Disclaimer : L'univers de One Piece appartient à Eiichiro Oda.

Rating : K.

Pairing : Baggy x Rayleigh.

Situé : Pendant l'ellipse des deux ans.

Note de l'auteur : Voilà le dernier OS de ce recueil. J'ai tout particulièrement apprécié celui-là : développer la relation entre Baggy et Rayleigh a été instructif. Je n'ai pas pu résister à ajouter des pointes d'humour ici et là ; c'est presque une manie lorsqu'il s'agit de personnages aussi humoristiques que notre Clown national. Bonne lecture à tous ! Et surtout, n'oubliez pas de laisser des reviews, que se soit pour un avis positif ou négatif, ça fait toujours plaisir.

(J'admets que je poste cet OS très (trop) rapidement mais je ne peux pas, psychologiquement, commencer d'autres écrits sans avoir boucler ce recueil-là. Je suis peut-être un chouilla tarée mais pour ma santé mentale, prière de me pardonner pour cette publication rapide.)


Carry on my wayward son

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Après de nombreuses – et douloureuses – péripéties, ayant toutes été chamboulées par une mioche au chapeau de paille, la vie souriait enfin à Baggy. Le monde ne lui paraissait plus aussi terne et moqueur, au contraire. Il se tournait vers lui, le Grand Baggy le Clown, acclamant ses exploits et chantant ses louanges… Quoiqu'en vérité, le monde faisait exactement l'inverse.

Il frémissait à sa mention, tremblait à son nom et se terrait dès que son pavillon apparaissait près d'un village côtier. La raison de cette soudaine popularité ?

Une lettre. Mais pas n'importe quelle lettre.

Une lettre lui proposant d'intégrer les Grands Corsaires et d'obtenir l'amnistie de la Marine.

Une bénédiction, d'après Baggy. Un foutu soulagement, d'après son équipage. Leurs méfaits ne seront plus répertoriés, et leur tête ne sera plus mise à prix. Que pouvait-il souhaiter de plus ? ...Ah oui. Le calme.

Après avoir réussi le miracle de s'échapper d'Impel Down, leur capitaine n'avait pas fait que revenir ! Il leur avait apporté tout un tas de bras cassés, de criminels aux dents limés et ô combien plus dangereux qu'eux. Morge et Kabaji, bien qu'étant qualifiés de « seconds » de l'équipage du Clown ne faisaient guère le poids face aux nouvelles recrues.

Cependant, ils atteignirent Shabondy avec une facilité déconcertante grâce à leur aide. Ils terrassèrent leurs opposants sans effort, engrossèrent la cale aux butins et remplirent la réserve en un temps record. Le claquement des bulles crevant à l'orée des mangroves résonnaient à l'instant même que les yeux de Baggy effleurèrent l'archipel.

D'après les rumeurs, le Seigneur des Ténèbres, Rayleigh, vivait sur l'un des groves. Intérieurement, Baggy priait pour le pas le croiser. Malgré sa vantardise reconnue, que le passé le rattrape ne l'intéresse guère. Les conséquences étaient bien trop dangereuses pour sa vie. Après tout, son équipage de fous furieux ne manqueraient pas l'occasion de l'obliger à dialoguer avec son ancien confrère

Ou pire.

L'équipage de Baggy accosta le plus loin possible du Grove abritant la Marine. Certes, il jouissait désormais d'un statut lui permettant de s'en approcher sans crainte, mais mieux valait ne pas faire sortir la panthère violette de sa tanière.

Le sol spongieux donnait du fil à retordre à ses chaussures qui, quelques secondes plus tôt, luisaient tant elles étaient impeccables. Un grognement s'échappa de ses lèvres peinturlurées.

— Foutu archipel à bulles !, gronda-t-il.

Un clapotis bullesque attira son attention. Son équipage, bruyant au possible, ne ternissait en rien le son qui provenait de sa gauche. Comment aurait-il pu ? Rien ne couvrait les pas du Seigneur des Ténèbres.

— Il me semblait bien avoir ouï dire que tu te dirigeais vers le Nouveau Monde, Baggy.

