Note : Bonsoir à tous !
Je m'excuse du retard pour ce chapitre qui fut posté un peu plus tard que prévu...
J'espère que vous ne m'en voulez pas !

Je vous souhaite à tous un excellent début d'année 2016 rempli de belles choses !

Et une agréable lecture pour ce nouveau chapitre !


Les lumières éblouissantes des feux de l'ambulance venaient se refléter sur le fin tapis de neige d'un blanc absolu qui recouvrait le sol de la ruelle, les portes de celle-ci étant grandes ouvertes, laissant ainsi libre passage aux infirmiers qui se trouvaient dans celle-ci afin de parvenir à s'en immiscer, se dirigeant d'un pas pressé en direction du corps inerte qui jonchait à quelques pas de là, immobile.
Autour d'eux, une concentration de personnes avait prit place, parlant entre eux d'une voix tiraillée entre la désolation et la curiosité, se penchant les uns vers les autres afin de glisser quelques paroles incompréhensibles à l'oreille du voisin, certains préférant détourner le regard du spectacle, silencieux.

La blancheur séraphique et délicate de la neige qui était venue parsemer de son éclat étincelant le sol de la ruelle avait été profanée avec dégradation d'éclaboussures d'un rouge presque éclatant sous la pâleur de ce ciel hivernal qui s'étaient réparties de manière arbitraire sur son fin tapis, laissant uniquement quelques tâches vives semblant s'être échappées du pinceau d'un artiste maladroit sur ce sol qu'arpentait la foule.

« Ne restez pas là, allez, circulez ! »

La voix forte de l'un des ambulanciers s'occupant de gérer l'assemblée qui ne faisait que s'agrandir vint s'élever tel un écho à travers l'esprit de Zoro qui était resté immobile, certaines personnes se décidant enfin à s'éloigner de l'événement alors que pour sa part, le jeune homme aux cheveux vert se sentait accablé de nausées, perdant l'équilibre malgré lui.

« Luffy... »

Sa voix à peine audible finit enfin par s'élever entre deux inspirations approfondies, ses jambes tressaillantes venant s'animer alors qu'il se décidait enfin à traverser la foule dont les exclamations n'étaient plus que de lointains écho à ses oreilles à travers lequel un bourdonnement assourdissant semblable à celui d'un remboursement répétitif et sonore venait s'élever, tentant du mieux qu'il pouvait de ne pas trébucher au sein celle-ci, cette impression familière refaisant surface de manière spontanée.
Oui, tout était semblable à ce jour-là.
Son insouciance un peu trop prononcée, cette couleur pourpre qui lui revenait à l'esprit avec marasme, cet être cher qu'il voyait, immobile à ses pieds, ayant perdu toutes expressions de vivacité de son visage enjoué... Le silence, encore, toujours.

«...Luffy... »

Parvenant enfin à se détacher des serres aiguisées de la foule qui semblait l'emporter avec entrain tel un courant d'eau glacée loin de son acolyte, Zoro fut bien vite retenu par l'ambulancier qui le saisit instinctivement par ses épaules afin de l'empêcher de continuer à avancer, le regard du jeune homme aux cheveux verts restant figé de manière hagarde sur le corps inerte que deux hommes vêtus de blouses blanches soulevaient avec mesure du sol afin de le placer précautionneusement sur la civière qu'ils surhaussaient en synchronisation afin de l'amener en direction de l'ambulance, l'un des bras fluets et immobile du garçon aux cheveux sombres retombant négligemment par-dessus celle-ci, venant se balancer de manière blême au rythme de l'avancée des deux infirmiers qui n'y prêtaient point attention, un maigre filet aux teintes pourprées s'écoulant le long de ses doigts avant de chuter silencieusement sur la neige dont la pâleur des plus pures venait absorber le liquide vif de tonalités, se changeant petit à petit en une couleur plus marquante, semblable à une aquarelle diluée.

« Laissez-le... »

La voix apathique et devenue impassible de Zoro s'éleva une seconde fois alors que l'ambulancier le regardait d'un air perplexe tout en haussant les sourcils, finissant par enfin lui relâcher les épaules.

