Il reposait las sur un fauteuil de cuir sombre dans le salon personnel de ses appartements. Il regardait sans grand intérêt l'orgie qui était en train de se dérouler au centre de la pièce. Il y avait à peine participé alors que c'était une activité qui l'avait toujours beaucoup amusé. Ces humains… Tellement naïfs de croire qu'ils pouvaient prétendre à l'immortalité. Ils sont tellement faciles à duper, ça en devient navrant… Deux d'entre eux gisaient totalement drainés, une expression d'effroi figée sur le visage. Les autres s'étaient accommodés de ces deux cadavres et continuaient à festoyer.

C'est alors qu'une jeune femme exquise à la beauté époustouflante se détacha du groupe et s'aventura près de lui. Après quelques pas, elle saisi une fine étoffe pourpre et entrepris de danser pour lui. Elle donnait l'impression d'à peine toucher le sol. Tout en évoluant de manière gracieuse, elle finit sa chorégraphie à califourchon sur le vampire qui n'avait bougé que les yeux pour suivre ses mouvements. Au comble de l'audace, elle sillonna de ses doigts délicats son torse dénudé. Il émit un léger tressaillement tout en bougeant très lentement la tête pour lui faire face. De la jeune femme se dégageait une magnifique fragrance de peur et d'intimidation. Malgré ceci, elle ne laissait physiquement strictement rien transparaître.

En une fraction de seconde à peine, il ramena son bassin plus près de lui encore et se redressa dans son fauteuil. Leurs deux bustes étaient si proches qu'ils se frôlaient par intermittences lorsque la jeune femme respirait. Elle esquissa un sourire légèrement gêné mais ne se dégagea pas. Le vampire dessina lentement des arabesques sur la peau parfaite de son dos en remontant jusqu'à ses épaules. Elle avait uniquement osé poser ses mains sur ses hanches en attendant la permission de son hôte pour aller plus loin.

Lorsque sa main droite atteignit enfin sa nuque, le vampire approcha son visage à quelques millimètres du sien sans jamais le toucher. Ce qu'elle dégageait à présent était des plus exquis. Il en insuffla avidement une bonne bouffée. L'instant d'après, une leur meurtrière dardait ses pupilles. Avant que sa proie n'ait eu le temps de comprendre ce qui allait lui arriver, il lui brisa nette la nuque d'une seule main avec une facilité enfantine.

Il envoya valser le corps sans vie de sa dernière victime et se leva. Ceci n'avait que trop duré. Il leva la main droite en faisant face à ses invités et entrepris de les vider de toute leur énergie vitale. Une à une, les personnes présentes succombèrent et s'écroulèrent lourdement sur le sol. Cette énergie était ce qu'il préférait soutirer à ses victimes. Le sang était vital, bien entendu, mais leur énergie le revigorait et aiguisait toutes ces perceptions de manière considérable.

Frumos claqua des doigts et la double porte de ses appartements s'ouvrit sur des membres de sa garde rapprochée. Sans leur adresser un regard, il lança :

-Nettoyez moi tout cela.

Après une révérence, ses sous fifres s'engouffrèrent dans la pièce et entreprirent de transporter les corps vers le crématorium. De son côté, le vampire se dirigea vers une autre porte de la pièce qui menait à sa chambre.

Les lourds rideaux de velours noir étaient déjà tirés mais une faible lanterne à l'ancienne faisait baigner la pièce dans le clair obscur. Dans le lit à baldaquin en bois richement ouvragé était couché un homme. Il ne portait aucun vêtement mais les draps de soie le recouvraient pudiquement à partir de la taille. Il faisait face aux fenêtres situées sur le mur opposé à la porte par laquelle Frumos était entré. Son dos était fin mais musculeux et ses cheveux mi long et bouclés avaient la couleur des blés. Il paraissait si immobile qu'on aurait pu se demander si ce n'était pas une statue de cire.

-Tu as fini de t'amuser avec tes stupides humains, questionna froidement sans se retourner le jeune homme alité.

Frumos interrompit son évolution à travers la pièce à quelques mètres du lit.

-Tu aurais du participer, répondit il d'un ton faussement enjoué, je suis sur qu'à toi au moins ça aurait plu.

L'occupant du lit se retourna d'un coup pour se positionner sur ses avants bras et le toisa du regard. Il avait la carrure et les traits d'un éphèbe grec ayant à peine atteint la trentaine. Ses yeux verts brillaient de colère et il avait la moue boudeuse.

-Tu sais très bien que je ne partage pas, lui lança t il à la figure. Les humains ne sont que de la nourriture ambulante qui rampe devant toi ! Participer à cette mascarade et te voir tantôt embrasser une belle et généreuse femme, tantôt faire des avances à un jeune homme dont le parfum t'aurait plus ? Très peu pour moi !

La jalousie maladive de son compagnon l'avait toujours fait fondre. Les traits de Frumos s'adoucirent et, pour la première fois depuis la fin de cette longue soirée, il sourit. Il parcourut nonchalamment les derniers mètres qui le séparaient de son lit.

