~III~

Stan se réveilla en sursaut, avec l'impression de se noyer. Ce n'était pas qu'une impression, puisque visiblement il avait retenu sa respiration. Ça lui arrivait de plus en plus souvent de se retrouver en apnée quand il se réveillait, mais jamais il ne se souvenait du rêve qui l'avait mit dans un tel état. Du coup, chaque fois qu'il arrivait en cours, il se sentait de plus en plus fatigué. Il avait même été obligé de décliner toutes les propositions de Wendy. Bon, il ne pouvait pas dire que ça ne le réjouissait pas d'échapper à ses conventions à la con sur la protection du lamantin ou autre bestiole dont il se foutait comme de son premier jeu vidéo ! En fait il ne s'en portait pas plus mal, ça lui empêchait de nombreux maux de tête suite à la répétition de la même chose à chaque convention. Il se demandait bien comment elle pouvait tenir sans avoir mal au crâne... Des aspirines peut-être ? Il devrait songer à lui demander.

Stan se retourna dans son lit pour regarder l'heure qu'affichait son réveil. Il était trois heures du matin, encore trop tôt pour se lever. Pourtant il ne pouvait plus se rendormir, il avait trop peur de suffoquer une seconde fois de la nuit. Une fois c'était amplement suffisant, surtout que c'était tout de même assez désagréable de se rendre compte qu'on s'étouffait en dormant. Et si un jour il ne se réveillait pas ? Il faillit avaler sa salive de travers en songeant qu'un jour il ne pourrait plus jamais se lever de son lit parce qu'il était resté trop longtemps en apnée. Il finit par se lever avec tout le malheur du monde. Une fois debout, il fut obligé de se rasseoir car il s'était levé trop vite et que tout tournait autour de lui. Il retenta sa chance quelques minutes plus tard et réussit à rester stable. Il savait qu'il ne devait pas à cause de son asthme, mais là il en avait vraiment besoin. Il alla jusqu'à son bureau et sortit une cigarette de son paquet de Marlboro. La portant à ses lèvres, il l'alluma rapidement avant de se placer à la fenêtre. Ses parents ignoraient qu'il fumait. Il avait commencé lors d'une soirée qu'il avait passée chez Kenny et où le blond lui en avait proposé une. Il n'avait pas su refuser. Du coup, il était devenu accro à cette merde. Enfin, accro était un bien grand mot puisqu'il ne fumait que quand il était stressé ou vraiment mal. Là, il se sentait mal à cause de tout ce qu'il s'était passé.

D'abord, il avait faillit mourir d'étouffement dans son sommeil et ensuite Kenny... Bon sang Kenny ! Il ne l'avait pas revu de toute l'après-midi, même en cours il était absent. On ne pouvait pas dire que c'était quelque chose d'inhabituel de la part de son ami blond, mais Stan avait comme un mauvais pressentiment. Encore un truc dont il ne pouvait pas se souvenir. Il tira une longue latte sur sa cigarette pendant qu'il s'obligeait à ne penser à rien. Une ombre se plaça juste devant lui, la tête en bas, et Stan avala la fumée de travers. Il se mit à tousser mais son instinct l'empêcha de reculer, cette personne lui paraissait familière. Il lui offrit un air interrogateur avant de réussir à soupirer. Il fixa l'autre dans les yeux.

« Bordel de merde ! Kyle, t'as pas mieux à faire que d'effrayer les gens à trois heures du matin ?!

- Kyle ? Demanda une voix exagérément grave. Je ne suis pas Kyle. »

Stan fixa de nouveau les yeux de l'inconnu pour remarquer qu'ils étaient bleus et non pas verts. Ce n'était pas Kyle. Pourtant, Stan était sûr de connaître la personne face à lui. Il tira une nouvelle fois sur sa cigarette avant de la lâcher pour qu'elle tombe au sol de la maison. Ensuite, il se recula pour aller s'asseoir sur son lit. Il fixa de nouveau l'individu à sa fenêtre, toujours la tête en bas.

« Tu peux entrer si tu veux.

- C'est surprenant, tu n'as pas peur ?

- Non, pourquoi je devrais ?

