Chapitre II
"On ne chatouille jamais un dragon qui dort"
3018- C.C (T.Â.)- Mines de la Moria -
Tournant les yeux vers ce qui avait choqué le nain, l'elfe retenu à son tour un cri de surprise.
C'était, à ne pas en douter, un corps recouvert d'écailles et déposé en spirale à travers toute la pièce.
Les toiles d' araignées avaient jusqu'ici cachées l'affreuse vérité qui sévissait en ces lieux.
N'osant le toucher, Legolas tendit l'oreille afin de savoir si la créature respirait encore.
Lorsqu'il vit Gandalf venir à leur rencontre, la mine défaite, l'elfe savait que le magicien était dans tout ses états.
-"Comment une telle créature à pu finir ici!" S'écria Boromir avec rage. "Un dragon ! Rien que ça !"
-"Je crois qu'il pourrait bien s'agir de la carcasse du dragon Ancalagon". Les informa Gandalf tout en caressant du bout des doigts ses écailles d'un noir profond. "Bien que sa description est réduite au strict minimum, on dit qu'il possédait une robe de couleur noir. Il était par ailleurs considéré comme « le plus grand de tout les dragon".
- "Mais qu'est-ce que sa carcasse vient faire ici? Demanda Sam d'une voix terrifiée.
-" C'est un mystère auquel nous n'avons pas le temps de répondre maintenant. Dépêchons-nous de trouver une issue et fichons le camp d'ici. Cette endroit me donne froid dans le dos." Commanda Aragorn.
Tandis que ses compagnons s'activaient d'autant plus à sortir de cet antre infernale, les yeux de Legolas ne pouvaient s'empêcher de se tourner vers la carcasse de l'animal.
Quel fou avait bien pu cacher ici la dépouille d'un des plus grand monstre de l'histoire ?
Le corps de l'animal serpentait tout autour de la pièce.
En quelques enjambées, ils se retrouva au centre de la chambre et aperçu finalement la tête de la créature.
Jamais Legolas n'avait vu un tel spectacle. Le museau aplati du dragon laissait imaginer une mâchoire qui aurait pu broyer un cheval en un coup de dents.
L'arrière de sa tête était composé d'une étrange crête, aussi fine qu'un voile.
Quand à ses yeux, ils étaient tels deux émeraudes aux orbes dorées et brillantes comme des talismans dans l'obscurité ambiante.
Le cœur de Legolas fit un saut dans sa poitrine.
Ces yeux, bien vivants, le regardaient sans pour autant être animés par la soif de sang d'une bête monstrueuse.
Toutefois, Legolas avait la sensation qu'en le regardant ainsi, on le dépouillait de son corps pour voir uniquement son âme.
La créature cligna des yeux de ses étranges paupières transparentes et l'elfe fut alors certain que ce dragon était bel et bien en vie.
Legolas avait le souffle coupé. On disait des dragons qu'ils étaient vicieux et intelligents. Si il ne trouvait pas rapidement une sortie, la créature les tuerait tous.
Soudain, l'animal émit un son plaintif, presque désespéré.
"Désespéré ?" Se questionna l'elfe en reculant d'un pas face au chagrin de la créature.
L'animal cligna une nouvelle fois des yeux avant de finalement relever sa tête du sol, ce qui le rendit d'autant plus terrifiant.
Legolas trébucha en arrière tant il fut surprit du mouvement. Néanmoins, il resta au sol, sachant pertinemment que son épée ne pourrait rien faire contre un tel colosse.
Il s'attendait à être dévoré vivant lorsque deux naseaux s'approchèrent de lui pour sentir son odeur.
Le souffle chaud du dragon sur sa chevelure ne fut pourtant pas une sensation désagréable et lorsqu'il releva la tête, il vit que l'animal le fixait toujours avec la même intensité.
Legolas se savait totalement inconscient, il ne résistât pas néanmoins à tendre la main vers le reptile.
Sa paume rencontra une matière fraîche et lisse. Une sorte de gargouillement sortie de la gorge de la bête, qui avait très clairement l'air d'apprécier la caresse.
Lentement, la créature baissa la tête et l'elfe comprit qu'elle lui proposait de s'appuyer sur l'une de ses cornes pour se relever.
Gandalf et les autres étaient là eux aussi, n'osant intervenir tant la scène qui se déroulait sous leurs yeux était ahurissante.
