Chapitre 7
Je fais signe à Daryl de me rejoindre et il s'approche de moi en silence. Il me glisse son arbalète dans les mains le plus délicatement possible et je soulève l'arme pour viser. Je tire, l'animal s'effondre.
Daryl se relève.
- Félicitation, dit-il. C'est ton premier cochon sauvage.
Je me relève aussi et lui rend son arbalète.
- Rassure-moi, je vais pas être obligée de le porter ? lui dis-je avec une pointe d'humour.
- T'as déjà porté plus lourd.
- J'en suis pas sûre...
Il met tout de même le cochon sur ses épaules et nous rentrons à la prison.
...
Ça fait quelques semaines, maintenant, que Daryl m'apprend à chasser. Je suis devenue plutôt douée et nous ramenons souvent des grosses pièces. On ne manque plus de viande, à la prison.
Merle m'entraîne toujours à me battre, mais je dois bien avouer que nos entraînements se finissent souvent dans son lit ou dans le mien. Personne n'est au courant, mais je soupçonne Rick de se douter de quelque chose. Carol et Tyreese doivent avoir des doutes, eux aussi. On manque parfois de discrétion, Merle et moi.
Le Gouverneur n'a toujours pas donné signe de vie. Michonne part régulièrement à sa recherche, mais revient toujours bredouille, comme s'il s'était évaporé. J'espère en secret qu'il s'est fait dévoré par un rôdeur.
...
- J'aime pas ne pas savoir où il est.
Je roule sur le côté et m'appuie sur mon coude pour observer Merle.
- Peut-être que c'est mieux comme ça, dis-je. Avant, on savait où il était, et c'était pas mieux. On avait peur qu'il vienne nous attaquer tous les jours. Maintenant, c'est plus calme.
- On pourra pas rester ici éternellement, me dit tout de même Merle.
- Si, on pourrait, dis-je. Ce serait bien. On serait toujours ensemble.
Je me penche sur Merle et l'embrasse. Avec le temps, il a finit par perdre son côté grande gueule rouleur de mécanique. Enfin, au moins avec moi.
Il se confie, il est sincère, sans moquerie dans la voix. Ça lui arrive, parfois, mais ce n'est plus la majorité du temps. Il est différent, maintenant.
Je me lève et me rhabille.
- Je vais dormir, dis-je. Demain, avec Daryl, on va aller plus loin, j'ai l'impression qu'on épuise trop vite les ressources des environs de la prison.
- Sois prudente, me dit-il.
- Promis, lui dis-je avant de l'embrasser et de quitter la pièce.
...
Daryl et moi partons à l'aube.
Nous prenons notre chemin habituel, mais au lieu de couper par les bois comme nous avons l'habitude de le faire, nous continuons à nous éloigner de la prison.
Daryl ne parle pas, comme à son habitude. Il cherche des traces, des indices. Il est au taquet, vigilant. Il fait attention à tout en même temps.
- Qu'est-ce que tu espères trouver ? lui demande-je.
- A bouffer, répond-il. Et ce connard de Gouverneur.
- Pourquoi vouloir absolument retrouver ce type ? Il a disparu, ça fait des semaines, maintenant. Il est sûrement mort. Ou bien parti. Il ne reviendra pas.
Daryl s'arrête et me fixe une seconde.
- C'est pour ça que je veux le retrouver. Tu penses qu'il est parti, tu te sens en sécurité et tu baisses ta garde. Et quand il reviendra, tu seras tellement vulnérable qu'il n'aura qu'à te tuer sans que tu te rendes compte de quoi que ce soit.
Il s'approche de moi, lentement. Son regard me fait peur, et je sens mon cœur battre à tout rompre.
Il s'arrête à quelques centimètres à peine de mon visage et je suis paralysée.
- Ne baisse jamais ta garde.
Je hoche la tête pour lui signifier que j'ai bien compris. Il s'éloigne et se remet en route. Il marche plus vite, j'ai du mal à le suivre.
Nous marchons pendant quelques heures et Daryl finit par se calmer. Il me montre des traces, m'explique des choses. Je me rends compte qu'il sait lire dans la nature comme personne.
