Son mental, redevenu paisible à la fin du visionnage du cours biomémorisé, fut parcouru par une étrange sensation de vrombissement lointain, un peu comme le bruit de la neige dans un téléviseur mal réglé. Ce dernier se faisait de plus en plus fort et de plus en plus intense. Chaque cellule de son corps vibrait étrangement. Elle senti que des barrières mentales solidement mise en place n'allaient pas tarder à céder. Le vrombissement en devint assourdissant au point qu'elle aurait pu s'imaginer au cœur d'un réacteur. Après une ultime impulsion, les barrières que son subconscient avait soigneusement bâties explosèrent en éclat faisant régner de nouveau un silence assourdissant dans sa propre tête.
La première information s'insinua dans son être : 4 mai 2109, 20h13. Evelina su d'instinct que c'était sa date de naissance. Elle baigna un moment dans cette donnée primordiale comme pour s'en empreigner. Puis, le fil de sa vie commença à se dérouler à toute vitesse sous forme de flashs imperceptibles de moins d'une fraction de seconde chacun.
Au début, des couleurs, des odeurs, des éclats de voix s'enchaînèrent dans sa tête sans qu'elle n'est le temps de les identifier clairement. Son mental, quand à lui, emmagasinait chaque élément pour le ranger selon sa propre logique. Elle vit quatre bougies soufflées sur un gâteau, une égratignure au genou, un escalier immense qu'elle s'apprêtait à descendre seule, une odeur d'herbe fraîchement coupée, une contine chantée par une femme,… Puis tout se stoppa sur une tranche de sa vie.
Son père lui faisait faire l'avion en riant à gorge déployée alors qu'il l'amenait au lit. Elle sut d'instinct qu'elle avait cinq ans.
– Attention à vous ! Evelina vole si haut qu'elle touchera bientôt le soleil, claironna Téodor.
– Je pourrai aller récupérer la perle de pluie que le sylphe m'a promis, riait Evelina les bras toujours tendus.
– De quoi parles-tu ma chérie, demanda son père en la déposant doucement dans son lit moelleux.
– Un sylphe m'a promis une perle de pluie pour lui avoir permis de retrouver sa famille.
– Arrêtes tes sottises, ces bestioles n'existent pas, répondit son père d'un air mi autoritaire mi amusé.
– Ce ne sont pas des sottises, papa, je tu jures que c'est vrai, se défendit la petite.
– Écoutes, mon cœur, il est très tard nous avons une grosse journée au parc demain.
Il lui fit un sourire, la borda, déposa un baiser sur son front et se dirigea vers la porte de sa chambre.
Le rythme de déroulement de sa vie reprit sa course effrénée jusqu'à ses sept ans.
Elle jouait dans son espace anti gravitation que ses parents avaient installé sur l'immense terrasse jouxtant le jardin botanique que sa mère aimait tant. Cet appareil était une sorte de bulle géante générée par un appareil d'ondes polarisées qui se dépliait et se rétractait à volonté. Il permettait à ceux qui en franchissaient les barrières ioniques de ne plus être sujet à loi de Newton. Elle était à plus d'un mètre vingt du sol lorsqu'une charge électromagnétique vint perturber le fonctionnement de l'appareil. Elle tomba lourdement sur le sol
Alors qu'elle était sur le point de se mettre à sangloter sous l'effet de la douleur, elle remarqua une magnifique et minuscule sphère de couleur nacrée rouler jusqu'à elle. Cette petite bille changeait constamment de couleur pour prendre une nouvelle teinte dans les tons pales. La petite fille regarda de tous côtés pour essayer de trouver qui avait bien pu lui envoyer cette sphère. Sa mère était en train de lire un livre numérisé sur sa tablette dans la pergola et son père était parti au travail tôt ce matin là.
Evelina s'assit en tailleur à même le sol et saisit au creux de ses mains cette petite bille de la taille de l'ongle de son petit doigt. En en oubliant sa douleur, elle sourit.
