, tu es stupide. Quand la vie m'offre des promesses de bonheur, je les saisis. Remus et toi n'étiez pas heureux ensemble, c'est pour ça que vous vous êtes séparés.

– Exactement ! Ce n'était pas parce qu'on ne s'aimait plus !

– C'est pas mon problème. Soit t'es avec lui, soit tu ne l'es pas. Là, tu ne l'es pas. Si tu l'aimais vraiment, tu voudrais qu'il soit heureux, avec ou sans toi. Je ne suis pas en train de dire qu'il vit le grand amour avec moi, mais il est moins triste, et je ne vois pas ce qu'il y a de mal dans ça.

– Tu ne sais pas de quoi tu parles.

– Au contraire. Je sais pourquoi tu as quitté Remus, et ça ne change absolument rien pour moi. Donc peut-être que tu devrais te remettre en question, au lieu de me regarder de haut.

Valentina en resta bouche bée. Une voix masculine la devança, et posa la question qu'elle n'arrivait pas à formuler sous le choc.

– Tu sais ?

Heidi se retourna. Remus se tenait dans l'encadrement de la porte et la regardait avec stupéfaction.

– Quand on parle du loup, dit-t-elle sur un ton plus léger. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mot.

Remus referma la porte derrière lui.

– Depuis quand ?

– Depuis des années.

Il ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois de suite.

– Oui, j'ai gardé le secret, dit Heidi.

– Probablement parce que tu n'as pas eu d'occasion de s'en servir, rétorqua Tina.

Remus sembla seulement se souvenir à ce moment-là que l'interlocutrice d'Heidi était son ex-petite-amie. Les couleurs désertèrent immédiatement son visage, et il mit une minute entière à reprendre contenance.

– Je… Qu'est-ce que tu fais là ? bafouilla-t-il. Je croyais que tu ne devais pas venir…

– Je ne suis pas ici pour l'anniversaire, répliqua froidement la Guérisseuse. Je suis simplement venue récupérer mon sac.

– Oh.

Il y eut un silence.

Puis Tina explosa :

– COMMENT TU PEUX ME FAIRE ÇA, REMUS ? HEIDI ET TOI ?HEIDI ?

Il ne put s'empêcher de déglutir.

– C'est pas ce que tu crois…

– Oh, si, c'estexactementce qu'elle croit, intervint tranquillement Heidi.

– Vous sortez ensemble ?

Remus et Heidi répondirent au même moment :

– Oui.

– Non.

Ils échangèrent un regard surpris. Tina se mit à respirer avec difficulté.

– Je n'arrive pas à y croire. On est séparés depuisdeux putain de secondeset tu te fais l'une de mes amies ? Enfin, quelqu'un que je pensais être mon amie ?

– Deux secondes… je dirais plutôt deux mois, corrigea Heidi.

– Oh, ta gueule, toi ! Je ne veux plus t'entendre !

– Dans ce cas, dégage.

– Tina, intervint Remus, je t'en prie…

Il lui prit le bras, mais elle se dégagea avec une lueur proche de la démence dans le regard.

Ne me touche pas! Ne me touches surtout pas après l'avoir touchéeelle! Mais comment t'aspu ?

– Oh, ça va, hein, s'agaça l'intéressée. J'ai pas la lèpre !

– T'es un distributeur de MST, je sais pas si c'est tellement mieux.

Heidi croisa les bras.

– OK, je pense que j'ai été suffisamment patiente, jusque-là. T'es contrariée, OK, mais ça ne te donne pas le droit de me parler comme ça.

– Oh, excuses moi. Je croyais qu'il était approprié de parler comme uneconnasseà unegrosse pute.

Heidi éclata d'un rire amer.

– T'es la seule connasse, ici. Tu es furieuse parce que ton ex a décidé d'être heureux, au lieu de se lamenter sur une rupture quetuas décidée, et que tu n'assumes plus. Tu m'attaques depuis tout à l'heure, mais je ne l'ai pas violé, Remus. A vrai dire, j'ai même pas insisté tant que ça pour qu'il couche avec moi. S'il en redemande encore et encore, c'est parce qu'il aime ça.

– Heidi !

– Ou alors parce que t'es facile à utiliser, étant donné que t'écartes les jambes aussi facilement, répliqua Tina, à présent livide.

– Hey, gronda Remus. Ça suffit maintenant, toutes les deux.

Elles l'ignorèrent.

– Ça lui change de toi, c'est clair. Tout le monde sait que t'es qu'une frigide castratrice qui couche les lumières éteintes et uniquement les années bissextiles. Je suis une bouffée d'air frais, pour lui.

Humiliée, Tina se tourna vers Remus.

– Qu'est-ce que t'es allé lui raconter ?

– Rien sur nous deux, je t'assure, se défendit-il. Je ne sais pas pourquoi elle dit ça.

– Faut pas être un génie pour deviner que t'es une putain de castratrice sur tous les niveaux. Il doit être soulagé, de ne plus être bridé par toi.

La main de Tina se leva et gifla Heidi comme si elle était douée de sa propre volonté.

– Tina ! s'écria sévèrement Remus en se précipitant entre les deux avant que la brune ne réplique.

Cette dernière se frotta la joue, puis éclata d'un petit rire froid.

– Tu sais quoi ? dit-elle. C'esttoiqui es frustrée ici – encore une fois sans vouloir faire de mauvais jeu de mot –, pas moi. J'ai Remus. J'ai tout ce que je veux. Je suis heureuse. Alors je vais jouer à la grande personne, pour une fois, et tendre l'autre joue.

– Ça tombe bien, répondit Tina en remontant la manche de sa blouse. Tu me facilites la tâche, vu que je m'apprête à t'en coller une deuxième.

– Tina, intervint Remus en retenant par la taille Heidi, qui, ayant visiblement changé d'avis quant à sa dernière déclaration, tentait vainement de repousser le lycanthrope pour atteindre la Guérisseuse. Arrête.

– Va te faire foutre, toi, aboya-t-elle en essayant de repousser la main avec laquelle il la tenait à distance.

– Je l'aiderai avec plaisir, siffla Heidi.

– CONNASSE !

– SALOPE !

– CATIN !

– ÇA SUFFIT MAINTENANT ! vociféra Remus.

Les deux femmes cessèrent d'essayer de s'étriper, et, le souffle court, se regardaient avec une haine palpable.

– Tina, t'en as assez fait, maintenant, déclara-t-il. Va t-en. S'il te plaît.

Excuse-moi? s'indigna l'intéressée.

– Tu es hystérique, depuis tout à l'heure. T'es pas toi-même, et tu dois t'en aller.

– Je rêve où tu la défends ?

– Heidi a été plus ou moins patiente, quand tu n'as fait que l'agresser. T'es pas toi-même, là. Tu ne réfléchis pas clairement. Et je sais, que c'est de notre faute. On savait que tu serais bouleversée, et on t'a caché l'état des choses. Si tu veux revenir plus tard pour qu'on en discute, je serai là. J'aurais dû te dire que je la fréquentais, je ne l'ai pas fait. Je suis désolé, que tu l'aies appris comme ça.

