Chapitre 17
- Mon Dieu, Beth ! Est-ce que tu te rends compte de la gravité de la situation ?!
Ça va bientôt faire 20 minutes que mon père me crie dessus. Il a l'air vraiment en colère, je crois que je ne l'avais encore jamais vu dans cet état.
- Tu es inconséquente et irresponsable ! Tu ne crois pas qu'on a déjà assez de problèmes comme ça ?
Glenn est là, aussi. Il est dans le fond de l'infirmerie et ne dit rien.
- Bon Dieu, ce n'est pas possible comme tu peux être idiote parfois !
- Papa ! interviens-je.
- Oui, je suis désolé, mais sur ce coup là, tu as été idiote.
- Papa, je...
- Tais-toi, il faut que je réfléchisse !
- Hershel..., commence Glenn en avançant vers nous, je crois qu'il faut réfléchir à ce qu'on va faire maintenant.
- Papa, je suis sincèrement désolée, je sais que j'ai fait une grave erreur mais... je ne peux pas le garder.
Mon père prend un air grave et s'avance vers moi.
- L'homme de foi que j'étais il y a encore quelques mois aurait sans doute refusé, mais si c'est ton choix, et au vu de la réalité des choses, je crois que c'est effectivement la meilleure décision possible.
Il se tourne ensuite vers Glenn, comme si ç'avait été sa faute.
- Depuis combien de temps est-elle enceinte ? demande mon père.
Je réponds à la place de Glenn, puisque ce dernier ne connaît pas la réponse.
- Environ 3 mois.
Je vois mon père blêmir et je comprends alors que je n'ai pas fait une, mais deux erreurs.
- C'est trop tard ? demande Glenn, inquiet.
Mon père hoche la tête avec un air de désolation.
Je baisse les yeux et sens les larmes me monter. Pourtant je sais que je ne dois pas pleurer. Pleurer, c'est une forme de faiblesse. Et les faibles ne survivent pas dans ce monde. Je dois être forte. Je dois rester forte, quoi qu'il arrive.
Je me lève de la chaise sur laquelle j'étais assise et me dirige vers les deux hommes.
- Je survivrai, tout ira bien. Mais j'ai quelque chose à vous demander, dis-je en les regardant tous les deux. Pas un mot à Maggie, d'accord ?
Glenn s'apprête à répliquer mais je lui coupe la parole.
- Je sais qu'on ne pourra pas garder le secret éternellement, et je vous promets de le lui dire, mais j'ai besoin de temps... Et j'ai quelqu'un d'autre à prévenir d'abord.
- Daryl ? demande Glenn.
- Non, dis-je. Merle.
...
- Beth ! Ça va ? me demande Daryl lorsque je le croise dans le couloir.
Il s'approche de moi pour m'embrasser. Je veux le repousser mais j'y renonce à la dernière seconde et me laisse faire. Son contact me fait du bien. Je me sens immédiatement plus détendue et je l'embrasse à nouveau.
- Je cherche ton frère, dis-je. Tu ne l'aurais pas vu, par hasard ?
- A la réserve, je crois. Pourquoi ?
- Il faut que je lui parle, explique-je.
Je sens bien que cette réponse ne suffit pas à Daryl mais je ne peux rien lui dire de plus.
- Je t'expliquerai, conclus-je avant de partir en direction de la réserve.
...
Je trouve Merle assis par terre en train de tailler un bout de bois. Lorsqu'il croise mon regard, il se tend et je sens soudain mon cœur s'alourdir. Et s'il n'en avait rien à faire et qu'il me riait au nez ? Après tout, c'est mon problème, pas le sien.
J'inspire un grand coup et m'approche de lui.
- Salut, me dit-il.
- Salut, réponds-je.
- T'avais un truc à me dire ?
Je hoche la tête en essayant de rester la plus calme possible.
- Oui, dis-je, c'est important.
Il se lève et dépose son bout de bois. Il me fait face et croise les bras. Je suis morte de trouille, et je ne sais pas comment m'y prendre pour le lui dire. Tout aurait pu être différent, si nous avions été dans un monde sans morts-vivants, dans un monde normal, où les bébés ont une chance de survivre. Ça aurait pu être une bonne nouvelle. Mais ce n'est pas le cas.
- Merle, j'ai quelque chose à te dire, commence-je, c'est important... Et ça risque... de te faire un choc. Enfin, je n'en sais rien, mais je crois que ça pourrait te faire un choc, je...
J'ai du mal à m'exprimer, je sais que je m'embrouille et je panique. Il n'y a encore pas si longtemps, cet homme était tout pour toi. Je lui aurais dit n'importe quoi, et aujourd'hui, j'ai peur de le voir à nouveau comme le connard qui a essayé de tuer Glenn.
- Beth ?
Je relève la tête. Je ne sais pas à quoi je ressemble mais ça ne doit pas être fameux parce que Merle semble réellement inquiet.
- Je... je suis assez nerveuse, dis-je en riant.
- Oui, je l'avais remarqué. Beth, qu'est ce qu'il se passe ?
- Je ne sais pas comment expliquer ça, c'est assez difficile à dire..., dis-je encore en baissant les yeux.
- Écoute, j'ai des trucs à faire, alors dis-le, comme ça on...
- Je suis enceinte.
Un gigantesque blanc s'installe alors dans la pièce et je n'ose pas relever la tête, de peur de voir celle que fait Merle. Intérieurement, je prie pour qu'il ait la décence de ne pas rire. J'ai l'impression que je vais exploser tellement la tension est forte.
Après une minute de silence, je finis par relever les yeux, inquiète. Merle ne me regarde pas, son regard est perdu dans le vide, et j'ai presque l'impression qu'il ne respire plus. Il n'a plus sa couleur rose naturelle. Il est blanc. Presque vert. Et il tremble.