- Je m'attendais à ce que tu aies peur de moi, vu comment je suis arrivé. »

Stan lui fit de nouveau signe d'entrer et l'ombre à la fenêtre ne se le fit pas dire deux fois. Sautant de la fenêtre, elle atterrit sur la moquette de Stan. L'individu était en collants avec un masque et une cape. Ce qui captiva le plus Stan, ce fut le point d'interrogation vert monté sur ressort qui était fixé sur sa tête. C'était un vrai ? Il fut tenté de se lever pour aller toucher le point d'interrogation comme s'il était retombé en enfance mais son bon sens l'en empêcha et il se claqua mentalement pour rester sérieux. Ce fut difficile pour lui quand il remarqua que son invité nocturne avait un slip au-dessus des ses vêtements. Il avait beau ne pas être bien réveillé, ce détail le fit rire aux éclats. Du moins dans sa tête, puisqu'il arriva non sans peine à garder un visage impassible.

« Et que me vaut l'honneur d'une visite aussi tardive ? Renchérit le brun.

- Honneur ?! Lâcha l'homme masqué d'un air stupéfait. Tes flatteries ne marcheront pas Stan. »

Le brun réagit quand il entendit la voix grave prononcer son nom. Effectivement, il ne s'était pas trompé, si cette personne l'appelait Stan et non pas Stanley ou Marsh c'était qu'il le connaissait au moins un minimum. A moins qu'il ne l'ai appelé comme ça pour faire son intéressant ? Ça n'avait pourtant pas l'air de coller au personnage. Les yeux bleus de l'homme masqué croisèrent ceux du brun et il y lut un sentiment d'inquiétude même s'il était difficile de comprendre à ce à quoi il pouvait bien penser l'individu à travers son masque.

« Stan, fumer est mauvais pour la santé.

- C'est pour me faire la morale sur ma santé que t'es venu ? Désolé de te dire ça, mais je sais que c'est mal. Tu n'as pas autre chose de mieux à faire ?

- Peut-être que si, mais pour ça je vais avoir besoin de ton aide.

- Quoi ? »

Le visage du héros se fit désespéré. Stan ne lui faciliterait décidément pas la tâche, surtout en réagissant de façon si imprévisible. Mysterion, car c'était bien lui, commençait sérieusement à se demander s'il avait fait le bon choix en décidant d'aller chez Stan. Sûrement Kyle aurait eut plus de réflexion que lui mais... ses yeux se posèrent sur le réveil. Ok, ce n'était peut-être pas le meilleur moment de la journée pour discuter de ce qu'il se qu'il comptait faire avec Stan comme allié. Il ne comprendrait sûrement pas, du moins pas tout de suite vu l'état de fatigue profonde dans lequel il était depuis maintenant plusieurs jours. Malgré tout le héros en avait marre d'abandonner tout ce qu'il entreprenait pour le remettre à plus tard. Alors, malgré la fatigue du brun, il se lança, reprenant sa voix exagérément grave pour être sûr que son ami ne le reconnaîtrait pas à travers le masque.

« Il me faut un allié pour se charger des recherches sur les criminels.

- Mais pourquoi moi ?

- Parce que tu sais garder les secrets et même mentir si c'est nécessaire.

- Mentir ? C'est hors de question, je ne le ferais pas pour quelqu'un dont j'ignore le nom et les motivations.

- Appelle-moi Mysterion, je compte devenir un symbole de la justice. »

Stan ne sut que dire. D'un certain point de vue, il pensait que ce type ne serait jamais pris au sérieux vu son costume, mais d'un autre côté il sentait la sincérité dans la voix du héros. C'est ce qui acheva de le décider, après un court instant de réflexion. Stan se rendait compte de ce à quoi cela l'engageait. S'il s'alliait avec la justice, il devait faire en sorte que l'on ne connaisse pas non plus son identité. Ça serait bête que sa famille ou lui-même soit en danger simplement pour faire pression sur Mysterion. Ça, ça ne lui plaisait déjà beaucoup moins. Après un nouveau soupir, Stan fixa de nouveau les yeux bleus de l'homme masqué.

« Tu te rends compte de ce que tu dis ? Ça m'engage à renoncer à plein de choses, ma tranquillité par exemple.

- Tu préfères laisser les criminels faire pour conserver ta petite vie tranquille ? »