Nous explorons les alentours de la forêt entourant la prison. Il fait calme. Nous rencontrons peu de rôdeurs. Nous n'avons plus de problèmes avec eux, nous sommes rapides et agiles. Daryl l'est plus que moi, mais je me débrouille bien aussi.
...
Je me perds dans mes pensées et Merle me vient en tête. C'est lui qui m'a donné les bases du combat, de la défense, du maniement des armes. Puis, c'est Daryl qui m'a permis de mettre tout ça en pratique, dehors. Grâce à eux deux, je suis devenue plus forte, plus débrouillarde. Une guerrière.
Abandonnée dans mes rêveries, je ne vois pas venir la main qui m'agrippe soudainement à la gorge.
D'instinct, je hurle.
- Daryl !
Il se trouve environ dix mètres devant moi, mais, en entendant mon cri, il se retourne en moins d'une demi-seconde et me vise avec son arbalète.
- Ne tire pas ! crie l'homme qui me tient à la gorge.
Il brandit son couteau et l'approche de mon visage.
- Sinon, je la tue.
...
Ils sont trois. Trois hommes dont deux adultes et un jeune. C'est l'un des adultes qui me retient. Sa barbe est grisonnante, il doit avoir entre 40 et 45 ans. Il a un air méchant, cruel. Il semble violent.
- Lâche-la ! crie Daryl.
- Sinon quoi ? dit l'homme. Tu es seul, avec un arc, et nous sommes trois avec des couteaux et des revolvers.
Comme pour appuyer ce que son compagnon vient de dire, le jeune sort son pistolet et le braque en direction de Daryl.
- Ecoutez-moi, les gars, reprend Daryl plus calmement. J'ai pas envie de vous tuer. Laissez-la partir, et on en parle plus. Tout le monde rentre chez soi sans histoire.
L'homme qui me tient toujours se met à rire. D'un rire démoniaque.
- Et tu oses nous menacer ? Ne t'inquiète pas, je ne vais pas la tuer. Mais ça fait trop longtemps que je n'ai plus vu une beauté comme ça, alors je ne vais pas la lâcher.
A ses mots, je comprends ses intentions et me débats. Il resserre sa poigne et appuie la lame de son couteau contre ma tempe.
Je lance un regard paniqué à Daryl et je vois son visage devenir plus dur. Son regard devient noir, comme s'il était possédé.
- Bon, les mecs, dit l'homme grisonnant, occupez-vous de lui, moi je passe sur elle en premier.
Il tire sur mon bras et je panique. Je hurle et me débats comme je peux, mais c'est inutile, il est trop fort.
Il me lèche la joue et je ne bouge plus. Cet homme me répugne, et j'ai juste envie de le tuer et d'aller me désinfecter le visage, mais je garde mon sang-froid. Je repense à ce que Daryl m'a dit plus tôt. J'attends qu'il baisse sa garde pour le mettre hors d'état de nuire.
Je regarde Daryl qui se bat avec les deux hommes. Ils semblent être forts, et je prie pour qu'il arrive à s'en sortir.
Le pervers range son couteau et passe une main sous mon t-shirt. J'en profite alors pour le frapper entre les deux jambes et il s'écroule en hurlant.
- Petite salope ! Je vais pas te ménager quand tu passeras à la cassero...
Je le fais taire en lui donnant un bon coup de pied en plein dans son ventre, puis je rejoins Daryl et sors mon couteau.
Entre-temps, des rôdeurs sont arrivés et l'un d'eux s'approche dangereusement de Daryl. Je le tue d'un coup de couteau dans la tête. Je pousse ensuite un autre sur l'un de nos assaillants qui se met à hurler en se faisant dévorer.
Je tends la main à Daryl et il me la prend. Je le regarde, mais j'ai l'impression qu'il n'est plus vraiment là. Le dernier homme le tire par derrière et il me lâche pour pouvoir le frapper.
Je veux l'aider, mais l'homme grisonnant s'est relevé et il attrape ma cheville. Je tombe à terre dans un hurlement. Il se jette sur moi et passe ses sales mains partout sur mon corps.
- Petite salope ! dit-il.
