Pour résumer, vu que ça fait tout de même longtemps qu'il n'y a pas eu de suite :
Len et Kenny se ressemblent et beaucoup les confondent. Kenny est amoureux de Stan et il l'a embrassé en tenue de Mysterion. Stan lui a d'ailleurs rendu son baiser, même s'il est encore perdu dans ses sentiments, pensant toujours aimer Wendy. Stan fait des rêves étranges où il dort peu, rêvant d'une cité engloutie qu'Henrietta a identifié comme R'lyeh, la cité enfouie du grand Cthulhu, et elle veut que Stan rejoigne la secte. Kevin, le frère de Kenny, se trouve être Doodle et il vient d'être arrêté. Kenny veut aller le sauver avant que la peine de mort ne soit appliquée.
Kyle s'est fait embrasser par Rin qui souhaite "l'utiliser" pour qu'il l'aide à faire des recherches sur Cthulhu et le Necrononmicon, puisqu'elle s'inquiète pour l'état de son jumeau, Len. Ce dernier est au plus mal puisqu'il est devenu le réceptacle de Cthulhu suite à un quiproquo des cthulistes qui l'ont confondu avec Kenny. Len vient d'apprendre que Gaïa se trouve être Aria Dawson, supposée morte, et qu'elle a perdu la mémoire de l'incident qui aurait causé sa mort.
Rin et Cartman sont les seuls à se souvenir des morts de Kenny. Et Butters/Professeur Chaos connait à présent les points faibles de Gaïa.
Bref, un beau bordel en perspective... J'espère que vous êtes arrivés à suivre parce que ça risque de se corser par la suite.
Me revoilà ! Le 27, comme promis ! Je suis officiellement en vacances, sauf si je dois passer le rattrapage du 10... Mais nous n'en sommes pas encore là ! Pour l'instant je me détends...
Bravo Anonymous T, il s'agit bien de IA, son nom complet étant "Aria on the Planet" j'ai gardé le prénom Aria.
South Park appartient à Matt Stone et Trey Parker. Vocaloid appartient à Crypton Vocal.
Bonne lecture !
~XIV~
Une ruelle sombre. Un jeune homme qui essaye d'échapper à son agresseur. Le scénario-type du mec qui va se faire buter. Pourtant, il survit. Stan le savait, puisque c'était à peu de choses près la centième fois qu'il visionnait la vidéo. Il en avait marre, il avait envie d'aller se coucher, pourtant il restait là, à visionner sans relâche le moment où Doodle s'était fait coffré, filmé par une caméra amateur. En même temps, ça n'était pas comme s'il était capable d'autre chose. Tout ça parce qu'il était épuisé, mais aussi parce que s'il dormait il retournerait à R'lyeh. Il se payait déjà des mauvaises notes aux contrôles puisqu'il n'arrivait pas à se concentrer, ça serait le comble si en plus il se mettait à dormir en classe. D'accord, c'est vrai que Kenny le faisait, mais pour lui ce n'était pas pareil. Lui, il n'irait pas à l'université, vu le peu de revenus qu'avait sa famille. Stan, il avait toute sa famille derrière lui qui l'encourageait pour qu'il ai son diplôme et puisse intégrer une grande école, de préférence axée sur le football américain. Mais pour ça, il faudrait déjà qu'il ai des bonnes notes. Donc qu'il dorme. Même s'il dormait mal. Bon, au moins, un truc était en phase de se régler : cette histoire avec Mysterion. Il était là, derrière lui, à regarder attentivement la vidéo lui aussi. Avec les écouteurs du brun, ils étaient au moins sûrs que personne ne les entendraient, mais la proximité de son visage avec celui du héros l'empêchait de se concentrer pleinement. Il entendait sa respiration proche de lui, ainsi que son souffle chaud qui venait chatouiller sa nuque. Non, décidément c'était pour lui impossible de se concentrer. Pourtant il n'osait rien dire, puisque cette affaire avait l'air de passionner le héros. En même temps c'était normal, puisque ça lui permettrait de mettre le grand méchant à terre. Mais d'un autre côté, s'il n'y avait plus de grand méchant, il n'y avait plus besoin de héros. Stan sentit son ventre se tordre en songeant qu'il ne le reverrait peut-être plus jamais s'ils arrivaient à éliminer tous les méchants. Enfin si, il le croiserait toujours à l'école le temps qu'il lui restait au lycée, mais passé cela il n'aurait plus aucune chance de le trouver. Il ne connaissait pas son visage, et le héros ne voudrait sûrement jamais lui montrer.
« Stan ? Tu ne relances pas la vidéo ?
