Je suis rentrée plus tôt que prévu ! Du coup, voici la suite des souvenirs d'Undertaker ! J'avais d'ailleurs adoré écrire tous ces passages.


Curieux, Samaël observe la boutique des Pompes Funèbres, passant un doigt sur un cercueil, examinant les poignées, les planches en bois, les pots de vernis :

- C'est une bonne couverture que tu as trouvée pour avoir des informations, commente-il en tapotant du doigt contre un bécher. Et pour un faux Croque-Mort, je trouve que tu évolues bien dans les hautes sphères.

- Serait-ce de l'admiration que j'entends dans ta voix, Diable ? rétorque Adrian en ouvrant le pan de mur qui dissimule ses appartements.

- Non, juste de la curiosité. Depuis des siècles, je te connais en tant que maudit Shinigami qui massacre mes semblables et j'ai été surpris de te voir si à l'aise avec la noblesse humaine.

Il entre dans le salon privé du Shinigami qui répond simplement :

- Autrefois, bien avant d'être ce que je suis, bien avant que tu me connaisses, j'étais un Prince. Il y a des choses que l'on n'oublie pas, même lorsque les siècles s'écoulent. Mais je ne t'ai pas fait venir ici pour parler de mon passé.

Sans y être invité, le Diable prend place dans le fauteuil le plus confortable de la pièce :

- Exact. Tu dis vouloir passer un contrat avec moi. Je t'écoute, expose-moi tes raisons et je réfléchirai à ta demande.

Adrian s'accoude au manteau de sa cheminée :

- Le pacte qui te lie à Vincent, je suppose qu'il se terminera quand tu auras dévoré son âme.

- Evidemment ! Je ne passe pas des contrats avec les humains pour simplement les aider.

Les yeux jaunes-verts luisent doucement derrière les verres des lunettes tandis qu'il les pose sur le Démon :

- Quel est ton prix pour laisser son âme tranquille, Diable ?

Samaël éclate de rire. Il tape du poing sur l'accoudoir du fauteuil, hilare :

- C'est donc ça ! Tu hais tellement le fait que j'ai réussi à pactiser avec lui !

Undertaker attend patiemment que son interlocuteur se calme. Riant encore, le Démon se lève et s'approche à son tour de la cheminée. Il ne lui faut que quelques secondes pour allumer un feu dans l'âtre :

- L'âme de ton cher Vincent est perdue pour toi, Shinigami. Même si tu proposais la tienne en échange, je ne pourrais te la prendre. Aucun Démon ne peut avaler l'âme d'un Shinigami, ce serait comme absorber un poison mortel.

- Nous ne sommes pas obligés de mettre mon âme dans la balance.

- Le contrat qui me lie au Comte est tout ce qu'il y a de plus intéressant pour moi. Il doit respecter notre accord, comme je dois le respecter. Je dévorerai son âme parce que c'est ainsi que ça doit se passer, même moi je ne peux pas revenir en arrière sur ce point. Sauf si tu trouves un moyen de contourner ce petit problème et que tu me proposes bien mieux.

Un rictus étire ses lèvres. Le Shinigami soutient son regard :

- Tu es certainement capable de fusionner son âme à la tienne.

Le Démon écarquille légèrement les yeux :

- Oui, c'est vrai. Ce serait une façon de préserver la sienne. Mais je n'aurais pas mon repas et tu ne retrouverais pas ton Vincent adoré pour autant.

- Sauf si de mon côté je fusionne sa lanterne cinématique à la tienne, Diable. Les souvenirs et l'âme seront alors mélangés aux tiens.

Cette fois-ci, Samaël fronce les sourcils :

- Tu es fou. Pourquoi j'accepterais une chose pareille ? Non seulement je perdrais mon dîner et en plus il sera une part de moi, je serai obligé de me coltiner ses souvenirs ! Je perdrais mon identité actuelle pour devenir un Démon humanisé par Vincent ! Je serai à la fois lui et moi ! Et si ça doit arriver, qui te dit que le Comte sera ravi d'être avec moi ? A quel moment tu t'es dit que cette idée était assez bonne pour que tu m'en parles ?

Il se dirige vers la porte :

- Tu n'as rien à me proposer en échange de cette grotesque demande.

Le Shinigami le devance et lui barre la route, le regard flamboyant :

- En es-tu sûr ?

Intéressé, le Diable s'arrête et met les mains sur ses hanches, interrogateur.

