Chapitre 4

Quand Beth se réveilla, elle était dans une cellule. Elle avait mal à la tête.

Son dernier souvenir remontait à la voiture. Elle avait hurlé longtemps, espérant que quelqu'un vienne à son secours, mais personne n'était venu. Au bout d'un moment, elle avait ressenti un grand choc sur le crâne, puis plus rien. Les hommes avaient probablement dû l'assommer.

Elle se leva. Elle était couchée sur une banquette simple. A côté, se trouvait une petite table avec un gobelet rempli d'eau et deux biscuits.

Elle mit un moment à retrouver tous ses esprits. Daryl. La dispute. Comment elle avait dû fuir, puis l'enlèvement.

Elle fit le tour de la cellule. Il y avait peu de lumière, les lampes au plafond étaient à peine allumées. Autour d'elle, trois murs en béton et des énormes barreaux en guise de quatrième.

Elle tenta de les secouer. Rien, même pas un tremblement. C'était probablement de l'acier, très solide. La porte était évidemment fermée à clé, et pas un gardien à l'horizon. En face, une autre cellule, symétrique à la sienne, mais vide, celle-là.

Beth se sentait furax et inquiète en même temps. Pourquoi ? Pourquoi enlever des gens dans un monde déjà apocalyptique ? Pourquoi ne pas juste s'entraider pour survivre à cet enfer ?

Elle appela.

- Hé, ho ?

Pas de réponse.

- Il y a quelqu'un ?

Elle entendit soudain un bruit lointain, d'une porte qu'on ouvrait. Puis des pas, qui se rapprochaient petit à petit. Quelqu'un venait la voir.

Les pas se firent de plus en plus proches, et une femme apparut finalement devant elle. Elle était mince, et armée. Elle semblait forte et froide. Le genre de personne pour qui il était facile de tuer quelqu'un, pensa Beth.

- Vous êtes qui ? cracha Beth.

- Je m'appelle Dawn, répondit la femme.

- Vous voulez quoi ?

- Ecoute, ma jolie, je peux te le dire, mais ça risque de te plomber le moral.

Dawn avait un sourire en coin. A croire qu'elle prenait plaisir à enfermer des gens.

- Vous voulez quoi, espèce de sadique ? cria Beth.

- Ok, tu veux vraiment savoir ? demanda Dawn.

- Oui, souffla Beth.

Son cœur battait très vite, elle avait peur de ce qu'elle allait entendre. Elle s'attendait au pire.

Dawn sortit son arme et la pointa sur Beth. Celle-ci commença à paniquer.

- Va te mettre au bout de la cellule, ordonna Dawn. Et ne tente rien.

Beth obéit. Dawn passa alors un bras à travers les barreaux et reprit le gobelet et les biscuits.

- Tu n'en veux pas ? demanda-t-elle.

Beth secoua la tête.

Dawn s'éloigna une minute et la jeune fille entendit le son d'un sac poubelle qu'on ouvrait.

Puis, la femme revint et regarda Beth droit dans les yeux.

- Le monde tombe en ruine, commença-t-elle, et moi et mon groupe avons le devoir de le sauver. Nous cherchons un remède.

Beth mit quelques secondes à digérer la nouvelle. Elle avait déjà espéré que ce genre de communautés soient mises en place, mais elle ne comprenait pas bien quel pourrait être son rôle à elle parmi ces gens.

- Pourquoi vous m'avez enlevée ? demanda-t-elle, plus calmement.

- Nous avons besoin de cobayes. Trouver des morts-vivants est facile, mais trouver des humains l'est un peu moins.

- Quoi ? Mais... ?

Beth tremblait. Elle avait vraiment peur, maintenant.

- Vous allez me faire quoi ? demanda-t-elle.

- On pense avoir trouvé un remède. Mais il faut vérifier s'il marche. On va te transformer en mort-vivant, puis te donner le remède.

- Mais pourquoi vous ne prenez pas directement un rôdeur ? demanda Beth, qui était sincèrement perdue.

- Un rôdeur ? grimaça la femme.

