Chapitre 25
- Comment ça se passe ?
Je tourne la tête et vois Carol qui me sourit.
- A propos de quoi ? demande-je gentiment.
- De ton bébé, dit-elle, presque amusée que je ne l'aie pas deviné.
- Oh ! m'exclame-je. Ça a l'air d'aller, on dirait.
Je lui souris à mon tour puis dirige à nouveau mon regard vers le filtre de fortune que je viens de mettre en place.
Nous sommes assises à côté d'un petit ruisseau, à quelques mètres à peine de la cabane où Daryl a trouvé les inscriptions plusieurs jours auparavant. Ce dernier est d'ailleurs parti voir s'il y avait une piste suffisamment longue pour qu'on puisse la suivre et avoir une chance de retrouver les autres. Pendant ce temps, Carol et moi remplissons les gourdes.
Nous sommes partis ce matin, à l'aube, en emportant tout ce qui pourrait nous être utile et en espérant ne plus jamais devoir revenir. De toute façon, je ne pourrais pas. Je ne peux plus voir Merle.
Il est redevenu ce qu'il était avant. Egoïste, mal luné, moqueur et cynique. Insupportable. La preuve, c'est qu'il nous a abandonnées, Carol et moi, pour partir seul dans son coin. On devait remplir les gourdes tous les trois, rester ensemble au cas où il se passerait quelque chose, veiller les uns sur les autres. Mais monsieur a décidé d'aller voir s'il y avait pas un truc à bouffer dans la cabane parce qu'il a la dalle. Sans rire. Je n'ai même pas pris la peine de lui faire remarquer que, s'il y avait quoi que ce soit de nourrissant dans cette maison en bois, Maggie l'aurait sûrement emporté. Désormais, on ne laisse plus à manger pour le suivant. C'est terminé, ça. Maintenant, c'est la loi du plus fort.
Mais en fait, je me sens presque mieux depuis qu'il est parti. Il fait calme, ce qui est rare. Je profite du silence bienfaisant et je ferme les yeux en attendant que le filtre fasse son travail. On n'entend plus rien, à part ce goutte-à-goutte qui me rappelle l'ancienne grange, chez moi.
...
Carol se lève immédiatement en entendant les feuillages bouger. Elle dégaine son pistolet et le pointe sur les buissons à une dizaine de mètres de nous.
Daryl en sort et nous baissons nos armes.
Un soulagement m'envahit lorsque je croise son regard. Il va bien.
- J'ai une piste, nous dit-il. Où est Merle ?
- Parti voir s'il n'y avait pas quelque chose qui pourrait nous être utile à la cabane, répond calmement Carol.
Je tourne mon regard vers elle. Je ne comprends pas pourquoi elle essaye de le couvrir.
Daryl hoche la tête et nous ramassons nos affaires avant de nous remettre en route.
La cabane est derrière, cachée par les arbres. Quand je l'aperçois, elle me semble déserte.
- Merle ? appelle Daryl.
Nous entendons un bruit de verre cassé, puis Merle sort de la cabane en titubant.
- Qu'est-ce que tu fous ? lui crie Daryl.
- Oh, relax, frangin, lui répond Merle, je venais pour chercher un truc à me mettre sous la dent, mais tout ce que j'ai trouvé, c'est une bouteille de rhum.
- T'es pire qu'un gosse, marmonne Daryl. Allez, ordonne-t-il, on y va.
Nous repartons dans la direction opposée et tombons sur des rails de chemin de fer.
- Ils ont suivi les rails sur plusieurs kilomètres, nous explique Daryl en pointant son doigt vers l'horizon. Je pense qu'on devrait faire pareil.
Nous nous mettons donc à suivre les rails en silence. Il fait chaud et nous n'avons pas énormément d'eau. Sans compter qu'une horde pourrait nous tomber dessus à chaque instant. Nous sommes à découvert, c'est dangereux. Et en plus de ça, je sens clairement que la tension est palpable entre nous. Merle manque de trébucher à chaque rail. Il est saoul, c'est clair. Et je me demande si l'on va pouvoir tenir longtemps dans ces conditions.
