Chapitre 18
- Beth, est-ce que tu pourrais m'expliquer ce qu'il se passe ? intervient Rick d'un ton froid.
- C'est ma faute, répond Merle. J'ai frappé Daryl en pensant que le bébé de Beth était le sien, ça me rendait malade.
- Frappé ? Non, mais vous vous êtes regardés ? Je ne veux pas de bagarre à l'intérieur de cette prison, pour quelque motif que ce soit ! réplique Rick sur un ton autoritaire. On est une famille, on se protège, si tu veux frapper quelqu'un, tu vas dehors et tu massacres des rôdeurs.
- On est pas une famille, Rick, dit calmement Daryl. On croit qu'on est une famille, qu'on se fait confiance, qu'on se connaît, mais regarde autour de toi... On est pas une famille.
- Daryl, interviens-je d'une voix déchirée, c'est pas ce que tu crois, c'est arrivé il y a longtemps, bien avant qu'on soit amis.
- On a jamais été amis, répond-il froidement.
Puis il tourne les talons et rentre dans le bloc sans adresser un regard à personne.
- Daryl ! crie-je.
Mais ça ne sert à rien. Je crois qu'il ne m'entend même plus.
Et comme si ce n'était pas suffisant, comme si ce n'était pas déjà assez difficile à supporter, Maggie intervient elle aussi.
- Alors non seulement tu sors avec Daryl, mais en plus, tu couches avec Merle ?! s'exclame-t-elle.
- Maggie, lâche-moi, dis-je, exaspérée, c'est bon...
- Non c'est pas bon, Beth ! Tu te rends compte de ce que t'as fait ?
Et là, c'est trop dur. J'encaisse les coups depuis plusieurs heures déjà, sans parler du fait que je n'ai toujours pas digéré l'annonce de ma propre grossesse, et que Glenn est persuadé que je vais mourir. Mon père est en colère, ma sœur est en colère, Daryl me déteste, et Merle fait des combines que je n'arrive franchement plus à comprendre. Et Rick pense qu'on est une famille.
Daryl avait raison, on est pas une famille.
Et là, Maggie qui me juge, c'est trop dur.
Alors je craque.
- Merde, c'est bon, foutez-moi la paix, tous ! hurle-je.
Et je me mets à courir vers le bloc. Je cours, je cours sans m'arrêter et sans me retourner. Je prie pour que personne ne décide de me suivre, qu'ils me laissent en paix. J'ai besoin d'être seule.
Je ne m'arrête qu'une fois dans le mirador de la cour intérieur et je referme la porte à clé derrière moi. Je me laisse tomber à terre et reprends ma respiration.
Je ne peux pas oublier le regard de Daryl sur moi lorsqu'il a compris. Ce sentiment de trahison qu'il avait dans les yeux. Comme si j'avais détruit tout ce qui comptait à ses yeux. Mais peut-être que je l'ai fait, en réalité.
Peut-être que je viens de réduire en poussière tout ce qui faisait qu'il se levait le matin depuis un peu moins de 3 mois.
...
J'entends du bruit et lève la tête. Merle est devant la porte et toque contre celle-ci.
- Va-t-en, dis-je.
- Beth, laisse-moi entrer. Tu ne pourras pas rester seule ici pour toujours.
- Tu es seul ? demande-je.
Il acquiesce.
Je me lève et tourne la clé dans la serrure. Merle ouvre la porte, rentre à l'intérieur puis la referme derrière lui.
Il s'assied devant moi et m'observe.
- Qu'est-ce que tu veux ? dis-je durement.
- Je suis venu m'excuser. D'avoir foutu la merde tantôt.
Je lui ris au nez.
- Tu rigoles, j'espère ? Ça fait deux mois et demi que tu fous la merde. Merle, mais qu'est-ce qu'il t'est passé par la tête ? Depuis le jour où tu m'as larguée, je suis totalement perdue, je te comprends plus.
- Je... Quand on était ensemble, commence-t-il, j'ai vu comme tu t'entendais bien avec Daryl. Et je savais que Daryl t'aimait bien aussi.
- Comment tu pouvais savoir ça ? demande-je.
- C'est mon frère, je le connais. Et je savais qu'il te protégerait mieux que moi, et qu'il saurait prendre soin de toi. Alors j'ai rompu et je lui ai dit que tu l'aimais. Et puis vous avez géré la suite tout seuls, dit-il avec un petit rire cynique.
- Mais pourquoi t'as fait ça ?
- Daryl a toujours été meilleur que moi dans tout. Je savais que tu serais beaucoup mieux avec lui.
Je secoue la tête. Je n'en reviens pas des révélations de Merle.
- J'ai cru que tu ne m'aimais plus..., dis-je.
- C'est faux.
Son regard me transperce. Je savais qu'il y avait quelque chose que je ne parvenais pas à voir. Mais jamais je ne me serais doutée de ça.
- Je pensais que j'allais pouvoir tenir, vous voir ensemble... Mais quand t'es venu me dire que t'étais en cloque, j'ai peté un câble.
- Donc tu nous pousses dans les bras l'un de l'autre, mais tu veux qu'on reste chastes ? dis-je ironiquement.
- Non, je... Je savais que ça pouvait arriver, mais je préférais ne pas y penser.
- Tu n'avais pas le droit de faire ça.
- Je sais, réplique-t-il, je suis désol...