Il y eut un long silence.

Les narines de Tina frétillèrent. Les deux ex se dévisagèrent longtemps.

– Tu l'aimes ? demanda-t-elle finalement.

Heidi ouvrit de grands yeux. Remus se tendit.

– Tina…

– Réponds, intima-t-elle.

Mais il refusa d'obtempérer, et Tina décida de poser une autre question :

– Est-ce que tu m'aimes encore ?

Sa voix tremblait énormément. Remus ouvrit la bouche pour répondre, mais Heidi le devança.

– Hey, je veux pas savoir la réponse, intervint-t-elle.

– Pourquoi, la vérité serait trop dure à supporter ? railla la rousse. T'as pas envie de l'entendre dire que c'est moi qu'il aime, et qu'il aimera toujours ?

Non, pas trop, non, répondit tranquillement Heidi. Ça ne me semble pas une bonne idée. Si vous voulez discuter de vos sentiments, ne le faites pas sous mon nez.

Mais Tina, qui semblait vouloir entendre de Remus en personne que cette relation n'était qu'une consolation, décida d'ignorer la requête.

– Alors ? insista-t-elle en se tournant vers le jeune homme. Tu m'aimes ?

– Je ne répondrai pas à cette question.

– Donc la réponse est non ?

Il soupira, puis se gratta la tête.

– Qu'est-ce que ça change ?

– J'ai besoin de savoir. J'ai besoin de comprendre… j'ai l'impression que c'était hier qu'on s'est dit au revoir, et t'es déjà passé à autre chose quand j'en suis incapable, comme si ce qu'on avait ne comptait pas autant pour toi que pour moi.

Il se laissa tomber sur le canapé, et se prit le visage entre les mains.

– Je suis désolé que ma période de deuil ne te convienne pas, mais c'est pas juste, que tu viennes ici réclamer des choses.

Contre toute attente, les yeux de Tina se remplirent de larmes.

– Comment peux-tu me remplacer aussi vite ? sanglota-t-elle.

– Je ne t'ai pas remplacée, s'exaspéra Remus. Je ne pourrais jamais te remplacer. On était fiancés, pour l'amour de Dieu. Il y a une différence entre dire à quelqu'un que c'est fini et arrêter de l'aimer.

– Alors pourquoi est-ce que tu es avec elle ? Comment est-ce que tu pourrais supporter de l'embrasser, si tu m'aimes ? Comment est-ce que tu pourrais coucher avec elle ?

Il resta muet.

– On était supposé se marier, il y a encore peu de temps, insista-t-elle. Avoir des enfants ensemble, une maison, vieillir ensemble. Comment peux-tu tout oublier aussi vite ?

– Je n'ai pas oublié ce qu'on avait prévu, ce qu'on s'était promis, ni ce qu'on était. C'était plus dur que tout ce que tu pourrais imaginer d'y renoncer. Je suis plus bas que terre, depuis que tu n'es pas là.

Elle se laissa tomber à côté de lui, et lui prit le visage dans une main pour le forcer à le regarder dans les yeux.

– Alors comment fais-tu pour toucher quelqu'un d'autre que moi ?

– Elle me fait t'oublier. Elle me fait oublier à quel point je suis malheureux depuis qu'on est plus ensemble. Elle me fait oublier qu'on avait tout ce qu'il faut, et que maintenant je n'ai plus rien.

Ils se dévisagèrent. Longtemps.

Puis Remus sembla se souvenir qu'Heidi se trouvait dans la pièce. Il se tourna vers elle et eut juste le temps de voir son expression blessée avant qu'elle ne revêtisse son masque de bonhomie habituelle. Comment elle parvenait à ne pas se décomposer était à la fois un mystère et un exploit. Elle sourit, largement, bien que son sourire n'atteignit pas un instant ses yeux.

– J'en étais sûre, de ne pas vouloir savoir la réponse…


MARLENE PARAISSAITincrédule :

– Et tu n'as pas peur qu'il voie son ex ?

Elles avaient prématurément quitté le groupe et la fête foraine afin de se retrouver seules, et erraient à présent dans une rue marchande près des berges.

– Peur de quoi ? répliqua Lily avec hauteur. Je te l'ai dit hier, je n'ai rien à craindre d'elle.

La blonde se gratta la tête en regardant attentivement son amie essayer un nouveau chapeau, mais l'assurance de la rousse ne semblait pas feinte.

– J'espère que tu as raison. Est-ce que vous avez commencé à discuter de ce que vous ferez une fois de retour à Londres ?

Lily attendit que la caissière lui ait rendue sa monnaie, et qu'elles aient quitté la boutique, avant de répondre très calmement.

– Le fait que je ne rejette pas James actuellement ne signifie pas que j'accepte de devenir sa maîtresse non plus. Bien qu'on peut dire que c'est un peu beaucoup ce que je suis, là, actuellement. Je suis exactement ce que je me suis promis de ne pas devenir, quand cette histoire a commencé : une vulgaire maîtresse.

– Ne dis pas ça à propos de toi même, sermonna Marlene.

– C'est pourtant la vérité. James et moi, on a une liaison. La bague au doigt d'Ellie est vraie, l'engagement est vrai. J'en suis plus consciente que quiconque, étant donné que je dois en assurer les rouages. C'est du concret, du vrai, du réel. Le mariage arrive à vive allure, et le fait que c'en soit un de convenance ne change pas le fait que c'en soit un quand même.

Marlene la regarda avec tristesse.

– Ce week end ne voulait pas dire que j'acceptais d'être sa maîtresse. Je souhaitais simplement lui montrer ce qu'on pourrait donner, lui donner envie de me choisir. Et on est vraiment bons, ensemble.

Marlene acquiesça. Elles s'installèrent sur les berges du fleuve Avon, et regardèrent les bateaux défiler paresseusement.

– J'ai pas envie d'être sa copine à temps partiel. Je ne l'aime pas à moitié, je l'aime à cent pour cent, et je veux la même chose en retour. Pas moins d'un engagement à cent pour cent de sa part. Je lui ai dit et répété des centaines de fois que je ne le partagerai pas.

– Ou sinon ?

– Ou sinon, ce sera fini, et pour de bon, cette fois. J'en ai assez, de répéter mon point de vue encore, et encore. Là, c'est notre dernière chance. Sa dernière chance de me choisir. Et s'il ne le fait pas, aussi douloureux que ce soit, je devrais me faire une raison.

Elle marqua une pause, puis ajouta sur un ton triste ;

– Tu sais… je dis ça, mais je ne suis pas naïve. Je sais très bien qu'il ne me choisira pas.

– Parce qu'elle est enceinte ?

