Chapitre 11
- Beth ?
J'entends mon nom au loin, mais je n'y fais pas attention.
- Vous auriez pas vu Beth ?
J'entends mon nom au loin, mais je n'en ai rien à faire.
- Beth !
J'entends un bruit de porte mais je ne peux pas bouger.
Je peux seulement ressentir cette ouverture béante dans ma poitrine, cette douleur, ce poids sur ma tête.
Et le sol glacé.
Je crois que je suis dans la réserve, mais je n'en suis pas sûre.
Je crois que je suis dans une prison, avec mon père, ma sœur et d'autres personnes, mais je n'en suis pas sûre.
Je crois que c'est la fin du monde, et cette idée me réjouit. Parce que, si c'est la fin du monde, ça signifie que je vais mourir. Et c'est exactement ce que je veux.
Mourir.
...
- Beth, bordel, mais qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
J'essaye de reprendre le contrôle de mon esprit et de me concentrer sur ce qu'il y a devant moi. J'arrive à distinguer les courbes de la personne qui me parle et je reconnais Daryl.
- Je n'en sais rien..., dis-je.
- Je t'emmène chez ton vieux.
Je sens qu'on m'arrache du sol, mais je ne cherche pas à me dégager. Rien n'a plus d'importance, maintenant.
...
- Bethy, essaye de te rappeler, s'il-te-plaît, me dit papa.
Quand Daryl m'a portée jusqu'ici, j'ai entendu mon père dire que j'étais en état de choc, et que j'avais probablement une perte de mémoire temporaire suite au traumatisme. J'ai entendu Daryl s'énerver, dire que si quelqu'un m'avait fait du mal, il le tuerait, qu'il avait hâte que je me souvienne pour lui faire payer. Alors j'ai su ce qu'il fallait que je fasse. Il fallait que ma perte de mémoire soit définitive. Pour qu'il ne sache jamais. Pour que personne ne sache jamais.
- Je suis désolée, papa, j'ai un trou noir. Je ne me rappelle de rien du tout.
- Quelle est la dernière chose dont tu te souviennes ? me demande-t-il.
- Je rentre dans la réserve... et puis plus rien, mens-je.
- Pourquoi étais-tu allée dans la réserve ?
Je prends un air désolée et je secoue la tête.
- Je ne sais plus, dis-je.
- D'ici quelques heures, elle s'en rappellera sûrement, intervient Daryl.
- Ça peut parfois prendre plus longtemps, soupire papa. Va te reposer en attendant, ma chérie.
Je hoche la tête et descends de la table sur laquelle j'étais assise.
- Daryl, commence mon père, je serais plus rassuré si quelqu'un restait au près d'elle cette nuit. Tu peux peut-être demander à Maggie ou à Glenn ?
- Je m'en occupe, personne s'approchera d'elle, réplique Daryl. Viens, Beth.
Il pose une main sur mon dos et me pousse doucement. Il m'accompagne jusqu'à ma cellule et je m'assieds sur mon lit.
- Tu te rappelles vraiment de rien ? me demande-t-il sur un ton rempli de soupçons.
J'essaye de prendre la voix la plus sincère possible.
- De rien du tout... Qu'est-ce que tu penses qu'il s'est passé ?
- J'en sais rien, mais j'espère que celui qui t'a fait ça le payera.
- C'est rien, dis-je. Mon père m'a examinée, je vais bien. Pas de marque visible, pas de bosse, pas de bleu. Je vais bien, répète-je avec un léger sourire que je devine un peu forcé.
- Je vais rester là, dit Daryl. Tu peux te reposer.
Je secoue la tête. Il est tard mais je ne suis pas fatiguée.
Je reste pensive une minute, mais je me couche tout de même dans mon lit. Je ne suis pas fatiguée, mais je sens bien que mon corps a besoin de repos.
Daryl s'assied contre le mur et sort un livre de sa poche. Des Souris et des Hommes. Je me demande si ce bouquin parle de souris ou non.
Je cherche le sommeil mais ne parviens pas à le trouver. Je tourne la tête vers Daryl, il lit toujours.
- Tu ne vas pas dormir ? demande-je.
- Mmh, marmonne-t-il.
- On pourrait dormir tous les deux, propose-je. Il y a un deuxième lit, au-dessus. Et si quelqu'un me fait du mal, je crie, et tu te réveilleras immédiatement.
- Je prends pas le risque.
- Daryl, il ne m'arrivera rien.
