Chapitre 23
- Bonjour princesse.
J'ouvre les yeux peu à peu et m'étire dans le lit.
Merle se tient devant moi, un sourire aux lèvres et un plateau en main.
- Merle ? Qu'est-ce que c'est ?
Il me tend le plateau et j'y découvre un bol de céréales, une conserve de pêches, un verre d'eau et une petite fleur.
- En quel honneur ? demande-je en m'asseyant.
Je lui prends le plateau des mains et il s'assied à côté de moi sur le lit.
- Je voulais m'excuser pour... hier soir. Ça m'arrive de pas réfléchir avant de parler.
- T'es pardonné, dis-je en engouffrant une bouchée de céréales.
Sans le lait, ils sont un peu secs, mais ça fait trop longtemps qu'on a plus trouvé une bouteille de lait encore consommable. Je crois que c'est désespéré.
- Ce serait bien si t'avais d'autres trucs à te faire pardonner, ajoute-je en riant, comme ça tu pourrais m'apporter le petit-déj' au lit tous les jours.
- A ce rythme-là, on serait à court de céréales après une semaine.
Je fais une moue déçue. Merle remarque ma tête, s'approche de mon visage et m'embrasse sur le front.
- Je trouverai autre chose à t'apporter, dit-il avant de sortir de la pièce.
Je souris puis fini mon petit-déjeuner en essayant d'en savourer chaque bouchée. Un repas matinal aussi luxueux, c'est rare. D'ailleurs, je ne suis pas certaine que Merle ait demandé la permission à Carol avant de se servir dans la réserve. C'est elle qui gère nos ressources, ça a toujours été elle. A la prison, elle nous a prouvé qu'elle pouvait rationner les portions sans nous affamer pour autant. Alors c'était logique qu'elle reprenne son job ici.
Oui, mais, pour combien de temps ?
Cette question me revient en tête tous les jours. Combien de temps allons-nous rester ici ?
...
Je rapporte le plateau dans la cuisine, puis me dirige vers la salle-de-bains. Lorsque j'ouvre la porte, je tombe sur Merle, pratiquement nu.
Je veux refermer la porte, mais ce dernier la retient et me lance :
- Il y a assez de place pour deux si tu veux.
- Je veux juste me changer, dis-je en riant.
- Aucun problème.
Je rentre dans la pièce et me retourne pour fermer la porte. Mais au moment où je m'apprête à la claquer, j'aperçois Daryl dans le couloir qui nous regarde avec un drôle d'air. Gênée, je m'empresse de refermer cette porte et me retourne. Merle me dévisage.
- Ça va ? me demande-t-il.
- Oui, oui, bien-sûr.
Il s'approche de moi et m'embrasse sur la bouche.
- Merle, j'avais dit 'juste pour me changer'.
- Aucun problème, répète-t-il avec un grand sourire.
Mais il m'embrasse à nouveau sur la bouche et j'ai presque du mal à le repousser.
...
Quand je ressors de la salle-de-bains, moins de cinq minutes plus tard, j'entends une porte claquer et sors mon couteau.
Je vais jusqu'au salon et y trouve Carol, assisse sur le divan.
- Je crois qu'il avait besoin d'air, me dit-elle.
- Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Qu'il allait chasser, comme d'habitude. Mais je pense de plus en plus que c'est une excuse.
Je m'assieds à côté d'elle et la questionne du regard.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? lui demande-je.
- Il part chasser des heures entières mais ne ramène jamais trop de viande. C'est un bon pisteur, s'il passait tout son temps à chasser, comme il le prétend, il ramènerait plus de nourriture.
Je prends une minute pour réfléchir à l'hypothèse de Carol.
- Tu crois qu'il voudrait... s'éloigner ?
Mon amie se lève et lance un petit rire cynique. Comme si la réponse était évidente et que j'étais totalement naïve.
- Il déteste te voir avec Merle.
- Quoi ? Mais je croyais qu'il avait compris... C'est le père de mon bébé et je...
- Qui est-ce qui te fait vivre, Beth ? Qui est-ce qui te sauve la vie à chaque fois ? Qui est-ce qui est toujours présent à tes cotés alors que tu l'as brisé ?
Je ne réponds rien.
- Et demande-toi surtout pourquoi est-ce qu'il continue à faire tout ça.
Je déteste quand Carol lance des sous-entendus. Comme si c'était évident. Ce n'est pas si évident que ça. Il y a des contraintes, des choses que je ne peux pas ignorer.
- Merle est le père de mon enfant, dis-je. Peu importe ce que je ressens pour Daryl, Merle est le père de mon bébé. Et tu n'as pas le droit de me juger pour ça.
- Je ne te juge pas, Beth. Je voudrais que tu ouvres les yeux. Merle est peut-être le père biologique de ce bébé, mais il ne se comporte pas comme le père de ton enfant.
Je me lève à mon tour et me poste devant Carol.
- Je regrette, mais si.
- Tu en es vraiment sûre ?
Je voudrais répliquer que oui, j'en suis sûre, absolument sûre, mais la scène d'hier soir me revient soudain à l'esprit. Ce que Merle m'a dit, puis plus tard, ce que Daryl m'a dit. Pour ce soir-là, Carol a raison.
Mais pas pour le reste.
- Je vais lui parler, dis-je, agacée.