- Un mort-vivant, expliqua Beth.

- Parce que ce remède ne peut fonctionner que dans les premières heures de la transformation. Et nous ne savons pas depuis combien de temps un... comment les appelles-tu, déjà ? Ah oui, les rôdeurs. Donc, nous ne savons pas depuis combien de temps un rôdeur est mort... et ressuscité. Enfin, tu me comprends. Le remède ne fonctionnera que si ton corps n'est pas encore en décomposition.

- Mais s'il ne marche pas ? demanda Beth.

Dawn soupira et baissa les yeux.

- Alors on recommencera les recherches, encore et encore, jusqu'à ce que ça fonctionne.

- Mais c'est affreux, je ne veux pas mourir ! cria Beth, avec un mouvement de recul.

Dawn plissa les yeux et s'approcha de la cellule.

- Ne nous sous-estime pas, jeune fille. Nous ne sommes pas une bande d'amateurs. Nous sommes de vrais scientifiques, avec des diplômes. On finira par le trouver, ce remède. Et on sauvera le monde.

Beth était bouche-bée. Pour cette femme, aucune vie ne comptait, elle voulait simplement pouvoir se vanter d'avoir trouvé le remède, elle, sauveuse de l'humanité. Beth savait qu'elle ne pouvait espérer aucune compassion de sa part. Le désespoir s'empara d'elle.

- Demain, on fera des examens, reprit Dawn. Prise de sang, analyse ADN, tests. Une fois ton dossier médical terminé, on commencera la procédure.

Elle tourna les talons et fit deux pas, puis s'arrêta et fixa Beth avec un regard glacial.

- Ah, et tu peux bien tenter de t'échapper, ça ne servirait à rien. Cet endroit est un labyrinthe, une vraie forteresse. Personne ne rentre, personne ne sort.

- A part vous, j'imagine, madame la chef des scientifiques sans cœur, rétorqua Beth, dégoûtée.

Dawn sourit, d'un sourire méchant, avide de pouvoir. Elle s'en alla sans même un dernier regard pour sa prisonnière.

Beth s'assit sur la banquette et se mit à pleurer. Elle ne croyait pas du tout à ce 'remède'. Elle mourrait et ne reverrait jamais Maggie, Glenn, Daryl ou Rick. Cette fois, c'était bel et bien terminé.

OoOoO

Daryl suivit les traces de pneu pendant longtemps. Par chance, il ne plut pas, les traces étaient donc visibles sur tout le trajet de la voiture.

Il arriva finalement devant un gros bunker entouré de grillages et de piquets pour empêcher les rôdeurs d'accéder aux portes. Cet endroit lui rappelait la prison, mais en pire encore. Il n'y avait aucune fenêtre visible, aucun garde. Les gens qui y habitaient étaient donc suffisamment confiants pour laisser l'entrée sans surveillance.

Il fit le tour du bâtiment. C'était une vraie forteresse, et il n'y avait que deux entrées possibles. Les lourdes et grandes portes de devant, ou une cage d'aération qui ressortait derrière, et devant laquelle avait été placé un grillage métallique cadenassé.

Daryl ne connaissait pas l'endroit. Il vérifia ses réserves de flèches : trop peu. Et il n'avait pas d'autre arme, à part un couteau.

C'était risqué. Mais Beth était là-dedans, et il ne pouvait pas partir sans elle. En fait, il n'avait aucun endroit où aller sans elle. Il s'était longtemps demandé s'il pourrait un jour avoir à nouveau une maison, un endroit en sécurité. Et il s'était rendu compte qu'il ne pourrait pas sans elle, et sans les autres. Sa maison, c'était là où ils étaient. Sa maison, c'était là où Beth était. Et pour le moment, elle était prisonnière dans un bunker. Alors, situation dangereuse ou pas, il irait la chercher.

OoOoO

Il esquiva les piquets et les rôdeurs qui y étaient accrochés et escalada le grillage. Il se retrouva devant l'aération et se demanda comment entrer. Il tenta de crocheter la serrure du cadenas avec son couteau, mais rien n'y fit. Le métal était également trop solide et résistait facilement à ses coups.

