OS 2 : Préparation pour le bal de Meryton

Un nouvel OS sous forme de POV. Un point de vue très différent de ce qu'on a toujours l'habitude de voir jusqu'ici.

Je vous laisse découvrir de quel personnage il s'agit.


De ma chambre, je sens qu'il y a du remue-ménage ce soir à Longbourn. Je suspends mes doigts qui se baladent sur les touches du piano, puis je tends une oreille pour écouter si mes deux sœurs cadettes ne seraient pas encore en train de se disputer.

Mais apparemment, les bruits et les cris qui résonnent dans la maison dénotent plutôt une ambiance enthousiaste et joyeuse.

Je sens ma gorge légèrement sèche, j'ai sans doute besoin de boire un bon liquide sucré pour atténuer cette sensation désagréable dans ma gorge. Un verre de jus glacé me ferait sentir mieux.

Je me lève et sors de ma chambre pour me diriger vers la cuisine. Oui, l'ambiance est au rendez-vous ce soir.

En passant par le couloir, je vois mes sœurs s'agiter avec engouement dans la maison. Une - la serviette autour de la taille - sortait de la douche. D'autres s'occupaient ensemble de leur maquillage. Une autre était en pleine conversation avec une copine au téléphone. A ce que je peux conclure des bribes de conversation que j'entends en passant, elles étaient apparemment en train de convenir de l'heure où elles se retrouveraient avec des amies. Vraisemblablement, mes sœurs se préparaient à aller à une soirée.

L'une de mes sœurs croisa mon chemin dans le couloir en appelant notre mère à tue-tête. Sans un regard vers moi, elle m'enlève de son chemin en me poussant légèrement de sa main gauche, comme si j'étais juste un meuble encombrant oublié dans le couloir.

Je descends et me sers un jus de fruit, puis je retourne dans ma chambre. Je m'assieds et émis un soupir. Je n'aime pas du tout cette sensation familière qui me revient encore une fois et que je sens m'envahir petit à petit.

Peu après, j'entends mes sœurs apparemment toutes réunies dans la chambre d'à côté, celle de Jane et d'Elizabeth. J'entends d'ici leur engouement et leur excitation alors qu'elles finissent de se préparer. J'entends les rires et les conversations animées. Je sors discrètement de ma chambre et jette un œil à travers l'embrasure de porte qui n'était pas entièrement fermée. Je les observe en silence. Personne ne m'a remarquée.

Kitty était en train d'enfiler sa robe blanche en s'exclamant :

– J'adore trop cette robe ! Je sens que je vais m'éclater ce soir les filles !

– Oh oui ! ajoute Lydia dans le même enthousiasme, en finissant son maquillage devant le miroir. J'espère surtout qu'il y aura plein de beaux garçons !

Kitty approuve en gloussant vivement.

Jane était en train d'ajuster sa sublime chevelure blonde en un joli chignon en disant :

– Kitty, Lydia vous êtes toutes magnifiques. Mais attention à ne pas trop déborder lors de la soirée. Souvenez-vous que je vous ai à l'œil.

– Oh Jane ! lui répond Lydia. Tu commences vraiment à parler comme papa. Mais t'inquiète, on gère.

Elizabeth de son côté, était en train de mettre ses belles chaussures neuves tout en disant :

– Les filles, je comprends que vous voulez vous amuser comme des folles aujourd'hui, mais Jane a raison. Pas d'abus.

– Oh ça va Lizzie, dit Lydia. Tu vas pas aussi t'y mettre. On a compris.

– Je suis curieuse de voir comment est ce fameux Charles Bingley dont maman n'a cessé de parler depuis des semaines, reprend Elizabeth.

– On va le découvrir dans quelques petites heures, répond Jane.

Il faut avouer que mes sœurs ont toutes leur part de beauté. Elles sont toutes les quatre jolies à leur manière et pleines de vie. Je ne vais me mentir mais je me sens un peu quelconque et banale à côté d'elles. D'ailleurs ma mère ne rate pas d'occasion pour me le faire comprendre assez souvent. De plus j'ai toujours remarqué que mes sœurs ont l'air de partager une certaine complicité malgré cette divergence de personnalités entre - d'un côté - les deux aînées, Jane et Elizabeth - et de l'autre côté, Kitty et Lydia - les deux benjamines. Complicité où je ne me suis jamais vraiment retrouvée. Sur cette pensée, je retourne discrètement vers ma chambre et me rassis en sirotant mon jus.

Puis je joue un air au piano, une mélodie mélancolique qui reflète mon humeur à cet instant.

Puis j'entends Hill, notre femme de ménage, m'appeler d'en bas pour le souper. Les filles viennent sûrement de descendre, car je n'entends plus de bruit à côté.

