Chapitre 14
J'abats ma petite hache dans les herbes, en espérant m'y frayer un passage.
- Comment tu penses qu'ils vont réagir ? demande-je à Daryl.
- Qui ?
- Les autres. Maggie, Papa, ton frère, ...
- On est pas obligé de leur dire, répond Daryl un peu froidement.
- J'ai pas envie de le leur cacher. Je me sens bien avec toi, je ne veux pas être obligée de devoir inventer un code secret pour qu'on se voit, tous les deux.
La vérité, c'est que j'essaye d'oublier Merle définitivement. J'ai besoin de passer à autre chose, de me sentir mieux, de lui montrer que je ne l'aime plus non plus. J'aime Daryl, mais je me rends compte qu'une partie de mes sentiments vient du fait que j'essaye toujours de faire le deuil de ma relation avec Merle.
Je sens Daryl tendu à côté de moi.
- Ecoute Beth, je sais pas très bien ce qu'on aurait à leur dire. On couche pas ensemble, on est pas en couple, on va pas se marier. On est juste bons potes.
Je sais qu'il essaye de minimiser la situation parce qu'il a peur d'une vraie relation, mais sa réponse me déçoit un peu. On pourrait au moins essayer. D'être en couple, je veux dire.
Je tire sur son bras et il se laisse faire, étrangement. Je me rapproche de lui et pose mes lèvres sur les siennes. Il passe une de ses mains derrière ma nuque et je sens sa chaleur sur ma peau.
Je recule et lui souris.
- Et plus si affinité..., ajoute-je en riant.
Un petit sourire se dessine aussi sur ses lèvres. J'adore le voir sourire.
- Ouais, dit-il. On va dire ça.
...
Nous rentrons à la prison après notre périple. Bizarrement, les autres ne semblent pas aussi inquiets qu'ils l'avaient été la dernière fois. J'imagine qu'ils doivent commencer à avoir l'habitude, avec Daryl.
- Que s'est-il passé ? me demande papa.
- Il y a eu un orage, alors on a préféré passer la nuit dans une cabane en attendant le lendemain matin, explique-je.
- J'aime pas te savoir seule dehors, dit Maggie.
- Je n'étais pas seule, réponds-je. Daryl était avec moi. Il me protège, je ne crains rien avec lui.
- C'est vrai, intervient Glenn, Daryl est pas immortel, mais c'est de loin le plus doué d'entre nous pour survivre dehors. Avec lui, Beth est en sécurité.
Je lance un petit sourire à Glenn pour le remercier de son approbation.
- J'ai pas confiance en ce type. Et encore en tous les psychopathes comme le Gouverneur qui traînent dehors, s'énerve Maggie.
- Le Gouverneur est mort ! crie-je.
- Pour le moment, on en sait rien, intervient à son tour Carl.
Rick rentre dans le bloc avec Judith dans les bras et s'approche de notre table.
- Il a raison, dit-il. On doit rester vigilants et prudents. Il peut être n'importe où, en train de préparer n'importe quoi.
- Tu ne penses pas qu'il serait déjà revenu si c'était le cas ? demande Michonne en apportant un biberon pour Judith. On a cherché partout, dans toute la région, on a ratissé tout le périmètre à au moins 3 kilomètres à la ronde et on a rien trouvé. Si ce type n'est pas mort, il doit être drôlement bien caché.
- J'espère vraiment qu'il est mort, mais tant qu'on n'en est pas sûr, on reste prudents. C'est tout ce que je demande, conclut Rick.
Je baisse la tête. Si Daryl et moi, on se retrouvait devant le Gouverneur, je ne sais pas comment je réagirais, mais je sais que ce ne serait certainement pas prudemment.
Papa me sourit de manière bienveillante et je lui rends son sourire. Une pensée me traverse l'esprit et je culpabilise. S'il savait que j'ai couché avec un Dixon, embrassé l'autre et qu'en plus, je me prends pour une guerrière...
Je regarde tout autour. Merle n'est pas là. Merle m'évite depuis notre rupture. Je ne sais pas ce qu'il fait, ni pourquoi il se tient éloigné de moi. Mais j'y pense de moins en moins. Et cette simple réflexion me fait énormément de bien.
...
Le soir, je retourne à ma cellule, m'attendant à y trouver Daryl, mais il n'est pas là. Je l'attends, mais il ne vient pas. Je suis étonnée. C'est la première fois depuis longtemps que je vais dormir seule. Daryl restait en permanence dormir dans ma cellule après ma rupture avec Merle.
J'hésite à me lever et à aller le chercher, mais je me dis qu'il doit avoir besoin d'air. S'il ne vient pas, c'est sûrement pour une bonne raison.
J'essaye de dormir et je me rappelle la petite maison dans le village abandonné. On a dormi dans les bras l'un de l'autre, cette nuit-là. Je me rappelle la chaleur de sa peau, la douceur de ses cheveux, et soudain, il me manque. Daryl, c'est mon protecteur, celui qui me réchauffe et sèche mes larmes même lorsqu'il ne les comprend pas. Mais ce soir, il n'est pas là, et je ressens un énorme vide. Il me manque. Sa présence, sa douceur. Et même ses lèvres.