Il s'éloigna alors, cherchant quelque chose qui pourrait l'aider. Il tomba, un peu plus loin, sur une vieille hache et un harnais. Il prit la hache et retourna près de la sortie de l'aération.

De toutes ses forces, il frappa le grillage. Celui-ci fut amoché mais le trou était loin d'être suffisant pour laisser un homme passer.

Il eut alors une idée et frappa une nouvelle fois, mais sur le cadenas. Il recommença, deux fois. La troisième fois, le cadenas céda et Daryl put arracher le grillage. Il souffla. Il était en nage. Il se ressaisit et s'accroupit. Il pouvait y entrer, assis, et sans baisser la tête. Le conduit n'était pas trop étroit.

Il entra donc, à quatre pattes, et s'enfonça dans le noir.

OoOoO

Beth faisait les cents pas dans sa cellule, observatrice, elle cherchait un moyen de s'échapper.

Elle se pencha sous la banquette, cherchant une vis pour pouvoir essayer de crocheter la serrure. Rien. Elle s'énerva.

- Mais c'est pas possible ! Comment elle tient, cette banquette ?

Soudain, une sonnerie retentit. Elle était puissante, et semblait générale. On aurait dit une alarme de bombardement en temps de guerre.

Beth se releva immédiatement. Elle se demanda ce qui avait pu causer la sonnerie. Elle eut un maigre espoir, se demandant si le groupe avait finalement retrouvé sa trace et décidé de la sauver.

L'alarme continua à hurler environ deux minutes, puis s'arrêta. Beth entendit des bruits de gens qui couraient. Ils se parlaient rapidement et semblaient s'agiter dans tous les sens. Que se passait-il ?

Un homme courut alors dans sa direction. Elle ne le voyait pas, mais l'entendait. Elle espérait que ce serait un visage familier, mais lorsqu'il apparut, elle ne le reconnut pas. Il était en blouse blanche, c'était un autre scientifique. Il lui hurla dessus.

- Quelqu'un sait que tu es ici ? Tu étais seule avant qu'on t'enlève ?

Beth hésita. Elle ne savait pas quoi répondre. Oui, elle était seule. Mais Daryl était peut-être encore quelque part, à sa recherche. Et il était bon pisteur. Ou alors, il avait pu retrouver le groupe et monter une opération. Mais tout ceci n'était que supposition. Dans le doute, elle décida de couvrir ses amis, si c'était bien eux.

- Oui, j'étais seule, répondit-elle.

Il repartit en courant, mais Beth l'interpella.

- Attendez !

Mais il ne se retourna pas. Elle n'était rien pour lui. Rien de plus qu'un cobaye.

OoOoO

Daryl entendit la sonnerie retentir à peine trente secondes après qu'il soit entré. Il pouvait faire demi-tour et s'enfuir. Mais il pouvait aussi se battre, essayer de retrouver Beth, la sauver. Il choisit cette option.

Il repéra une bouche d'aération à quelques mètres et se dirigea jusque là. Il donna un grand coup de pied dedans pour la faire sauter et observa la pièce. Plusieurs personnes, des hommes et des femmes en blouse blanche s'affairaient dans tous les sens. Certains regardaient Daryl, traumatisés, alertés par le bruit. Ils n'étaient pas armés, et sans doute pas préparés à une attaque.

Daryl en profita pour sauter à terre et sortir son couteau de manière assez théâtrale. Il ne voulait pas tuer, juste faire peur.

La pièce ressemblait à un grand laboratoire, avec des fioles, des microscopes et des tables sur lesquelles étaient couchés des rôdeurs morts.

Daryl prit un air méchant devant ces gens qui semblaient apeurés comme des lapins. Il pointa son arbalète sur l'un d'eux.

- Les mains en l'air ! hurla-t-il. Que personne ne bouge et je ne vous tuerai pas.

Les scientifiques obtempérèrent, sans rechigner.

- Où est-ce que vous gardez vos prisonniers ?

