Chapitre 6

Je pousse Merle qui dort comme un loir.

- Debout, marmotte ! On a entraînement.

- Hmmm...

- Allez Merle, habille-toi.

Je ramasse ses vêtements à terre et les jette sur son lit.

Il ouvre un œil et s'assied.

Je m'assieds à côté de lui et l'observe.

- Tu ne devrais pas dormir tout nu, dis-je avec un faux air choqué, on pourrait te surprendre !

Il attrape son caleçon et l'enfile rapidement.

- Je dirai ça à la fille qui m'a déshabillé, dit-il avec un sourire moqueur avant de se pencher vers moi pour m'embrasser.

Il s'habille et nous descendons dans la cour.

- Qu'est-ce qu'on fait, aujourd'hui ? me demande-t-il.

- Ben c'est toi le prof, non ?

- Je suis trop épuisé aujourd'hui. C'est ta faute, tu m'as tenu éveillé trop tard.

- Tu n'avais qu'à revenir plus tôt de mission, dis-je gentiment. Apprends-moi à utiliser le couteau.

Il hoche la tête et va chercher un long et dangereux couteau.

Il me le donne et j'observe l'engin avec appréhension.

- Prête ? me demande-t-il.

Je souffle un bon coup et empoigne le couteau comme il faut. Je me mets en position et plonge mon regard dans celui de Merle.

- Prête.

...

Je suis en train de passer ma main sous l'eau froide lorsque j'entends une voix derrière moi.

- Beth ?

Je tourne la tête et aperçois Daryl.

- Oui ? dis-je.

- Si tu veux t'essayer à la chasse, c'est maintenant, dit-il, visiblement pressé.

- Ouais, je... Deux secondes, ok ?

Je regarde mon entaille. Elle n'est pas profonde mais elle n'arrête pas de saigner. Il lui faudra plus de temps pour cicatriser.

- C'est maintenant ou pas du tout. Si tu veux pas venir, je te le reprocherai pas, mais je peux pas t'attendre.

Il tourne les talons, visiblement bien décidé à partir. Je me demande pourquoi il est autant pressé.

Je le retiens juste avant qu'il ne passe la porte.

- Daryl ?

Il me regarde, un peu exaspéré. Je ferme le robinet, arrache un morceau de mon t-shirt et l'enroule autour de ma main.

- Je viens, dis-je, fermement.

...

Sur le chemin pour s'éloigner de la prison, nous rencontrons relativement peu de rôdeurs. Je me demande si Daryl a exagéré lorsqu'il m'avait parlé de l'abondance de leur nombre ou non.

Nous marchons en silence. Lorsque nous avons passé les portes, j'étais en alerte, mais après quelques dizaines de minutes de marches sans voir une seule fois plus de trois rôdeurs ensemble, j'ai rangé mon couteau. Même Daryl a abaissé son arbalète. Il observe le sol pour trouver des traces.

J'observe l'évolution du saignement que j'ai à la main. Le tissu parvient à peine à absorber le sang qui coule. Je suis un peu ennuyée, parce que je n'ai rien d'autre.

Daryl jette un regard vers ma main et fait un mouvement de tête dans ma direction.

- Comment t'as fait ça ? me demande-t-il.

- Avec un couteau, dis-je.

- Pendant ton entraînement avec Merle ?

- Non, réponds-je. Je me suis entraînée toute seule après, et j'ai mal calculé mon coup, dis-je, avec un petit rire gêné.

- C'est profond ?

Je lève la tête et le regarde. Il semble réellement s'intéresser à ma blessure. Ça me perturbe.

- Non, dis-je avec un sourire. C'est juste que ça saigne beaucoup. Mais ça va aller.

- Ça pourrait attirer les rôdeurs. Tu risques d'être encore plus vulnérable. Si on est attaqué, tu restes derrière moi, ça va ?

Son ton est autoritaire, mais plus comme celui d'un père. Je décide de ne pas le contredire. Après tout, si je suis là, c'est pour apprendre.

...

Environ une demi-heure plus tard, nous trouvons une piste. En silence, Daryl me fait signe de m'approcher.