Et soudain, je me rends compte que je n'aime plus Merle. Je suis seule dans mon lit, et c'est à Daryl que je pense. C'est Daryl que je voudrais aller chercher. C'est avec Daryl que je voudrais dormir. Pas Merle.
Et cette simple pensée me fait pleurer de soulagement. C'est terminé. Je ne souffrirai plus, désormais. Et je n'ai plus besoin de Daryl pour oublier Merle. Non, j'en ai besoin parce que je suis amoureuse de lui. Et ça change tout.
...
Je sors dans la cour et m'assied sur la première marche de l'escalier en béton. Daryl n'est finalement pas venu, de toute la nuit. J'ai fini par tomber de sommeil après deux heures à l'attendre.
Maggie et Sasha sortent elles aussi et me lancent chacune un bonjour enthousiaste avant de se diriger vers les grilles de devant avec une barre en fer à la main. A croire qu'elles sont heureuses d'aller dégommer des rôdeurs. Ces derniers jours, ils sont nombreux à s'accumuler devant les grilles.
Environ dix minutes plus tard, Daryl passe aussi devant moi.
- Hey! lui dis-je.
- Salut, me répond-il sans se retourner.
Je le vois se diriger vers le bloc D puis disparaître.
- J'hallucine ! m'écrie-je pour moi. C'est tout ? Il me plante toute la nuit et me demande même pas comment j'ai dormi ?
Folle de rage, je me lève et me dirige dans sa direction, bien décidée à lui faire remarquer son impolitesse.
J'avance, mon couteau sorti, dans ce bloc que je connais mal. Je voudrais crier pour appeler Daryl mais j'ai peur de me retrouver avec 20 rôdeurs sur moi. D'un pas dynamique, j'avance jusqu'à la cour intérieure en croisant parfois des cadavres de rôdeurs jonchant le sol.
Dans le bloc, j'entends des grognements caractéristiques, mais je ne fais pas demi-tour. On ne se moque pas de Beth Greene.
J'avance jusqu'aux cellules et enfonce mon couteau dans la tête des quelques rôdeurs que je croise. Je crois maîtriser la situation, mais un autre m'agrippe la cheville et me fais basculer. A terre, je suis beaucoup plus vulnérable. Je me débats et parviens à tuer le premier, mais un second me tombe dessus et, par réflexe, je crie. Mon cri en attire un autre et je commence à paniquer. Mais une flèche vient se planter dans la tête du premier zombie et un couteau lancé dans la tête du second.
Daryl passe à côté de moi sans même me regarder. Il récupère sa flèche et son couteau et m'ordonne de me lever. Je suis prête à lui crier dessus, mais il ne m'en laisse pas le temps.
- Tu fais quoi là ? dit-il. J'ai du boulot, moi, faut que je nettoie tout ce merdier, et je peux pas m'occuper des gamines qui jouent les effrontées. Retourne dans la cour principale et referme bien les grilles derrière toi.
- Daryl ! m'écrie-je alors qu'il me tourne déjà le dos.
- Plus tard, Beth, j'ai pas le temps, là.
Et avant que j'aie eu l'occasion de dire quoi que ce soit d'autre, il passe une porte et la referme derrière lui.
Encore plus furax qu'avant, je sors du bloc D prudemment et rejoints la cour.
Je me mets à chercher Rick partout. Je questionne les gens, mais personne ne semble l'avoir vu.
Je finis par monter dans la tour de guet, histoire d'avoir une vue plus générale, et j'y trouve Michonne et Merle. Ils se retournent lorsque j'ouvre la porte.
- Tu cherches quelque chose ? me demande calmement Michonne.
Mon regard passe d'elle à Merle sans arrêt. J'essaye de me calmer mais je n'y parviens pas. Daryl m'a vraiment énervée.
La présence de Merle me perturbe et je finis par baisser les yeux pour pouvoir retrouver mes esprits.
- Oui, je cherche Rick, dis-je.
- Il est à la réserve, répond Merle, il va aller nettoyer le bloc D.
Au son de sa voix, je relève la tête et ressens une véritable déchirure lorsque nos regards se croisent. Pourtant, lui semble assez serein. Je le fixe pour essayer de savoir si c'est du bluff ou non. Je tiens bon et ne baisse pas les yeux.
- Tout seul ? demande-je.
- Je ne sais pas, peut-être, dit Michonne. Personne d'autre ne l'a accompagné à la réserve, en tout cas.
- Daryl est déjà dans le bloc D, dis-je.
Michonne ouvre de grands yeux.
- Seul ? Mais c'est beaucoup trop dangereux ! s'exclame-t-elle.
- Pourquoi ce serait plus dangereux pour Daryl que pour Rick ? la questionne-je.