« Vous le connaissez ? »

Articula l'homme d'un air incertain alors que Zoro s'empressait de passer à côté de lui sans lui attribuer le moindre regard afin de rejoindre d'un pas titubant et maladroit le garçon aux cheveux sombres qui se faisait appréhender à l'intérieur de l'ambulance, se rattrapant de justesse à la porte du véhicule alors que ses jambes semblaient décidées à l'abandonner à cet instant même, les deux infirmiers qui transportaient le jeune homme venant se concerter d'un regard perplexe.

« Faite le monter, il connaît l'individu ! »

S'exclama l'homme qui s'assurait de la sécurité tout en rejoignant ses collègues qui s'empressaient de monter dans le véhicule, Zoro sur les talons.

Les portes de l'ambulance se refermèrent dans une détonation sinistre qui résonna tel un écho absent dans l'esprit du jeune homme aux cheveux verts, celui-ci ayant prit place sur un appui du véhicule, les ambulanciers étant enfin parvenu à le convaincre, bien qu'avec beaucoup de peines, de rester à son emplacement après que, pendant nombreuses minutes durant, il eut essayé de s'avancer de la médiocre silhouette de son ami d'enfance, chancelant.

Le regard de Zoro était vitreux, anodin, ses prunelles cendrés restant aimantées au visage pâle de son ami d'enfance alors qu'une sensation de haut-le-cœur naissait en son for intérieur, se sentant perdre l'équilibre, perdre vue..

Son teint était pâle, plus qu'il ne l'avait jamais vu auparavant, une sombre quantité de sang tapissant une partie de son visage creusé ainsi que ses cheveux ébènes qui avaient été plaqués contre son épiderme en raison du liquide vital qui s'écoulait d'une profonde commissure créée à la partie inférieur de son front, ses paupières restant éternellement fermées, comme un enfant plongé dans de profonds rêves dont seul lui était le spectateur...
Son corps était frêle, immobile, et dès lors parsemés de fils translucides et autres perfusions quelconques que les infirmiers étaient en train de lui accrocher d'une manière à la fois rapide et efficace, un masque transparent afin de faire parvenir de l'oxygène à celui-ci ayant été placé précautionneusement sur son nez ainsi que sa bouche, lui faisant prendre de profondes inspirations alourdies et anguleuses.

« Fréquence cardiaque de cinquante. »

Le son répétitif et assommant du défibrillateur résonnait tel cri d'alerte aux oreilles de Zoro, un appel insignifiant tentant d'attirer son attention alors que pour sa part, le jeune homme aux cheveux verts restait immobile sur son siège, sentant sa vision s'embrumer par moment, s'immobiliser par d'autre... Comme si les événements qui se déroulaient dès lors autour de son être n'étaient qu'un rêve sans réveil dont il ne pouvait qu'être l'auditeur, une illusion qui le consumait à petit feu tout en le lacérant de ses serres aiguisées, s'éternisant encore...

« Il a besoin de plus d'oxygène. Apporter une seconde poche de perfusion ! »

« Tout de suite. »

Les événements s'enchaînaient avec une fluidité que Zoro n'était pas apte à discerner, les premiers soins d'urgence se faisant apporter par les trois ambulanciers alors que la sirène du véhicule se faisait entendre à travers la paroi métallique qui les séparaient de la rue, les fenêtres assombries empêchant de savoir exactement en direction de quel hôpital ils étaient en train de l'amener, les tournants brusques du chauffeur qui ne s'éternisait pas dans la circulation afin d'atteindre leur destination le plus rapidement possible venant par moment faire perdre l'équilibre du jeune homme aux cheveux verts, son manque de force l'empêchant de se tenir correctement à la barre de sécurité qui se situait à ses côtés, restant inapparent, comme dépourvu de toute perception des choses, de toutes émotions.

Bon nombre de pensées oscillaient à travers son esprit embrumé sans même qu'il ne puisse les retracer en détails, multiples sentiments se bousculant en son for intérieur à lui en donner la nausée, lui faire perdre le fil droit de ses réflexions, tant et si bien que bien vite, Zoro fut tout bonnement incapable d'exprimer ne serait-ce qu'un seul sentiment, restant ainsi, impassible, pétrifié, son regard vitreux stagnant dans une immobilité frappante sur la silhouette engourdie de son ami dont les ombres des infirmiers, spectres semi-absents qui valsaient autour de lui, venaient parfois en voiler le visage, s'emparant d'ustensiles de médecines que lui-même ne connaissait pas et ne cherchait pas à en comprendre l'intérêt majeur.