-Mathias, tu sais pertinemment que je prends un malin plaisir à jouer avec ma nourriture. Cependant, lorsque je pars, c'est pour mieux te revenir.

Le jeune blond poussa un soupir d'irritation et sa mine se renfrogna.

-Tu crois vraiment que je t'aurais engendré sur un coup de tête il y a de cela plusieurs siècle pour te jeter après t'avoir utilisé, questionna Frumos, tu es le seul pour lequel mon cœur devenu froid frémit à ce jour. Tout ces siècles à tes côtés ne t on ils pas encore convaincu ?

Après quelques instants, les traits du vampire blond se détendirent. Il s'approcha peu à peu du bord du lit pour faire face à son interlocuteur. Durant son évolution à travers la couche, les draps glissèrent découvrant graduellement et de manière étudiée son corps dévêtu. Si le cœur mort du ténébreux vampire avait encore abrité la vie, il aurait manqué un battement.

Il se mit à la hauteur de Frumos en se redressant sur ses genoux. Il saisit la chaîne que portait le maître des lieux et entreprit de l'entortiller lentement autour de son index. Sans aucune résistance, le vampire millénaire se pencha jusqu'à ce que son visage soit à quelques centimètres de celui de son compagnon. Après avoir plongé ses yeux émeraude dans le bleu acier de ceux de Frumos, Mathias détourna la tête pour venir langoureusement embrasser sa nuque.

-Tes pratiques me rendent malade, lui souffla t il entre deux baisers.

L'adonis blond délesta lentement les épaules de son amant de la chemise en soie noire.

-Et malgré l'éternité que nous avons devant nous, lui susurra t il à l'autre oreille, j'ai l'impression que tu n'es pas suffisamment longtemps auprès de moi.

Il lui hotta avec tendresse et délicatesse son pantalon coupé sur mesure. Délesté de son dernier vêtement, Frumos le saisi à la nuque. Il l'embrassa passionnément et le rejoint dans la seule étreinte capable de lui procurer un abandon total.

L'après midi était déjà bien avancée lorsque ses yeux bleu s'ouvrirent. Il avait soudainement le sentiment que quelque chose ne tournait pas rond. Il senti que l'air se ionisait un peu plus à chaque seconde. Il prit mille précautions pour se dégager de son compagnon qui s'était lové contre lui. Il préférait le laisser paisiblement dormir et ne pas l'affoler inutilement. Il glissa hors du lit et se revêtit d'une simple robre de chambre anthracite. Tout ses sens étaient en alerte lorsque brusquement une déflagration phénoménale retentit. Le sephira venait d'envoyer une onde de choc si grande que ça en brisa une bonne partie des vitres de la propriété.

Surpris pas le choc, Mathias se réveilla en sursaut. Les rideaux furent immédiatement soufflés vers l'extérieur. Le vampire fut alors exposé quelques instants aux rayons meurtriers du soleil qui dardait actuellement aux fenêtres. Il en fut légèrement brûlé. Dans un instinct de conservation, Mathias s'écarta de la source de lumière en sifflant telle une bête sauvage. Frumos se dirigea sans réfléchir vers la fenêtre pour repositionner les rideaux à l'intérieur. Comme il était au service de la Force et alloué à la garde du sephira, il avait été gratifié de plusieurs avantages non négligeables. L'immunité face aux rayons du soleil en faisait parti.

-Mais qu'est ce qu'il se passe, questionna Mathias.

-Restes ici, je vais me renseigner.

A la fois inquiet et paniqué, il se rua vers la salle du trône. Il voulait vérifier de toute urgence que la boule d'énergie éthérique était toujours intacte.

Elle vrombissait à sa place habituelle mais sa couleur avait changée. Elle était devenue rouge écarlate. Cependant, alors que les secondes s'égrainaient, elle retrouvait peu à peu sa couleur d'origine. Comme la Force était partie la veille dans une autre dimension, il n'avait pas la possibilité de savoir de quoi il en retournait. Cependant, il tenta de le découvrir par lui-même. Il se connecta au sephira et le sonda. L'énergie de la magie primordiale était réellement sauvage et dure à cerner. Le temps pressait et l'information recherchée commençait à se disperser vers le néant. Pour mieux se concentrer et palier à l'urgence de la situation, il ferma les yeux et utilisa l'intégralité de ses capacités pour capter l'information dont il ne restait à présent plus que de maigres fragments. C'est lors d'une ultime projection mentale qu'il capta les ultimes bribes de ce qui avait causé le phénomène. Tout était flou, balbutiant et vague. Il mit un moment à pouvoir tout analyser et recouper.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, il était totalement métamorphosé. Ses traits s'étaient durcis comme de la pierre en une expression cruelle, le sourire qui s'était formé sur ses lèvres découvrait ses crocs affûtés comme des lames de rasoirs et dans ses yeux brûlait une lueur sadique. Un rire démoniaque empli sa gorge avant de fuser vers le ciel.

Une Tueuse venait tout juste d'être activée. Et la chasse était désormais ouverte.

Image de fin de chapitre : bit*.*ly*/*1QnErD2