Ce chapitre contient une scène de torture.
C'est la première scène de ce genre que je décris alors elle n'est peut-être pas très terrible mais je compte sur vous pour m'aider à l'améliorer, si vous avez des remarques à faire ^^
Sur ce bonne lecture à vous tous et joyeuses fêtes !


~IV~

Quand Len se réveilla, il eut du mal à savoir où il était. Il faut dire qu'il faisait vraiment très sombre et ses yeux mirent du temps à s'habituer à l'obscurité. Il essaya de bouger, mais un tintement métallique le glaça d'effrois. Il était enchaîné au mur par de longues chaînes d'acier. Comme dans les films, sauf que pour lui ça n'avait vraiment rien de plaisant. Il essaya de nouveau de bouger, ses chevilles cette fois, mais le même tintement métallique acheva de le décourager. Il ne pouvait pas s'enfuir, il le savait. Ses yeux commencèrent à s'habituer à l'obscurité et ce qu'il vit le terrifia. Il ne put retenir un nouveau cri de terreur. Il n'aurait pas dut chercher à savoir. Il avait la gorge sèche, mais malgré tout ça ne l'empêcha pas de hurler.

« AU SECOURS ! C'EST UNE ERREUR JE VOUS LE JURE ! DÉTACHEZ-MOI ! »

Seul le silence lui répondit et le jeune blond commença à désespérer. Il allait crever comme un chien dans cette cellule humide sans avoir la moindre petite idée de pourquoi il était ici. Il baissa les yeux et put enfin apercevoir ses chaînes. Il grimaça en voyant qu'elles avaient commencé à entamer la chaire tendre de ses chevilles. Il n'avait plus d'échappatoire et tous les instruments de torture fichés aux murs lui nouait les entrailles. Il y en avait même certaines dont il ignorait totalement l'existence avant de jeter un regard hasardeux vers elles. Leur seule vue le fit frissonner et il se décida à refermer les yeux. Si seulement il pouvait revenir en arrière... Ce qui était sûr, c'est qu'il ne se serait pas laissé avoir comme un débutant par Henrietta.

Tiens, en parlant de la gothique, pourquoi lui avait-elle fait ça ? Elle n'avait pourtant aucune raison valable de lui en vouloir pour un quelconque agissement de sa part. Au contraire, elle semblait même plutôt heureuse que Len s'intéresse au culte de Cthulhu quelques heures plus tôt. Étais-ce bien quelques heures d'ailleurs ? Len ne savait pas du tout combien de temps il était resté dans les vapes, mais au moins suffisamment pour qu'il soit transporté jusqu'ici et entravé par des chaînes métalliques. Len allait recommencer à appeler, avec l'énergie du désespoir, quand la porte s'ouvrit en grand, rependant une grande quantité de lumière dans la pièce sombre. Le blond fut obligé de cligner des yeux pour essayer de voir les silhouettes menaçantes qui se dressaient devant lui.

Au début, il ne reconnut personne. Les formes étaient à contre-jour et, avec ses yeux explosés, il n'y voyait pas grand-chose. Puis, vint le moment où l'une des silhouettes se mit à parler. Len reconnut tout de suite cette voix féminine et un peu enrouée à cause de l'effet de la cigarette. Henrietta. Il fut soudain saisit d'un espoir d'être libéré, mais cela ne dura pas quand il comprit ce qu'elle disait.

« Ne lui fait pas trop de mal, d'accord ?

- Je vais faire ce que je peux, entonna une voix grave d'un air assez sinistre. »

Len, apeuré, remarqua le fouet que la personne tenait dans sa main. Il voulu de nouveau se débattre et, même s'il savait qu'il n'avait aucune chance de se sauver, il continua de se tortiller désespérément. C'était nerveux. Ses yeux clairs renvoyaient un éclat de frayeur alors que le type se rapprochait de lui. Il chercha Henrietta du regard, mais la gothique était déjà partie depuis un moment maintenant. Elle ne voulait pas assister à la scène de torture. Bien qu'elle soit gothique, ça ne voulait pas dire qu'elle avait des penchants sadiques. Le premier coup de fouet retentit et Henrietta se boucha les oreilles pour ne pas entendre les cris déchirants de Len. Ses larmes se mirent à couler. C'était pire de ne pas entendre car ce qu'elle imaginait était dix fois pire. Mais, si torturer son ami était nécessaire pour le culte, elle se devait de ne pas intervenir. C'est ainsi qu'elle partit une courant du bâtiment, les joues toujours noyées de larmes. Elle remarqua à peine qu'elle était suivie et, malheureusement pour elle, elle s'en aperçut trop tard, quand la lourde massue d'un flic s'abattit sur sa nuque.


