Chapitre 5
- Lâchez-la ! cria Daryl.
Dawn tenait Beth, menottée et bâillonnée. On pouvait lire la peur dans ses yeux.
Elle s'apprêtait à partir avec elle, mais Daryl était intervenu. Il était prêt à défoncer les barreaux, et s'ils n'avaient pas été là, il aurait probablement massacré Dawn depuis longtemps.
- Sinon quoi ? demanda-t-elle, un sourire en coin.
En guise de réponse, Daryl donna un violent coup de pied dans les barreaux de sa cellule.
Dawn détourna le regard et poussa Beth. Elles furent bientôt hors de vue.
Daryl recommença, il frappa les barreaux, les secoua et hurla de toutes ses forces.
A force de frapper sur tout, il finit par casser sa banquette, mais les barreaux, eux, résistaient toujours. Il n'avait plus son couteau, ni son arbalète. Il se sentait impuissant et détestait ça.
Il s'acharna sur la banquette jusqu'à ce qu'il n'en reste presque rien. Au bout d'un moment, il se calma et fouilla les décombres. Il attrapa deux morceaux de bois et entreprit d'en tailler un comme il pouvait. Le résultat n'était pas brillant, mais ça ferait l'affaire.
Il remit sa cellule en état du mieux qu'il put, cacha le morceau de bois dans son dos, callé dans son jeans, et appela quelqu'un.
- Hé ! Quelqu'un !
Il entendit un bruit de porte.
- Oh, j'ai soif ! cria-t-il.
Puis des bruits de pas. Quelqu'un venait.
Un homme se présenta.
- Tu veux quoi, Robin des Bois ? demanda-t-il, sarcastique.
- J'ai soif, dit Daryl en faisant son possible pour paraître calme.
L'homme se retourna, Daryl l'attrapa alors rapidement par derrière à travers les barreaux de sa cellule et passa son bras devant sa gorge. Il prit ensuite son pieu et le pointa dans le dos du mec.
- Tu me fais sortir ou je t'enfonce ça droit dans le cœur, dit Daryl d'un ton très persuasif.
L'homme, mort de trouille, le supplia.
- Ouvre ! cria une nouvelle fois l'archer.
Le scientifique obéit alors.
Une fois dehors, Daryl l'assomma pour qu'il ne donne pas l'alerte. Il aperçut ses armes, dans un coin, et les récupéra. Il prit ensuite le trousseau de clés de l'homme et s'enfonça dans un long couloir sombre.
OoOoO
Il déboucha sur une autre porte fermée à clé, il l'ouvrit et pointa son arme. Personne. C'était une petite pièce, probablement la réserve. Il y avait pas mal de boîtes de conserve et de bidons d'eau.
Il prit un bidon et quelques boîtes et passa une seconde porte. Là, il y avait du monde. Les mêmes visages que plus tôt. Et la même peur, dans leurs yeux. Ils étaient bouche-bés, comme s'ils avaient été figés.
Daryl savait que cette inactivité était due à l'effet de surprise et ne durerait pas bien longtemps.
- Je cherche toujours la même chose, dit-il. Une fille, blonde. Où elle est ?
Soudain, il entendit un cri déchirant. Un cri de fille. Un appel à l'aide. Beth.
OoOoO
- Beth !
Il se dirigea dans la direction d'où provenait le bruit. Il ouvrit une porte. Elle était là, sanglée sur une table d'opération. La femme qui était venue la chercher tantôt était là aussi, une seringue à la main, ainsi que deux autres femmes et un homme, qui notaient des choses dans leur cahier. Quand Daryl avança, ils levèrent tous la tête.
Si jusqu'ici, Daryl n'avait fait que semblant d'être un vrai tueur sans conscience, et prêt à égorger une femme innocente pour retrouver ce qu'il voulait, il sentit soudain la rage monter en lui. Une rage puissante, une colère inimaginable.
Il prit son couteau et pointa son arbalète sur la femme, puis avança vers elle. Il semblait déterminé, il allait la tuer. Il voulait la tuer.
Elle sortit alors rapidement son pistolet et le colla sur la tête de Beth.
- Stop, dit-elle calmement. Si tu fais un pas de plus, je la tue.
Daryl s'arrêta, son arme toujours pointée sur elle. Il parvint à articuler des mots malgré sa colère.
- Relâchez-la.
- J'ai besoin d'elle, dit-elle doucement. Je veux savoir si j'ai trouvé le remède. Tu imagines, j'ai peut-être sauvé l'humanité toute entière, et toi tu me remercies en me menaçant ?