– Parce qu'elle a besoin de lui, et que ce besoin est plus grand que son envie d'être avec moi. Et je ne lui en veux même pas, au final, de l'aider. Je ne sais pas ce qu'il fait avec elle, mais je sais que c'est très important, et j'ai l'impression qu'il est le seul à pouvoir lui apporter du soutien, à Ellie. Elle a une vie… bizarre, et j'ai l'impression qu'il est la seule bonne chose dans sa vie. Mais ça ne rend pas les choses plus faciles, plus acceptable, d'autant plus que je n'ai même pas l'honneur d'avoir une explication de la situation.

– Je me demande vraiment ce que ça cache, tout ça.

– Crois-moi, moi aussi.

– Mais ça ne veut pas dire que je t'incite à aller fourrer ton nez dans leurs affaires pour le découvrir, ajouta sévèrement Marlene.

– Promis, hier, c'était la dernière fois, assura Lily. Et puis, je ne voulais pas vraiment l'espionner, j'étais simplement allée à sa recherche parce qu'il mettait du temps à revenir.

– Mouais.

La blonde soupira.

– Je donnerai n'importe quoi pour qu'on reste insouciants comme ça pour toujours, pour que les vacances ne se terminent jamais, dit-elle sur un ton pensif. Ça me rend triste, tout ça.

– Pas moi. Enfin,si, forcément, je sais que ça ne va pas se terminerai comme je le rêverai et que je serai très déçue, mais j'essaie de profiter de l'instant présent. Ces derniers jours ont été magnifiques…

Lily arborait un sourire si rêveur que Marlene ne put s'empêcher de sortir son carnet.

– Ces dernières nuits, aussi, à ce que je sais, glissa-t-elle avec un clin d'œil complice.

– Oui, et ça ne te concerne pas, rétorqua fermement la rousse.

Mais Marlene l'ignora.

– Vous l'avez fait dans la salle de bain, après que je sois partie ? Ou vous avez opté pour un endroit plus traditionnel, comme le lit ?

– Marlene !

– Dis-moi tout. Est-ce que tu le qualifierais d'endurant ? Est-il du genre directif ?

– Je ne parlerai pas de ma vie privée.

– Pourquoi pas ?

– Pourquoi est-ce que ça t'intéresse ?

Marlene marqua un temps d'hésitation avant de répondre.

– Je ne te l'ai jamais dit, mais j'ai basé le personnage de Tessa sur toi, ta personnalité, ton histoire…

KÔÔÔÔÔÔÔÂÂÂÂÂ?

– … donc qui de mieux pour m'aider à imaginer une évolution naturelle pour elle, et l'exploration de sa sexualité?

Lily émit un grognement d'exaspération.

– T'es complètement folle.

– Je sais, mais c'est pas le sujet.Tu es le sujet.

– Non, je ne le suis pas.

– Si, si, tu l'es.

– Je ne te raconterai absolument rien sur ma vie privée. Point final.

– Point-virgule. Écoute, Tessa commence timide et inexpérimentée, mais devient très entreprenante à mesure que sa confiance en Benedict augmente. Est-ce le cas, pour toi ?

– Est-ce que tu m'écoutes, quand je parle ?

– Non.

– Aaargh !Marlene !

– Est-ce que tu l'as déjà fait en Amazone ? poursuivit l'écrivain en herbe, imperturbable. Parce que vu que Tessa est une Amazone, ce serait parfait… Le Missionnaire fonctionne aussi, vu que Benedict en est un…

– Tu vas devoir te servir de ton imagination, très chère, répliqua Lily sur un ton ferme. Ça ne devrait pas être difficile, tu as beaucoup plus d'expérience que moi dans ce domaine.

– Ouais, mais ça fait longtemps que j'ai pas eu un peu d'action, mes souvenirs ne sont plus très frais…

– Ah ? Doc m'a pourtant affirmé le contraire.

Marlene plissa les paupières.

– Je vaistuerce crétin quand j'aurais mis la main sur lui.

– Alors c'est vrai ?

– Bien sûr que non ! Sirius est un ami, il ne s'est rien passé entre nous. On s'est endormis en discutant, et puis c'est tout. Il n'y a rien entre nous.

– Si tu le dis.

Marlene fit la moue.

– Pourquoi tout le monde veut absolument qu'on se mette ensemble ?

– Parce que vous formeriez un joli couple. Vous avez beaucoup en commun. Je suis d'accord avec James, quand il dit que vous vous ressemblez.

– Tu trouves ?

Elle paraissait sincèrement étonnée.

– Oh, oui.

Marlene resta songeuse si longtemps que Lily crut un moment l'avoir vexé, mais il n'en était rien. Quand la blonde reprit la parole, elle rougissait même un petit peu.

– Entre nous, ça ne me déplairait pas, qu'il se passe un truc avec Sirius. Il est un peu… beaucoup… très mignon.

Lily esquissa un sourire en coin.

– Oh, oui, il l'est.

– Oui, mais il a été très clair sur le fait qu'il ne sortirait jamais avec l'ex de son meilleur ami car Peter n'arrêtait pas avec ses insinuations.

– Quel dommage. Mais ça ne veut pas dire que c'est fichu. Remus sort bien avec une ex de James.

– Oui, mais je doute que Sirius soit aussi souple. Il ne m'a jamais témoigné d'attention particulière.

– Sûrement parce qu'il sort tout juste d'une longue relation.

– Sûrement… Je pense qu'il a autre chose en tête. Je ne suis pas sûre, qu'il soit prêt à voir quelqu'un.

– Et depuis quand ça t'a jamais stoppé, toi ? s'étonna Lily.

Marlene se pinça les lèvres.

– Je ne suis pas sûre, d'être prête non plus pour une vraie relation, et d'après ce que je comprends de la personnalité de Sirius, il n'est pas du genre à butiner à gauche à droite. Je ne pense pas être prête pour quelque chose de sérieux.

– Je comprends.

Elle passa un bras réconfortant auprès de Marlene.

– D'ailleurs, si tu ne recherches rien de sérieux, pourquoi ne s'est-il rien passé avec Benjy ?

– Disons qu'il a un type très précis. Les petites brunettes comme Dorcas.

Lily soupira.

– J'arrive toujours pas à croire que tu aies surpris Ben avec Selene...

– Moi non plus. Je me demande vraiment ce qui s'est passé, hier soir.


LA VILLA ÉTAIT DÉSERTE quand James rentra de l'hôpital, ce qui lui donna du temps pour réfléchir à la situation avec Emily. Il était en train d'établir une liste mentale de choses à faire dans les meilleurs délais quand Sirius rentra à son tour du Ministère.

– Je pense que tu avais raison à propos d'Emily, déclara James, à peine son ami eut pénétré dans le bureau. Et j'ai un plan qui… qu'est-ce qu'il y a ?

Sirius lui jeta un regard grave.

– Il faut que je te montre quelque chose.