- Je te connais assez pour savoir quelles sont tes âmes préférées. A la place de celle de Vincent, tu pourrais avoir celle de son héritier.

- Tu n'es pas sérieux… Il n'a même pas d'enfant !

- Mais il compte bien en avoir un. C'est la tradition dans cette famille et ça fait d'ailleurs partie de ton contrat avec lui, tu ne peux pas lui voler son âme tant qu'il n'a pas un héritier.

Samaël plisse les yeux :

- Tu lui ferais ça ? Tu es prêt à sacrifier une petite âme innocente pour le sauver lui ?

- Sans hésiter. Il nous faudra faire preuve de patience, que l'enfant arrive et que tu puisses l'avoir.

Un sourire machiavélique se dessine sur les lèvres du Diable :

- C'est un Phantomhive, il passera un pacte, c'est quasiment inné chez eux. Un enfant n'aura pas l'intelligence d'un adulte, le contrat sera facile à remplir, peut-être en seulement quelques heures…

Il fait claquer sa langue dans sa bouche, imaginant déjà la saveur de cette âme sacrifiée alors qu'elle n'est même pas encore arrivée. Les enfants entre dix et quinze ans sont les meilleurs. L'âme du Comte est déjà intéressante, les Hommes qui se laissent aller à la noirceur ont un petit goût qui n'est pas déplaisant et c'est ce qu'il préfère… après celle des enfants.

- Tu commences à m'intéresser, Shinigami. Mais l'âme de l'héritier n'est pas un prix suffisant. Elle ne vaut pas le coup de fusionner avec Vincent et de renoncer à son âme.

Adrian serre les dents :

- Que te faut-il de plus ?

Le Démon pivote sur ses pieds et balaye le salon du regard en quête d'une idée. Ses yeux se posent sur la Faux recourbée appuyée contre le mur. Il retourne vers le fauteuil, le contourne en réfléchissant, puis revient face à son adversaire :

- Pourquoi as-tu hérité du nom de Shinigami de Légende, dis-moi ?

Undertaker retient son souffle en l'observant derrière ses lunettes :

- Parce que j'ai tué des milliers de Démons, entre autres, et que je suis le tout premier Shinigami à avoir existé.

- Renonce à tes devoirs de Shinigami.

- Quoi ?

Samaël le toise, son regard rouge étincèle :

- La fusion de mon âme avec celle de Vincent, la fusion de nos souvenirs, je les accepte à la condition que dans quelques années tu m'offres l'âme de son héritier sur un plateau et que tu renonces à être un Shinigami à partir de maintenant. Tu ne pourras plus récolter les âmes et tu ne pourras plus traquer les miens.

Les yeux d'Adrian coulissent vers sa Faux. Pourtant, il n'hésite pas. Il glisse la main dans son manteau et en sort le carnet où sont notées les âmes à récupérer :

- D'accord. J'accepte le contrat. Aucun de nous ne devra en parler au Comte, par contre.

- Evidemment. Ce n'est pas dans notre intérêt, rétorque le Démon. Débarrasse-toi de tes accessoires de Shinigami et je scelle le contrat.

Adrian s'approche du feu et jette son carnet dans les flammes. Il lève la main et retire ses lunettes.

- Je suis bon prince, ricane le Démon, tu peux garder ta Faux si tu veux puisqu'elle est à présent inutile. Donne-moi ça.

A contrecœur, le Shinigami laisse son ennemi lui prendre les lunettes des mains et les examiner. Le Diable observe la monture, puis la petite chaîne qui relie les deux branches.

- D'où ça vient ? Tu ne l'avais pas, avant, dit-il en décrochant la chainette.

- Un présent de Vincent, il avait peur que je perde mes lunettes quand il faut se battre.

- Comme c'est charmant… se moque Samaël en les brisant dans sa main.

Adrian frémit en entendant le craquement des verres et de la monture, puis voit les débris être jetés dans la cheminée avec son carnet dont il ne reste déjà plus grand-chose.

- Evite de bouger, sauf si tu veux avoir encore plus mal.

La chaînette est soudain plaquée en diagonale sur son visage, barrant sa joue droite et remontant jusqu'à l'arcade sourcilière gauche en passant sur son œil. D'instinct, il ferme les paupières et s'en félicite en sentant sa chair brûler.

- Faut-il que tu sois désespéré pour accepter un tel marché, susurre le Démon dans son dos en enfonçant plus profondément le lien métallique.

Un gémissement franchit les lèvres du Shinigami. La brûlure est insoutenable mais il tient bon, il ne va pas laisser Samaël trouver une nouvelle raison de se moquer de lui.