Stan se rendit compte que ce qu'il venait de dire était égoïste. Un héros venait demander son aide et lui il ne trouvait rien de mieux à faire que de lui parler de petite vie tranquille. Si lui luttait déjà contre le crime il devait la regretter, sa petite vie tranquille. Pourtant, Stan regardait les infos tous les jours et il n'avait jamais entendu parler de lui. Mysterion... Il fixa de nouveau les yeux bleus du héros, essayant de se demander où il les avait déjà vus. Malheureusement, il ne réussit pas à percer le mystère. Et un de plus pour la pomme de Stan, un ! Il se souvint ensuite de ce que l'homme masqué attendait de lui et hésita encore un peu. Il pensa à Shelley qui... non, mauvais exemple, il se fichait de sa sœur vu qu'elle ne pensait qu'à le battre dès qu'elle venait leur rendre visite. Ses pensées allèrent à sa chère maman qui devait dormir paisiblement dans son lit, en compagnie de son père. Eux, ils semblaient pourtant capables de se défendre tous seuls. Le seul qui risquait vraiment quelque chose, c'était lui, Stanley Randall Marsh. Cette pensée lui fit remonter un frisson dans le dos mais il essaya de le contenir. Il se serait senti pathétique de trembler devant le héros qui lui avait mille meilleures raisons de trembler et qu'il ne le faisait pas. Il déglutit péniblement, ouvrit la bouche pour parler mais se ravisa, recommença sans succès avant d'enfin laisser échapper, dans un murmure :

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »


Rin sortait tout juste de la salle de bain. Cette fois, elle s'était levée plus tôt pour être sûre d'être sortie avant que quelqu'un d'autre ne la surprenne. Heureusement que Len était assez poli pour frapper avant d'entrer parce que sinon hier il aurait tout découvert. Comme pour se venger, se fut à son tour qu'elle frappa à la porte de la chambre de son jumeau, pensant qu'il dormait encore. Personne ne lui répondit, elle se permit donc d'ouvrir la porte et remarqua que le lit était vide. Le sourire qu'elle arborait s'effaça rapidement pour laisser place à du mécontentement. Où était-il passé encore cet imbécile ? Après l'avoir envoyée bouler hier soir à propos de Kenny, elle avait une terrible envie de le frapper. Et là, elle ne pensait pas qu'à la porte de sa chambre. Elle commençait à se demander où elle pourrait le chercher quand elle entendit le son de la télévision. Elle se rapprocha du salon mais s'arrêta juste devant la porte en remarquant que son frère regardait les infos. Son sang se glaça dans ses veines. Si elle avait encore eut un doute maintenant elle en était sûre, il fallait l'empêcher de regarder les infos. Pour sa sécurité.

- « ... troisième personne égorgée dans une ruelle sombre. Près du corps nous avons pu remarquer des traces de sang mais elles ne semblent pas appartenir à la victime. Les labos ont fait des recherches ADN sans parvenir à identifier les échantillons car deux types de sangs se sont mélangés. Cela confirmerait quelques doutes. Quelqu'un lutte contre le crime dans cette ville, même s'il serait arrivé trop tard pour sauver la victime. Citoyens de South Park, nous ne sommes plus seuls !... »

La télévision s'éteignit d'un seul coup et Len s'attendit à voir sa mère surgir dans son dos. Ce ne fut pourtant pas sa mère, c'était sa jumelle. Il lui sourit, espérant qu'elle au moins elle comprendrait qu'il avait besoin de s'informer sur le monde qui l'entourait mais ce qu'elle dit lui fit perdre le sourire.

« Len, faut vraiment que tu arrêtes de regarder ce genre de conneries.

- Ah non, pas toi aussi !

- Comment ça "moi aussi" ?

- Maman aussi elle ne veut pas que je regarde les informations, je suis plus un bébé je peux supporter les horreurs qu'ils disent !

- Va dire ça à maman, on va voir si après tu fais encore ton malin. A moins que tu ne préfères que je me charge de ta punition ? »

Len se mit à blêmir devant l'air sadique de sa sœur. Non, il n'en avait pas la moindre petite envie... Rapidement, le jeune blond se leva et s'éloigna, ne trouvant rien d'autre à dire. Autant, quand ils habitaient encore au Japon, ils étaient très proches mais là, Len sentait que c'était en train de changer. Malgré le fait qu'ils se connaissaient depuis leur naissance, Len commençait à avoir peur d'elle. Elle devenait de plus en plus bizarre au fur et à mesure qu'elle s'intégrait au monde américain. Ça faisait remonter des frissons dans le dos du blond. Il allait ouvrir la poignée de la porte quand sa jumelle le retint par le bras. Il ne l'avait même pas entendue s'approcher et il sentit la peur s'amplifier à son contact. Qu'est-ce qu'elle comptait lui faire ?

« Dis, Len, je pourrais voir le livre que tu lisais, hier soir ?

- Il... Il est pas à moi.