Rin rentrait tout juste chez elle. Elle avait laissé son jumeau tout seul en ayant vu qu'il discutait avec une fille. Maintenant, elle traînait dans les rues désertes pour espérer tomber sur lui. Il faisait nuit à présent, et dire qu'elle ne trépignait d'impatience de savoir qui était cette fille serait mentir. Pour une fois qu'il se concentrait sur autre chose que de la suivre partout comme s'il était un petit chien, Rin saluait son initiative. Non pas qu'elle n'aimait pas son frère, mais des fois elle le trouvait tellement collant ! Elle n'avait pas toujours envie de l'avoir dans les pattes, notamment quand elle voulait parler de trucs de filles avec d'autres filles. Seulement des filles. Malheureusement, son frère était tout sauf une fille. Elle avait apprécié les efforts qu'il avait fait depuis son arrivée en Amérique pour se démarquer un peu, elle pouvait même dire qu'elle en était fière. Pourtant, de son point de vue, ce n'était pas encore assez !

C'était là qu'intervenait la jeune fille qu'elle avait vue traîner avec son frère. D'ordinaire elle n'aimait pas trop les gothiques, mais elle pensait qu'elle allait finir par s'y faire puisque leurs longs regards langoureux la mettait mal à l'aise. Petit cachottier, et dire qu'il soutenait mordicus qu'il n'avait personne en vue pour le moment ! Poussant un long soupir, elle se décida enfin à pousser la porte de chez elle et elle s'écroula sur le canapé. C'était le week-end, et elle comptait bien en profiter pour oublier un peu ce changement de climat. Bon, il lui restait tout de même pas mal de choses à faire, mais elle avait le temps. Elle n'avait pas à agir tout de suite.

Sa mère passa non loin d'elle, la voyant en position de « Baleine Échouée », et elle se mit à rire. Rin n'y fit cependant pas réellement attention. Du moins, pas tout de suite. Elle était concentrée sur autre chose. Un des seuls obstacles à sa montée dans la hiérarchie des écoles. Elle voulait devenir déléguée, mais cela lui semblait pour l'instant impossible. Les délégués avaient déjà été élus, et il s'agissait de Wendy et Kyle. Wendy serait facile à évincer, mais pas Kyle. Même s'il était destitué de ses fonctions de délégué, il lui poserait encore plus de problèmes avec ses notes anormalement élevées. Il restait par conséquent le problème numéro 1 et elle devait tout faire pour le doubler, ou alors l'empêcher de la doubler pour de bon. Mais comment pouvait-elle réussir son coup ?

Un sourire sadique commença à s'étirer sur ses lèvres. Oui, elle venait de trouver un truc implacable. Contre ça, Kyle ne pourrait pas lutter bien longtemps...


Le fouet claqua une fois par terre et Len ne put retenir un cri de terreur. Les nerfs le forcèrent de nouveau à se débattre même s'il savait qu'il n'arriverait à rien sinon se faire mal. L'homme s'approcha encore plus du blond et ce dernier décida de ne plus bouger. Ça lui causait plus de douleurs qu'autre chose et il ne pourrait pas traverser les menottes à moins d'être un fantôme... Alors que Len commençait à se faire au sort qui l'attendait, une voix qu'il connaissait retentit dans tout le couloir, autoritaire. Il fronça les sourcils, incapable de mettre un visage dessus. Pourtant, il aurait bien aimé appeler la personne par son prénom, histoire de lui demander de l'aide. La phrase prononcé par l'individu lui coupa toute envie de fuir.

« Je vais m'en charger Will, je suis persuadé que tu as mieux à faire.

- Mais...

- Pas de mais ! Bandez-lui les yeux, j'ai aucune envie qu'il sache qui je suis. »

Lui bander les yeux ? Il en était hors de question ! Dès que le type commença à s'approcher de lui, il tourna la tête dans tous les sens pour éviter qu'il arrive à nouer le bandeau correctement. Ça énervait clairement le fameux Will, tant et si bien qu'il finit par le frapper. Len, qui ne s'attendait pas à temps de violences de la part de son agresseur, eut un petit moment d'absence. C'était tout à fait légitime, mais Will en profita pour lui nouer correctement le bandeau à la nuque. Il le serra même un peu trop puisque la douleur fit reprendre conscience à Len. Puis, la même voix gutturale que tout à l'heure se fit entendre. Elle était désagréable, mais Len se forçait à se concentrer sur elle pour essayer de la reconnaître.

