Chapitre 5
Il brandit l'objet devant lui, comme s'il en était fier.
- Un couteau ? demande-je, étonnée par la banalité de la chose.
- Oui. Tu dois être capable de t'en servir.
- Mais je sais déjà m'en servir !
- Tu sais faire des trous dans la tête des rôdeurs, mais je veux que tu puisses manier le couteau comme s'il était le prolongement de ta main.
Depuis quelques jours, Merle se montre plus attentif avec moi. Il se moque toujours autant de mes maladresses, mais il prend la peine de me montrer comment les éviter. Comme si ça avait tout d'un coup une importance capitale à ses yeux.
C'est peut-être parce qu'on est ensemble. Mais est-on vraiment ensemble ? Je ne sais pas vraiment ce que ensemble peut vouloir dire dans ce cas-là...
Je prends le couteau et me mets en position de combat.
- Tu le tiens mal, intervient Merle. Regarde...
Il passe derrière moi et attrape ma main. Je tourne la tête et regarde sa bouche. Je me penche pour l'embrasser, mais il me retient.
- Laisse-moi t'embrasser, dis-je.
- Daryl nous regarde.
Je me retourne. En effet, Daryl nous regarde.
J'aimerais qu'on puisse se montrer, mais c'est vrai que notre grande différence d'âge choquerait les autres. Et puis, je ne suis pas vraiment certaine de savoir quoi répondre si on me demandait ce qu'il y a entre Merle et moi.
- Viens, dis-je.
Je lui prends le bras et lui fais signe de me suivre. Je l'emmène à l'arrière du bloc et le pousse contre le mur.
Il m'adresse un regard super sexy et je lui saute dessus.
Je l'embrasse passionnément et je sens sa main passer partout sur mon corps. Je ressens son désir et ça m'émoustille encore plus.
Je passe une main sur son torse et tire sur son t-shirt, mais à nouveau, il me retient.
Je lève un regard interrogateur vers lui.
- Pas ici, dit-il. N'importe qui pourrait nous voir.
Je recule, un peu vexée par sa réaction. Je ne peux m'empêcher de me demander s'il a honte de moi. Peut-être trouve-t-il que je suis trop jeune.
Déçue, je m'adosse au mur et m'assieds par terre.
Il s'assoit à côté de moi et sort son couteau, mai je ne lui laisse pas le temps de m'obliger à reprendre l'entraînement.
- Quand tu m'as dit que tu m'aimais..., commence-je, un peu perdue. Enfin, je veux dire, pourquoi ? Qu'est-ce qu'un homme comme toi peut bien trouver à une fille comme moi ?
Je le regarde, mais il baisse la tête et évite mes yeux, gêné. Je le sens tendu par ma question.
- Tu te souviens, Clara ? me demande-t-il.
Je hoche la tête.
Il relève les yeux mais ne me regarde pas. Son regard se perd dans le vide et je sens bien que je l'ai plongé dans quelque chose de difficile.
- Tu lui ressembles... Elle était espiègle et bornée, comme toi. C'était une femme forte, elle savait ce qu'elle voulait... Mais elle aurait fait n'importe quoi pour moi.
- Comment peux-tu être sûr que je ferais n'importe quoi pour toi ?
Sur mes mots, il relève la tête et me fixe avec tendresse et inquiétude en même temps.
- Peut importe. Je l'ai laissée partir. Et je refuse de faire l'erreur une deuxième fois.
Il lève le bras et pose sa main sur mon visage. Je fais de même et lui souris. Il pose alors ses lèvres le plus délicatement du monde sur les miennes, et pendant une seconde, je crois être au paradis.
...
- Beth !
Je m'arrête de courir, me retourne et vois Daryl sauter de la remorque qu'il était occupé à vider.
- Corvée vaisselle ce soir ! me lance-t-il.
Je ris.
- Depuis quand tu t'occupes du planning des tâches ménagères ?
Mais lui ne trouve manifestement pas ça drôle, parce qu'il ne rit pas.
- Depuis que j'en ai marre d'aller chasser.
Il remonte sur la remorque et recommence à la vider. Je suppose notre conversation terminée et me remets à courir. Je sais que Carol m'attend pour que je prenne la relève avec Judith.
Je rentre dans le bâtiment et me dirige vers sa cellule, mais je tombe sur Tyreese avec la petite dans les bras.
- Où est Carol ? lui demande-je.
- Elle devait partir. Elle m'a dit que tu allais arriver et elle m'a demandé de garder le bébé le temps que tu reviennes.
- Oui, je suis désolée, je suis en retard. J'avais entraînement avec Merle et...
- C'est pas grave Beth, me dit Tyreese en souriant.
Sa gentillesse me touche.
- Si tu veux, je veux même bien la garder. Tu as des choses à faire, j'imagine ?
Je réfléchis. Merle part en mission de ravitaillement avec Rick, Michonne et Carol d'ici une heure. Ce qui me laisserait encore une grosse demi-heure avec lui.
- Tu es sûr ? demande-je.
Il hoche la tête et sourit.
- Mais oui, vas-y.
Je lui adresse un regard plein de gratitude et me remets à courir pour aller retrouver Merle.
...
Lorsque je le vois, il est en train de discuter avec Rick. Je m'assieds, pas trop près et j'attends. Je suis trop loin pour pouvoir entendre ce qu'ils se disent, mais Rick semble s'énerver.