- Si tu savais comme je m'en fous ! »

Len se dégagea et se mit à courir jusque dans sa chambre, de plus en plus effrayé par l'attitude de Rin. Une fois à l'intérieur, il tourna le verrou pour bloquer la porte. Elle était vraiment en train de changer et Len comprit également qu'elle s'éloignait de plus en plus de lui. Il se mordait nerveusement la lèvre, s'attendant à ce qu'à tout moment elle se précipite sur sa porte et essaye de l'ouvrir. Il avait peur d'elle. Ses yeux azurs se posèrent sur le Necronomicon, ce dernier délicatement posé sur son bureau. C'était après le bouquin qu'elle en avait, il devait le rendre à Henrietta le plus vite possible. Pourtant, s'il avait pu, il l'aurait gardé encore un peu. Cette histoire de "nouveau prophète" l'intriguait quelque peu...


Une fois arrivé dans l'établissement scolaire, Len chercha la gothique d'hier des yeux. Il avait fait en sorte de s'éloigner de sa jumelle le plus possible et fut soulagé de constater qu'elle ne s'occupait plus aucunement de lui, trop contente de retrouver ses amies. Il ne put s'empêcher de lâcher un soupir de soulagement et finit enfin par retrouver la gothique. Elle fumait à l'intérieur, elle n'avait vraiment pas peur de se faire choper. Len s'assit rapidement à côté d'elle, profitant du fait que la cour ne soit pas encore noire de monde, sans quoi il n'aurait en aucun cas eut la force de rejoindre Henrietta. Elle leva ses yeux sombres vers lui et ils prirent une lueur intéressée qui fit plaisir à Len, bizarrement.

« Alors, qu'en as-tu pensé ?

- Je... je l'ai fini en une soirée ! J'adore les idéaux défendus dans ce bouquin !

- Je peux te le laisser quelques jours de plus si tu veux ?

- Ce n'est pas une bonne idée, ma sœur n'aime pas que j'ai ce genre de lectures...

- Tu te fies à ce que dit ta sœur ? »

Len blêmit une nouvelle fois en ce rappelant de la scène qu'elle lui avait fait ce matin. Ce n'était pas comme s'il pouvait s'opposer à un tel monstre, sa sœur lui semblait de moins en moins proche d'un être humain au niveau psychologique. Henrietta le laissa tranquille en comprenant finalement que sa sœur, dont elle ignorait jusqu'au physique, lui fichait une peur bleue. Elle reprit le bouquin avec un certain soulagement, elle avait presque eut peur que Len le déchire puisqu'au début il n'avait pas l'air si emballé que ça. Mais bon, recruter de nouveaux adeptes de Cthulhu faisait partie de son devoir de fidèle. Elle rangea le livre dans son sac, détournant quelques minutes le regard de son interlocuteur. Quand elle se redressa, la fin de la phrase qu'elle était en train de prononcer se perdit dans l'espace ambiant.

« Est-ce que toi aussi, cette histoire de "nouveau prophète" te... »

Le blondinet avait disparu et elle entendit un cri perçant traverser toute la cours. Elle se leva et couru rapidement vers celle-ci. Elle fut surprise de retrouver le même blond face à la nouvelle -Rin c'est ça ?- qui paraissait totalement effrayée. La gothique se demandait bien comment le blond avait fait pour se retrouver de l'autre côté de la cour en moins d'une seconde à peine. Henrietta s'assit sans bruits non loin de la scène. Peut-être que la nouvelle lui en dirait plus sur ce qu'il venait de se passer. Elle posa son regard sombre sur le blond, le trouvant soudain plus assuré que tout à l'heure quand elle lui parlait. Bon, peut-être aussi que c'était parce qu'il se trouvait face à une fille effrayée. Ouais, ça devait être ça. Pour Henrietta il n'y avait aucun doute quand à l'identité de l'individu. Elle écouta cependant ce qu'avait à dire la blonde, qui se trouva bien plus intéressant qu'elle ne l'espérait.

« M-Mais... Pourquoi tu es encore là ?!

- Je te signale que cet établissement est aussi le mien.

- Ne joue pas sur les mots Kenneth, je suis sûre que tu sais très bien ce que je veux dire !

- Non, je ne comprend pas... »

Un mauvais pressentiment venait de s'emparer du blondinet. Et si la jeune fille se rappelait de ce qu'il s'était passé hier, dans les toilettes ? Non, c'était impossible, personne ne se souvenait jamais de ce genre de choses alors pourquoi est-ce que cette fille..? Les yeux clairs de Kenny se fixèrent sur Cartman. Serait-ce lui qui l'avait prévenue ? Aussi loin qu'il se souvienne, Cartman était le seul au courant de sa malédiction. Il finit par se rendre compte que toute la classe s'était attroupée autour d'eux, sûrement attirés par l'étrange attitude de Rin. Il aperçut une fille qu'il avait déjà vaguement croisée de temps à autre, une gothique, qui le regardait avec de grands yeux écarquillés. Il avait déjà tenté de la draguer, mais ça n'avait pas fait long feu, les gothiques ne le tentait pas plus que ça et puis... c'était pas facile à draguer. Ça prenait du temps, tout ça juste pour se retrouver face à quelqu'un de dépressif qui ne pensait qu'à la Mort, tout ce que Kenny voulait à tout prix oublier. Il recentra son attention sur Rin quand cette dernière vint lui attraper le bras. Il la regarda faire d'un air interrogateur.

