Chapitre 3
Je suis assise sur mon lit à rêvasser lorsqu'une main tire brutalement sur le rideau de ma cellule.
Je sursaute.
Merle apparaît dans l'encadrement de la porte et croise les bras.
- C'est l'heure de l'entraînement, dit-il.
- Quoi ? Encore ? L'entraînement de ce matin, c'était pas suffisant ? réplique-je.
- Ça fait quoi, trois semaines qu'on fait ça ? Eh bien je vais t'apprendre quelque chose, princesse, après trois semaines, on passe à deux fois par jour.
Je l'écoute me narguer et je pouffe.
- Je ne suis pas un ninja, dis-je, le plus sérieusement possible. Je suis fatiguée, et maintenant, je vais dormir, il faut que je me repose.
Comme pour lui prouver que je n'ai pas l'intention de passer à deux fois par jour, je me couche dans mon lit et lui tourne le dos.
Je n'entends rien pendant une minute, et je me dis qu'il est peut-être en train de chercher une réplique pour me convaincre de le suivre. Je tourne la tête une demi-seconde et, soudain, la terre se dérobe en-dessous de moi.
- Aaaah ! crie-je. Lâche-moi tout de suite !
Merle me porte sur son épaule et me tient fermement. Je le frappe sur le dos dans l'espoir qu'il me dépose, mais j'ai l'impression d'être un oisillon en train d'essayer de mettre un aigle KO.
Je hurle et me débat.
- Stop ! Ça suffit ! Merle ! J'ai dit stop ! Je ne veux pas m'entraîner encore, je suis fatiguée ! Laisse-moi dormir !
Il me dépose finalement dans la cour et je lève la tête. La lune est levée depuis un bon moment. Il doit bien être dix heures du soir.
Je croise les bras et me plante face à lui. Je ne me battrai pas avec lui ce soir.
- La diva fait son caprice, hein ? dit-il.
Il semble encore plus amusé que d'habitude.
Il s'avance et tente de me frapper à la hanche. J'esquive son coup, mais je garde les bras croisés. Il recommence mais parvient à me toucher, cette fois. Je crie. De rage, je me jette sur lui et le tabasse comme je peux. Mes coups sont spontanés, trop spontanés, irréfléchis, je suis consciente que ce n'est pas comme ça que je le blesserai, mais je m'en fiche, j'ai juste besoin de passer mes nerfs sur lui.
Il me laisse m'énerver deux minutes, puis m'agrippe les bras pour m'arrêter. Je pousse un grognement et me remets à le taper comme je peux, emprisonnée dans ses bras. Je ferme les yeux, serre les dents et tape dans tous les sens. Comme je sens bien que ça ne lui fais rien, je lui fais un violent croche-pied et il tombe en avant, m'emportant dans sa chute.
Nous nous retrouvons à terre, lui sur moi, et je me mets à rire comme une hystérique. Je le pousse sur le côté et il roule pour me laisser respirer.
Il s'assied mais ne se relève pas, tandis que je continue à rire et à me rouler sur le sol comme si j'avais besoin de soins psychiatriques. Au bout d'un moment, je me calme, et m'assieds aussi.
Je regarde Merle droit dans les yeux, il affiche son éternel sourire moqueur, mais quelque chose est différent de d'habitude. Son regard est moins dur, son visage est plus détendu, comme s'il était attendri.
J'arrête de rire et lui offre un sourire de victoire, comme si j'avais vraiment gagné la partie.
- C'est pas facile, les entraînements avec toi, dit-il, en se relevant.
Il m'observe et me fait signe de me lever, mais je ne bouge pas. Je lui montre un sourire espiègle et tends la main pour qu'il m'aide à me lever.
Il lève les yeux au ciel mais attrape tout de même ma main. Au moment où sa main se referme sur la mienne, je le tire très fort vers moi et il tombe à nouveau en avant.
Je recommence à rire sans plus pouvoir m'arrêter.
- Tu es KO, j'ai gagné ! dis-je en riant.
- Ah oui ?
Je le regarde, presque étonnée, mais je n'ai rien le temps de dire, il se jette sur moi et se met à me chatouiller. Je ne peux plus respirer, je suis trop occupée à mourir de rire. J'essaye de me dégager et le pousse sur le côté, mais je l'entraîne avec moi, et il roule à nouveau au-dessus de moi.
