Chapitre 8
Lorsque je me réveille, j'ai l'impression que quelqu'un a passé des heures à taper sur mon crâne. Je porte la main à ma tête avant même d'ouvrir les yeux.
- Ça va ?
Je reconnais la voix de Daryl, mais ne réponds rien. J'ouvre les yeux doucement et le vois penché au-dessus de moi.
- Où... ? tente-je d'articuler.
- On est en sécurité, me coupe-t-il. Tu es restée inconsciente un bout de temps, et on était trop loin de la prison, alors j'ai du trouver un endroit où rester le temps que tu te réveilles.
- Combien de temps... ?
- Tu as dormi toute la journée. Là, on est en pleine nuit. On rentrera demain matin.
Soudain, le visage de Merle m'apparaît et je panique.
- Et les autres ? m'écrie-je.
- Ils sont morts, dit Daryl. Ils ne reviendront pas.
- Non, je veux dire... Ceux de la prison, ils vont s'inquiéter...
- Je n'avais pas le choix, Beth. Je ne pouvais pas te laisser, mais je ne pouvais pas te porter jusque là non plus.
Je hoche la tête. Peu à peu, mes idées se remettent en place. Je me rappelle qu'un homme a essayé de me violer et je regarde mon corps. Manifestement, Daryl m'a enfilé des vêtements propres. Je regarde mes mains. L'une d'elles est enroulée d'un bandage. Pourtant, elle ne me fait pas mal. C'est surtout à la tête que j'ai mal.
Je veux me lever, mais Daryl m'aide seulement à m'asseoir.
- Tu devrais pas te lever pour l'instant, dit-il.
J'obéis et observe l'endroit où nous sommes. C'est une cabane. Les fenêtres et la porte sont condamnées avec des planches, il n'y a aucune ouverture vers l'extérieur visible et seule une bougie éclaire l'unique pièce. Sur la table, j'aperçois l'arbalète de Daryl et un bol avec des cerises.
- Tu les as cueillies ? demande-je.
Daryl hoche la tête et m'apporte le bol. J'en mange quelques-unes lentement pour éviter de vomir.
- Merci, dis-je, avec un petit sourire.
Nous restons en silence pendant plusieurs minutes, puis je le romps sans vraiment y réfléchir.
- Merci, dis-je encore une fois. De m'avoir sauvée.
Daryl relève la tête vers moi.
- C'est normal, dit-il, un peu gêné.
- Non, je... Merci, vraiment, je ne sais pas ce qu'il se serait passé si cet homme avait réussi à...
- A rien du tout !
Je reste bouche-bée devant son cri soudain. Il était assis, mais il s'est levé d'un coup et semble en colère.
- Personne ne te fera jamais une chose pareille, tu m'entends ? Personne ! Personne ne te fera de mal ! crie-t-il.
Devant mon visage apeuré, il se calme et s'excuse. Il se rapproche de moi et me frôle la main. Je ne sais pas comment réagir, mais je ne le repousse pas.
- Tu ne seras pas toujours là, dis-je doucement. Même si tu le voulais, tu ne pourrais pas.
Je le regarde caresser ma main avec douceur.
- Je serai toujours là, dit-il.
Il se rapproche encore un peu et j'ai à peine le temps de me rendre compte de ce qu'il se passe qu'il a déjà posé ses lèvres sur les miennes.
...
Je sais que je ne parviendrai plus à dormir, et Daryl avait besoin de se reposer, alors je monte la garde. En fait, il ne voulait pas.
Après notre baiser, j'ai justifié mon manque de réaction par l'état de choc dans lequel j'étais toujours. En fait, la vraie raison, c'est Merle. J'aime Merle plus que tout au monde et je ne pourrai jamais être avec Daryl tant qu'il y aura Merle. En réfléchissant bien, je me rends compte que j'ai aussi des sentiments pour Daryl, mais qu'ils ne représentent rien comparé à ceux que j'éprouve pour Merle.
Sauf que Daryl ne le sait pas. Je ne pouvais pas lui avouer la vérité, mais j'avais besoin de réfléchir, alors je lui ai demandé de se reposer. Il a fallu une bonne vingtaine de minutes avant qu'il accepte, mais il a finit par se coucher et il ne lui a pas fallu trente secondes avant de s'endormir.
Je le regarde, calme. Je crois que je n'ai jamais vu Daryl dormir avant. Je crois que peu de gens l'ont un jour vu dormir. Daryl est du genre à rester éveillé quand tout le monde dort, à tenir même quand il n'en peut plus. Mais je ne penserais pas qu'un jour il m'embrasserait. D'ailleurs, je me demande s'il m'aime vraiment, ou s'il a simplement eu envie de m'embrasser.
Je ne sais pas. En fait, je crois que je préfère ne pas savoir. La réponse me ferait trop peur.
