Chapitre 19
- Beth ! Beth !
Une voix appelant mon nom me réveille et j'ouvre les yeux.
Merle apparaît brusquement dans l'encadrement de la porte alors que j'émerge à peine.
- Il est parti ! s'exclame-t-il.
- Qui ? dis-je, encore endormie. De quoi tu parles ?
- Daryl, dit-il distinctement, il est parti, il a quitté la prison ce matin.
En entendant les paroles de l'aîné Dixon, je me surprends à espérer être en train de rêver. En fait, ce serait plutôt un cauchemar. Un cauchemar dans lequel Daryl m'abandonnerait et me laisserait seule avec ma tristesse. Mais quand je finirais par me réveiller, il serait là, à mes côtés, et m'embrasserait.
Sauf que ce n'est pas un rêve, ni un cauchemar. C'est bien réel.
- Il va revenir, dis-je. Je suis certaine qu'il va revenir.
- Il avait pas l'air d'avoir envie de revenir, réplique Merle. Il m'a gueulé dessus, en disant qu'il pouvait plus nous voir.
- Non, c'est impossible. C'est son meilleur abri, et il n'a nulle part où aller.
- Beth...
Je baisse la tête, j'ai les larmes aux yeux. Je sais que je viens de faire fuir Daryl, mais je n'ose pas me l'avouer. C'est trop dur.
- Beth, reprends Merle, ça fait des années qu'il a nulle part où aller. Mais ça l'empêche pas de partir quand même. Je crois que cette fois, il ne reviendra pas.
- Je t'interdis de dire ça, dis-je. Il reviendra.
Je sors de ma cellule et cours à la recherche de Rick. Daryl reviendra. Il faut qu'il revienne.
...
- Que je quoi ?
- Ecoute, explique-je à Carol, je sais que tout est de ma faute, mais moi il ne m'écoutera jamais. Et Merle non plus d'ailleurs. J'ai parlé à Rick, et même lui n'a pas réussi à le convaincre de rester. Tu es la seule qui puisse encore le convaincre.
- Beth, dit Carol, je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais à sa place, je crois que j'aurais fait pareil. Il t'aimait, j'en ai parlé avec lui. Et puis il apprend que tu l'as trompé. Comment tu voudrais qu'il réagisse ?
- Je ne l'ai pas trompé, dis-je calmement.
- Bien sûr, c'est Dieu qui t'a mise enceinte, peut-être ? dit-elle avec un petit rire cynique.
- Merle, c'était avant Daryl. On est sortis ensemble, puis il m'a quittée, et c'est là que je suis tombée amoureuse de Daryl.
Carol baisse la tête, probablement fatiguée de toute cette histoire.
Je pose une main sur son bras et plonge mes yeux dans les siens.
- Jamais je ne l'aurais trompé, dis-je doucement. Je l'aime trop pour ça.
- Je crois qu'il n'a pas bien saisi cette partie de l'histoire, si tu veux mon avis, me dit-elle avec un air triste.
- Carol, il est définitivement parti. Mais si tu te mets en route maintenant, tu peux encore le rattraper. Il n'est pas trop tard. Ramène-le à la maison, s'il-te-plaît.
Elle hoche la tête lentement et j'ai du mal à comprendre s'il s'agit d'un oui ou pas. Son visage est si triste que j'ai presque envie de la prendre dans mes bras.
- Je vais en parler à Rick, dit-elle.
...
Ce que Beth ne sait pas
- Oui je sais, confirme Rick, elle est venue m'en parler aussi.
- Qu'est-ce qu'on fait ? lui demande Carol.
- Il est peut-être déjà loin, c'est dangereux pour toi d'y aller seule.
- Si on y va avec trois ou quatre personnes, ça passera pour une mission de sauvetage à ses yeux et il fuira. Il nous aura repérés avant même qu'on puisse le trouver.
Rick ne répond rien. Il sait bien que Carol a raison, mais la laisser partir, c'est prendre le risque de la perdre, elle aussi.