- Parce que Rick est équipé d'une combinaison de l'armée et de pistolets. Avec son arbalète et sans protection, Daryl va se faire massacrer ! Il faut aller prévenir Rick !
- J'y vais ! s'écrie Merle.
- Non, dis-je, c'est bon, je vais y aller.
- Allez-y tous les deux, dit Michonne. Si on veut sauver Daryl, il faut que Rick soit prévenu le plus vite possible.
Je jette un coup d'œil à Merle. Il semble aussi ennuyé que moi mais ne dit rien.
Je baisse la tête et ordonne à mon esprit de reprendre le dessus. Daryl. Le bloc D. Prévenir Rick. Vite.
Sans ajouter quoi que ce soit d'autre, je tourne les talons et descend les marches quatre à quatre. J'entends les pas de Merle derrière moi, mais je n'y fais pas attention. Je veux trouver Rick. Vite.
Merle me rattrape et nous sortons dans la cour. Nous courrons jusqu'à la réserve et y trouvons Rick, affublé d'une combinaison de l'armée.
- Daryl..., dis-je, essoufflée.
- Il est dans le bloc D..., ajoute Merle.
- Il est fou, il va se faire massacrer ! s'écrie Rick.
Il attrape trois pistolets et s'élance dans le couloir.
- Attends, dis-je en direction de Rick. Je viens avec.
- Pas question, répond-il. Vous n'êtes pas équipés. Tous les deux, vous restez là et vous attendez qu'on revienne.
Son ordre ne pourrait pas plus m'énerver mais je ne peux rien faire. Il a raison.
Je m'élance dans la cour, pour ne pas rester dans cet environnement confiné et je commence à faire les cent pas. Je remarque que Merle m'a suivie, mais je ne fais pas attention à lui.
J'angoisse à l'idée de perdre Daryl et ça en devient insupportable.
- Calme-toi, ils vont s'en sortir, me dit Merle.
Je suis étonnée de la douceur de son ton. Aux dernières nouvelles, il me détestait, non ?
Je l'ignore et continue ma marche rapide entre cinq mètres. L'idée que Daryl puisse se faire mordre me vient à l'esprit et soudain ce sont les larmes qui me montent aux yeux. J'essaye de les retenir mais je n'y parviens pas et m'effondre à terre.
Je vois Merle s'approcher, mais je tends le bras.
- C'est bon, laisse-moi ! crache-je.
Il ignore mon exclamation, viens s'asseoir à côté de moi et passe une main sur mes épaules. Je ne trouve pas la force de le repousser.
- Tu l'aimes, hein ? me dit-il doucement.
Et sans même réfléchir avant d'obtempérer, je hoche la tête. Je le fais sans penser une seule seconde à qui j'ai à côté de moi. Je hoche la tête, c'est tout. Et ça me semble normal d'affirmer que j'aime Daryl. Mais ce qui capte mon attention, en revanche, c'est la réponse de Merle.
- Je sais...
Je veux lui demander comment il le sait, mais une voix m'interpelle, je me retourne et ce que je vois me paralyse. Rick soutient du mieux qu'il peut un Daryl chancelant et mal en point. Je ne l'avais encore jamais vu dans un pareil état.
- Beth ! crie Rick. Va chercher Hershel, vite !
Je me mets alors à courir à la recherche de papa. J'entre dans le bloc et le trouve à la table. Je hurle.
- Papa ! C'est Daryl ! Il est blessé, on a besoin de toi !
Papa se lève et se dirige aussi rapidement qu'il le peut vers sa petite infirmerie aménagée.
- Amenez-le-moi, dit-il. Je vais préparer le matériel.
Je ressors en courant et tombe sur Rick et Merle soutenant toujours Daryl.
- Venez ! dis-je. Papa est prêt.
Je les mène jusqu'à mon père et ils allongent alors Daryl sur la table. Tout le monde s'agite, mais une seule pensée tourne en boucle dans ma tête. Je refuse que Daryl meure. Morte de trouille, je pose ma main sur son seul bras encore intact et tente de le garder éveillé.
- Reste avec moi ! hurle-je sans m'en rendre compte. Daryl, je t'en supplie, reste en vie !
- Tout le monde dehors !
Je n'entends même pas mon père crier. Je tiens toujours le bras de Daryl en lui hurlant de ne pas me laisser.
Une main se pose sur mon épaule et me tire en arrière. Je veux résister mais je n'y parviens pas, la poigne est trop puissante. Je me retourne et vois Merle, en sueur, qui tire sur mon bras. Je lui crie dessus pour lui faire comprendre que je veux rester là, mais il m'attrape fermement et me tire jusqu'à l'extérieur de la pièce. Je hurle, je me débats, mais rien n'y fait. Je vois Rick fermer la porte et je cesse alors de me débattre, mes jambes se dérobent sous moi et c'est seulement à ce moment-là que je me rends compte que des sanglots jaillissent de mes yeux depuis plusieurs dizaines de minutes déjà.