- Dommage que ton âme soit un poison pour moi, sinon elle aurait été savoureuse, continue l'autre dans un murmure.

La brûlure est aussi coupante qu'une lame de rasoir. Le sang coule, la peau fume. Il a la sensation que l'autre essaye de lui scinder la tête en deux. Le métal incrusté dans son visage se met à fondre et coule dans le sillon de la plaie. Une larme pointe au coin de ses paupières et se perd dans le sang maculant son visage.

Le métal en fusion finit par disparaitre, laissant une plaie profonde, béante, carbonisée et un œil borgne.

- Vraiment dommage, soupire le Démon en quittant le salon. Tu aurais réellement un goût exquis.

Adrian reste silencieux. Une fois seul, il se laisse tomber dans son fauteuil et enfouit son visage balafré entre ses mains tremblantes.


Vincent bondit sur ses pieds en voyant Adrian entrer dans son bureau avec une longue cicatrice en travers du visage et un pansement sur l'œil :

- Que t'est-il arrivé ?!

Undertaker agite la main comme pour effacer sa question :

- Un accident.

- Ton œil…

- Je guérirai, ça ira.

Il ne ment pas, malgré sa démission, il reste un Shinigami par nature et cicatrise aussi vite que les Diables. La cicatrice est moche, mais elle était pire dans la nuit. Quant à son œil, il retrouvera ses facultés en quelques jours.


Le Comte Phantomhive n'est pas dupe, il a compris qu'Adrian lui cache quelque chose. Profitant d'un soir où Rachel, enceinte de huit mois, s'est couchée tôt, il prend la direction des Pompes Funèbres. Penché sur son établi, en train de peindre un cercueil en noir, Undertaker lève les yeux vers lui.

- Il est tard, pour une visite.

- Mais pas pour une discussion.

Le Croque Mort pose son pinceau et s'essuie les mains en lui faisant signe de le suivre. Les deux hommes passent dans les appartements privés. Undertaker lui sert un thé et s'assoit sur une chaise, en face de son invité. Ce dernier laisse la boisson refroidir :

- Tu me dissimules quelque chose, Adrian. Depuis mon mariage, ce qui veut dire que ça fait deux ans que tu fais des cachotteries.

Undertaker sourit en se laissant aller contre le dossier de sa chaise et croise les jambes :

- Monsieur le Comte n'a pas les yeux dans sa poche.

- Au moins, tu ne nie pas. Tu ne veux pas m'en parler ?

- Je ne peux pas.

- C'est curieux parce que notre ami commun me sort à peu près le même genre de réponse.

Le Shinigami appuie sa joue contre son poing :

- Tiens donc…

Le Comte prend sa tasse et souffle sur la boisson chaude, avant de boire une gorgée.

- Adrian, tu me prends pour un idiot ?

- Loin de moi cette idée.

Vincent le regarde par-dessus sa tasse :

- Autrefois, tu t'absentais pour ta récolte des âmes. Tu as soudain cessé ces absences, si tu n'es pas au Manoir, je sais que tu es ici. Tu es arrivé un jour avec ton visage massacré et ça n'a jamais guéri complètement puisque tu as encore la cicatrice. Je me souviens parfaitement de nos discussions lorsque je venais dans ton bureau, au Collège, tu m'as expliqué que toutes tes blessures disparaissaient sans laisser de traces, sauf quand l'attaque provenait d'un Démon. Ce jour-là, tu m'as montré celle que tu portais au cou.

Le sourire du Croque Mort s'efface lentement. Le Comte repose son thé, se lève et contourne la table. Il pose les deux mains sur les accoudoirs de la chaise d'Adrian :

- Donc, c'est un Démon qui a massacré ton visage.

- Vincent…

Le Comte le coupe en posant un doigt sur ses lèvres :

- Ne me mens pas. C'est un Démon qui t'a fait cette balafre ?

Undertaker acquiesce.

- Est-ce que c'est Samaël ?

- Vincent, s'il te plait ! proteste Adrian en repoussant sa main.

- Réponds moi, sinon j'irais le trouver lui et je lui ordonnerai de me dire la vérité ! Je préfèrerai que ce soit toi, mon ami, qui me parle !

Le Shinigami soutient son regard. Le Comte Phantomhive ne plaisante pas et sait comment lui soutirer des informations. Il opine une nouvelle fois du chef :

- Oui, c'est lui.

