Note : Bonsoir à tous !
Comme vous pouvez le constater, en raison que je vais devoir m'absenter quelques jours, me revoici déjà avec un nouveau chapitre !

Celui-ci s'avérera être, avec le suivant également, probablement les plus longs de la FanFic, alors soyez prêts !
Je vous remercie pour toutes vos adorables reviews, et vous souhaite une bonne lecture !


La vision de l'inconscient du jeune homme se brouilla, comme un souvenir s'effaçant peu à peu afin de laisser place à un second, se brumant pour mieux se reconstruire, venant lui faire froncer les sourcils malgré lui, restant assis silencieusement face au métronome dont le bruit n'existait dès lors plus pour son esprit, une seconde vision venant apparaître dans son subconscient au rythme de son aiguille métallique qui s'agitait, encore et toujours, avec répétition...

Cette fois-ci, ce fut dans la rue qu'il se trouvait.
Le vent glacé qui vint le faire frémir malgré lui annonçait non sans mensonges un hiver profond et mordant, venant remonter d'un geste maladroit son écharpe sombre sur sa nuque, parcouru d'un frisson désagréable.
Il devait être dans les pourtours de dix-huit heures trente, la pénombre qui dévorait dès lors les rues surchargées de personnes emmitouflées dans leurs manteaux d'hiver faisant immerger les vives couleurs des guirlandes décoratives aux ampoules lumineuses qui ornaient les façades des maisons et des magasins, un esprit festif planant depuis quelques semaines déjà par-dessus les toits des habitations.
La neige recouvrait les pavés maladroits de la grande avenue dans laquelle se bousculaient nombreuses personnes afin d'aller acheter un pauvre cadeau d'un invité que l'on aurait oublié, se pressant les uns contre les autres, de larges sacs remplis de présents entre leurs bras, comme si la fête qui avait lieu ce soir même était un événement d'une importance capitale, au nom de vie ou de mort.
Oui, c'était la veille de Noël.

Un sourire furtif étirant ses lèvres, Zoro quitta d'un pas précautionneux l'avenue principale afin de ne pas glisser sur les plaques de verglas qui décoraient une bonne partie du sol du quartier, tenant fermement dans l'une de ses mains un sac cartonné contenant diverses décorations qu'il avait reçu la charge d'aller acheter quelques heures auparavant, sa seconde étant portée sur son écharpe afin de ne pas attraper froid.

Cela faisait deux ans à présent que Zoro menait une vie des plus délectables à ses yeux.
Deux ans qu'il avait laissé derrière lui cette misérable vie au sombre dessein, deux ans qu'il avait tout effacé, tout anéantit, ses jours les plus obscurs, les plus lointains, afin d'en rebâtir de plus beaux en compagnie des nouvelles personnes avec qui il partageait dès lors cette nouvelle existence...

Il avait quitté l'orphelinat en compagnie de Kuina ainsi que de son père qui était dès lors le sien également, Kôshiro, un homme respectable auquel il ne fallut pas bien de temps avant que Zoro et lui ne s'entendent à merveille comme un père et son fils, et depuis, avait rebattis une nouvelle vie avec ces deux êtres qui semblaient être les plus importants à ses yeux. Ils étaient son soutient, son mur d'appui, sa première et unique famille qui était, malgré ses quelques imperfections, la plus belle qu'il n'eut jamais espéré.
À présent, tout avait disparu. Il n'était plus seul sur cette route qu'il cheminait. Il n'avait plus peur d'avancer. Il avait une main derrière son dos qui lui permettait de marcher en parfaite sûreté...

Depuis son départ de l'orphelinat, Zoro avait également entreprit de commencer de nouvelles études dans le lycée jumeau à celui de sa sœur, lieu où il lui fut également permit de faire de nouvelles connaissances, se sentant, pour la première fois depuis qu'il avait mis les pieds sur ce bas monde, important aux yeux d'individus qui lui portaient de la valeur, chose qui faisait naître en son for intérieur des émotions puissantes qui lui étaient dès lors effacées jusqu'à ce jour...

