Chapitre 9

Ce n'était pas un hélicoptère. Ou alors un hélicoptère du futur. Daryl n'avait jamais vu ça. Cet engin était énorme, aussi gros qu'un bateau de croisière. Il y avait des hélices partout et il était entièrement peint couleur camouflage.

- C'est quoi ce truc ? demanda Rick.

- Un hélicoptère de transport, expliqua un des militaires. Ce petit bijou était encore en test quand le virus s'est déclaré. Etant donnée la situation, l'armée a mis les bouchées doubles pour les rendre utilisables. Et ils ont bien fait ! Parce que ce truc nous permet de transporter des centaines de rescapés en même temps. D'ailleurs, vous n'êtes pas les seuls qu'on est venu chercher. On a deux-trois autres haltes à faire avant de rentrer. Mais ne vous inquiétez pas, ce bolide est sûr. Aucun infecté ne peut rentrer là-dedans.

- Infecté ? interrogea Carol.

- Oui, les personnes qui ont contracté le virus, répondit l'autre militaire.

- Mais elles ne sont pas malades, elles sont mortes, rétorqua Carol.

- Les scientifiques ne sont pas encore totalement d'accord. Mais pour plus de facilité, on classe les gens en deux catégories : les infectés, et les non-infectés.

- Et ceux qui ont été mordus ? demanda Carl.

- Ils sont considérés comme infectés et évacués. Mais ça n'arrive pratiquement plus, parce que tous les camps sont surveillés.

OoOoO

Ils furent tous invités à entrer à l'intérieur de l'immense engin métallique.

Un des militaires leur fit même une petite visite guidée : les salles réservées à l'armée et interdites d'accès, les chambres et salles de bains, la cantine, les salles de jeux et le plus impressionnant, la salle panoramique. Une très longue pièce à l'arrière de l'hélico, avec une double vitre transparente en Plexiglas aussi longue que la pièce. On pouvait voir tout le paysage. Tout ce qu'il se passait, en bas.

Daryl ne s'en était pas rendu compte, mais l'engin volait déjà depuis qu'ils étaient entrés dedans.

- Vous avez droit à une chambre chacun, expliqua le militaire. Ou alors, vous pouvez aussi prendre une chambre pour deux, c'est comme vous voulez. Les portes s'ouvrent grâce à un mot de passe. Choisissez vos chambres et configurez votre mot de passe. Vous resterez ici quelques jours, le temps que nous terminions notre mission. Dites-vous que vous êtes en vacances et ne cherchez pas à vous rendre utiles. Si nous avons besoin de vous, nous vous le demanderons. Si vous avez d'autres questions, je reste à votre disposition, mais Abraham sera certainement plus disponible que moi, et il connaît déjà l'hélico depuis quelques jours, alors vous pouvez aussi vous adresser à lui.

Le militaire tourna les talons et retourna auprès de ses collègues.

Abraham emmena le groupe visiter sa chambre, et leur expliqua à quel point cette chose était extraordinaire, mais Daryl resta dans la salle panoramique.

Il était debout, et seuls ses yeux effectuaient des mouvements. Il regardait le paysage qui défilait sous ses yeux et ne voyait rien d'autre que de la désolation. Il s'en allait, il quittait la Géorgie pour la première fois de sa vie. Cette pensée le fit paniquer. Est-ce que c'était vraiment mieux ailleurs ?

Il resta ainsi de longues minutes, il pensait à tout ce qu'il avait vécu, là, en bas. Toutes ses souffrances. La mort de sa mère, la mort de Merle. Toutes les personnes qu'ils avaient perdues. Sa propre vie, avant et après l'apocalypse. Beth.

Il était perdu dans ses pensées et n'entendit même pas Rick approcher. Ce n'est que lorsqu'il se tint debout à côté de lui qu'il sentit sa présence.

- Je voulais que tu saches que je ne t'en voulais pas, commença-t-il. Personne ne t'en veut. On avait juste peur pour Beth. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser à Lori. Maggie, il lui faudra un peu de temps, mais ça finira par s'arranger. Tu fais partie de la famille, Daryl. Et je crois que tu es suffisamment adulte pour savoir ce que tu veux faire de ta vie. Si tu l'aimes, ne l'abandonne pas, parce que tu finiras par le regretter.

Daryl regarda Rick. Il savait de quoi il parlait. Quand Lori est morte, ça faisait plusieurs mois qu'un froid s'était installé entre eux. Et Rick n'avait pas eu l'occasion de lui dire à quel point il l'aimait, une dernière fois.

- Merci, vieux, répondit Daryl. Et tu sais... Maggie, elle se trompait. C'était pas une histoire de sexe. Beth est différente, elle est incroyable. Avec elle, c'est pas la même chose. C'est comme si... Comme si elle me voyait vraiment.