Personne ne bougea. Daryl attrapa alors une femme par le bras et passa son couteau sous sa gorge.

- Que quelqu'un me réponde ou je l'égorge !

Un homme montra alors une porte, en tremblant. Daryl relâcha la femme et la poussa. Plusieurs personnes se précipitèrent sur elle pour l'empêcher de tomber. Certains pleuraient. Daryl pointa son doigt sur l'homme qui lui avait montré la porte.

- Toi, tu viens avec moi.

Il l'empoigna par le bras et le poussa vers la porte. L'homme avança sans rien dire. Il ouvrit la porte, se tourna vers Daryl et ouvrit la bouche pour dire quelque chose.

Sauf que Daryl ne le sut jamais. Au moment où l'homme commença à parler, il reçut un grand coup sur la tête. Puis, le noir total.

OoOoO

- Daryl ! Daryl !

Daryl ouvrit à moitié les yeux. Des lumières tournoyaient autour de lui.

Quelqu'un l'appelait, mais il ne voyait personne. Il n'entendait qu'une voix lointaine. Il lui semblait qu'elle était à des milliers de kilomètres.

- Daryl !

Il reconnut la voix douce, lisse, pure, de Beth. Elle était loin, mais c'était bien elle.

- Beth ?

Il sourit. Était-il au paradis ? Peut-être qu'ils étaient morts, tous les deux. Peut-être qu'ils allaient enfin pouvoir être ensemble, maintenant.

- Daryl ? C'est Beth. Réveille-toi !

Il ouvrit à nouveau les paupières. La lumière lui fit mal, cette fois, et il plissa les yeux.

- Où on est ? demanda-t-il, d'une voix lointaine.

- Daryl, regarde-moi.

Il referma les yeux et les frotta. Il s'assit avec difficulté et les rouvrit une fois encore. Il posa les mains à terre et sentit le froid du béton. Sa tête tourna pendant deux minutes encore, puis il put se mettre debout.

Et il la vit.

Elle était là, juste devant lui, elle souriait. Elle avait le plus beau sourire du monde. Il se le dit, alors qu'il réalisait tout juste qu'ils n'étaient pas au paradis. Pourquoi ? Parce qu'entre Beth et lui, il y avait des barreaux. Deux rangées de barreaux lourds et froids. Et un couloir.

- Beth ! cria Daryl.

Il sourit.

- Comment tu vas ? demanda-t-il.

- En super forme ! répondit-elle. Toi par contre...

Il balaya les alentours du regard. Il était dans une cellule. Comme Beth.

- Le coup sur ma tête, ok, je me souviens...

Beth le regarda sérieusement. Elle avait peur que son cerveau ne soit endommagé. Il semblait vraiment perdu.

- Il y a eu une alarme, expliqua-t-elle. J'espérais que ce soit toi, puis j'ai entendu des cris. Et ils t'ont amené ici, inconscient.

- C'est qui, ces gens ?

- Des scientifiques. Ils cherchent un remède. Et nous, on est les cobayes.

Il grogna dans ses dents. Beth sourit. Il allait mieux.

- Daryl, je sais que tu viens de te réveiller, mais au cas où ils viendraient me chercher, je veux que tu saches que…

- Nan. On s'en sortira. On trouvera un moyen.

Beth tendit le bras à travers les barreaux. Elle voulait lui prendre la main. Daryl tendit alors le bras, lui aussi. Il attrapa sa main et la serra fort.

Ils se regardèrent, très profondément. Comme s'il s'agissait d'un adieu, mais qu'aucun d'eux ne voulait l'avouer.

Daryl aurait voulu prendre Beth dans ses bras. C'était horriblement frustrant de ne pas pouvoir toucher son visage, on simplement l'embrasser.

OoOoO

Soudain, ils entendirent du bruit. Ils retirèrent leurs bras immédiatement. C'était des bruits de pas. Et Dawn apparut.

Elle n'adressa même pas un regard à Daryl. Elle se tourna vers Beth et lui sourit.

- Alors, ma jolie, tu es prête ?