Chapitre 2
- Tes côtes ! Protège tes côtes !
Merle me pousse et je tombe à terre.
- Tu es trop légère, on dirait un petit oiseau fragile, me critique-t-il. Parfois je me demande comment t'as fait pour survivre jusqu'ici.
Je reprends mon souffle comme je peux et je lève la tête vers lui. J'ouvre la bouche pour lui hurler quelque chose de bien méchant, mais je vois Daryl approcher et je me retiens. Il est en train de tailler une flèche et nous regarde d'un œil intéressé.
- Debout, on recommence, m'ordonne Merle.
Je me lève difficilement, je me sens épuisée.
- Ok. Donc, n'oublie pas : tu pares mon premier coup, puis tu m'en mets un dans le bide.
Je hoche la tête et me mets en position de combat, bien déterminée à l'envoyer au tapis au moins une fois. Merle s'élance et me fonce dessus. Je parviens à parer son premier coup. Il me bouscule, me frappe, le désespoir veut me faire abandonner, mais je résiste.
Dans un accès de colère, je hurle et lui lance littéralement mon poing dans le ventre. Il étouffe un cri et se plie en deux en reculant. Il se laisse tomber à terre et se met à rire, toujours penché en avant. Je ne peux m'empêcher de sourire. Je jette un coup d'œil à Daryl, il affiche un petit rire moqueur.
- Alors, on se fait dominer par une fille, frangin ? dit-il.
Je me retiens de ne pas rire. Merle se relève et se repositionne.
- Allez poupée, refais-moi ça, dit-il, un sourire narquois aux lèvres.
Daryl s'assieds, je détourne les yeux une demi-seconde vers lui et son frère en profite pour me sauter dessus et me mettre à terre en une minute.
Il se relève et je demande une pause, il accepte, me sourit et part remplir les gourdes. Je m'assieds alors lourdement sur un tronc d'arbre et jette un regard à Daryl, qui taille toujours sa flèche.
Deux minutes passent sans qu'aucun de nous ne dise rien, je me sens mal à l'aise. J'ai soif mais je ne bronche pas. Daryl ne lève pas les yeux une seule seconde, mais il finit par rompre le silence devenu presque insoutenable.
- Merle est du genre à entraîner ses hommes à la dure. Je suis pas certain que ça convienne à une fille comme toi.
Je suis un peu vexée mais ne dis rien.
Soudain, il dépose sa flèche, se lève et me fait signe de le suivre. J'obéis.
Il se place devant moi, à quelques centimètres à peine. Il place son poing devant mon ventre et prend mon bras pour me montrer comment éviter son coup. D'abord étonnée, je me laisse finalement faire et je parviens à parer ses coups avec une certaine agilité. Il essaye ensuite de me frapper à l'épaule, et je me retrouve désemparée devant ce coup inattendu. Il s'arrête et recule de deux pas.
- Regarde, dit-il.
Il attrape mon bras et le tend vers lui. Il referme sa main sur la mienne pour m'obliger à fermer mon poing. Je sens alors un frisson me parcourir le bras. J'essaye de faire abstraction de la tension entre nous.
- Quand tu me frappes à cet endroit, je soulève mon avant-bras et tu ne peux rien contre moi, dit-il en accompagnant ses explications de gestes.
Il recule de trois pas et se positionne.
- A toi, ordonne-t-il. Prête ?
J'acquiesce. Il s'élance et me frappe à l'épaule. D'un coup, je soulève son bras et le retourne. Je m'apprête à le lâcher, fière de moi, mais il se défend et retourne la situation à son avantage. Je suis bloquée, il me tient les bras, je ne peux plus rien faire. Je lève les yeux vers lui et sens alors son regard me transpercer. Gêné, il me lâche.
Merle revient, deux gourdes remplies à la main et je vois son regard passer de Daryl à moi et de moi à Daryl. Ce dernier se rassoit sous l'arbre.
- Laisse tomber ! me dit Merle en riant. T'apprendras rien avec lui.
Je lance un coup d'œil rapide à Daryl, mais je ne ris pas. Je décide de leur prouver à tous les deux que je suis plus intelligente que ce qu'ils croient.
- Frappe-moi à l'épaule, dis-je à l'attention de Merle.
Il prend une tête d'ahuri.
- Quoi ? articule-t-il.
- Frappe. Moi. A. L'épaule, dis-je plus clairement.
Il fronce les sourcils mais se met tout de même en place. Je relève la tête et me concentre. Il s'élance vers moi, mais au moment où il tente de me frapper, je retourne son bras comme je l'ai fait avec Daryl. Sauf que Merle ne sait visiblement pas comment se dégager, lui. Nous restons ainsi environ deux secondes, puis je le lâche et lève les yeux vers Daryl avec un air de défi et un petit sourire. Il me regarde intensément, son regard me trouble.
Merle se met à râler et je reviens à la réalité.