– Ma perle de pluie. Merci Monsieur le sylphe !
Après la reprise effrénée de flashs de toute nature, le fil de sa vie se stoppa de nouveau à ses douze ans. Elle était sur l'immense terrasse au dessus de la propriété de ses parents. Elle regardait paisiblement le clair de lune assise sur une des chaises. La jeune adolescente percevait une communication télépathique de nature émotionnelle dont elle n'avait pas besoin de chercher la provenance. L'être avec lequel elle communiquait par le biais de cette conversation sans mots était curieux, nerveux et inquiet. Elle tendit son bras droit vers le ciel devant elle.
– Allez viens, n'est pas peur, murmura t elle comme pour donner du courage à son interlocuteur.
A à peine deux mètres de la jeune fille, au dessus du vide, une déchirure spatio-temporelle d'un mètre cinquante d'envergue se créa pour laisser passer un dragon de taille moyenne avant de se refermer. Ses écailles brunes luisaient sous la lumière de la lune. Il effectua quelques cercles silencieux dans le ciel étoilé avant de se poser devant la jeune fille qu'il reconnaissait. Il replia ses puissantes ailes en s'approchant doucement. Evelina, qui ressentait toujours une certaine crainte de sa part, lui tendit un énorme steak saignant en l'encourageant gentiment. Le jeune dragon parcouru les derniers centimètres qui le séparait du steak très lentement. Le sang de la viande commençait à dégouliner sur les avants bras nus tendus de la jeune fille mais elle ne scia pas. Il saisi le morceau de viande de ses crocs acérés très délicatement pour ne pas blesser celle qui le nourrissait.
Alors qu'il venait d'engloutir ce qu'elle lui avait donné, la porte de la terrasse s'ouvrit à la volée. Ses parents, la mine inquiète, découvrirent la scène. Leurs yeux allaient de cette créature sortie de nulle part à leur fille dont les bras étaient ensanglantés. Ils tirèrent trop hâtivement des conclusions.
– E…Evelina, appela sa mère tétanisée se soutenant à l'embrasure de la porte.
– Éloignes toi d'elle, rugit son père à la créature en faisant apparaître une sphère de flammes vertes au creux de sa main droite.
Evelina fut stupéfaite de voir son père si cartésien user de la magie. Elle n'arrivait pas à comprendre comment cela était possible. Elle dut se remettre très rapidement de son état de choc car elle pressentait que le dragon qu'elle avait apprivoisé prenait ses parents pour une menace de mort contre eux deux. Alors que le dragon déployait ses énormes ailes en montrant des crocs fumant de souffre, Evelina s'interposa entre eux.
– Papa, ce n'est pas ce que tu crois, s'écria t elle, il est inoffensif. Tu lui fais peur avec cette… chose, finit elle en désignant sa main.
Son père se mit dans une position défensive que seuls les vénérables sorciers de ce monde effectuaient avant de passer à une attaque de grande envergure. Elle senti l'air changer de densité sous l'effet d'un vent astral qu'elle n'avait jamais ressenti. Elle vit dans les yeux de son père une expression vénéneuse qu'elle ne lui reconnaissait pas. Sa mère, quand à elle, était devenue aussi pâle que la mort. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux. Comment un père si doux et si gentil pouvait il se transformer en une fraction de seconde en cette personne qui lui faisait face, si rempli de haine et de pouvoir sorti d'un autre âge ?
– Evelina, viens près de moi toute suite, somma autoritairement son père en tendant sa main libre vers elle.
– Papa, s'il te plait, lui répondit elle d'une voix mal assurée, avant que ça ne dégénère, laisses moi gérer tout ça. Il va repartir et…
– Evelina, ce n'est pas une requête, c'est un ordre, coupa son père dont l'instinct de conservation faisait sonner ses mots plus fort qu'il ne l'aurait voulu.