Marchant à travers une ruelle déserte, ses yeux s'étant levés d'eux-mêmes en direction de ce ciel assombri à travers lequel dansaient silencieusement quelques parcelles de contons blancs qui venaient chuter tout autour de lui, sans bruit, dans une valse portée par le vent lui-même, le jeune homme aux cheveux verts ne put s'empêcher de lâcher un soupir de bien être, le résonnement lointain de la large cloche de l'église annonçant dix-neuf heure venant briser ce silence éphémère avec douceur.
À cette heure-ci, nombreuses familles devaient probablement déjà être rassemblées en cercle autour d'une table décorée, à festoyer en riant aux éclats, ou tout simplement à proximité d'une cheminée, se racontant des faits divers dans des sourires qui défieraient le froid de l'extérieur lui-même...
Il était impatient. Impatient d'être de retour chez lui. Impatient de pouvoir fêter au sein de sa famille cette fête au sens bien que par sa foi peu important, tel un enfant hâtif face à son futur anniversaire, songeant dès lors à cette soirée qu'il pourrait partager aux côtés de sa sœur et son père adoptif, pressant malgré lui le pas à travers la rue silencieuse, morte.

Traversant devant un groupe de maisons mitoyennes à proximité du quartier bordant le centre-ville, Zoro s'empressa d'atteindre sa propre rue, celle-ci se situant non loin de la grande place, dans une partie de la ville des plus calmes, les maisons y étant toutes en promiscuité, rendant une atmosphère chaleureuse au sein du petit quartier à travers lequel il termina sa traversée, finissant enfin par atteindre le seuil de sa propre maison.

L'habitation, en elle-même, n'avait rien de bien particulier. Après tout, bon nombre d'entre elles avait des apparences semblables les unes aux autres, une haute porte en bois cirée engendrée de trois petites marches de marbre, une imposante fenêtre aux rez-de-chaussée donnant une vue sans pudeur sur la salle à manger composée d'une large table en acajou, une façade de couleur beige dès lors dissimulée à travers le voile délicat des flocons neigeux qui venaient parcourir le chemin des cieux, sans oublier le fin pourtour d'arbustes qui séparait l'entrée de la petite habitation à la rue.

S'arrêtant un instant sur l'une des marches qui donnaient sur l'imposante porte de bois de l'habitation, Zoro prit le temps de sortir ses clés de la poche intérieur de sa veste, replaçant précautionneusement son sac cartonné sous son bras alors qu'il relevait son regard cendré sur l'habitation, les lumières à l'intérieur de celle-ci qui s'échappaient habituellement de la salle à manger semblant avoir été éteintes, chose qui lui fit arquer un sourcil de perplexité.
N'étaient-ils pourtant pas censés être déjà rentrés à cette heure si tardive ?

Songeant à cette question d'un air détaché, le jeune homme aux cheveux verts se contenta d'appuyer de son unique main libre sur la porte qui s'ouvrit dans un grincement muet, venant pénétrer dans le hall d'entrée dans lequel il s'arrêta un instant afin de retirer ses habituelles bottes devant la porte qu'il referma d'un geste distrait, reprenant d'une voix forte afin d'être entendu par les habitants de la petite maison.

« Je suis rentré. »

L'absence de réponse qui avait lieu d'habituellement s'élever suite à cette phrase machinale et quotidienne qui en était presque devenue une coutume vient effleurer la curiosité de Zoro, récupérant son sac en carton qu'il avait posé l'espace d'un instant à ses pieds alors qu'il s'avançait d'un pas lent à travers le hall d'entrée.

