Chapitre 15

Je suis assise sur mon lit et fixe le sol, impassible.

Je n'ai plus de nouvelles de Daryl depuis bientôt une heure. Papa est toujours enfermé dans l'infirmerie avec lui. A chaque fois que Rick a tenté d'entrer, il s'est fait rembarrer. Selon ses dires, Daryl est mal en point, mais pas encore mort.

Une main pousse mon rideau mais je ne relève même pas la tête. Je sais qui c'est. Et je n'ai vraiment pas envie de le voir.

- Rick m'a expliqué ce qu'il s'est passé, dit faiblement Merle.

Je ne réponds rien et reste tout aussi impassible.

- Ils se sont battus avec des rôdeurs, poursuit Merle. Enormément. Daryl s'est pris une de ses propres flèches dans le bras et une balle dans l'épaule. D'après Rick, le coup est parti tout seul.

Je reste de marbre et ne dis toujours rien.

- Je doute qu'il ait tenté quoi que ce soit pour le tuer..., continue Merle.

Là, mon sang ne fait qu'un tour et je réagis brusquement.

- Rick, tuer Daryl ? m'écrie-je. Avant que tu nous rejoignes, j'en ai vu des choses, et je peux te jurer que jamais Rick ne toucherait à un cheveu de Daryl. Et il massacrerait quiconque tenterait de le faire. Ces deux là, ils sont frères.

Je fixe Merle et le vois blêmir. Je me rends compte que j'ai peut-être été un peu loin. Après tout, Daryl est d'abord le frère de Merle.

- Excuse-moi..., dis-je.

Il secoue la tête et je me lève. J'ai besoin de savoir comment va Daryl. Peu importe que mon père me hurle dessus ou non. Il faut que je sache.

...

Je me dirige rapidement vers l'infirmerie. Je m'apprête à ouvrir la porte, mais celle-ci s'ouvre avant que j'ai pu agripper la poignée et papa en sort. Je me jette sur lui.

- Comment il va ? m'exclame-je.

- Son état est stable, me répond-il. Il s'en remettra.

De bonheur, je me laisse tomber dans ses bras et le remercie mille fois.

- Je ne suis pas encore certain qu'il pourra réutiliser son bras comme avant, mais en tout cas, il va bien.

- Je peux le voir ? demande-je.

Mon père me sourit et hoche la tête.

- Ne le brusque pas trop, dit-il.

J'ouvre brutalement la porte et aperçois Daryl, allongé sur une chaise longue, le bras et l'épaule gauches entièrement recouverts de bandages.

Je referme la porte et m'approche de lui. Il semble un peu ailleurs. Je suppose que ce sont les antidouleurs que papa lui a donnés.

- Comment tu vas ? dis-je.

Il secoue doucement la tête et m'adresse un sourire douloureux. Il souffre.

- Ça va, dit-il. Beth, je suis désol...

- Non, ne t'excuse pas, dis-je. C'est vraiment pas grave, je...

Je me sens perdre mes moyens devant lui. Je m'agenouille.

- J'ai eu tellement peur, dis-je. J'ai cru que j'allais te perdre.

- Il en faut plus pour me tuer.

Je ris, d'un rire nerveux presque ridicule.

- Tu n'es pas venu la nuit dernière, et puis tu pars tout seul massacrer des rôdeurs alors que tu savais qu'il y en avait trop, mais qu'est-ce qu'il t'est passé par la tête ? demande-je.

Daryl baisse les yeux et je le vois gêné.

- Je sais pas, je... C'est ce que t'as dit à la maison, je me sentais pas super à l'aise, je...

- Tu avais besoin de temps ? dis-je.

Il ne répond rien mais je sais que c'est ça.

- Ecoute, c'est terminé, j'en peux plus d'être loin de toi.

Je relève la tête. Est-ce que j'ai bien entendu ce qu'il vient de dire ?

- C'est plus pareil, poursuit-il, dormir dans ma cellule maintenant, j'étais habitué à dormir près de toi. J'ai besoin de savoir que tu vas bien.

Il rit un peu mais semble toujours aussi tendu.

- Tu disais que tu voulais qu'on leur dise, dit-il.

Je hoche la tête et lui souris.

- Je veux être avec toi, dis-je, la voix un peu tremblante.

- Moi aussi.

...

Je me penche doucement sur Daryl, un énorme sourire sur le visage, et l'embrasse. Ses lèvres sont douces et toutes les émotions du monde me submergent en un instant. Il me rend mon baiser et j'ai l'impression d'être au paradis. Rien ne pourrait être plus parfait.

J'ai envie de lui, mais son état reste assez critique et je me retiens de passer mes mains partout sur son corps. J'en reste à sa nuque.