Je tourne le dos à Carol et me dirige vers la porte. Au moment où j'ouvre celle-ci, je l'entends me lancer :
- Va vers la prison, puis appelle-le.
Je claque la porte et sors mon couteau. Là, tout de suite, j'ai presque envie de croiser quelques rôdeurs pour pouvoir me défouler.
...
- Daryl ?
Rien, pas de réponse.
Ça va faire une heure que je tourne autour de la prison, et toujours pas de trace de lui. Je vais finir par croire que Carol m'a envoyée dans la mauvaise direction.
J'avance un peu plus et sors de la forêt. Il y a encore des rôdeurs, mais la situation n'est plus ce qu'elle était quand on a du s'enfuir.
Je m'approche lentement et me fais discrète.
Je passe pas l'arrière et observe les environs. J'ai du mal à croire qu'on était là il y a peu de temps encore, que cet endroit était notre refuge. Presque notre chez-nous.
Soudain, j'entends un bruit derrière moi et sursaute. Je manque de poignarder Daryl mais celui-ci me retient. Je recule et m'excuse.
- Qu'est-ce que tu fais là ? me demande-t-il.
- Carol m'a dit que je pourrais te trouver ici. Ça doit bien faire une heure que je te cherche.
- Je sais, dit-il.
- Comment ça, 'tu sais' ? m'exclame-je.
- Je t'observe depuis vingt minutes.
- Et tu sais pas répondre quand je t'appelle ? m'énerve-je.
- J'avais autre chose à foutre. Qu'est-ce que tu veux ?
- Je voulais te parler, dis-je.
- Et ça pouvait pas attendre ? s'exclame à son tour Daryl.
- Non, ça ne pouvait pas attendre.
- Vas-y, je t'écoute, qu'est-ce que t'as à me dire de si important ? dit-il en baissant son arbalète.
Mais ce n'est pas vraiment ce que j'imaginais. J'aurais préféré qu'on puisse s'asseoir et discuter tranquillement.
- Je...
Je cherche mes mots mais je me sens oppressée et rien ne me vient.
Un rôdeur apparaît derrière Daryl et je m'élance sur lui, presque soulagée d'avoir une échappatoire. Je lui plante mon couteau dans la crâne, il s'effondre, et je récupère mon arme. Quand je me retourne, Daryl me regarde toujours de la même façon.
- Ecoute, Beth, j'ai des trucs à faire, là, alors...
- Et qu'est-ce que tu fais qui te prend autant de temps tous les jours ? m'énerve-je. C'est vrai, c'est à peine si on te voit encore.
- Laisse tomber..., dit-il en balayant ma remarque de la main.
Il se retourne et repart dans la forêt. Ma parole, il me laisse en plan !
Je m'élance derrière lui et le rattrape.
- Qu'est-ce que tu veux encore ? me demande-t-il, agacé, sans même se retourner.
- Tu te débarrasseras pas de moi comme ça, désolée.
- Ok, c'est bon, amène-toi.
...
Nous marchons en silence à travers les bois jusqu'à tomber sur une cabane en lisière de forêt.
Daryl s'arrête à quelques mètres, mais je m'approche plus près de la petite maison. La porte est ouverte et l'intérieur vide. Je rentre à l'intérieur et y découvre des conserves ouvertes et vides, elles aussi. Je passe mon doigt, aucune poussière. Des gens étaient là il y a peu de temps.
- Beth ! m'appelle Daryl.
Je ressors et lui lance un regard interrogateur.
- C'est plus intéressant à l'extérieur, me dit-il calmement.
Je fais le tour de la cabane et tombe sur un cadavre en décomposition. Le rôdeur a manifestement été éventré.
Je me retourne et découvre alors derrière moi la plus belle chose qui m'ait été donnée de voir depuis un bon bout de temps.
Quelqu'un, et je crois deviner qui, était ici. Et cette personne a tué ce rôdeur pour pouvoir se servir de son sang et écrire sur les murs de la cabane.
Maggie, Sasha, Bob. Voilà ce qu'il est écrit.
Je me mets à rire et pose ma main sur les lettres. Je sens des larmes perler au bord de mes yeux, mais ce sont des larmes de bonheur.
- J'ai découvert cette cabane hier, m'explique Daryl. Vu l'état de décomposition du cadavre, ils sont passés ici il y a peu de temps.
- Tu les cherches ? demande-je en tournant la tête.
Daryl hoche la sienne.
- C'est pas les premières marques que je trouve, me dit-il.
Je me dirige vers lui.
- A quand remontent les premières ?
- Quatre jours.
Je sens tout mon visage s'étirer en un énorme sourire. Je crois que ça fait longtemps que je n'ai plus été aussi heureuse.
- Ils sont en vie ! m'écrie-je.
Je voudrais hurler de joie et faire des bonds, mais je tente de me contenir un minimum. Je ne peux malgré tout m'empêcher de sauter au cou de Daryl.
- Maggie est vivante ! dis-je. Elle est vivante ! Merci !
Etonné, Daryl réagit maladroitement à mon étreinte et je le lâche pour le libérer de cette gêne.
- Il faut les retrouver ! dis-je.
- Je suis leurs traces depuis plusieurs jours, m'explique mon ami.
Je me poste devant les lattes de bois et contemple les inscriptions. Ma sœur était là, il y a quelques jours. Elle est en vie.
Je savais que je finirais par la retrouver, et je crois que c'est pour bientôt.