...
A l'aube, nous repartons tous les deux pour la prison. Nous emportons certaines choses de la cabane. Quelques casseroles, un pistolet.
Sur le chemin, Daryl reste silencieux mais je sens que ça cogite ferme dans sa tête.
Je réfléchis à ce que je devrais faire. Si je lui dis pour Merle, il aura le cœur brisé et nous détestera, Merle et moi. Peut-être même qu'il le frappera. Je ne peux pas non plus lui mentir en lui disant que je brûle d'amour pour lui. Je décide de trouver un compromis.
- Daryl, je... Je suis désolée pour hier soir, j'étais encore complètement sous le choc, et j'ai été surprise par...
- C'est rien, dit-il en balayant ma phrase d'un geste de la main.
Je me poste en face de lui.
- Non, dis-je. Non, c'est pas rien.
Il m'observe sans comprendre. Je lui souris pour essayer de détendre l'atmosphère.
- J'ai bien aimé, dis-je, avec un regard que j'espère doux.
Il me sourit à son tour et nous reprenons notre route. Je sens que la tension est un peu retombée, mais je m'étonne qu'il n'ait pas tenté autre chose, ou qu'il ne m'ait pas demandé si on pouvait être ensemble. Tout compte fait, peut-être que je me fais des idées, qu'il ne veut pas être avec moi, que c'était un élan impulsif. Peut-être qu'il regrette.
...
Nous arrivons près de la prison et j'entends Maggie hurler lorsqu'elle me voit. Elle court vers la grille et l'ouvre rapidement. Je cours dans ses bras et elle me sert très fort.
- Bethy, tu m'as fait tellement peur !
Daryl rentre après moi et referme la grille. Je vois les autres se diriger vers nous.
- Papa ! crie-je, avant de me jeter dans ses bras.
Rick adresse un sourire à Daryl.
- Content de vous revoir, on allait partir à votre recherche.
- Pas nécessaire, dit Daryl, on revient toujours.
Je lui adresse un sourire, puis tourne la tête derrière moi. Je cherche Merle, mais il n'est pas là.
- Où est Merle ? demande-je à Rick.
- Il remplit la voiture. C'est lui qui voulait partir à votre recherche, me dit-il.
Il rit et je souris de soulagement.
- Allez, me presse Rick, va lui dire que son frère va bien !
Je lui obéis et cours jusqu'à la cour intérieur. Je le vois remplir la voiture de matériel et m'arrête à quelques mètres derrière lui.
- Alors comme ça, tu pars sans dire au revoir ?
Il se retourne et je lis la joie sur son visage. Il descend de la voiture et me prend dans ses bras sans ménagement.
- Putain de merde, Beth ! dit-il.
Je l'embrasse sans plus pouvoir m'arrêter. Je voudrais mourir, là, à cet instant, et pouvoir rester avec lui pour toujours. Dans ses bras.
Je le lâche et me rappelle soudain que nous ne sommes pas seuls. Je me retourne. Daryl et les autres arrivent, mais ne semblent pas faire attention à nous.
Je me recule et Daryl s'approche. Il fait une accolade à son frère puis se recule aussi. Je regarde Merle en tentant de paraître la plus indifférente possible à son égard.
- Daryl m'a sauvé la vie, dis-je. On a eu des emmerdes, des types nous sont tombés dessus, ils voulaient nous faire du mal, mais on les a tués, grâce à Daryl.
Celui-ci lâche un petit 'mmh', visiblement mal à l'aise d'être autant mis en avant.
- C'était rien, dit-il, avant de s'éloigner et de rentrer dans le bâtiment.
J'attends que tout le monde se disperse, puis je fais discrètement signe à Merle de me suivre. Nous montons dans la tour de garde et il ferme la porte à clé derrière lui. Je sais exactement ce que ça veut dire.
Cependant, je décide d'être honnête avec lui.
- Les hommes dans les bois, ils voulaient me violer. J'ai réussi à me débarrasser du type une première fois, mais il est revenu à la charge, et sans Daryl, je n'aurais rien pu faire.
Je regarde Merle qui semble assommé par ces révélations.
- Il t'a touché ? me demande-t-il, la voix tremblante.
Je fais non de la tête. Je ne lui mens pas. Il n'a pas besoin de savoir que ce pervers m'a léché. Je me suis lavé le visage plusieurs fois depuis.
- Merle, je sais que c'est pas facile à entendre, mais j'ai encore quelque chose à te dire.
Il relève la tête et je remarque à quel point il est mal. Il est blanc comme un linge. J'hésite à lui dire, mais j'en ai besoin. J'ai besoin d'être totalement honnête avec lui. J'ai besoin qu'il sache tout. Qu'on en parle. Je ne peux pas garder ça pour moi.
- Daryl. Il... Il m'a embrassé.