- Je lui avais donné l'ordre de ne pas te faire du mal, alors pourquoi… ?

- Pose une autre question. Celle-ci, je ne peux pas te répondre. Pas aujourd'hui.

Vincent écarte les mèches de cheveux qui dissimule en partie la plaie et l'observe :

- Tu ne t'absentes plus, tu ne te bats plus avec ta Faux, tu ne portes plus tes lunettes… Aurais-tu quitté le clan des Shinigami ?

- Oui, avoue le renégat à contrecœur.

- Pourquoi ?

- Autre question, je ne peux pas répondre directement.

- Il y a un lien entre ta désertion et le Démon ?

Lentement, Adrian hoche la tête.

- Il t'a forcé à déserter ?

- Non. C'est une… décision… que nous avons prise ensemble.

- Mais pour quelle raison ?

- Je ne peux pas te le dire. Un jour, tu sauras, pas aujourd'hui.

Vincent écarquille soudain les yeux et recule en lâchant les mèches de son ami.

- Tu ne peux pas m'en parler… parce que tu as fait un pacte avec lui !

Le Croque Mort soupire et se passe une main lasse sur le visage.

- Un pacte… Que t'a-t-il donné en échange de ta désertion ?

- Je ne peux pas te le dire non plus.

Déboussolé, le Comte le regarde sans comprendre. Il ne pensait pas réellement ce qu'il disait, il a lancé l'idée du pacte au hasard et son ami ne dément pas ! Pire, il confirme l'idée !

- Adrian…

Le Shinigami se redresse brusquement et le plaque contre un mur :

- Arrête avec tes questions ! Tu es le premier à avoir pactisé avec un Démon, Vincent, et tu sais parfaitement que tu ne peux pas le briser facilement. Oui, j'ai passé un accord avec ce maudit Diable et tu n'étais pas censé le savoir. Les termes qui me lient à lui font que je ne peux pas tout te dire, tu en sais même déjà trop ! Je t'ai dit ce que je pouvais parce que tu me l'as demandé, alors je te demande en retour de ne plus jamais revenir sur ce sujet et de ne pas en parler avec lui !

Incrédule, Vincent dévisage son ami :

- Tu détestes les Démons… murmure-t-il. Tu les as toujours haïs, qu'est-ce qui t'a poussé à commettre ce geste… ?

- J'ai dit : plus de questions ! Tu es peut-être le Comte qui balance des ordres à droite et à gauche et qui a l'habitude que tout le monde s'écrase devant toi pour te satisfaire, mais je ne suis pas ton larbin ! Tu n'as pas à exiger que je te réponde, tu n'as pas à me forcer !

Il le relâche et se détourne. Le Comte croise les bras sur le torse :

- Une dernière question, s'il te plait. Réponds-moi, si tu le peux. Si tu ne peux pas, je ne te forcerais pas.

Exaspéré, le Shinigami se tourne à nouveau vers lui :

- Juste une.

- C'est à cause de moi que tu as conclu ce pacte ? Pour me protéger ou quelque chose dans cette idée ?

- Disons qu'il y a un rapport avec toi. Ça suffit maintenant. Rentre chez toi, je t'en prie, et n'aborde plus jamais ce maudit sujet.

Il se détourne du Comte et commence à éteindre les lumières, signifiant par là qu'il l'invite vivement à s'en aller. Vincent Phantomhive le percute soudain. Surpris par l'impact, le Shinigami se laisse tomber sur le tapis devant la cheminée en l'entrainant dans sa chute.

- Vinc… ?

Le Comte le bâillonne d'un baiser. Adrian lui attrape les épaules et le repousse juste assez pour pouvoir parler :

- Qu'est-ce que tu fais… ?

- Je suis le Noble du Mal, Adrian, répond l'intéressé avec un séduisant sourire. Et je suis terriblement égoïste aussi. Rachel ne suffit pas à m'écarter des Ténèbres, j'y succombe un peu plus chaque jour, même si je l'aime, même si j'aime déjà l'enfant qui grandit dans son ventre.

- Rentre…

Vincent fait non de la tête et commence à défaire son vêtement :

- Adrian, j'ai une liste de péchés déjà longue comme le bras. Des dizaines de fois, tu aurais pu te détourner de moi parce que je ne t'ai pas écouté, parce que j'ai agi comme je le voulais, malgré tes sages conseils. Pourtant, tu es resté… Et quand tu t'en vas, même si c'est juste pour rentrer chez toi, tu me manques.