« Il y a quelqu'un ? »

Éleva-t-il une seconde fois tout en tendant l'oreille, seul un silence étrangement lourd venant répondre à son questionnement solitaire. Le souffle glacé d'un courant d'air provenant probablement d'une fenêtre ouverte vint faire frémir Zoro malgré lui, fronçant les sourcils alors que l'obscurité oppressante qui abritait les lieux lui faisait serrer les poings, l'absence d'énergie vitale qui aimait ceux-ci à l'accoutumée venant faire monter en lui une lourdeur dès lors inconnue.

Non, quelque chose ne tournait pas rond dans cette maison. Il le sentait. Il sentait qu'il n'était pas seul. Que quelqu'un, ou quelque chose, se trouvait en sa compagnie dans cette large habitation dépourvue d'animation. Quelqu'un qui n'était pas supposé être là. Quelqu'un qui n'avait pas été invité à la fête...
Ses pas ralentirent un instant sur le plancher, sa respiration se faisant plus basse alors qu'il prêtait attention au moindre bruit qui l'entourait, tous ses sens en alerte, s'avançant silencieusement en direction de la salle à manger, lieu d'où semblait provenir le courant d'air.

« Kuina.. ? »

Finit-il par tenter d'une voix tirailler entre la menace et l'hésitation, ses sourcils se fronçant d'eux-mêmes alors que ses pieds s'arrêtaient devant la porte en cerisier qui donnait sur la salle principale, l'accoutumée de celle-ci à rester perpétuellement ouverte venant légèrement faire tiquer le jeune homme aux cheveux verts.

Un second silence vint engendrer ses propos, lui faisant grincer les dents alors qu'il optait d'enfin porter l'une de ses mains sur la poignée de porte plaquée de bronze qu'il tourna scrupuleusement, poussant celle-ci d'un geste lent et calculé, comme si chaque secondes étaient un don précieux qu'il ne devait en aucunement gâcher par de gestes trop brusques, le souffle mordant du vent apportant avec lui quelques doux flocons cotonneux à l'intérieur de l'habitation lui faisant légèrement plisser les yeux alors qu'il posait un pied à travers la pièce obscurcie.
Il faisait sombre. Ténébreux. Froid...
Et seules les pâles lumières de la rue qui s'immisçaient à travers les fenêtres ouvertes de la salle à manger venaient balayer de leurs teintes glacées la salle à travers laquelle Zoro peina à s'habituer à l'obscurité, s'avançant à tâtons à travers celle-ci tout en fronçant les sourcils.

L'air était aigre, et les hurlements du vent qui pénétraient de force à travers les fenêtres venaient apporter avec lui une odeur inconnue qui vint faire plisser du nez à Zoro d'un air à la fois écœuré et perplexe.
D'où pouvait bien provenir cette émanation innommable aux tonalités de fer qui animait le lieu dans lequel il se trouvait...

Continuant d'avancer en direction de l'interrupteur le plus proche tout en se guidant, bien qu'avec peine, de ses mains qui effleuraient délicatement l'un des murs, l'un des pieds de Zoro vint percuter avec une brutalité alarmante un obstacle qui lui fit légèrement perdre l'équilibre malgré lui, se rattrapant de justesse au rebord de la table d'acajou alors qu'il était emparé d'un sursaut, ses yeux ternes commençant peu à peu à s'habituer à l'obscurité ténébreuse de la pièce. D'un regard limpide, le jeune homme aux cheveux verts balaya le sol à la recherche de l'objet sur lequel son pied avait acculé, plissant quelques peu les paupières d'un air agacé et dubitatif, lorsque son souffle se suspendit, son expression se changeant brusquement en un tout autre visage alors qu'il découvrait avec horreur la chose qui lui avait précédemment bloqué le passage.

« Kui...na.. ? »

La vive lumière blanchâtre des phares imposants d'une voiture passant par devant la maison vint traverser les vitres des fenêtres entrouvertes, venant de ce fait éclairer avec éclat le spectacle qui s'offrait aux pieds de Zoro qui était resté un instant appuyé contre la table, immobile.
Pétrifié, le visage du jeune homme aux cheveux verts se déforma en une expression d'épouvante alors que ses traits se figeaient d'horreur, ses yeux cendrés venant s'écarquiller dans un saisissement tiraillé avec de l'atrocité, son teint de peau pâlissant à vue d'œil.