Sirius lui tendit un dossier qui contenait des informations autour du rapatriement manqué de la miraculée – maintenant défunte – épouse de Mr Bell, Melina Bell, née Rollins. Des analyses, des rapports, des photos qui lui firent immédiatement oublier Emily.

C'est livide comme un défunt, et avec un mélange d'horreur et de dégoût peint sur le visage qu'il feuilleta les différents documents, tous plus terrifiants les uns que les autres. Parfois, une photo beaucoup trop violente lui provoquait un violent haut le cœur. Mais celle qui le glaça littéralement ne comportait aucun corps (ou reste de corps) : il s'agissait d'une traînée de couleur rouge sur le bord d'un trottoir.

– Qu'est-ce que c'est que ça? bredouilla-t-il d'une voix blanche.

Au fond de lui, il savait ce qu'était cette trace – la couleur caractéristique et le contexte ne laissaient que peu de place au doute.

– Ce qui reste du convoi de Melina Rollins. Ils sont tombés dans une embuscade à la frontière avec le Danemark.

Le visage de James perdit le reste des couleurs qui la composait, et Sirius fit apparaît in extremis un seau afin de contenir le vomi de son ami.

– Bell n'a pas lésiné sur les efforts afin de récupérer cette femme. Ils n'avaient aucune chance. Plus d'une trentaine de personnes leurs sont tombés dessus.

– Je ne comprends pas, dit James une fois qu'il se fut nettoyé la bouche. Je croyais que c'était une mission secrète hautement sensible.

Le visage de Sirius s'assombrit.

– On le croyait aussi. Le fait que Bell soit intervenu prouve ce qu'on soupçonnait depuis longtemps, à savoir qu'il y a un espion dans nos rangs.

James écarquilla les yeux.

– Vous pensez avoir un traître ?

– Ça fait vingt ans que nos perquisitions ne donnent rien. C'est évident que quelqu'un l'informe de nos prochaines descentes.

– Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

– Parce qu'on sait qui c'est, et qu'on voulait utiliser leur lien à notre avantage, lui faire communiquer de fausses informations à Bell en prévision de l'Opération Rome. Mais le fait que l'extradition de Melina Rollins ait filtré prouve non seulement qu'il y a un autre traître, mais qu'en plus ce dernier est très bien gradé. Seule une poignée de personnes étaient au courant. La seule bonne nouvelle est que ça nous permet d'établir une liste relativement courte de suspects.

James se mit à faire les cent pas, soudain très pas

– Ça veut aussi dire que Bell a également de son côté la confirmation qu'il y a un espion dans ses parages. Tu penses qu'il me soupçonne ?

Il avait eu l'impression d'être observé, ce matin… et si ça n'avait pas été qu'une impression ? Et si Bell l'avait déjà dans le collimateur ? Il aurait alors mis Lily en danger, également…

Merde, merde, merde

Mais Sirius ne semblait pas penser que c'était le cas.

– Non. Enfin, pas pour le moment. Tu serais déjà mort, sinon. Ta famille, tes amis, et même Ellie auraient été exécutés s'il avait le moindre doute à votre sujet. Bell est connu pour sa paranoïa meurtrière. S'il a le moindre doute au sujet de quelqu'un, il s'en débarrasse. Je suis certain que beaucoup de choses vont arriver à ses collaborateurs les plus suspects dans les prochains jours.

James se tendit.

– Tu sais ce que ça veut dire, ajouta prudemment Sirius.

Il recula d'un pas.

– Non.

– Prongs.

– Non.

– Tu n'as pas le choix.

James serra rageusement les poings.

– Ce n'est pas juste, siffla-t-il avec rage. Tout ce que vous avez découvert ces derniers temps, c'est grâce à Ellie et moi. C'est nous qui avons pris tous les risques.

– On le sait, assura Sirius. Mais vous n'êtes pas des Aurors. Vous n'êtes pas formés, ce n'est pas votre rôle. Maintenant que Bell est au courant, ni Andréa ni moi ne pouvons fermer les yeux. Le risque est trop grand.

– On restera prudents, aussi prudents qu'au début. On connaissait les risques, quand on a commencé. On est prêts.

– Non, James. Interdiction de mettre ton nez dans les affaires de Bell de nouveau. Tu dois faire profil bas. Pense à tous ceux que tu mettrais en danger, si tu continuais.

James fixa ses mains pendant quelques minutes en silence.

– Je ne peux pas abandonner.

Voilà plus d'un an que la mort de Lee le hantait. Sa mort lente, douloureuse, terrifiante. Il voulait justice pour l'innocent petit garçon. Il savait, qu'il ne trouverait de repos qu'en ayant démasqué l'assassin.

Sirius poussa un grognement de frustration.

– Tu n'as pas le choix, répéta-t-il.

– Tu sais, que je ne peux pas.

Furieux, Sirius saisit le dossier et le lui mit sous le nez.

– Est-ce que tu veux finir comme ça ? Tu es en plus grand danger encore, maintenant que Bell est à l'affût.

– Je ne finirai pas comme ça.

– Et Ellie, tu veux qu'elle finisse comme ça ?

– Elle connaît les risques et…

– Tes parents ?

– Oh, je t'en prie ! Ils ont combattu Grindelwald, tu crois vraiment que …

– Et Lunard ? Queudver ?Evans ?

James pâlit.

– Continuer signifier dessiner une cible dans leurs dos, ce que tu voulais absolument éviter depuis le début. C'est ce que tu veux ? Est-ce qu'il vaut la peine que tu nous mettes tous en danger ?

James ne répondit rien.

– Ne te montre pas égoïste. Ce n'est pas un jeu, et tu n'as pas le droit d'entraîner des innocents avec toi. Plus d'espionnage. Et si tu refuses, vu que tu me posais la question tout à l'heure… Andréa te fera arrêter.

Il y eut un silence choqué. James en resta bouche bée.

– Tu plaisantes, là ?

– Non. Il fera arrêter Elinor aussi, si nécessaire. Et j'ai beau savoir à quel point ça compte pour toi, je ne l'en empêcherai pas.


LORSQU'ELLE ARRIVA CHEZ ELLE, Heidi eut la mauvaise surprise de trouver une maison sans dessus dessous. Visiblement, son frère n'avait pas passé le moindre coup de balai en son absence. Elle poussa un grognement et agita sa baguette afin d'ouvrir les fenêtres.

– Jonny ? appela-t-elle.

– Ici, répondit une voix depuis le salon.

Jon était assis par terre devant la cheminée éteinte, au milieu de bouteilles vides, et jeta à sa sœur un regard rempli de colère.

– Elle est enceinte, grommela-t-il. Ellie est enceinte.

– Oh... Jonny, dit Heidi d'une voix peinée.

– Tu le savais. Pourquoi me donner de faux espoirs si elle est enceinte ?

Heidi vint s'asseoir à côté de lui.

– Parce que James n'est pas le père, et que j'ai de solides raisons de penser que tu l'es.