De sa main gauche que la jeune fille dirigea imperceptiblement derrière elle, Evelina recréa une nouvelle déchirure spatio-temporelle de la taille du dragon au même endroit que précédemment. Elle calma télépathiquement comme elle le pouvait son jeune ami dont le gosier commençait à entrer en fusion. Dès qu'il senti la déchirure, il se retourna d'un geste à peine visible pour l'œil humain afin s'engouffrer en volant dans la brèche. Une des griffes présente au bout de son aile droite entailla de manière critique et involontaire l'arrière de l'épaule gauche la jeune fille. Sous l'effet de la douleur, Evelina s'effondra au sol. Elle eu tout juste le temps de voir vaguement son père lancer l'étrange boule verte qui avait triplé de volume vers la brèche qui se refermait rapidement avant de s'évanouir pour de bon.
La suite fut une succession d'images et de sons plus lents dont elle put en comprendre directement le sens. Elle vit un couloir d'hôpital, une salle d'examen, les médecins informant ses parents que la déchirure était pour le moment inopérable car des zones vitales étaient encore trop instables pour être manipulées, qu'il était vital de la mettre en stase pendant dix jours avant de prendre une décision définitive sur la solution la plus adéquat à appliquer, l'étonnement des médecins à la fin de la période d'observation lorsqu'ils constatèrent que les zones les plus touchées avaient commencées d'elle même le premier stade de régénération osseuse et cellulaire, son passage dans le TY350,…
Elle put repartir chez elle. Elle vit dans des flashs furtifs peu compréhensibles ses parents pleurant, la prenant dans leurs bras, s'excusant de ce qu'ils s'apprêtaient à faire et lui injectant directement dans la carotide un liquide qui l'assomma en un rien de temps.
Il se passa une chose étrange alors qu'elle sombrait dans l'obscurité suite à la dernière scène qu'elle venait de revoir. Elle sut grâce à la technologie du Tempus que les souvenirs qu'elle s'apprêtait à retrouver avaient été modifiés à partir de ce point. Comme pour l'avertir que ce qu'elle allait revivre sonnait faux ou était incomplet.
Elle vit alors défiler à toute vitesse des fragments de vie où ses parents croulaient sous les responsabilités professionnelles et n'avaient plus beaucoup de temps à lui consacrer, que lorsqu'ils arrivaient à se mettre autour d'une table pour dîner les rapports qu'ils entretenaient avec leur fille étaient relativement distants. Il lui arrivait fréquemment d'aller se coucher alors qu'ils n'étaient pas encore rentré et de se réveiller après leur départ. Elle se sentait un peu seule malgré ses amies plus ou moins superficielles qui l'entouraient à l'époque. En revanche, elle avait trouvé une oreille attentive auprès de Lucian, son nouveau meilleur ami, qu'elle avait rencontré par hasard dans la salle de repos de son établissement scolaire. Il était gentil, attentif et la faisait rire. La musique était sa raison de vivre et il songeait sérieusement à arrêter ses études pour vivre de sa passion. C'était un guitariste hors pair et un grand rêveur dans l'âme.
De son côté, Evelina était une jeune fille brillante en avance pour son âge qui eu son bac à 16 ans avec d'excellentes notes. Lors de son seizième anniversaire, ses parents l'amenèrent dans un institut. Elle fut soumise à des tests psychologiques, physiques et génétiques afin de rentrer dans une confrérie relativement fermé. Cette dernière permettait, à ceux ayant le profil recherché, d'accéder à un confort social et financier très acceptable. Ses propres parents avaient passés ces tests et faisaient actuellement partie entière de cette confrérie très prisée. Pour ses parents, il était totalement logique qu'elle soit intégrée à son tour.