- Tu vois ça ? C'est soit une biche, sois un jeune cerf.

- Et pourquoi ça ne pourrait pas être un cerf adulte ?

Il lève les yeux vers moi et me regarde comme si j'étais la dernière des débiles. Il secoue la tête et retourne analyser les traces.

Il suit la piste pendant environ deux heures où je ne vois absolument rien qui pourrait nous intéresser. Il voit des traces dans des mottes de terre ou des feuilles mortes alors que je ne vois... que des mottes de terre ou des feuilles mortes.

Nous finissons par tomber dans une clairière ou une superbe biche broute de l'herbe. J'ai presque mal au cœur lorsque Daryl la vise avec son arbalète et l'atteint en plein dans le flanc.

Il l'achève et je couvre ses arrières, lorsque soudain, une dizaine de rôdeurs surgissent du bois, de l'autre côté de la clairière.

- Merde, Daryl !

Il relève la tête et tire une flèche qui atteint un zombie en plein dans l'œil. Il s'effondre.

Je panique et ne sais pas quoi faire. Je voudrais fuir, mais dans ce cas, nous devrions abandonner la biche, et je sais que Daryl refusera de le faire.

Il sort son couteau et dépose son arbalète.

- S'il y en a pas d'autres qui arrivent, on peut tous les avoir. Il faut les empêcher de toucher à la biche, me dit Daryl.

Il me fixe et je remarque alors que je reste sans rien faire, paralysée. Il me secoue le bras, comme pour me réveiller.

- Sors ton couteau, Beth. Tu vas pouvoir tester si les techniques de mon frère sont efficaces.

D'un coup, je me réveille et sors mon couteau de ma ceinture. Il est petit et facilement maniable. Le temps que je relève la tête, Daryl est déjà occupé et descend les rôdeurs un à un. Je le rejoins et m'y mets, moi aussi, sauf que je suis moins rapide et beaucoup moins habile.

Pendant que je me débats avec un zombie, un autre m'attaque par derrière. Je lui shoote dedans en espérant qu'il me laisse tranquille. Ça me laisse une minute de répit, et j'en profite pour achever le premier, puis je me retourne et plante mon couteau dans la tête du deuxième.

Nous finissons par les avoir tous et je tombe à terre, épuisée, alors que c'est surtout Daryl qui a réussi à les éliminer. J'en ai peut-être tué trois ou quatre, pas plus. Lui si.

Mais il ne me laisse même pas le temps de m'asseoir cinq minutes.

- Debout, dit-il. Il faut qu'on se tire, on peut pas rester là. D'autres vont arriver.

Il soulève la biche et la place sur ses épaules. Je me relève.

- Prends mon arbalète, m'ordonne-t-il.

Je la ramasse et me retrouve assez désemparée devant cet objet grand et lourd.

- N'essaye pas de t'en servir, me dit-il. S'il y a un problème, je déposerai la biche et je la reprendrai.

Il fait une dizaine de pas, puis se retourne à nouveau.

- Ah oui, et surtout, ne me la fous pas en l'air.

...

Nous rentrons sans rencontrer trop de rôdeurs. Lorsque nous en croisons, ils sont suffisamment peu nombreux pour que je puisse les éliminer seule au couteau.

Nous sommes accueillis avec un grand sourire de la part de Carl.

- Génial, dit-il.

Je lui rends son sourire. C'est vrai que ça faisait plusieurs jours que nous n'avions plus mangé de viande, depuis que Daryl s'était mis en "grève".

...

Le repas du soir se passe mieux que d'habitude, tout le monde nous remercie d'avoir ramené de la biche.

A la fin du repas, je me dirige vers la cellule de Merle pour aller le retrouver, mais Daryl m'interpelle.

- Comment va ta main ? me demande-t-il.

Je regarde le tissu. Il est gorgé de sang, mais je n'y pense même plus.

- Je n'ai pas mal, dis-je, avec un léger sourire.

Il s'approche, prends ma main et enlève délicatement le tissu. L'entaille est moche et il y a du sang séché partout.

- Tu devrais aller voir ton père, me dit-il. Ça pourrait s'infecter.

Je hoche la tête.