Jonathan mit quelques secondes à ingérer la révélation d'Heidi.

– C'est impossible. Je peux pas avoir d'enfant.

– Mais vous avezfailliplusieurs fois. Et si ça avait marché, cette fois ?

– Ellie ne me l'aurait pas caché.

– Tu l'as répudiée parce qu'elle ne pouvait pas te donner d'héritier. Je suis certaine que c'est par vengeance qu'elle te tient à l'écart. Ce serait une punition adaptée, tu ne crois pas ?

Espoir et doute se querellaient visiblement dans l'esprit de Jonathan qui, soudain dessaoulé, se leva et se mit à faire les cent pas.

– Comment tu sais que ce n'est pas Potter ?

– Parce qu'ils n'ont jamais couché ensemble.

– Mais ça peut être Cartrige, non ? Tu m'as dit qu'ils avaient renoué contact...

Heidi hésita.

– C'est ce qu'Ellie-Bellie affirme.

– Tu ne la crois pas ?

– Non. Pourquoi est-ce qu'elle l'aurait larguée une fois enceinte, si c'était lui ?

– Mais tu n'en es pas certaine à cent pour cent, qu'on peut écarter Cartrige ?

– Non, admit Heidi. Mais Jonny… je ne te donnerai pas de faux espoirs, si je n'étais pas sûre de moi. Elle n'a eu qu'Arty et toi, ces derniers mois. Je sais que ce n'est pas lui.

Il resta songeur un long moment.

– Ce serait un miracle, si c'était moi.

– Oui. Le parfait début pour la reconquérir. Deux enfants, ça va forcément changer vos vies.

– Deux enfants ? répéta Jon, éberlué.

– Elle attend des jumeaux…. T'as pas lu l'article jusqu'au bout ?

Stupéfait dans un premier temps, Jon finit par esquisser un large sourire.

– Des jumeaux.

– Ou des jumelles. Ou un de chaque. T'imagines ?

– C'est ce que j'ai toujours voulu. Un garçon et une fille.

Il sourit largement, l'espoir faisant gonfler sa poitrine. Des enfants, avec Elinor, comme il en avait toujours rêvé.

– Mon garçon, et ma fille… woaw. Je crois que je les aime déjà.

Puis son sourire s'effaça.

– Et si Ellie ne me pardonne pas, et qu'elle ne veut pas de moi, dans leurs vies ? Qu'est-ce que je pourrais faire ?

– Espérons qu'elle se montrera raisonnable, et que ça n'ira pas jusqu'au Maggenmagot.

– Je ne veux pas la traîner devant les tribunaux, protesta Jonny. Je veux qu'on redevienne une famille. Je veux qu'elle arrête de me détester.

– Et elle va arrêter.

– J'espère...

Elle frappa dans ses mains, comme pour le sortir de son pessimisme.

– Allez, Jonny. T'es déjà passé par là, je suis certaine que tu te débrouilleras très bien.

– Passé par où ?

– Elle te méprisait de tout son être quand on était gamins, et pourtant t'as réussi à la charmer et à l'épouser. Vous le seriez encore, si tu n'avais pas été aussi con. T'es revenu à la case départ, mais je suis certaine que tu la gagneras de nouveau.

Le visage de Jon se décomposa.

– Qu'est-ce qu'il y a ?

– J'étais prêt à tout à l'époque, pour me faire aimer d'elle.

– Je sais. Et regarde, ça a marché. Pourtant, je t'avoue que je n'y croyais pas du tout.

Il baissa les yeux.

– C'est plus le cas, maintenant.

– Qu'est-ce que tu veux dire ? Qu'elle ne vaut plus la peine que tu te battes férocement pour elle ?

– Non.

Il soupira.

– Dee Dee… j'ai fait quelque chose dont je ne suis pas fier.

– Je t'écoutes, dit sa sœur sur un ton gravement

Il marqua un temps d'hésitation.

– Je ne l'ai jamais dit à personne.

– Je ne vais pas te juger.

– Si, tu vas le faire. Tu vas peut-être même me détester.

– Ne sois pas ridicule. Je suis ta sœur, Jonny. Quoi que tu fasses, je serai de ton côté.

Mais Jon paraissait si soucieux qu'Heidi ne put s'empêcher d'être inquiète.

– Jonny, parles-moi. Notre lien du sang est plus fort, plus naturel que tous ceux que je pourrais jamais établir. Je ne vais jamais te tourner le dos, jamais te détester. Je ne choisirai jamais Ellie à ta place.

Il déglutit nerveusement, mais l'attestation d'amour de sa sœur semblait l'avoir rassuré.

– Tu te souviens, quand Ellie était malade, juste avant notre mariage ?

– Oui, quand elle était dans le coma. T'allais la voir tous les jours.

– Ouais. Un jour, Mrs Bell est venue me voir pendant que j'étais à son chevet, et m'a dit qu'elle était très touchée que je prenne autant soin de sa fille, que ça se voyait que je l'aimais, et qu'Elinor avait de la chance de m'avoir dans sa vie, bien qu'elle ne s'en rendait pas compte. Elle m'a dit qu'elle pense qu'on ferait un merveilleux couple, qu'elle était certaine que je la rendrai heureuse si seulement elle me laissait une chance. Mrs Bell… c'était comme si elle me disait tout ce que je voulais entendre.

– Elle a toujours été une grande supportrice de votre couple.

– Oui. Mais c'est possible que ce soit parce que mère lui avait confié qu'il y avait de fortes chances pour que je récupère les terres d'oncle Hugh. Avant l'héritage, elle ne m'aimait pas beaucoup. Je ne sais pas, et je m'en fichais, de ses motivations. Je voulais juste Ellie pour moi.

« Mrs Bell et moi avons commencé à discuter plus régulièrement. Elle voulait savoir à quel point je voulais Ellie, me faisait comprendre que même si j'avais sa préférence, ce n'étaient pas les prétendants qui manquaient. Je lui ai assuré que j'épouserai Ellie, si j'en avais l'occasion, et ça a semblé la satisfaire.

Jonathan resta ensuite silencieux quelques secondes.

– J'étais là quand Ellie s'est réveillée. J'ai continué à lui rendre visite pendant sa convalescence, et on a appris pour la première fois à faire connaissance. Tout ce qui l'agaçait chez moi auparavant la fascinait à présent. Son attitude générale avait totalement changé envers moi. Plus amicale, plus séductrice malgré les circonstances. On a commencé à sortir ensemble une semaine après son réveil, et malgré son état, Mrs Bell me faisait constamment comprendre qu'elle voulait qu'on concrétise notre relation, et comme on devait retourner prochainement au Danemark de toute manière, j'ai tenté le tout pour le tout. Je lui ai demandé sa main sans trop y croire, elle a accepté.

Il décapsula une nouvelle bouteille.

– J'ai toujours trouvé étrange qu'elle s'intéresse à moi tout à coup, pas toi ? Je ne suis pas du tout son genre d'homme.