« Eh, tu fous quoi là ?

- Je vérifie que je suis pas tarée. Si tu es en vie alors que hier je t'ai vu mort, c'est qu'il y a quand même un problème tu ne crois pas ?

- Je suis mort ? Lança Kenny d'un air qu'il voulait convainquant. Mais non, si j'étais mort, je serais au cimetière !

- Dans ce cas, explique-moi pourquoi je t'ai vu mort hier, dans les toilettes ?

- C'est normal, lança une voix désagréable derrière Kenny, il peut pas mourir.

- Cartman, soupira le concerné, ta gueule ! »

Le gros garçon avait un sourire ravi sur le visage alors qu'il se rapprochait de la jeune blonde, lui chuchotant pas mal de choses à l'oreille. Rin, qui semblait effrayée tout à l'heure, reprit peu à peu des couleurs. Elle n'était pas seule et, en plus de ça, on ne pouvait halluciner à deux. Tout seul encore, c'était possible mais à deux c'était plus compliqué, surtout quand on était dans une école et que la rumeur de la mort de Kenny avait vite circulé hier. La blonde allait reprendre la parole quand la sonnerie la coupa. Elle fut obligée de se diriger vers l'entrée du bâtiment, Kenny essayant de l'éviter du mieux qu'il le put. Mais la blonde n'en avait pas fini avec lui et il le savait.

Attendant que les élèves des classes inférieures se soient éloignés, Henrietta attrapa son sac et essaya de trouver un endroit où elle était sûre de ne pas être dérangée. Dès qu'elle s'y trouva, elle composa un numéro et porta son téléphone à son oreille. Au bout de plusieurs sonneries, quelqu'un finit enfin par décrocher. Elle soupira de soulagement quand elle reconnu la voix. Ça faisait tellement longtemps qu'elle ne l'avait pas appelé qu'elle avait eut peur de faire un faux numéro.

« Allô ?

- Oui. C'est Henrietta Biggle.

- Hen' ? Je t'avais demandé de ne plus m'appeler, tu te rends compte que-

- C'est important, c'est à propos de Cthulhu.

- Il y a un problème ?

- Non, c'est mieux qu'un problème... »


Del était sur les nerfs. Depuis tout à l'heure, il tournait en rond dans son bureau sans savoir par quel bout prendre ce qu'il se passait. Il y a peu de temps, il avait gagné un allié de poids, mais il ne savait pas s'il pouvait vraiment lui faire confiance. Il ressortit le dossier des meurtres et le posa sur la table. Un troisième cadavre était venu s'ajouter à la liste des malheureux décédés. Mais s'ils finissaient tous comme l'avait prétendu son allié, il n'y avait plus rien à craindre de ce côté-là. Enfin, en espérant que... Un courant d'air venant de la fenêtre le fit se retourner vers cette dernière. Il afficha un sourire de circonstances avant de prononcer le nom de la personne qu'il pensait voir.

« Vous voilà enfin Gaïa ! J'ai plusieurs questions à vous poser, vous... vous n'êtes pas Gaïa.

- Effectivement, prononça Mysterion d'un ton froid. Qui est cette Gaïa ?

- Écoute gamin, je n'ai plus le temps de jouer avec toi. Tu dis que cette ville a besoin d'un héros ? Eh bien c'est fait alors tu n'a plus à te mêler des affaires de la police.

- Vous lui faites confiance ?

- Oui. Enfin, bien plus qu'à toi en tout cas.

- Pourquoi ?

- Parce que contrairement à toi, s'énerva le flic, Gaïa ne se balade pas avec un costume de clown et n'a pas hésité une seconde à nous montrer son visage.

- Dans ce cas, votre super-héros est vraiment très con. Il a mit ses proches en danger en révélant son identité à tous vos flics.