Il y avait du sang. Probablement trop, d'ailleurs.
Autant sur le visage de son ami que sur les mains gantées des ambulanciers qui tentaient du mieux qu'ils pouvaient de faire cesser une certaine hémorragie au niveau de son crâne, s'il en avait bien comprit les conversations alarmées des hommes de soins...
Il avait du mal à comprendre, du mal à détailler ce qu'il se passait, comme prit de court, ressentant la familière impression d'avoir reçu un coup aussi brusque qu'inattendu à travers sa raison, lui rendant ses sens opaques, incapable à discerner...

Le trajet que parcouru l'ambulance à travers la ville sembla comme une éternité aux yeux de Zoro. Un véritable calvaire, un supplice, au cauchemar sans fin dans lequel il se laissait chuter, perdurer, muet, absent...
Il ne parvenait pas à réaliser ce qu'il se passait autour de lui, le choc était trop brusque, probablement.

Si brusque que, d'un instant à l'autre, au rythme d'un clignement de paupière égaré, il se retrouva dans le couloir de l'hôpital, assis sur un banc, seul, effacé du reste du monde qui l'entourait en partie, disparaissant par d'autres...

Les ambulanciers avaient emportés Luffy sur la même civière que précédemment en direction de la salle d'opération dans laquelle Zoro fut interdit d'entrer, un médecin dont la silhouette parut étrangement familière aux yeux du jeune homme aux cheveux verts venant les accueillir avec hâte alors que tous disparaissaient à l'intérieur d'une salle parmi tant d'autre de l'imposant bâtiment, le laissant ainsi, livré à lui-même, sur ce banc dépourvu de toutes présence vitales aux alentours, comme si le monde entier s'était éteint lorsque la lourde porte de la salle d'opération s'était refermée derrière Luffy...

Il se sentait déséquilibré, les échos étouffés de voix traversant le long couloir blanc à l'odeur écœurante d'antiseptique et de javel étant comme devenus impalpables à ses oreilles, sa tête semblant s'incliner d'elle-même en avant, lentement, sans même qu'il ne s'en soit réellement rendu compte, se laissant consumer petit à petit.
Ses mains tremblaient, encore, toujours, de manière irrégulière, et son teint de peau était si pâle que les néons éblouissant de l'hôpital aurait pu également le faire passer pour un patient en mauvais point qui habitait sous le toit de celui-ci.
En face de lui, une horloge bordée d'argent était clouée au mur. Et il attendait. Sans réfléchir, sans penser. Sans ressentir ne serait-ce qu'une once d'émotion. Immobile, tel un pantin dont on aurait coupé les fils, une poupée de porcelaine qui aurait chutée avec violence contre le carrelage, avant de définitivement se rompre dans un résonnement aveugle.
Les aiguilles tournèrent longtemps, derrière leur cadrant de verre, silencieusement, sans jamais s'arrêter.

Une heure... deux heures... Trois heures.

Et ce ne fut qu'à l'instant où la grande aiguille atteignit les quatorze heures moins le quart qu'un homme vêtu d'une blouse blanche vint faire son apparition à l'autre bout du couloir, s'avançant d'un pas sec et décidé en direction de la silhouette pétrifiée de Zoro qui ne se rendit pas même compte de l'arrivé du nouveau venu.

« Monsieur Roronoa, c'est bien cela ? »

Le hochement de tête en guise d'unique réponse dont fit par le jeune homme aux cheveux verts était lent et irréfléchi, ne se demandant point la raison du pourquoi cet homme était au courant de son identité.
Probablement la lui avait-il donnée lorsqu'il fut arrivé dans l'établissement... Ou peut-être avant... Il n'en savait que trop rien, et au fond, il s'en moquait.
Son esprit était si brouillé qu'il aurait été incapable de se souvenir des événements précédents la découverte du corps inerte de son ami au bout de sa rue, étant comme incapable de détailler le monde qui dès lors l'entourait, ne réfléchissant plus.