– L'amour fait faire des choses étranges.

Et rend aveugle. L'argent aussi, rend aveugle.

– Tu te souviens, quand Cartridge m'accusait de donner des Potions d'Amour à Ellie pour m'assurer son amour.

– Oui, c'était ridicule.

Jonny but une gorgée.

– Mrs Bell m'a confié une mallette remplie de soi-disant médicaments afin qu'Ellie poursuive son traitement après notre arrivée à Copenhague, reprit Jon après une pause.

– De soi-disant médicaments ?

– Je ne suis pas certain que c'en étaient.

Heidi écarquilla les yeux quand elle comprit.

– Oh mon Dieu, murmura-t-elle.

– J'ai pas de preuves de ce que j'avance. Juste… un pressentiment. J'aurais dû faire tester ces potions, mais je crois que je n'avais pas envie de savoir la vérité.

– Tu les lui as administrées quand même ?

– Non, pas une seule fois, et pourtant j'étais terrifiée qu'elle se réveille un jour et se demande ce qu'elle faisait dans mes bras. Comme Ellie allait bien, j'ai tout jeté, et je me suis dit qu'on verrait bien avec le temps si elle était avec moi de son plein gré ou non. Des semaines, puis des mois, puis des années sont passés sans que son comportement ne change envers moi.

– Alors peut-être que Mrs Bell n'est jamais intervenue, dit Heidi avec espoir.

– Ouais, peut-être…

Il détourna le regard. Sa sœur eut l'air confus.

– Qu'est-ce qui te fait croire qu'elle a été empoisonnée ?

Jonny vida sa bouteille d'une traite.

– Tu te souviens que je t'avais dit un jour qu'Ellie et Cartridge sortaient ensemble ?

– Oui.

– Mrs Bell me préférait clairement à lui, et Ellie me préférait Cartridge. J'ai jamais eu aucune chance contre lui. Mais quand Ellie s'est réveillée, elle a totalement ignoré son existence, comme si elle avait rayé leur histoire de sa mémoire. Elle ne voulait soudain plus rien à voir à faire avec lui, et semblait même si bouleversée de le voir que sa mère a fini par lui interdire l'accès à Shortbourne. C'est d'ailleurs parce que c'était tellement soudain qu'il s'est mis à m'accuser de droguer Ellie.

Heidi acquiesça.

– Je n'ai rien fait, mais l'idée est restée. L'idée qu'elle m'ait choisie parce qu'elle n'avait pas le choix, parce que sa mère ne lui laissait pas le choix.

– Tu ne l'as pas droguée, tu n'as rien à te reprocher.

– Oui, mais le comportement d'Ellie était vraiment bizarre. C'était du sérieux, entre eux. C'est incompréhensible, qu'elle ait tout rejeté à son réveil aussi facilement. Elle l'aimait vraiment vraiment prévoyaient de fuguer ensemble. Elle s'apprêtait à tout abandonner pour s'enfuir avec lui. Le Club des Bonnes Manières qu'elle avait monté, c'était pour récolter des fonds pour leur fugue.

Heidi fronça les sourcils.

– Comment tu sais ça ?

Jonny lui jeta un regard coupable.

– Quand on déballait ses affaires à notre arrivée à Copenhague, Saskia m'a apporté un lot de lettres appartenant à Ellie. Des lettres écrites par Cartridge, où ils détaillaient leurs plans pour l'avenir. C'était le grand amour, et je ne voulais pas le réveiller.

– Qu'as-tu fais des lettres ?

Il fixa le sol.

– J'avais tellement, tellement peur qu'elle se souvienne de quelque chose, que je les ai brûlées…

Il se mit à trembler, alors elle le prit dans ses bras et le serra contre elle d'une manière maternelle.

– Jonny, c'était pas bien.

– Je sais.

– Mais on est moches, toi et moi. Si on ne faisait pas preuve d'intelligence de temps en temps, on ne rencontrerait jamais personne. Je comprends tout à fait, ce que tu as fait.

Jon ne put s'empêcher de sourire.


SIRIUS REVINT DANS le bureau une demi-heure plus tard, avec l'espoir que James serait enfin calmé, et ce fut heureusement le cas, bien que cela ait apparemment nécessité de retourner la pièce. Il enjamba les livres que son ami avait projeté pour évacuer sa colère, remit le canapé renversé sur pieds, puis s'y installa. Assis derrière le bureau, James lui jeta un bref regard indéchiffrable avant de se remettre à fixer un point dans le vide. Sirius se passa les mains dans les cheveux, puis demanda:

– Tu ne vas pas réellement laisser tomber, hein ?

James ne répondit pas. Il n'en avait pas besoin. Il ne pouvait pas. Il n'avait jamais pu.

Sirius soupira, l'air défaitiste.

– Je ne vais pas te dénoncer, t'es mon meilleur ami et je connaissais d'avance ta décision. Mais je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose non plus. C'est pour ça que j'ai un compromis à te proposer.

James se tourna vers lui.

– Lequel ?

– Plus d'espionnage ne veut plus dire plus d'enquête, souligna Sirius. Andréa n'a pas explicitement interdit que tu travailles sur ce que tu asdéjàen ta possession. Il t'a simplement interdit de rechercher de nouvelles ressources sur Bell.

– Et ?

– Et comme Tom toi en êtes venus à la conclusion hier, il est tout à fait possible que quelque chose nous ait échappé. C'est donc l'occasion de se concentrer sur ce qu'on a déjà, sur la vraie raison pour laquelle tout ça a commencé.

James marqua une courte pause.

– Lee, dit-il finalement.

– Oui. Lee. Et cet été, ta fiancée a fourni un travail titanesque. On a des centaines de documents, et on va tous les repasser au crible. On a encore environ un mois devant nous avant l'arrestation de Bell. Si on trouve quelque chose, on trouve quelque chose. Si on ne trouve rien, c'est peut-être qu'il n'y a rien à trouver, et tu seras libre d'explorer d'autres pistes.

James hocha la tête, le cœur remplit soudain d'espoir. Avec l'aide de Sirius, il pourrait y arriver.

– Est-ce qu'on est d'accord ? demanda sévèrement ce dernier.

– Oui, assura James.

Ils se serrèrent solennellement la main.

– Bien. Mettons-nous au travail.

– Maintenant ? s'étonna James.

– On n'a qu'un mois devant nous, pas de temps à perdre.

– Pourquoi est-ce que vous n'arrêtez pas Bell maintenant, d'ailleurs ? Je croyais que vous aviez assez d'éléments pour le coincer.

– C'est le cas. Mais le mystérieux client Albanien qui est vraisemblablement britannique inquiète Maugrey. Il essaye de l'identifier.

James hocha la tête. Sirius fit craquer ses doigts.