- Hein ?! Ah oui pardon... »
Le brun fit glisser la souris sur le bouton play quand la main du héros, se posant sur la sienne, l'empêcha de cliquer. Le brun sentit une douce chaleur lui monter aux joues, alors même qu'il n'osait pas se tourner vers le héros. Il ne voulait pas que l'homme masqué voit que ce geste l'avait gêné, il s'imaginerait sûrement des choses. Et puis, il y avait encore Wendy, et c'était mal de vouloir la tromper. Il se crispa lorsqu'il sentit Mysterion lui souffler dans le cou de manière plus appuyée que tout à l'heure. Bordel de merde, ne me dites pas qu'il le fait exprès ! De toute façon, il allait vite en avoir la confirmation.
« On a fini de jouer au chat et à la souris, prononça le héros de sa voix grave devenue plus enjôleuse, Stan ?
- Je... Je croyais qu'il fallait...
- Je suppose que tout comme moi tu n'arrives pas à te concentrer, je me trompe ? Sinon je pense qu'on auraient déjà tous deux trouvé où ils l'emmène.
- Peut-être qu'il n'y a pas d'indice sur la vidéo..? »
Le cœur de Stan battait un peu trop vite pour que ça soit naturel. S'il ne se retenait pas, il était sûr d'être tout retourné à la sortie. Il allait vomir dans peu de temps, c'était certain, pourtant il faisait de son mieux pour ne pas le faire. Il n'avait pas envie de gâcher l'instant avec ses fluides gastriques. Dit comme ça, c'était dégueulasse... C'était malheureusement la réalité des faits. Quand Stan devenait sentimental, le plus souvent son estomac suivait et ça n'était bon pour personne, surtout pour l'être aimé. Il avait déjà constaté que ça ne plaisait pas à Wendy, pourquoi cela serait-il différent pour Mysterion ? Parce que c'était un mec ? Un héros ? Non, ça ne changerait rien. Derrière le masque, il y avait un être humain en chair et en os. Ça n'était pas qu'un symbole, surtout quand ils se retrouvaient aussi proches l'un de l'autre. Il n'empêche, vomir sur quelqu'un c'était toujours dégueulasse, quelle qu'en soit la circonstance. Sentant sa bile remonter, Stan se leva d'un seul coup, ce qui surpris quelque peu le héros.
« Une... Une minute, se justifia rapidement le brun, je reviens... »
Et il sortit en courant de la chambre. Kenny le suivit des yeux, son regard ne pouvant faire autrement que de se fixer sur son magnifique fessier. Putain, alors lui ça se voyait qu'il faisait du football, avec un cul pareil il battrait celui de Kyle à plate couture maintenant. Il fut tout de même frustré de ne pas pouvoir l'observer plus longtemps mais ne fit rien pour essayer de le rattraper. Le brun était sorti dans le couloir et si par le plus grand des malheurs Randy avait été pris d'une crise d'insomnie comme ça lui arrivait de temps à autre... Il serait quelque peu surpris de voir que son fils était poursuivi par Mysterion, le héros de la ville. Mieux valait l'attendre ici le temps qu'il ai fini ce qu'il avait à faire. Aussi insensé que cela puisse paraître, il n'était pas venu une seule seconde à l'esprit du héros que Stan était en train de vomir ses tripes dans les toilettes. Non, lui il pensait que c'était tout autre chose, même si d'un certain point de vue c'était du même ordre. L'homme masqué s'installa sur la chaise où était Stan quelques instants plus tôt, se demandant si, le temps qu'il revienne, il pourrait faire plus de recherches sur le QG des forces de l'ordre. Non, ça serait vache après qu'il lui ai dit qu'il avait besoin de lui pour les recherches. Et puis, Stan était désormais aussi impliqué que lui dans cette affaire. Ça serait presque comme lui foutre un poignard dans le dos, et ça Mysterion n'avait pas la moindre envie que cela se produise. Même si, en quelque sorte, ses mensonges avaient déjà commencé le travail...
