Disclaimer : L'univers de One Piece appartient à Eiichiro Oda.

Rating : T. (?)

Pairing : Law x Robin.

Situé : après les aventures de Dressrosa. (spoilers)

Note de l'auteur : Pardonnez-moi d'avoir pris tant de temps pour écrire le second one-shot de ce recueil. J'ai longtemps cherché l'inspiration pour celui-ci, avec en tête d'écrire d'abord quelque chose qui relierait Law et Chopper... Avant de me rendre compte que Robin collait beaucoup mieux à cette situation-là. J'espère qu'il vous plaira et que même si ce n'est pas le cas, laissez un review. Ça fait toujours plaisir et ça me motivera à en écrire d'autres !

Sur ce, bonne lecture !


Things we lost in fire.

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Ils avaient gagné.

Alors pourquoi Law ne parvenait-il pas à savourer sa victoire ? Doflamingo croupissait déjà dans une cellule d'Impel Down, coupé du monde et de ses esclaves, oublié par les habitants de Dressrosa. Un vaste et douloureux souvenir éradiqué par un simple coup de poing. Toute une machinerie complexe démantelée par une bande de joyeux lurons, déterminée à vaincre quiconque se dresserait entre eux et leurs amis. Cette pensée fit sourire Law. Dans sa tête.

Son corps, lui, ne parvenait plus à sourire depuis des années. Depuis treize ans, songea-t-il avec amertume. Cora-san avait emporté avec lui son dernier sourire ; lui qui ne s'autorisait à extérioriser sa joie qu'en sa présence, maintenant qu'il avait disparu, comment le pourrait-il ?

Quelque chose lui manquait et il savait pertinemment quoi. En se mordillant la lèvre inférieure, sa main tatouée se glissa jusque sous sa veste, à la place de son coeur. Il le sentait battre sous ses doigts.

De façon erratique et incontrôlable, bien qu'il soit immobile.

Il lui manquait un coeur. Certes, l'organe n'était pas absent, au contraire, il ne le sentait que trop bien. La pompe à sang s'agitait, aspirant et crachant ce liquide carmin essentiel au bon fonctionnement de ses muscles, de son cerveau, de tous les autres organes présents sous sa peau. La nécessité de cette chose rougeâtre ne lui était pas étrangère ; comment le pourrait-il pour un chirurgien ? Non, ce qui lui manquait, c'était le Coeur.

Celui qui faisait battre l'organe de façon effrénée mais plaisante. Celui qui faisait s'étirer sa bouche en un sourire étincelant. Celui qui rendait sa vie merveilleuse.

La certitude de ne jamais retrouver ce coeur s'insinua dans ses tripes avec la violence d'une enclume. La vengeance n'avait jamais eu un goût aussi amer. Ou plutôt, l'absence de vengeance. Après tout, la lame de Law n'avait pas achevé Doflamingo... Le poing de Luffy s'en était chargé, à son plus grand désarroi. Mais peut-être à sa plus grande satisfaction. Après tout, il se savait bien trop faible pour anéantir lui-même son Démon. Il en avait payé les frais, ses nombreux bandages, les fils qui retenaient son bras au reste de son corps le prouvaient.

Une perle de sang glissa le long de sa lèvre, meurtrie par ses dents. Il n'y prêta guère attention. Une douleur aussi ridicule ne le détournerait pas de celle, bien plus ardente, nichée sous ses côtes.

Quelle ironie que de souffrir au coeur alors qu'il éprouvait le besoin irrésistible de le retrouver. De le serrer dans ses bras jusqu'à l'en étouffer en murmurant entre deux sanglots toutes les peines qu'il a traversés, toutes les horreurs qu'il a vus et orchestré. Le sobriquet de Chirurgien de la Mort lui sied à merveille ; après tout, son âme n'existait plus. Morte. Disparue en même temps que le sourire sur les lèvres de Cora-san s'agrandissait lorsqu'il rendit son dernier soupir.

Son instinct de médecin lui dictait que la mort ne se caractérisait que par l'arrêt des organes vitaux d'un être vivant : la pompe à sang et le cerveau, entre autres. L'âme n'existait que dans les fables et les fantaisies déistes des personnes les plus crédules ; ce que Law n'était pas.

À nouveau, une goutte de sang roula le long du menton du Grand Corsaire révoqué. Lorsque les larmes ne peuvent couler, c'est le sang qui le remplace, pensa-t-il en rejetant sa tête en arrière, masquant son regard sous son chapeau. Ses orbes ternis gâcheraient la fête, si Luffy les voyaient. Il s'inquiétait. Après tout, il considérait Law comme son ami, un membre à part entière de son équipage. Un être à chérir, à protéger et à épauler.

Mais Law ne voulait pas de tout ça. Les bras de Luffy, aussi élastiques soient-ils, ne pourraient pas l'étreindre entièrement, jusqu'au coeur. Après tout, il était absent.

Ses paupières se fermèrent sur ses pupilles assombris par le manque. A cet instant, Law ne rêvait que d'une chose : que Corazon soit là, qu'il l'enveloppe de l'une de ses bulles de silence rassurante jusqu'à ce qu'il en oublie les cris de fanboys de l'équipage de Bartolomeo, à l'autre bout du pont.

— Moi aussi, j'apprécierais qu'ils se taisent.