- "Je suis Legolas, Fils de Thranduil, prince des Elfes de la Forêt de Mirkwood". Se présenta l'elfe d'un ton solennel.
Mais la créature ne dit mot et se contenta de tourner la tête vers les autres membres de la fraternité.
Tous se placèrent soudainement devant Fredon, par réflexe pour protéger ce dernier.
-"Ils sont mes compagnons", intervint Legolas en s'interposant à son tour entre ses amis et le dragon.
L'animal fit un petit accoup de son museau sur l'épaule de l'elfe pour signifier qu'il avait comprit.
Instinctivement, la main de Legolas retourna flatter le flan de l'animal, comme si il ne s'agissait que d'un gros cheval.
-"Par le dieu à longue barde !" S'écria le nain." Moi qui pensait que tout les dragons étaient terribles et cruels !"
-"Pouvons-nous approcher ?" Demanda timidement Frondon à Legolas.
-"Je penses que si il en avait voulu à nos vies, nous ne serions à présent qu'un joyeux barbecue", souris l'elfe en leur faisant signe d'approcher.
-"Il semble encore jeune"...Nota Gandalf avec perplexité. " Smaug était pourtant le dernier..."
La créature parut soudain prendre de l'intérêt pour le vieux magicien. Tout comme Legolas, Gandalf ne put résister à l'envie de tâter de ses doigts la splendide peau couverte d'écailles de l'animal.
A la surprise de tous, la créature émit un bourdonnement doux : le dragon ronronnait.
Bientôt, c'est l'ensemble des hobbits qui se mirent à gratter le cou du monstre.
Aragorn ne put s'empêcher de rire d'incrédulité avant de se joindre aux réjouissances.
Lorsque le regard émeraude du dragon retourna vers Legolas, ce dernier pu sentir l'intelligence émanent de ses yeux.
-"Que fais-tu en de tels lieux mon ami ?" Demanda doucement l'elfe à la créature.
Comme pour répondre à sa question, le dragon écarta ses pattes de ce qui semblait être un rocher.
Toutefois, lorsque l'elfe se fut approché, le doute ne fut plus permis. Une boule vint se former dans la gorge du mirkwoodien.
- "Une tombe ?" Comprit-il. "Tu gardes une tombe ?"
- "Les dragons ne garde-t-il pas plutôt des trésors qu'il protège jalousement ?" Cracha un Gimli incrédule.
Aragorn et Gandalf s'approchèrent de la stèle. Cependant, le temps avait effacé toutes traces d'un quelconque nom inscrit sur la pierre.
Les mystères entourant cet animal ne faisaient que s'accumuler et Legolas se sentit frustré.
-"Je pensais que les dragons étaient doué de paroles..." Avança Boromir qui n'avait oser un pas vers la créature.
-"Peut-être que tout ces siècles enfermé sous la mine lui ont fait perdre raison", répondit Gandalf.
-"Cela ne me dis rien qui vaille..." S'enquit Gimli en resserrant la prise de ses doigts sur sa hache. "C'est peut-être un piège de Sauron pour retrouver l'anneau..."
-"Il n'a montré aucun signe d'agressivité !" S'énerva Fredon. "Tu as bien vu qu'il ne fait que veiller sur une tombe ! De plus, n'a-t-on pas dit que le feu des dragons pouvait détruire l'anneau ?"
- "On dit en effet que le feu d'un dragon est capable de fondre et de consumer les Anneaux de Puissance", déclara Gandalf. "Mais il n'existe cependant aucun dragon dont la flamme soit assez chaude pour faire du mal à l'Anneau Unique, l'Anneau Souverain, car celui-la a été fait forgé par Sauron lui-même".
Tous parurent dépités par la nouvelle.
-"Moi qui pensait que la chance nous souriait enfin..." Soupira Frodon d'un air morne.
La tristesse du garçon éveilla soudain la curiosité du dragon qui s'approcha à nouveau du hobbit.
La fraternité hésita une nouvelle fois à s'interposer. Tous étaient néanmoins curieux de voir ce que le dragon désirait.
Il renifla le petit homme et...Éternua sans retenue, comme si le hobbit portait sur lui une odeur insupportable.
Merry et Pippin se tordaient de rire et Sam se contenait avec difficulté.
Frondon était couvert des pieds à la tête de morve de dragon.
-"Charmant !" S'exclama Aragorn, un sourire amusé aux lèvres.
- "On ne peut pas dire que l'anneau soit d'un attrait quelconque pour notre jeune ami !" Rit Gandalf avec bonne humeur.