Quand Stan revint peu après, le visage livide, Mysterion comprit qu'il avait gagné un point. Un sourire failli éclairer son visage, et il dut se retenir pour ne rien montrer. Stan se serait douté de quelque chose, vu que peu de gens de son entourage savaient que, lorsqu'il vomissait, c'était le signe que l'on avait bousculé son petit cœur de guimauve un peu trop violemment. Ça devait être pénible de vomir sur les autres chaque fois que l'on perdait le contrôle de ses émotions. C'est peut-être pour ça qu'il haïssait Craig, ce dernier avait un contrôle total sur tout ce qu'il décidait de montrer ou non. Des fois il ne montrait même clairement rien. Quand il lui avait fait l'amour, le péruvien était resté impassible. A croire qu'il n'avait pas aimé que Kenny McCormick lui passe dessus, pourtant il l'avait réclamé à corps et à cris. Au final, ça n'avait rien changé entre eux. Ils se saluaient toujours dans les couloirs et il avait toujours cette attitude de gamin affectueux dès qu'il le voyait. Après tout, Kenny adorait donner de l'amour à qui en demandait, du moment que ça ne lui coûtait pas trop... Mais bref, revenons-en à Stan. Il était d'une pâleur cadavérique quelques instants plus tôt même si à présent il semblait aller mieux. Il remarqua le regard que Mysterion dardait sur lui et comprit qu'il savait qu'il était parti vomir. Pris au piège, le brun essaya de se justifier du mieux qu'il pouvait, sachant très bien que si Mysterion était un élève de son école il ne tiendrait pas long feu avec ses excuses bafouillées qui le rendait minable. Quand on vomissait c'était qu'on avait la gastro ou une maladie du genre. Or, quand on était malade, on n'allait pas en cours. Il était allé en cours hier, donc c'était foutu.
« Je suis un peu malade... c'est depuis hier soir... je n'en ai pas parlé à mes parents parce que... je ne voulais pas rater les cours et...
- A quoi ça te sert de te justifier alors que tu sais très bien que c'est peine perdue ? »
Mysterion souriait. Il s'en foutait maintenant, de l'image qu'il pouvait bien donner de lui. Stan l'aimait, ou du moins il ressentait une forte attirance pour lui. Après, peut-être étais-ce seulement du au fait qu'il était le fier et valeureux Mysterion, et non pas parce qu'il était lui-même, Kenneth McCormick, derrière son masque. En même temps, Stan ne savait pas qui il était, puisqu'il ne lui avait pas révélé son identité. Il ne comptait pas le faire d'ailleurs. Il y avait tout un monde entre Mysterion, le héros froid et solitaire, et Kenny, le vieil ami pauvre qui demandait de l'affection à tire-larigot, de toutes les manières possibles et imaginables mais surtout sexuelles. Ah, le prestige de l'uniforme... D'un certain point de vue c'était assez angoissant. Parce qu'il savait que, en se montrant si fier et si froid, il aurait du mal à faire comprendre à Stan qui il était sans que cela le choque. Il avait tellement fait attention à son attitude quand il était avec le brun qu'il en avait oublié comment il agissait d'habitude à son égard. Mal sûrement, puisque depuis peu il l'envoyait souvent chier au lycée. Il ne digérerait pas que Kenny et Mysterion soit une seule et même personne, pas tout de suite.
Sans réfléchir d'avantage aux conséquences de ses actes, le héros s'avança vers Stan jusqu'à lui caresser la joue, d'un geste qui pourrait presque sembler timide. Ce qui était étonnant de la part du blond, mais pas tant que ça. Stan, il l'aimait, ça n'était pas pareil qu'avec Craig ou Bebe. C'était Stan et, face à Stan, il se sentait troublé. Bien plus que lorsqu'il couchait avec un autre mec, puisque d'ordinaire il le faisait sans avoir réellement de sentiments, juste pour vivre une nouvelle expérience. Là, il s'en foutait de ses préférences sexuelles. Tout ce qui comptait, c'était qu'il soit avec Stan. C'est pour cette raison qu'il fit glisser sa main jusqu'au menton du brun, pour que leurs lèvres se rejoignent une fois encore. Stan se laissa faire, n'ayant pas la moindre envie de se dégager. Peut-être qu'il n'en avait pas la force, tout simplement. Il avait enfin compris la nature de ce qu'il ressentait et, alors qu'il allait répondre au baiser passionné du héros, ce dernier se recula pour éviter qu'ils s'embrassent encore. Le regard de Stan était à présent chargé d'incompréhension. Mysterion essaya de se justifier du mieux qu'il le put.
« Je vais faire une connerie si je te mêle à mes histoires...
- Mais merde Mysterion, ragea le brun en s'éloignant à son tour, se posant sur son lit en écrasant encore plus son affiche The Street Warrior. Un jour tu dis qu'il faut qu'on s'explique, puis tu m'embrasses, et, quand je pense enfin en avoir fini avec toutes ces merdes qui m'encombrent la tête, toi tu... tu dis qu'il ne faut pas, qu'on va faire une connerie. Dans ce cas retiens-toi Mysterion, ne me saute pas dessus comme si tu étais une bête sauvage assoiffée de sang. Tu as pensé à ce que je pouvais ressentir, moi, avec tes hésitations incessantes ? Putain mais ça fait des mois que je ne dors pas, à essayer de comprendre pourquoi quand tu m'as embrassé la première fois j'avais envie que ça recommence. Et là, pile au moment où j'ai enfin compris ce qu'il se passait dans ma tête, toi tu viens me dire qu'on doit tout arrêter ? Mais dans ce cas, on aurait rien du commencer. Comme ça je serais resté avec ma copine, insouciant de la vie et persuadé que j'étais hétéro.