- Excuse-moi, je ne voulais pas te faire mal ! lui dis-je.
- Nan, c'est rien. C'est bien, tu progresses. Allez, j'crois que c'est assez pour aujourd'hui.
Il ramasse une gourde et se met à marcher vers le bloc en chantant.
Gênée à l'idée de rester seule avec Daryl, je fais quelques rapides étirements, puis je me lève et me dirige moi aussi vers le bâtiment.
...
Je prends une douche, me change, puis je vais retrouver Carol. Elle semble épuisée.
- Oh Beth, me dit-elle, tu ne peux pas savoir comme je suis contente de te voir ! Judith est un ange, mais même les anges sont difficiles à faire taire.
- J'ai l'impression que tu ne t'en sors pas si mal, on dirait, lui dis-je en souriant.
Je regarde la petite qui boit au biberon dans ses bras. Elle est calme, mais ses yeux rouges prouvent qu'elle a bien pleuré pendant un certain temps.
- Donne-la-moi, dis-je à Carol. Va te reposer.
Elle me tend le bébé en souriant et se dirige vers sa cellule. Je m'assieds sur les escaliers avec Judith et regarde autour de moi. On est en plein journée, tout le monde est dehors, en train de faire quelque chose. Seule Carol est montée à l'étage pour dormir un peu.
Je me mets à chanter pour la petite, doucement, pour ne pas déranger Carol. Je regarde tendrement le bébé pendant qu'il mange et je chantonne Hotel California. Elle a l'air d'aimer ça, puisqu'elle me regarde avec ses grands yeux tout en continuant à sucer son biberon.
A partir d'un moment, la mélodie devient un automatisme et des images passent devant mes yeux. Mon père, mon frère, ma sœur, ma mère. Ma mère adorait cette chanson, je la chantais souvent pour elle.
J'entonne une dernière fois le refrain, puis je me tais et j'entends des applaudissements dans mon dos.
Je sursaute et me retourne. Merle s'avance, un pneu plat autour du bras. Il s'arrête juste devant moi et me sourit de son éternel sourire un peu moqueur.
- Très joli. Tu fais des concerts ?
Je souris, moi aussi, à l'idée de me retrouver sur une scène à chanter pour une horde de rôdeurs.
- Je me demande à quoi ressemblerait mon public, dis-je en riant.
Il me regarde, puis tourne les talons et s'apprête à partir, mais je le retiens.
- Tu as changé les pneus de la voiture ? demande-je.
Il tourne la tête vers moi et me montre sa main. Elle est toute noire.
- Disons que j'essaye de me rendre utile.
Il me tourne une nouvelle fois le dos et se dirige vers la porte. Je me lève, en tenant toujours Judith et le biberon dans mes bras. Je l'interpelle une dernière fois.
- Merle ?
Il me regarde encore, mais cette fois, il ne sourit plus. Comme s'il avait senti la tension et qu'il avait compris que je m'apprêtais à lui dire quelque chose de plus profond que ce que je ne lui avais encore jamais dit.
- Tu es utile, lui dis-je.
En guise de réponse, il se dirige vers moi et passe sa main sur mon visage. Je m'attends à ce qu'il m'embrasse, mais il recule de quelques pas et me lance en riant :
- Bonne chance pour nettoyer ça, poupée.
Je comprends alors que j'ai probablement des énormes traces noires sur tout le visage.
...
Toujours avec Judith dans les bras, je me dirige vers les douches et m'arrête devant le miroir. C'est bien ce que je pensais. Merle ne m'a pas raté.
Je veux déposer la petite pour pouvoir me passer de l'eau sur le visage, mais je ne sais pas où. Je me mets à chercher une bassine et je tombe, une fois de plus, nez à nez avec Daryl. Heureusement, cette fois, il a terminé de se laver et est emballé dans une serviette. Je détourne tout de même la tête parce que je me sens plus que mal à l'aise.
- Nan mais c'est dingue, tu passes ta vie ici, ou quoi ? me dit-il en se passant une main dans les cheveux.
- Je cherche une bassine pour déposer la petite. Tu sais pas où je pourrais trouver ça ?
- Tu veux la laver ? me demande-t-il sans répondre à ma question.
Je me retourne alors et lui fais face. Il me dévisage, sans comprendre.
- Non, je voudrais me laver moi, lui réponds-je.
Il me prend alors la petite des mains pour que je puisse le faire.
Je me dirige vers la douche et enlève mon t-shirt pour éviter de le tremper. Je garde quand même mon soutien-gorge et je me mets à pomper l'eau.
- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? demande Daryl.
Je prends un peu d'eau dans mes mains et j'éclabousse mon visage avec.
- Ton frère a décidé de se rendre utile, dis-je sur un ton sarcastique.
J'entends Daryl s'éloigner et je me retourne pour vérifier : il n'est plus là. Je retire alors mon soutien-gorge pour ne pas avoir à porter des sous-vêtements mouillés après.