- Peut-être que c'est Beth et Merle qui devraient aller le chercher, après tout, ajoute Rick avec une certaine ironie dans la voix. C'est de leur faute si on en est là.
- C'est un malentendu Rick, Beth n'a pas trompé Daryl, elle est tombée enceinte il y a longtemps.
Rick relève la tête. Il passe une main dans ses cheveux en regardant Carol d'un air perplexe.
- Il faut le lui dire, s'exclame-t-il.
- Je vais y aller, conclut Carol.
- Je viens avec toi.
- Non, Carl et Judith ont besoin de toi ici. Sans parler des tensions dans le groupe. Si tu pars maintenant, ce sera l'anarchie quand tu reviendras.
L'homme hoche la tête.
- Reste ici, explique-leur ce qu'il s'est réellement passé, sauve Beth et Merle d'une lapidation générale, et moi je reviendrai avec Daryl.
- Merci.
Carol sourit.
- J'y serais allée de toute façon. Remercie-moi seulement de t'en avoir parlé avant.
Rick lui tend la main et Carol la lui sert. Elle tourne les talons.
- Je pars dans une heure, dit-elle sans se retourner. Je le ramènerai. J'ai une dette envers lui.
...
Carol rassemble le matériel nécessaire, fait son sac et grimpe dans la voiture grise.
Elle démarre, sort de la prison et roule vers le nord.
Pourquoi le nord ? Elle n'en sait rien. Elle ne sait même pas si elle parviendra à retrouver Daryl. Mais elle en est persuadée. Au fond d'elle, elle sait que Daryl ne voulait pas vraiment partir, mais qu'il voulait juste que quelqu'un lui prouve qu'il faisait encore partie de la famille. Elle sait qu'il aura laissé des traces derrière lui, exprès. Elle sait qu'elle le retrouvera.
Connaissant la vitesse de l'homme en forêt, elle calcule rapidement combien de kilomètres il a pu parcourir depuis son départ. Elle regarde le compteur de la voiture, puis se met à observer attentivement les bords de route. Une seule branche placée étrangement ou un rôdeur massacré avec violence pourraient la mettre sur la piste.
Après quelques kilomètres, elle gare la voiture sur un bas-côté et en descend.
Deux rôdeurs morts, si on peut dire, gisent sur la route, un trou dans la tête.
Carol n'est pas certaine de reconnaître des impacts de flèches, mais c'est mieux que rien.
Elle s'enfonce prudemment dans la forêt et observe chaque branche et chaque feuille qu'elle croise. Elle sait qu'elle est loin d'être aussi douée que l'homme qu'elle cherche en matière de traque, mais elle ne perd pas espoir de pouvoir trouver sa piste pour autant.
...
Après plusieurs heures de marche, Carol s'arrête et fait le point. Il lui semble qu'elle tourne en rond depuis un bout de temps maintenant. Elle n'a pas trouvé de vraie piste distincte.
Elle lève la tête.
- J'ai l'impression d'avoir déjà vu cet arbre...
...
Je me couche dans mon lit et ferme les yeux.
Carol est partie à la recherche de Daryl. Je ne sais pas vraiment si elle pourra le retrouver, mais au moins, elle est partie. C'est un espoir qui n'existait pas il y a quelques heures encore.
- Ça va ? demande une voix à côté de moi.
J'ouvre les yeux et tourne la tête.
- Merle ? Au cas où t'avais pas compris, quand je ferme le rideau, ça signifie ne pas déranger.
- T'es pas bien ? me demande-t-il.
- J'ai mal de tête. Est-ce que tu peux... me laisser s'il-te-plaît ?
Merle hoche la tête et sort de la pièce en prenant bien soin de refermer le rideau derrière lui.
Je ferme à nouveau les yeux et me laisse aller. Je ne veux pas m'endormir. Je veux rester au courant de ce qu'il se passe autour de moi. Quand Daryl reviendra, je veux être là.
Mais j'ai mal à la tête et je suis fatiguée. Alors je ferme les yeux et je lâche prise.
...