- A t'entendre, on dirait que c'est moi qui ai foutu la merde dans ta vie. »
Stan allait répondre mais il s'arrêta. Sous le coup de la colère, les mots avaient dépassé sa pensée. S'il s'était entêté à vouloir répondre alors qu'il était en colère, il aurait répondu que oui, c'était sa faute. Qu'il n'aurait jamais du empiéter sur sa vie si stable. Mais non, ça n'était pas vrai. Au contraire, c'était lui qui l'avait sorti de l'illusion dans laquelle il vivait depuis qu'il était tout petit. Que le monde allait bien et qu'il lui suffisait de vivre sa vie pour que rien de mal n'arrive. Il avait été trop naïf, encore une fois. Rencontrer Mysterion, ça avait été pour lui une bénédiction. Lui qui d'ordinaire ne s'informait pas beaucoup sur le monde extérieur sauf pour connaitre les résultats du football, Mysterion lui avait donné une raison d'aller voir les infos avec ses parents. Le héros était la meilleure chose qui lui était arrivée et maintenant qu'il possédait ce savoir sur le monde, il ne voulait en aucun cas s'en débarrasser. Durant le temps qui s'était écoulé entre la première visite du héros et celle-ci, il se rendait compte qu'il avait acquit en maturité mais aussi qu'il en avait appris plus sur lui-même. Il avait appris qu'il était bisexuel, ce qui n'était pas rien. Ce genre de détail pouvait changer une vie, comme l'avait si bien montré le père de Butters lorsqu'il avait fait son coming out. Stan s'était un peu calmé. Sa rage se transforma en excuses bafouillées que le héros ne comprit pas vraiment, puisqu'elles étaient noyées par les larmes. Automatiquement, l'esprit de Kenny lui indiqua qu'il fallait le prendre dans ses bras et le réconforter comme un enfant. Mais ça ne collait pas à son personnage froid de super-héros. Il ne savait comment agir. Devait-il s'en aller et l'appeler en temps que Kenny pour lui offrir ses bras réconfortants ou le prendre directement dans les bras, tant pis pour l'image ? Il était incapable de se décider. Il resta donc devant Stan, ne sachant que faire, alors que ce dernier semblait se vider de toutes les larmes de son corps.
Il se mordait l'intérieur de la lèvre pour rester de marbre, que Stan ne voit pas qu'il hésitait. Mais le brun avait raison, Kenny, derrière le masque, était humain, et il ne put faire autrement que de venir, délicatement, le prendre dans ses bras. Stan fut d'abord tenté de le repousser pour qu'il le laisse faire face seul à sa peine, mais il n'en fut pas capable puisqu'une nouvelle vague de larmes vint déformer ses traits. Putain, il devait vraiment avoir l'air d'un type fragile comme ça... Dire qu'à la base il voulait seulement lui dire un truc... Ce truc qu'il avait répété si souvent à Wendy en croyant l'aimer. Mysterion attendrait, il ne se sentait plus prêt à le faire. Plus maintenant.
Len se réveilla encore d'un songe étrange. Cette fois, il avait rêvé de Stan. C'était assez bizarre, sachant qu'il ne le connaissait pas vraiment. Lui, il était plus proche de son homologue blond. Dans un moment comme celui-là, il devrait même carrément penser à sa sœur, puisqu'elle aurait du être là pour sa sortie d'hôpital. Devait-il encore la considérer comme sa sœur d'ailleurs ? Avec tout ce qu'elle lui cachait, il commençait à sérieusement en douter. Quoi de plus normal ? Elle avait beaucoup changé depuis leur arrivée ici, si bien qu'au début il ne la reconnaissait plus. Et là, une fille était carrément entrée dans sa chambre d'hôpital pour lui échapper. C'était le monde à l'envers... Normalement les gens avaient peur de lui, pas d'elle. C'était lui qui, dans son ancien établissement japonais, se faisait traiter de monstre à cause de son attitude distante par rapport aux autres. Il cachait trop de choses, et ça ne plaisait pas. Il avait même failli devenir un hikikomori [1] tellement il se sentait rejeté par les autres. Heureusement qu'il y avait Gakupo et Kaito pour rester avec lui, sinon il se serait vraiment beaucoup plus renfermé sur lui-même qu'en ce moment-même.