Je m'arrête de rire une seconde et m'apprête à lui dire quelque chose, mais il pose ses lèvres sur les miennes, et soudain, c'est le feu d'artifice.
...
Je le repousse et le regarde dans les yeux, consternée. Cette fois, je ne ris plus. Je suis même totalement troublée.
- Qu'est-ce que tu fais ? demande-je.
Il ne me répond pas et se contente de se lever et de baisser les yeux, gêné.
Je me lève aussi, lui tourne le dos et me dirige vers le bâtiment, mais il me rattrape et me pousse contre le mur.
- Merle ?
Il m'embrasse à nouveau et pose ses mains sur ma taille.
Je le repousse une fois de plus.
- Merle !
Je le regarde dans les yeux. Cette fois, il semble vraiment consterné par ma position et me questionne du regard. Je ne peux m'empêcher de me demander s'il tient vraiment à moi, ou s'il a simplement envie de tirer son coup.
Je prends une minute pour essayer de comprendre ce qu'il est en train de se passer, mais ce n'est pas facile, car la tension entre nous me trouble. Son visage est à deux centimètres du mien et je sens sa respiration haletante sur ma peau. Je baisse les yeux sur ses lèvres et je souris. Je sens qu'il se détend et je pose ma main droite sur sa joue. Lentement, je la glisse jusqu'à sa nuque, puis je remonte dans ses cheveux. Il pose alors son pouce sur ma lèvre et l'effleure doucement. D'un coup, j'attrape sa main pour libérer ma bouche et je relève mon regard pour l'obliger à me regarder au fond des yeux. Je devine son envie, et, pour la première fois, je me rends compte que j'en meure d'envie moi aussi.
Alors je l'embrasse. Passionnément, violement, sauvagement. Il se montre tout aussi sauvage que moi et me soulève du sol. Il passe sa main sous mes fesses et me colle contre le mur. Ses baisers me rendent folle et je ferme les yeux au contact de sa bouche contre ma poitrine. Il s'apprête à retirer mon t-shirt, mais un bruit surgit derrière nous et je le repousse précipitamment.
Je me retourne. Daryl vient de sortir.
- Beth ? Ça va ?
Je regarde Daryl, encore complètement troublée par ce qu'il vient de se passer. Il me dévisage étrangement et je me doute alors que je dois être totalement décoiffée et dépareillée.
- Je... Oui, ça va ! Merle a décidé qu'on passerait à deux fois par jour, dis-je avec un rire forcé.
Daryl regarde Merle. Il semble peu convaincu et je prie pour qu'il décide d'en rester là.
Heureusement, il sourit et lance un rire narquois en direction de Merle, qui tente de rester normal.
- Deux fois par jour, hein ? Tu veux en faire un soldat de guerre, ou quoi ?
Il rit d'une manière sarcastique, puis se retourne et rentre à l'intérieur. Je me laisse tomber contre le mur et prend une seconde pour réfléchir.
-Beth, je..., commence Merle.
Je lui fais un geste pour lui dire de se taire.
Je me remets sur mes pieds et le regarde, avec un air dur.
- Deux fois par jour, c'est bon, dis-je.
Ensuite, je me retourne et marche d'un pas rapide jusqu'à ma cellule.
Je veux dormir. Tout de suite. Je veux m'endormir tellement vite que je n'aurais même pas le temps de cogiter pendant des heures sur ce qu'il vient de se passer.
...
Le lendemain, je rejoins Merle aux aurores, comme d'habitude. Je ne veux pas qu'il pense que quelque chose a changé, que quelque chose est différent. Je veux qu'il pense que j'ai oublié, qu'il ne s'est rien passé. Même si, en réalité, j'y ai pensé toute la nuit.
Lorsque je le revois, il est adossé à une poutre, il fume et regarde vers l'horizon.
Je m'arrête quelques mètres derrière lui et fais deux-trois échauffements. Je sais qu'il m'a entendue, mais il ne réagit pas. Il termine sa cigarette, puis la jette à terre et l'écrase.
Quand il se retourne, tout me revient. Toute la scène, tous ses baisers, tout ce que je tentais d'oublier.
