Petit mot de l'auteure : écrit pour la 163e nuit du FoF sur le thème "Nécessaire"
La journée avait magnifiquement bien débuté.
Prise d'un accès de confiance qu'elle n'avait jamais eu auparavant, Marinette avait retrouvé Adrien à la récréation, son cœur battant la chamade. Elle lui avait alors tendu deux billets pour un opéra qu'un particulier avait revendu via une plate-forme de revente. Y voyant là l'occasion d'inviter son crush, elle les avait prises.
- J'en avais brot... enfin bœuf... enfin deux... tenta-t-elle d'expliquer en montrant les billets.
Jusque là, rien d'extraordinaire ; elle avait toujours le chic de ne balbutier devant Adrien. Ce qui avait changé ce jour-là, ce fut le fait qu'elle ne laissa pas la panique l'envahir. Hors de question cette fois-ci de s'enfuir sous le coup de la pression ou de laisser Chloé lui piquer les places ! Non, elle avait tenu bon, bien résolue à ne pas partir sans avoir eu sa réponse. Laquelle n'avait pas tardé à fuser.
- Le sac des cygnes ? Trop chouette, j'adore ! Je serai ravi d'y aller avec toi.
- Vrai... vraiment ?
- Bien sûr, avait sourit Adrien.
Elle lui avait alors tendu le précieux sésame. Là, Adrien avait sifflé.
- Wouah mais Marinette, ça t'as coûté une fortune !
- Oh ce n'est gras pavre... enfin pas brave... enfin grave, je... Enfin, c'est pour toi, alors ça va.
Une drôle de lueur avait alors éclairé les yeux verts d'Adrien. C'était comme s'il venait de comprendre quelque chose.
- Marinette... cela va peut-être être très orgueilleux de ma part mais... est-ce que tu as fait ça parce que... je te plaît ?
Bien évidemment, elle était devenue aussi rouge que Tikki. Cela avait d'ailleurs été cette dernière, en s'agitant furieusement dans son sac, qui l'avait empêché de prendre la fuite.
- Je... oui, avai-t-elle soufflé.
À cet instant, Marinette avait été convaincue de mourir sur place. Pourtant, il n'en fut rien. Le sourire d'Adrien s'était en effet agrandit.
- C'est génial, ça ! Parce que... tu vois, toi aussi tu me plaît bien.
Alors oui, la journée avait bien débuté.
Très, très bien débuté.
Marinette comprit qu'elle allait mal terminer quand elle arriva devant l'opéra quand elle vit une danseuse géante transformant tout le monde en cygne voler dans le ciel.
- Je vais transformer tous les maris infidèles en cygne ! clamait-elle. Vingt ans de mariage jetés du jour au lendemain... Je vais leur donner une bonne raison de ne plus emmener leur femme à l'opéra moi !
Une incantation et quelques tours de lucky charm après, Ladybug et Chat Noir se retrouvaient face à l'akumatisée, laquelle fut acculée bien rapidement.
- Et bien, il est temps pour elle de nous jouer son chant du cygne, s'amusa son co-équipier. Aller, ma lady, détruit moi cet akuma qu'on en finisse. Ma lady ?
Elle pouvait percevoir l'étonnement dans la voix de Chat Noir. D'ordinaire, elle était toujours très efficace. Sitôt le combat terminé, elle s'empressait de détruire l'akuma – sa première expérience lui avait bien apprit qu'il valait mieux ne pas repousser ce moment. Néanmoins, cette fois-ci, elle était figée. Car ce qu'elle tenait en main, elle le connaissait bien.
Il s'agissait des billets qu'elle avait racheté le matin même.
Comme il fallait s'y attendre, elle les avait perdu sur le parvis en arrivant à l'opéra mais, ayant eu le réflexe de les enregistrer dans son téléphone, elle ne s'était pas inquiétée outre mesure. Et les voilà qui réapparaissaient, dans les mains de cette akumatisée qui pleurait sur la fin de son mariage. Sur l'annonce, le vendeur expliquait avoir eu un imprévu personnel. Mais à en voir la détresse de la femme et les propos tenus par la dame, elle soupçonnait qu'il ne s'agisse en réalité d'un événement plus définitif : une séparation. Ayant décidé de quitter sa femme, il avait sûrement voulu revendre les places. Celle-ci avait dû se rendre quand même à l'opéra, comme pour faire le deuil de ces moments de rêve qui lui avaient échappé en même temps que son mariage. Si son hypothèse était bonne, elle n'était guère étonnée de voir cette pauvre dame perdre ses moyens en retrouvant par hasard les billets qui auraient dû être les siens.
- Ma lady ? insista Chat Noir.
Sa voix s'était faite plus urgente. Elle pouvait le comprendre ; cela ne lui ressemblait pas de réfléchir autant à l'origine d'un akuma. Mais celui-là était différent... Car celui-là s'était logé dans des billets qu'elle avait offert à Adrien.
Et si cela ne changeait rien pour Ladybug, cela faisait toute la différence pour Marinette.
Car Marinette ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter : et si, en détruisant l'akuma, elle détruisait tout ce qui avait été lié à ce billet ?
Elle savait qu'au fond, il y avait peu de risques. Libérer un papillon du mal réparait les objets cassés, délivrait les êtres de leur emprise, remettait les derniers éléments à neuf. La plupart du temps, du moins. Cela était déjà arrivé qu'une désakumatisation la conduise à remonter dans le temps, à effacer bien plus que ce qu'elle avait cru. Que les dégâts créés remontent à plus longtemps que ce qu'elle avait imaginé. Et si cette akumatisation faisait partie de ces cas là ? Et si détruire le billet conduisait à remonter dans le passé ? Que le mari ne mettait jamais ces billets en vente ? Adieu alors l'achat... et adieu Adrien, qui lui avait dit qu'elle lui plaisait bien.
Autrement dit, adieu à tout ce dont Marinette avait toujours rêvé d'entendre.
C'était pour cela qu'elle restait sans bouger, son regard fixé sur ce bout de papier qui ne demandait qu'à être déchirer.
Car, en elle-même, Marinette et Ladybug se livraient un combat sans merci.
Une Marinette qui n'était au fond que ce qu'elle aurait dû être : une gamine de treize ans désireuse de vivre sa vie.
Et une Ladybug, qui faisait le nécessaire pour triompher du mal.
Malheureusement pour Marinette, ce fut Ladybug qui l'emporta, comme à chaque fois.
- Je te libère du mal.
Cette fois-ci, aucune exclamation, aucune joie, aucune fierté devant le travail accomplit.
Car au fond, qu'importait à quel moment Marinette se réveillerait.
En laissant gagner Ladybug, elle venait de comprendre qu'elle ferait toujours ce qui était le mieux pour tout le monde.
Sauf pour elle-même.
note de fin : oui je sais que l'histoire du billet est tirée par les cheveux mais c'est la magie des fanfics ! c'était surtout un prétexte à parler du dilemme Marinette / Ladybug et du "faire le nécessaire" que m'a inspiré le mot
