De prime abord, on aurait pu penser que Jessamine était complètement indifférente à la situation. Elle serrait sa baguette entre ses doigts en gardant cette même posture, sereine et détendue, qui ne laissait que présager le pire.

- Je ne comprends pas, Professeur, dit-elle en se décalant pour affronter sa professeur de face.

Elle était prête à frapper, hésitant toujours entre lui laisser la vie sauve ou bien la tuer le plus vite possible. Si cette femme connaissait réellement sa véritable nature elle mettait tout son plan en péril, elle devait réfléchir vite. Elle ne pouvait pas la tuer, sa disparition serait vite remarqué et tout le monde savait qu'elle était la dernière personne à l'avoir vue, elle n'aurait donc aucun alibi. Enfin, pour l'instant. Un plan commençait à germer dans son esprit tandis que sa professeur l'étudiait avec attention.

- Tu ne me reconnais pas ? Finit par demander la jeune femme en approchant son visage de celui de l'étudiante.

Elle lança un regard visiblement surpris à cette femme qui semblait tout savoir d'elle. Son regard perçant et sombre lui paraissait familier, tout comme la forme de ses pommettes qui lui donnait une allure menaçante, mais ce qui la mit finalement sur la bonne piste fut ce grain de beauté près de son œil droit. Elle ne l'avait pas remarqué jusqu'à présent, mais approchant légèrement son visage, elle en fut certaine. Elle se souvenait à présent de ce regard si particulier, qu'elle avait haï durant des années pour lui avoir causé tant de souffrance. Jessamine était profondément décontenancé, elle ne savait pas comment réagir et à cet instant elle aurait vraiment aimé que Dianne soit là pour lui dicter la marche à suivre.

- Je..

- Tu m'as.. Nous a sauvé, la coupa la jeune professeur.

Elle s'en souvient encore ,et amèrement, comment oublier un évènement qui l'a marqué. Et littéralement, ils étaient la cause de sa cicatrice, tout autant que sa compassion. Ce qui expliquait son manque d'humanité aujourd'hui, elle bien appris sa leçon ce soir-là.

Elle se cachait derrière Dianne, elle avait froid et ses pieds, enfoncés dans la boue, la démangeaient. Elle n'aimait pas cette mission, elle préférait largement jouer avec les rats. Quoi que sa définition de jouer fût très différente de celle des enfants de son âge, à vrai dire elle envisageait plusieurs sens au mot jouer. D'abord, il y avait le jouer gentiment où elle s'amuser a essayer d'humaniser ses rats et leur apprendre à lui obéir, ce qui avait marché grâce aux capacités que lui avait laissées son père. Si elle pouvait parler le fourchelang couramment elle pouvait aussi communiquer facilement avec toutes espèces animales grâce à l'aide d'un sort qu'avait crée Dianne. Puis, il y avait le jouer ennuyant où elle devait travailler sur ses leçons, il y avait le jouer plus marrant où elle jetait des sorts, qui parfois ricochaient et laissaient de petits dégâts derrière eux. Mais cela faisait déjà un an qu'elle maîtrisait les premiers sorts que lui avait appris Dianne, elle avait commencé par ceux qui était prohibé et ceux qu'apprenait les élèves plus âgées qu'elle à Poudlard. À l'âge où Harry Potter entrait à peine à Poudlard, elle savait déjà torturer un homme de six façons différentes. Quoi qu'il en soit, elle préférait nettement « exterminer des rats » selon les mots de Dianne plutôt que ces sorciers. Face à elle se tenait une fillette de 15 ans à qui Dianne avait administré une potion qui l'empêchait de pratiquer quelconque magique et caché derrière se tenait le petit garçon avec qui elle venait jouer quand Dianne avait le dos tourné. Elle n'aimait pas la fille, elle et ses jérémiades l'agaçaient, de plus elle refusait toujours de jouer avec elle. Le garçon lui était marrant, il jouait avec les rats, comme elle, et essayait de leur apprendre à parler, comme elle aussi, sauf que contrairement à elle il ne les exterminait jamais. Ses boucles blondes étaient salis par la boue et son visage ovale, qui attirait la sympathie, exprimait son enthousiasme à l'idée de jouer avec la petite brune.

- Allez, dépêche toi, nous n'avons pas toute la nuit, jeune fille, s'impatienta Dianne d'un ton froid.

Dianne n'était pas toujours aussi froide ou aussi autoritaire, bien que sa façon d'éduquer la jeune fille fût atypique, il lui arrivait d'être affectueuse. Jessamine l'appréciait beaucoup, mais elle avait aussi très peur d'elle. Plus que de son papa.

- Je veux pas, gémissait la petite de sa voix enfantine.

- Tu dois apprendre à exterminer tes ennemis, comme avec les rats, ce n'est pas difficile.