Elle rit.
- Quel ironie, dit-elle, alors qu'elle riait toujours.
A cet instant, Daryl aurait pu la tuer à mains nues, lui arracher les tripes jusqu'à ce qu'elle en crève, cette pétasse. Il devait se contrôler pour ne pas lui sauter dessus.
Il inspira. Il ne savait pas quoi faire. Des gouttes de sueur coulaient le long de ses tempes. Il grinça des dents et tenta une dernière approche douce, sentant qu'il ne pourrait bientôt plus rester aussi calme.
- Relâchez-la. Ou je vous tue.
- Non, rétorqua Dawn. Tu ne me tueras pas. Et je ne la relâcherai pas.
Un coup de feu retentit alors. Dawn fut projetée deux mètres en avant et s'effondra à terre. Une flaque de sang se forma autour d'elle. Daryl la regarda, abasourdi, puis leva les yeux.
OoOoO
Rick avança, son arme toujours pointée vers les scientifiques.
- Allez-vous-en. Ou vous finirez comme elle, dit-il.
Ils s'encoururent sans demander leur reste.
Daryl se précipita et délivra Beth. Elle le prit dans ses bras. Elle tremblait encore.
Rick s'approcha d'eux et Daryl leva les yeux vers lui. Beth lâcha Daryl et ils se jetèrent tous les deux dans les bras de Rick.
- Putain de merde, Rick, on a cru que vous étiez morts, expliqua Daryl avec émotion. Où sont les autres ?
- Dehors, dit Rick avec un large sourire.
Beth avait les larmes aux yeux. Elle regarda Dawn, nageant dans la flaque de son propre sang.
Daryl prit la main de Beth, sans rien dire. Il l'entraîna vers Rick, qui s'éloignait déjà pour aller retrouver les autres. Sauf que Beth ne pouvait pas marcher.
- Daryl, elle m'a blessée à la jambe, dit-elle.
Daryl lui lâcha alors la main et passa un bras sous ses jambes et l'autre dans son dos. Il la souleva et elle s'accrocha à son cou. Ils suivirent Rick et sortirent à l'air libre.
OoOoO
Les retrouvailles furent émouvantes.
Une fois dehors, Daryl posa Beth à terre et Maggie lui sauta dessus en criant. Elles pleurèrent, toutes les deux.
Carol prit Daryl dans ses bras en premier, mais tout le monde y passa.
Ils pleurèrent, ils crièrent. Ils se retrouvaient. Après si longtemps, après tant d'épreuves, ils se retrouvaient. Ils étaient vivants, et ensemble. Et plus rien d'autre ne comptait.
OoOoO
Ils marchèrent pendant quelques heures, mais aucun d'eux n'était plus inquiet. Michonne avait appris au groupe qu'il était possible de domestiquer un rôdeur pour se protéger des autres. La technique avait marché, et même lorsque ça ne fonctionnait pas, ils étaient suffisamment nombreux pour se battre et s'entraider.
OoOoO
Rick avait expliqué à Beth et Daryl qu'ils s'étaient retrouvés au Terminus. L'homme qui le dirigeait, un certain Gareth, les avait accueillis avec chaleur avant de les enfermer dans un container.
- Je savais que c'était un piège, souffla Daryl.
- Oui, c'en était un, confirma Rick. Quand nous avons eu le droit de sortir, il a voulu tous nous tuer, mais on s'en est sorti.
- Ils étaient cannibales, précisa Carol.
Beth eut un rictus de dégoût.
Ils l'avaient installée dans une brouette trouvée sur la route. Pas très sexy, mais super pratique. C'est Tyreese qui la poussait.
- Où est-ce qu'on va ? demanda Daryl.
- Au Terminus, répondit Rick. On a nettoyé l'endroit. Il est à nous maintenant.
Daryl sourit. Un endroit en sécurité. Il y pensait depuis longtemps, il en rêvait. Peut-être que ce serait vraiment le cas, désormais.
Il jeta un coup d'œil à Beth. Elle le regardait. Lorsque leurs regards se croisèrent, elle détourna les yeux et rougit. Daryl, lui, la regarda quelques secondes encore. Il avait cru la perdre, deux fois. Mais elle était là, devant lui, bien vivante. Et entourée des leurs. Il savait que les choses n'auraient pas pu être meilleures, qu'ils avaient eu énormément de chance. A cet instant, il était heureux.