Rick fronça les sourcils. Daryl comprit que son explication n'était manifestement pas hyper claire. Il décida de faire plus simple.

- Je l'aime, conclut-il.

Rick le prit dans ses bras, d'une accolade masculine que les filles ont souvent tendance à trouver rustre.

Une accolade fraternelle.

OoOoO

Des bruits de pas approchèrent, Rick se retourna et vit Beth. Il lui sourit et la prit dans ses bras, de manière plus douce. Elle fut étonnée, mais se laissa faire. Lorsqu'il se dégagea, il la regarda, avec énormément de bienveillance dans les yeux.

- Je n'ai pas encore eu l'occasion de te le dire. Félicitations pour le bébé.

Beth ne put réfréner un énorme sourire. Elle était tellement heureuse d'entendre ça.

- Merci ! dit-elle.

Les autres approchèrent.

- Oui, félicitations Beth ! Je suis sûre que tu feras une super maman, dit Carol.

Elle la prit à son tour dans ses bras.

Puis Tyreese lui glissa aussi un mot gentil, et bientôt tous se réunirent autour d'elle pour la féliciter et l'embrasser.

Maggie restait à part, mais finit par se joindre aux autres et prit aussi Beth dans ses bras.

- T'as intérêt à rester en vie pour t'occuper de ce bébé ! dit-elle en riant, mais avec les larmes aux yeux.

- J'espère bien, répondit Beth, les yeux humides aussi.

Les deux sœurs rirent ensemble.

Puis, tout le monde se dispersa et Daryl et Beth restèrent seuls.

Daryl n'avait pas participé à l'embrassade générale. Ce n'était pas son truc.

Beth s'approcha de lui et posa une main sur son bras.

- On va enfin être en sécurité, dit-elle en souriant.

- Je le croirai quand je le verrai, répondit Daryl.

- Sois positif. Moi, je pense qu'on va enfin pouvoir retrouver une vie normale, dit Beth, franchement heureuse.

- Et puis quoi ? Qu'est-ce qu'il va se passer ? On retournera à la société d'avant ? T'iras dans le quartier des riches, et moi dans une vieille baraque ?

- Mais non ! Pourquoi est-ce que tu dis ça, Daryl ? C'est vrai que j'étais une petite fille gâtée avant, mais ce n'est plus pareil maintenant. Aucun de nous ne sera plus jamais la personne qu'il était avant. Et peu importe la maison ou l'abri qu'on nous donnera, je ne veux plus jamais être séparée de toi. Je me fiche de vivre dans un taudis si je peux être à tes côtés pour toujours.

Daryl tourna la tête vers elle. Il était étonné par son ton, qui était d'une émotion rare, mais il voulait vérifier qu'elle ne se moquait pas de lui. Et ses yeux ne le trompèrent pas : elle était sincère.

Presque impulsivement, il l'embrassa tendrement. Comme si elle avait été un petit oiseau fragile. Elle lui rendit son baiser et passa sa main derrière sa nuque. Il se dégagea, l'embrassa encore sur la joue et sur le front, puis la regarda avec tendresse.

- Faut que j'aille prendre une chambre, dit-il.

- Pas besoin, j'en ai déjà réservée une, pour toi et moi. Si tu es d'accord, bien sûr.

En guise de réponse, il hocha la tête.

- Numéro 6, ajouta-t-elle. Et le mot de passe, c'est Dixon.

Il leva les yeux au ciel et sourit, puis l'embrassa une nouvelle fois, attrapa ses jambes et la souleva comme une princesse. Il la porta jusqu'à la chambre en question et la déposa devant l'entrée. Elle tapa le mot de passe et ils entrèrent à l'intérieur. Beth verrouilla la porte derrière elle et lança un regard aguicheur à Daryl. Elle s'approcha de lui et retira son t-shirt et ses chaussures. Puis elle se mit sur la pointe des pieds, et posa ses lèvres sur les siennes.

OoOoO

Plusieurs jours passèrent. La communauté avait retrouvé la sécurité et le confort, alors qu'ils n'osaient plus y croire. Leurs chambres étaient confortables, il y avait de l'eau chaude en abondance, et de la nourriture à leur disposition. Daryl ne devait plus chasser, Carol ne devait plus faire un feu et faire cuire le lapin, Carl ne devait plus surveiller les rôdeurs, Rick ne devait plus organiser des missions de ravitaillement deux fois par semaine. Et Michonne n'avait plus à se servir de son katana. Tous se sentaient un peu inutiles, mais n'étaient pas forcément mécontents.

Chacun avait retrouvé un certain calme et pouvait se laisser aller à faire ce qu'il souhaitait. Daryl dormait pas mal. Et il lisait. Beth fouillait souvent les vêtements mis à leur disposition, elle cherchait des habits pour bébé. Rick n'allait pas très bien, mais rester près de Judith le calmait et le rassurait. Carl et Tara s'occupaient de la petite, ils se relayaient. Carol les aidait, parfois, cherchant en permanence à se rendre utile.