Il me regarde et affiche un sourire en coin. Comme s'il ne s'était rien passé. Comme si lui avait tout oublié.
- Prête ? me lance-t-il.
- Prête, réponds-je.
Sans me prévenir, il me fonce alors dessus, et me plaque au sol. Ma tête cogne contre le béton et je crie.
- Aaah !
Je me relève rapidement et me frotte le crâne.
- C'était quoi ça ? Tu m'as fait super mal !
Il se retourne sans même m'adresser un regard.
- Désolée, poupée.
Je me relève et me remets en position de combat.
A nouveau, il me fonce dessus sans prévenir, mais cette fois, je me défends mieux et évite certains de ses coups. Ce n'est pas glorieux, mais je finis tout de même par le pousser suffisamment pour le déséquilibrer. Il se rattrape à la poutre et se relève en me toisant d'un air méchant.
- Tu es une vraie fillette. Même pas capable de me mettre à terre.
Je le regarde, bouche-bée. Merle n'a jamais été aussi dur avec moi. D'ailleurs, il n'avait pratiquement jamais été sérieux avec moi avant.
- Qu'est-ce qui te prend ? lui dis-je.
- Il me prend que tu es nulle, et que tu me fais perdre mon temps.
Je suis choquée et vexée.
- Mais tu m'as dit que je progressais, que je me débrouillais de mieux en mieux ?! dis-je, abasourdie.
- Ouais, ben, je me suis trompé.
Sur ces paroles, il frappe dans la poutre et fais demi-tour. Je le regarde rentrer dans la prison, sans rien dire, tellement je suis consternée.
Je reste sans bouger au moins cinq minutes, si bien que Daryl finit par passer à côté de moi.
- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? me demande-t-il.
- Je... je n'en sais rien, réponds-je.
Puis, avant même qu'il ait eu le temps de répliquer quoi que ce soit, je me retourne et lui dit :
- Si, je sais : je suis en colère.
Je ne laisse aucun temps de parole à Daryl, et je m'élance à la suite de Merle. Une fois dans la prison, je hurle son nom.
- Merle ! crie-je, comme si j'allais le tuer.
Je fais toutes les cellules, une à une, je frappe les rideaux, manquant de les arracher, jusqu'à ce qu'il se poste en haut des escaliers.
- Qu'est-ce que tu veux ? dit-il, d'un air agacé.
Je monte sur la première marche et le montre du doigt.
- Tu n'as pas le droit de me traiter comme ça ! Tu n'as pas le droit de me proposer de m'entraîner, et de changer du jour au lendemain ! Tu as le droit de me dire que tu ne veux plus me voir, mais pas de me traiter comme une sous-merde de gamine que je ne suis plus !
Je me mets à gravir toutes les marches rapidement, tout en le regardant encore et en l'engueulant.
- Je ne suis pas ta boniche, ta femme de ménage ou ta pute, alors tu me respectes, ou tu te tires !
J'arrive en haut des escaliers et je suis maintenant en face de lui. Ma colère est à son paroxysme.
- Si tu veux, on arrête tout, j'en ai rien à foutre, mais tu ne me parles pas comme ça ! Je refuse d'être une autre blonde de plus que tu entraînes, puis que tu envoies chi...
- Laisse tomber...
Son air est agacé, mais il ne crie pas. Il me regarde comme si j'étais une petite fille en train de faire un caprice.
- Que je laisse tomber quoi ? demande-je de manière autoritaire.
- Ça n'a pas d'importance, dit-il en balayant notre conversation d'un geste épuisé.
- Si, ça en a.
Il ne répond pas et me tourne le dos, comme s'il jugeait notre échange tellement inutile qu'il ne méritait même pas d'être terminé.
- Merle ! m'écrie-je encore.
Lorsqu'il m'entend, il s'arrête, se retourne et marche vers moi. Il se rapproche de plus en plus, nous ne sommes plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Il lève la main et la glisse doucement sur ma joue en l'effleurant à peine. Il n'a plus la même expression maintenant, son visage n'est plus aussi dur. Comme s'il avait fait tomber un masque. Ses yeux sont tristes, comme ceux d'un chien battu. Il ouvre la bouche et me dit la chose la plus inattendue qu'il soit.
- Je t'aime, Beth.