J'en suis là, à mes réflexions, lorsque je vois l'aîné des Dixon s'approcher de son frère.
- Eh, lui dit-il en chuchotant, mais malheureusement encore trop fort que pour que je ne puisse pas entendre, j'ai compris c'est quoi le problème.
J'ai un mauvais pressentiment lorsque je vois Merle se pencher vers Daryl et passer un bras autour de ses épaules. Daryl tente déjà de se contenir depuis un bon bout de temps, et ça me semble impossible qu'une situation comme celle-là aboutisse à une poignée de main fraternelle.
- Tu veux la fille, du coup t'essayes de la monter contre moi. Ecoute, frangin, j'ai une proposition à te faire, on pourrait se la faire tous les deux, t'en dis quoi ?
Ses paroles me dégoûtent. Je sais que Merle est bourré, mais tout de même. J'ai l'impression de n'être qu'un objet qu'il utiliserait à sa guise.
Et à l'instant où il a finit de parler, je vois Daryl serrer les poings. Je sens venir la suite, mais je n'ai même pas le temps de crier que le plus jeune Dixon a déjà mis une pêche dans le visage de son frère. Je vois Merle qui titube et s'effondre à terre. Mais ça ne semble pas suffire à Daryl, parce qu'il se jette sur lui et lui en met une deuxième.
- Daryl, non ! hurle-je.
Il se relève et lui donne un coup de pied dans le ventre.
- Arrête ! crie-je.
Quand tout-à-coup, un coup de feu d'une violence inouïe me projette littéralement en arrière. Je tourne la tête vers les deux hommes, ils ont arrêté de se battre et regardent tous les deux la même chose : Carol.
- Ça suffit, dit-elle, le pistolet encore chaud en main. J'en ai marre de vous voir vous battre, j'en ai marre de cette tension. Beth est avec moi, maintenant. Jusqu'à nouvel ordre, vous ne la toucherez plus, vous ne lui parlerez plus, vous ne la regarderez plus. Merle, si tu bois encore une seule goutte d'alcool, tu devras te trouver un autre groupe de survivants.
Daryl se relève et se rapproche d'elle.
- Tu te fous de ma gueule ? s'écrie-t-il. C'est lui qui fout la merde, et tu nous mets dans le même sac ?
- Ouais, intervient Merle, je bois si je veux !
- Toi, ferme-la ! lui crie Daryl.
Carol tire un nouveau coup de feu et je porte mes mains à mes oreilles. Plus personne ne dit quoi que ce soit.
- Ce n'est pas négociable, explique Carol. En route.
Daryl ramasse son arbalète et se remet à marcher devant, rapidement. Il est énervé. Merle reste à terre une minute avant de se résoudre à se lever et avancer. Carol me prend par le bras et m'oblige à marcher à côté d'elle, à son rythme. Je sens que la route va être longue.
...
Nous marchons plusieurs heures sans rien dire. Nous croisons quelques rôdeurs mais pas de horde qui nous obligerait à couper par les bois. Le ciel reste bleu, sans un nuage à l'horizon. Les réserves d'eau s'épuisent et je me demande comment Carol a prévu de gérer ça.
La marche devient un automatisme au bout d'un moment. Je ne sens presque plus mon corps, tout ce que je sais, c'est qu'il faut continuer à avancer.
Quand tout-à-coup, Daryl s'écrie :
- Regardez !
Mon attention se dirige automatiquement vers l'objet qu'il pointe.
- On dirait une carte, dit Carol.
Nous nous rapprochons du panneau et l'observons attentivement.
En effet, c'est une carte. Des dizaines de chemins, plus ou moins longs, se rejoignent tous au même endroit : une étoile au milieu de l'affiche. Et à côté de l'étoile, on peut lire en lettres capitales TERMINUS.