Malgré un bilan plutôt brillant, les marqueurs génétiques recherchés manquaient à son ADN et sa candidature fut définitivement refusée. Malgré une profonde déception de ses parents, elle continua son cursus scolaire à Oxford dans l'ingénierie en défense démoniaque en vue de travailler sur l'amélioration des défenses de la bouche de l'Enfer.
Ce cursus s'était imposé à elle lorsqu'à la prérentrée 2125, alors qu'elle était inscrite mais n'avait pas encore une idée précise sur les options qu'elle allait demander, elle avait sillonnée l'ancienne bibliothèque de l'établissement pour feuilleter par curiosité quelques vieux livres reliés comme dans l'ancien temps. Elle trouvait tellement primaire et stupide de réaliser des volumes si gros et si lourds pour contenir si peu d'information alors qu'à présent, il suffisait de demander à sa tablette un sujet pour en avoir tous les écrits, toutes les vidéos et tout ce qui pouvait s'y rapporter.
Elle tomba sur la première édition de 2074 d'un livre épais à couverture de cuir noir où il était inscrit en lettre cuivrée « Guide théorique et pratique contre les Turok Han et autres démons majeurs » co écrit par Buffy Summers et Rupert Giles.
Le livre avait été numérisé depuis des années dans la nouvelle médiathèque de l'établissement mais ce livre là était annoté de la main même de Rupert Giles.
Il comportait en première de couverture, sur une page rajoutée après impression de l'ouvrage, la signature de l'ancien observateur et celle de Buffy Summers qu'elle avait précédée d'une courte phrase : « Que ce livre vous permette de faire perdurer la connaissance des Teuses à travers le temps ». Mademoiselle Summers était décédée six ans avant la publication de la première édition. Elle avait tout de même signé quelques pages similaires qui avaient été greffées sur 250 exemplaires de ce manuel avant d'être vendu à prix d'or. Pas mal de ces ouvrages originels furent détruits ou perdus.
Elle avait été tellement fascinée par ce livre rare qu'elle avait supplié son père pour qu'il fasse jouer ses relations afin qu'il puisse lui offrir ce précieux livre pour le noël de la même année.
Il devint sa bible. Elle connaissait par cœur son contenu. Elle savait que l'activation des Tueuses potentielle effectuée par la puissante et légendaire sorcière Willow Rosenberg avait provoqué un bug sans précédent dans le déroulement de la prophétie des Tueuse. D'un côté, les démons en marge de la société ne rêvant que d'apocalypse avait pu diminuer de quatre vingt dix sept pour cent au cours du XXIe siècle mais le revers de la médaille fut que plus aucune nouvelle Tueuse ne fut activée après cela. Il y avait tout un chapitre sur les diverses théories avancées concernant ce phénomène mais la plus plausible, selon elle, était que le monde dans lequel elle vivait actuellement avait été purgé par les Tueuses activées au siècle précédent réduisant la menace à peau de chagrin. Elle avait pu suivre chronologiquement comment les démons et autres hybrides souhaitant se plier aux règles sociales déjà établies avaient été intégrés et acceptés dans notre société actuelle. Enfin, dans les dernières pages, elle apprit que la dernière tueuse, Alice Thors, une finlandaise, décéda le 30 juin 2073 victime d'un tragique accident du Spaceliner 4448 à destination de la Nouvelle Zélande.
Elle se vit par flash très bref major de sa promo, tête baissée dans le travail négligeant sa vie affective et personnelle. Après avoir obtenue son diplôme en 2132, son père créa un pole d'activité spécialement pour sa fille : le développement et l'amélioration des infrastructures anti Turok Han. Une vingtaine de personnes lui furent assignées afin de proposer au gouvernement roumain de nouvelles technologies et de nouvelles infrastructures pour la régression de cette menace permanente.