- Il n'y a que moi qui ai vu son visage. Et Gaïa n'a pas d'ordres à recevoir de votre part, son travail est bien meilleur que le votre ! Si vous suiviez les informations, vous saurez que c'est "notre" super-héros qui s'est battu contre l'égorgeur. »

Mysterion fronça les sourcils. Un égorgeur se baladait en ville ? Décidément, ne pas pouvoir regarder les informations lui jouait bien des tours. Mais ce flic venait de lui donner une information précieuse, maintenant il pourrait presque retourner voir Stan pour lui demander de rechercher les infos sur l'égorgeur. Le flic dut se rendre compte en le regardant qu'il avait dit une connerie car sa première réaction fut de s'insulter mentalement. Quel crétin, il venait de livrer une info de choix à ce prétendu "Mysterion". Soudain, une lueur inquiétante se mit à danser dans les yeux du héros, ce qui fit reculer Del de quelques pas. Qu'est-ce qui n'allait pas chez ce type ? S'il avait des preuves contre lui, il l'aurait sûrement mit en prison.

« Si j'arrive à vous ramener l'égorgeur avant Gaïa, m'accorderez-vous votre confiance ?

- Il faut voir, si vous vous montrez digne de protéger South Park je ne pourrais qu'avoir confiance en vous.

- Vous ne disiez pas ça tout à l'heure.

- Je sais... »

Del hésita un instant à révéler ses réelles motivations. Il ne pouvait décidément faire confiance à personne et se confier à quelqu'un qu'il ne prenait pas au sérieux serait du suicide. Pourtant, il devait se rendre à l'évidence, il en avait trop dit devant ce garçon qui se prenait pour Batman. Il échangea un nouveau regard avec lui avant de soupirer. Il n'avait plus le choix à présent, il ne voulait pas risquer que Gaïa apprenne que les services de police ne lui faisait pas totalement confiance. La seule chose qui empêcherait Mysterion de lui en parler serait de les mettre en concurrence. Il hésita encore quelques secondes avant de se lancer.

« Le problème c'est que les services de polices ne font pas vraiment confiance à Gaïa, mais il faut pas que ça se sache. Malheureusement nous ne pouvons envoyer un espion surveiller tous ses faits et gestes. Ça va vous paraître sûrement très bête mais, comme je sais maintenant que vous êtes en concurrence sur la même affaire, vous allez être amenés à vous croiser plusieurs fois.

- Je ne vois pas le rapport avec moi.

- En fait, je me demandais si vous ne pouviez pas surveiller Gaïa pour nous.

- Hein ?!

- Rien de méchant si ça peut te rassurer, il s'agira juste de gagner sa confiance et, pourquoi pas, faire équipe avec Gaïa pour s'assurer que... bref, comme ça tu auras la police avec toi et tu pourras vraiment dire que tu t'es mis au service de la justice.

- Je n'ai pas d'intérêt à faire une chose aussi lâche. Si c'est ça votre justice, vous pouvez vous la foutre au cul ! »

Le flic commença à sortir son arme et la pointa vers Mysterion. Il réalisa soudain ce qu'il était en train de faire et voulut baisser son flingue. Malheureusement, l'habitude l'en empêchait, mais également autre chose. Maintenant, le héros en savait trop. S'il allait tout raconter à Gaïa, le policier ne pourrait plus jamais compter sur personne. Il s'arma donc de patience et releva le chien de son arme, visant toujours Mysterion avec détermination.

« Je suis désolé petit, mais tu en sais trop. Si tu comptes tout raconter à Gaïa, tu ne me laisses pas d'autre choix que de te tuer.

- Eh bien allez-y, ne vous gênez pas, tirez si c'est ce que vous pensez juste. Mais vous ne vaudrez pas mieux que les criminels que vous arrêtez tous les jours. Vous serez un meurtrier, comme eux.

- C-Comment peux-tu dire une telle..? Commença Del, soudain déstabilisé par sa détermination.

- Je ne vous ai jamais menacé d'aucune manière que ce soit, vous risquez de tuer un innocent en appuyant sur cette gâchette.

- N-Non, se crispa le flic, tu te réfugies derrière de beaux discours car tu ne veux pas mourir. Un héros donnerait sa vie pour la ville, toi tu es encore trop couard pour le faire, tes paroles le montrent bien. »

Mysterion s'avança vers le policier et lui fit pointer le pistolet sur sa tempe. Dans les yeux du héros pouvait se lire une détermination qui fit trembler Del. Il n'en fallut pas plus au policier pour comprendre que l'homme masqué n'avait pas peur de mourir, il se devait de reconnaître ses torts. Il allait baisser son arme quand une voix féminine se fit entendre derrière eux, elle avait l'air amusée.