« Si vous voulez bien me suivre. »

La voix du médecin était calme, incitant à la sympathie sans trop aborder celle-ci, sa tête s'étant légèrement pencher en direction de Zoro, comme pour parvenir à atteindre son regard qui sembla ne jamais venir, celui-ci se contentant de se lever d'un pas flegmatique du banc sur lequel il était assis depuis plusieurs heures déjà, suivant l'homme à la blouse blanche comme si cela n'avait aucun intérêt, aucun résultat.
Oui, il en était ainsi.
Il suivait le fil de l'eau, sans penser à son résultat.
Après tout, c'était ainsi qu'il avait été formé. C'est ainsi que son existence entière se déroulait, l'empêchant d'agir selon son bon vouloir, se contentant de subir les évènements qui se profilaient sous son regard embrumé, sans jamais avoir le contrôle de sa propre vie, sans jamais avoir son mot à dire, regardant les visages familiers qui défilaient devant son visage avant de disparaître de sa vie, en un clignement fébrile de paupières, un résonnement de coup de feu, en un freinèrent un peu trop tardif d'un véhicule accélérant sur le verglas…
Lui happant la liberté qu'il ne faisait qu'apercevoir aux horizons, sans jamais l'atteindre, se contentant d'être spectateur de sa lumière qui ne faisait que s'éloigner, avant de se diluer dans les ténèbres…
Sans retours en arrière. Sans aucun moyen d'intervenir… Restant ainsi, englouti, dévoré par le reflet brisé de son histoire aux revers si aléatoires dont il faisait à peine parti.

« L'opération de votre ami vient tout juste de s'achever... »

Commença le médecin alors qu'il prenait place sur un fauteuil en face d'une table devant laquelle se trouvaient deux chaises, Zoro venant s'asseoir sur l'une d'entre elles lorsque le médecin les pointa du bout du menton, la porte en verre s'étant refermée d'elle-même derrière leurs deux silhouettes.

Relevant subitement la tête suite à cette confirmation, Zoro ne prit pas même le temps de laisser l'homme hautement placé de poursuivre sa phrase, tranchant rapidement tout en se redressant quelques peu sur sa chaise qui grinça bruyamment sur le carrelage en damier, comme si une pâle lueur était venue éclairer son regard nébuleux suite à ces quelques mots.

« Il va bien ? »

Le cœur de Zoro battait tel un oiseau en cage en son for intérieur, ses poings tressaillant s'étant resserrés sur le bureau du médecin qui le considéra d'un air surpris par son changement de comportement avant qu'un soupir ne s'échappe d'entre ses lèvres pincées, venant saisir un porte-documents qui se trouvait sur son bureau tout en baissant un regard hagard sur celui-ci.

« Les nouvelles sont assez variées, dirions-nous. »

Finit-il par reprendre après avoir balayé le dossier d'un air pensif avant de reprendre, reportant ses prunelles émeraudes sur la silhouette de Zoro qui restait immobile, anticipant la suite de sa réponse d'un regard absolu et vif en expressions.

« Votre ami a subi un choc des plus violents suite à son accident. Résultat des faits, celui-ci se trouve à présent plâtré au niveau de sa jambe droite ainsi que de son bras gauche, ajouté à cela une hémorragie cérébrale, qui toutefois ne fait pas grands dommages sur sa santé physique... »

« Quand est-ce que je pourrais le voir ? »

S'enquit Zoro dans une impatience grandissante, fronçant quelques peu les sourcils avant que le médecin ne vienne appuyer son dos contre le dossier de sa chaise, rejoignant ses deux mains sur le bureau dans un silence qui ne fit qu'accroître l'avidité du jeune homme aux cheveux verts qui se tenait à présent debout devant lui.

« Pas maintenant. Il s'avère malheureusement que votre ami ait ce que l'on pourrait appeler comme étant une perte de conscience et de vigilance... En langage singulier, nous pourrions dire que celui-ci se trouve être dans un état de coma en raison de son choc cérébral. Je suis désolé... »

Les lèvres du médecin se pincèrent légèrement alors que les yeux de Zoro commençaient lentement à s'écarquiller, son être entier venant se pétrifier devant le bureau de l'homme à la blouse blanche.

« Nos infirmiers ainsi que le médecin se chargeant de votre ami ont fait tout leur possible afin de diagnostiquer le temps durant lequel le patient restera plongé dans cette phase d'inconscient, mais pour l'instant, nous n'avons aucune précisions sur le fait... »

« Vous... Vous voulez dire que... Qu'il pourrait ne jamais se réveiller.. ? »

Articula Zoro après un long moment de silence, son regard s'étant quelque peu terni alors qu'il se remettait à tressaillir, la pensée de ne plus jamais revoir son ami d'enfance venant lui percuter subitement l'esprit avec agressivité.