– Je suis aussi d'accord avec toi, quand tu dis que les secrets des Bell sont tous liés entre eux. Il suffit de les déchiffrer. On a à notre disposition les recherches de Tom, les tiennes, celles du ministère, la Distillation à terminer…

– Et Ellie.

Sirius leva un sourcil interrogateur.

– Ellie ?

– Elle n'est pas seulement ma partenaire dans cette quête de vérité. Elle est une clef. Elle, ce qu'elle est, qui elle est, ce qu'elle sait, ce qu'elle ignore savoir, ce qu'elle ignore… je suis certain qu'il y a des choses à tirer d'elle. Son passé, son histoire comportent des indices.

Son ami hocha la tête.

– En parlant de ça…

James attrapa au vol le dossier qu'il lui lança.

– Je ne t'ai pas seulement apporté ce dossier pour te mettre en garde, je voulais également attirer ton attention sur quelque chose. Tu m'as dit que les marques décrites par Dorcas t'ont rappelé celles d'Ellie la première fois que vous vous êtes rencontrés ? Est-ce que tu pourrais confirmer ?

L'horreur de la torture subie par la victime était encore plus insoutenable maintenant qu'elle était illustrée. Les photographies étaient vieilles, mais nettes et en bon état, et témoignaient humblement du supplice subi par Melina trente-cinq ans plus tôt. Son visage était tuméfié, ses cheveux arrachés par endroit, et son regard abritait une terreur que James n'avait jamais vue. Elle avait des marques autour du cou et des poignets et des chevilles, comme si elle avait été ligotée. Des dizaines et des dizaines de bleus constellaient son dos, l'intérieur de ses cuisses et de ses avant-bras, ainsi que ses pieds. De fines marques de brûlure suivaient la ligne de la colonne vertébrale.

– Oui, ce sont les mêmes, dit enfin James. Mais en moins nombreux, en plus précis. La personne a de toute évidence eu le temps de s'entraîner et d'affiner sa technique.

– Ça à l'air vraiment douloureux, commenta Sirius.

– Oui… Pauvre femme.

– Tu penses qu'il a fait subir la même chose à Tara Kanan ?

– Possible, ça expliquerait pourquoi elle paraissait terrifiée d'après Tom, quand elle est retournée vivre à Verveine.

Sirius se mit à faire les cent pas. James se mit à réfléchir à haute voix.

– Melina était la septième épouse de Bell, et il l'a épousé il y a trente-cinq ans. Tara a rencontré Mr Bell il y a vingt ans. La dernière fois qu'Ellie avait ces marques, c'était au printemps dernier… ça fait donc trente-cinq ans au minimum qu'il torture des femmes exactement de la même manière. Ça ne peut pas être sans raison...

Sirius resta pensif quelques temps.

– A quoi tu penses ? demanda James.

– J'étais en train de lister leurs points communs, à toutes les trois... Elles se ressemblent, physiquement, tu ne trouves pas ?

– Si, je l'avais remarqué aussi.

Sirius hésita, puis poursuivit:

– Ça peut sembler superficiel, et je sais qu'Ellie n'en est pas une et je ne sous-entends aucune relation incestueuse, mais toutes ces femmes sont blondes, blanches, et aux yeux clairs.

– C'est comme s'il avait un type de femmes, approuva James. Mais son épouse actuelle est le contraire de ta description, physiquement : brune, mâte, aux yeux marron.

– Mais vivante.

– Et en bonne santé.

– Et à ses côtés depuis vingt ans.

Un record de longévité, dans tous les sens du terme. Les mariages de Bell comme ses liaisons ne duraient pas plus de deux ans, en général, juste le temps d'avoir un bambin, car ses compagnes disparaissaient toutes mystérieusement une fois qu'elles avaient donné naissance. Qu'est ce qui pouvait bien être différent, chez Marion, la seule brune parmi les blondes?

– Il ne l'aurait pas épargnée simplement parce qu'elle est brune, si ?

Ça paraissait absurde...

Encore quelque chose à ajouter à la liste des mystères... Quand il y pensait, il ne savait pas grand-chose sur Marion. Peut-être que s'intéressait à elle ne serait pas une perte de temps.

– Tara, Melina et Ellie ont un autre point commun, poursuivit Sirius. Elles sont toutes les trois de sang hybride. Tara est à moitié Vélane, Elinor l'est un quart, Melina est à moitié sirène…

James hocha la tête.

– Les trois seules survivantes connues sont de sang-mêlé, qui sont connus pour être généralement dotés d'une plus grande résistance physique que les humains classiques.

– Ce serait intéressant de revoir la liste de ses compagnes, pour voir si d'autres cette caractéristique.

– Ce serait possible d'en trouver d'autres vivantes, alors...

Pendant les heures suivantes, ils échangèrent des idées, émirent des hypothèses et établirent des théories, et même si le nom de Lee ne fut que rarement prononcé, James eut l'étrange impression de progresser dans le mystère entourant sa disparition. Comme l'avait rappelé Sirius, tous les mystères étaient liés en un grand secret.

Liés...

Liés. Hmm. Se pourrait-il que...

James se remit à feuilleter les photos de Melina, en se concentrant tout particulièrement sur la disposition des hématomes. Ils étaient beaucoup plus gros et plus rapprochés les uns des autres que ceux qu'il avait constatés sur Ellie, ce qui lui permit de se rendre compte qu'ils s'alignaient pour former des courbes qui s'entremêlaient. Et pas n'importe comment... James mima un compas avec le pouce et l'index, et se mit à compléter les arcs de cercle d'un air pensif.

Jusqu'à ce que la solution se présente à lui.

Et si...

Oh, il fallait qu'il vérifie.

A l'aide de sa baguette, il décalqua sur une feuille les bras, les jambes et le buste de Melina à partir des photographies. Puis il redisposa en étoile autour du torse les membres, en écartant les bras et les jambes, puis compléta à nouveau les arcs de cercle formés par les hématomes, cette fois avec un crayon. Une figure géométrique apparut distinctement.

– On dirait que les lignes forment un dessin, commenta Sirius, qui s'était penché par-dessus son épaule. Une espèce de rosace... Comme ceux qu'on trouve au cœur des...

Il s'interrompit, et écarquilla les yeux en comprenant ce que James venait de reconstituer.

– Des pentagrammes, oui, confirma ce dernier d'un air grave.

Sirius pâlit. Il ne savait que peu de choses sur les pentagrammes, excepté qu'ils étaient tous différents et uniques, et n'étaient utilisés que dans deux branches de magie : l'alchimie, et dans les rites de magie rouge. Au vu des blessures de Melina, il doutait que Bell recherchait une formule pour changer le plomb en or. Avec le dessin de Melina, on comprenait qu'elle avait été ligotée en étoile à un cercle, et qu'on avait tracé le cœur de la figure directement sur elle. Mais de quelle manière? Et pourquoi? Pourquoi sur elle, et non directement au sol? Était-elle une espèce de sacrifice? Qu'expérimentait inlassablement Bell depuis des décennies? Et... Et... Et...