- Non, je refuse. Tu n'avais pas le droit de faire ça, de m'abandonner sans aucune raison valable pour me pousser dans les bras de ton frère. J'en ai bavé pendant des semaines, et pile au moment où ça commençait à aller mieux, tu viens à nouveau tout gâcher. Alors non, je ne t'excuse pas. C'est trop facile.
- Je comprends.
- Non, tu ne comprends pas, je t'aimais ! m'exclame-je, en colère. Et maintenant, j'aime Daryl, et je l'ai perdu pour une faute que tu as commise !
- Pourquoi tu ne lui as rien dit ? demande Merle. Sur nous deux ?
- J'avais besoin de lui. Il était la seule personne qui me faisait vraiment du bien, je ne voulais pas prendre le risque de le perdre.
Un silence s'installe entre nous.
Je pose mon menton sur mes genoux et tente de faire la lumière sur toute cette histoire. Ça explique pas mal de choses, en fait.
- Mais maintenant, dis-je, ça n'a plus d'importance. Puisque je l'ai perdu. Et toi, je t'ai perdu il y a longtemps. Sans compter que mon père et ma sœur me détestent et que le reste du groupe me trouve au minimum irresponsable et inconséquente. Au final, je ne vois aucune raison pour sortir de cet endroit.
Merle se lève.
- Tu vas sortir d'ici, dit-il. Tu vas venir avec moi parce que j'ai quelque chose à te montrer.
Il me tend la main et la scène me rappelle nos entraînements. Une des meilleures parties du temps que j'ai passé à la prison. J'avais l'impression d'être une guerrière, l'impression que rien ne pouvait m'atteindre.
A contrecœur, je lui tends mon bras et il me relève d'un geste. Le contact de sa main me donne des frissons, et je suis presque déçue quand il me lâche.
...
Il m'emmène jusqu'en bas de la vigie dans la grande cour extérieure. Nous rentrons à l'intérieur et il referme la porte derrière lui. Nous montons jusqu'en haut et passons la seconde porte.
- Tu m'as emmené ici, une fois, dit-il, et tu m'as dit qu'on était une famille et que j'en faisais partie. Avec toi, j'avais vraiment l'impression d'appartenir à quelque chose.
Il se tait une minute et je regarde le paysage. Il n'y a personne dehors. J'ai l'impression d'être seule au monde.
- Tu fais partie de cette famille, reprend-il. Ils sont en colère parce qu'ils ne comprennent pas, mais ils te pardonneront. Et ils s'occuperont de ton bébé aussi bien qu'ils s'occupent de Judith.
Je ferme les yeux. Le bébé. Rien de plus encombrant dans un monde comme celui-là qu'un bébé. Comment est-ce que je pourrais avoir envie de donner naissance à cet enfant ?
- Et je m'occuperai de lui comme un père s'occupe de son enfant, conclut-il.
Je tourne mon regarde vers lui. C'est la première fois qu'il parle de mon bébé comme du sien.
- Personne ne t'abandonnera, dit-il.
Alors je lui saute dans les bras. Peut-être parce que j'en meure d'envie depuis trop longtemps, peut-être parce que je n'ai pas pu être près lui pendant un temps qui m'a semblé être insupportable et infini, ou peut-être tout simplement parce qu'il est arrivé à me redonner un milligramme d'espoir. Je ne sais pas, mais je sais que j'en ai besoin. Et son étreinte me fait du bien.
J'en suis certaine, maintenant, tout ira bien.
...
Ce que Beth ne sait pas
Daryl rentre dans le bloc et donne des coups dans tout ce qu'il croise : les portes, les objets,... Il renverse une table dans un cri de rage et monte dans sa cellule pour tout déchirer. Le lit, les draps, le rideau, rien n'y échappe.
Puis il se jette lui-même à terre et Dieu seul sait ce à quoi il pense à ce moment-là, mais il reste ainsi immobile pendant plusieurs heures.
...
Il finit par se lever et part retrouver Rick.
- Il faut qu'ils partent, lui dit-il.
- Beth et Merle ? demande Rick.
- Hmm.
- Non.
- Quoi non ? s'écrie Daryl. Merde Rick, s'ils veulent copuler, ils ont qu'à aller le faire ailleurs, ils foutent la merde ici !
- Tu es aveuglé par la colère, d'ici une semaine tu te rendras compte qu'ils n'ont rien fait de mal. Je ne peux pas bannir deux personnes parce qu'elles ont couché ensemble.
- Ça t'a fait quoi quand t'as appris que Shane se faisait Lori ? demande Daryl sur un ton mauvais.
Rick lève les yeux vers Daryl et se rapproche de lui. Ça faisait longtemps qu'il n'avait plus entendu ces deux prénoms-là.
- Je l'ai tué, répond-il très distinctement.
Daryl soutient son regard. Il n'ose pas le dire, mais c'est exactement la réponse à laquelle il s'attendait de la part de Rick. Et à cet instant précis, ce qu'il veut plus que tout au monde, c'est tuer Merle.
- Dis-leur de partir, tente-t-il une dernière fois.
- Il n'en est pas question, réplique Rick fermement.
- Dans ce cas, c'est moi qui partirai, décrète Daryl.
- Pour aller où ?
- Je m'en fous. Ailleurs qu'ici.
- Tu peux pas partir, on a besoin de toi ici.
- Désolé, Rick. Moi j'ai besoin de me tirer d'ici.