« Serre pas trop fort, après il arrivera plus à se rendre compte qu'on lui donne des coups de fouet !

- C'est vraiment nécessaire de le torturer ? Avait demandé une autre personne qui n'avait pas parlé jusqu'à présent.

- Évidement ! Railla Will. Plus il y aura de sang, plus Cthulhu sera content. »

Len tressailli. Même avec les yeux bandés, il n'était pas passé à côté de l'information. Ils avaient prononcé le nom de Cthulhu. C'était le dieu du culte noir d'Henrietta, celui qui figurait dans le livre qu'elle lui avait demandé de lire. Le livre qu'il avait adoré et qu'il lui avait rendu le lendemain à cause de sa sœur. Comment elle avait pu lui faire ça ? Il lui avait fait confiance, pourquoi est-ce qu'elle l'avait conduit dans un tel endroit ? Il n'avait aucune envie de souffrir, il... Et si tout cela faisait partie du rite initiatique pour entrer dans le culte ? Après tout, il y en avait dans toutes les religions alors pourquoi pas dans celle-ci ? Il prit une grande inspiration, ne prenant pas le temps de réfléchir à ce qu'il allait dire. De toute manière, les mots sortirent tout seuls.

« Écoutez, je ne sais pas encore si j'ai envie de vénérer Cthulhu. Henrietta m'en a parlé et c'est vrai que l'idéologie m'a plut, mais ça ne veut pas pour autant dire que je veux intégrer votre culte ! Laissez-moi le temps d'y réfléchir.

- Qu'est-ce qu'il raconte ?

- Ce n'est pas pour ça que vous m'avez enchaîné ici ? »

Tous les fidèles présents dans la salle se mirent à rire et soudain, Len se rendit compte qu'ils étaient bien plus de trois. Même s'il avait réussi à se libérer de ses chaînes, il ne serait sûrement pas allé bien loin. Le blond sentit le désespoir s'emparer de lui. Il était fichu. La seule voix qu'il connaissait dans cette masse n'avait pas de nom, elle refusait de lui montrer son visage et, en prime, elle ne voulait que le torturer. Henrietta était là au début, mais Len était persuadé qu'elle était partie à présent. Elle le laissait tout seul dans un monde inconnu pour lui. Un monde où il risquait seulement de trouver du désespoir et de la souffrance. Le bandeau trop serré devint tout d'un coup humide. Il était en train de pleurer sans pouvoir s'arrêter, mais il pleurait en silence. Il attendait sa sentence avec courage, même s'il avait conscience qu'il ne tiendrait pas longtemps. Il savait que, s'ils lui posait des questions, il répondrait tout ce qu'il savait, et ce pour échapper à une douleur encore plus atroce. Le premier coup de fouet claqua contre le dos nu du blond et la douleur fut telle que Len ne put s'empêcher de hurler. Les fidèles applaudirent et le blond se rendit compte avec horreur que ce qu'ils cherchaient n'était pas des réponses, mais bien à le torturer jusqu'au bout. Len se mordit la lèvre jusqu'au sang au coup de fouet suivant. Il avait honte, il se sentait tellement mal...

Les plaies de son dos s'accumulant inévitablement, Len avait cessé de lutter. Chaque coup lui causait une douleur bien supérieure maintenant que la chair de son dos était à vif. Quand allaient-ils enfin arrêter ? Il ne savait toujours pas pourquoi on lui infligeait ce supplice, et il n'avait toujours pas envie de le savoir. Il avait mal, il souffrait, tout ça sans savoir ce qu'il se passait réellement dans la tête de ses agresseurs. Être privé de la vue l'handicapait aussi grandement car il ne supportait pas ce noir. Ça l'empêchait de se concentrer sur autre chose que la douleur. Sans crier gare, celui qui semblait être le chef fit arrêter le fouet par sa voix autoritaire. Il proposa ensuite aux autres s'ils voulaient essayer. S'ils voulaient participer à la création du nouveau prophète. Aussi épuisé que fut Len, il saisit le mot prophète. Tout était de plus en plus obscur dans sa tête, et le dernier coup de fouet acheva ce qu'il avait commencé. La douleur était si forte que le blond sombra dans l'inconscience. Il ne savait pas s'ils continuaient à le frapper, mais il ne voulait pas savoir. Il accueillit l'évanouissement comme une délivrance.


