Chapitre 21
- Non !
Un cri qui me déchire la gorge.
- Beth ?
Une voix qui prononce mon prénom.
Mais je m'en fous.
Je m'effondre, à terre, à côté de ce qui reste de mon père. Des larmes giclent de mes yeux, et c'est à peine si je peux encore voir quelque chose. Comme un tsunami sur mon visage.
- Beth, il faut qu'on avance !
Non. Non, je n'avancerai plus, c'est terminé. Je n'ai plus aucune raison d'avancer.
- C'est bon, allez-y, je reste avec elle, on vous rejoint.
Ma mère est morte. Mon frère est mort. Tous les membres de ma famille, tous ceux qui comptaient pour moi. Mes voisins, les gens que j'avais l'habitude de côtoyer. Tous ces gens avaient une histoire. Ils aimaient et étaient aimés en retour. C'était de gens biens, pour la plupart. Mais maintenant ils ne sont plus rien. Ils n'ont plus rien.
- Beth, on peut pas rester là.
Et mon père est mort. Quand ce sera à mon tour de mourir, qui se souviendra de ce qu'était notre famille ? De ce qu'à fait mon père pour aider Rick ? Qui se souviendra de cet homme ? Qui se souviendra de l'humanité ?
- Sérieusement, bouge-toi si tu veux pas mourir maintenant !
En fait, si, c'est ce que je veux. Mourir. Maintenant. Que tout s'arrête. Toutes ces souffrances. Que je n'aie plus à regarder les gens que j'aime mourir autour de moi.
Mon père est mort.
Peut-être que c'est à mon tour, maintenant.
- Beth, merde, lève-toi !
Non. Non, je suis désolée, Daryl, mais je ne lutterai pas. Plus cette fois.
...
Quelque chose me déchire la joue et je rouvre les yeux. Je porte ma main à mon visage.
Daryl se tient à moins de deux centimètres de mon visage. Je peux presque voir des éclairs sortir de ses yeux tellement il semble en colère.
Il m'attrape le bras et me soulève de force. J'ai mal. Je tire sur ses doigts mais il ne me lâche pas.
Il tend sa main vers le sol et m'oblige à regarder.
- Tu vois ça ? C'est le Gouverneur qui a fait ça. Tu pensais qu'il était mort, tu te sentais hors de danger, et tu as baissé ta garde. Vous avez tous baissé votre garde et c'est ton père qui l'a payé. Maintenant, tu vas m'écouter.
Il me lâche et s'agenouille à côté de la tête encore dégoulinante de sang.
- Tu vois la marque, là ? continue-t-il. C'est le sabre de Michonne. Quand elle l'a trouvé, il était probablement devenu un rôdeur, alors elle l'a tué. Ça veut dire qu'elle a survécu. Elle est probablement toujours en vie, quelque part. Comme ta sœur, comme Glenn, comme Rick, comme Judith, Carl, Tyreese, Sasha, et tout le reste du groupe !
Il se met à s'énerver tellement fort que je ne le reconnais plus.
- Alors tu tiens bon, tu te relèves, tu sors ton couteau et tu m'aides à te sauver la vie. Tu es forte, et tu vas lui prouver, dit-il en tendant la main vers le visage de papa. C'est clair ?
Je hoche faiblement la tête, mais je ne peux empêcher une deuxième vague de larmes de jaillir de mes yeux.
Mais alors, Daryl, aussi énervé et agacé soit-il, et alors qu'il m'en veut probablement toujours, baisse son arbalète et passe un bras derrière mon dos. Il me caresse doucement la nuque et parvient à me calmer, comme il avait déjà su le faire auparavant. Son geste me touche et me fait du bien. Et je me rends compte que je l'aime toujours.
- Il t'aimait, dit-il plus calmement. Et il ne voudrait pas qu'il t'arrive quelque chose.
Je lève les yeux et essuie mon visage du revers de la manche.
- Tu vas te battre ? demande-t-il.
- Oui, dis-je finalement. On va se battre.
...
Nous arrivons finalement au bus où Merle et Carol peinent avec des rôdeurs. Nous leur donnons un coup de main puis Carol me lance :
- Ça va, Beth ?
- Oui, réponds-je.
- Je suis désolée pour ton père, dit-elle sincèrement, c'était un homme bien.
Je lui lance un faible sourire pour la remercier, mais c'est surtout l'intérieur du bus qui m'importe maintenant. Qui va-t-on trouver dedans ?
- Comment on fait pour le bus ? demande-je.
- Le mieux, c'est de casser une vitre et de rentrer dedans, dit Daryl.
- J'y vais, se propose Merle.
Je veux l'en empêcher, mais Daryl me retient. J'imagine qu'il doit inconsciemment espérer que son frère y reste, parce qu'on pourrait très bien y entrer à deux.