Un sursaut secoua imperceptiblement l'échine de Law. Sa main libre se glissa jusqu'à la garde de son nodachi, plus par habitude que par nécessité. Cette fois, il la connaissait.

Replaçant son chapeau à pois correctement devant ses pupilles d'acier salies, Law ne moufta pas. Il ne pouvait pas voir l'étrange sourire qui flottait sur les lèvres de Robin. Un sourire qui en disait tout aussi long que le regard du tatoué sur son passé.

— Pourquoi t'isoles-tu ainsi, Law ?

— Et toi ?, répondit-il du tac au tac, peut-être plus méchamment qu'il ne l'aurait souhaité.

Cependant, il ne s'attendait pas une réponse aussi franche de la part de l'archéologue de Mugiwara-ya.

— Parce que j'ai besoin d'être seule pour repenser à ma patrie que je chéris, mais que j'ai perdue.

Sa voix feutrée s'infiltra jusque dans le crâne de Law et y résonna encore de longues minutes après que ses mots aient franchis ses lèvres. Incapable de l'observer, de peur de trahir la nature profonde des sentiments qui chahutaient dans les tréfonds de son âme tourmentée, le pirate décida de garder les paupières closes. Mieux vaut ne pas prendre de risque, avec une femme aussi versatile que Nico Robin.

Néanmoins, l'honnêteté de sa réponse, voilée de mystère, poussa le jeune homme à ouvrir la bouche pour autre chose que pour respirer.

— Pourquoi l'as-tu perdu ?

Une question timide pour une femme intimidante.

— Un Buster Call a détruit mon île et ma patrie, répondit-elle simplement, sans s'épancher sur les détails.

De toutes façons, les détails n'intéressaient pas Law. Seule la finalité comptait, comme lors d'une opération ; tant que la personne vivait, la façon de faire ne revêtait aucune importance.

Cependant, un étrange sentiment s'insinua entre les tripes du chirurgien de la mort. Incapable de mettre un nom sur cette quiétude douloureuse qui grandissait en lui, il opta pour la facilité : omettre son existence.

Sous son chapeau fourré, le pirate observait les mains de Robin. Il avait appris à se méfier d'elles, à Dressrosa. Ou plus précisément de ses multitudes de consoeurs, aptes à apparaître où elles voulaient. Pourtant, ce soir, elles demeuraient immobiles, sur ses genoux dénudés. Serrées l'une contre l'autre. Comme si elles cherchaient à se réchauffer.

Law ne chercha pas à réconforter Robin. Elle n'en avait pas besoin. Les "toutes mes condoléances", "je suis désolé pour ta perte" ne ferait pas revenir sa patrie, et encore moins son île. Tout comme ne cesser de penser à Cora-san ne le fera pas revenir d'entre les morts, se dit-il intérieurement.

En un sens, le jeune homme se sentait proche d'elle. Ils partageaient les mêmes cadavres enfouis dans le même placard : celui au creux de leur estomac éternellement crispé, éternellement aux aguets, de peur qu'une tierce personne l'ouvre sans leur accord.

...Ce soir, Law voulait qu'on l'ouvre. Il permettait à Robin de l'ouvrir. Et, pour raffermir cette pensée, ses yeux s'ouvrir et son chapeau cessa de les dissimuler. Ses yeux d'acier s'enfoncèrent dans ceux d'océan de Robin avec détermination. Avant de vaciller. Le métal tinta, éclaboussé par les vagues.

A moins que ce ne soit des larmes, qui ruisselaient le long de ses joues ?

Lentement, le corps de Robin se dressa entre le sien et les autres. Comme s'il cherchait à dissimuler la faiblesse d'un homme à la prime si élevée. Comme si elle protégeait son honneur, son intégrité d'homme inébranlable.

Lentement, ses bras s'écartèrent et embrassèrent le corps de Law. Aucun son ne franchit les lèvres de l'archéologue mais pourtant, ses mots silencieux transpercèrent Law de part en part.

Je suis là. Je comprends ce que tu ressens. Je suis là.

À cet instant, Law perdit le contrôle de lui-même et nicha sa têtre au creux de la poitrine de Robin pour y pleurer tout son saoul, les lèvres crispées, martyrisées par ses dents.

Maintenant que Doflamingo croupissait à l'autre bout du monde, maintenant que sa vie était dépouillée de but, Law ne savait plus quoi faire. Vers quoi tendait-il vraiment ? Défaire Kaidou n'avait été qu'une excuse pour anéantir l'homme qui avait hanté ses cauchemars pendant treize ans. Le goût âcre du mensonge emplissait sa bouche. Comment avait-il osé manipuler un homme aussi bon et intègre que Luffy ?

Ses sanglots s'intensifièrent, étouffés par le corps de Robin. Instinctivement, les mains tatouées du chirurgien s'enroulèrent autour de sa taille et la serrèrent vigoureusement. Non, il ne la lâcherait pas. Non, il ne le voulait pas. Il avait besoin d'elle aussi fort que ses poumons nécessitait de l'air pour fonctionner.

— Robin... Qu'est-ce que je dois faire ?, murmura-t-il, la voix brisée.

Un sourire bienveillant se peignit sur les lèvres de la jeune femme. L'une de ses mains se glissa dans les cheveux de Law, chassant le bonnet qui les couvraient.

— Vivre, souffla-t-elle autant pour lui que pour elle-même.