Le ton indolent employé, la démarche profondément altière et la chevelure aussi blanche que la moustache du défunt Barbe Blanche ne souffrait d'aucune réplique.

Après tout, Silvers Rayleigh était unique.

— R-R-R-Rayleigh !, balbutia l'ancien mousse de l'équipage du Roi des Pirates.

— Tu as bien grandi, Baggy !, lâcha son ancien supérieur dans un rire à peine dissimulé.

L'équipage du Clown, dans le dos de celui-ci, se tint étrangement coi. À croire que même les pires énergumènes d'Impel Down tremblaient face au Roi Sombre.

Les sourcils de ce dernier se plissèrent. Baggy, l'abruti que Shanks avait tiré de la noyade, en compagnie de ses monstruosités ? Une surprise des plus étonnantes. Et des plus dangereuses. Dans quoi c'était-il donc encore fourré ?

L'ancien second du Roi des Pirates dévala la racine du grove sur laquelle il s'était perché, se rapprochant de Baggy. Le mioche avait grandi, se changeant en homme à la stature presque aussi impressionnante que le nez rouge qui ornait son faciès.

— Je-Je-Je ne m'attendais pas à vous voir ici, Rayleigh-san !

— Tu es bien trop malin pour ignorer que j'habite ici, Baggy-kun, répondit aimablement le vieillard.

Les joues du Grand Corsaire s'empourprèrent de honte. Chose que son équipage ne remarqua pas - heureusement pour lui.

Ils préféraient tous s'émerveiller devant la connivence évidente qui se tissait entre Baggy et le Roi Sombre. La réputation de ce dernier se faufilait même jusque dans les sous-sols d'Impel Down : personne ne pouvait ignorer à qui appartenait ce sobriquet.

L'Empereur Shanks à Marineford et maintenant Silvers Rayleigh à Sabondy... Comment ne pas suivre Baggy le Clown jusqu'au bout du monde ? Ils connaissaient toutes les grandes pontes des océans !

Sans se soucier de déranger leur supérieur, les pirates du Clown commencèrent à l'acclamer et le congratuler bruyamment. Certains pleuraient. D'autres avaient les yeux crevés par des étoiles de pur bonheur. Oui, comment ne pas suivre Baggy le Clown jusqu'au bout du monde ?

Le sourire de Rayleigh s'effaça au fur et à mesure que l'équipage de son ancien camarade sortit les armes par pure extase frénétique.

— Baggy-kun, je m'inquiète pour toi, souffla le Roi des Ténèbres à son oreille. Ils sont dangereux. Plus que toi.

— Rayleigh-san, taisez-vous ! Ils vont nous entendre !, s'inquiéta le capitaine.

— J'espère que tu sais ce que tu fais.

— Bien sûr ! Je vais ramasser tous les trésors du monde, et en grande pompe !

Même si Baggy se glorifiait d'un tel avenir, il le prononça si bas que seul Rayleigh l'entendit. Son équipage s'étonna de découvrir les deux Légendes se parler si près.

Le vieillard se surprit à sourire avec bienveillance à l'ancien mousse. Malgré la sale réputation qu'il trainait dans son sillage, Baggy demeurait l'adorable garçon aux rêves irréalisables plein la caboche qu'il avait toujours connue. Un mioche qu'il considérait comme le fils qu'il n'avait jamais eu, au même titre que Shanks. Aujourd'hui tous deux adultes, ils ne nécessitaient plus le petit coup de pouce du Roi Sombre pour s'élancer de leur propre chef à travers les océans. De toute façon, l'un d'eux maîtrisait déjà le Nouveau Monde, en compagnie de trois autres pirates sanguinaires.

Shanks... Rayleigh aurait aimé le revoir, lui aussi. Avec Baggy. Ressasser de vieux souvenirs, remuer de vieilles blessures et panser les nouvelles avec une bouteille de saké.

Mais comme ils l'avaient promis à Roger, ils devaient rester séparer. Ils risquaient bien trop gros à se rassembler en un seul endroit. De plus, le nouveau statut de Baggy l'inquiétait fortement. La Marine n'aurait jamais accepté dans les rangs des Grands Corsaires un pirate aussi faiblard que Baggy sans avoir une idée derrière la tête.