- Merle, ça va ? demande-je, doucement.
- Tu... tu es enceinte ? Tu... vas avoir un bébé ? bégaye-t-il.
- Oui, je...
Mais je n'ai pas le temps de dire quoi que soit. Le visage de Merle passe du vert au rouge et il rentre dans une immense colère.
- Alors, c'est ça, hein ?! crie-t-il, les yeux balayant la pièce trop rapidement pour que je puisse les suivre. Jackpot ! Tu voulais la fille, mon gars, mais t'as eu mieux que ça ! T'as eu le gosse, ton gosse. Et moi, j'ai quoi, bordel ?!
- Merle, mais de quoi tu par... ?
- Et toi ! hurle-t-il en se penchant vers moi. Toi ! Comment t'as pu faire ça ?
- Mais je...
- Putain, il va regretter le fils de pute, dit-il en se dirigeant vers la porte.
Paniquée, je le suis, essayant de le rattraper.
- Merle !
Je lui bloque le passage mais il semble ne pas m'entendre. Il est devenu fou.
Il se dirige rapidement jusque dehors et hurle à plein poumons.
- Daryl !
L'intéressé se retourne et nous observe étrangement. Il ne bouge pas, se demandant probablement ce qu'il se passe, jusqu'à ce que Merle s'approche suffisamment de lui et lui en colle une en plein visage.
- Merle, non ! hurle-je.
Je suis terrifiée par ce que je vois et ne sais pas quoi faire.
Merle se baisse et commence à tabasser son frère déjà à terre.
- Tu l'as baisée, hein ?! T'as pas pu t'en empêcher, hein ?! Ça aurait dû être MON gosse, bordel ! C'est moi qui l'aime le plus !
Et soudain, en entendant ses paroles, toute l'horreur de la situation me saute aux yeux. Et je comprends ce qu'il se passe dans la tête de Merle.
Il pense que je suis enceinte de Daryl.
- Merle, hurle-je, tu ne comprends pas, arrête, tu te trompes !
Les autres rappliquent alors en courant et tentent de résonner Merle, mais rien n'y fait. Après la surprise initiale, Daryl réagit et les quelques coups de poings dégénèrent en une véritable baston. Les garçons sont tous les deux en sang.
Je leur crie d'arrêter, mais ils ne m'entendent pas. Ne sachant pas quoi faire, je crie aux autres de faire quelque chose.
Daryl prend le dessus sur Merle et les autres garçons interviennent alors pour l'empêcher de tuer son frère. Tyreese se jette sur Daryl. Celui-ci veut se dégager et Tyreese n'a d'autre choix que de frapper sur son crâne pour l'assommer. Glenn, Maggie et Sasha retiennent Merle. Et Rick et Carol arrivent sur ces entrefaites.
- Laissez-moi, merde ! hurle Merle. Je vais lui casser la gueule à ce trou du cul, j'aurais jamais du la lui laisser ! Voilà comment ça finit quand on laisse son frère protéger la femme de sa vie. Il lui fait un gosse !
La surprise fait lâcher Sasha. Elle me regarde d'un drôle d'air, probablement partagée entre l'incompréhension et le dégoût. Est-ce qu'elle a vraiment tout compris ? Je la fixe une seconde, et je voudrais lui dire à quel point elle se trompe, à quel point Merle est quelqu'un de bien. Je voudrais hurler que je suis désolée, que je ne voulais pas que ça se passe comme ça. Mais je n'ai pas le temps.
Presque libre, le plus âgé des Dixon s'élance vers son frère toujours KO, mais je décide d'intervenir une bonne fois pour toute.
Je m'interpose devant Merle et pose mes mains sur son torse. Je sais que j'ai peu de temps avant qu'il m'envoie valser.
- Merle, arrête, dis-je clairement, je n'ai jamais couché avec Daryl.
Il s'arrête net et me regarde.
- Mais alors..., dit-il en tentant probablement de s'y retrouver parmi toutes ses pensées.
Et soudain, de stress ou de peur, je n'en sais rien, je me mets à pleurer. Mais je pleure en riant. On pourrait croire à des larmes de joie, mais je crois que j'ai juste besoin d'évacuer la pression.
- Oui, dis-je au milieu de mes larmes, c'est ton bébé.
Il porte sa main à sa tête, recule de deux pas et se laisse tomber à terre.
- Oh mon Dieu..., murmure-t-il.
Je me retourne et vois tout le monde qui nous regarde avec des yeux exorbités, comme si nous étions des extraterrestres venus de Mars.
- Maggie, dit Glenn, je crois que Beth a quelque chose à te dire.
Ma sœur tourne son regard vers moi mais je la sens totalement dépassée par les événements.
Glenn me regarde avec insistance et me fait signe de le lui dire. De toute façon, je crois que c'est trop tard pour essayer de nier quoi que ce soit. Alors je fais mon annonce officielle.
- Je suis enceinte, dis-je.
Un nouveau blanc s'installe et je ne sais pas où me mettre. A cet instant, je voudrais me cacher dans un trou minuscule et disparaître à tout jamais.
Puis j'entends une voix derrière moi. La plus rassurante et la plus douce de toutes les voix. Celle qui m'a permis de survivre ces dernières semaines, celle qui m'a remonté le moral et qui m'a appris à chasser.
Sauf que cette fois, cette voix est déchirée.
- Tu es quoi ?
Je me retourne et fais face à Daryl. Il est debout et me regarde avec un air de dégoût et de tristesse. Je veux pleurer, mais les larmes me manquent soudain. J'ouvre la bouche, mais rien n'en sort. Je plonge alors mes yeux dans les siens et c'est là que je comprends que je viens de le perdre pour toujours.
