Chapitre 2
Daryl tapa deux fois sur la porte. Aucun rôdeur aux alentours, aucun bruit suspect.
- C'est bon. On peut y aller, dit-il.
Beth entra dans la maison et ouvrit les placards.
- Il n'y a pas beaucoup mais c'est suffisant pour ce soir, surtout si on fait les lapins en plus, expliqua-t-elle rapidement.
Daryl hocha la tête et fit le tour de la maison. Puis, il revint dans la cuisine et posa les lapins sur la table.
- Ok, on reste, décida-t-il.
Ils barricadèrent la porte et les fenêtres, installèrent une alarme dehors et sortirent leurs couvertures.
Beth monta dans une des chambres. Elle trouva un cadavre presque entièrement décomposé. L'odeur était affreuse et il y avait du sang partout sur le mur. L'homme s'était visiblement tiré une balle dans la tête.
Elle sortit et referma la porte derrière elle. L'autre chambre était celle d'un enfant, mais il n'y avait pas de cadavre, juste un petit lit.
Elle redescendit prévenir Daryl.
- Le lit est inutilisable, expliqua-t-elle.
- J'ai vu, répondit-il.
- Je te laisse le canapé. J'ai ma couverture.
- Sûrement pas, dit-il en prenant sa couverture à Beth pour l'installer sur le canapé.
- Mais non, sérieusement, prends-le, insista-t-elle.
- Arrête de discuter ou je le fous dehors, ce canapé.
Elle sourit. Son ton n'était pas agressif, et il y avait un sourire dans ses yeux. N'importe qui se serait braqué en entendant ça, mais pas elle. Elle connaissait Daryl, maintenant.
OoOoO
Daryl s'installa à la table pour dépecer les lapins, tandis que Beth enlevait son pull.
- Je vais laver mes vêtements, tu veux que je lave les tiens aussi ? demanda-t-elle gentiment.
Il lui donna sa chemise mais pas son pantalon. Elle, elle enleva pratiquement tout, sauf ses sous-vêtements, et s'enroula dans une couverture le temps de faire la lessive. Pendant qu'elle frottait les tâches de sang sur son t-shirt, elle râla d'avoir été si idiote plus tôt dans la journée.
Ils avaient quitté l'ancienne maison deux jours plus tôt, précipitamment, lorsque deux rôdeurs avaient enclenché leur alarme. Daryl l'avait réveillée en sursaut, elle s'était rapidement habillée et ils avaient filé. Ils avaient pas mal couru et rencontré beaucoup de rôdeurs. Beth avait failli y rester deux fois. Ils avaient dormi dans une voiture trouvée sur le bord de la route. Le lendemain, ils avaient repris la route et un peu chassé. Daryl avait attrapé quelques lapins, et Beth avait tué trois rôdeurs sans vérifier que le dernier était bien mort. Il s'était relevé et avait sauté sur Daryl. Beth était alors intervenue de justesse avant qu'il ne se fasse mordre. Elle s'était excusée mille fois,même si Daryl lui avait assuré que ce n'était rien. Et là, elle s'en voulait encore.
OoOoO
La lessive terminée, elle mit le tout à sécher et revint dans le salon. Daryl, qui avait fini les lapins et allumé un feu dans la cheminée, lisait un livre trouvé là. Elle s'assit à côté de lui.
- Ça va ? demanda-t-il.
- J'ai froid.
Il passa son bras autour de ses épaules et la serra contre lui. Elle se blottit contre lui et entrelaça ses doigts avec les siens. Elle ferma les yeux et profita simplement de la chaleur de son corps.
- Qu'est-ce qu'on va faire, Daryl ?
Il posa son livre et la questionna du regard.
- Je veux dire, est-ce qu'on va continuer à courir comme ça tous les jours et se choisir une maison tous les soirs ? On ne devrait pas essayer de retrouver les autres ? expliqua-t-elle.
- On finira par les retrouver, dit-il calmement.
Son ton à elle était inquiet, mais pas celui de Daryl. Il semblait réellement convaincu qu'ils allaient bientôt retrouver les autres. Et Beth le savait, c'était grâce à elle.