Elle se vit également se rendre chaque semaine à un cours de self défense contre les Turok Han. Après pas mal de théorique et de pratique sur des vampires classique, elle tua son premier super vampire en salle début janvier. Durant les séances hebdomadaires de ce sport pratiqué essentiellement par des hommes ou des militaires en formation, elle rencontra Valerja. Cette jeune femme, véritable fonceuse dans l'âme, était à la fois belle et redoutable. Malgré un côté superficiel de surface, elle était très humaine et très cultivée. Son péché mignon, qu'elle avouait à peu de gens, était sa collection d'armes blanche et d'armes à feux qu'elle tenait chez elle à l'abri des regards.
Puis, son subconscient fut assailli de dates et d'évènements douloureux pour elle.
9 janvier 2133 : ses parents partent pour un gala de charité à Sibiu et son sensés rentrer le 11 au soir.
13 janvier 2133 : sans nouvelles de leur part, elle rapporte leur disparition aux autorités.
2 mars 2133 : elle reçoit un coup de fil de la police lui indiquant que deux corps partiellement calciné et démembrés ont été retrouvés à la sortie des égouts de Rășinari.
Les analyses ADN certifient que se sont ses deux parents. Elle fut interrogée par le légiste sur un tatouage pratiqué sur la partie droite du crâne de ses deux parents à l'aide d'une encre d'origine inconnue. Il représente un écusson sur lequel figure en bas un livre ouvert avec une sorte de crâne étrange entourée de flamme dans un cercle. D'après le médecin, ce tatouage fut réalisé une trentaine d'année auparavant. La circonstance de leur mort resta inexpliquée car, en plus des blessures corporelles révélant des tortures pratiquées pré mortem, leur cerveau semblait avoir implosé sans raison apparente.
Après avoir mémorisé le cas dans la banque de donnée de la morgue, les corps furent rendus à la jeune femme pour la crémation.
La chronologie de sa vie fusa de nouveau dans son esprit. Elle se vit rechercher dans différentes banques de données le dessin de leur tatouage, sans succès. Elle alla même jusqu'à solliciter l'aide d'anciens amis proches de ses parents, en vain. Ceci était tellement devenu une obsession pour elle qu'elle déléguait la majeur partie de son travail et des nouvelles responsabilités que la mort de son père impliquait à un directeur général de confiance qu'elle avait embauché. Dans son esprit, cet unique tatouage était la seule piste qu'elle avait pour essayer d'en savoir plus sur ses parents. Elle était intimement convaincu qu'elle pourrait grâce à lui remonter la piste jusqu'à ceux qui les avaient assassinés. Les seuls répits dans ses recherches qu'elle s'accordait étaient lorsqu'elle sortait de temps à autre pour boire un verre avec Lucian et Valérja, ses deux amis proches qui ne l'avaient pas quitté malgré l'isolement dans lequel elle s'était murée depuis la mort de ses parents. Elle continuait également à se rendre à ses cours de self défense pour calmer la rage qui bouillait en elle. Elle avait atteint un tel niveau de maitrise qu'on la télé transportait directement dans une fausse rempli par une dizaine de Turok Han qu'elle arrivait à tuer relativement rapidement.
En décembre 2133, excédée par le manque d'éléments autour de la mort de ses parents, Elle vit par images furtives qu'elle mettait à sac toute leur propriété, sous l'œil impuissant de Lory, le système de surveillance, de nettoyage et d'assistance implantée dans les murs de la maison.
Le fil ralenti pour lui permettre de revivre la fin de cette journée. Elle se trouvait dans son ancienne chambre. Épuisée par une journée entière à vider tous les tiroirs, placards et de déplacer tous les meubles et toutes les décorations, elle s'était assit par terre, les genoux près de sa poitrine, contre l'embrassure de la baie vitrée. Il faisait nuit noire dehors et elle n'avait même pas pris la peine d'allumer la lumière.
– Lory, appela t elle la tête posée sur ses genoux.
– Oui Miss Kiõv, lui répondit une voix féminine douce et chaleureuse venant de nulle part et de partout à la fois.