Je me lave le visage et de la mousse noire coule par terre. Je me rince la figure et éteins le robinet.
Je sors de la douche et essuie mes yeux. Quand je les ré-ouvre, je vois Daryl en face de moi. Je hurle et croise les bras.
- Tu m'as fichu la trouille et... qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que tu étais parti ! crie-je.
- Désolé, j'attendais de pouvoir te rendre Judith, il faut que je m'habille.
Je le regarde. En effet, il est toujours en serviette.
Je me cache derrière une cloison et remets mon soutien-gorge et mon t-shirt.
Puis je vais reprendre la petite et sors des sanitaires.
Daryl m'interpelle.
- Dis pas merci surtout.
Je lui sors un "merci" glacial et claque la porte, lui laissant la possibilité de s'habiller tranquillement.
Je suis en colère, mais je me sens plus honteuse qu'autre chose. Je me baladais à moitié nue, les yeux fermés, sans faire attention autour de moi. Finalement, j'ai probablement eu de la chance d'être tombé sur Daryl et pas sur un rôdeur.
...
Je me mets immédiatement à la recherche de Rick, mais je tombe sur Carl. Il fait le tour des blocs pour vérifier qu'aucun rôdeur n'est rentré.
- Carl ! dis-je en l'interpellant.
Il se retourne, étonné. Son regard s'adoucit en m'apercevant.
- Tu me cherchais ? demande-t-il.
- En fait, je cherchais ton père. Tu ne sais pas où je pourrais le trouver ?
- Il est sorti avec le tien et Maggie. Je crois qu'ils vont bientôt revenir.
Je fais une moue déçue. Carl semble le remarquer et fronce les yeux.
- Tout va bien ? dit-il.
- Oui... dis-je. Enfin, non... Je trouve qu'on devrait mieux s'organiser pour les douches, je suis déjà tombée deux fois sur Daryl et c'était... très gênant.
Carl se met à rire.
- Je veux pas savoir ce que t'as vu là-bas !
Je ne peux m'empêcher de sourire.
- J'en parlerai à mon père, Beth, ne t'inquiète pas.
- Merci Carl ! réponds-je.
...
Le dîner du soir se passe dans le calme. Judith s'est endormie plus tôt car elle n'avait pas fait sa sieste dans l'après-midi, et on peut donc s'entendre pendant tout le repas.
Je m'occupe du service, avec Tyreese.
- Tiens, dis-je, en tendant son assiette à Michonne.
Elle marmonne un merci et se met à manger.
Nous servons tout le monde puis nous asseyons et commençons également.
Rick dresse un rapide compte-rendu de la journée. Ils ont rapporté du matériel médical, avec mon père et Maggie, la voiture bleue est de nouveau utilisable, mais il y a toujours plus de rôdeurs aux grilles, et il va falloir trouver une solution.
Mon esprit se perd dans le discours de Rick, probablement à cause de la fatigue.
Quand je relève les yeux, mon regard croise celui de Merle. Gênée, je détourne les yeux. Environ une minute plus tard, je jette un nouveau coup d'œil dans sa direction, et j'ai alors l'impression qu'il fait exactement la même chose que moi. Je tente de manger sans faire attention à personne, mais ce n'est pas facile. Je me sens observée et je ne peux m'empêcher de rougir.
...
A la fin du repas, je prétexte un mal de tête et je rentre rapidement à ma cellule.
J'écris mon journal et relis des anciennes pages pendant des heures, jusqu'à tomber de fatigue et m'endormir.
...
Ce que Beth ne sait pas
Merle éteint sa cigarette, la jette à terre et l'écrase. Il lève la tête vers le ciel et regarde une minute les étoiles. Il est tard.
Fatigué, il tourne les talons, rentre dans le bâtiment et ferme la grille derrière lui. Tout le monde semble dormir. Les bougies sont éteintes et aucun bruit ne perce le silence de la nuit.
Il se dirige vers sa cellule et effleure du bout des doigts les rideaux déjà fermés de ses voisins, lorsqu'il remarque une lumière au bout du couloir. Il se dirige vers la cellule de laquelle provient la lumière et tire doucement sur le rideau. Il aperçoit Beth sur son lit et sourit. Le fait de la voir ainsi, endormie sur un cahier, ne l'étonne qu'à moitié. Il avait bien compris qu'elle était ce genre de fille, à tenir un journal et à s'accrocher aux choses inutiles de la vie. Mais étrangement, il ne trouvait pas ça ridicule. Pas venant de sa part.
Il s'approche d'elle et tourne doucement sa tête. Sur son oreiller, il récupère son journal et le dépose sur son meuble, à côté. Il attrape la couverture et la passe au-dessus d'elle. Il s'arrête une seconde avant d'éteindre la bougie et regarde son visage. Elle est douce, belle, si jeune. Il veut lui caresser la joue, mais se retient. Rapidement, il éteint la bougie, sort de sa cellule et referme son rideau.