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Ils mangèrent et dormirent. Ils étaient épuisés et avaient besoin de sommeil. Cependant, Daryl mis quelques heures avant de pouvoir le trouver. Il songeait à ce que Beth avait dit. Effectivement, ils ne pouvaient pas continuer à courir sans but à travers la Géorgie.
Il eut une idée et s'endormit dessus. Demain serait différent, demain serait épuisant. En réalité, ils avaient bien un but : survivre. Mais ce n'était pas suffisant pour elle, il le savait.
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Ils reprirent la route tôt le lendemain. Mais cette fois, plus question de courir. Ils avaient de la chance : pratiquement aucun rôdeur en vue. Deux-trois dans le quartier où se trouvait la maison, quelques autres sur la route, mais c'était tout. Beth vit ça comme un repos que le destin leur accordait, mais ne dit rien. C'était le genre de truc que Daryl trouvait idiot.
Ils marchèrent deux heures sur la route. Daryl cherchait un signe, n'importe quoi, qui aurait pu le mettre sur la piste des autres membres de leur groupe. Rien. Ils trouvèrent des corps d'inconnus à moitié dévorés, des rôdeurs, mais pas les leurs.
Puis, en fin d'après-midi, ils tombèrent sur un panneau. C'était une grande carte, avec de nombreuses voies ferrées qui menaient toutes au même endroit : une étoile noire, en plein milieu de la carte. Au dessus, on pouvait lire : "Le Terminus, un sanctuaire pour tous. Ceux qui y arrivent survivent."
Ils restèrent devant la carte environ cinq minutes, puis Beth regarda Daryl.
- Si les autres ont vu la carte, ils y sont sûrement allés, dit-elle, pleine d'espoir.
- J'sais pas, ça a l'air bizarre.
- Daryl, s'il-te-plaît, c'est notre seule piste jusqu'à présent. S'il y a bien un endroit où on a une chance de les retrouver, c'est là ! Je suis sûre que Maggie y est allée, s'écria Beth.
- Possible.
Elle le regarda en souriant, elle était heureuse, une lueur brillait dans ses yeux, elle avait réellement espoir de retrouver sa sœur.
Daryl accepta d'y aller seulement parce qu'il ne voulait pas briser cet espoir, et parce qu'il n'avait pas d'autre piste. Mais il était méfiant.
OoOoO
Ils recommencèrent à marcher, Beth était plus énergique, elle avançait plus vite. Elle brûlait d'excitation à l'idée d'arriver au Terminus.
A la tombée du jour, Daryl l'arrêta.
- Beth, lui cria-t-il. On va s'arrêter pour la nuit. Il y a des maisons.
Elle fut surprise de l'entendre. Elle avait même oublié qu'il était là. Elle marchait devant depuis plusieurs heures, avec pour seule idée en tête d'atteindre le Terminus.
- Quoi ? Mais on pourrait encore marcher un peu, non ?
- J'suis pas certain qu'on retrouvera des maisons avant longtemps, expliqua-t-il.
Elle fit la moue mais capitula et suivit Daryl qui marchait déjà vers une maison.
Il était prudent, toujours en alerte. Elle, elle avait presque oublié les rôdeurs. Elle était obnubilée par ce Terminus, cet espoir.
OoOoO
Daryl tua quelques rôdeurs avant d'atteindre une maison. Il frappa deux fois sur la porte, un zombie apparut, il lui planta une flèche dans la tête. Il sortit le corps, récupéra sa flèche et entra. Il fit rapidement le tour de la maison, pendant que Beth vérifia une nouvelle fois les ressources. Daryl revint.
- Alors ? demanda-t-elle.
- Un autre, il était coincé dans le garage. Et toi ?
- C'est bon, il y a assez.
Il hocha la tête et posa son arbalète sur la table.
Beth rentra dans le salon. Un superbe salon, spacieux et décoré à la mode 18ème siècle. Il y avait, dans un des coins de la pièce, un gigantesque piano à queue, tout blanc, inratable. Il était majestueux et semblait appeler quelqu'un pour jouer.