– Peux-tu contacter Viktor et ses employés pour qu'il puisse remettre de l'ordre dans le foutoir que j'ai mis, lui demanda t elle en relevant la tête.
– Bien Miss Kiõv.
Il y eu un court silence puis Lory reprit.
– Ils seront là à la première heure demain matin.
– Je compte sur toi pour surveiller le personnel.
– Ne vous en faites pas, je veillerai à ce que tout retrouve sa place d'origine et que la maison soit nettoyée de font en comble. Avez-vous besoin que je vous allume la lumière ?
– Non merci ça ira.
Elle avait posé lourdement sa tête contre le mur et regardait sans voir dans la direction opposée le mur contre lequel se trouvait son ancien lit quelques instants plus tôt. Elle culpabilisait en se rendant enfin compte du désordre sans nom qu'elle avait fichu dans toutes les pièces de la maison. Pour la première fois, elle réalisa que ses parents étaient bel et bien morts et que plus rien ne lui permettrait de trouver de quoi se rattacher à eux. Elle se mit à sangloter silencieusement.
Alors que le vent déplaçait rapidement les nuages, des parcelles du ciel étoilé montrait le bout de leur nez par intermittence. Evelina remarqua qu'à chaque fois que le ciel se dégageait, un carré de trente centimètre de haut dans le mur d'en face était éclairé légèrement plus que la normale. Elle laissa le phénomène se reproduire à plusieurs reprises avant de s'approcher du mur.
Elle tapota sur ce dernier afin de voir si le son au niveau de cet étrange carré était différent. Malgré que cette surface fasse partie des murs porteur de la propriété, elle eu la curieuse confirmation qu'à cet endroit précis ça sonnait creux. Sans se poser de questions, elle essuya ses larmes d'un revers de la main, ravala son chagrin, descendit dans le grand salon, empoigna le tisonnier et retourna dans sa chambre. Elle frappa le mur à cet endroit plusieurs fois et fut surprise de découvrir une étroite cavité dans laquelle se trouvait une boite cubique en acier trempé.
Elle dégagea un passage suffisant pour extraire la boite. Elle s'assit en tailleur pour mieux pouvoir manipuler l'objet. Elle fut surprise par le poids de ce dernier. Sur le couvercle il était gravé « Avant d'ouvrir ceci, désactives Lory. Maman et Papa. ». C'est les yeux embués de larmes à la lecture de ce qui était gravé qu'elle appela.
– Lory ?
– Oui Miss Kiõv.
– As-tu des tâches en cours ou planifiée pour le reste de la nuit ?
– Non. Tout est en ordre.
– Bien. Je t'ordonne de te désactiver intégralement jusqu'à ce que je te réactive manuellement.
– Bien Miss Kiõv.
Tous les appareils électroniques de la maison ainsi que toutes les fermetures des portes se désactivèrent en un cliquetis. Une fois sure et certaine que Lory était en sommeil, elle ouvrit la boite.
A l'intérieur, il y avait peu de chose. Le plus imposant et le plus encombrant des objets étaient un grimoire de l'ancien temps. Il était relié et avait une épaisse couverture rigide de couleur pourpre. Il comportait plus de deux mille pages. Son titre était caché pas une enveloppe écrite de la main de son père. Ceci l'intrigua. Depuis quand son père aimait cette pratique archaïque qu'était l'écriture manuelle ? Les trois autres objets restant étaient une espèce de bille nacrée qui changeait de couleur constamment, une chevalière et une puce électromagnétique qui servait à sauvegarder des données importantes. Cette dernière faisait parti des modèles ultra résistant qui ne pouvait être détruit ni par le feu, ni plongé durant une durée indéterminé dans l'eau. Elle prit l'enveloppe et l'ouvrit.
Elle y trouva une lettre manuscrite de sa mère.
Image de fin de chapitre : http:*/*/*bit*.*ly*/*1PukA6v