-"Peut-être pouvons nous demander à cet animal de le détruire." Suggéra finalement Gimli, convaincu à présent que la créature était inoffensive.
Et c'est ce qu'ils firent. Frodon plaça l'anneau au sol et Legolas intima à la bête de brûler l'objet.
Toujours à leur plus grande surprise, la créature, candide, s'exécuta.
Une flamme verte surgit alors de sa gueule pour illuminer la pièce.
Jamais Legolas n'aurait imaginé qu'à tout instant, la créature aurait pu les éliminer d'une seule gerbe de flammes.
Hélas, au grand désespoir du porteur, l'anneau demeura intact.
- "C'est ce que je craignais..." Se désola Gandalf. "L'anneau ne peux être détruit que dans les laves bouillonnantes du mont Destin, là même où il a été forgé."
-"Que faisons nous à présent Gandalf ?" Demanda Fredon tout en prenant garde de ne pas se brûler en ramassant l'anneau.
Le Hobbit était blanc comme un linge et Legolas se doutait que l'expérience avait du être douloureuse pour lui.
-"Nous allons finir la nuit ici", les informa le magicien. "Je crains hélas qu'il ne fasse faire marche arrière après avoir prit un peu de repos. On dirait que cette salle ne comporte aucune issue..."
Et tous s'exécutèrent, exténués par cette nuit qui s'était prolongée d'une manière que personne n'aurait pu anticiper.
A la surprise du groupe, le dragon prit une attitude protectrice envers Frodon. L'animal déplia une de ses gigantesque aile pour en faire une couverture de fortune au hobbit.
Jamais Legolas n'aurait pensé qu'une telle créature pouvait faire preuve d'autant d'empathie.
Personne n'avait en effet remarqué que le porteur de l'anneau grelottait de fièvre. Cependant, l'animal eut vite fait de prendre en charge le garçon, le gardant confortablement installé et au sec.
Legolas était sur le point de préparer une infusion d'herbes lorsqu'il entendit un étrange son. Ou plutôt, un chant si on y réfléchissait bien.
Mais il n'y avait rien d'humain dans une telle mélodie.
Legolas comprit que c'était le dragon qui chantait pour bercer le hobbit dans son sommeil.
La musique était à la fois proche de celle des oiseaux et celui d'un instrument à corde. Jamais de sa longue vie, Legolas n'avait entendu complainte similaire. C'était d'une intrigante subtilité pour une oreille avisée, et l'elfe ferma les yeux un instant pour profiter de ce son inédit.
-"Quand Bilbo apprendra ça !" Plaisanta Gandalf en allumant sa pipe. "Lui qui se ventait d'être le hobbit qui a réveillé le terrible Smaug, voilà que son neveu entrera dans l'histoire comme le demi-homme qui s'est fait bordé par un dragon..."
Tous rirent à la plaisenterie, même Fredon qui commençait déjà à tomber dans les bras de Lorien (*Valar, dieu du sommeil et du rêve).
Legolas en profita pour sortir sa lyre pour accompagner l'animal dans sa berceuse. Il voulu chanter un hymne à la gloire de la curieuse rencontre qu'ils venaient de faire en cette nuit.
"Dans le Gouffre Noir, conte funèbre
Scintillent ses écailles aux reflets de ténèbres
C'est une tombe sans nom qu'il garde,
De ses yeux émeraudes il vous regarde
Veillant sur le sommeil éternel d'un inconnu
Un si pieux trésor, pour un dragon qui l'aurait cru ?"
Legolas chanta ainsi jusqu'à ce que tout les membres de la fraternité soient tombés endormis. Il partit alors s'asseoir aux côtés de l'animal qui s'était tue à son approche.
-" Je me demande bien depuis combien de temps tu demeures en ces lieux..".Chuchota-t-il, persuadé que le dragon comprenait ses paroles.
- "J'aurais aimé savoir qui peut bien reposer sous ces pierres", continua l'elfe," mais je crains que ce secret n'en reste un à jamais..."
Le dragon vint lui chatouiller la tête de son souffle chaud et l'elfe perdit momentanément l'accablement qui lui tiraillait le cœur.
Cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas sentit aussi léger, la présence de la créature avait eut pour mystérieux don de l'apaiser.
Alors, se sentant soudain épuisé, Legolas se coucha lui aussi sous l'aile protectrice de l'animal et tomba dans un sommeil sans rêve.