Quand Henrietta ouvrit les yeux, c'est avec panique qu'elle se retrouva face au Sergent Delaun qui la dévisageait d'un air grave. Elle essaya de bouger les mains mais se rendit compte qu'on lui avait passé les menottes. Son regard devint apeuré et elle se mit à trembler légèrement. Ils n'avaient aucune raison de lui passer les menottes, aucune sinon celle du culte qui pouvait gêner les flics pour une raison ou une autre. Peut-être pensaient-ils qu'il s'agissait d'une secte ? Dans le fond, ils n'auraient pas vraiment tort, vu la petite hiérarchie qui s'était instaurée entre les adorateurs et les Grands Anciens qui pensaient détenir le savoir absolu. Ça c'était bien un truc qui l'avait répugnée quand elle avait adhéré au culte. Oui, elle avait des idéaux anarchiques et ne supportait pas que l'on essaye de la faire plier à des règles bien précises. Ils se comportaient tous comme des petites putes conformistes de merde.

Mais là, Henrietta était loin de ce genre de pensées. Pour l'instant, elle cherchait juste un moyen de filer rapidement entre les griffes des flics avant qu'ils n'essayent de se montrer trop curieux à son égard. Elle sentait qu'elle allait détester ça. Pourtant, le regard insistant du Sergent ne la quittait pas des yeux. Bizarrement, la lueur qui brillait à l'intérieur lui disait quelque chose. Quelque chose qui lui donnait envie de pleurer. Ou de vomir, au choix. Mais en tout cas, c'est celle lueur-là qui la décida à parler d'elle-même, avant que le flic ne pose la moindre question.

« M'sieur l'agent, il faut que vous me suiviez. Il se passe quelque chose de grave, ils sont en train de torturer un innocent !

- On se calme jeune fille ! Coupa le flic. Qui me dit que tu n'essayes pas de me tendre un piège ? »

La jeune fille, ne sachant pas comment montrer la véracité de ses propos, ne pus s'empêcher de trouver que la société était vraiment mal foutue. Puis, elle se fit la réflexion que, vu qu'elle était un putain d'otage, quoi qu'elle essaye de faire ils n'allaient pas lui tirer dessus. Donc elle se releva rapidement malgré ses poignets entravés et se mit à courir, bousculant tous ceux qui se mettaient sur son chemin. Personne ne voudrait voir l'otage s'échapper et, si elle arrivait à courir assez longtemps pour arriver jusqu'à l'autel sacrificiel, elle aurait montré le chemin aux flics sans être traitée de traîtresse. C'était bien la meilleure idée qu'elle ai jamais eu.


Gaïa arriva près de la statue. Profitant du jet de lumière de la porte pour regarder sa montre, elle sourit dans l'obscurité. Elle avait bien fait d'en parler aux flics, elle entendait déjà leurs bruits de pas dans le couloir. Grâce à eux, elle allait pouvoir prendre ce qu'elle voulait sans être vue. Elle se laissa glisser jusqu'au bout de bois sculpté représentant le dieu démoniaque et fut surprise d'entendre un gémissement de douleur. La jeune fille se figea sur place. La salle n'était pas vide comme elle l'avait cru tout à l'heure.

Que faire ?

Un nouveau gémissement la décida. Cette personne ne pourrait pas l'empêcher de faire grand chose, elle avait l'air mal en point. Elle fit un autre pas vers la statue et étouffa un cri d'horreur en apercevant ce qu'elle cru être un garçon de son âge cloué aux paumes et aux chevilles à un espèce d'autel de sacrifice. Le sang coulait abondamment de ses nombreuses plaies, sûrement causées par un fouet ou autre moyen de torture peu commun à notre époque. Sauf pour les couple SM. Mais là ça n'avait pas du tout l'air d'être le cas. Gaïa détourna le regard, de peur de vomir son petit déjeuner.

« Mon dieu, gémit-elle, mais quelles genres d'horreurs ils t'on fait subir ! »

Elle se força à le fixer de nouveau, se concentrant sur son visage qui semblait être la partie de son corps la moins meurtrie. Le garçon ouvrit les yeux en entendant la voix de la jeune fille. Il fut surpris de la voir, elle n'avait pas la même tenue sombre que les membres du culte et un masque couvrait une grande partie de son visage comme si elle voulait le dissimuler. Une voleuse ? Sûrement, mais elle paraissait trop fragile pour rester ici. Les fidèles risquaient de revenir d'une minute à l'autre quand ils se seraient occupés des flics. Il lui murmura de fuir, d'une toute petite voix. La jeune fille le fixa avec de grands yeux surpris.