À ses pieds, étendus silencieusement face contre sol, gisaient deux corps inertes, l'un d'entre eux étant méconnaissable en raison du liquide d'un rouge presque sombre qui estompait son visage et ses traits, le regard du second, livide et brumeux, fixant un point que lui seul semblait pouvoir percevoir à travers le vide.

Le plancher aux lattes soigneusement cirées, les murs à la tapisserie d'un blanc pur sur lesquels avait été accrochée avec fiertés une peinture au cadre sculpté de bois, les fauteuils rangés soigneusement aux quatre coins de la pièce et sur lequel il parvenait encore à distinguer des silhouettes enjouées riant aux éclats... Tout avait été souillé, baigné d'éclaboussures irrégulières et forcenées aux teintes rougeâtres qui ne trahissaient nullement ce liquide poisseux dans lequel baignait dès lors les pieds de Zoro, ce liquide impur, infect, à l'odeur écœurante qui vint faire monter malgré lui une envie insurmontable de vomir au jeune homme aux cheveux verts, empris de nausées brusques et irréversibles qui lui firent perdre l'équilibre, venant chuter aux côtés des deux corps inertes, ses genoux venant se plonger à leur tour dans la marre obscure qui noyait déjà une majeur partie du sol de la salle à manger.

Il tremblait, se sentait comme asphyxié, en manque d'air, en manque d'oxygène, son être entier étant pris de sursauts, de spasmes incontrôlables alors qu'il avançait l'une de ses mains tressaillantes en direction de l'unique visage encore distinguable à travers cet échaudoir, essayant tant bien que mal de garder une respiration stable alors que ses doigts agités venaient effleurer sans réellement la toucher cette joue d'une blancheur presque transparente et d'une température aussi basse que la neige elle-même, dégageant d'un geste maladroit une mèche de cheveux bleu nuit qui baignait également dans l'aquosité morbide du liquide vitale qui recouvrait une partie de son front, les lèvres de Zoro s'étant entrouvertes afin de parvenir à reprendre convenablement son souffle.

Il resta longues minutes durant, immobile aux côtés du corps dépourvue de vie de son aînée, ce corps à présent si frêle et si fragile, cet être dont il ne restait plus qu'une enveloppe corporelle dépourvue d'âme, dépourvue d'intérêt, une expression tiraillée entre une peine dévorante et une incompréhension déchirante étant dès lors figée, et ce à jamais, sur ses traits pâles. Ces traits qu'ils avait vu sourire, ces traits qu'il avait vu pleurer... Ces traits qu'il avait vu rire, crier, chanter.
Ce visage si rayonnant, aux expressions si diverses, aux éclats de joie tout comme de peine... Ce visage si expressif et si lumineux qui venait remettre du baume sur les cœurs abîmés des habitants de ce bas monde.
Et dès lors, il n'en restait plus rien. Plus qu'une pâle lueur effacée. Comme si un voile avait été déposé sur celui-ci, et ce à tout jamais. Plus qu'un lointain souvenir qui avait été effacé en l'espace d'un instant, l'espace d'une journée d'inattention, d'un retard non prévu, d'un coup de téléphone manqué...

Et c'est en cet instant même que Zoro sentit son cœur se déchirer, s'ouvrir, se décomposer... Il se sentit sombrer, sombrer dans des abîmes inconnues, sombrer dans les Ténèbres de son existence qui, lentement, venaient le dévorer de leurs dents acérées, le ronger jusqu'à n'en plus pouvoir...

Peine, douleur, regrets, agonie... Agonie... Agonie...