Le Shinigami soupire et regarde le plafond, la gorge nouée.

- Et ce soir, malgré quelques questions restées sans réponses, tu viens de m'apprendre que tu avais conclu un marché avec ton pire ennemi, pour moi. Pour moi ! Le pacte est gravé dans ta chair et tu as renoncé à ce que tu étais.

- Vincent, tais-toi et rentre avant de faire encore une bêtise. Ecoute un de mes « sages conseils », pour une fois.

Le Comte rit :

- Je t'ai dit que je ne t'écoutais pas justement.

Il attrape une main du Croque Mort et embrasse la paume :

- Laisse-moi rester avec toi, cette nuit. J'en ai envie. Toi aussi, n'est-ce pas ? Rachel a l'habitude que je déserte pour des missions, elle ne sera pas surprise de me voir rentrer tard ou au petit matin.

- Qui te dit que j'ai envie que tu restes ?

- Tu ne m'as pas encore propulsé contre le mur.

- Oh, pardon, je peux remédier à ça.

Un instant plus tard, Vincent est plaqué à nouveau contre le mur, les poignets solidement maintenues par son ami.

- Pour la dernière fois : rentre chez toi.

- Je ne rentrerai que si tu dis, sans mentir, que tu ne veux pas de moi.

- Tu es vraiment impossible, soupire le Shinigami. Et manipulateur.

Un grand sourire se dessine sur les lèvres du Comte qui ne rentrera chez lui que le lendemain matin.


Des baisers furtifs échangés discrètement au détour des couloirs du Manoir. De temps à autre, une visite nocturne du Comte Phantomhive aux Pompes Funèbres pour retrouver Undertaker.


Avec une joie non feinte, Vincent met son fils, un nouveau-né d'à peine quelques jours dans les bras d'Adrian :

- Il s'appelle Ciel. Ciel Phantomhive.

Et tandis que le Shinigami berce maladroitement l'enfant, il se rappelle du pacte passé avec le Démon.


Ciel grandit. Son innocence est préservée, Vincent a interdit à Samaël de s'approcher de son fils sans son autorisation. Il ne rend pas souvent visite à Undertaker aux Pompes Funèbres, préférant prendre soin de sa femme et de son fils. Les baisers volés aux détours des couloirs sont plus fréquents. Des regards complices échangés.


Les années passent. Vincent garde un beau visage. A trente ans, il parait en avoir tout juste vingt. Et Ciel a dix ans.

Le Démon se tourne vers Undertaker :

- J'ai vu le gosse de loin, son âme me convient. Pimente là un peu pour qu'elle ait un peu plus de saveurs.

- Comment je pimente une âme ?

- La peur, la torture… Tu trouveras bien une idée.

Les deux créatures se toisent. Adrian acquiesce sèchement :

- Je m'en occupe.

Et c'est ce qu'il fait. Il sait que le Comte Phantomhive s'est fait beaucoup d'ennemis. Avec facilité, le Croque-Mort entre en contact avec un groupe spécialisé dans de sombres rituels. Il leur propose d'invoquer un Démon qui leur donnera la force et le pouvoir de vaincre le Chien de la Reine. Pour ce faire, ils ont besoin de sacrifier des enfants. Pourquoi pas celui du Comte justement ? Sachant que le Vincent doit justement s'absenter, il leur donne la date de son absence pour programmer l'enlèvement du garçon, les domestiques et sa mère ne sauront pas le protéger. Ils n'auront plus qu'à emmener le mioche avec eux, à sacrifier un autre mioche pour invoquer le Démon et le fils Phantomhive servira certainement de dessert. Il a été précis sur ce point : il ne faut pas que Ciel soit sacrifié en premier.

Mais Adrian a sous-estimé la noirceur dans le cœur des Hommes…


Undertaker rentre du cimetière. Il pose sa pelle contre un mur et voit avec étonnement un papier plié sur son bureau.

« Je suis rentré plus tôt pour te faire une surprise, tu n'étais pas là pour une fois. J'espère te voir ce soir. Vincent ».

Tétanisé, le corps soudain aussi glacé que le cadavre qu'il vient d'enterrer, le Croque-Mort relit le mot.

- Non !

Vincente est chez lui ! Aujourd'hui ! Le jour où…

Adrian attrape sa Faux dissimulée dans son cercueil-bureau sans réfléchir et se précipite au Manoir Phantomhive.