« Kenny ? »

L'écho résonna dans toute la pièce et cela exaspéra quelque peu Len. Elle n'allait pas s'y mettre elle aussi ! La douleur renforçait sa colère, même si elle n'était pas très profonde. Quoique... Le garçon s'était persuadé depuis longtemps que s'il était ici c'était à cause d'un malentendu. Un malentendu dut à son apparence. Il allait lui dire le fond de sa pensée quand son estomac se tordit, lui arrachant un cri de souffrance. Une gerbe de sang s'échappa de sa bouche, écarlate et épaisse. Elle s'étala sur le sol en un plic-ploc douloureux. Il se demandait bien comment il faisait pour être encore en vie avec tout le sang qu'il avait perdu. Il se sentait vraiment trop faible, la mort n'allait pas tarder à venir le cueillir. Le plus tôt serait d'ailleurs le mieux... Il fixa de nouveau ses prunelles azurs dans celle de l'héroïne et prononça d'une voix faible et remplie de supplications.

« Tue-moi. »

Gaïa était troublée, elle ne fit pas le moindre geste. Elle n'arrivait pas à parler, tout ça à cause de l'horreur de ce qui se déroulait devant les yeux. Le garçon venait de cracher du sang. Les paroles du blond l'avait également touchée. Choquée même. Comment un être humain pouvait-il vouloir la mort ? Même dans un tel état, c'était impossible de désirer la mort, du moins c'était l'avis de l'adolescente. Ses poings se serrèrent, elle lutta contre les larmes qui risquaient à tout moment d'inonder ses yeux et de se mélanger au sang de la victime. Elle se ressaisit et se mit à hurler, à présent remontée à bloc.

« Mais tu vas pas bien où quoi ?! Je suis pas une meurtrière et, tant que tu n'es pas mort, je... »

Le regard de la jeune fille se porta sur l'objet tant convoité : Le Necronomicon. Elle pouvait encore le prendre et se casser en vitesse avant que ces adorateurs de magie noire ne viennent compromettre son plan. Ses yeux croisèrent de nouveau ceux du blond et elle se sentit prise d'un affreux remord quand elle se rendit compte qu'elle avait été prête à l'abandonner. Pourtant, elle ne pouvait pas laisser Kenny souffrir seul ici. Après une seconde d'hésitation, elle prit le Necronomicon et le rangea dans sa sacoche sous le regard curieux de Len. Enfin, curieux, pas tant que ça. Ça ressemblait plus à un regard mort teinté d'un peu d'amusement. Alors c'était uniquement pour ça qu'elle était venue ? Elle aurait pu le demander à Henrietta, se serait revenu au même.

Elle sortit un marteau de sa poche de pantalon et le blond frissonna. Elle comptait faire quoi là ?! Elle voulait profiter de sa souffrance pour le faire souffrir d'avantage ? Ou alors elle voulait l'empêcher de parler en le défigurant ? La peur qui avait disparut revint avec force dans l'esprit de Len et, au fur et à mesure qu'elle s'approchait de lui, le blond essayait de se coller de plus en plus à la table dans l'espoir de la traverser. Malheureusement, ce n'était pas prêt d'arriver. Les yeux des deux adolescents se croisèrent brièvement et la jeune fille fut surprise d'y lire de la peur. Il se tortillait dans tous les sens comme s'il voulait échapper à un adversaire terrible, malgré son état évident de faiblesse.

« Arrête de bouger, tu vas te faire du mal pour rien ! »

Len l'aurait bien écoutée mais la vision de ce marteau ne faisait qu'augmenter sa peur apparente. Gaïa ne remarqua pas le regard que le blond dardait sur le marteau, trop concentrée sur la paume droite du garçon. Elle allait commencer par là. Elle lui offrit un sourire plein de douceur sans remarquer son état de frayeur.