Je hurle et me débats, mais il m'attrape les bras et je suis paralysée sous son poids. Je crie en espérant que des rôdeurs viendront le dévorer.
Je sens qu'il m'arrache mes vêtements et je hurle de plus belle. Je lui donne des coups avec mes jambes mais cela semble ne rien lui faire.
- Daryl ! Daryl ! hurle-je.
Je regarde tout autour, mais Daryl n'est pas là, l'autre homme non plus. Des cadavres de rôdeurs jonchent le sol et je me sens soudain très seule. Je ferme les yeux et tiens bon, jusqu'à ce que quelque chose tire en arrière l'homme qui allait me violer.
...
Je m'assieds et je me rends compte que je pleure. A travers mes larmes, je vois Daryl tenir l'homme à côté d'un rôdeur qui n'a plus de jambes. Il se débat, mais le rôdeur lui dévore les tripes et l'égorge avec ses mains.
- T'as voulu la toucher ? hurle Daryl à l'homme. Tu vas crever, vieux connard de merde !
Après deux minutes environ, l'homme arrête de se débattre. Je vois encore Daryl donner un coup de pied dans le cadavre, puis, tout devient flou à cause de mes larmes.
Je pleure sans pouvoir m'arrêter, je sens que je tremble, mais je ne peux rien y faire. Je suis incapable de me remettre debout.
Je m'essuie les yeux de manière nonchalante et vois Daryl s'approcher de moi. Il s'agenouille en face de moi et pose ses mains sur mes épaules.
- Beth, c'est fini, calme-toi, murmure-t-il doucement pour me rassurer.
Je l'entends mais je ne parviens pas à me calmer. Je revois l'homme tirer sur mes vêtements et je sanglote de plus belle.
- Il a voulu..., essaye-je de dire entre deux sanglots. Il a voulu...
- Oui, je sais, mais c'est terminé. Il est mort, il ne te fera plus rien.
Daryl fait alors quelque chose que je n'aurais jamais cru le voir faire un jour. Il me prend dans ses bras.
- Personne ne te fera de mal, Beth. Je ne les laisserai pas faire.
Peu à peu, ses paroles rassurantes parviennent à me calmer et je cesse de pleurer. Je me regarde et suis étonnée de l'état dans lequel je me trouve. Je suis presque en sous-vêtements, tellement mes vêtements sont déchirés, et j'ai du sang à pas mal d'endroits de mon corps. Mais je suis incapable de dire si c'est le mien ou non.
Daryl aussi a beaucoup de sang sur lui. Je ne sais pas non plus si c'est le sien, mais il semble aller mieux que moi, en tout cas.
Il se relève et m'invite à faire pareil. Il me tend la main et je la prends. Je me relève et il me lâche pour voir si je peux tenir debout. Je fais un pas, mais je n'ai pas le temps d'en faire un deuxième, le sol se dérobe en-dessous de moi.
...
Ce que Beth ne sait pas
Daryl rattrape Beth juste avant que sa tête ne touche le sol. Il la dépose et l'observe d'un air grave. Il l'appelle par son nom mais elle ne répond pas. Il vérifie son pouls, elle est en vie.
Le chasseur regarde autour de lui et se met à réfléchir. Les trois hommes qu'ils viennent de tuer n'étaient peut-être pas seuls. Et peut-être que leurs compagnons sont déjà en route. Ils ne peuvent pas rester là. Mais ils sont trop loin de la prison, et porter Beth jusque là serait du suicide, Daryl sait qu'ils n'arriveraient pas au bout. Il doit trouver un abri.
Il range alors son arbalète sur ses épaules et soulève Beth. Elle est plus lourde que ce qu'il pensait.
Après cinq minutes de marche rapide, il le redépose, épuisé. Deux rôdeurs apparaissent et une idée germe dans sa tête. Il se précipite vers eux et les tue rapidement, puis il en ouvre un des deux et recouvre le corps de Beth de viscères. Il glisse l'autre rôdeur par au-dessus et tend l'oreille. Il fait calme.
Il tourne les talons à la recherche d'un abri, mais il change d'avis à la dernière seconde et retourne voir Beth. Il se met à genoux devant elle et dépose un baiser sur son front, puis se relève et entame ses recherches.