D'une main presque insensible, le jeune homme aux cheveux verts vint lever celle inerte de la jeune fille aux cheveux couleur nuit qui gisait à ses genoux, venant serrer celle-ci de toutes ses forces entre ses doigts fins, comme s'il attendait une quelconque réactions de sa part, une simple exclamation d'agacement, un simple regard... Mais rien ne survint. Seul le silence de son visage terne lui revenant.

« Kuina... Kuina... »

Inclinant légèrement la tête, Zoro garda la main glacée et durcie de son amie, de sa sœur, de sa raison d'exister, de son soleil, longues minutes durant entre ses doigts tremblants, murmurant son prénom à répétition, comme incapable de ressentir convenablement les émotions, incapable de réaliser ce qu'il s'était produit, ce qui se déroulait en cet instant même, incapable de prononcer un seul autre nom que son prénom qui se mourrait de manière imperceptible entre ses lèvres...

Oui, ce monde était ignoble, horrible, un véritable cauchemar, une véritable terreur, bercé de mensonges, d'espoirs vains, de sourires tissés sur l'incompréhension d'une existence futile...
Il souffrait, terriblement, et ce d'une manière plus accentuée que jamais, en croyant même qu'il allait en mourir, en mourir de douleur, en mourir de tristesse, son être entier étant dès lors envelopper d'une toile écœurante au fil si épais qu'il aurait été incapable de s'en échapper... Une toile de profonde agonie, d'une torture que seul son cœur aurait pu en témoigner, ressentant cette impression familière de recevoir une infinité de lames aiguisée à travers les parois déchirées de son organe vitale, le transperçant de souffrance, de peine dévorante, d'un calvaire incurable et affûté, se questionnant si, après une telle blessure, il parviendrait encore à arpenter les chemins hostiles de son existence bâtie sur des spectres affamés qui ne faisaient que l'engloutir au fil des minutes qui s'écoulaient entre ses doigts...

C'est alors que le résonnement autant macabre qu'inattendu de pas s'élevant subitement de la cuisine vint se faire entendre, le jeune homme aux cheveux verts venant lentement relever son visage aux traits accentués par une désolation qui le rendait presque méconnaissable, son regard détruit planant de manière hasarde en direction de celui-ci avant qu'il ne s'immobilise.
Il n'était pas seul.
Une silhouette, indistinguable dans l'obscurité, se dressait devant lui, dans l'encadrement de la porte qui menait à la cuisine.
À ses pieds, un revolver.

L'expression déchirée entre la peine et l'horreur qui agrippait de ses griffes le visage de Zoro se métamorphosa subitement, son regard restant figé un instant sur l'arme à feu qui jonchait sur le plancher, relâchant silencieusement la main de Kuina qui retomba lourdement dans la mare de sang qui s'émanait de son être.

C'était donc ainsi que cela s'était produit.

Un coup de feu. Tout ce qu'il faut pour happer une vie, pour faire s'éteindre une existence, pour briser un être.
Un coup de feu, rien de plus, rien de moins. Un retentissement obscur venant ôter le futur florissant d'un individu sans même lui avoir laissé une minute de répits, un instant pour comprendre, pour réaliser...
Réaliser qu'il n'y aura plus de lendemain ensoleillé. Réaliser que plus jamais il n'y aura de bourgeons nouveaux aux bouts des branches mourantes de cette existence.
Réaliser que d'un instant à l'autre, c'était son bonheur entier qu'il avait laissé s'échapper d'entre ses doigts, que plus rien ne pourra être comme avant, que ces sourires flamboyants ne viendront plus jamais éclairer son quotidien.
Qu'à présent, il était seul, et ce pour le restant de ses jours à partir d'aujourd'hui...

Un cauchemar sans fin qui se tissait autour de son être, un voile de ténèbres qui retombait lentement sur son visage.

Le souffle glacé du vent, le murmure d'un hiver lointain, les échos de ces rires effacés, le silence, encore, toujours... Et à jamais.
Un silence étouffant, assourdissant, et des plus détestables. Un silence qui annonçait la fin. La fin d'une vie... Et le début d'un cauchemar.