« T'en fait pas Kenny, c'est bientôt fini ! »

Dans un ultime effort, Len essaya de lui dire qu'il n'était pas Kenny mais ses paroles ne sortirent pas, remplacées par une nouvelle rivière de sang qui tâcha l'héroïne. Elle ne put réprimer une grimace mais, prenant son courage à deux mains, elle tourna le marteau et tira sur le clou enfoncé dans la main du garçon. Len se mit à hurler en sentant la douleur que ça lui procurait. Il commençait à voir des étoiles danser devant ses yeux. Il se sentait pitoyable, il s'était fait entuber par une fille et une autre venait le sauver. C'était presque à le dégoûter des filles. Peut-être qu'à la fin de cette histoire il penserait à se reconvertir... Ainsi, on ne le confondrait plus jamais avec Kenny, puisque lui semblait à 100% bisexuel. Combien de litres de sang avait-il perdu au juste ? Sûrement trop pour pouvoir encore marcher normalement et de toute façon, avec ses bras et ses pieds meurtris, il n'irait pas très loin tout seul. Il ne connaissait pas la fille qui était en train de l'aider, mais il doutait qu'elle ai assez de force pour le porter sur son dos. Elle allait sûrement l'abandonner dès qu'elle verrait qu'il était retombé dans les vapes comme une vraie fillette. Il eut un petit rictus qui lui permit de penser à autre chose qu'à la douleur. Oui, voilà, depuis le début il s'était toujours comporté comme une putain de gonzesse. Mais il était un mec, merde ! Il était temps qu'il se réveille !

Les étoiles tournaient encore devant les yeux du blond quand Gaïa vit que le garçon essayait de se relever. Elle essaya tant bien que mal de l'en empêcher, sachant qu'elle ne lui avait encore retiré qu'un seul clou sur les quatre qui l'entravait. La vision du pied gauche du blond se tordant et se déchirant dans tous les sens pour échapper au clou ne fit que renforcer la nausée de la jeune fille. Le sang coulait avec de plus en plus de force et de blond prenait une pâleur cadavérique. Elle ne savait plus comment gérer la situation. C'était facile de se proclamer super-héros, mais l'être était carrément une autre paire de manche. En soupirant, elle le força à rester allongé sur la table, mais ça n'avait pas l'air de suffire car il recommençait cinq minutes après, l'empêchant de se concentrer sur les clous à retirer. Bon, là elle devait trouver un moyen radical pour éviter qu'il bouge, sinon elle n'aurait pas fini avant que les flics n'arrivent. Elle doutait même qu'ils ne remarquent pas qu'elle avait prit une pièce à conviction. Elle se pencha vers le garçon et l'embrassa à pleine bouche. Le garçon, surpris, ne put faire autrement que de se laisser faire, vu que ses mains douloureuses ne pouvaient lui être d'aucune utilité. Face à Kenny, Gaïa se demanda d'abord s'il ne lui en faudrait pas plus pour qu'il arrête de bouger. Après tout, tout le monde savait que se faire embrasser était arrivé plein de fois à ce coureur de blondinet. Pourtant, en voyant les rougeurs qui se déposaient sur les joues de sa victimes, elle reprit ce qu'elle était en train de faire. Elle avait eut raison, il ne tentait plus de se débattre. Il fallait en profiter.


Mysterion avait suivit la gothique alors que cette dernière s'était sauvée en courant. Il avait été plus réactif que la plupart des flics, pourtant il était resté à couvert pour ne pas se faire voir. La gamine était arrivée face à une grande maison à laquelle elle avait frappé sans ménagement. Un grand type chauve était venu lui ouvrir et ses yeux avaient fait le tour de tous les patelins pour vérifier qu'ils n'étaient pas épiés. Il allait se sentir satisfait quand il remarqua les menottes aux poignets de la jeune fille. Mysterion tendit l'oreille mais il n'entendit qu'une petite bride de la conversation. Elle semblait porter sur les agissements d'un culte. Un culte ? Il se souvint de ce qu'avait dit Gaïa avant de les quitter pour de bon. Elle les avait laissés se démerder tous seuls avec ça. Tu parles d'une héroïne...

« Ils vénèrent un dieu noir, Cutlhu ou un truc comme ça... »

Cutlhu ? Ce n'était pas plutôt Cthulhu qu'elle avait voulu dire ? Le sang du héros ne fit qu'un tour quand il se rappela de ce que lui avait dit Len la première fois qu'il avait traîné avec la gothique. Malheureusement il n'avait pas pu l'empêcher d'aller la voir, vu qu'il s'occupait du problème de sa jumelle, mais il avait vite regretté son geste quand il lui avait parlé de Cthulhu grâce au fabuleux livre qu'il avait lu. Sur le coup, il n'avait pas accordé une grande importance à ce détail, mais maintenant la donne avait changé. L'innocent torturé dont avait parlé la gothique pourrait très bien être son ami. Enfin, il se pouvait aussi qu'il se fasse des idées. Pourquoi ils iraient torturer Len ? Il ne leur avait rien fait de mal. Ce mec était aussi inoffensif qu'un mouton !