Après quelques minutes, leur discussion se termine et je rejoins Merle. Il ne peut cacher son étonnement lorsqu'il m'aperçoit.
- Tu ne devais pas t'occuper de Judith ?
- Tyreese me remplace, dis-je.
Il ne répond rien et m'a l'air assez mal.
- Merle, ça va ? dis-je, sincèrement inquiète.
Il relève la tête une demi-seconde mais baisse les yeux presque aussitôt après avoir croisé mon regard.
- Ouais, ouais, t'inquiète.
Sa réponse est peu convaincante et je culpabilise de ne pas pouvoir être plus utile.
Soudain, une idée me vient. Je souris intérieurement et tire sur le bras de Merle.
- J'ai un truc à te montrer, lui dis-je en lui adressant un regard mystérieux.
Je l'emmène jusqu'à la vigie et le pousse à l'intérieur. Je vérifie que personne ne nous ait suivi, puis je ferme la porte à clé derrière moi.
Nous montons jusqu'en haut, jusqu'à tomber sur une autre porte. Merle l'ouvre et se retrouve devant le paysage tout entier de la prison.
- C'est beau, dis-je, non ?
Il ne dit rien mais son regard est plein de douceur.
Il regarde la prison et les gens qui s'y affairent. Il les observe un long moment avant de briser le silence.
- En fait, vous êtes plus qu'un groupe. Vous êtes une famille. Vous vous comprenez et vous vous entraidez.
- On ne se comprend pas toujours, dis-je. Mais, Merle ?
Il me regarde à nouveau.
- Toi aussi tu fais partie de la famille.
- Rick me soupçonne d'être ici pour vous espionner. Il ne comprend pas où est le Gouverneur. A Woodbury, il n'y a plus rien. Plus personne. J'avoue que je ne comprends pas non plus.
- Il est peut-être mort ? Ou parti ? Peut-être qu'il a compris qu'une guerre ne mènerait à rien et qu'il a fait ses bagages ?
- Non, dit Merle, c'est pas son genre. Il n'est plus à Woodbury, mais il est toujours là, quelque part. Il y a un truc qui se prépare, mais je sais pas quoi...
Je passe derrière lui et me colle à son dos. Il s'étonne, mais ne me repousse pas. Je passe mes mains sur son corps et colle ma bouche à son oreille.
- Mais pour le moment, murmure-je, il n'y a rien. Tout est calme... Tu ne penses pas qu'on devrait en profiter ?
Il se retourne et m'embrasse. L'idée semble l'inspirer.
Je retire mes vêtements et l'embrasse aussi.
Je prends encore une seconde pour prier pour que personne n'essaye de monter jusqu'ici pendant la prochaine demi-heure, puis je ferme les yeux. Et j'oublie tout.
...
- Pourquoi tu n'es pas parti en mission de ravitaillement avec eux ? demande-je à Daryl.
Il me regarde et prends l'assiette que je lui tends.
Nous faisons la vaisselle ensemble depuis dix minutes et il n'a toujours rien dit, à part "tu laves, j'essuie".
Il met deux bonnes minutes à répondre, mais finit quand même par ouvrir la bouche.
- Je me suis énervé tantôt. Un peu trop, je crois, parce que Rick a décrété qu'il valait mieux que je reste ici.
- Et tu le laisses te diriger ?
- Il me dirige pas, dit-il d'un ton agressif, j'étais d'accord avec lui. J'en ai marre de l'extérieur, en ce moment.
- Pourquoi ? demande-je.
- Aller à la chasse tout seul, c'est devenu super difficile, m'explique-t-il. Il y a des milliers de rôdeurs et je peux pas à la fois me défendre et pister un animal. Et même quand j'arrive à en attraper un qui pourrait tous nous nourrir, une biche par exemple, ces putains de zombies me tombent dessus et j'ai pas d'autre choix que de leur laisser la bête pour pas qu'ils me bouffent.
- Et personne peut venir avec toi ?
- J'ai pas demandé. Et tout le monde a des choses à faire, alors...
Je lui tends une autre assiette et réfléchis.
- Je pourrais venir, si tu veux, dis-je finalement.
Il rit mais je ne me vexe pas. Après tout, je ne suis qu'une faible fille de 17 ans, à ses yeux, non ?
- Toi ? Et tu ferais quoi ? Porter les cadavres d'animaux de cinquante kilos ou tuer à l'arbalète les vingt rôdeurs qui surgissent derrière toi ? dit-il, sarcastique.
- Je peux t'aider, dis-je, plus hargneusement. Merle m'a appris à me défendre et à me servir d'un couteau. En plus, je pourrais apprendre en te regardant faire. Si un jour, on est séparés, ça pourrait être utile.
Daryl ne rit plus mais ne semble pas tellement convaincu. Je décide de m'acharner.
- Mets-moi à l'épreuve, dis-je. Prends-moi avec toi une fois et après tu décideras si tu me gardes ou non. Ça te coûte rien d'essayer.
Il hoche la tête lentement et je vois qu'il réfléchit. Il attrape l'assiette que je lui tends et la frotte machinalement.
- Alors ? demande-je.
- Je vais y réfléchir, conclut-il.