« Qu'est-ce que vous avez fait... »

La voix tremblante du jeune homme aux cheveux verts s'éleva enfin dans une nuance effacée, à peine audible, son regard troublé s'assombrissant à vue d'œil de manière meurtrie alors qu'il était emparé de nausées qui lui faisait tourner de l'œil, tentant de trouver appuie sur la table alors qu'il essayait tant bien que mal de se redresser, ses jambes tremblant de manière irrégulière.

« Qu'est-ce que vous avez-fait ?! »

Cette fois-ci, la voix de Zoro parvint à atteindre une tonalité effroyable, la force de celle-ci résonnant dans le silence comme le grondement ardent d'un tonnerre, le hurlement féroce de cette rage grandissante en son for intérieur, la peine qui le dévorait, lui nouait les tripes, lui brouillait la vue, la torture qui le consumait lentement, avant de se briser, reprenant avec peine son souffle.
Il souffrait. Il se sentait anéanti, déchiré, assassiné... Et son regard opaque et inexpressif vint bien vite se teindre de braises haineuses, d'un éclair dévorant de rage ardente qui s'empara de son être avec une vitesse nébuleuse, ses dents venant grincer à travers la pièce, comme si une bête qui n'avait rien d'humain venait de s'éveiller en son for intérieur. Une bête assoiffée, assoiffée de sang, assoiffée de vengeance... Une bête qui le rendait méconnaissable, lui donnait une expression des plus assassines, des plus angoissantes, les expressions de joie murissantes sur son visage ayant, dès lors, entièrement quitté ce qui restait de son âme déchirée...

La vue du sang, l'odeur de la mort, le silence d'une vie qui s'achève...
Peut-être la raison de son envie soudaine de meurtre apparente était là.
Oui, il voulait mettre fin à cette vie, arracher de cet être qui se tenait dignement devant lui son existence entière, tout comme il venait de le faire avec la sienne...
Le trancher, l'égorger, le saigner, le tuer, encore, encore...

D'un pas vif, et sans même avoir eu le temps de lui-même s'en rendre compte, Zoro fut emparé d'un élan qui le projeta sur l'individu qui se tenait là, ne lui laissant pas même une minute de répit alors qu'il le plaquait brusquement contre le sol, ses mains, encore tressaillantes venant se presser avec une agressivité animale sur la nuque de ce meurtrier dont il était incapable de discerner le visage, ses yeux embrasés se remplissant petit à petit d'un feu ardent.
Le feu de la mort.
Le feu d'une folie dévorante, ardente, et inconsommable...
Rien de ce qu'il avait été jusque là.

« Répondez ! »

Hurla-t-il dans un élan de voix qui se brisa dans un sanglot incontrôlé après une poignée de minutes de silence durant laquelle il pressa avec force ses mains autour de la nuque de l'individu qui semblait commencer à grandement suffoquer suite à son manque d'oxygène des plus accentués, hoquetant légèrement alors qu'il peinait grandement à respirer, tentant du mieux qu'il pouvait d'articuler quelque chose entre deux toussotements implorant afin de reprendre son souffle.

« Zo...ro... »

La vision du jeune homme se troubla suite à cette voix étrangement familière dont il ne parvint cependant pas à faire la distinction, fermant un instant les paupières alors qu'il semblait incapable de relâcher sa prise sur le cou de l'être qu'il tenait entre ses mains, tremblant, tressaillant, ne désirant qu'une seule chose le briser... Le voir mourir, souffrir, être baigner dans son propre sang, étouffer, agoniser, comme lui-même était en train d'agoniser intérieurement... Le torturer jusqu'à son dernier souffle des manières les moins humaines qui puissent exister…

Les mains de la silhouette finirent par se poser lentement sur ses propres poignets, tentant du mieux qu'elles pouvaient de dégager son emprise avec le peu de forces qui leur restait, son souffle devenant difficile, voire inconcevable...