Et cette idée, Rayleigh la connaissait : profiter de sa connaissance de l'équipage de Gol D. Roger pour les vendre contre un sac d'or opulent.

Bien sûr, il savait également que Baggy ne ferait jamais une telle chose. Malgré la réticence apparente de mentionner ses vieux compagnons, jamais il ne les trahirait.

Par contre, Rayleigh ne pouvait assurer la même chose quant aux compagnons de l'ancien mousse. Ils semblaient versatiles, prêts à changer de capitaine au moindre problème. En aucun cas Baggy n'arriverait à les tenir en laisse assez longtemps pour accomplir son rêve. À moins que...

— Je vois que ton gros nez rouge se porte toujours aussi bien, Baggy-kun, lança Rayleigh avec désinvolture.

Un silence de plomb enveloppa l'assemblée, seulement crevé par les bulles qui éclataient à l'orée des arbres.

— Pardon ?

— J'ai dis que ton gros nez rouge à l'air de bien-

Le Roi Sombre aurait pu aisément esquiver le poing qui se dirigeait vers sa face. À la place, il l'encaissa sans broncher, allant même jusqu'à feindre que celui-ci l'a meurtri. En vérité, s'il ne s'était pas enveloppé du Haki de l'Armement, le vieillard aurait été salement amoché. Le mioche a gravi les échelons, et pas qu'au sein de la société.

Ses coups de poings ravagent plus facilement les tronches qu'avant ; ça, Rayleigh ne peut pas le lui enlever.

— Je... Je, Rayleigh-san, je...

Faisant taire les envies de s'excuser de Baggy, le vieillard lui lança un regard suffisamment équivoque pour qu'il comprenne ce qui lui triturait la caboche.

Les lèvres peinturlurées de rouge du clown s'agrandirent en un sourire immense, victorieux et malgré tout, reconnaissant. Rayleigh n'essayait que de l'aider, à sa manière. Et quoi de mieux que d'offrir un spectacle aussi exceptionnel à son équipage que celui de leur capitaine, bravant le Roi des Ténèbres ?

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Les hommes de Baggy semblaient l'admirer d'autant plus que maintenant, ils pensaient qu'il avait vaincu Silvers Rayleigh lors d'une réelle altercation. Ils étaient loin d'imaginer que ce dernier simulait à la perfection ; les attaques de l'ancien mousse ne réussirent guère qu'à réveiller son arthrite.

Pour s'excuser de son comportement honteux à l'encontre du fabuleux capitaine Baggy le Clown, l'ancien second du Roi des Pirates accepta d'enrober leur bateau gratuitement. Même si la Marine les toléraient, le rescapé d'Impel Down souhaitait atteindre le Nouveau Monde par l'Île des Hommes-Poissons pour y découvrir ses merveilles.

Alors que son équipage grimpait dans le navire, Baggy en profita pour glisser quelques derniers mots à son ancien modèle.

— Merci pour tout, Rayleigh-san.

— Ne me remercie pas, Baggy, soupira-t-il.

À nouveau, un sourire conciliant s'esquissa sur ses lèvres. Sauf que cette fois-ci, une note de nostalgie s'y glissait.

— Je sais ce que c'est, que d'avoir une réputation à tenir. J'ai été ravi d'avoir permis à la tienne de perdurer encore un peu.

Ce fut au tour des yeux de Baggy de briller d'admiration pour Rayleigh. Les mots lui manquaient pour exprimer ce qu'il ressentait. Il réfréna l'envie urgente de se nicher dans les bras de Rayleigh en lui soufflant ô combien il lui avait manqué et ô combien il avait été ravi de tant de sollicitude de sa part. Mais sa fierté le retint. Le remercier suffisait.

Alors que le navire de Baggy plongeait dans l'océan, Shakky rejoignit son vieil ami - et désormais amant, une cigarette entre les lèvres.

— Je paris que tu t'inquiètes déjà qu'il ait croisé le Krakken.

Il ne répondit pas.

Mais il savait au fond de lui qu'elle avait raison. De même qu'il savait qu'elle ne le jugerait pas. Après tout, quoi de plus naturel pour un père que de s'inquiéter pour ses enfants ?