Je me perds dans son baiser et n'entends pas la porte s'ouvrir derrière moi.

- Beth ?

Entendre mon prénom me rend mes esprits. Je recule, lâche Daryl et me retourne brusquement. Je vois papa, Merle et Rick qui me fixent avec des yeux exorbités. Merle affiche un petit sourire en coin mais ses yeux ne sont pas rieurs.

- Beth, je peux te parler une seconde ? me demande mon père.

Je baisse la tête et sors de la pièce sans dire un mot. Papa me rejoins et referme la porte derrière lui.

Je décide de prendre les devants.

- Papa, je..., m'exclame-je.

- Tu n'as pas à te justifier, Beth.

Je reste bouche-bée devant lui. Je ne sais pas si sa réponse est positive ou non. Je ne sais pas quoi penser et j'ai soudain peur de l'avoir déçu.

- Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ? me demande papa.

- Je ne sais pas, commence-je sans vraiment savoir quoi répondre, on était pas vraiment ensemble avant. Il m'a appris à chasser, à me défendre, il m'a sauvée la vie plusieurs fois. On a passé pas mal de temps à deux et on s'est... rapprochés.

- Est-ce qu'il a des intentions envers toi ?

- Non ! Papa, c'est quelqu'un de bien ! Il aurait pu me faire du mal, ou me laisser mourir. Il y a eu tellement d'occasions... Il s'est sacrifié pour moi. Il m'a sauvée !

- Est-ce que tu l'aimes ?

Son interrogatoire est logique, vu la situation, mais je trouve mon père un peu froid. Il ne fait que poser des questions. Pas de réponse, pas d'émotions, rien.

Je le fixe, les mains tremblantes. Oui, j'aime Daryl. A la folie. Sa présence m'est indispensable.

- Comme je n'ai jamais aimé personne, papa, réponds-je.

Mon père continue de me fixer, impassible, pendant une minute, puis son visage se relâche et il me sourit. Un énorme soulagement m'envahit.

Il me prend dans ses bras et je lui rends son étreinte.

- Fais attention, me dit-il. Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose.

Je le lâche et le regarde, les larmes aux yeux.

- Il ne m'arrivera rien, dis-je en riant. Pas avec lui.

...

J'attends devant la porte de l'infirmerie.

Il faut que je parle à Merle. Il mérite une explication. J'essaye de m'imaginer dans quel état il doit être, mais c'est difficile. Ça fait un bout de temps que je n'arrive plus à comprendre Merle.

Je tends l'oreille, mais je n'entends rien. Personne ne crie, à côté. Je considère ça comme un point positif et tente de rester calme.

La porte finit par s'ouvrir et les deux hommes en sortent. Rick m'adresse un petit sourire, puis se dirige vers le bloc intérieur. Merle referme la porte et me lance un regard doux. Je suis étonnée mais ne dis rien.

- Il va bien, me dit-il.

- Oui... Et toi ?

- Moi ? dit-il en riant. Pourquoi ça n'irait pas ?

Je lève un sourcil et lui lance un regard plein de sous-entendus.

- Oh, toi et Daryl ? s'exclame-t-il. Non, franchement, ça va.

Il affiche un gigantesque sourire et j'ai presque du mal à croire qu'il puisse mentir. Ou alors son ironie frôle la perfection.

Je reste sans savoir quoi penser devant lui et il semble se rendre compte de mon désarroi, parce qu'il s'approche et prend un air plus sérieux. Il me prend les mains et je ressens un léger tremblement dans ses doigts d'habitude si confiants. Au contact de sa peau, je sens un frisson me parcourir le corps. Il faut dire qu'il m'a prise au dépourvu, je ne m'y attendais pas.

- Beth, toi et moi, m'explique-t-il, c'était bien, mais c'est plus possible, c'est terminé. Tu as besoin de Daryl et lui aussi a besoin de toi. Vous êtes faits pour être ensemble, et je suis heureux de savoir que tu es avec lui.

Son ton est sincère, mais ce tremblement me perturbe. Il y a quelque chose qui cloche, quelque chose qu'il ne me dit pas. Quelque chose qui est probablement sous mes yeux mais que je ne vois pas.

Il me sourit, je lui rends son sourire et il me lâche avant de partir dans la même direction que Rick cinq minutes plus tôt.

Dès qu'il s'est éloigné, je me précipite dans la chambre et aperçois Daryl en train de lire un bouquin. Il relève la tête, étonné.

- Est-ce qu'ils t'ont... dit quelque chose ? demande-je avant qu'il ait lui-même eut le temps de dire quoi que ce soit.