C'est alors qu'un brusque retour à la réalité lui fit retomber les pieds sur terre, sa vision redevenant stable alors qu'il prenait une grande inspiration, comme s'il venait d'être immergé d'une bassine d'eau glacée, reprenant sa respiration avec difficulté alors qu'autour de lui, le décor changeait petit à petit.
Une pièce imposante, un bureau en bois sombre ciré, deux fauteuils de cuirs, une fenêtre à vue panoramique... Une salle de séance.

Son regard balayant la pièce d'un air alarmé et terrifié, Zoro tenta du mieux qu'il put de reprendre son souffle, entrouvrant les lèvres alors qu'il semblait plus perdu que jamais, ses yeux étant animés de lueurs d'une angoisse évidente, son cœur battant dans un rythme irrégulier presque alarmant, des perles de sueurs étant venues se tapir sur son front suite à ce flot d'émotions inattendu.

« ...Z...Zoro... »

L'écho soudain et cette fois-ci bien réel d'une voix faible et haletante se fit entendre une seconde fois sous son être, venant faire sursauter légèrement l'appelé qui reposa son attention sur cet individu qui se trouvait dès lors allongé sous lui, tressaillant, ses mains s'étant elles-mêmes posées sur ses poignets d'un air affaibli, abattu.
KuroAshi.

Les yeux du jeune homme aux cheveux verts s'écarquillèrent subitement d'effroi face à ce spectacle qui s'offrait à lui, considérant avec une terreur grandissante ses mains nouées fermement de manière inhumaine autour de la nuque du jeune psychologue qui semblait incapable de reprendre son souffle, son unique œil visible, d'un bleu d'une profondeur qui en défierait les abysses elles-mêmes, s'étant plongé dans le regard tétanisé de Zoro, le fixant dans une expression tiraillé entre la douleur et l'incompréhension, ses mains tremblantes peinant à desserrer la forte emprise de son agresseur qui s'étaient appuyées avec une férocité des plus brusque autour de son cou, lui empêchant ainsi de reprendre sa respiration devenue douloureuse.

Dans un élan de surprise et d'une crainte évidente, Zoro relâcha immédiatement l'emprise sur le jeune homme aux cheveux blonds, se reculant d'un mouvement vif de son être alors que pour sa part, le jeune psychologue se mettait à tousser avec peine, reprenant sa respiration tressaillante alors qu'il appuyait l'une de ses mains contre le mur se trouvant dos à lui, plaçant la seconde sur sa nuque sur laquelle des traces violacées suite à l'agression avaient d'ores et déjà fait leurs apparitions, restant assis sur le sol d'un air surmené alors que de son côté, Zoro restait immobile, le souffle court, le regard plus troublé que jamais...

Son attention resta portée un instant sur KuroAshi qui gardait sa tête inclinée en avant, ses sursauts précédents semblant s'être visiblement calmés alors qu'il venait masser d'une main maladroite son cou meurtri, son être entier semblant tressaillir suite à cet événement des moins attendu, son teint étant plus pâle que jamais, Zoro essayant également de reprendre sa respiration entrecoupée de manière peu régulière.