Elle contemplait le garçon qui lui ne comprenait pas que sa vie était menacée, cela se voyait à sa façon de lui sourire comme si tout allait bien, comme s'ils allient jouer ensemble après cela. Il était son ami, pas son ennemi. Elle étudiait son visage comme si elle cherchait à en mémoriser les traits. Ses cheveux qui étaient de plus en plus longs barraient son front et cachaient presque ce regard bleu à la fois envoutant, attendrissant et très expressif. Il avait maigri depuis leur première rencontre, ses joues étaient beaucoup plus creusées ce qui faisait ressortir ses pommettes et les fossettes qui venaient s'y épanouir. Il n'avait en aucun cas l'air dangereux, au contraire, il paraissait plutôt inoffensif. Alors face à ce regard intense et affectueux qu'il avait, elle avait pris la décision qui avait changé sa vie. En prenant son courage en main, ainsi que sa baguette, elle lança un regard apeuré à sa tutrice avant de crier haut et fort. L'effet de surprise était le seul avantage qu'elle avait sur Dianne.

- Stupefix!

Elle attrapa en vitesse les clés du cachot pour ouvrir la grille.

- Suivez-moi, vite !

Elle attrapa la main du petit garçon qui semblait tout à coup apeuré tandis que sa sœur les suivait avec un espoir nouveau, elle, elle avait compris les enjeux de cette conversation. Le garçon maintenant son ours en peluche fermement appuyé contre sa poitrine, de peur de le perdre. Tandis qu'ils quittaient ce qui ressemblait à un espèce de donjon, avec des cellules miteuses qui étaient plongées dans un atmosphère inquiétant et lugubre et où leurs prisonniers baignaient dans la boue.

- Le cadre sur la cheminée est un portoloin, prenez le et ne revenez jamais, précisa la fillette lorsqu'ils furent réuni dans le salon. Elle fixait quelque instant la jeune fille, son regard était plein de reconnaissance et pour la première fois elle éprouva de la compassion pour elle.

- Josh, ne m'oublie pas, dit-elle au petit garçon qui l'étudiait avec inquiétude.

- Viens avec nous, l'avait-il supplié alors que ses bras d'enfants étaient accrochés à sa nuque. Mais, hélas, la jeune fille ne pouvait pas quitter ces lieux. Elle devait accomplir quelque chose qui pour l'instant la dépassait, mais elle avait une certitude : ce qu'elle devait accomplir était bien plus grand qu'eux.

- Je ne peux pas, avait-elle murmuré en se détachant du garçon pour qu'il ne voie pas les larmes qui menaçaient de couler.

- Alec te protégera, fut les derniers mots qu'elle entendit alors que le garçon disparaissait avec sa sœur, ne laissant qu'un vague souvenir de lui et son ours en peluche derrière lui.

Après leur départ elle prononça un faible « Confringo » pour éviter que Dianne ne les rattrape. Elle admira l'explosion avec une certaine fascination, elle n'appartenait pas au même monde que ce garçon, elle, elle aimait la destruction, lui aimait la construction. Elle n'était que ténèbres quand lui n'était que lumière. Son monde n'avait pas de place pour de l'humanité, de la compassion et encore moins pour une lumière optimise. Elle fut assez lucide pour savoir qu'elle devait-elle aussi prendre la fuite.

- Où est-il ? Fut les seuls mots que la jeune fille avait prononcés.

Pour la première fois depuis des années elle n'arrivait pas à réfléchir correctement, elle ne pouvait se permettre d'être en présence de ce garçon, il faisait naitre de mauvaises choses en elle. Elle ne pouvait pas se permettre d'avoir de la compassion ou encore même de l'humanité alors que la vengeance de ses parents étaient entre ses mains.

- Il est ici, répondit-elle après un instant d'hésitation.

- Ne lui dites rien pour moi.

- Pourquoi ?

- J'ai mes raisons.

- Bien, maintenant, explique-moi ta tenue, dit-elle d'un air plus sévère.

- Je ne veux pas être ici, dans cette maison. Je n'ai pas ma place ici.

- Au contraire, tu as toujours été courageuse, s'étonna le professeur.

- Ne parlez pas de moi comme si vous me connaissiez, s'exclama-t-elle d'une voix calme et pourtant menaçante.

Le professeur l'étudia quelques instants en prenant appui sur le bureau derrière elle, puis d'une voix calme et posé, elle annonça :

- Bien, tu iras en retenues cette semaine et si je te vois encore une seule fois avec cette tenue sache que tu seras renvoyé.

Elle se doutait que son acte ait de telles conséquences mais face à cette décision elle avait envie de protester, elle n'avait sa place dans cette maison.

- N'oublie pas que c'est moi qui t'ai sauvé d'un renvoi, la coupa le professeur d'un ton dur en sentant qu'elle allait protester.

- N'oubliez pas que c'est moi qui vous ai sauvé la vie, répondit la jeune fille sur le même ton avant de s'en aller en claquant la porte.


Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais Jessamine est assez lunatique :)

J'aimerais vous prévenir, dans les prochains chapitres, je vais ressusciter quelques personnages, je garde la surprise concernant leur identité.