Ce que Beth ne sait pas
- Oh mon Dieu...
Maggie tente de rester consciente et regarde autour d'elle. Des coups de feu retentissent de tous les côtés. Le Gouverneur a attaqué, avec un tank et toute une armée. Et il vient de tuer son père sous ses yeux.
- Maggie, réveille-toi, il faut faire embarquer tout le monde dans le bus ! s'écrie Glenn.
- Quoi, je... ? Oui, d'accord, j'y vais. Mais..., Glenn ?
Le jeune asiatique qui courait déjà en direction de Rick se retourne.
- Et toi ? demande Maggie, d'une voix déchirée.
- Je te rejoins.
...
- Glenn ? hurle Rick. Où sont les autres ?
- Dans le bus, répond Glenn. Rick, il faut partir.
- Non, dit-il entre deux sanglots. Carl ? Judith ?
- Je sais pas où ils sont, sûrement dans le bus aussi.
- Vas-y, je te rejoins.
Glenn hoche la tête et se remet à courir en direction du bus.
...
- Rick ! hurle Merle. Il faut laisser un mot à Daryl s'il revient.
Rick secoue la tête. Ils n'ont plus le temps pour ça.
- Il faut partir, rejoins le bus. Tu sais où est Carl ?
- A l'arrière.
L'homme hoche la tête et se met lui aussi à courir.
Merle se retrouve tout seul au milieu des rôdeurs et des coups de feu. Plus loin, il voit Tyreese et deux petites filles. Il sait qu'il doit rejoindre le bus, mais il veut vérifier quelque chose avant.
...
- Beth ! Beth !
Une voix appelant mon nom me réveille et j'ouvre les yeux.
Au fond de moi, je sais que je n'aurais pas du m'endormir.
Mais je suis trop fatiguée pour penser à ce genre de choses.
Merle apparaît brusquement dans l'encadrement de la porte et j'ai l'impression d'avoir déjà vécu cette scène.
Mais je ne suis pas certaine d'être bien réveillée.
- Beth, lève-toi, hurle-t-il. Le Gouverneur a attaqué.
- Quoi ? articule-je avec difficulté.
- Il faut partir, tout de suite.
Je reste bouche-bée devant lui sans vraiment comprendre. J'ai entendu les mots mais je ne suis pas certaine d'avoir bien enregistré le message.
Sauf que Merle ne semble pas vraiment disposé à attendre que mon cerveau réagisse, puisqu'il me soulève brusquement et me porte jusqu'à la sortie du bâtiment. Je n'ai pas le temps de réagir, de dire quoi que ce soit, ou même d'emporter quelque chose, que nous sommes déjà dehors.
Et là, je comprends.
Parce que dehors, c'est le chaos. Il y a des rôdeurs partout, des cadavres par terre, des hommes qui tirent dessus, certains que je connais, d'autres non. Maggie n'est pas là, ni papa, ni même Rick, Glenn ou Tyreese. Ils semblent avoir disparus.
Merle ne s'arrête pas une seule seconde et nous emmène à l'arrière du bloc. Là où le bus était entreposé normalement. Le bus de secours. Qui n'est plus là.
- Et merde ! s'écrie Merle.
Je descends de ses bras et le regarde. Cette fois, j'ai compris.
- Qu'est-ce qu'on fait ? dis-je.
Un rôdeur apparaît derrière Merle et celui-ci lui défonce le crâne, puis se retourne à nouveau vers moi.
- On s'en va, dit-il froidement.
- Quoi ? Mais, ... Et les autres ?
- Beth, on crèvera pas ici, maintenant, on se tire !
Je hoche la tête et il me prend la main. Nous courrons le plus vite possible hors de la prison en évitant les rôdeurs qui nous barrent la route.
Par chance, pas mal d'entre eux sont déjà occupés à manger des cadavres à terre. Je ne peux pas les voir, mais je leur suis reconnaissante, pendant une seconde, de nous aider à nous enfuir.
La seule chose que j'espère, c'est qu'aucune personne qui m'est chère ne se trouve parmi eux.