Comment comprendre ce qu'il venait de se produire lors de cette séance d'hypnose... Trop de questionnements se bousculaient dans son esprit, trop d'affirmations douloureuses, trop de souvenirs, aussi brutes que poignants, refaisant surface... Il ne comprenait pas, ne savait plus quoi penser, quoi faire.
Il se sentait plus perdu que jamais, et par-dessus tout, il se sentait terrifié. Terrifié par lui-même. Terrifié par les événements, par ses souvenirs... Par ce que son inconscient avait fait subir à son psychologue.
Terrifié par ce qui sommeillait au plus profond de son être depuis tout ce temps et qui, lentement, semblait avoir refait surface... Cette chose qui le dévorait, l'habitait depuis toujours, et le contrôlait inconsciemment...
Mais là n'était pas le sujet principal en cet instant même. Non, l'importance de cette séance était bien entendu la manière dont elle avait été bouclée, le jeune homme aux cheveux verts tressaillant légèrement alors qu'il entrouvrait ses lèvres, incapable d'articuler ne serait-ce qu'une phrase.
Comment décrire ce qu'il venait de se produire... Comment apporter des excuses face à ce jeune homme dont la chevelure blonde venait voiler son expression, se genoux étant posés sur le sol, abattu.
S'excuser... Cela en était ridicule. Non, des excuses n'aurait rien changé à la situation.
Il avait effleuré l'assassinat de son psychologue... Et si la voix de celui-ci n'était pas survenue jusqu'à son subconscient, Dieu seul sait ce qu'il aurait pu advenir par la suite...
Honte, angoisse, effroi... Trop d'émotions se bousculaient dans l'esprit embrumé de Zoro, se sentant comme immobilisé, ses membres ayant tout bonnement décidé de ne plus se mouver.

Il voulait s'enfuir, partir d'ici, loin, loin de ce cauchemar, loin de ce calvaire...

« Tout va bien... »

Sursautant légèrement, Zoro releva son regard tétanisé sur le jeune psychologue dont la voix à faible tonalité venait de s'élever à travers le silence de la pièce entrecoupé par leurs respirations saccadées, gardant l'une de ses mains posées sur les marques accentuées qui venaient de naître sur son cou, comme pour les dissimuler.

« Zoro, gardez votre calme... »

Terminant enfin par reposer son attention sur son patient qui se trouvait assis de manière maladroite en face de lui, son teint de peau étant des plus alarmants, sa respiration acharnée semblant incapable de garder un rythme régulier, KuroAshi se tourna lentement en sa direction, prenant une expression concernée et qui se voulait des plus calmes, essayant de ne pas faire commettre de crise de panique à Zoro dont les mains s'étaient mises à trembler de manière irrégulière sur le plancher, son regard s'étant voilé d'une toile opaque tiraillée entre l'effroi et l'incompréhension...

« Tout va bien, vous m'entendez.. ? »

Poursuivit le jeune homme aux cheveux blond tout en approchant l'une de ses mains du front de son patient qui la repoussa d'un geste brusque et irréfléchi, une lueur de panique venant éclairer son visage alors que leurs regards s'entrechoquaient avant qu'il se parvienne enfin à s'animer, ses membres parvenant enfin à bouger à nouveau.
Se redressant de manière maladroite et hâtive, Zoro se recula d'un pas alors que Sanji le suivait d'un regard indéchiffrable, le jeune homme aux cheveux verts regardant autour de lui tel un enfant perdu, un animal apeuré, avant de se diriger d'un pas hâtif et machinal en direction de la porte qu'il ouvrit avec brutalité, venant disparaître en courant dans le large couloir sans même avoir laissé le jeune psychologue le temps de le rattraper, celui-ci gardant sa main levée de manière bouleversée, désolée...

Disparaître, s'enfuir... Courir loin... Loin de cet endroit... ... Loin de ses souvenirs...
Loin de ce regard tétanisé qui s'était aimanté à son esprit, au moment même où il avait ouvert les paupières.

Qui était-il vraiment...
Lui-même n'en avait plus la moindre idée. Et dès lors, il ne souhaitait plus qu'une chose ; celle de disparaître avec les ténèbres eux-mêmes... De se laisser dévorer par ce voile opaque qui ne cessait de succomber sur son être...
De disparaître de ce foutu monde.


Ahum.

Voilà qui fut un chapitre sombre à souhait –comme j'aime tant les écrire-…
J'espère que vous ne m'en voulez pas.
Passez une très belle semaine de congés pour ceux qui le sont déjà, et n'hésitez, pas à me donner votre avis sur ce chapitre !

À la prochaine, et si l'on ne se revoit pas d'ici là, de très bonnes fêtes à tous !