« Eh bien eh bien, j'ai déjà un concurrent ? »

Les deux hommes se retournèrent de concert, visiblement pris au dépourvu. Sur la fenêtre se trouvait assise une jeune fille dont le visage était couvert d'un loup violet/bleu cachant visiblement son identité. Mysterion frissonna en voyant qu'elle avait les jambes presque entièrement découvertes mais il eut vite fait de remarquer son petit pantalon bouffant qui cachait sa culotte. Bon, si lui on le comparait à Batman, cette fille ne ressemblait en aucun cas à Catwoman avec son t-shirt bouffant qui ne mettait aucunement ses formes en valeur. Enfin, en admettant qu'elle en ai, justement, des formes. Le dernier détail qui frappa le héros fut ses longs cheveux platine qui s'agitaient au vent. Une vieille ? On aurait pas dit, avec son corps mince et encore juvénile. La jeune fille surpris le regard de Mysterion sur elle et elle ne se priva pas pour le foudroyer du regard. Elle s'adressa directement au sergent.

« Je ne vous pensais pas si puéril M. Delaun, lever votre arme face à un inconscient de son genre...

- Inconscient ?! S'emporta Mysterion.

- Oh, mais c'est qu'il perd vite son sang-froid le petit, quel dommage !

- Gaïa, intervint le sergent, ça suffit maintenant ! Nous avons mieux à faire que de nous quereller pour si peu. »

Mysterion grinça des dents, ce n'était pas lui qui était en faute mais bel et bien cette fille qui... Une seconde, le sergent Delaun venait bien de l'appeler Gaïa à l'instant ? Le garçon l'observa de nouveau et songea que niveau costume elle ne valait pas mieux que lui. Alors c'était elle la fameuse Gaïa dont le sergent n'arrêtait pas de lui rabattre les oreilles depuis tout à l'heure ? Elle n'avait pas l'air digne de confiance, en effet, et puis on ne pouvait pas se fier à quelqu'un d'aussi provocant dans ses paroles, cette fille n'avait vraiment peur de rien en se frottant comme ça à Mysterion. Gaïa finit par descendre de la fenêtre et se déplaça vers le placard à dossiers sans que Del ne fasse le moindre geste pour l'arrêter. Si ça avait été le garçon qui avait fait ce geste, nul doute que le flic lui aurait tiré dessus. Mysterion se sentit de plus en plus exaspéré mais il ne dit rien.

« Si je suis revenue c'est pour vous demander de l'aide de la part de vos hommes, commença-t-elle d'une voix assurée. Il se trouve qu'une secte s'est rassemblée il y a peu de temps par ici et, si j'ai bien compris, il est question d'une cérémonie d'importance visant à la résurrection de leur dieu vénéré.

- Une secte ? Continua Del. Quel est le rapport avec nous ?

- Ce n'est pas à la police de s'occuper de ce genre de choses ?
Ce n'est pas grave, soupira-t-elle au bout de quelques minutes, je passais juste vous délivrer l'info, après je me démerde. Au revoir sergent et... comment s'appelle ce clown en fait ?

- Je suis pas un clown, déclara le héros d'un ton froid. Mon nom est Mysterion.

- Mysterion ? Pas très original, ça ressemble au méchant dans Spiderman. »

Le héros se força à ne pas répliquer, se recomposant le masque froid et impénétrable qu'il s'était entraîné à former jusque là, quand il était face à lui-même dans le miroir de sa salle de bain délabrée. Il n'eurent pas à la supporter longtemps car, après un dernier au revoir, elle sauta de la fenêtre comme l'avait fait Mysterion la fois dernière. Dès qu'elle eut disparu, le héros se tourna vers le sergent de police, le regard sombre.

« Je comprend que vous ne lui fassiez pas confiance, elle a un grain.

- Peut-être. Si tu permets, il me reste un tas de choses à faire gamin alors si tu pouvais-

- Je vais vous aider. »