Comme il l'avait pensé, il allait être tout seul pour sa sortie d'hôpital. Aucune trace de sa sœur ou d'une quelconque tête connue. Il aurait du s'en douter, ça n'était pas non plus comme s'il était utile à cette putain de société. Il était seulement là pour la déco et il le savait. Pour cela, quoi qu'on en dise, il restait persuadé qu'il n'avait pas sa place en ce monde. Seule sa sœur l'avait, il n'aurait jamais du vivre avec elle à ses côtés. Il aurait du crever à la naissance... Bon, stop. Ça n'était pas le moment de s'apitoyer sur son sort. Il avait mieux à faire. A savoir sortir de cet hôpital. Pour ça, il fallait déjà qu'il se décide à se lever de son foutu lit d'hôpital. Il n'arrêtait pas de s'évanouir en ce moment et la dernière fois il avait bien failli y passer. Peut-être que cette fois ça serait la bonne. Peut-être que, s'il s'énervait encore une fois contre sa jumelle, il irait enfin rejoindre cet au-delà qui lui tendait les bras. Il aimerait bien, comme ça il ne causerait plus ni soucis ni tracas à personne, en particulier à ses amis.
Ne compte pas trop là-dessus. Je ne te laisserais pas crever si facilement.
Cette voix... Len l'avait déjà entendue un bon paquet de fois et, à chaque fois, il ne pouvait s'empêcher de penser que c'était un mauvais rêve. Pourtant, il devait se rendre à l'évidence, cette voix était bien réelle et elle résonnait dans tout l'intérieur de sa boîte crânienne. Il ne comprenait toujours pas comment il faisait pour ne plus avoir peur quand il l'entendait. Avait-il le droit de dire qu'il se considérait comme fou à cause de tout ce qu'il lui arrivait ? Bordel... Pourquoi ils étaient allés habiter aux États-Unis déjà ? Ah oui, pour le travail de son père. Il n'aurait pas pu y aller tout seul et les laisser au Japon ? Là-bas au moins, Len n'avait pas l'impression d'être l'oublié de l'histoire. Parce que ses parents s'en faisaient juste pour ses fringues ou pour ce qu'il regardait à la télévision. Donc, pas réellement pour lui. Son père s'en était même carrément foutu quand il avait remarqué que le civil enlevé par la secte et séquestré se trouvait être son fils. Quelle enflure... Méritait-il vraiment l'amour de Tees au fond ? Sûrement pas. Mais bon, la petite faisait ce qu'elle voulait. Ça n'était pas à Len de lui révéler la vérité sur ses parents. Surtout qu'elle avait à peine deux ans alors c'était dur de lui faire comprendre subtilement quelque chose sans qu'elle aille le répéter aux parents. Ça serait encore lui qui se ferait engueuler et il n'en avait pas la moindre envie, parce que s'il s'énervait...
Quoique, il y a peut-être une idée à creuser là-dessous.
Le petit blond toucha enfin le sol du bout des pieds. Le contact avec le carrelage froid le fit frissonner. Il commençait vraiment à faire trop froid pour lui dans cette putain de ville. Il regrettait déjà de s'être levé quand il perdit l'équilibre. Il se rattrapa rapidement à la chaise qui était posée à côté de son lit. Combien de temps ça faisait, là ? Pas longtemps à son avis. Il regarda par la fenêtre et ses soupçons furent rapidement justifiés : il faisait nuit noire. Normal que personne ne l'attende dehors, il n'était même pas censé être levé. Au contraire, il était censé dormir, comme n'importe quel enfant normal qui venait d'avoir un traumatisme crânien. Même si ça faisait maintenant quelques jours que c'était passé. Il avait pourtant toujours aussi mal au crâne. Sûrement à cause de ce lourdaud qui occupait à présent son lobe occipital. Lui, il voulait l'oublier. A tout prix. Le bruit de la porte se fit soudain entendre, tant et si bien qu'il hésita un instant avant de replonger dans son lit. Qui pouvait bien venir en visite si tard le soir, sachant que l'heure raisonnable des visites était passée depuis pas mal de temps maintenant ? Il sentit un long frisson lui parcourir l'échine dès qu'il entendit que c'était la porte de sa chambre d'hôpital qui grinçait. Ah non ! Ça n'allait pas recommencer, pas vrai ? Il avait déjà eu une sacrée frayeur quand il s'était retrouvé face à une espèce de fantôme d'Aria Dawson un peu plus tôt... Une touffe de cheveux noirs lui confirma qu'il ne s'agissait heureusement pas de la morte. Mais ce soulagement fut de bien trop courte durée quand il croisa les yeux, clairs, d'une fille qu'il connaissait trop bien. Depuis qu'il avait rencontré cette fille, tout allait de travers dans sa vie, alors il se serait bien passé de la revoir une fois encore. Surtout en seul à seule avec elle. Il la foudroya du regard dès qu'elle entra.