Je scrute le visage de Merle qui passe en revue les cadavres un à un, mais il reste impassible. J'ose prendre ça comme un signe positif.
Il ressort finalement et nous livre le verdict.
- J'ai pas trouvé Rick, ni Carl, il n'y avait pas de bébé non plus. Ni Maggie, ni Glenn, ni Sasha, ni Tyreese, ni même le Gouverneur.
- Tu les connais ? demande-je.
- Oui, ils étaient à la prison avec nous. Des rescapés de Woodbury, pour la plupart.
Je m'autorise un minuscule sourire de soulagement.
- Il faudrait qu'on s'approche, propose Carol, qu'on observe les autres cadavres, plus près de la prison.
- C'est risqué, réplique Merle en sautant du bus. Il y trop de morts.
- On reste à quatre, dis-je, ça peut le faire.
Carol hoche la tête et nous repartons tous vers la prison.
...
- Là, par terre, dis-je.
Mes compagnons tournent la tête et nous observons le corps sans vie du Gouverneur.
- Cette fois, il est bien mort, s'exclame Merle. Il ne reviendra pas.
- Tant mieux, dit Carol avant de se remettre en route.
Nous lui emboîtons le pas et nous nous enfonçons à nouveau dans la forêt.
Je sais que Maggie est là, quelque part. Je sais qu'elle me cherche. Et je finirai par la retrouver. J'en suis certaine.
...
Je nettoie mon couteau avec un torchon que j'ai trouvé dans la cuisine.
Daryl et Carol sont partis chasser, pour qu'on puisse manger de la viande ce soir.
La journée a été difficile. A part mon père, le Gouverneur, et quelques autres personnes qui vivaient avec nous à la prison, nous n'avons trouvé personne. Pas de trace d'éventuels survivants. Pourtant, Carol a raison : si leurs corps ne sont pas là, c'est qu'ils ont au moins réussi à s'enfuir. Mais savoir où ils sont maintenant, ça, c'est une autre histoire.
- Désolé pour ton père, me dit Merle.
- Merci, dis-je tristement.
Je revois la tête de mon père gisant dans l'herbe et je me mets à trembler. Le couteau me glisse des mains et tombe à terre dans un grand bruit métallique.
Merle se penche et le ramasse pour moi.
- J'ai peur, dis-je. Papa, c'était le seul médecin du groupe, et je... J'étais rassurée de savoir qu'il serait là pour m'aider avec le bébé...
Je tends la main pour récupérer mon couteau, mais au lieu de me le donner, Merle le dépose sur le plan de travail. Je regarde ma main : je tremble encore. Il a peut-être raison, en fait.
Je porte ma main à mon visage et frotte mes yeux. Je sens à nouveau les larmes monter et ça m'exaspère d'avoir en permanence envie de pleurer.
- Ça va aller, me rassure Merle. On trouvera un autre médecin d'ici là. Dans six mois, non seulement on aura retrouvé tout le groupe en vie, mais en plus, on se sera trouvé un super abri où aucun rôdeur pourra rentrer.
Je souris. Une larme roule le long de ma joue et Merle lève le pouce et l'attrape avant qu'elle ne coule. Il me caresse doucement le visage et je revois en lui l'homme que j'aimais il y a peu de temps. L'homme que je n'ai en fait jamais cessé d'aimer.
Et quand il pose ses lèvres sur les miennes, j'oublie tout et me laisse sombrer dans son baiser.
...
Après m'être grossièrement lavée avec le peu d'eau ramenée par Daryl et Carol, je rejoins la chambre et découvre, surprise, Merle allongé sur le lit en train de feuilleter une BD.
Je m'approche de lui.
- C'est de l'espagnol, dis-je en riant, tu comprends quelque chose ?
- Absolument rien, dit-il avec un petit sourire.
Je m'allonge à côté de lui et pose ma tête sur son torse. Il dépose sa BD et me caresse les cheveux.
- Tu vas encore m'abandonner ? demande-je.
- Pourquoi je ferais ça ? me répond-il.
- Parce que tu l'as déjà fait ! Merle, je t'aime, et je... enfin je veux dire, tu es le père de mon enfant ! Et je crois que je ne pourrais pas survivre à ta perte encore une fois.
- Tu ne me perdras plus, dit-il.
- Plus jamais ?
- Plus jamais.
Je me retourne et l'embrasse sur la bouche. Ses lèvres sont douces et sa peau me manque. Je retire mon t-shirt, puis il retire le sien. Ça fait bien trop longtemps que je n'ai plus pu caresser son torse. Ses mains me massent le dos et je ferme les yeux pour savourer.
La nuit peut être longue, cette fois, je m'en fiche.