OoOoO
Pendant que le groupe avançait, Daryl s'était éloigné un peu et chassait. Il savait qu'il retrouverait les traces des autres. Il voulait juste se détendre, et trouver de quoi remplir les estomacs ce soir. Il trouvait Carol bien maigre, et Beth avait perdu pas mal de poids depuis qu'il l'avait laissée à la maison, seule.
Il parvint à attraper trois lapins. Ce n'était pas suffisant, alors il redoubla de vigilance. Il pista un jeune chevreuil et finit par le trouver au bord d'un ruisseau. Il le regarda. Il n'était pas trop gros, il lui semblait qu'il pourrait le porter. Il ne voulait pas tuer l'animal sans être certain d'en faire usage, mais il prit le risque et tira. L'animal achevé, il le soupesa.
- Ok, ça devrait le faire, se dit-il à lui-même.
Il le calla sur ses épaules et repartit.
Il retrouva rapidement les traces du groupe et marcha en lisière de forêt. Les traces se trouvaient sur la route, mais Daryl était seul et encombré. Il ne voulait pas faire de mauvaise rencontre.
Il marcha jusqu'à trouver une ligne de chemin de fer, que les traces longeaient. Il les suivit.
Ses pensées l'occupèrent le reste du temps. Puis, il arriva finalement devant un gigantesque terminal ferroviaire, avec un panneau 'Terminus'.
OoOoO
Beth était là, assise sur une chaise, une arme à la main. Elle se trouvait juste devant une porte entrouverte, et avait demandé à surveiller l'entrée jusqu'au retour de Daryl.
Lorsqu'elle le vit, son sang ne fit qu'un tour et elle se mit debout. Elle attrapa sa nouvelle canne et marcha comme elle put en direction de Daryl. Elle lui sourit.
Il lui rendit son sourire et avança vers elle. Il déposa le chevreuil à terre et regarda Beth. Elle était radieuse. Epuisée, mais heureuse.
- Maintenant qu'on a retrouvé tout le monde, je crois que je ne vais plus te servir à grand-chose..., dit-elle. Avant, je cuisinais, je faisais la lessive. Maintenant, c'est Carol qui gère ça.
Elle souriait, mais elle était inquiète, en réalité.
- Ouais, et en plus, t'es handicapée, répondit-il, avec un petit sourire moqueur.
Elle le tapa gentiment et rit.
- Allez, te moques pas de moi, je suis très sérieuse, tu sais.
Elle prit un faux air sérieux. Lui, un vrai.
- Tu es utile, Beth. Tu étais là quand j'étais seul.
- Toi aussi... Mais, toi en plus, tu sais chasser, dit-elle en montrant le chevreuil.
- Tu essayes de te dévaloriser, mais ça ne fonctionne pas.
Il la prit dans ses bras. Ils profitèrent du moment sans rien dire. Daryl serra Beth très fort contre lui et murmura à son oreille.
- Parce que je t'aime.
Son cœur battait plus vite qu'il n'avait jamais battu. C'était la première fois qu'il le lui disait, la première fois qu'il s'ouvrait complètement à elle. Il avait dit ça spontanément, mais ça faisait des jours qu'il y pensait. Il avait regretté de ne pas lui avoir dit plus tôt quand il avait cru l'avoir perdue pour toujours. Il avait fini par comprendre que le temps qui leur était accordé n'était pas infini, et qu'il fallait attraper chaque occasion, vivre chaque moment comme si c'avait été le dernier.
OoOoO
Beth se recula, regarda Daryl droit dans les yeux et déposa un baiser sur ses lèvres. Il le lui rendit et ils s'embrassèrent longuement.
Puis ils se reculèrent, Daryl reprit son chevreuil, Beth sa canne et ils se dirigèrent vers la porte, lentement.
Ils rentrèrent et trouvèrent les autres en train de s'affairer pour remettre l'endroit en place. Lorsqu'ils franchirent les portes, tous s'arrêtèrent et les regardèrent. Ils souriaient. Le sourire de Maggie était resplendissant de joie.
Beth se tourna vers Daryl, et prit un ton très théâtral.
- Bienvenue au Terminus, ancien repère de cannibales, et nouveau sanctuaire pour tous !
Ils rirent.
Daryl leur donna ses trophées de chasse et déposa son arbalète. Il l'adorait, son arbalète. Mais il rêvait du jour où il pourrait la déposer et ne plus la regarder pendant un certain temps sans avoir à stresser. Peut-être que ce jour était enfin arrivé.
Lorsqu'il fut débarrassé, Beth se tourna à nouveau vers lui, lui prit la main et l'entraîna dans le bâtiment principal.
- Viens, dit-elle, je vais te montrer ta chambre.