Le chauve attrapa Henrietta par le col de sa veste et la fit entrer sans plus de concessions. Il claqua la porte derrière lui comme s'il payait le chauffage et qu'il ne voulait pas chauffer la rue. Or, c'était une nuit d'été et il ne faisait vraiment pas froid dehors. Le héros tiqua tout de suite, la gothique venait de le mener à l'entrée de l'endroit de culte. L'endroit où était celle pauvre victime en train de se faire torturer. Il se surpris à prier pour que son ami ne soit pas mêlé à tout ça, même s'il y avait peu de chances qu'il soit la victime. Pourquoi ils s'en seraient prit à lui alors qu'il voulait justement rejoindre leurs rangs ? Pas de doutes, il se faisait des idées. Il entendit quelqu'un ramper derrière lui et il cru qu'il s'était fait repérer. Il fut soulagé de constater qu'il ne s'agissait que de Del.

« Alors, vous avez une piste ?

- Elle vient d'entrer dans cette maison, c'est un type qui l'a forcée à rentrer. Ils parlaient du même culte que Gaïa. »

Du moins il l'espérait, mais que ça soit un culte ou un autre, par rapport à ce que lui avait dit Len par rapport au bouquin qu'il avait emprunté à la brune, il n'y avait pas beaucoup d'autres solutions. Il se voyait mal expliquer aux flics qu'il connaissait des gens du culte et qu'il était assez proche d'eux, il se ferait passer les menottes en moins de temps qu'il n'en faudrait pour le dire. Del ne posa pas plus de questions, une chance pour lui, et envoya deux de ses subordonnées frapper à leur tour à la porte. Mysterion ne put s'empêcher de penser que c'était un mauvais calcul de la part du sergent. Ça faisait combien de temps au juste qu'il bossait sur le terrain ? Il aurait plutôt dut foncer dans le tas maintenant qu'il savait. A moins que ce ne soit un autre moyen de montrer à Mysterion que la police ne lui ferait pas confiance si facilement ? Mysterion n'appréciait pas cette tentative maladroite, elle risquait de compromettre le sauvetage.

Les flics toquèrent à la porte et le même type chauve vint leur ouvrir. Il semblait plus joyeux et détendu, il blaguait même avec les flics comme s'il ne s'était rien passé quelques minutes plus tôt. Puis, il les invita à entrer sous les yeux ébahis du héros et du sergent. Les deux flics hésitèrent, n'osant pas regarder vers la haie où était caché leur supérieur. En haussant les épaules, ils finirent par accepter et entrer dès que le chauve leur ouvrit la porte en grand. Celle-ci se referma derrière eux et le super-héros tourna les yeux vers le sergent.

« Et vous comptez faire quoi s'ils ne ressortent pas ?

- Ils vont ressortir, le type doit se douter qu'il est surveillé.

- Bah si c'est le cas, maintenant il a deux otages en plus. Il vient d'endormir leur vigilance et maintenant il va les assommer.

- Petit, je connais mieux mon métier que toi.

- J'en ai pas l'impression... »

Mysterion sortit de sa planque malgré les recommandations de Del qui lui hurlait de revenir et de ne rien tenter d'imprudent. Mais le héros avait autre chose en tête. Pour lui, il était hors de question de laisser des innocents se faire torturer pour une cause perdue d'avance. Même si cela risquait de compromettre la mission, le mieux restait d'essayer de sauver les innocents qui se trouvaient prisonniers de cette immense baraque. Mysterion avait remarqué une entrée dans le garage qui semblait échapper à toute surveillance. Il y avait cependant peut-être des caméras, mais dès que le héros serait dans la maison, il n'hésiterait pas à jouer de ses poings. Dans le pire des cas, il avait juste à se laisser mourir, une fois encore. Enfin, il ne voulait pas que ça arrive tout de suite, avant qu'il n'ai eut le temps de mettre des vies hors de danger. Après avoir hésité quelques secondes, l'homme masqué s'engagea dans la maison.