« Tu vas encore m'appeler Cthulhu, demanda-t-il d'une voix froide.
- Len, je suis désolée...
- Qu'est-ce que tu viens foutre dans ma chambre d'hôpital aussi tard alors que tu devrais dormir depuis longtemps ?
- Je voulais te présenter quelqu'un.
- Les infirmiers vont te faire sortir s'ils te voient. Et puis, je n'ai aucune envie que tu me présente qui que ce soit. Tu sais très bien comment ça s'est fini la dernière fois.
- Je ne fais que m'excuser depuis le début de cette histoire. Ça n'était pas toi qui était visé...
- N'empêche. Tu aurais pu t'en apercevoir avant. J'ai encore failli crever une nouvelle fois à cause de vos histoires de merde. Je ne veux plus rien avoir à faire avec votre putain de secte et votre culte. Démerdez-vous sans moi !
- Calme-toi ! Je suis venue en amie.
- En amie ? Genre, comme la dernière fois, quand tu m'as empêché de fuir ?
- Je t'ai déjà dis que-
- Dégage. »
Henrietta resta muette, ne sachant que répondre. Elle lui avait pourtant dit, elle ne pouvait en aucun cas ramener Len dans la secte. Pas après tout ce qu'ils lui avaient fait subir. Ça aurait été bien plus simple d'embrigader Corbeau, vu qu'il était un ancien gothique et qu'il croyait à toutes ces histoires de culte et de Cthulhu. Enfin, il y croirait si Henrietta lui montrait le Necronomicon. Mais, ça encore, il n'avait pas voulu l'entendre. Lui, il voulait qu'elle ramène le réceptacle de Cthulhu, pour se faire pardonner la conduite qu'elle avait eue en indiquant leur planque aux policiers. Décemment, elle n'aurait pas pu laisser Len se faire torturer sans rien faire, même si à l'époque elle était encore certaine qu'il s'agissait de ce dragueur pervers de Kenny. Personne ne méritait de se faire torturer de la sorte, surtout par... lui. Il y était allé avec tellement de cruauté qu'elle n'avait pu s'empêcher d'en pleurer. Pourtant, Henrietta était loin d'être une tendre, même si elle s'était quelque peu adoucie avec l'âge. Là, elle n'avait pourtant une seule envie, celle de couper la langue de Len pour qu'il l'écoute du début à la fin sans la couper. Ou alors, trouver autre chose pour qu'il accepte de retourner à la secte. Peut-être qu'elle pouvait lui mentir en disant qu'ils détenaient sa sœur ? Non, ça serait dégueulasse. Remarque, tous les coups sont permis en amour comme dans les affaires. On ne peut décidément pas lutter contre sa nature.
« Ils ont capturé ta sœur, ils ne la libéreront que si tu nous rejoins. »
Le blond écarquilla de grands yeux surpris. Ça expliquerait pas mal de choses, notamment les sorties nocturnes de sa jumelle. En fait, elle cherchait juste à empêcher les cthulistes de rentrer dans la maison pour le kidnapper, du coup le soir elle faisait une ronde autour de la maison. Oui, ça paraissait plausible... Et ça expliquerait du même coup pourquoi elle ne voulait pas lui en parler. Pour ne pas l'inquiéter. Quelle délicate attention de sa part ! Il aurait tout aussi bien pu se débrouiller tout seul. Ça n'était pas à sa jumelle de le protéger de la sorte, surtout que là ça ne servait à rien puisqu'ils avaient décidé de la kidnapper, elle, pour faire l'appât et attirer Len dans la secte. Il fixa Henrietta dans les yeux et cette dernière se força à garder un air sérieux. Ça n'était pas le moment d'exploser de rire en disant que c'était une blague. Heureusement pour elle, la gothique avait par habitude un visage grave alors il n'était pas aisé de la faire rire. Surtout avec un truc aussi dérisoire. De son côté, Len essaya également de retrouver un visage neutre, ce qui ne fut pas une mince affaire aux vues de sa surprise un peu trop évidente.
« Je pourrais savoir comment elle va, avant de vous rejoindre ?
- Non, le chef refuse que tu la vois.
- C'est parce qu'elle n'est pas avec vous ou parce qu'elle est morte ?