Je n'ai pas envie d'aller en bas pour manger. Mais mon ventre réagit en émettant des bruits de protestation et n'est visiblement pas d'accord. De plus, l'odeur du gratin qui me titille les narines est irrésistible, ce gratin est au meilleur de son goût lorsqu'il est chaud et j'ai trop la flemme de le réchauffer tout à l'heure.

En bas, on a déjà commencé à se servir. Comme d'habitude, la plupart du temps, à table, c'est souvent assez animé chez nous, surtout en cette nuit du bal de Meryton. J'entends ma mère dire à mes sœurs de ne pas oublier de prendre des photos de Mr Bingley pour qu'elle puisse voir.

Je pris place et me sers à manger à mon tour.

J'entends Elizabeth assise en face de moi parler successivement à beaucoup de gens au téléphone pour la fête de ce soir.

Elles prennent la peine de prévenir tout le monde à l'extérieur pour la soirée : cousins, cousines, voisins, voisines, copains, copines, camarades de classe, collègues de boulot et autres relations, mais à moi qui suis juste devant leurs yeux, habitant sous le même toit, tout ce temps et jusqu'à maintenant, elles ne me disent rien. Cela ne prend pourtant pas plus de 10 secondes de leur vie de juste dire : "Hey, une fête est organisée ce soir si tu veux venir. C'est dans la grande salle de la ville."

Et après, c'est moi qu'on traite d'asociale, de renfermée, de coincée, et j'en passe. Les affinités ne viennent visiblement pas systématiquement avec les liens du sang. Et au fond, je n'ai pas envie tant que cela à aller à leur soirée. Je ne sais pas quelle ambiance il y aurait. Je n'aime pas particulièrement danser, mais j'aime bien chanter.

Soyons clairs, ce n'est pas une histoire d'adolescente qui boude, car elle est la seule à ne pas être invitée à la super fête tant attendue par tous les jeunes de la ville. C'est plus profond que cela. Ce qui me dérange, c'est ce sentiment d'être invisible et de ne pas être à ma place.

Bref, je vois mes sœurs finir leurs assiettes et se lever de table. Elles disent bonsoir aux parents en leur faisant la bise et sortent de la maison. J'entends la voiture démarrer dans la cour et partir.

Ma mère se lève à son tour pour aller se coucher. Mon père s'installe dans le salon qui se trouve dans cette même grande pièce avec la salle à manger.

Il ne me reste plus qu'à retourner dans ma chambre pour lire un roman en attendant que le sommeil me gagne. Je marche discrètement vers les escaliers.

– Alors tu n'es pas allée au bal de Meryton avec les autres, Mary ?

Hein ?

Je me retourne.

C'était mon père qui venait de parler. Il était assis sur un fauteuil, les yeux rivés sur un livre à la main. J'avoue que je ne m'attendais pas à cette question de sa part. C'est une forme d'attention que je ne lui connais que rarement. Avec lui, j'ai plus pris l'habitude d'entendre des moqueries et des sarcasmes.

Je suppose qu'en guise de réponse à sa question, c'est à cet instant-là que je devrais esquisser un sourire et lui dire une excuse valable et crédible que j'aurais inventée furtivement dans mon esprit pendant les quelques secondes où j'aurais émis un sourire.

Mais je n'en ai pas envie.

Pas du tout envie de faire semblant aujourd'hui, même d'émettre un sourire de connivence.

Je me contente donc de lui dire : Bonne nuit père.

En entamant les escaliers, je ne sais pas s'il m'a entendue, mais il est resté silencieux.

Dans ma chambre, je me prépare pour la nuit et rejoins mon lit. Que ça fait du bien !

Mais ne trouvant pas sommeil pendant un moment, je prends mon téléphone et jette un œil sur les réseaux sociaux. Je vois les stories de Lydia et d'Elizabeth montrant des photos de leur soirée à l'instant. Elles ont vraiment l'air de beaucoup s'éclater.

C'est qui ces filles ? Je les connais ? Ce sont mes sœurs ? J'ai l'impression d'être complètement décalée et éloignée de leur monde, de leur cercle social, d'elles tout simplement. J'éteins mon téléphone et le dépose sur la table de nuit.

Allongée sur mon lit, les yeux fixés vers le plafond, je ressens une sensation de malaise mêlée à une certaine solitude, alors que je réalise de plus en plus à quel point je me sens exclue dans cette famille. C'est toujours ainsi que la phrase se sentir seule au milieu d'une foule prend tout son sens pour moi . C'est sur cette dernière réflexion que je finis par m'endormir, allongée tristement sur mon lit.