Beth s'assit, appuya sur une touche. Il était accordé, en parfait état. Son son résonnait dans toute la pièce de manière parfaitement uniforme. Elle sourit.
Elle se mit à jouer un morceau simple qu'elle connaissait. Daryl se glissa dans la pièce. A la fin du morceau, elle joua autre chose, plus apaisant, et se mit à chanter avec la musique. Sa voix était douce, rassurante, mélodieuse. Daryl se coucha dans le canapé sans bruit et ferma les yeux. Il écouta Beth chanter longtemps, sans rien dire. Sa voix était magnifique, il lui semblait qu'il aurait pu la caresser, comme un tissu de soie, elle était pure et lisse.
Beth chanta un grand nombre de chansons, sans les compter. Elle passait d'une à l'autre sans que ça soit étrange, elle arrangeait les tonalités pour que le tout ne fasse qu'une seule et même mélodie. Quand elle eut fait le tour de son répertoire, elle finit par une berceuse que son père avait l'habitude de lui jouer, quand elle était plus jeune.
Puis elle se leva et sursauta. Daryl était là, sur le canapé, les yeux fermés. Elle le croyait endormi, mais il ouvrit la bouche.
- Pourquoi tu t'es arrêtée ? demanda-t-il.
- Je ne connais pas d'autres chansons.
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Ils mangèrent, toujours des conserves, puis Beth commença à faire la vaisselle. Mais avant qu'elle ait pu terminer, Daryl lui fit signe de le suivre.
- J'ai un truc à te montrer, dit-il.
Elle déposa les assiettes, s'essuya les mains et le suivit.
Ils montèrent et il lui indiqua la première porte. Elle entra et sourit. La pièce était spacieuse et, au centre, se trouvait un magnifique lit à baldaquins. Il était propre, pas de traces de sang ou de combat. Elle sauta sur le lit en riant. Il était moelleux et super confortable. Elle releva la tête et demanda à Daryl de la rejoindre.
- Viens voir, il est parfait, ce lit.
Il lui sourit mystérieusement mais resta sur le pas de la porte. Elle le regarda, étonnée.
- Et bien ? insista-t-elle.
- Je l'essayerai tantôt, lui dit-il. Viens, y a encore un truc qu'il faut que tu vois.
Beth se releva et sortit. Daryl mit sa main devant ses yeux, de manière à ce qu'elle ne voit rien. Sur le moment, elle fut désarçonnée, et puis elle se demanda ce qui pouvait bien mettre son ami dans un état pareil. Il la dirigea lentement vers une autre porte. Elle riait.
- Pourquoi je ne peux pas voir ? demanda-t-elle.
- Attends un peu.
Elle entendait le sourire dans sa voix. Il semblait apaisé, moins tendu.
Ils entrèrent dans la pièce et Daryl enleva sa main.
- Wouaaah, s'exclama Beth. Elle regarda tout autour d'elle. Elle se trouvait dans la plus grande bibliothèque de maison qu'elle n'ait jamais vue. Tous les murs étaient recouverts d'étagères sur lesquelles reposaient des centaines et des centaines de bouquins. Au centre, un bureau, une lampe et deux fauteuils. Elle s'approcha de l'une des étagères. Les livres étaient classés par catégorie, puis par ordre alphabétique. La plus grande des catégories était évidemment celle intitulée 'romans'.
Beth se retourna, un énorme sourire sur les lèvres et prit Daryl dans ses bras, impulsivement.
- C'est génial, dit-elle, merci.
Elle se recula.
- C'est pas moi qu'il faut remercier, répondit-il, mais l'ancien proprio de la maison. C'est lui qui était assez taré pour avoir ça chez lui.
- Oui, mais c'est toi qui a choisi la maison.
- Un hasard.
Elle le regarda droit dans les yeux.
- J'aime tes hasards.
Elle l'embrassa. Doucement, furtivement. Il eut à peine le temps de se rendre compte de ce qui lui arrivait qu'elle avait déjà retiré ses lèvres des siennes.