Il lève les yeux de son livre mais ne prend pas la peine de répondre.
Je soupire et repose ma tête sur mon oreiller.
- Pourquoi tu fais tout ça pour moi ? demande-je, un peu malgré moi.
Là, j'entends qu'il referme son bouquin. Je me lève alors et m'assied par terre, juste en face de lui.
- Hein ? Pourquoi ? insiste-je.
- Il y a plus beaucoup de gens biens, alors... faut bien protéger ceux qui restent.
Sa réponse est détournée, mais elle me semble sincère.
- Et qui te protège, toi ? dis-je.
Il regarde le vide, je le sens gêné.
- Je me protège tout seul.
J'observe Daryl et je me rends compte que ses traits ressortent plus à la lueur de la bougie. Il ressemble à Merle. Le visage de son frère repasse devant mes yeux et j'ai l'impression de prendre une douche froide. Daryl m'avait presque fait oublier que Merle vient de me briser le cœur.
Et j'éclate en sanglots.
...
- Mais qu'est-ce qu'il te prend ?
A travers mes larmes, je vois bien que Daryl est désemparé. Il ne sait pas quoi faire. Je suis désolée pour lui, mais je ne peux pas m'empêcher de pleurer.
- C'est rien, dis-je, en haletant. C'est pas grave, c'est juste la fatigue.
Mais mes larmes repartent de plus belle. Mon hypothèse n'est pas très crédible.
Je pleure encore et encore, sans pouvoir m'arrêter, en pensant à Merle. Je cherche à comprendre pourquoi il a fait ça, mais aucune réponse ne me vient à l'esprit. Je ne comprends pas.
Je vois Daryl se lever et venir s'asseoir juste à côté de moi. Il ne dit rien mais me caresse le dos, tout doucement.
Je colle mon épaule à la sienne et laisse tomber ma tête contre son torse. Sa présence m'apaise, sa chaleur me calme. Je voudrais rester comme ça toute la nuit, ne plus jamais être loin de lui. L'avoir toujours près de moi lorsque j'aurai besoin de pleurer.
Sa main remonte dans mes cheveux et me caresse la nuque. Il s'y prend bien. Comme s'il avait déjà fait ça des dizaines de fois. Ses gestes parviennent à me calmer et je finis par tomber de fatigue.
...
Ce que Beth ne sait pas
Daryl observe Beth pendant de longues minutes pour être certain qu'elle s'est effectivement endormie. Il passe sa main dans ses cheveux, doucement, et effleure son visage du bout des doigts. Elle est fragile, jeune. Il ne peut s'empêcher de se dire qu'elle est magnifique.
Au beau milieu de la nuit, une main pousse le rideau de la cellule de Beth, et Daryl s'éveille immédiatement du demi-sommeil dans lequel il était tombé. A la lumière de la bougie, il distingue la silhouette de Merle. Il aurait voulu que son frère ne le voit pas dans cette position, mais il est trop tard pour repousser Beth d'un coup.
Il ne se doute pas que c'est exactement ce que Merle avait espéré voir en rentrant dans la cellule.
- Qu'est-ce que tu veux ? chuchote Daryl.
- J'ai entendu des pleurs, je voulais savoir si elle allait bien, répond Merle.
Daryl secoue la tête.
- Pas génial, mais tant qu'elle dort, ça va.
A sa réponse, Merle devine que Daryl ne sait rien. S'il savait, il lui aurait déjà dit d'aller se faire foutre.
- Je vais la mettre dans son lit, dit Daryl. Tu m'aides ?
Merle acquiesce et, avec toute la délicatesse du monde, les deux hommes portent Beth et la déposent dans son lit.
- Faut que je pisse, dit Daryl. Tu peux rester avec elle cinq minutes, le temps que je revienne ?
- Je suis pas sûr que...
- Allez, mec, tu vas pas râler pour cinq minutes de sommeil ?
- C'est bon, vas-y, le presse finalement Merle.
Daryl sort de la cellule et Merle se tourne vers Beth. Son visage est calme, apaisé. Il doit retenir ses larmes avec une violence difficilement imaginable. Il caresse son visage du bout de son pouce et la regarde dormir.
Trois minutes plus tard, Daryl revient et Merle regagne sa cellule.
Daryl s'assied et se remet à lire.
Dans son lit, Merle tente de s'endormir mais le soleil se lève avant qu'il ait pu trouver le sommeil.