Le Manoir est désert à son arrivée et l'odeur de la mort plane. Un feu a été allumé et embrasera bientôt toute la demeure, mais il a encore le temps. Sans hésiter, il entre dans la maison. L'odeur de la mort est partout. Les hommes sont venus comme prévu et ils sont tombés sur le Comte. Leur envie de vengeance a été plus forte, ils ont décidé de l'abattre avec sa famille. Et le Démon n'était pas là, le Comte l'avait envoyé en mission ailleurs, il n'a pas eu le temps de l'appeler pour se protéger. Undertaker enjambe le Majordome étendu sur le sol.

- Par ici ! l'appelle le Démon.

Adrian suit la voix et trouve le Diable debout entre le corps de Rachel et Vincent inconscient sur le sol.

- Il n'en a plus pour très longtemps, commente le Démon. Si tu veux qu'on fusionne, c'est maintenant.

- Où est Ciel ?

- Il a été emmené comme prévu.

Le Shinigami resserre la prise de sa main autour du manche de sa Faux et s'approche du Comte. Le Démon et lui ont déjà discuté avec précision de la façon de procéder. Sans l'ombre d'une hésitation, il plante la pointe de sa Faux dans l'épaule du Démon et libère la lanterne cinématique, puis fait la même chose sur Vincent. Tandis que les souvenirs s'échappent, le Démon s'approche du visage de celui qui a été son Maître et prélève son âme en résistant à son envie de la dévorer. Il tressaille lorsque le Shinigami, dans un gracieux geste précis, sans trembler, fusionne les deux lanternes. A contrecœur, il fait de même avec l'âme du mortel et gémit en se prenant la tête entre les mains. Le corps de Vincent Phantomhive n'est plus qu'une enveloppe vide. La lanterne fusionnée disparait tandis que le Démon ferme les yeux. Son apparence se modifie sous le regard d'Undertaker qui lui prend le bras :

- Il faut partir d'ici.

Les deux créatures quittent le Manoir en flammes.


Le Démon observe sa nouvelle forme humaine officielle, puis se tourne vers le Croque-Mort. Celui-ci soutient son regard plein de reproches :

- Tu as négocié l'âme de mon fils avant même sa naissance !

- Tu sais maintenant pourquoi je ne pouvais pas tout te dire.

- Et je meurs d'envie de la dévorer.

Adrian range sa Faux dans sa cachette :

- Le rituel pour appeler le Démon aura lieu dans trois jours. Tu as le temps de t'habituer à ce que tu es à présent.

- Tu es cruel de me faire ça !

- Autant que toi quand tu as décidé de ne pas prendre mes conseils en compte.


Les doigts du Démon soulèvent les mèches qui dissimulent les yeux du Croque-Mort et les lui ramène en arrière. Le regard rouge se perd dans celui jaune-vert étincelant du Shinigami dont le sourire semble greffé sur ses lèvres.

- Il n'a rien dit concernant le fait que tu ressemblais étrangement à son père ?

- Rien. J'ai prétexté prendre une forme adaptée pour jouer les Majordomes. Il a dû penser que ça rendait bien et surement ne veut-il pas avouer que ça le rassure de me voir avec un visage familier.

- Son orgueil doit lui dicter de ne rien t'en dire, tu risquerais de le prendre pour un morveux pleurnichard.

Un soupir franchit les lèvres du Démon. Undertaker éclate soudain de rire :

- Dire que tu es à présent réduit au rôle d'un serviteur ! Qu'est-ce que ça te fait d'être le sous-fifre du chien de garde de la reine ?

Ecoeuré, le concerné repousse le Croque Mort. Celui-ci pouffe dans la manche de son vêtement trop grand en l'imaginant en train de nettoyer le Manoir, préparer les repas, habiller le comte, se mettre à genoux devant lui pour lui mettre ses chaussures. Oui, le Démon va passer beaucoup de temps en compagnie de Ciel… Beaucoup de temps…

- Quel nom est ton nom à présent ?

- Sebastian, répond la Créature à contrecœur.

Undertaker explose de rire. L'autre soupire à nouveau en sachant parfaitement la source de cette hilarité. Le sale gosse lui a donné le nom de son chien.

Sebastian lui plonge dessus et le plaque contre le mur :

- Et toi, tu penses que tu aurais fait mieux, à sa place ? Quel nom m'aurais-tu donné ?

Le Croque mort lève sa main aux ongles noirs et la pose sur sa joue en susurrant :

- Tu le sais parfaitement. Vincent.


Voilà ! Demain, je vous poste les deux fins qui ont été écrites pour cette fic :)