« Dans le pire des cas, oui. Mais pour l'instant, nous sommes encore incertains au sujet de cette situation. Celle-ci ne fera que se préciser par la suite. Vous m'en voyez navré. »

Le souffle de Zoro devint haletant, resserrant brusquement ses poings alors que ses ongles venait s'enfoncer douloureusement dans la chair de ses paumes, sa tête s'inclinant d'elle-même en avant alors que sa vision se troublait une énième fois.

« Quand pourrais-je le voir... »

Répéta-t-il dans un souffle tout en faisant grincer ses dents, un sentiment de détresse naissant dans son esprit.

« D'ici trois jours au minimum. Pour l'instant, nous avons encore besoin de lui attribuer certains soins, et dans son état, votre ami a besoin d'un état de calme et de repos pour un certain laps de temps. »

Zoro entrouvrit la bouche avant de s'arrêter dans son élan, comme s'il en avait oublié les notions de la parole, un frisson des plus détestables venant lui remonter le long de l'épiderme.

« Maintenant, j'aurai besoin de votre participation afin de répondre à quelques questions au sujet de votre ami. Rien de très personnel... Adresse, famille, travail, ce genre de détails courants nous seront suffisants. Si vous voulez bien vous asseoir... »

Reprit le médecin après un bref instant de silence, faisant un signe de la tête afin d'inciter Zoro à reprendre place sur l'une des chaises, choses qu'il fit sans broncher, le regard hagard, le souffle court, l'esprit embrumé...

L'entretient avec le médecin perdura un petit quart d'heure à peine, sans plus, Zoro ne faisant que répondre sans allégations aux questions dont celui-ci lui faisait part, se contentant de réponses courtes et effacées, son regard restant vitreux, égaré sur un point quelconque à travers la pièce que lui seul semblait capable de distinguer...
À la fin du questionnaire, l'homme à la blouse blanche salua Zoro, lui conseillant, en tant que médecin, de rentrer chez lui afin de se reposer, sa mine alarmante en étant presque à faire peur, remarque que Zoro ignora tout bonnement, ou plutôt, n'entendit pas, la tête ailleurs, les sons étant une énième fois noyés à travers les abysses de son esprit.

Il quitta l'hôpital sans même adresser ne serait-ce qu'un regard avec le médecin qui abandonna bien vite son bureau à son tour afin de reprendre son travail qui l'appelait d'urgence chez ses propres patients, ayant promis à Zoro qu'il pourrait rencontrer le médecin personnel de son ami lors de sa prochaine visite, avançant d'un pas lent et stagnant à travers les longs couloirs qui semblaient ne pas en finir, son visage obscurci par l'affliction des événements récents, son manque de sommeil et d'alimentation se faisant par moment dévisager par certaines infirmières qui venaient par la suite murmurer d'un air inquiet au sujet du jeune homme aux cheveux verts, par d'autres se faire éviter des yeux par certains patient dont l'aura que dégageait Zoro semblait oppresser plus que lui-même ne l'était déjà.

Lorsqu'il atteignit la rue, Zoro n'était plus ce qu'il avait toujours cru être jusqu'à ce jour. Il avait l'impression, alors que les portes coulissantes du grand établissement médical se refermaient derrière lui, d'y avoir oublié quelque chose d'important, un bien précieux qui lui donnait la sensation que l'on lui avait enlevé son battement de cœur qui lui permettait d'avancer sans osciller…
Un organe vitale qu'il aurait oublié sur un banc quelconque, un sourire qu'il aurait laissé tomber dans l'un des énièmes couloirs de l'hôpital...