- Aucun des deux, ta sœur est une furie et on a eu du mal à la maîtriser. Elle se serait enfuie. »
Mentalement, Henrietta applaudissait son talent pour raconter des bobards. Len ne semblait pas s'être aperçu qu'elle le menait en bateau. Tant mieux, comme si elle avait besoin de ça alors que c'était son seul moyen de se racheter... Restait à voir si Len se laissait avoir et qu'il la suivrait ou alors qu'il se rendrait compte de la supercherie trop tôt pour que cela soit envisageable de l'amener à la secte. Elle s'en voulait un peu tout de même, c'était bien la seconde fois qu'elle utilisait le mensonge pour manipuler le blond, alors qu'elle avait bien d'autres moyens de l'amener de force. Mais ce n'était pas ce qu'elle souhaitait, ça pourrait causer de nombreux troubles dans son esprit et il avait besoin d'avoir les idées claires pour les événements à venir.
Stan s'était calmé mais il sanglotait encore doucement. Mysterion était à présent tout contre lui, lui caressant la tête comme s'il était un môme qui avait besoin du réconfort de sa mère. En même temps, il venait tout de même de dire quelque chose alors qu'il pensait le contraire, et ça avait affecté le héros. Il n'aurait jamais pensé qu'il arriverait une telle chose. Pour lui, le héros était quelqu'un de solide. Enfin, il savait bien qu'au fond l'homme masqué était une vraie personne faite de chair et de sang sous le masque. Penser qu'il ne le vexerait jamais, c'était exagéré. Il le savait. En revanche, ce qu'il ne savait pas, c'était pourquoi il pleurait. Stan était loin d'être un type fragile, même s'il l'était sûrement plus que le héros. Peut-être que son manque de sommeil devait jouer. Peut-être que le message inconnu avait aussi sa part dans son état. Il ne savait pas. Il savait juste que, là, maintenant, tout de suite, il était en train de pleurer dans les bras de Mysterion. Le héros devait le trouver bien pitoyable, pourtant il ne disait rien. Il continuait de caresser ses cheveux comme s'il s'agissait de l'objet le plus doux et le plus fragile au monde. Il ne devait pas s'attendre à des paroles réconfortantes de sa part. De toute façon, ça n'était pas ce qu'il voulait. S'il voulait du réconfort, il pouvait le demander à sa mère. Non, de la part du héros, qui semblait bien être un garçon de son âge maintenant qu'il y réfléchissait, il espérait une toute autre forme d'affection.
S'il savait qu'il n'avait pas tort quand à son diagnostic des sentiments du héros, il l'aurait sûrement embrassé une fois encore. C'était d'ailleurs le fantasme qu'entretenait Kenny depuis pas mal de semaines maintenant. Mais ça, jamais il ne l'avouerait. A personne. Même pas à Stan s'il ne lui témoignait pas d'abord son approbation. Il s'était déjà fait repousser une fois, il n'avait pas envie que ça recommence. Et puis, il venait tout de même de lui dire que ça n'était pas raisonnable qu'ils s'embrassent comme ça. C'est vrai quoi... Il s'était renseigné depuis le temps pour savoir ce que devenaient les copines des super-héros. Il avait commencé avec Batman, mais le résultat n'était pas tellement concluant puisque son héros préféré se trouvait avoir des tendances pédophiles avec son coéquipier Robin. Or, Stan n'était ni plus jeune que lui, ni un coéquipier avec qui il ferait équipe pour lutter contre le crime. Ça, ça serait plutôt le rôle de Gaïa, mais il ne se voyait pas sortir avec cette cruche aux cheveux blancs. Non, lui ce qu'il voulait c'était sortir avec un civil. Comme dans Spiderman. Là non plus, ça n'avait pas été concluant. Mary Jane mourrait et Peter Parker n'avait pas réussi à la sauver à temps. Il ne souhaitait pas ça pour Stan. La seule perspective de l'imaginer mort lui était insupportable. Tous les soirs, il avait affaire à des truands tous plus dangereux et terrifiants les uns que les autres. Ça n'embêtait pas Mysterion qu'ils se défoulent sur le héros, mais si jamais ils apprenaient pour Stan... Ça serait en quelque sorte la faille dans son armure de plomb. Après quelques instants où Stan achevait de se calmer, Mysterion se décida à lui parler de ce qui le tourmentait.