OoOoO
La maison comptait encore deux autres chambres, plus simples, deux sales-de-bains avec baignoires-jacuzzi et douches, un bar avec une table de billard et un deuxième salon rempli de peintures qui devaient probablement valoir des millions avant l'apocalypse.
Daryl et Beth descendirent. Lui s'occupa d'entretenir le feu que Beth avait allumé, et elle de finir la vaisselle.
Quand elle eut terminé, elle se tourna vers lui.
- J'ai envie de boire.
- Y a un bar, répondit-il. Sers-toi.
- Mais je m'y connais pas, il faudrait que tu me dises ce qui est bon.
Il se leva et se dirigea vers le bar. Elle le suivit. Il fouilla dans les bouteilles. L'avantage de l'alcool, c'est que ça ne périme pas. Il avait le choix, le bar était bien rempli et personne ne semblait être passé par là avant eux.
Il hésita puis sortit une bouteille orange. Il prit un verre et versa l'alcool dedans.
- Tiens, goutte ça, dit-il à Beth.
Elle prit le verre et le porta à sa bouche. Elle en but une gorgée et le redéposa avec une grimace.
- C'est fort. C'est quoi ? demanda-t-elle.
- Vodka à l'orange.
- C'est vrai que ça goutte un peu l'orange.
Elle reprit le verre et but une deuxième gorgée, plus lentement. Daryl se servit un verre aussi et s'assit à côté d'elle.
- On pourrait rester, tu sais, il est bien cet endroit, dit-il calmement.
Elle s'arrêta de boire et le regarda. Elle posa son verre avec fracas.
- Et le Terminus, et Maggie ? s'écria-t-elle.
- Je le sens pas ce Terminus, ça pue le piège.
- Mais c'est notre seule chance de retrouver les autres ! On peut au moins aller voir, et s'il n'y a rien, alors on s'en va. Mais je ne veux pas rester ici tout en sachant qu'ils sont peut-être en train de nous attendre là-bas !
Beth se leva. Daryl l'imita.
- Tu crois vraiment qu'on va les retrouver ? cria Daryl. Ils sont peut-être morts, on pourrait fouiller toute l'Amérique, on les retrouverait pas.
- Et t'en sais quoi, hein ? Tu crois que c'est mieux de rester ici, à se tourner les pouces ?
Elle se mordit la lèvre, regrettant immédiatement ce qu'elle venait de dire.
- Alors c'est ça, dit-il, amèrement. Toi et moi on se tourne les pouces. En fait tu t'emmerdes, c'est pour ça que tu veux jouer au papa et à la maman avec moi, parce que tu te fais chier, et j'suis ton occupation jusqu'à ce qu'on les retrouve !
D'un coup, il balança la bouteille par terre, avec un grand fracas. Puis, il prit les verres et les cassa violemment contre la porte.
- Non, Daryl, c'est pas ce que je voulais dire, cria-t-elle, confuse.
Il s'approcha d'elle jusqu'à ce qu'il ne reste plus que quelques centimètres entre lui et Beth.
- Si, c'est ce que tu voulais dire.
Il s'en alla et sortit de la maison en claquant la porte. Il faisait sombre, dehors.
Beth se mit à pleurer et tomba à terre. Elle pleura pendant ce qui lui sembla être une éternité.
OoOoO
Puis, une idée lui traversa la tête. Elle releva les yeux et vit les bouteilles d'alcool encore intactes. Elle se mit debout, avança jusqu'au bar et prit un autre verre. Elle sortit trois bouteilles au hasard et ouvrit la première.
Elle grimaça à la première gorgée mais les autres passèrent plus facilement. Elle pleurait toujours, mais savait que ce serait bientôt fini. Elle voulait dormir. Bien dormir. Mais elle savait que ce serait impossible sans un peu d'aide.
Elle se servit un cinquième verre, une larme roula sur sa joue et tomba dans le liquide. Elle le regarda, ferma les yeux et l'avala d'un coup.