- "Sanctuaire pour tous"..., lit Daryl.
- Il faut y aller, m'exclame-je.
- Beth ! me crie Carol.
- Quoi ? Je pense que j'ai encore le droit à la parole, lui dis-je un peu agressivement. Si Maggie voyait ça, elle irait là, parce qu'elle saurait que c'est le meilleur moyen de se retrouver. Je suis sûre qu'ils sont allés là-bas.
Carol reste perplexe.
- C'est la meilleure piste qu'on ait, dis-je encore.
- Carol, elle a raison, dit Daryl.
Carol hoche la tête et nous nous remettons en route.
J'ai envie de marcher plus vite, cette fois. J'ai enfin un espoir, une piste, un objectif réel. Au fond de moi, je suis persuadée que Maggie se trouve à cet endroit.
...
Nous arrivons finalement en vue d'un bâtiment où de nombreux rails se rejoignent.
- C'est là ! m'exclame-je, impatiente de revoir ma sœur.
- Attends, me retient Carol.
Nous faisons le tour par derrière pour observer les environs avant de se risquer à rentrer à découvert dans le bâtiment.
Mais une fois à l'arrière, tout s'effondre sur ma tête. Il s'est passé quelque chose ici. Il y a du feu, et de nombreux rôdeurs à l'intérieur. L'endroit semble abandonné.
A côté de moi, Carol soupire.
- Il faut qu'on aille voir, dis-je.
- C'est hors de question, me répond Daryl.
Je vois Carol lui faire des gros yeux mais il l'ignore.
- Maggie pourrait être là, quelque part, à l'intérieur, insiste-je.
- Si Maggie est à l'intérieur, elle est morte, dit Carol.
Sa réponse me fait l'effet d'un coup de poing dans le ventre. C'est impossible, Maggie ne peut pas être morte.
Je porte ma main en visière et observe lentement l'entièreté du domaine. Carol a raison, il n'y a plus rien ici, plus de cris ou de personnes qui courent. S'ils y avaient des gens ici avant, ils sont soit morts soit partis.
- Qu'est-ce qu'on fait, alors ? demande Merle.
- On repart..., dit Carol, un peu désespérée.
- Où ça ? insiste Merle. On a plus de piste.
- Moi, j'en ai une pour vous.
Je me retourne brusquement et sors mon couteau. Carol, Daryl et Merle ont réagi comme moi, pointant leur arme vers l'homme qui vient de parler.
- T'es qui, toi ? demande Daryl.
- Je m'appelle Aaron, je viens ici en ami. Vous pouvez baisser vos pistolets, je ne suis pas armé.
Aucun de nous ne lui obéi et un malaise s'installe. Il dit vrai. Il n'a aucune arme braquée sur nous, mais comment pourrait-on encore faire confiance à un inconnu dans ce monde ?
- Lève les bras, lui ordonne Daryl.
L'homme le fait et lève les deux mains. Daryl le fouille rapidement. A part un sac à dos, il ne semble rien avoir sur lui.
Etonné de n'avoir rien trouvé, Daryl se méfie encore plus et re-pointe son arbalète droit sur la tête de l'homme.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? demande-t-il, un peu agressivement.
- Il y a eu des combats, explique l'homme. Les gens qui vivaient ici étaient des cannibales, vos amis sont tombés dans leur piège, mais ils se sont rebellés et ont pu s'enfuir.
- Qu'est-ce que tu sais de nos amis ?
- Ils m'ont parlé de vous. Quand je les ai rencontrés, ils étaient aussi méfiants que vous, mais je leur ai montré qu'ils n'avaient rien à craindre, et ils m'ont suivi.
- Ils t'ont suivi où ? m'exclame-je.
- Nous avons un campement. Solidement barricadé, c'est sécurisé.
- Un campement ? demande Merle.
- Avez-vous déjà entendu parler d'Alexandria ?