« Je ne veux pas te perdre Stan. Comprend-moi, si jamais on découvrait que nous sommes ensemble, beaucoup de personnes te voudraient du mal. Des ennemis à moi surtout, et je peux te dire qu'ils n'ont vraiment rien de "gentil". »
Le garçon au bonnet rouge et bleu s'éloigna un peu de son héros pour pouvoir le regarder en face. Ses yeux étaient encore rougis par les larmes, pourtant il ne pleurait plus. Son regard affichait à présent un air déterminé. Décidément, les yeux bleus de Mysterion lui étaient de plus en plus familiers. Son contact rassurant l'était également. Il le connaissait bien, il en était sûr maintenant, mais il avait peur de découvrir de qui il s'agissait maintenant. Et si, en réalité, il détestait la personne qui se trouvait derrière le masque sombre ? Il ne voulait même pas y penser. Aussi, il se concentra sur ce qu'il allait répondre à Mysterion. Sa réponse serait importante pour la suite des événements et il en avait conscience.
« Je le sais. Je regarde souvent les infos, et quand je vois tous ces meurtres je me dis que ça ne doit pas être des enfants de chœur.
- Tu comprends donc que je m'inquiète.
- Ça ne te ressemble pas de t'inquiéter.
- C'est juste que je ne le montre pas, mais quand il s'agit de toi je suis obligé. Surtout maintenant que je sais que c'est réciproque. Attend... Et Wendy dans tout ça ?
- Je ne sais pas comment lui expliquer ça...
- Je t'aiderais bien, mais je ne peux pas.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est ta copine, mais aussi parce que je ne peux pas m'afficher avec toi à visage découvert.
- Et pourquoi pas ?
- Te prévenir contre les dangers d'une relation, c'est une chose. Montrer mon visage en est une autre...
- Ça veut dire que je ne saurais jamais qui tu es ? Suffoqua Stan.
- Si, tu sauras. Mais le moment n'est pas encore venu. »
Le brun n'aimait pas tous ces mystères, mais il devrait s'y faire. Le héros ne s'appelait pas Mysterion pour rien... Le garçon au bonnet rouge et bleu espérait tout de même savoir un jour, puisqu'il lui était inconcevable de créer une relation stable sur du mystère. Pour autant, il ne pouvait pas faire grand chose contre ça. Que Mysterion ne veuille pas lui dire qui il était, il comprenait parfaitement. Enfin, il pouvait comprendre plutôt, même si sa seule envie de l'instant était de lui arracher son masque pour dévoiler son visage. Un long soupir franchit les lèvres de Stan. Il était en train de méditer sur ce que venait de lui dire Mysterion. Bon, d'accord, il ne se rendait pas vraiment compte des dangers que cela incombait, puisque de toute manière il n'en avait pas vraiment croisé, des truands. Même l'égorgeur, c'était à peine s'il l'avait vu. Pourtant, la simple évocation de tous ces noms le faisait grandement flipper. Mais ça n'était rien comparé au sentiment qu'il ressentait envers le héros. Il n'avait jamais rien ressenti d'aussi fort, même avec Wendy. Bon, d'accord, Stan était un cœur tendre qui tombait facilement amoureux, mais il ne fallait pas non plus chercher midi à quatorze heure. S'il aimait le héros, ça serait pour longtemps.
« Je parlerais à Wendy demain, dit finalement le brun. Les ennemis ne me font pas peur, tant que je suis avec toi je suis sûr qu'il ne m'arrivera rien ! »
Un peu trop optimiste ? Sûrement. Mais le héros ne s'en fit pas la réflexion. Bien au contraire, il était tellement heureux que ça pouvait se lire dans ses yeux. Il lui sauta au cou, avant de réaliser un peu tard que ça n'allait pas du tout avec le personnage qu'il était censé incarner. Mais il s'en foutait maintenant, tant qu'il était dans les bras du brun. Ce dernier avait accepté ses avances contre toute attente, alors que le héros pensait qu'il allait refuser à cause des dangers. Il fixa de nouveau celui qui allait devenir le plus important dans sa vie dorénavant et ne pu s'empêcher de lui voler un baiser, une fois encore.
[1] Hikikomori : pathologie touchant principalement les adolescents et les jeunes adultes, se dit d'une personne restant cloîtrée chez elle, loin du monde extérieur, le plus souvent dans leur chambre pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, en refusant toute communication, même avec leur famille, et ne sortant que pour satisfaire aux impératifs des besoins corporels (merci wikipédia xD).
C'est une jolie, jolie, jolie happy end pour le Stenny~
Malheureusement pour ces deux-là, c'est encore loin d'être la fin !
J'adore le personnage d'Henrietta, pas vous ? Peut-être que je devrais lui donner plus d'importance dans la fic même si, en soi, son rôle est assez important.
Préparez-vous au prochain chapitre, un nouveau personnage va débarquer (ça sera le dernier je pense) et il pourrait bien bouleverser le reste de l'histoire...
Le prochain chapitre est susceptible de contenir un lemon, mais je préviendrais en début du prochain chapitre !