Tant de questions.

Et un pentagramme.

– Reste à savoir auquel celui-là correspond, dit James.


ELINOR ÉTAIT DEPUISquelques temps bien trop ronde pour pouvoir voir ses propres pieds, mais n'avait pas besoin d'une confirmation visuelle pour comprendre ce qu'était cette sensation humide qui ruisselait le long de ses jambes, rendant collant le soyeux tissu de sa robe.

Elle avait perdu les eaux.

Elle avaitputain de merde de perdu les eaux.

Elle resta d'un calme olympien face à la situation. Rien, de sa colère froide et de sa frustration extrême ne transparut sur son beau visage. Mrs Robin lui avait dit qu'elle allait accoucherjeudi.

Jeudi.

Était-on jeudi ? Hein ?Hein ? HEIN ?

Non. Non.

ON N'ÉTAIT PAS JEUDI !

Elle n'était PAS prête.

Elle allait tuer cette pauvre femme dès qu'elle aurait mis les mains sur son cou ridé.

Et lepire ? Lepire ! Le pire dans cette histoire était qu'elle avait perdu les eaux deuxsecondesaprès être parvenue à enfiler sa nouvelle robe après une demi-heure d'efforts, celle dans laquelle elle avait prévu de faire son entrée dans la salle des ventes.

Et elle comptait toujours faire son entrée dans la salle des ventes. On lui avait demandé de donner un petit discours afin d'encourager les enchères organisées pour une charité au profit d'enfants pauvres, et rien ne l'en empêcherait.

Pas parce qu'elle tenait aux enfants pauvres (elle n'aimait ni les enfants, ni les pauvres), mais parce que ce serait une formidable publicité pour son exposition à venir. Elle connaissait le marché des arts Danois, mais les Anglais la laissaient un peu nerveux.

Hors de questionqu'elle accouche aujourd'hui.

Hors de questionqu'elle accouche avant jeudi, en fait. En plus, son agenda était plein. Elle devait déjeuner avec Mrs Van de Pol le lendemain, puis assister à la réunion de l'A.D.V.V., et mercredi devait être consacré à l'organisation de son exposition future avec Carla. Même vendredi, elle était occupée. Elle avait une manucure de prévu, puis une longue séance de sport (car elle était toujours déterminée à se débarrasser de ce surpoids avant le mariage), puis ce dîner avec les sœurs Black. Elle avait libéré son jeudi exprès pour l'accouchement, toute la journée en plus, et il était trop tard pour bousculer son emploi du temps.

Non, vraiment, elle avaitautre chose à foutrequ'accoucher.

Mais sa tenue était ruinée...

Elinor se traîna avec grand peine jusqu'à son immense placard, qu'elle ouvrit avec plus d'énergie que nécessaire.

Elle n'avait pas pour habitude de remettre une robe une seconde fois, mais aux grands maux les grands remèdes.


LILY FRAPPAà la porte entrouverte du bureau avant de passer la tête. James était allongé sur le canapé, les yeux masqués par l'avant-bras dont il se servait pour se protéger de la lumière du soleil qui filtrait par la fenêtre. Il dormait de toute évidence, mais alors qu'elle s'apprêtait à faire demi-tour, il souleva son bras et leurs regards se croisèrent.

– Hey, lança-t-elle avec le petit sourire heureux qui ne la quittait pas depuis la veille.

– Hey, répliqua-t-il.

Il se redressa, bailla, s'étira.

– Je t'ai réveillé ? demanda-t-elle sur un ton d'excuse.

– Non. Je somnolais, je ne dormais pas vraiment.

– Oh. Je te laisse te reposer, alors. Tu dois être fatigué. C'est vrai qu'on s'est réveillés tôt.

– Non, entre. Je voulais te parler, de toute manière.

Elle n'aimait pas le ton dénué de bonne humeur avec laquelle il s'exprimait, mais referma la porte derrière elle et vint s'asseoir à ses côtés. Elle peinait à masquer son malaise, et James, qui avait pourtant prévu quelque chose de bref et concis, comme un pansement qu'on arrache d'un bras poilu, ne put s'empêcher de retarder l'inévitable. Il saisit son visage entre ses mains, et l'embrassa tendrement. Quand ils se séparèrent, le sourire de Lily était de retour. Elle passa doucement le pouce sur les lèvres de James.

– Ça m'a manqué, ça, murmura-t-elle d'une voix rauque.

Ça va me manquer, ça, pensa James.

Mais il n'avait pas le choix. Il n'avait plus le choix.

– Lily ? appela-t-il.

– Hmm ?

Il lui prit la main, et la regarda avec un air grave.

– Il faut qu'on parle.


Blabla de l'auteur :

Je suis vraiment désolée pour le retard, je suis vraiment overbookée en ce moment :(. Puis j'ai dû aller squatter jusque chez mon fréro pour avoir accès a Word, car j'ai énormément de mal à travailler sur Libre Office, et tout le monde sait que les parisiens ont du mal à traverser le périph'

Pas de RARs accompagnant ce chapitre, mais je promets de me mettre à jour pendant les vacances !

Merci du fond du cœur àNedwige STEW ,MGJ Baobab,Sheshe13,Danao, , Aliete, weaslloyd, Xatawi, Math'L, Xila, Sasa-Horan, ptitcoeurfragile&Lilie147 pour avoir reviewé le chapitre précédent ! Vous m'avez beaucoup fait rire :) !

Reviewez si vous avez aimé !

EDIT DU 26/05/2017:

Hello,

Vous êtes nombreu(se)x à me demande qué pasa, pourquoi tant de retard, quand est-ce que je reviens, etc etc.

Sachez d'abord que je n'ai PAS abandonné la fic, j'ai simplement commencé un travail super prenant et je n'ai pas eu beaucoup de temps libre ces derniers mois (qui ont d'ailleurs filé super vite, mon Dieu. Déjà juin!)

Puis, je vous avoue, j'ai fait un blocage avec ce chapitre, chais pas pourquoi. Pourtant, je SAIS exactement ou je vais, mais j'avais vraiment du mal à écrire quelque chose de satisfaisant. Je l'ai recommencé de zero un nombre incalculable de fois, jusqu'a arriver a une version qui me paraissait potable début avril. Cependant, à la derniere relecture, je me suis tout simplement... ennuyée. Pleins de soucis m'ont sauté aux yeux: le rythme lent, les dialogues chiants, quelques incohérences, et bref c'était juste impensable de poster une daube pareille.

Je l'ai donc recommencé une sixieme fois (je pense), et je sens que cette fois, c'est la bonne. Je dirais que 80% du nouveau chapitre est terminé, donc la MAJ ne devrait pas tarder.

En attendant, merci à tous pour votre intéret pour cette fic ainsi que votre patience, j'espere vous revoir en juin et juillet.

Un gros bisous,

Granaroma