- D'accord.

Il s'éloigne vers les douches et me lance sans se retourner :

- Au fait, c'est bon, t'es engagée.

Un large sourire se dessine sur mes lèvres et je cours retrouver Merle.

Je tire sur son rideau et le voit avec le couteau avec lequel je me suis blessée tantôt. Il est encore plein de sang.

Il le brandit sous mon nez avec un air à la fois inquiet et très en colère.

- C'est pas vrai, Beth, qu'est-ce que t'as fait ?

Je suis tellement étonnée de sa réaction que je ne sais pas quoi répondre.

Il soulève ma main et la regarde, encore plus inquiet et en colère.

- Quand est-ce que tu as fait ça ?

- Ce matin, mais...

- Toute seule ?

- Oui, je...

- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Beth, mais qu'est-ce qui t'a pris ? Et pourquoi t'es partie seule avec Daryl ? Je savais pas où t'étais et je m'inquié...

- Merle ! hurle-je en le coupant.

Il en reste bouche-bé et me fixe.

- Je ne suis pas une gamine, et si quelqu'un doit me traiter comme ça, c'est mon père, pas toi !

Je soupire et m'assieds sur son lit. Il reste debout et me considère d'un air tendu.

- J'ai voulu m'entraîner, dis-je, en lui expliquant. J'ai mal visualisé le coup et le couteau est retombé sur ma main. Je suis allée mettre ça sous l'eau, mais Daryl est venu me chercher pour partir à la chasse, et je n'ai pas eu le temps de te prévenir, ni de le montrer à mon père.

- Viens, me dit-il.

- Quoi ?

- On va chez ton père, maintenant.

- Non, c'est bon, je...

- Beth...

Il se penche et me montre ma main. C'est vrai qu'elle a une sale tête.

- On va voir ton père.

...

- Comment tu as fait ça, Bethy ? me demande mon père.

Il frotte ma main dans l'eau pour enlever le sang séché et y voir plus clair.

- En m'entraînant, papa.

- Tu dois faire plus attention !

Je soupire mais ne dis rien. La terre entière me blâme pour une malheureuse entaille à la main et j'en ai marre d'être traitée comme une gamine.

Je sors la main de l'eau et mon père l'observe.

- Tu n'as pas besoin de point, mais je vais désinfecter ça et mettre un pansement, diagnostique-t-il.

Il s'éloigne une minute et revient avec de l'alcool, de l'ouate et un pansement. Je le regarde faire pendant qu'il s'occupe de moi. Ses gestes sont doux et assurés. Je remercie Dieu de l'avoir sauvé après l'amputation de sa jambe. Je ne sais pas comment je pourrais vivre sans lui.

...

Je sors de l'infirmerie que mon père a emménagée et montre ma main à Merle qui m'attendait dans le couloir.

- Même pas un point ! dis-je. J'avais raison, c'était rien.

Il me sourit et je m'approche de lui. Je me mets sur la pointe des pieds et l'embrasse. Sa chaleur m'avait manquée.

- La prochaine fois, préviens-moi, me dit-il tout de même.

- Promis, dis-je.

Je prends sa main et nous marchons un peu, puis il s'arrête et me regarde, à nouveau un peu inquiet.

- Qu'est-ce qu'il se passe avec Daryl ?

- On a passé un marché, explique-je. Je l'aide pour la chasse, et il m'apprend comment faire.

- Et il n'y a rien d'autre ?

Je fronce les sourcils, sans bien comprendre sa question.

- Rien d'autre ? De quoi tu par...

Sa phrase fait soudain tilt dans ma tête et je lâche sa main. Je le pousse un peu et m'énerve.

- Non, mais ça va pas ? Merle ?! Bien-sûr que non, il ne se passe rien avec Daryl ! Je t'aime !

Je fais un pas vers lui et passe mes mains derrière sa nuque.

- Je ne veux pas que tu penses ça..., dis-je doucement.

Je le prends dans mes bras et pose ma tête sur son torse. J'entends son cœur battre à une vitesse folle et je décide de la calmer en l'embrassant doucement.

Il me rend mon baiser et je ne peux plus le lâcher.