Len soupira de soulagement dès qu'il remarqua que la journée était enfin terminée. Il n'avait pas bien compris ce qu'il s'était passé tout à l'heure. Il parlait avec Henrietta quand quelqu'un l'avait tiré par le bras pour l'amener dans un coin tranquille. C'était une fille dont les joues avaient une drôle de teinte écarlate à en juger par le fait que la couleur de son visage s'accordait facilement celle de sa cravate. Cette fille l'avait prit pour Kenny McCormick et elle lui avait fait une déclaration d'amour enflammée qui avait beaucoup surpris le blond. Sa ressemblance avec le pauvre lui semblait un peu trop importante à son goût. Non pas que ça lui déplaisait, seulement il avait moins l'impression d'être unique. D'ordinaire il était le seul garçon blond mais là... Là il n'était pas tout seul et il avait bien dut le remarquer avec des gens comme Pip ou Tweek. Mais le pire restait Kenny, tout ça parce que leur ressemblance était frappante, à la limite s'ils arrivaient à les différencier. Ça avait souvent été le cas d'ailleurs. Une main se posa sur son épaule et, par réflexe, il se tourna vivement vers la personne, d'un air apeuré. Il s'attendait à ce que se soit Rin qui le menace de nouveau, mais quand il croisa le regard sombre d'Henrietta, il lâcha un soupir de soulagement. Elle eut un petit rire nerveux, comme si elle ne s'attendait pas à ce genre de réaction.

« Je t'ai fais peur ? »

Len préféra ne pas répondre. En la regardant, il se demanda si elle aussi ne le prenait pas pour Kenny. Peut-être valait-il mieux éclaircir les choses tout de suite s'il comptait avoir une relation plus poussée avec elle et qu'elle puisse l'appeler par son vrai prénom. Après, elle ne paraissait pas si bête, elle avait sûrement remarqué qu'il se s'agissait pas de la même personne. Il allait lui révéler son identité mais Henrietta le devança avec un joli sourire.

« Dis, je peux te raccompagner chez toi ? »

Le blondinet regarda autour de lui, vérifiant que sa soeur ne soit pas encore là. Ça aurait été bête de gâcher un tel moment d'intimité. Il se rendit compte qu'Henrietta et lui étaient les seuls qui étaient encore au lycée. Il faut dire qu'à force de discuter alors que les autres étaient pressés de rentrer chez eux, c'était tout à fait logique. Len observa le ciel d'un air inquiet, la nuit commençait à tomber. Il se tourna de nouveau vers la gothique qui venait d'allumer une clope.

« Tu es sûre ? Il va faire nuit quand tu rentreras chez toi.

- Tu habites si loin que ça du lycée ?

- Non, pas vraiment.

- Et puis, dans le pire des cas, je suis un oiseau de nuit alors l'obscurité ne me fait pas peur !

- Et l'égorgeur ?

- On va passer par Mogan Street ?

- J'habite pas loin...

- Tant pis, soupira-t-elle après avoir lâché une longue volute de fumée, j'aviserais si je le croise. Il ne me fait pas peur, mourir est bien plus doux que la souffrance de la vie. Tu permets ? Il faut que j'envoie un SMS pour prévenir mes parents.

- Oh euuh... Oui oui. »

Il la regarda faire sans se poser plus de questions. Quand elle eut fini d'envoyer son SMS, Len entrepris une marche assez rapide en voyant la lumière du jour décroître un peu plus chaque minutes. Contrairement à Henrietta, Len n'aimait pas vraiment l'obscurité. Ça lui rappelait tellement de mauvais souvenirs... La gothique fumait sa cigarette sans dire un mot, comme si elle était perdue dans de sombres pensées que seuls les gothiques peuvent avoir et Len n'osait pas engager la conversation. Le trajet lui parut se finir trop vite quand il arriva enfin non loin de Mogan Street. Il se tourna vers Henrietta pour se préparer à lui dire « au revoir » avant de rentrer chez lui quand la gothique écrasa sa cigarette et se jeta sur lui. Len ne put retenir un cri d'horreur, ne comprenant pas ce qu'il se passait. Il essaya de se débattre sans succès. La gothique avait de la force dans les bras, comme si elle faisait de la boxe ou de la musculation. Len déglutit péniblement.

« Q-qu'est-ce que tu vas me faire ?

- Moi ? Rien. Mais eux oui ! Ajouta-t-elle d'un signe de tête vers le bout de la ruelle. »

Des ombres jusqu'ici dissimulées par les murs s'avancèrent vers eux. Plusieurs personnes félicitèrent la gothique et, dès qu'elle lâcha enfin Len, elle alla se ranger à côté des autres. Le blond voulut en profiter pour s'enfuir, mais il se fit assommer sans avoir le temps d'esquisser le moindre geste. Alors qu'il perdait conscience, son regard affolé se fixa sur Henrietta. Il ne comprenait pas pourquoi elle avait fait ça. Elle lui avait tendu un piège et lui, comme un abruti, il ne s'en était même pas aperçu. Il se sentait pitoyable. Petit à petit, ses paupières se fermèrent sans qu'il puisse exercer le moindre contrôle dessus. Puis, ce fut le noir.