Le retour à la vie normale semblait donc assez difficile.

- Là-bas, vous aurez des choses à faire. Ce sont des petites sociétés, il faut donc les faire vivre. Vous aurez plus ou moins le choix, selon vos compétences et les postes demandés, avait expliqué Abraham. J'ai vécu là plusieurs jours, j'ai parcouru la liste des emplois, on peut travailler dans les usines, ou dans les champs, on peut s'occuper des animaux ou des gosses. Les médecins sont recrutés direct et les anciens militaires sont ultra-recherchés. Vous aurez tous droit à un examen psychologique, ils veulent un bon dossier sur chacun de nous. Je sais que ça peut faire peur, mais ils n'ont pas de mauvaises intentions. Ils veulent vraiment nous aider. Et une dernière chose, ils sont toujours hyper heureux d'accueillir une femme enceinte, avait-il dit avec un sourire en direction de Beth. Ils encouragent les gens à faire des enfants pour repeupler les Etats-Unis.

- Mais tout le pays est gangrené par les rôdeurs, comment pourraient-ils renvoyer les gens chez eux ? avait demandé Carol.

- Ils nettoient, région par région. Ils ramènent les survivants qu'ils trouvent, puis envoient des drones pour raser toute une région. Je ne trouve pas ça très intelligent, parce qu'ils détruisent les maisons en même temps qu'ils explosent les morts, mais bon.

- Et ça fonctionne ? s'était questionné Carl.

- Sur Washington, ça a marché. Mais là, ils ont tout brûlé, puis ils ont installé un périmètre de sécurité, avait conclu Abraham.

C'était un midi, alors qu'ils mangeaient tous ensemble. Ils semblaient tous abattus, alors Abraham avait voulu leur remonter le moral. Mais ça n'avait pas vraiment marché.

OoOoO

Des gens arrivèrent, après quelques jours. C'était d'autres survivants. Ils semblaient méfiants, sauvages. Rick ne put s'empêcher de se dire qu'ils étaient comme ça, eux aussi, maintenant. En bas, pour survivre, il fallait être fort, se méfier de tout le monde et pouvoir se débrouiller. Ceux qui avaient survécu étaient comme ça. Rick était devenu comme ça.

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Après environ deux semaines, l'engin avait à son bord une cinquantaine de survivants et se dirigeait vers l'Alaska. L'arrivée était prévue bientôt, et Daryl ne pouvait cesser de penser à cette vie qui les attendait tous. Ils rentreraient dans le système et deviendraient des pions. Daryl ne voulait pas de ça, il ne voulait pas redevenir ce qu'il était avant, c'est-à-dire rien. Et il ne voulait surtout pas qu'on lui donne des ordres.

Il ne voulait pas en parler à Beth, parce qu'il savait que la situation était inespérée pour elle. Elle serait suivie par un médecin et à l'abri des rôdeurs. C'était ce qu'il y avait de mieux pour elle.

OoOoO

Un jour, alors qu'il était à nouveau seul dans la salle panoramique, Beth le rejoignit. Elle était pétillante de bonheur, excitée à l'idée d'arriver. Elle avait en elle cet espoir qui n'avait jamais cessé de briller, même dans les heures les plus sombres.

Daryl la regarda et fut subjugué par la beauté de son sourire. On aurait dit qu'elle brillait, qu'elle fabriquait sa propre lumière. On aurait dit un ange descendu du ciel pour venir lui dire qu'il y avait encore de l'espoir. Qu'il y avait toujours de l'espoir.

Elle lui prit la main, sans rien dire. Sa peau était chaude et douce. Il aurait voulu la tenir contre lui toute sa vie. Il aurait voulu ne jamais la lâcher.

Ensemble, ils regardèrent l'hélicoptère descendre et survoler un camp. Des gens travaillaient aux champs, des enfants s'amusaient dans une plaine de jeux. Abraham avait raison : c'était sécurisé. Ils volèrent jusqu'à une plateforme militaire où étaient déjà posés plusieurs autres engins comme le leur. L'hélico se posa et ils furent invités à sortir.

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Beth ne lâcha la main de Daryl que pour rassembler ses affaires. Quand il leur fut ordonné de sortir, elle lui reprit la main et ne la lâcha plus. Elle la serrait fort, comme si sa vie en dépendait. Ils marchèrent quelques minutes, escortés par des militaires, puis arrivèrent devant un grand bâtiment. Un homme en costume se présenta et, avec un grand sourire qui semblait réellement sincère, prononça les paroles les plus réconfortantes que Beth n'avait plus entendues depuis longtemps.

- Bienvenue en Alaska !