- Non..., me répond-il, pourquoi ?

- Oh, pour rien...

- Et avec ton père, ça va ? me demande-t-il.

Je m'approche de Daryl lentement et lui souris.

- J'ai sa bénédiction.

Daryl me sourit à son tour. Je doute que le sien soit aussi lumineux que le mien, mais je m'en contenterai.

- Tu ne vas pas rester là, hein ? dis-je.

- Non, demain je retournerai chasser.

- Tu es fou ! m'écrie-je. C'est absolument hors de question, tu n'es pas en état.

- Mais en fait, reprends-je, je voulais dire, tu ne vas pas rester là, ici.

- Et tu veux que j'aille où ?

- Dans ta chambre, par exemple, dis-je.

Il me regarde, peu convaincu.

- Ou... dans la mienne, conclus-je en souriant.

Cette réponse semble davantage lui convenir puisque qu'il sourit et acquiesce.

...

J'insiste pour aider Daryl à marcher jusqu'à ma cellule, même s'il tient absolument à se débrouiller seul.

- C'est bon, dit-il, ça va, je peux marcher tout seul.

- Ok..., capitule-je finalement. Vas-y, je te rejoins dans une minute.

Il se dirige vers ma cellule, pendant que je cours jusque dans la cour extérieure pour aller récupérer son arbalète. Je sais qu'il n'aime pas être loin d'elle.

Je tombe sur Carol et lui adresse un sourire.

- Tu n'aurais pas vu l'arbalète de Daryl ? demande-je.

- Si, dit-elle, j'allais lui apporter. Comment va-t-il ?

- Il s'en remettra, dis-je, avec un faible sourire. Il est dans ma cellule, si tu le cherches.

- Alors comme ça, vous deux... ?

Elle me demande ça avec de grands yeux rieurs et je vois qu'elle a du mal à ne pas exploser de rire. J'ai toujours cru que Carol était amoureuse de Daryl, mais elle semble plutôt bien prendre la nouvelle.

Je sens que je vire rouge tomate et baisse la tête.

- Oui, dis-je.

Là, Carol se permet un petit rire.

- Si la société tenait toujours, j'aurais traité Daryl de pervers, m'explique-t-elle, mais aujourd'hui, dans ce monde-là, je dois avouer que vous allez bien ensemble. Il y a quelque chose dans ses yeux quand il prononce ton nom... Je crois qu'il t'aime vraiment bien.

Un large sourire se dessine sur mes lèvres.

- Merci, Carol, dis-je.

- Ne lui brises pas le cœur surtout. Mais je vous souhaite plein de bonheur.

Je veux la prendre dans mes bras pour la remercier de sa gentillesse, quand soudain, je sens une violente douleur me transpercer ventre. Par réflexe, je porte ma main à mon abdomen. La douleur s'estompe finalement, mais une affreuse nausée m'envahit et je sens que je vais vomir. J'ai à peine le temps de reculer de quelques pas pour ne pas arroser Carol que je remets tout mon dernier repas, et probablement celui d'avant aussi.

- Beth ?

Carol s'est précipitée pour me tenir les cheveux, me voyant penchée en avant.

- Quelqu'un ? crie-t-elle. J'ai besoin d'aide !

Je vois Sasha accourir

- J'ai besoin d'eau et de papier, dit Carol. Beth est malade.

Sasha revient deux minutes plus tard avec l'eau, le papier et mon père. Carol m'aide à m'asseoir.

- Comment tu te sens, Beth ? me demande mon père.

Je passe de l'eau sur mon visage et me frotte la bouche.

- Ça va, dis-je. Je me sens beaucoup mieux.

- C'était probablement une indigestion, dit Carol. Elle se sent mieux parce que son corps a rejeté tout ce qu'il ne parvenait pas à digérer.

Papa acquiesce.

- J'espère, dit-il. Parce que je crains de ne pas avoir le matériel pour pouvoir efficacement combattre un virus violent.

Il me caresse les cheveux avec sa douceur paternelle.

- Je vais bien, papa, dis-je pour le rassurer.

- Si jamais tu te sens mal à nouveau, viens directement me trouver !

- Promis, réponds-je. Je vais voir Daryl, il m'attend. Merci les filles, dis-je en me tournant vers Carol et Sasha. Heureusement que vous étiez là.

...

Je pousse le rideau et cherche Daryl des yeux.

- Plus haut, dit-il.

Je lève la tête. Il est en haut du lit superposé.

- Ça va ? demande-je.

- Hmm, répond-il.

J'en déduis qu'il va bien.

- Je vais me laver. Je reviendrai après.

- Je bouge pas, dit-il.

- J'espère bien, réponds-je en riant.