Et il se mit à marcher. Longtemps. Trop longtemps.
Où aller... Il n'en avait plus la moindre idée. Après tout, cela n'avait plus d'importance. Il se sentait vide, arraché d'une importance capitale qu'il avait laissée à l'abandon, entre ces murs d'un blanc immaculé...
Aussi blanc que la neige à travers laquelle il s'avançait d'un pas nébuleux, le regard déserté, ses pieds venant par moment trébucher entre eux sans même qu'il ne tombe réellement.
Au fond, peut-être était-ce tout ce qu'il désirait. Tomber. Sombrer à travers les abysses. Tomber dans un puits sans fond dont la nécessité de s'enfuir ne se ferait plus jamais ressentir... Dont le besoin assoiffant de lumière ne surgirait plus, là, à travers les profondeurs du Néant...
Il ne désirait plus rien, ne ressentait plus une once d'émotion, se laissant peu à peu emporter par le courant d'air mordant du vent qui venait emporter avec lui nombreux flocons neigeux dans son élan, ceux-ci traversant le ciel assombri de nuages dans une valse désordonnée, aléatoire, muette...

S'immobilisant un instant, Zoro se surpris à venir lever un instant ses yeux cendrés en direction des cieux qu'il considéra un bref instant, les lèvres pincées, son regard vitreux fixant sans contemplation les fins bout de coton qui venaient sombrer lentement sur son visage avant de disparaître.
Il ne ressentait plus le froid. Plus la fatigue. Plus la douleur. Et, lentement, il sentait que son corps commençait à grandement lui peser, perdant l'équilibre alors que ses genoux venaient rencontrer avec choc les pavés dissimulés sous l'épais tapis neigeux, sa vision se troublant alors que la partie inférieur de son corps venait à son tour chuter en arrière, son dos heurtant subitement le sol alors qu'il se retrouvait allongé dans la neige, seul, oublié, sans impact, sans intérêt.

Ah, c'était donc cela. Le Vide. Ce sentiment qu'il n'avait plu ressenti depuis longues années déjà et qui, pourtant, ne cessait de le poursuivre. Une cicatrice mal recousue qui s'était ouverte une énième fois. Une brûlure consumée qui refaisait surface.
Cette froideur ô combien tranchante. Cette blancheur qui semblait embellir de sa pureté le monde qui l'entourait, qui tournait autour de lui tel un carrousel sans fin... Quand s'arrêtera-t-il, ce manège à l'infinité de blessures... Quand s'arrêtera-t-il, ce train néfaste de calvaires incessants qui ne faisait que le transporter de gare en gare, toujours plus loin de son point de départ...

Il peinait à respirer, haletant quelque peu alors que sa vision devenait floue, indistinguable, encore une fois, comme si tout ne faisait que se répéter.
Oui, il ne s'agissait que d'une infinité d'événements tous semblables les uns aux autres qui ne faisaient que profiler devant lui... Se répétant, encore et toujours, telle une mélodie assourdissante dont le son aurait été incapable de diminuer, de s'arrêter, venant lui vriller ses oreilles de son écho des plus détestables...

Et la lumière des cieux s'assombrit, le laissant dès lors se plonger entièrement dans les ténèbres de l'obscurité.

« ...Ro...Roronoa... ! »

L'écho étouffé d'une voix indistinguable qui s'éleva à travers son esprit sembla se faire happer par le souffle hurlant du vent avant de se répéter une seconde fois, une silhouette méconnaissable venant se pencher par-dessus son être d'un air plus alarmé que jamais.
Zoro était incapable de voir de qui il s'agissait... Et pourtant il sentait une douce aura se dégager de cet être qui se tenait dès lors à genoux à ses côtés, le soulevant légèrement du sol alors que ses paupières se refermaient, perdant lentement connaissance, sa respiration se faisant difficile, son cœur battant de manière irrégulière contre sa cage thoracique.

« Tout va bien... »

Les quelques mots qui s'élevèrent de la voix rassurante de cet individu qui se tenait à ses côtés eurent comme la manière envoûtante de lui apaiser un tant soit peu l'esprit, le parfum familier du nouvel arrivant venant se mélanger avec le souffle poignant du vent alors qu'il se laissait sombrer dans les bras de celui-ci, immobile, pétrifié par le froid qui, pourtant, sembla se changer en une bulle réconfortante et inconnue tout autour de son être, se resserrant instinctivement contre la chemise de cette silhouette inconnue alors que les sons se faisaient silence, se retrouvant dès lors, et ce pour la énième fois, en tête à tête avec le Néant de son esprit et de ses démons qui le consumaient petit à petit...


Et voilà, comme d'habitude, j'espère que ce chapitre vous aura plu !
N'hésitez pas de laisser un avis par review, ça me fait toujours énormément plaisir !

Bonne semaine à vous !