Toutes les caméras étaient hors-service et il comprit aisément pourquoi cet endroit n'était pas sous surveillance. Ou plus sous surveillance plutôt. La plupart des gardes chargés de cette tâche reposaient sur le sol, visiblement sonnés. Quelqu'un était passé avant lui et il paraissait être de leur côté. Enfin, le héros l'affirmait sans réelles certitudes, mais il pouvait au moins dire qu'il était contre cette secte. Les corps étendus sur le sol le prouvait sans aucun doute. Prudemment, il avança dans le garage, s'attendant à tout moment à ce qu'un individu suspect lui saute à la gorge. Mais rien ne se fit, et il arriva sans encombres à une salle d'où les voix de deux personnes lui parvenait. Une voix féminine et vive, alors que la seconde semblait faible et... Le coeur de Kenny se mit à battre plus vite dans sa poitrine. Il avait raison, Len était ici.

Prenant une grande inspiration, Mysterion poussa doucement la porte. Peut-être que la fille était de la secte, il se devait d'être prudent. Mais dès qu'il vit ses cheveux blancs, ce n'est qu'avec grand-peine qu'il réussi à conserver sa voix exagérément grave quand il commença à parler. Il cru bien qu'il allait se faire démasquer avant l'heure s'il n'arrivait pas à garder son calme pour ce genre de choses.

« On peut savoir ce que vous faites Gaïa ? »

Les deux occupants de la pièce se tournèrent vers lui et la jeune fille cacha le marteau qu'elle tenait à la main derrière son dos. Mysterion avait effectivement reconnu Len, d'ailleurs ce dernier était couvert de sang. Il avait l'air d'avoir beaucoup souffert, ce qui serra le coeur du héros. Si seulement il avait fait plus attention aux paroles de son ami quand il en avait eut l'occasion, ce dernier ne se serait jamais retrouvé dans une telle galère. Le héros s'en voulait ce qui n'échappa pas à Gaïa qui décida de profiter de l'état de trouble de Mysterion. Elle rangea le marteau qu'elle avait dans la main et se rapprocha du héros, Len à moitié affalé sur son épaule. La jeune fille se dépêcha de lui refourguer le blessé, un sourire malicieux passant sur ses lèvres.

« Eh, protesta l'homme masqué, qu'est-ce que..?

- Si tu veux te racheter auprès de lui, tâche de le faire sortir le plus vite possible. Je crois qu'il en a plus pour longtemps.

- Et toi, on peut te demander où est-ce que tu vas comme ça ?

- Le devoir m'appelle ailleurs trésor, tchou ! »

Le héros eut un mauvais rictus. Il ne l'aimait vraiment pas cette fille, mais alors pas du tout. Il ne comprenait pas que les flics lui accordent plus de crédit qu'à lui et encore moins qu'ils en ai fait le super-héros officiel de la ville. Il allait lui demander comment elle comptait sortir quand il vit qu'elle possédait une grappin et que le grappin en question venait de briser la seule fenêtre de la salle. Une fenêtre beaucoup trop haute pour l'atteindre, même sur la pointe des pieds. Pourtant, le grappin de Gaïa prouva son efficacité en la faisant disparaître hors de la salle. Mysterion entendit néanmoins son dernier ricanement.

« Estime-toi heureux, pour une fois je te laisse le beau rôle.

- Je hais vraiment cette fille, ajouta le héros une fois qu'il fut sûr qu'elle ne pouvait plus l'entendre. »

La toux violente de son ami blond le fit réagir rapidement. Il l'installa plus confortablement sur son dos, ce qui n'empêcha pas Len de vomir du sang, une fois encore. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à vomir du sang bon dieu de merde ?! D'abord cette pétasse de Rin et maintenant son ami Len, étais-ce génétique ? Sûrement pas, Rin lui avait avoué avoir reçu un coup d'une certaine "Dawson" et Len semblait également avoir reçu pas mal de coups. C'était dans ces moments-là que Mysterion ne pouvait s'empêcher de penser que cette ville avait besoin d'un héros, un vrai. Pas de Gaïa qui raisonnait de façon égoïste, mais plutôt un héros qui penserait aux autres avant lui-même. Kenny comptait bien devenir ce genre de héros mais, pour l'instant, son premier devoir était de sortir d'ici et de remettre Len à l'hôpital pour qu'il s'occupe de lui. Son sang ne fit qu'un tour quand il remarqua que les combats entre flics et adeptes se tenaient juste devant la seule porte permettant de sortir de la maison. S'il ne trouvait pas vite fait un autre moyen de sortie, c'était cuit pour la discrétion et, avec Len sur le dos, il serait vraiment difficile pour lui de se défendre correctement. Il fallait qu'il trouve quelque chose, sinon son ami était foutu. Mysterion déglutit péniblement. Il avait fait ça pour Karen, mais à présent il devait se rendre à l'évidence : il ne pouvait plus reculer.